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La colonie , comédie en deux actes imitée de l'italien & parodiée sur la musique du sig. Sacchini. Représentée pour la premiere fois par les Comédiens italiens le 16 août 1775

De
51 pages
Vve Duchesne (Paris). 1775. 6-44 p. ; in-8.
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TE L' I EN,-
Se parodiée fur là Mufique du Sig. SACCHINI.
Repréfentée pour la première fois par les
Comédiens Italiens le 1 6 Août ijjb-
Prix, i lir." 4 Se 4*Iiv.' t 6 f. avec-toute la. Mûfajue.
A P A R I S,
Chez la Veuve Duchesse, Libraire, rue S. Jacquet
au Temple du Goût.
/âssëv M- D c c- L x x v*
le»! *$&&&>&»'£<: Approbation & Permi/pôùi
NOMS DES PERSONNAGES
et des Acteurs,
FONTALBE Gouverneur de rifle M. Julien.
BELINDE, Amante de Fontalbe, M '̃ Colombe.
MARINE, jeune Jardiniere Ma.demoif.le Fevre.
BLAISE Jardinier, Amant de Marine M. Nar-
"•.̃̃ bonne.
La Scène fe paffe dans une IJle nouvellement
habitée.
AU LECTEUR.
ON a peu de chofe à dire fur cette Pièce. On
fe croit des droits légitimes fur l'indulgence
du Public en faveur de la fuperbe Mufique
qu'on lui a fait entendre. Rien n'a jamais été
donné avec moins de prétention que ce Poëme;
perfonne n'en a dit & n'en a penfé plus de mal
que l'Auteur mais s'il eft permis de publier un
Ouvrage, malgré la faiblefle qu'on lui connaît,
c'eft dans ce cas ci, où la Mufique devait dé-
dommager de tout, devait impofer filence à
tout Critique.
L'Auteur ne veut ni prendre fur lui feul ni
charger l'auteur original de tous les défauts de
cette Pièce. Obligé de conferver tous les mor-
ceaux de Mufique il a dû s'attacher au même
fonds de fujet & prefque fuivre la même mar-
che, adopter les mêmes fituations, puifque ces
fituations étaient exprimées en mufique de-là
les vices de contexture, les entrées, les. forties
mal motivées les langueurs de quelques fcè-
nes qui ne marchent pas affez vîte vers l'action.
Ces défauts font de l'original. On a récrit la
Pièce en entier, tous les défauts du dialogue
appartiennent par conféquent au Traducteur.
Qu'on ne croie pas au refle qu'on veuille re-
jetter fur l'Auteur inconnu de l'intermède Ita-
lien des fautes dont on eft foi-même coupable.
On ofe dire au contraire qu'on a tant ajouté de
motifs qui n'y étaient pas de liaifons qui man-
«juaient^de vraifemblajace de bienséances, &c.
(4)
qu7on en pourrait efpérer le pardon du refle:
Veut-on avoir une idée du canevas Italien ?
Il s.'appelie Ylfola d'Amore ( l'Ifle d'Amour. ) la
fcène ie paire aux Indes dans une ifle imagi-
naire. De jeunes Indiens qui prétendent au
cœur dé Marine ont dreffé un arc de triomphe
fous lequel elle doit paner. Le Gouverneur lui
dit, fans lui en expliquer la raifon que quand
on arrive dans cette Ifle il faut fe marier au
bout de deux jours ou s'en aller. Ce Gouver-
neur eft un étranger mais on ne fait ni d'ou il
eft ni pourquoi il eu:,dans cette Ifle ni com-
ment il en eft le Gouverneur.. Seulement il eft
amoureux de Marine arrivée depuis deux jours,
& fe trouve fi honoré de ce qu'elle le choifit
pour époux, qu'il renvoie les autres Indiens en
les chargeant de railleries. Seul avec Marine il
lui dit qu'il a autrefois aimé Bélinde,mais qu'elle
lui eft inftdele fans dire comment il l'a fit.
Marine à fon tour, lui apprend qu'elle aimait
Nardo un malheureux pêcheur qu'ils étaient
dans leur petite barque, lorfque la tempête les
a jettés fur ces côtes où elle fuppofe qu'il
eft péri: Il n'y a d'ailleurs aucune raifon
pour que le Gouverneur fane un pareil choix.
