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L'Europe chrétienne, ou L'établissement du christianisme en Italie, en Grèce, en France, en Espagne, en Angleterre,... (2e édition) / par C. Guénot

De
213 pages
L. Lefort (Paris). 1869. 1 vol. (207 p.) : pl. ; in-8.
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LIBRAIRIE DE L. LEFORT
A PARIS
rue des Saints-Pères, 30
A LILLE
rue Charies de Muyssart
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L'EUROPE
CHRÉTIENNE
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Saint Cyprïon ; sa vie et extraits de ses écrits. in-8°. . 2 50
Saint Eplirem; sa vie et extraits de ses écrits. in-S°. . 2 50
Saint Grégoire de Kazianze; sa vie et extraits
de ses écrits. in-8°. . . . . . . 2 50
Saint .Benn-Chrysostôme; sa vie et extraits de
ses écrits. in-8°. . . . . . , . 2 50
Saint Jérôme; sa vie et extraits de ses écrits. in-8°. . 2 50
Saint Martin, évèque de Tours, par M. de Montrond. in-S° 2 50
Les Martyr» du .lapon, par le même. in-S°. 1 50
I, ' E B R 0 C E C il RÉ*1 È' H N É
ROME
Ruines de l'amphithéâtre de Vespasien, où
se donnaient les combats des gladiateurs et où les
martyrs chrétiens étaient livrés aux bêtes.
L'EUROPE
CHRÉTIENNE
L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME
EN ITALIE — EN GRÈCE — EN FRANCE — EN ESPAGNE
EN ANGLETERRE EN ECOSSE — EN IRLANDE
EN ALLEMAGNE — EN OANEMARCK — EN SUÈDE — EN NORWÈGE
EN TOLOGNE — EN MORAVIE — EN HOIIKME
|EN RTiSSIE — EX BULGARIE — EN HONGRIE
s''.7 ' ',^\ EN PRESSE, ETC.
' PAR C. GUENOT
Deuxième édiïiô n
LIBRAIRIE DE J. LEFORT
IMPRIMEUR ÉDITE U P.
LILLE
rue Charles de Muyssart, 24
PARIS
rue des Saints - Pères, 30
Propriété et droit de traduction réserves
1800
L'EUROPE
CHRÉTIENNE
CHAPITRE I
Rome.
Les prophéties étaient accomplies : le Juste
avait donné sa vie pour la rédemption des
hommes; sur le mont Calvaire, il avait scellé
la réconciliation du ciel avec la terre. Jésus-Christ,
G I. KL'ItOPK CHIIETIENNE
annoncé plusieurs siècles à l'avance par les livres
sacrés des Hébreux, par les traditions de tous
les peuples de l'univers, venait de retourner à
la droite du Père.
Après le sacrifice sanglant du Golgotha, la
gloire de la résurrection, le retour triomphant
dans les cieux, restait la conclusion à la mission
divine du Christ. Isaïe avait proclamé que le
Sauveur verrait une longue postérité de servi-
teurs, de fidèles; il était dit que son empire
serait établi sur le monde et que cet empire
n'aurait point de fin; lui-même, aux jours
de sa vie mortelle, ne cessait de parler du
royaume nouveau qu'il allait fonder et de
l'Evangile qui devait être prêché à toute créa-
ture.
Par quels moyens l'humble Fils de Marie,
Celui qui n'avait pas même une pierre pour
reposer sa tête, accomplira-t-il les magnifiques
destinées qui lui sont promises? Il meurt sur
une croix, de la mort infâme de l'esclave, en
s'écriant qu'il est seul, délaissé. Il n'a pour
disciples que des hommes arrachés aux occupa-
tions les plus vulgaires de la vie. Que fera-t-il
avec ces frêles instruments? ils n'ont, ces apôtres
CHAPITRE I /
du Christ, ni la science ni l'éloquence, pas même
le courage qui fait braver la mort.
Dieu l'a voulu ainsi, afin que son action fût
évidente, incontestable, dans'l'établissement du
christianisme, et qu'on n'attribuât point le succès
de ses doctrines à une influence humaine. Dix
jours se sont écoulés depuis que Jésus a disparu
de la terre, entraînant son humanité glorifiée
dans les sphères éternelles. Selon sa promesse
solennelle, l'Esprit divin descend sur le cénacle,
ce premier sanctuaire témoin d'ineffables mys-
tères; il allume dans l'âme des apôtres des
ardeurs puissantes ; une lumière immense éclaire
leurs intelligences, leur coeur s'embrase d'un
amour plus fort que la mort.
Us sont transformés et ils vont transformer
les peuples; la flamme qui plane sur leurs télés,
qui pénètre leur être, ils la communiqueront à
toutes les nations. L'enceinte du cénacle est trop
étroite pour l'ardeur de leur zèle, il faut qu'il
éclate au dehors.
En ce jour de la Pentecôte, toutes les familles
humaines sont représentées à Jérusalem. C'est
au milieu de ces nombreux pèlerins, nouveaux
députés des gentils, que la parole nouvelle re-
8 I. ICUHOI'E CHRETIENNE
tcnlira. Des voix que la menace ni la persé-
cution ne feront laire désormais, affirment hau-
tement, avec des accents intrépides, la divinité
de Jésus-Christ, la nécessité de croire en lui et
d'embrasser la religion qu'il a prêchée.
Des milliers d'hommes se pressent, convertis,
autour des apôtres ; toutes les classes de la so-
ciété fournissent des disciples aux envoyés de
Jésus, cl forment les premiers rangs de l'Eglise
immortelle, destinée à se perpétuer dans l'éter-
nité après avoir franchi les horizons de ce monde.
Naguère un poète, né sous le ciel étincelant
de l'Italie, s'écriait en face de la puissance de
sa nation : « Souviens-toi, Romain, que tu es
fait pour gouverner les peuples 1. « Il promettait
à la cité-reine, à Rome, un empire sans fin 2.
Et de fait, à l'heure où Virgile tenait ce ma-
gnifique langage, Rome était la capitale du monde.
Du milliaire d'or placé dans son enceinte, des
voies innombrables, tracées par la main victo-
rieuse des légions, rayonnaient jusqu'aux extré-
mités de la terre. Ces routes, que n'arrêtait
aucune frontière, voyaient passer sans cesse les
1 Tu repère itnperio populos, Romane, mémento.
5 lmpcrium ;-ùie fine dedi.
>y
CHAPITRE I 9
courriers chargés de porter aux nations, réduites
en provinces, les ordres du maître qui siégeait
sur le mont Palatin.
César, l'homme en qui se personnifiait la
puissance romaine, était révéré comme un dieu,
et on lui construisait des temples. L'univers,
prosterné devant la force brutale, ne songeait
guère à s'émouvoir d'une parole. Rome était tout
entière à ses fêtes cruelles ; son peuple se gor-
geait de sang et de voluptés; les dépouilles des
peuples vaincus, leurs vies même, servaient à
multiplier les jouissances d'une plèbe qui de-
mandait sans cesse du pain et des spec-
tacles.
