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L'Homoepathie, par Thévenin Conqueret,...

De
53 pages
J.-B. Baillière et fils (Paris). 1867. In-8° , 53 p..
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L'HOMOEOPATHIE
PAR
THÉVENIN CONQUERET
DOCTEUR EN MÉDECINE
DE L\ FACULTÉ DE PAIUS.
Les douleurs se. guérissent par les contraires;
chaque maladie a ce qui lui est propre : ainsi, aux
constitutions chaudes devenues malades par le froid
conviennent les échauffants, et ainsi de suite.
Autre procédé : La maladie est produite par les
semblables, et, par les semblables que l'on fait pren-
dre, le patient revient de la maladie à la santé.
Ainsi, ce qui produit la strangurie qui n'est pas,
enlève la strangurie, qui est; la toux, comme la
strangurie, est causée et enlevée par les mômes
choses.
IHIPPOCRA/TE, trad. par Litlré, Des lieux dans
l'homme, t. VI, § 42. Paris, 1849.)
PARIS
J.-B. BAILLIËRE ET FILS
LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE
rue Hautefeuille, 19.
Londres ÏVew-York
llipp. Baillière, 219, Rcgcnl slreet. Uaillicre brolliers, UD, Broadway.
- MADRID, C. BAILLY-BAILL1ÈBE, PLAZA DEL PRINCIPE ALFONSO, 16.
18Q 1!
"i&ffÔMGEOPATHIE
DU MÊME AUTEUR :
Du choc du coeur; thèse pour le doctorat en Médecine. Paris, 1857.
L'empoisonnement par le plomb et la colique sèche des
pays chauds. Recherche de la solution d'un problème nosologique, à
propos de faits morbides observés pendant l'été et l'automne de l'an-
née 186S, à Castelmoron-sur-Lot. Agen, 1865.
Bordeauï, imp. G. GoimouiLliou,
rue Gtùraude, 11. "
L'HOMOEOPATHIË
THÉVENIN CONQUERET
DOCTEUR EN MEDECINE
DE LA FACULTÉ DE PAIt'îS.
Les douleurs se guérissent par les contraires;
chaque maladie a ce qui lui est propre : ainsi, aux
constitutions chaudes devenues malades par le froid
conviennent les échauffants, et ainsi de suite.
Autre procède ; La maladie est produite par les
semblables, et, par les semblables que l'on fait pren-
dre, le patient revient de la maladie à la santé.
Ainsi, ce qui produit la strangurie qui n'est pas,
enlève la strangurie qui est; la toux, comme la
strangurie, est causée et enlevée par les mêmes
choses.
tlItPPQCRATE, trad. par Littré, Des lieux dans
l'homme, t. VI, § 42. Paris, 1849.)
PARIS
J.-B. BAILLIÈRE ET FILS
LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE
"" rue Hautefeullle, 19.
Londres j lïew-York
Hipp. Baillière, 219, llegenl slrect. ' Baillièrc brotlicrs, 4<i0, Bruafa;.
MADRID, C. DAH.I.Y-PAILLIÈRE, PLAZA DEI. PRINCIPE ALFOHSO, 16.
1867
L'HOMOEOPATHIË
i
ÉTAT DE LA QUESTION.
Notre incrédulité porte bien moins sur le principe
des semblables, que nous reconnaissons être ration-
nel et fréquemment applicable, que sur les doses
infinitésimales. Nous croyons sans peine qu'on peut
guérir certaines maladies, peut-être même la plu-
part des maladies, par des remèdes dont l'action
leur est homoeopathique, pourvu que leur dose
tombe sous les sens; mais l'action des infiniment
petits est une chose que nous ne pouvons concevoir.
( Louis SAUREL, rédacteur de la Revue théra-
peutique du Midi.}
Lorsque le QUINQUINA fut importé en Europe, « le nouveau
remède trouva de nombreux détracteurs. Il fut proscrit par
des Facultés, et des médecins qui osèrent en expérimenter
les effets furent l'objet de persécutions (*). »
La pratique de I'INOCULATION, répandue à Londres depuis
'1721, ne fut introduite en France que bien plus tard. En
1727, "Voltaire rappelait que vingt mille personnes étaient
mortes à Paris de la petite vérole, lesquelles vivraient encore,
disait-il, si l'inoculation avait été introduite en France en
même temps qu'en Angleterre. Le duc d'Orléans donna
l'exemple en faisant inoculer ses enfants, mais cet exemple
(')■ A. Trousseau et H. Pidoux, Traité de Thérapeutique et de Matière
médicale, 4« édition, t. II, p. 322.