L'aEtion marche comme dans la Colonie, avec
un dialogue très-différent, jufqu'à l'arrivée de
Bélinde. Alors le théâtre change, elle parait di-
fant qu'clle court aprèsfon Amant. Loin d'être
.effrayée de la loi dont Nard() lui parle. Elle en
.fait des plaisanteries bien plates & lui propofe
néanmoins affez indécemment, de paffer pour
fon mari. Même imbroglio que dans la Colonie,
.excepté que dans Ylfola d'Amcre ,.le Gouver-
neurne peut croire en aucune façon,que ce pc-
(5)
cheur, vêtu comme tel, fait le mari de Bélinde:
Celle-ci fait des reproches à fon Amant,fous le
nom d'une amie, ce qui dure toute le Piece.
Au fécond Acte il y a une fcène d'injures entre
les deux femmes laquelle ne produit rien. Le
Gouverneur qui a traité Bélinde d'unemaniere
que des Français n'auraient jamais foufferte ne
fe doute feulement pas qu'elle puiffe être inno-
cente. Nardo vient lui dire qu'elle l'était, qu'il
vient de la voir fe jetter dans la mer, & lui ap-
porte une lettre. Alors feulement, 6n apprend
qu'un certain Leandre l'a perdue auprès de fon
amant. Vous croyez qu'il eft au défefpoir, il le
dit d'abord; mais'il s'mterrompt bientôt, pour
faire une plaifanterie au pauvre Nardo. Il lui fait
accroire qu'il va jouir des plus grands honneurs
poffibles. On va le mettre fur un beau bûcher,
auprès du cadavre de fa femme ( quoiqu'il fache
bien maintenant qu'ils rie font pas mariés ) &
l'on va les brûler tous deux. Quand ce perfi-
flage a duré toute une Ariette, le Gouverneur
reprend fon' défefpoir & court après Bélinde.
Vient alors la fcene qui a donné lieu à la der-
niere de la Colonie. En voici là traduction qui
donnera une idée du flile de la piece originale.
Nardo. Hé bien Marine; que t'eft-ilarrivé ?
MARINE. Comment rien du tout. Et toi que
veux-tu ? qu'as-tù à dire? N.. Je dis que je
donnerais un de'mes' yeux pour que Bélinde fe
retrouvât vivante.- M. Et moi je les donnerais
tous deux,pour que tucrevafles. N. La belle
fentence NI. Pas tant que ton infolence.
N. Et elle ne cède pas encore quelle obfli-
nation M. ( ri part. 'Cependant je devrais
le traiter un peu mieux. Qui fait. s'il arrivait.
.(«)•
N. ( auffi a part. ) Quittons cette orgueil-
leufe -M. Nardo écoute. N. Que veux-
tu ? -M. Je veuxm'appaifer. Allons demande-
moi pardon. N. Comment me prends-tu
pour une imbécille ? te demander pardon plu-
tôt à notre chat M. Hé bien je m'en vas.
N. Que m'importe ? voici ton che'min.
Je m'en vas par ici. M. Et moi par-là.
Enfuite Je Duo qui ne contient que des rail-
leries de la part de Nardo, & des injures de
celle de Marine. Dans la premiere Ariette le
Gouverneur prétend que l'arc de triomphe
élevé pour y faire paffer Marine, eft le modèle
de fa beauté. Cette comparaifon exceffivement
Italienne aurait pu fembler étrange à nos Da-
mes Françaifes & n'aurait fûrement pas été.
de leur goût.
On fent combien il a fallu changer ceftile &
ce canevas combien de raifons, de motifs de
vraifemblances il a fallu introduire & cela
fans déranger la contexture fans toucher aux
situations, ni même au fond de chaque fcène
qui amenait l'ariette. Si l'on prend garde que
tout ce travail était indépendant de celui qu'il
a fallu faire, pour mettre des paroles françaifes
fous la mufique, de maniere à conferver tous les
tableaux & à ne point faire faigner les oreilles,
peut-être loin de reprocher à l'Auteur fes irré-
gularités, lui faura- t- on' quelque gré de fes,
efforts qui-ont fervi à faire rendre en France
à la mufique'du célèbrèSacchini,la juftice qu'elle
mérite..