Cependant, c'est dans cette ville livrée à toutes
les corruptions et qui enivre les hommes du vin
de sa prostitution, c'est dans cette autre Baby-
lone qu'un pécheur de Galilée, mandataire du
Crucifié, va proclamer la nouvelle loi religieuse.
Simon-Pierre, institué le chef de l'Eglise. le
grand-prêtre du culte qui remplace celui de
Moïse, se prépare à passer en Italie. Jérusalem ,
dans les desseins de Dieu, ne sera plus le siège
du suprême pontifical ; l'apôtre abandonne la
cité promise à la destruction. cl s'arrête sept
10 1,'KIÎHOPE OIIItÉTIENNE
ans à Anlioche pour affermir le christianisme
en Orient.
Mais l'Italie appelle l'apôtre. Italiam! Ita-
iuual,... peut-il s'écrier, lui aussi. Il s'embarque
à Césarée, il aborde aux rivages du Latium,
il franchit les enceintes de la cité-reine. Un-sé-
nateur romain, douze ans après la mort de
Jésus-Christ, reçoit dans son palais le vicaire de
niomnie-Dieu, le premier pape; la chaise d'ivoire
du patricien Pudens devient la chaire impérissable
du docteur universel.
Quelle tentative! quelle entreprise! L'esprit,
en étudiant les origines du christianisme, s'arrête
étonné, écrasé devant l'audace de ce batelier, qui
prétend, à lui seul, soulever un monde. Au nom
de Dieu, au ■ nom de Jésus, il se présente sans
crainte, avec une confiance inébranlable devant
ce palais des Césars, à l'aspect duquel tremble
toute créature. Les puissances infernales, établies
depuis des siècles à la place du Créateur, ont réuni
au Capilole tous leurs moyens d'action. Ce temple
fameux est comme leur forteresse; et pour qu'il
soit éternellement inviolable, César veille, armé
de sa colossale puissance, sur les degrés du sanc-
tuaire . car il est le souverain pontife de l'idolâtrie.
CHAPITRE I 1 1
Ainsi, jamais l'erreur n'avait atteint ce degré
de puissance. L'enfer, sentant venir sans doute
l'heure de la lutte, avait concentré ses forces ;
et le genre humain, courbé sous un sceptre unique,
était au service de Satan, prêt à défendre les
honneurs usurpés de l'ange rebelle. En aucun
temps les circonstances n'avaient été moins fa-
vorables , et il nous semble qu'on ne peut re-
présenter comme préparant humainement les voies
au christianisme l'immense développement de l'em-
pire romain et le pouvoir remis aux mains d'un
seul. L'avènement de la famille des Césars au
rang suprême était un obstacle invincible à la
propagation du christianisme, si le christianisme
eût été une institution humaine. Dieu seul pouvait
agir malgré eux et contre eux. L'idée même
d'implanter au coeur de Rome, en face du Ca-
pitule et du palais impérial, la religion du Cru-
cifié, ne pouvait germer dans une intelligence
d'homme.
Pierre se mit à l'oeuvre, et jeta le assises de
l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes
les églises. Pendant vingt-cinq ans il arrosa le
sol de ses sueurs, de ses larmes. Paul, converti
sur le chemin de Damas, vint rejoindre à Piome
)2 J.'ia'UOPK CHRliTIKNNK
le vicaire de Jésus-Christ. Ils traversèrent en-
semble de terribles épreuves; car JNéron, cette
bête féroce, comme l'appelait saint Paul, Néron
régnait. Le tigre impérial, dont le nom devait
être aux plus cruels tyrans la plus cruelle
injure, parvenu à l'héritage des Césars par l"em-
poisonnement de l'empereur Claude, son père
adoptif, s'était souillé depuis, du sang de son
frère Brilannicus, de sa femme Octavie, de sa
mère Agrippinc. Il appartenait à ce monstre d'inau-
gurer la persécution contre les chrétiens. Trou-
vant que son palais ne suffisait pas à sa grandeur,
il résolut de le rebâtir sur d'immenses propor-
tions; cl comme les vieux édifices gênaient ses
plans, il ordonna d'incendier Rome.
Néron était à sa villa d'Antium quand le feu
éclata dans la ville. A la nouvelle que les flammes
avaient épargné plusieurs quartiers, il accourut,
lit rallumer l'incendie, et chanta du haut d'une
tour, sur le mont Esquilin. la destruction de la
capitale du monde.
Le peuple soulevé soupçonna la main du tyran
dans cet épouvantable désastre ; Néron accusa les
chrétiens, nombreux déjà, et qui avaient des
adeptes parmi le peuple, au sénat et jusque dans
CHAPITRE I 13
la maison du prince. Bien que, selon l'historien
Tacite, on ne pût convaincre les disciples du
Christ que d'être haïs du genre humain, Néron
les condamna en grand nombre à d'horribles
tourments. « On ajouta la raillerie à leur sup-
plice, raconte l'auteur païen dans son style vigou-
reux : les uns, couverts de peaux de bêtes,
furent livrés à des chiens furieux ; d'autres mis
en croix ; d'autres, sur un pal qui leur traversait
la gorge, revêtus de résine, de cire et de pa-
pyrus, quand vînt la nuit", furent allumés pour
servir de flambeaux. Néron avait prêté ses jardins
pour ce spectacle, > les jardins du Vatican où
s'élève aujourd'hui Saint-Pierre. « Comme il y
célébrait les jeux du cirque, on voyait César
dans ces allées somptueusement éclairées par des
hommes vivants, se promener en habit de cocher,
se mêler au peuple ou conduire son char.
» Aussi, quoique ces hommes fussent des cou-
pables et dignes du dernier supplice, ces tortures
infligées dans une pensée du bien public, pour
satisfaire la cruauté d'un seul, faisaient naître la
compassion. »
Les pompes du supplice, comme parle Sénèque.
témoin sans doute de ces horreurs, le fer. le
14 l'ëUHOPE CHRÉTIENNE
feu, les chevalets, les bêtes féroces, le pal, la
tunique tissée el revêtue de tout ce qui peut
servir d'aliment à la flamme, le glaive qui vient
rouvrir les blessures à demi fermées et faire
couler un sang nouveau par les plaies devenues
des cicatrices, le mépris public ajouté aux tor-
tures, rien de tout cela ne suspendit la propa-
gation du christianisme. Aux victimes couronnées
par le martyre succédaient des multitudes de
croyants : la parole apostolique ne se taisait pas
devant les bourreaux.
Simon-Pierre el Paul, son illustre compagnon,
bravèrent avec une hardiesse toute divine les
puissances de la terre et celles de l'enfer. La
persécution avait commencé en l'année 64 ; mal-
gré sa violence, les conversions furent plus nom-
breuses que jamais dans cette ville où affluaient
toutes les nations du monde. Les saints apôtres,
redoublant ■[ de zèle à l'approche du terme de
leur glorieuse carrière, consolidèrent l'Eglise. Ils
profitèrent d'un peu de répit qui leur fut laissé
par le tyran, pour étendre le règne de Jésus-
Christ.
