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La Charte expliquée aux habitans des campagnes (par R. Bazin)

De
27 pages
l'auteur (Au Mans). 1817. In-8°.
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LA CHARTE
EXPLIQUÉE
AUX HABITANS DES CAMPAGNES.
SECONDE ÉDITION,
revue et corrigée.
Prix : 40 centimes.
SE VEND
Au Mans, chez l'AUTEUR, rue Sainte-
Ursule, N° 8.
A Angers, chez HÉNAULT, libraire,
place du Lion-d'Or, N.° 37.
1817.
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.
LETTRES PHILOSOPHIQUES, I vol. in-8°. 5 fr.
SÉIDE, seconde édition. Prix ; 50 centimes.
DOUTES ÉCLAIRCIS 2.e. édition. Prix : 30 c.es
LE TRÔNE ET L'AUTEL, seconde édition. Prix ; 30 c.ce
CATÉCHISME POLITIQUE, 2.e édiiion. Prix: 30 c.es
LA CHARTE EXPLIQUÉE, a.e édition. Prix : 40 c.es
NOUVEAUX DOUTES ÉCLAIRCIS, 2.e édition. 30 c.es
LETTRE A QUI DE DROIT, 2.e édition. Prix : 30 c.es
DES RÉACTIONS, seconde édition. Prix : 30 centimes.
LETTRE à un Révolutionnaire d'aujourd'hui, 2.e éd. 30 c.
ÉTRENNES D'ARISTE A MAÎTRE PlERRE, 2.e éd. 30 c.es
MON PROCÈS, 1.re partie. 2.e édition. 75 centimes.
MON PROCÈS, deuxième partie. Prix: 75 centimes.
L'ASSUREUR CONSTITUTIONNEL. Prix : 30 centimes.
PIERRE CHEZ LUI. Prix : 30 centimes.
PIERRE CHEZ SON CURÉ. Prix : 30 centimes.
VOLTAIRE ET ROUSSEAU, 1.re partie. 30 centimes.
LE PROCÈS DES MORTS, 2.e partie. 30 centimes.
PIERRE CHEZ ROQUENTIN. Prix : 30 centimes.
LA LÉGITIMITÉ. Prix : 30 centimes.
LA CHARTE
EXPLIQUÉE
AUX HABITANTS DES CAMPAGNES.
Dialogue entre un Propriétaire et son Fermier.
PIERRE. Monsieur, je vous apporté un petit à-compte
sur la demi-ferme de la Toussaint.
ARISTE. Asseyez-vous, Pierre, et déjeunez.
PIERRE. Autrefois j'apportais tout.
ARISTE. Pierre, je ne vous fais point de reproches.
PIERRE. Les tems sont bien durs! Ah! la mauvaise
année !
ARISTE. Patience, il en viendra une bonne.
PIERRE. En vérité, mon cher monsieur, je ne le
pense pas. Si vous saviez tout ce qu'on dit! On dit
ARISTE. Chut!
PIERRE. Monsieur, nous ne sommes que nous deux.
6
(86)
ARISTE. N'importe. Je vois avec chagrin les gens de
campagne se fier aveuglément à tous ces bruits impos-
teurs qui circulent de tems en tems parmi eux.
PIERRE. Monsieur, tous les mois il nous en vient
une bouffée. D'où cela peut-il donc partir?
ARISTE. Je l'ignore; mais ce dont je suis certain,
c'est que les auteurs de ces mensonges veulent agiter le
peuple, afin qu'il soit mieux disposé à servir d'instru-
menté de nouvelles révolutions.
PIERRE. Pourquoi faire de nouvelles révolutions?
ARISTE. Tour s'emparer du gouvernement, source
des honneurs et des grandes fortunes.
PIERRE. Et quel bien cela nous ferait-il, à nous
autres laboureurs?
ARISTE. Cela ne remplirait pas les coffres du trésor
public; vous n'en payeriez donc pas moins d'impôts.
Cela ne changerait la température ni en bien ni en mal;
donc cette année si mauvaise pourrait être suivie d'une
plus mauvaise encore.
PIERRE. A quel saint faut-il donc se vouer?
ARISTE. A la résignation, patronne du malheureux
et du sage.
PIERRE. C'est donc là tout le remède.
ARISTE. Mon ami, la résignation ne serait qu'un
désespoir tranquille, si elle n'était soutenue par l'espé-
rance.
PIERRE. L'espérance! monsieur. Pour peu que les
choses durent ainsi, il n'y a pas moyen d'en avoir.
(87)
ARISTE. Mais elles ne dureront pas. Nous avons eu
la guerre civile, la famine, les conscriptions, d'énormes
impôts, l'Europe entière sur les bras et l'étranger dans
notre sein. Nous avons épuisé toutes les chances de
l'adversité : il faudra bien que le bonheur ait son tour.