6 L'HOMOEOPATHIË.
servit si peu qu'en 1763 le Parlement de Paris défendit l'ino-
culation sons peine d'amende, de prison et de bannissement
en cas de récidive.
Cet arrêt donna lieu à cette boutade de Voltaire :
« On dit qu'aux extrémités occidentales de notre hémisphère
on trouve un peuple qui habite entre l'Océan et la Méditerra-
née, dans l'espace d'environ huit degrés en latitude et neuf en
longitude. Un petit nombre de prud'hommes composaient, dit-
on, la partie la plus sérieuse de la nation. Dès que les prud'hom-
mes eurent appris qu'on osait attenter sur les droits de la
variole, les plus vieilles têtes s'assemblèrent et raisonnèrent
ainsi : « Souffrirons-nous que nos petits-enfants, qui sont tous
» des étourdis, prétendent échapper à une maladie dont nos
» grands-pères ont été en possession de mourir depuis dix
» siècles ? L'antiquité est trop respectable, et cette nouveauté
» serait trop scandaleuse. Il faut que nos druides fulminent un
» décret sur ce cas de conscience, et que nous rendions arrêt
» sur ce délit. Nous nons sommes déjà vigoureusement opposés
» à la découverte que firent les hérétiques de la circulation du
» sang ; nous avons proscrit Yémétique, qui avait guéri notre
» pénultième roi ; nous établîmes jadis peine de mort contre
» ceux qui seraient d'un autre avis qu'Aristote ; nous traitâmes
» Y imprimerie de sortilège. Soutenons notre gloire. Nous con-
» damnâmes en mil quatre cent soixante-dix-sept à être pendu
» quiconque, ayant contracté le mal de l'Amérique, ne sorti-
» rait pas de la ville en vingt-quatre heures ; faisons pendre le
» premier insolent qui se portera bien après avoir été inoculé
» du mal de l'Arabie ('). »
Voltaire s'élève contre l'empire des habitudes, les préven-
tions obstinées qu'elles soulèvent, et contre cet aveuglement
du public qui n'est rien encore auprès de l'entêtement des
(l) De la mort de Louis XV el de la fatalité, t. XLYIII, p. 23, -édit.
Beuchot.
L HOMOEOPATHIE. 7
savants ; mais on peut penser que cette épigramme glissera
éternellement sur le crâne éburné des adversaires éternels
de toute innovation, car elle ne paraît pas les avoir modifiés.
En 1839, MM. Engel et Wertheim sollicitèrent du gou-
vernement l'autorisation de fonder à Paris un dispensaire où
pût être appliquée la méthode de Priessnitz. Cette demande
fut soumise à l'Académie de médecine, qui répondit, par l'or-
gane de son rapporteur, M. Roche, que I'HYDROTHÉRAPIE n'a-
joutant rien à nos connaissances sur l'emploi de l'eau comme
moyen de guérir, il y avait lieu de ne pas donner l'autori-
sation.
Lorsque Laennec exposa les avantages de 1'AUSCULTATION,
on lui répondit qu'où n'avait pas l'oreille assez fine pour
entendre l'herbe pousser.
Celte autre grande découverte, I'HOMOEOPATHIE, ne devait
pas être mieux accueillie. C'est aussi par des plaisanteries
qu'on la combattit tout d'abord : « Voulez-vous prendre un
médicament en dilution hahnemannienne, disait-on, jetez-en
une goutte dans le lac de Genève, et buvez un verrre de
cette eau. » Mais on ne fit pas que plaisanter, et si on avait
possédé encore ce Parlement qui défendit l'inoculation soiis
peine d'amende, de prison et de bannissement en cas de ré-
cidive, on aurait certainement demandé son intervention,
car dans un pamphlet contre la méthode curative hahne-
mannienne, publié en 1855, on lit que s'il y a convenance
et pas le inoindre danger à laisser dans les sciences un
libre essor à l'esprit humain, la Médecine paraît devoir faire
exception à cette loi de tolérance générale, et l'auteur se
demande si, quand les corps enseignants et les sociétés
savantes repoussent une doctrine médicale, il ne serait pas
permis d'en interdire Vapplication au lit du malade.