La paix ne se prolongea guère. Néron, voyant
les apôtres opérer des conversions jusque dans
CHAPITRE I
15
son palais et parmi les malheureuses victimes
de ses débauches ; apprenant de plus que leur
doctrine se répandait non-seulement à Rome,
mais dans la plupart des provinces de l'empire .■
publia de sévères édits qui interdisaient la nou-
velle religion et ne permettait plus d'être chré-
tien.
Par cet acte, la lutte s'engagea sur tous les
points du monde entre le ciel et l'enfer; le paga-
nisme mettait en oeuvre tous ses moyens d'action
pour arrêter les progrès de l'Evangile. Saint
Pierre et saint Paul, saisis par ordre du tyran .
furent jetés dans la prison Mamertine, au pied
du Capitule. Même dans les fers, ils continuèrent
leur divine mission. confirmant leurs enseigne-
ments par des prodiges et gagnant à la foi jus-
qu'aux soldats qui les gardaient.
Enfin, le {29 juin de l'an 66, les deux apôtres
furent conduits à la mort; ils y marchèrent, es-
cortés d'une troupe nombreuse de fidèles. Saint
Pierre, sur sa demande, fut crucifié la tête en
bas; ses restes sacrés, déposés sur le mont Va-
tican , devaient y recevoir plus tard les hommages
publics. Saint Paul, citoyen romain, eut la té le
tranchée sur la voie d'Ostie.
■10 l.'liUROPK CHRETIENNE
Le siège pontifical ne resta pas vacant à la
mort de saint Pierre : Linus y monta pour l'oc-
cuper douze ans. Le christianisme continua dans
Rome cl dans l'Italie à s'étendre de plus en
plus ; la persécution sembla accélérer son déve-
loppement , cl le sang des chrétiens devint, selon
l'énergique expression de Tertullien , une semence
de nouveaux chrétiens. Sous Vespasien et sous
Titus la paix régna dans l'Eglise, qui fut à peu
près tolérée. Mais une deuxième persécution s'é-
leva sous Domitien , lyran qui marchait sur les
traces de Néron. Un grand nombre de fidèles,
tant à Rome qu'en Ralie, périrent dans les sup-
plices. La rage du prince était telle,. qu'il fit
mourir le consulaire Flavius démens , son cou-
sin , dont il bannit la femme Domitilla. L'apôtre
saint Jean, se trouvant à Rome auprès de saint
Clément qui avait succédé à saint Clet sur le
trône pontifical, tomba aux mains des satellites
de Domitien et fut condamné à être jeté dans
une chaudière d'huile bouillante; il subit son
supplice devant la porte Latine ; mais Dieu trompa
l'attente des persécuteurs : Jean sortit de la chau-
dière plus sain cl plus vigoureux qu'il n'y était
entré : il fut relégué dans l'île de Pathmos l'an 96.
CHAPITRE I 17
Dix ans plus tard, une troisième persécution
éclata sous Trajan; les martyrs furent nombreux,
car elle dura longtemps. Le sang des fidèles
inonda Rome et l'Italie ; saint Ignace d'Antioche
mourut dans l'amphithéâtre, sous la dent des
bêtes féroces, aux acclamations d'an peuple sau-
vage, qui ne trouvait plus de joie que dans le
spectacle des agonies douloureuses.
En 166, sous Marc-Aurèle, eut lieu la qua-
trième persécution, célèbre par le martyre à
Rome de sainte Félicité et de ses sept fils,
et par celui de saint Julien le philosophe.
Après la mort de Marc-Aurèle, l'Eglise jouit
de quelque tranquillité. .Septime-Sévère, qui suc-
céda aux Antonins sur le trône impérial, sembla
d'abord tolérer les chrétiens. Mais ce prince,
ayant triomphé de tous ses rivaux, décimé le
sénat par de sanglantes exécutions, et vaincu
les Perses, s'attaqua à son tour aux fidèles.
Vers l'an 202, il publia des édits qui défen-
daient l'exercice de la religion nouvelle sous des
peines cruelles. La tempête fut si terrible. elle
jeta, par sa violence, un tel effroi dans les
esprits, que beaucoup crurent à l'arrivée de l'An-
téchrist.
18 i.'euhopk ch retienne
Vingt-quatre années de calme, sous les pre-
miers successeurs de Septime-Sévère, permirent à
l'Eglise de réparer les brèches ouvertes dans son
sein par la fureur de ses ennemis, ou plutôt
de mettre à profit ces flots de sang répandu
pour le Christ dans l'acte du sublime témoi-
gnage. Elle compta les victimes ; elle essuya avec
sa robe le sang précieux des martyrs ; elle en-
toura d'honneurs, aux catacombes, leurs restes
héroïques; puis, en voyant que les disciples de
Jésus-Christ s'accroissaient toujours sous la hache,
que les tortures semblaient ajouter un attrait de
plus à la foi qu'elle prêchait, elle éclata en
actions de grâces.
Il devenait de plus en plus manifeste que les
fureurs de l'enfer se briseraient contre la pierre
jetée par l'Homme-Dieu dans les fondements de
l'auguste édifice qu'il avait constitué de sa main
divine.
Le Goth Maximien, étant parvenu à l'empire
par le meurtre d'Alexandre-Sévère, ordonna la
sixième persécution l'an 235. Toutefois, crai-
gnant de dépeupler Rome et l'Italie, qui étaient
remplies de chrétiens, s'il sévissait contre tous,
il condamna seulement à périr les chefs de l'E-
CHAPITRE I 19
glise et ceux qui enseignaient la doctrine sainte.
A ce barbare, que les vieux Romains frémis-
saient de voir revêtu de la pourpre, succéda
le descendant de l'une des plus antiques familles.
Décius brillait par l'illustration de ses aïeux
comme par son propre mérite. Mais, imbu des
préjugés de l'idolâtrie, il haïssait mortellement
le christianisme et croyait son existence incom-
patible avec la prospérité publique. Cet empe-
reur édicta la septième persécution , dans la-
quelle le pape saint Fabien souffrit à Rome le
martyre.
Valérien monta à son tour au rang suprême.
Pendant cinq ans il favorisa les chrétiens et
régna heureusement. Il ne sut pas persévérer
dans cette sage conduite, et en 257, il ralluma
la persécution. Pour la huitième fois, les pou-
voirs publics conjurés tentèrent d'effacer de Rome,
de l'Italie, de l'univers, le nom chrétien. Dieu
se lassait d'une lutte plus que deux fois sécu-
laire : sa main redoutable broyait impitoyablement
ces césars, qui se portaient les défenseurs du
mensonge et de l'enfer. Dans une bataille. Va-
lérien fut pris par les Perses. trois ans et
demi après l'édit rendu contre les fidèles. et il
■2() I.'kUIIOPK CHRETIENNE
termina misérablement sa vie au milieu des plus
cruels outrages.