PIERRE. Oui, quand nous serons morts. Monsieur,
je compare la France à un homme qui se noie après
avoir nagé longtems; et les étrangers à des gens assis
sur le bord de la rivière, sans que personne veuille se
lever pour aller au secours.
ARISTE, Je vais continuer la comparaison. Un ami
de cet homme le suit dans une barque, et lui jète un
cordage; celui-ci, dont le danger a troublé la raison,
méconnaît son ami, repousse d'abord la main qui veut
le sauver; mais un reste d'instinct le porte à saisir
enfin le cordage, et son libérateur l'attire doucement
sur la rive. L'àmi, c'est le roi; l'instrument du salut,
c'est la charte.
PIERRE. L'ami, c'est le roi! Ma foi, monsieur, je
Vous demande pardon; mais je ne vous entends pas.
Dites-moi : s'il me prenait fantaisie d'être, à mon
tour, le propriétaire de votre ferme; si j'attendais le
moment où vous venez y passer la belle saison pour,
vous signifier, au bout de mon fusil, l'ordre de délo-
ger tout de suite; si, n'étant pas le plus fort pour,
l'instant, vous aviez la prudence de vous en aller; et
si, devenu le plus fort à l'aide de vos voisins, vous
reveniez prendre possession de votre terre, seriez-vous
mon ami, mon cher monsieur?
( 88 )
ARISTE. Pierre, la comparaison cloche. Un peuple
n'est la propriété de personne. Au commencement de
nos troubles, Louis XVIII s'est expatrié pour fuir de
grands dangers, il n'en avait pas moins acquiescé, deux
ans auparavant, au principe fondamental de la révo-
lution, je veux dire à l'égalité de droits : car, à l'as-
semblée des notables, le bureau qu'il présidait en sa
qualité de premier prince du sang vota pour que les
députés du tiers-état fussent en nombre égal avec ceux
de la noblesse et du clergé réunis, et pour qu'on délibé-
rât par têtes, non par ordres. Ce fut la résistance, que
les deux ordres privilégiés opposèrent à une aussi juste
prétention, qui donna lieu aux mouvemens convulsifs
de 89 et 90. Louis XVIII, devenu roi, a sanctionné ce
principe; et je puis en conclure que, durant son
absence, les gens qui se sont servis de son nom pour
insulter aux droits de la nation, pour ériger en honneur
le vol, le pillage et le meurtre, étaient de méchans
serviteurs, assez ennemis de leur maître pour avoir
conçu le projet de le rendre odieux au peuple. Ces faux
royalistes ressemblaient aux mauvais prêtres : les uns
voulaient faire haïr le roi, comme les autres voudraient
faire haïr le bon dieu. Ne vous représentez donc point
Louis XVIII comme un maître irrité qui est venu res-
saisir par force le bien que la force lui aurait enlevé :
voyez plutôt en lui un bon père dont la discorde avait
armé les enfans l'un contre l'autre, et qui, ne pouvant
plus rien pour appaiser leurs déplorables dissentions,
s'est séparé d'eux jusqu'au moment où sa propre sûreté
(89)
lui a permis de revenir. Si votre fils, dans un accès de
fièvre et de délire, sautait sur un fusil, resteriez-vous
là pour qu'il commît un parricide?
PIERRE. Non, mordienne!
ARISTE. Et quand l'accès serait passé, reviendriez-
vous au chevet du lit pour accabler ce malheureux
de reproches, et prononcer votre malédiction sur sa
tête?
PIERRE. Miséricorde! dieu m'en préserve!
ARISTE. On dit souvent : méfiez-vous d'un ennemi
réconcilié ; mais on ne dit jamais : craignez un père
réconcilié.
PIERRE. Ce serait contre nature et raison.
ARISTE. Le roi est donc l'ami du peuple français,
puisqu'il en est le père. La charte contient l'expression
de ses sentimens : c'est sa volonté écrite.
PIERRE. Qu'est-ce donc que cette charte dont on
nous parle tant, et que personne n'explique aux ignorant
comme moi?
ARISTE. Qu'a donc fait votre curé?
PIERRE. Notre curé nous en a donné lecture ait
prône : nous l'avons bien entendue, mais nous ne-
l'avons pas comprise.
ARISTE. Eh bien ! moi, je vais vous l'expliquer.
Quand vous ne me comprendrez pas, ayez soin de
m'avertir. Écoutez les motifs que le roi donne en tête
de cet acte de paix et de réconciliation.
La divine providence, en nous rappelant dans nos états
après une longue absence, nous a imposé de grandes obliga-^
( 90 )
tions. La paix était le premier besoin de nos sujets ; nous
nous en sommes occupés sans relâche; et cette paix, si né-
cessaire à la France comme au reste de l'Europe, est signée.