Cette fâcheuse disposition d'esprit a sa contre-partie dans
l'exagération et l'exclusivisme des novateurs. 11 semble que
8 L'HOMOEOPATHIË.
connaissant la résistance que rencontre habituellement le
progrès, ils sentent le besoin de répondre à la violence par
la violence et d'établir leurs affirmations sur la négation de
tout ce qui a été fait avant eux. « Comment sort-on d'un
système exclusif? par un système exclusif en sens contraire»,
dit M. V. Cousin (a). L'idée même du xvme siècle est la né-
cessité d'une crise. La monarchie française, après avoir
marché de conquêtes en conquêtes vers ses frontières natu-
relles, et dévoré successivement tous les pouvoirs qui avaient
tenté de s'opposer à ce progrès, était enfin arrivée, par le
génie de Richelieu et de Louis XIV, presque aux dernières
limites du territoire et de la centralisation. Il ne manquait
plus à la France, ainsi constituée à l'extérieur, qu'une meil-
leure organisation intérieure. Mais cette nouvelle organisa-
tion intérieure ne pouvait avoir lieu que par le renversement
dé l'ancienne. Par mille raisons, une révolution était abso-
lument nécessaire ; elle eut lieu, et le trône, la noblesse, le
clergé, tout l'ordre ancien y succomba.
Dans l'ordre scientifique On suit les mêmes errements que
dans l'ordre politique. L'esprit révolutionnaire plane égale-
ment sur la science ; Broussais en est un exemple fameux,
et, comme lui, Hahnemann voulut établir sa doctrine sur les
ruines du passé.
Mais si c'est une triste nécessité que le progrès ne puisse
marcher qu'en appuyant ses affirmations sur une négation
absolue du passé, cette négation n'est pas destinée à se per-
pétuer dans le monde, pas plus que la résistance à la vérité.
Si c'est là ce que nous enseigne l'histoire de l'évolution des
sociétés, c'est aussi ce qu'on constate dans l'ordre scientifi-
que où les passions extrêmes, dans un sens ou dans un au-
tre, révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, finissent
(') Cours de l'hist. de la Philosophie, Leçon du 17 juillet 1828. .
L'HOMOEOPATHIË. 9
également par s'épuiser par la lutte, et la vérité triomphe à
la fin. Constatons seulement ce qui a lieu pour l'homoeopa-
thie. S'il est encore des hahnemanniens purs imbus de l'es-
prit de négation et d'exclusivisme du maître ; s'ils rencon-
trent encore des adversaires passionnés et systématiques, les
uns et les autres sont trop affaiblis aujourd'hui pour qu'on y
prenne garde, et un travail de pacification se fait. Au sein
même de l'homoeopathie est née une critique qui a soumis à
un examen consciencieux toute l'oeuvre hahnemannienne, et
l'a débarrassée de ses scories. « L'homoeopathie n'est pas
toute la médecine, » a-t-elle dit tout d'abord, et M. Jousset,
président de la Société médicale homoeopathique de France,
rend même cette justice à la loi des contraires qu' «appliqué
aux maladies des causes externes et à quelques accidents des
maladies des causes internes, le galénismeestune admirable
méthode thérapeutique (1). »
« On trouve dans Hahnemann, dit le même auteur, des
théories vitalistes sur le dynamisme et la constitution des
maladies chroniques, mais on doit laisser complètement de
côté ces. rêveries intéressantes seulement pour les esprits qui
croient qu'on ne peut être médecin sans se nourrir d'hypo-
thèses (2). »
M. Jousset a signalé aussi les défauts de la matière médi-
cale pure. Hahnemann, dit-il, a décrit les symptômes pro-
duits par les médicaments suivant un ordre anatomique; il
a séparé violemment des symptômes qui étaient naturelle-
ment associés, pour les distribuer dans des paragraphes iso-
lés ; il a brisé l'ordre d'évolution pour y substituer l'ordre
analytique, et c'est là le plus grand défaut de ses pathogéné-
sies. Il résulte, en effet, de la méthode anatomique et analy-
(') Jousset, Conférences sur l'homosopathie.