Un soldat heureux, Aurélien, revêtit la pourpre.
lies chrétiens d'abord furent bien traités par ce
prince, qui reconnut même la primauté du suc-
cesseur de saint Pierre. Pourtant l'avant-dernière
année de son règne , il changea tout à coup. -
En 274, sous le pontificat de saint Félix, il
ordonna une neuvième persécution. Elle fut moins
funeste que les autres, car Dieu frappa promp-
lement le tyran.
Enfin, un Dalmate, Dioclétien, s'empara du
pouvoir; cet homme de basse naissance, qui
s'était élevé par son propre mérite jusqu'aux
plus hautes dignités, conçut et exécuta le dessein
de réorganiser l'empire. Il s'associa à Maximien,
rude guerrier sorti de la Pannomie, et lui con-
féra le litre d'auguste; puis, les deux empereurs,
adoptant deux capitaines renommés, Galérius et
Constantius Chlorus, leur donnèrent, avec une
part de l'autorité souveraine et le titre de césars,
la mission de veiller sur les frontières de l'em-
pire.
Le succès couronna les vues de Dioclétien.
Son règne fut prospère; il exerça la souveraine
C H A P I ï fl E I 2i
puissance à la manière absolue des despotes de
l'extrême Orient; les barbares furent contenus
et cessèrent d'insulter l'empire.
Pendant le règne de Dioclélien, les chrétiens
ne demeurèrent pas complètement en paix ; les
gouverneurs de provinces, les lieutenants du
prince, ses collègues, appuyés sur les édits pré-
cédents . firent couler souvent le sang des fidèles ;
d'illustres martyrs honorèrent l'Eglise. Excité par
Galérius, l'empereur résolut d'abolir le nom du
Christ, et d'en finir avec un culte qui. depuis
trois siècles. résistait à toutes les tentatives de
la puissance publique. De son palais de Nico-
médie. il publia un édit qui prescrivait la ruine
des églises et des saintes écritures. C'était l'an
303. Immédiatement, il ordonna de poursuivre
à outrance, dans tout l'empire, les disciples du
Christ. Maximien et Galérius accueillirent avec-
une joie féroce la proscription d'hommes qu'ils
détestaient à cause de leurs vertus, et ils exécu-
tèrent rigoureusement les décrets rendus par Dio-
clétien. On exerça contre les chrétiens des
cruautés inouïes. et Ton employa des tortures
jusque là inconnues. En Mésopotamie, quelques-
uns furent pendus la tête en bas et étouffés
22 I, EUHOI'E CHKETIENNE
par un feu lent. En Syrie, on les faisait rôtir
sur des grils. Dans la province du Pont, on
leur enfonçait des roseaux pointus sous les
ongles, puis on versait sur eux du plomb fondu.
En Egypte, après les avoir tenaillés, on leur
déchirait le corps avec des morceaux de pots
cassés. Dans la Phrygie, une ville entière, dont
les habitants étaient tous chrétiens, fut investie
par des soldats qui eurent ordre d'y mettre le
feu : les hommes , les femmes, les enfants pé-
rirent dans les flammes en invoquant le nom de
Jésus-Christ.
L'historien Eusèbe, témoin oculaire d'une partie
de ces scènes barbares, dit que les cruautés exer-
cées contre les chrétiens, dans cette terrible
persécution , surpassent tout ce qu'on peut en
raconter. Toute la terre, dit Lactance, fut inondée
de sang de l'Orient à l'Occident. L'Italie, où
• commandait Maximien, eut de nombreux martyrs.
A Rome coula le sang de grandes et pures vic-
times ; mais Dieu prouva par des prodiges qu'il
veillait sur ses serviteurs.
Les maîtres du monde se flattèrent d'avoir ac-
compli l'oeuvre de destruction poursuivie pendant
trois cents ans. Croyant que le christianisme était
CHAPITRE 1 23
anéanti, ils firent dresser des colonnes commé-
moratives d'un événement qu'ils regardaient comme
le fait culminant de leur règne. Sur les débris
trouvés en Espagne on lit cette inscription :
A D1OCLET1EK-J0VIEV , A MAXI.MIEN- HERCULE ,
CESARS-AUGUSTES,
l'Ot'R AVOIR ETENDU I.'eMI'IRE ROMAIN EN ORIENT ET EN OCCIDENT, ET AVOIR
ABOLI LE NOM DES CHRÉTIENS OBI RENVERSAIENT I."eTAT.
Une autre inscription, découverte récemment
comme la première, porte :
A DIOCLÉTIEN, CÉSAR-AUGUSTE ,
TOUR AVOIR ADOPTÉ GAI.ÉRIUS EN orient, DÉTRUIT PARTOUT LA SUPERSTITION
DU CHRIST, ET RELEVÉ LE CULTE DES DIEUX.
Mais le Christ, que Dioclétien et son collègue
croyaient avoir vaincu, les renversa eux-mêmes.
Le premier jour de mai de l'année 305, Dioclé-
tien, dominé par la peur que lui inspirait le césar.
Galérius , se résigna à abdiquer l'empire. Maximien
en fit autant. Deux hommes de mince renommée
et adonnés à tous les vices, Sévère et Maximin,
les remplacèrent. Dioclétien et Maximien rentrèrent
dans la vie privée. Le premier, un peu plus tard,
verra périr de mort violente sa femme et sa fille,
%\ l'kurope chrétienne
briser ses statues, cl mourra lui-même de déses-
poir. Le second, à qui les années en s'accumulant
n'inspiraient point l'amour du repos, reprendra
la pourpre, la déposera, conspirera contre Cons-
tantin, et recevra, dans un juste supplice, la
peine de sa perfidie et de ses crimes. Galérius,
Maximin. Sévère finiront leur infâme carrière sous
le coup des vengeances divines.
De la Gaule surgira l'homme prédestiné à pro-
clamer le triomphe de la religion de Jésus-Christ.
Constantius Chlorus, associé à l'empire par Dio-
clélien, sous le titre de césar, et devenu auguste
par l'abdication du vieil empereur, gouvernait avec
sagesse les provinces de la Gaule et de la Ger-
manie; il avait un fils, nommé Constantin, illustre
par un mérite et une valeur rares. Galérius, qui
l'avait écarté du pouvoir, dans la crainte qu'il
n'entravât ses projets, lui tendit des embûches;
mais le prince réussit à s'enfuir de Nicomédie; il
arriva à Boulogne, dans la Gaule, au moment où
son père s'embarquait pour la Grande-Bretagne.
Constantius, ayant triomphé des Pietés, s'arrêta
à Wk, où il tomba malade. Il recommanda son
fils aux légions, déclarant qu'il lui léguait l'em-
pire, et mourut le 25 juillet 30C. A peine Cons-
CHAPITRE I 25
lantius eût-il fermé les yeux, que les soldats s'as-
semblèrent et saluèrent Constantin empereur.