LA
A
LA. COLONIE
EN DEUX ACTES, MÊLÉE D'ARIETTES.
ACTE PREMIER*
Le Théâtre rep-êfentz une avenue dans une forêt.
Au bout de l'avenue un pavillon & la mer
dans l'enfoncement.
SCENE PREMIERE.
F.O N.TA1BE feul.
Air:
JL>È S ce foir l'hymen m'engage,
Tcadre Amour plus de rigueur;
Jeune objet, aimable & face
Va me rendre le bonheur.
Une ingra:e un infîdelle
Trop longtems fit uion malheur
J'ai fait choix d'une zatre belle
Qui partagc mon ardeur. Omcefoir.
L A C'O LONIE,
Que Bélinde était charmante
Tant d'attraits 1 tant de noirceur
Souvenir qui me tourmente
Malgré moi cette inconftante
Eft encor chère à mon coeur.
Oui, le fort en eft jetté j'époufe Marine:
Qu'importe fa naiffance ? Ce coeur fimple que
les mœurs de la ville n'ont point corrompu
petit feul me faire oublier la trahifon de l'in-
fîdsle Bélinde. Mais voici ma jolie villageoife.
S C E N E II.
FONT A LBÉ, MARINE.
Marine.
JlS o n jour, Monfieur le Gouverneur.
FONTALBE.
Bon jour ma belle enfant. Hé bien c'eft
aujourd'hui que vous allez faire un heureux.
M A R I N E.
Eu-ce qu'il y a déja huit jours que je fuis
dans votre ifle
F O N T A L B E.
Oui le huitieme jour expire. Il faut faire
un choix ou partir.
M A R I N E.
Partir & qué'que-vous voulez que je de-
vienne ? Se marier du moins on fait à quoi
s'en tenir.
COMÉDIE.'
Aa
FONTAIBE*
Par quel hazard êtes-vous abordée ici ? car
il ne m'a pas encore été poffible de vous le de-
mander.
Marine.
J'étais Jardinière en France. Notr'maître &
notr'maitreffe avaient affaire en Martinique. Ils
m'emmenèrent; nous arrivons; point du tout
v'la qu'au retour comme on était devant
vot'ifle, v'la un vent, une tempête, des éclairs,
le tonnerre. \'la le vaitieau qui ié fracaffe
contre les rochers v la que tout pé: it, & mon
pauvre maître & ma pauvre maitrerTe noyés
au fond de la mer. Pour moi j'eus le bonheur
de me fauver je ne fais comment pleurant
leux accident & furtout la mort de ce mal-
heureux Blaife qui nous accompagnait.
F 0 N T A L B E.
.Quel était donc ce Blaife ?
Marine.
Ah Blaife ? c'était le Jardinier mais il etl
mort.
F o N t A l B E.
Enfin ?
Marine.
Enfin après bien des peines je fuis par-
venue à votre nouvelle ville. On m'a préfentée
à votts, parce qu'ous êtes le Gouverneur; on
m'a dit votre loi qui ordonne à toutes les jeu-
nes filles qui arrivent de prendre un mari fous
huitaine ou bien de s'en aller. Je voulais partir
d'abord, mais à préfent l'aime mieux refler.
LA,'COLONIE;
ÏONTALBE.
l Qui peut donc fufpendre fi longtems votre
choix Eft-ce le fouvenir de Blaife ?
Marine.
Non mais mon choix aurait qu'à ne pas
plaire à celui qu'il regarde.
F O N T A L B E.
Vous êtes trop aimable pour craindre ce
danger. D'ailleurs la loi vous foumet tous les'
jeunes gens de cette ifle. Avec quel plaifir je
me fuis mis moi-même fur les rangs
M A R I N E avec un air de confujionjufquà
la fin de l'air. )
.Vous, Monfieur Fontalbe
FoNTALBE ( vivement. )
Oui belle Marine je vous aime & \ous
pouvez d'un mot me rendre heureux.