(s) Idem.
10 L'HOMOEOPATHIE.
-tique suivie par Hahnemann trois inconvénients principaux :
1° On ne reconnaît plus dans les effets produits par le mé-
dicament l'image d'une maladie. Exemple : Si vous séparez
dans des paragraphes à part les vomissements, la diarrhée,
les crampes, les sueurs froides, la faiblesse du pouls, pro-
duits par le veratrum, comment aurez-vous l'image du cho-
léra ? Vévolution est un caractère important et qui donne
aux symptômes leur véritable valeur. Si vous le supprimez,
vous créez une difficulté considérable à l'étude du médica-
ment, puisque, pour comprendre son action, il faut que
chacun reconstitue à grand'peine et fort incomplètement
cette évolution.
2° En admettant ainsi, dans des paragraphes séparés, et
suivant l'ordre anatomique, les symptômes obtenus par un
grand nombre d'observateurs, Hahnemann a démesurément
allongé l'histoire de chaque médicament, et rendu l'étude de
la matière médicale très difficile et même rebutante pour les
commençants. S'il eût suivi la méthode des évolutions, les
observations, si multipliées qu'elles fussent, n'auraient servi
qu'à confirmer le type, la physionomie du médicament par
leurs symptômes constants. Quant aux symptômes non cons-
tants, ils eussent, sous le nom de symptômes accidentels,
constitué une réserve encore fort importante pour le choix du
médicament, mais qui n'eût plus altéré sa physionomie pro-
pre. Avec l'ordre d'évolution, on eût encore évité les répéti-
tions inutiles, les contradictions apparentes qui font des pa-
thogénésies de Hahnemann une des productions les plus
indigestes qui existent dans la matière médicale.
3° L'ordre analytique a, pour l'histoire des médicaments,
le même inconvénient que pour l'histoire des maladies : ces
tableaux artificiels se ressemblent tous à première vue, et
c'est là une objection qui nous a été faite par presque tous
les débutants.
L'HOMOEOPATHIE. 11
Si, d'un côté, riiomoeopathie est entrée dans une phase de
critique bienveillante venant de ses amis, de l'autre elle a
obtenu justice dans ses parties les plus importantes. Il y a
longtemps que le regretté professeur Trousseau a écrit les
lignes suivantes : « L'analogie, ce guide si sûr en thérapeu-
tique, devait conduire à employer la belladone dans le trai-
tement de la folie, par cela même que la belladone, prise à
une dose plus élevée, produit une folie passagère ; car l'ex-
périence a prouvé qu'une multitude de maladies étaient gué-
ries par des agents thérapeutiques qui semblent agir dans le
même sens que la cause du mal auquel on les oppose (*). »
« Expérimentée sur l'homme sain, dit M. Barallier (2),
professeur de pathologie médicale à l'École de médecine na-
vale de Toulon, Y essence de valériane donne lieu à plusieurs
symptômes dont les principaux sont : la paresse intellec-
tuelle, l'assoupissement, le sommeil, l'abaissement du nom-
bre de pulsations artérielles, et plus tard leur élévation et
la plus grande abondance des urines.
» Administré à l'homme malade, ce médicament modifie
d'une manière prompte et rapide les éléments stupeur, som-
nolence, coma, de cause dynamique, qui compliquent les
fièvres graves.
.» Cette modification s'obtient par l'administration de dix
à vingt gouttes de cette essence dans les vingt-quatre heures.
» L'action de ce remède, dit M. Barallier, ne peut s'ex-
pliquer que'par l'application de la loi de similitude, énoncée
par Hippocrate et par un grand nombre d'auteurs anciens.
» D'après les faits de comparaison qui résultent .de mes
nombreux essais et d'expériences bien suivies, dit encore le
savant professeur, il faut admettre que l'huile essentielle de
(') A.Trousseau et H. Pidoux, Traité de Thérap., 4e édit., t. II, p. 63.