Le prince qui venait de mourir s'était montré
constamment favorable aux chrétiens. Il les ai-
mait, les admettait aux plus hautes fondions, et.
plein de confiance dans leur fidélité, il ne voulait
pas d'autres serviteurs dans son palais. Constantin
suivit les traces de son père. Sous lui, la Gaule
demeura paisible, l'Eglise respira, le sang de ses
enfants ne rougit point le glaive des bourreaux.
Six années s'écoulèrent,, pendant lesquelles Sé-
vère, Galérius, Maximien disparurent. Maxence.
fds du vieil Herculius, aussi odieux que son père
par ses vices, s'étant fait proclamer empereur,
commandait à Rome. Les vaillantes légions de
Maximien, 1,'ayant reconnu , s'établirent dans la
ville qu'elles fortifièrent. Maxence. sous prétexte
de venger la mort de son père, ordonnée par
Constantin, déclara la guerre à ce prince. Le fils
de Constantius rassembla ses troupes et marcha
vers l'Italie. Mais Maxence était le plus fort ; dans
quelques combats, ses généraux remportèrent même
l'avantage.
Constantin néanmoins s'approchait de Home,
résolu de livrer sous ses murs une bataille déci-
2<; l'Europe chrétienne
sivc. A celte heure solennelle d'où sa fortune
dépendait, il sentit le besoin d'un secours supé-
rieur et pensa à quelle divinité il s'adresserait.
Se souvenant que son père Constantius, ayant
honoré toute sa vie le seul Dieu souverain, en
avait reçu des marques sensibles de protection,
il pria ce Dieu puissant d'étendre sur lui sa main
favorable. La réponse ne se fit pas attendre. Une
après-midi que l'empereur marchait par la cam-
pagne à la tête de ses corps de troupes, il aperçut
tout à coup dans le ciel, au-dessus du soleil,
une croix de lumière et une inscription qui disait :
« Tu vaincras par ce signe ! » Il fut étrangement
surpris de cette apparition, et ses soldats, qui
virent comme lui ce prodige, n'en furent pas
moins étonnés.
La nuit, pendant son sommeil, le prince aper-
çut Jésus-Christ avec le môme signe qui, dans la
soirée, avait resplendi au ciel ; le Seigneur lui
ordonna d'en faire une image et de s'en servir
contre ses ennemis dans les combats. Constantin
obéit. Le lendemain il communiqua sa mystérieuse
vision à ses amis, manda des orfèvres et des joail-
liers, leur expliqua la figure de l'enseigne, et ils
se mirent aussitôt à l'oeuvre. Ils formèrent le
CHAPITRE I 27
labarum, ce fameux étendard surmonté de la
croix du Christ, qui devait guider dans les com-
bats les empereurs chrétiens. Chaque légion reçut
un drapeau semblable. Lui-même, comme on le
voit encore par ses médailles, portait sur son casque
la croix ou le monogramme du Christ.
Ainsi, par cette grande mesure, Constantin rom-
pait solennellement avec le paganisme; il se dé-
clarait le champion du christianisme, dont il pro-
clamait la puissance. La lutte qui allait s'engager,
et dont Rome, l'Italie devaient être le prix, c'était
la lutte entre deux cultes, la lutte entre la vérité
et le mensonge.
Le 28 octobre, jour auquel le tyran Maxence
célébrait l'anniversaire de la cinquième année de
son règne, Constantin s'approcha du Tibre en
ordre de bataille. Un combat terrible commença
et se prolongea une partie du jour. Maxence,
ayant rejoint ses troupes, ne tarda pas à les voir
plier. Aussitôt il prit la fuite; mais le pont de
bateaux qu'il avait fait construire sur le fleuve
se trouva rompu, et le tyran, précipité dans les
eaux, y périt misérablement.
La ville ouvrit sur-le-champ ses portes ; la
croix du Christ, si longtemps proscrite et outragée,
28 J.'KUKOi'K CHHÉTIENNE
entra triomphante. Dans, cette Rome qui durant
trois siècles s'était enivrée du sang des martyrs,
une statue fut élevée au vainqueur de Maxence
el du paganisme ; il y parut avec une longue
croix à la main au lieu de lance, et sur la base
on lut l'inscription suivante :
par ci! signe salutaire, vraie marque de courage,
j'ai délivré votre cité du joug de la tyrannie, et rétabli le sénat
et le peuple en i.kur ancienne splendeur.
De la cité-reine, l'empereur rendit un décret
de tolérance universelle qui permettait aux chré-
tiens de tenir publiquement leurs assemblées et
de bâtir des églises.
L'année suivante, à Milan, Constantin, de con-
cert avec Licinius, qui régnait sur l'Orient à la
place de Galérius, publia un nouvel édit qui assu-
rait aux chrétiens une entière liberté de conscience.
En outre, il décida qu'ils rentreraient, de plein
droit et sans rien payer, en possession de leurs
églises el autres immeubles dont on les avait dé-
pouillés. Maximin Daïa, le troisième empereur,
alors en Syrie, fut mis en demeure d'adopter les
décisions de ses collègues.
Douze ans plus tard, après le concile de
CHAPITRE I 29
Nicée, Constantin, devenu l'unique maître de
l'empire par la mort de Maximin et de Licinius.
revint à Rome. Frappé de lèpre à la suite du
meurtre de son fils Crispus et de sa femme
Fausta, il fut averti en songe qu'il serait guéri
s'il recevait le baptême des mains de saint Syl-
vestre. L'empereur fit venir le pontife, demanda
le sacrement destiné à l'introduire dans l'Eglise
du Christ, et il recouvra la santé. Ce fait,
consigné par la tradition dans l'office divin. a
été établi de nos jours par de sérieux travaux
historiques ; il nous paraît hors de doute.
Quoi qu'il en soit, Constantin s'attacha dès
lors plus que jamais à étendre le règne du Christ;
il jeta lui-même les fondements des principales
basiliques de Rome, détruisit les temples des
idoles . ceux-là surtout dans lesquels se célébraient
des fêtes et des mystères abominables. De plus,
il ne cessa de travailler à mettre la législation
d'accord avec les divins préceptes de l'Evangile.
La lutte commencée dans Rome avec l'erreur
et le paganisme par le pécheur Simon-Pierre se
termina donc au bout de trois siècles par la dé-
faite des puissances du mal et par une prodigieuse
victoire. La ville fameuse qui commandait à
:j() i.'eukopk chrétienne
l'univers fui subjuguée. Le siège auguste fondé
par saint Pierre, et sur lequel trente vieillards
s'étaient relayés pour confesser le Christ et revêtir
la robe sanglante des martyrs, ce siège brillait
d'un incomparable éclat et devait durer jusqu'à
la fin des siècles. L'héritier des Césars, en in-
clinant son front victorieux devant l'héritier de
Simon-Pierre, apportait avec lui les hommages
de la terre.