M A R 1 N E ( toujours confufi. )
Hé bien je vais donc vous dire. Ah
mais ne me regardez pas comme cela en face;
cela me rend toute confufe.
Air:
Oui ma honte en eft extrême
Mon virage eft tout en feu
Ah détournez-vous un peu.
Oui le feul objet que j'aime
S'il veut bien m'aimer de même.
C'eft vous vous-même,
J'en fais l'aveu.
COMÈDI E. $
A3
FONTALBE.
Quelle grâce elle eft extrême
Quel bonheur Marine m'aime
J'en reçois le tendre aveu. ̃
ENSEMBLE.
Le Dieu d'Amour qui nous enchaîne,'
Eft favorable à nos defirs,
Sans nous faire fenrir la peine, ̃
Il nous offre les doux plaifirs.
MARINE. ̃̃:̃̃̃
Mais c'eft une drôle de loi que la vôtre
car enfin fi on ne voulait pas prendre de fem-
me ou de mari. Ah vous me direz on a tou-
jours befoin de ça.
FONTALBE.
Pour bien comprendre cette loi, il faut que
vous fachiez l'hiftoire de notre arrivée- dans
l'ille. J'aimais Bélinde & je m'en croyais aimé.
Une fucceffion l'appellait la Martinique; j'ar-
mai trois frégates, & le conduifais avec
deux de fes parentes. Une nuit l'infidele'difpa-*
rut avec un de nos vaifleaux que commandait
Dorval mon ami. Une lettre m'apprit qu'elle
était mariée. Le lendemain ce malheur fut ftiivi
d'un autre. Nous échouâmes contre cette ifle
que nous trouvâmes belle & fertile. Ne pou-
vant en fortir nous réfolîimcs de l'habiter.
J'étais Commandant de la flotre, je fus Gou-
verneur de la Colonie. Comme il n'y avait
prefque point de femmes parmi nous il fut
réfolu que toutes celles qui aborderaient au-
raient huit jours pour fe choifir un mari parmi
nos jeunes gens", car il faut fonger à l'effentiel.
6 L A COLONIE,
Marine.
Ah c'eft naturel & bien penfé.
F O N T A L B E.
Sinon, quelles s'en iraient dans une de nos
petites barques ou il plairait aux vents & à la
mer irritée de les conduire.
Marine.
Hé bien je parie qu'elles fe marient toutes.
Fontalbe.
Cela n'a pas encor manqué. Jusqu'Ici toujours
occuné du. fouvcnir de Bélinde je me fuis ex-
cepté du choix des nouvelles arrivées mais
on murmurait de mon célibat je fongeais à y
renoncer je vous vis paraître & vous me dé-
terminâtes.
Marine.
Vous êtes bien poli mais j'ai peur que c'te
Mam'fel Bélinde.
Fontalbe.
Je ne la verrai fans doure jamais, & tout en-
tier à vous puis-je m'occuper d'une autre idée ?
Marine.
Mais vous n'êtes pas epcor tout entier à
moi.
Fontalbe.
Nous ferons dès ce foir unis l'un à l'autre. Je
voudrais ne te quitter ;amais.
Air
Dis-moi donc quand je te quitte,
Quelle peine en moi s'excite
Je ne fais ce qui m'agite
Je foupire malgré moi.
COMEDIE;'
A4
Ah je devine
Chere Marine.
C'eft mon cœur que je te donne,
C'eft mon cœur qui m'abandonne
Pour voler auprès de toi.
Daigne l'entendre
Ce coeur fi tendre.
Daigne le prendre
En amitié.
Ce coeur implore ta pitié.
S C E N.E I I I.
MARINE & enfüite BLAISE.
MARINE.
J E vais donc me marier aujourd'hui. à un
Gouverneur cela eft-il croyable. Qui m'aurait
dit il y a fix femaines feulement dans fix fe-
maines tu feras grande Dame,tu feras Princeffe,
quafi Reine. Bah j'aurais cru qu'on fe fe-
rait moqué de moi. Ce pauvre Blaife s'il
était ici. Oh celui-ci vaut mieux. D'abord
parce que c'eft un Monfieur. & puis il eft
ben gracieux ben poli. Mais auffi je n'oferai
pas le gronder le tarabufter comme Blaife
car nous avions des querelles Ah je l'ai-
mais bien. mais il eft mort il n'y faut plus
fonger.
