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LA CAMPAGNE
DU
DUC D'ANGOULÊME
DANS
LE MIDI DE LA FRANCE,
EN l8l5;
. . : Sans la voix des Oiphees,
L'oubli des plus grands noms éteint le souvenir;
La victoire est muette, et n'a point d'avenir.
CHÊNEDOLLÉ , Génie de l'Homme, chant 1W
PARIS,
_\. ÉGRON, LIBRAIRE, RUE DES NOYERS, N- 37;
DEIAUNAT, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL.
1817.
LA CAMPAGNE
DU
DUC D'ANGOULÊME.
TEL apparut SATAN, échappé de l'abîme,
Quand il vint dans Eden porter le premier crime.
Long-temps il médita ce projet ténébreux :
« 11 faut anéantir et la terre et les cieux,
« Attaquons l'Eternel en son plus bel ouvrage;
« Faisons la guerre à l'homme, a l'homme son image,
« Cependant que ce Dieu, le comblant de bienfaits,
« Est lassé de punir et m'accorde la paix. »
Il dit, et se glissant à la faveur de l'ombre,
Il perce le chaos, l'Erèbe et la nuit sombre
Bientôt à son aspect, frémissant de terreur,
Tous les êtres créés ont reculé d'horreur»
Ainsi NAPOLÉON, dans sa jalouse rage,
Des Français délivrés méditait l'esclavage.
Sous son sceptre de fer il veut encor les voir,
La haine dans son coeur en nourrissait l'espoir.
Il part, vole en deux jours aux rives de la France,
Hélas ! ce n'était plus notre belle espérance,
Revenant parmi nous, des bords de l'Orient,
Repousser le Barbare et sauver l'Occident;
. (4)
Mais un fléau terrible envoyé sur la terre,
Par le ciel en courroux, comme un coup de tonnerre.
Effi ayé du présent, tremblant pour l'avenir,
Le riche laboureur désire s'appauvrir,
Et, des soldats du Nord redoutant le ravage,
Voudrait qu'un ouragan eût détruit son ouvrage.
Précipitant son vol, la Renommée en pleurs
De la guerre intestine annonce les horreurs;
Soudain, dans les cités que sa voix épouvante,
On s'agite, on se trouble, et la mère tremblante,
Rappelant ses douleurs, revoit en gémissant
Le billet de la mort échoir à son enfant.
Du golfe de Fréjus aux rives de la Seine,
Tout fuit, tout craint le sort que ce retour entraîne.
Ainsi, quand les autans déchaînés sur les mers
Viennent bouleverser et les flots et les airs,
Le pâle nautonnier revoit dans la tempête
La foudre et le trépas suspendus sur sa tète.
Ainsi, lorsque l'hiver recommençant son cours,
Vient attrister les nuits et rembrunir les jours,
Les frimas, les brouillards, et l'aquilon qui grondé,
Fondent sur nos climats des deux pôles du monde;
L'air n'est plus.tempéré, l'horizon ti'est plus pur,
Et le ciel a perdu ses vêtemens d'azur ;
L'oiseau qujtte ses chants, la terre sa parure;
Tout souffre, tout languit, tout meurt dans la nature.
Déjà GRENOBLE a vu flotter sur ses remparts
De la rébellion les sombres étendants;
Et LYON consterné reconnaît l'influence
D'un météore affreux, apportant à la France
TLes combats, la misère et la désunion !
O prodige d'orgueil, monstre d'ambition !
Que ne périssais-tu dans ces champs de la gloire,
Où nos braves guerriers, gu'dés par la Victoire,
Secondant ta fureur dans d'horribles combats ,
Moissonnaient les lauriers qui croissaient sous tes pas;
Glorieux, regretté, de ta trop longue vie
Tu n'aurais pas dix ans accablé ma patrie (1) !
Et sous le nom de GRAND, justement mérité,
Tu parvenais sans tache à la postérité !
J'ai cru que de toi-même ayant fait la conquête,
De DIOCLÉTIEN enviant la retraite,
Tu lais erais en paix, satisfait de leurs dons,
Refleurir parmi nous la tige des BOURBONS;
Mais tu n'es pas lassé du poids de la couronne ;
A peine détrôné, tu ressaisis le trône :
Vingt jours sont écoulés, et déjà dans Paris,
Avide usurpateur, tu déplaces Louis.
Puisque tu veux régner, règne donc,- téméraire j
Mais crains le Dieu des ro-'s, crains ce Dieu tutélairei
Qui, pour noire salut, touché de nos malheurs,
Nous conserva Louis pendant vingt ans de pleurs;
Crains de MAZANIEL l'avènement funeste (2) :
Il régna comme toi ; tu sais ce qu'il e-n reste..».
Ta fortune et ta gloire ont lassé les di-stins;
Les débris de ton sceptre échappent de tes mains.
Vois du nord au midi, du couchant à l'aurore,
De l'Elbe à la Newa , de la Loire au Bosphore,
Pour t'écraser bientôt, vois l'Europe en courroux,
Lente dans ses apprêts, mais sûre de ses coups j
(6>
Vois les Francs du midi, la fière Occitanie
S'indigner, s'élever contre la tyrannie,
Se liguer contre toi par des sermens affreux,
Implorer à grands cris un héros généreux.
Ah ' s'il n'eût écouté qu'une lente prudence,
Modérant sa valeur et son impatience,
Il aurait attendu ces bataillons vengeurs,
Trop généreux secours des Rois nos protecteurs;
Mais jeune, impétueux, excité par la Gloire,
Pour allié le Prince a choisi la Victoire :
Il veut sauver LYON, s'il en est encor temps.
LYON ! qui dans tes murs, contre de vils tyrans,
Vis les derniers, efforts de la France expirante,
Pourquoi le sort cruel, trahissant ton attente,
T'enlève-t-il l'honneur d'être encore une fois
Le boulevart sacré du trône de tes Rois?
La ville d'Àntonin, ô sort digne d'envie (3) !
Recueille dans son sein l'espoir de la patrie ;
De fidèles Français, autour de ses remparts,
Des lis et de l'honneur gardent les étendarts ;
Tandis que la Provence, en proie a ses alarmes,
Se dispose au combat et demande des armes.
Ses fougueux habitans, laboureurs, nautonniers,
Tous offrent à l'envi leurs bras et leurs coursiers.
Déjà les descendans de l'antique Phocée (t)
Sont tous prêts a marcher pour la race offensée.
Le fils de SAINT-LOUIS se présente à leurs yeux :
C'est l'ange du salut envoyé par les cieux
Pour diriger leurs coups et guider leur courage.
D'un meilleur avenir apportant le présage,