Désormais Rome, réalisant les espérances de
ses fds, ne verra plus l'empire s'échapper de ses
mains, parce que son sort sera lié à celui du
vicaire du Christ. Le pontife suprême ne pourra
avoir d'autre titre que celui de la cité-reine; et,
quoi qu'il arrive, il se perpétuera, parce qu'il
lui a été dit que les portes de l'enfer ne pré-
vaudront point contre lui.
CHAPITRE II
La Grèce.
Au moment où les apôtres, inondés des lu-
mières de l'Esprit-Saint et pleins d'une sainte
ardeur de remplir leur mission, se partageaient
le monde, il existait une nation, la Grèce, qui.
malgré sa défaite et sa réduction en province
romaine, tenait encore une grande place en Eu-
rope. Vaincue plutôt par ses divisions et les ja-
lousies de cité à cité que par la supériorité de
ses ennemis, elle avait en quelque sorte triomphé
de ses vainqueurs en leur imposant sa langue, la
plus littéraire qui fut jamais, ses systèmes philo-
sophiques, ses arts et jusqu'à ses dieux. Il était
;]2 I. EUROPE CHRETIENNE
donc tout naturel que ce peuple, au brillant passé,
à la civilisation splendide, et qui donnait en
quelque sorte le ton aux autres nations, fut évan-
lisé en même temps que Rome. Son exemple
devait être d'un grand poids dans l'univers.
Au converti de Damas, au plus éloquent des
apôlrcs, échut le mandat de prêcher aux savants ,
aux poètes, aux artistes de la Grèce la religion
du Crucifié.
Saint Paul, étant à Troade, se préparait à
passer en Bilhynie, lorsque, durant la nuit, il vit
en songe un Macédonien, qui lui dit d'une voix
suppliante : « Allez en Macédoine et secourez-
nous. » Or, il y avait dans ce pays renommé
deux villes illustres, Philippes et Thessalonique;
de cette dernière cité, Alexandre le Grand était
parti quatre cents ans auparavant pour soumettre
l'Asie. Aujourd'hui, un conquérant d'un nouveau
genre va s'embarquer pour la Macédoine: il apporte
de l'Asie, à la patrie d'Alexandre, la vérité, la
paix et non la guerre. Paul, accompagné de
Silas, cingla vers l'île de Samolbrace, d'où il
se rendit à Philippes. Les deux voyageurs y
demeurèrent quelques jours, et baptisèrent une
marchande de pourpre, nommée Lydia, qui leur
CHAPITRE II 33
offrit l'hospitalité dans sa maison, dont tous les
habitants suivirent son exemple et se convertirent.
Bientôt le peuple, irrité des doctrines nouvelles
qu'enseignaient Paul et Silas, s'ameuta contre eux,
les arracha de la demeure de Lydia, et les traîna
sur la place publique, devant les magistrats.
L'apôtre et son compagnon furent battus de
verges, jetés en prison et gardés étroitement avec
des entraves aux pieds.
Sur le minuit, Paul et Silas, s'étant mis en
prières, chantèrent des hymnes à la louange de
Dieu, et les prisonniers les entendaient. Mais
soudain il se fit un grand tremblement de terre,
et les fondements de la prison furent ébranlés ;
en même temps toutes les portes s'ouvrirent, et les
liens des prisonniers se rompirent. Le geôlier,
s'étant éveillé et voyant les portes de la prison
ouvertes, tira son épée pour se tuer, car il s'ima-
ginait que les captifs s'étaient enfuis. Mais Paul
lui cria à haute voix : « Ne te fais aucun ma].
nous sommes tous ici! >
Alors le gardien, ayant demandé de la lu-
mière, s'élança de l'intérieur et se jeta tout
tremblant aux pieds de Paul et de Silas. Puis,
les ayant conduits ailleurs,
3$. l'kubope chrétienne
« Seigneurs, leur demanda-t-il, que dois-je
faire pour être sauvé? »
Ils lui répondirent :
« Crois en Jésus-Christ, et tu obtiendras mi-
séricorde toi et ta famille. »
Le geôlier reçut la parole de Dieu, lui et
toute sa famille ; rempli de respect pour ces
hommes vénérables, il les conduisit à son logis,
lava leurs plaies et fut baptisé avec ses parents.
A la première heure du jour, les magistrats
envoyèrent à la prison leurs licteurs, qui dirent
à Paul :
« Vous êtes libres ; vous pouvez vous re-
tirer. Les magistrats vous permettent: d'aller en
paix.
— Quoi! s'écria l'apôtre, nous, citoyens ro-
mains, nous avons été publiquement battus de
verges, sans jugement, puis jetés en prison; et
on veut maintenant nous délivrer en secret? Il
n'en sera pas ainsi : que les magistrats viennent
eux-mêmes ordonner notre délivrance. ><
En apprenant qu'ils avaient violé les privi-
lèges des citoyens romains, que ce titre exemp-
tait de la flagellation, les magistrats s'alarmèrent;
ils accururent à la prison, s'excusèrent et conju-
CHAPITRK II 35
rèrent les deux étrangers de quitter la ville. Paul
et Silas. ainsi élargis, allèrent chez Lydia,
entretinrent les nouveaux chrétiens, les conso-
lèrent et partirent.
Les fidèles de Philippes furent les prémices de
saint Paul dans la Grèce. Aussi conserva-t -il
pour eux une incomparable affection; il leur
adressera plus tard la plus aimable de ses épîtres.
Paul et son compagnon, ayant passé par Am-
phipolis et Apollonie, vinrent à Thessalonique,
où il y avait une synagogue de Juifs. L'apôtre
y entra, selon sa coutume; et. durant trois
jours de sabbat, il les entretint des Ecritures,
leur expliquant qu'il avait fallu que le Christ
souffrît et ressuscitât d'entre les morts. < Ce
Christ, ajouta-t-il, est Jésus que je vous an-
nonce. > Quelques-uns crurent à sa parole. Une
grande multitude de Grecs, qui adoraient déjà le
vrai Dieu, se convertirent et se joignirent à Paul
et à Silas.
Les Juifs, demeurés incrédules, soulevèrent le
peuple contre les deux étrangers, qui prirent le
parti de sortir de la ville et de gagner Bérée.
Ils y opposèrent de nombreuses conversions. De
là, Paul se rendit dans l'Altique.
;j(j l.'i: tilt OPE CHU ETIENNE
Athènes, comme par le passé, était le centre
de la politesse et des lettres humaines; noble
cité, toute pleine de savants, de poètes, d'ora-
teurs, d'artistes, elle apparaissait comme l'école
de l'univers; elle instruisait ses maîtres et exer-
çait sur Rome même la dictature de l'intelligence
et du bon goût. Les futurs Césars, les fiers pa-
triciens . qui n'avaient point abjuré leur orgueil
dans la servitude où ils étaient tombés, venaient
apprendre, aux leçons des maîtres athéniens , à
penser juste et à parler bien.