( 2) Bulletin de Thérapeutique, du 30 septembre 1860.
f? • L'HOMOEOPATHIE.
valériane agit d'après le principe de la loi d'électivité nommée
par l'École de Paris loi de substitution, par l'École de Mont-
pellier mutation affective locale élective, qui se confond avec
la loi de similitude énoncée par Hippocrate dans l'axiome
similia similibus opponenda, tombée en désuétude pendant
le long règne du galénisme, éditée de nouveau par Cardan
et Paracelse au xvir 3 siècle, et enfin proclamée à notre épo-
que par Hahnemann, comme base de toute thérapeutique. »
« J'ai démontré, dit M. Imbert-Gourbeyre (1), professeur
de thérapeutique à l'École de médecine de Clermont-Ferrand,
que Yaconit guérit les névralgies ; je crois avoir suffisamment
prouvé qu'il jouit aussi de la propriété de développer des
douleurs névralgiques sur le trajet des nerfs, ceux de la face
en particulier. Ce rapport singulier entre le fait thérapeuti-
que et le fait physiologique, c'est ce qu'on a appelé la loi de
similitude qui se trouve démontrée ici de la manière la plus
évidente.
» Quel que soit le nom que l'on donne à ce rapport, qu'on
l'appelle loi homoeopathique, loi de substitution, d'analogie
ou de parallélisme, le nom en un sens ne fait rien à la chose,
le rapport entre les deux faits physiologique et thérapeutique
étant incontestable. Toutefois, comme les noms en pareille
matière doivent représenter fidèlement les choses, je n'en
vois pas de mieux choisi que celui de loi de similitude. Il
est d'origine hippocratique ; il faut le conserver de préfé-
rence surtout au mot de substitution, qui n'est qu'une expli-
cation ingénieuse du fait thérapeutique, et qui n'exprime
nullement le rapport qui existe entre ce dernier fait et le fait
pathogénétique.
» Quand on se contente de rester sur le terrain des faits,
(') Mémoire sur l'aconit, in Gazette médicale, novembre 1854 et
février 1855.
L'HOMOEOPATHIE. 13
quand on vit d'observation et non d'inspiration, on ne peut
s'empêcher de reconnaître la vérité de la loi de similitude.
De toutes les théories émises sur l'action des médicaments,
c'est, à mon sens, la seule qui ait pour elle la raison des
faits. Que l'on ne donne point, si l'on veut, à cette théorie
le nom trop ambitieux de loi ; qu'on limite encore sa trop
grande généralisation, il n'en sera pas moins vrai jusqu'à
présent que c'est la seule théorie qui jette un peu de jour sur
le mystère des actions médicamenteuses. »
Les homoeopathes eux-mêmes, ai-je dit, signalent aujour-
d'hui les défauts de la matière médicale de Hahnemann,
mais tous ces défauts sont ceux du milieu dans lequel vivait
le réformateur allemand, plutôt que les siens propres, car les
nosographies contemporaines sont faites identiquement sur
le même plan, et malgré tout, les pathogénésies donnent
une connaissance assurée des propriétés réelles des médica-
ments, et peuvent servir de base à la thérapeutique, car elles
sont confirmées dans ce qu'elles ont d'essentiel par la toxi-
cologie et les quelques expériences entreprises dans ces
derniers temps dans les écoles rivales. « C'est l'école hahne-
mannienne, dit M. Imbert-Gourbeyre (a), qui a le mieux
étudié la série des actions électives de tous les médicaments,»
et le savant professeur s'étonne que les thérapeutistes fran-
çais en négligent l'étude, « tandis qu'à l'étranger, des
thérapeutistes comme Pereira, Giacomini, Werber, etc.,
sans s'enrôler sous la bannière de Hahnemann, ont cité ce-
pendant avec respect et mis à profit les nombreux travaux
de son école, et leur ont accordé dans leurs traités élémen-
taires une légitime hospitalité. »
L'homoeopathie est donc reconnue dans ses parties essen-
tielles. Ses adversaires et ses partisans combattent cependant
(') Mémoire sur l'aconit, déjà cité.