Une charte constitutionnelle était sollicitée par l'état actuel
des choses : nous l'avons promise, et nous la publions.
Nous avons considéré que, bien que l'autorité tout entière
résidât en France dans la personne du roi, nos prédécesseurs
n'avaient point hésité à en modifier l'exercice, suivant la
différence des tems; que c'est ainsi que les communes ont
dit leur affranchissement à Louis-le-Gros, la confirmation
et l'extension de leurs droits à Saint-Louis et à Philippe-le-
Bel; que l'ordre judiciaire a été établi et développé par les
lois de Louis XI, d'Henri II et de Charles IX; enfin que,
Louis XIV a réglé presque toutes les parties de l'adminis-
tration publique par différentes ordonnances dont rien encore:
n'avait surpassé la sagesse..
PIERRE. Mon cher monsieur, un mot, s'il vous plaît.
Nos pères étaient donc esclaves?
ARISTE. Oui, ils l'étaient; mais leurs ancêtres ne
l'avaient pas toujours été. Louis VI, surnommé le Gros,
et aussi le Batailleur à cause de la guerre continuelle
qu'il fit aux seigneurs, résolut de vendre la liberté
aux communes et aux serfs....,
PIERRE, Vendre ! c'est rendre que vous avez voulu
dire.
ARISTE. Non, j'ai bien dit. Il voulut vendre la
liberté à ceux dont les pères s'en étaient laissé dépouil-
ler , et la vérité est que personne ne se présenta pour
l'acheter.
( 91
PIERRE. Ainsi donc Louis XVIII donne ce que
Louis-le-Gros vendait ; et nous acceptons ce que
refusaient nos pères.
ARISTE. Louis XVIII ne nous donne pas la liberté,
mais il nous octroie un acte par lequel il reconnaît
que nous sommes libres. Nos pères ne se souciaient
pas d'acheter au poids de l'or un bien dont ils igno-
raient l'usage; et nous, nous avons acheté, au prix
de tout, un bien que les progrès de la raison humaine
nous ont appris à connaître. Retournons au préambule
de la chartre :
Nous avons dû, à l'exemple des rois nos prédécesseurs ,
apprécier les effets des progrès toujours croissans des lumières?
les rapports nouveaux que ces progrès ont introduits dans la
société, la direction imprimée aux esprits depuis un demi-
siècle , et les graves altérations qui en sont résultées. Nous
avons reconnu que le voeu de nos sujets pour une charte-
constitutionnelle était l'expression d'un besoin réel; mais,
en cédant a ce voeu, nous avons pris toutes les précautions
pour que cette charte fût digne de nous et du peuple auquel
nous sommes fiers de commander : des hommes sages, pris
dans les premiers corps de l'état, se sont réunis à des com-
missaires de notre conseil pour travailler à cet important
ouvrage.
Vous voyez qu'ici le législateur parle en homme
inspiré par les lumières de son siècle, par son amour
pour le peuple auquel il est fier de commander, par
le concours des sages de son tems.
En mime temps que nous reconnaissons qu'une constitu-
(92
tion LIBRE et monarchique devait remplir l'attente de l'Eu-
rope éclairée, nous avons pu nous souvenir aussi que notre
premier devoir envers nos peuples était de conserver pour leur
propre intérêt les droits et les prérogatives de notre couronne.
Nous avons espéré qu'instruits par l'expérience, ils feraient
convaincus que l' autorité suprême peut seule donner aux
institutions qu'elle établit la force, la permanence, et la
majesté dont elle est elle-même revêtue; qu'ainsi, lorsque la
sagesse des rois s'accorde librement avec le voeu des peuples,
une charte constitutionnelle peut être de longue durée; mais
que, quand la violence arrache des concessions à la faiblesse
du gouvernement, la liberté publique n'est pas moins en
danger que le trône même.
Que faut-il donc penser de ceux qui non seulement
ne veulent point de constitution libre, mais encore
n'en veulent d'aucune espèce, quand le roi vous dit
lui-même que l'Europe éclairée en attendait une pour la
France envahie par l'Europe armée? C'est librement,
environné des princes coalisées, que Louis XVIII cède
au voeu de la nation. C'est la liberté publique qu'il veut,
ainsi que le trône, préserver de tout danger.
Heureux de nous retrouver au sein de la grande famille ,
nous n'avons su répondre à l'amour dont nous recevons tant
de témoignages qu'en prononçant des paroles de paix et de
réconciliation.
PIERRE. Un moment, monsieur : ces paroles de paix
et de réconciliation n'ont pas été répétées dans nos
campagnes....
ARISTE. Elles vont l'être par les vrais Français, par

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