L'apôtre trouva dans Athènes des souvenirs
de sa nation ; une synagogue y enseignait le culte
du vrai Dieu, et elle avait fait des prosélytes.
Néanmoins sa doctrine parut étrange, et beau-
coup disaient : « Que veut dire ce semeur de
paroles? » Et ils lui proposèrent de le conduire à
l'Aréopage, à ce sénat renommé, qui jouissait
d'une réputation plusieurs fois séculaire de science
et de sagesse.
Paul parut sans crainte et avec une dignité
modeste au milieu de l'imposante assemblée; il
y parla avec une finesse et une habileté consom-
mées. Toutefois les conversions furent peu nom-
breuses. Denys, un membre de l'aréopage , et
CHAPITRE II 37
une femme nommée Damaris , furent les prin-
cipales conquêtes de Paul.
D'Athènes, où il demeura assez longtemps,
l'apôtre passa à Corinthe, la plus commerçante
et la plus voluptueuse des villes grecques. Six
siècles et demi auparavant, les sept sages s'y
étaient rassemblés chez l'un d'eux, Périandre,
chef de la cité. La réunion des sept sages ne
valut à la postérité que le récit de leur ban-
quet. Périandre resta le tyran de Corinthe, et
Corinthe la plus corrompue des villes. Dans un
seul temple de Vénus, plus de mille courtisanes
se pressaient autour de l'autel de l'infâme divinité,
et le poète Simonide ne rougissait pas de célébrer
ces honteuses prêtresses de la débauche.
Telle.était la ville à laquelle saint Paul en-
treprit de prêcher l'Evangile, c'est-à-dire le
mépris des richesses et la mortification des sens.
L'apôtre, ayant rencontré à Corinthe un juif
nommé Aquila. venu récemment d'Italie avec sa
femme Priscilla, se joignit à eux, et. pour
n'être à charge à personne, il travailla avec eux
à fabriquer des tentes. Silas et Timothée étant
arrivés, il se mit à prêcher les Juifs avec une
grande force, pour leur démontrer que Jésus
,'{8 I,'EUROPE CHRETIENNE
était le Christ. Mais ils lui répondirent par des
blasphèmes. Paul indigné s'écria : « Voici que
je me tourne vers les gentils : à l'avenir je
serai tout à eux. »
Alors abandonnant la maison Israélite où il
demeurait avec ses compagnons , il alla, demander
l'hospitalité à Titus-Justus, prosélyte converti ,
dont l'habitation était contiguë à la synagogue.
Crispus présidait la réunion des Juifs ; ce chef,
touché et convaincu par les instructions de Paul,
embrassa le christianisme avec toute sa famille,
cl fut baptisé de la main même de l'apôtre,
honneur que n'eurent après lui en Grèce que
Caïus et la maison de Stéphanas.
Les persécutions, les nécessités, les travaux,
les craintes et les angoisses qui assiégèrent Paul
dans Corinthe furent tels, qu'il eut besoin d'une
vision céleste pour le réconforter. Jésus-Christ
lui apparut une nuit, et l'exhorta à ne pas
craindre, à ne point se taire, mais à parler
avec sa liberté accoutumée. < Je suis avec toi,
ajouta le Seigneur, et nul ne pourra te faire de
mal dans cette ville, car j'y possède un peuple
nombreux. >
Encouragé par ces paroles, l'apôtre s'arrêta
CHAPITRK II 39
dix-huit mois à Corinthe, tandis que Silas et
Timothée, ses compagnons, évangélisaient les
principales cités de l'Achaïe. Son séjour pro-
longé dans l'une des plus illustres villes de la
Grèce eut des résultats considérables. A la con-
version de Crispus, chef de la synagogue, s'a-
jouta celle de Sosthène, successeur de ce dernier.
Les Juifs, irrités, se soulevèrent contre Paul,
le traduisirent au tribunal du proconsul d'Achaïe,
l'accusèrent d'enseigner une religion contraire à
la loi judaïque, et par conséquent non auto-
risée, comme l'était la leur, par les lois ro-
maines. Le proconsul de l'Achaïe était alors
Gallion, frère du philosophe Sénèque.
Paul se disposait à répondre aux accusations
portées contre lui; mais le proconsul le prévint;
et, s'adressant aux Juifs, il leur dit : « S'il
s'agissait de quelque injustice ou de quelque
crime, je vous écouterais volontiers et avec pa-
tience; mais s'il n'est question que de doctrine,
de mots et de votre loi, examinez vous-même ;
moi, je ne veux point en être juge. »
Blessés du refus de Gallion, les Juifs déchar-
gèrent leur colère sur Sosthène. naguère prince
de la synagogue, et excitèrent les employés du
40 i.'echopi-: chrétienne
tribunal à le battre sous les yeux du proconsul,
sans que celui-ci s'en mît en peine.
Saint Paul retourna ensuite dans l'Asie Mi-
neure d'où il était venu. Pendant son absence,
les Eglises grecques se relâchèrent de leur pre-
mière ferveur ; en proie aux rivalités , aux divi-
sions comme les écoles des philosophes, elles
oublièrent les règles de la discipline. Paul écrivit
à ce sujet une longue lettre aux Corinthiens pour
les reprendre ; ils profitèrent de ses avis et em-
brassèrent avec amour les pénitences qu'il leur
imposa. Aussi, quand trois ans plus tard l'apôtre
reparut en Macédoine, il traversa l'Achaïe et
visita Corinlhe, où il resta trois mois.
En quittant la Grèce évangélisée par lui, pour
ne plus la revoir, saint Paul y laissa d'illustres
disciples. Dcnys, l'aréopagite converti à sa pa-
role, fut évoque d'Athènes. Saint André, après
avoir évangélisé la Scythie d'Europe, parcourut
l'Epire. et vint en Achaïe continuer et agrandir
l'oeuvre de Paul ; il souffrit le martyre à Pa-
tras, et mourut sur la croix comme son divin
Maître.
Arrosée des sueurs des deux apôtres, fécondée
par un sang généreux, la Grèce fournira de
CHAPITRE II i-1
nombreux fidèles , des témoins courageux pendant
les persécutions. La foi, jetée dans son sein, s'y
développa merveilleusement, malgré les efforts du
paganisme pour la détruire.
De même que pour l'Eglise de Rome, le jour
du triomphe arriva pour les Eglises de la Grèce.
Au lendemain de son baptême, Constantin le
Grand jugeant sans doute impossible la cohabi-
tation dans la ville éternelle du pontificat suprême
et du pouvoir impérial, résolut de fixer ailleurs
le siège de son gouvernement. L'an 326, il fonda
à Byzance une nouvelle cité, qu'il appela de sou
nom, Gonstantinople.
Investie de la royauté des âmes, Rome aban-
donna celle qui se conquiert et se garde avec
le glaive matériel. La Grèce recouvra l'empire.