14 L'HOMOEOPATHIE.
encore. Pourquoi ? « Notre incrédulité, a dit, il y a déjà
longtemps, M. Louis Saurel, rédacteur de la Revue théra-
peutique du Midi, porte bien moins sur le principe des sem-
blables, que nous reconnaissons être rationnel-et fréquem-
ment applicable, que sur les closes infinitésimales. Nous
croyons sans peine qu'on peut guérir certaines maladies,
peut-être même la plupart des maladies, par des remèdes
dont l'action leur est homoeopathique, pourvu que leur dose
tombe sous les sens ; mais l'action des infiniment petits est
une chose que nous ne pouvons concevoir. » La posologie
infinitésimale, voilà donc encore la pomme de discorde ;
«Quand la démonstration en sera faite, disait dernièrement
M. H. de Castelnau (l), nous ne pensons pas nous aventurer
en donnant l'assurance qu'à ces conditions le monde entier
sera homoeopathe, et moi tout le premier. » C'est donc à l'é-
lucidation de ce point que doivent travailler tous ceux qui
sont persuadés qu'en donnant droit de cité à l'homoeopathie,
la médecine qui, ainsi que le déclare M. Scoutetten, est au-
jourd'hui comme un vaisseau désemparé, sans boussole ni
pavillon, sortirait de ce désarroi. Et y a-t-il une chose plus
importante? Comme dit Baglivi, ne s'agit-il pas ici de pelle
humanâ?
■■ Ne peuvent rester dans l'indifférence que ceux qui croient
qu'il ne peut exister d'art de guérir, et à ceux-là je dirai que
le remède est affirmé par la croyance universelle de l'huma-
nité, et qu'aux époques les plus reculées, aux origines les
plus obscures de toute civilisation, dans les conditions les
plus rudimentaires de l'état social, le médecin existe déjà
comme un des éléments constitutifs, primordiaux de toute
société. L'Écriture témoigne de cette croyance par ces pa-
roles remarquables : Honora medicum, etenim propter ne-
(') Réforme médicale, n° du 17 mars 1867.
L'HOMOEOPATHIE. 15
cessitatem creavil illum Allissimus. Or, le consentement
unanime des peuples est, en toutes choses, une preuve de
premier ordre ; « Depuis Platon, qui a démontré l'existence
de Dieu dans le Timée et dans les Lois, et Aristote, qui l'a
démontrée dans le XIIe livre de la Métaphysique, les écoles
se sont transmis l'une à l'autre un certain nombre d'argu-
ments en forme, que l'on a successivement améliorés, et
qui, renouvelés pour ainsi dire par Descartes et Leibnitz,
sont encore aujourd'hui le fond de l'enseignement. Ces argu-
ments sont pleins de force, si l'on considère surtout le prin-
cipe sur lequel ils reposent pour la plupart, et qui est d'une
incontestable vérité ; mais dans leur forme, ils n'ont ni soli-
dité ni efficacité. Ce sont des propositions justes et de mé-
diocres raisonnements. Ils ne changeront jamais l'âme des
athées ; ils ne sauraient suffire pour ramener les esprits hé-
sitants et incertains Ces arguments si vite parcourus,
pour arriver à une conclusion de cet ordre, ont quelque
chose de peu rassurant ; on a beau en reconnaître la solidité,
l'esprit se sent intimidé et arrêté par la grandeur du résul-
tat (1). »
11 en est de Y Immortalité comme de l'existence de Dieu.
Mais l'inutilité de ces arguments doit nous consoler de leur
faiblesse. Il suffit, pour établir notre conviction, de constater
que nous croyons, par un invincible instinct, à l'existence
de Dieu et à VImmortalité.
L'homme est fait pour la vérité, dit M. Dupont-White (?),
non pas sans doute pour la vérité universelle et absolue,
atteignant partout en dehors de lui les êtres et les choses,
pénétrant leur essence, leur cause et leur destination, mais
pour la vérité relative à son être, c'est à dire à ses besoins
(*.) Jules Simon, La Religion naturelle, p. 5 et 6.
( 2) Le Positivisme, par M. Dupont-White, in Revue des Deux Mondes,
février 1865.
16 L'HOMOEOPATHIE.
de toute sorte, la vérité qui le concerne et qui l'intéresse.
Nos sens, nos appétits, notre conscience, notre sociabilité,
ne nous trompent pas; il me semble que nous ne sommes
pas dupes à tout propos d'une vaste illusion quand nous
croyons à nous-mêmes sur la foi de notre pensée, au monde
extérieur sur la foi de nos sens, au droit du prochain sur la
foi de notre conscience, à tout ce qui entretient la vie phy-
sique sur la foi de nos appétits. Ces impulsions, ces lumières
d'un ordre si différent, nous disent chacune la vérité, en ce
sens que nous sommes faits pour y croire, et à tel point que-,
cessant d'y obéir, nous cesserions d'être comme individu et
comme société.
A ces révélations, j'ajoute et j'assimile de tout point l'ins-
tinct religieux, qui nous fait concevoir une autre vie, qui
nous représente le moi comme persistant après la mort pour
être puni ou récompensé.
Nous sommes pleins de révélations sur ce qui nous cons-
titue, nous importe, nous entoure, nous attend même, sur la
manière d'en user avec la nature et avec nos semblables,
avec le présent et avec l'avenir. Tout cela est évident, impé-
rieux, et nous avons lieu d'y croire, tout comme nous croyons
au vide quand nous mettons le pied sur le bord extrême d'un
ravin. D'où pourrait donc venir notre défiance de l'instinct
religieux?
Il faut considérer un peu le rôle des instincts dans la
destinée humaine. Il n'y a pas de grande chose parmi nous,—
vie physique, perpétuation de l'espèce, lien social, — qui n'ait
été confiée à l'impulsion des instincts. Si on croit à ces
entraînements physiques qui conservent et reproduisent l'hu-
manité, pourquoi serait-on en défiance de certaines aspira-
tions supérieures, tout aussi primitives, tout aussi instincti-
ves? Si on croit aux idées induites ou déduites, pourquoi pas
aux idées instinctives, quand les unes et les autres nous ensei-
L'HOMOEOPATHIE. 17
gnent des vérités également utiles et également appropriées à
notre nature? Ce serait avoir confiance dans les opérations de
l'esprit et défiance des bases mêmes de l'esprit. On voit partout
des êtres doués d'instincts selon leur nature, qui croient et
obéissent à ces instincts, qui s'en trouvent bien, qui prati-
quent ainsi la vérité faite pour eux, qui obtiennent ainsi leur
véritable destinée, et l'homme serait le seul être qui aurait à
se défier de l'un de ses instincts les plus intimes, l'instinct
religieux ! On dira que ce sentiment dépasse en hauteur tous
les instincts connus. Oui, sans doute, mais pas plus que
l'homme ne dépasse le reste de la création.
A plus forte raison doit-on ajouter foi à l'instinct qui fait
rechercher le remède, car il est aussi universel que les
autres. Dans tous les temps et dans tous les lieux, l'individu
souffrant fait appel à l'intervention du remède. Chez les
premiers Hellènes, la tradition reporte jusqu'à la période
anté-historique, jusqu'au centaure Chiron, la connaissance et
l'usage des plantes salutaires. « Jusque sous la hutte du
Guinéen, jusque dans les déserts habités par le Peau-Rouge,
dit J.-P. Tessier (1), la croyance au remède vaut des hom-
mages au médecin qui l'applique. Souvent, sans doute, le
remède si universellement invoqué et vénéré est étrangement
compris et appliqué. Sous ce rapport, le sorcier-médecin des
tribus sauvages n'est pas plus révoltant que le charlatan à
panacée de nos groupes civilisés. Mais ces erreurs et ces
ridicules n'ont rien de surprenant dans une question livrée
aux faiblesses et aux passions humaines. L'amulette et la
panacée n'infirment pas plus la notion du remède et la
y-aletîr-4u. témoignage de l'humanité à cet égard, que la
/..-/potion ae^jkloi morale et l'appui qu'elle reçoit du consen-
r-- \Mï)v,$J&js dë^Médecine générale fait à l'hôpital Beaujon. Leçon du
18 L'HOMOEOPATHIE.
tement de tous les hommes ne sont ébranlés par l'interpré-
tation erronée de certaines questions de droit naturel. »
L'existence du remède s'appuyant sur cette imposante
autorité, il n'est pas surprenant que l'expérience, appelée à
prononcer sur ce sujet, donne à son tour une réponse affirma-
tive. Quelles que soient les divergences entre les thérapeutes,
certains médicaments, tels que le quinquina, le fer, le mer-
cure, sont aujourd'hui de droit imprescriptible.