Constantin fit la dédicace de sa capitale le 11
mai 430. Il y établit un sénat, des magistrats cl
des ordres du peuple. Des palais somptueux, des
édifices admirables décorèrent la nouvelle ville.
assise dans une position incomparable, sur deux
mers. Constantin en bannit toute idolâtrie; il
n'y laissa point de temples, ou les fit consacrer
au vrai Dieu ; il n'y souffrit point d'autels où
l'on brûlât des victimes, et ne laissa des idoles
12 L EUROPE CHRETIENNE
que dans les lieux profanes, pour servir d'orne-
ments. Il ordonna même d'apporter à Constanti-
noplc les divinités les plus renommées de la Grèce,
et les exposa au mépris et à la dérision pu-
blique. Ainsi, on voyait d'un côté le fameux
Apollon Pythien, arraché au temple de Delphes,
d'un autre côté le Sminthien , venu de la Phrygie.
Le trépied de Delphes, si fameux par ses
oracles, fut placé dans l'hippodrome; les Muses
de l'IIélicon ornèrent le palais. On voyait aussi,
dans la ville, Rhéa, la mère des dieux, apportée
du mont Dindyme, près de Cyzique. Constantin
la modifia en lui ôtant ses lions et en changeant
la situation de ses mains, de sorte qu'elle pa-
raissait suppliante.
La principale église fut dédiée à la Sagesse
éternelle, d'où elle garde encore le nom de
Sainte-Sophie. L'empereur en construisit une
autre en l'honneur des douze apôtres ; elle était
en forme de croix, d'une hauteur merveilleuse,
incrustée en dedans de marbres de diverses
couleurs, et, depuis le pavé jusqu'au toit, revêtu
d'un lambris doré. Couverte de cuivre doré en
plusieurs endroits, au lieu de tuiles, elle ré-
fléchissait au loin les rayons du soleil ; une ba-
OHAPITRK 11 43
lustrade de cuivre et d'or environnait le dôme.
Cette basilique splendide s'élevait au centre
d'une immense cour carrée, fermée de quatre
galeries, accompagnée de bains, de grandes salles,
de chambres et de divers appartements pour ceux
qui avaient la garde du lieu.
Outre les nombreuses églises, qui attestaient
sa foi, Constantin se plut encore à marquer les
monuments publics du signe du Christ. Sur les
fontaines qui jaillissaient sur les places , on voyait
l'image du bon Pasteur, et Daniel entre des lions
de bronze doré. Dans la chambre la plus splendide
de son palais, apparaissait un tableau contenant
une croix de pierres précieuses enchâssés dans
de l'or. Un autre tableau, placé dans le vesti-
bule , le représentait avec ses enfants, ayant la
croix sur sa tête, et sous ses pieds un dragon
percé d'un dard par le milieu du ventre et pré-
cipité dans la mer.
La Grèce, qui avait abusé des brillantes facultés
dont elle était douée pour diviniser les rêves de
son imagination et dresser des autels à tous les
vices, la Grèce devint définitivement chrétienne.
Quelques années encore, et le paganisme aura
disparu sans retour de cette terre où il avait
ï 4 L ' K V n 0 P10 C H R K TI E N .V K
poussé de si profondes racines. Trois siècles après
l'institution de l'Eglise, la religion du Crucifié
domine en reine à Rome, centre de l'empire, et
en Grèce, centre et foyer de la civilisation antique :
double conquête qui attestait éloquemment l'in-
vincible et divine puissance de la loi chrétienne.
La religion que les apôtres étaient chargés de
prêcher avait tout contre elle, les préjugés, les
passions humaines. la puissance publique, la
faiblesse et l'obscurité de ses propagateurs. Néan-
moins elle obtient le plus éclatant triomphe, en
dépit des obstacles, des fureurs de l'enfer et des
hommes.
CHAPITRE III
La France.
Au siècle dernier, on a voulu contester l'éta-
blissement du christianisme dans la Gaule au temps
des apôtres ; de brillantes thèses ont été soutenues
pour démontrer que la parole évangélique n'avait
retenti dans nos contrées qu'au troisième siècle.
Mais il suffirait, ce semble, d'une simple re-
marque sur les rapports étroits de la Gaule avec
Rome, pour affaiblir de telles propositions. En
effet, depuis que leur vie nationale avait été
brisée par l'épée de César, les Gaulois, se pliant
avec une admirable souplesse à la civilisation
romaine, rivalisèrent bientôt avec leurs maîtres
4G l'kuropk chrétienne
dans les lettres et les arts, comme ils étaient
déjà leurs émules dans la guerre. Des écoles flo-
rissantes s'élevèrent dans plusieurs cités ; la renom-
mée des savants de la Gaule fut si grande, que
la cité-reine les appelait dans son sein pour recevoir
leurs leçons éloquentes.
Enfin, sous Claude, des Gaulois revêtirent le
laticlave et parurent au sénat, au milieu de ces
vieux patriciens, dont les pères avaient vaincu
l'univers.
Des voies nombreuses, que parcouraient sans
cesse les légions , les prêteurs, les proconsuls,
partaient de Rome et sillonnaient le pays des
druides. La Gaule, par son admirable situation
dans le coeur de l'Europe, par le génie de ses
habitants, sa population, ses richesses, était l'une
des provinces les plus importantes de l'empire
romain.
Il est donc difficile de concevoir comment les
apôtres qui, de Rome, de Jérusalem, de l'Asie-
Mineure, dispersèrent jusqu'aux extrémités du
monde des prédicateurs de l'Evangile, eussent
oublié ou négligé la Gaule. D'ailleurs, le drui-
disme, cet antique et mystérieux sacerdoce.
n avait-il pas inscrit ses espérances au fronton
CHAPITRE 111
d'un temple de Chartres, dédié à la Vierge
qui devait enfanter? Appel solennel, que les
premiers chefs de l'Eglise ne pouvaient refuser
d'entendre.
Mais des monuments historiques nombreux, mis
en lumière par de savantes recherches, prouvent
d'une manière irréfutable que la lumière de la vé-
rité brilla dès le commencemeut du siècle apos-
tolique sur la Gaule.
Au rapport de saint Epiphane, l'évangéliste
saint Luc prêcha en Dalmatie, en Italie, mais
principalement en Gaule. Saint Isidore de Séville
nomme l'apôtre saint Philippe parmi ceux qui
annoncèrent à nos aïeux le nom de Jésus-Christ.
Crescent, disciple de saint Paul, travailla éga-
lement à la conversion des Gaulois.
Ce fut de Jérusalem que partirent les apôtres
des provinces méridionales. Une tradition reçue
en Provence, où elle est regardée comme in-
contestable, nous dit qu'après que saint Pierre
eut été mis en prison à Jérusalem, saint Etienne
lapidé, et saint Jacques décapité, vers l'an 35
de notre ère, d'autres disciples, enfermés dans
des barques, furent abandonnés à la merci des flots.
L'historien Baronius. confirmant ces croyances.