On ne peut donc rester indifférent au progrès de la méde-
cine, et on doit examiner la seule question qui retarde encore
l'essor de l'admirable méthode thérapeutique à laquelle
Hahnemann a donné le nom (YHomoeopathie.
L'HOMOEOPATHIE. 19
II
DE LA POSOLOGIE DANS LA MÉDICATION H0.VI0E0PATHIQUE.
Boni viri nullam oportet causam esse prreter
verilalem. (HALLER. )
Paracelse fit entrer dans la thérapeutique une nouvelle
donnée, la plus précieuse qu'elle ait jamais acquise : Dans
l'organisme, dit-il, c'est la santé qui est opposée à la mala-
die, et non pas le moyen qui est opposé au mal, parce qu'il
a une propriété contraire. « Que le chaud chasse le froid n'a
» jamais été vrai en médecine. La pluie ne féconde pas le
» champ parce que l'humidité est opposée au sec, mais
» parce que l'humidité vivifie le germe et nourrit les racines.
» De même le médicament n'agit pas parce qu'il a une pro-
» priété extérieure opposée au mal. Si le germe de la santé
» n'y est pas, la prescription n'est bonne à rien. »
Pourquoi, dit M. Constantin Paul C1), ces idées si belles et
si vraies de Paracelse ont-elles été oubliées et même ignorées de
tant de générations de médecins? Ce n'est que de nos jours
qu'on les retrouve dans un livre de M. Pidoux ( 2) : « Les
médicaments salutaires, dit-il, n'agissent pas sur la maladie,
mais sur la santé et contre la maladie. Qu'est-ce à dire? Cela
signifie que lorsqu'un médicament modifie salutairement
l'organisme, ce n'est pas en agissant sur les parties altérées,
en les détruisant, mais sur les parties encore saines, en les
maintenant dans la santé et en les empêchant de céder à
l'entraînement pathologique. Quelques anciens (Paracelse
(*) De l'antagonisme en pathologie et en thérapeutique. Thèse présentée
au concours pour l'agrégation, le 23 mars 1866, p. 75.
( 2) Expérimentation des eaux minérales sur l'homme sain, p. 34.
§0 L'HOMOEOPATHIE.
surtout) distinguaient dans la maladie ce qu'ils appelaient le
Vita sana superstes in morbis. Eh bien! je le répète, c'est
sur les éléments restés sains ou les moins malsains de l'orga-
nisme en proie à une maladie que le médicament agit et
porte son action. »
Une indication est donc d'autant plus positive, qu'il reste
chez le malade plus d'éléments sains ou de résistance et de
santé.
« En effet, il n'y a indication dans une maladie que lors-
qu'il reste chez le sujet quelques points sains ou résistants
sur lesquels on puisse appliquer le levier thérapeutique. Il
n'y a plus d'indicalion quand on n'observe de tous côtés que
des symptômes absolument morbides, des symptômes d'en-
traînement ou de prédominance irrésistible des éléments
altérés sur les éléments normaux. Dans ces cas, qu'ils soient
aigus ou infectieux, qu'ils soient chroniques ou hectiques, le
médecin ne sait plus où mettre le pied. L'organisme a,
comme dit Hunter, conscience de son incurabilité; il est
tout maladie, et les agents pathogénétiques ou substitutifs
qu'on lui offre, ne rencontrant plus d'indication à remplir,
c'est à dire plus d'éléments sains à enlever au mouvement
désorganisateur qui entraîne tout, ne font que l'exciter
encore. »
Le médicament ne s'adressant pas à la maladie, mais aux
forces du malade, Paracelse en conclut que l'action du mal et
du médicament n'étant plus directement antagoniste, il ne
devient plus nécessaire, comme le faisait Galien, d'opposer
le médicament au mal en quantité correspondante. Ce n'est
plus la quantité du médicament qu'il faut considérer, mais
son mode spécial d'action. Paracelse compare le médicament
au feu, dont une étincelle suffit pour dévorer son opposé :
« De même, dit-il, qu'une étincelle pourra suffire pour
» allumer et consumer une grande quantité de bois, de

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