BLAISE ( qui ejî entré fur la fin du monologue,
examinant avec étonnement tout ce qu'il voit.)
.C'eft une avenue. voilà un pavillon.
j'ons vu des maifons par là bas. Allons faut
S. LA-COLONIE;
efpérer que je n'en mourrons pas & que je
trouverons à qui parler. Mais v'la-t-il pas.
eh! c'eft. c'eft elle. C'eft tei, ma chere
Marine l
M A R I N E.
Ah ciel ah tu m'a fait une peur Eh mais
c'etl toi Blaife Eh tu n'es donc pas mort ?
B L A I S E.
Moi mort non pas que je fache. Je fis v'mi
ici de rochers en rochers, & je ne me fomrd
pas fauvé tout feul non J'ons tiré avec moi
eune malle toute pleinz d'argent, de linge,
d'habits galonnés, je vendrons tout ça dans le
pays pis qu'il y a du monde & s'il y fait bon
je no>is y établirons. Mais dis moi donc,
m'n'enfant dis-moi comment t'es-tu fauvée ?
Je t'ons bian crue au fin fond de la mer; je t'oris
bian pleurée. Mais Que je t'embraffe je fis fi aife
de te voir. & toi tu ne dis rien eft-ce la
joie qui te rend muette
Marine.
Surement. je m'attendais fi peu. (àpariy
Comment li conter tout ça.
B L A I S E.
Ca fe peut bian, ça me fait ç't'effet la queu-
qusf'ois. Par exemple quand j'ons vu que les
peinons ne me vouliont pas dans lcux compa-
gnie, j'c:iors la fur le rivage tout ébahis,
comme ça ah
Marine {fGupirant. )
Tu feras ben plus ébahi quand tu Sauras
tout.
COMÊD1 E. 9
BLAISE.
Hé bien conte-moi donc vîte conte, conte.
Connais-tu déja queuques-uns ici ?
MARINE ( un petit air de vanité. )
Oui, je connais le Gouverneur, & d'un.
B L A I S E.
C'eft bon ça. Hé bien, faut li dire qu'il me
fane fon jardinier & tu feras fa jardinière.
M A Il I N E ( un peu de fierté. )
Sa jardiniere dea Oh! je ferai mieux que ça.
BLAISE.
Hé ben qu'il te fafie fa cuifiniere fa dame
d'honneur qu'il te fane tout ce qu'il v oudra
pourvu qu'il nous marie.
M A R 1 N E ( avec embarras. )
Qu'il nous marie. mais. il fe marie
auffi lui!
BLAISE.
Tant mieux. J'irons la nôce j'y danferons
enfemble. Ne feras-tu pas ben aife d'y venir ?
MARINE ( toujours un peu de vanité au travers
de fon embarras.
Vraiment, il faudra bien que j'y aille. Mais
c'eft que. Tu ne fais pas qui il époufe.
B LAIS S E.
Ma foi non; ça m'efl égal tout comme à toi.
M A R i N E.
Ça t'eft ça t'eft égal. c'efl: que..
(avec impatience) c'eft que tu es venu bien tard
auiîi.
k> LA COLONIE,
BLAISE.
Comment ben tard depis huit jours que
j'ons fait naufrage, j'ons fait bien des pas. Ce
font des chemins de diable quand on ne con-
nait pas fa route. Je me fis pardu pus de cent
fois; mais je te trouve & je fis content queu-
que nous fait le refte ?
MARINE.
Ça fait c'efl: que. il y a une loi ici que
tu ne fais pas.
B L A I S E ( avec impatience. )
C'eft que, c'eft que hében queu loi? v'ia
un quart-d'heure que t'as l'air embarraffé, que
•tu ne fais que dire. Explique-toi donc.
MARINE.
Faut ben que j'm'explique tu le faurais tou-
jours. Les filles qui arriv'ici font obligées de
prendre un mari. c'eft pas ma faute. je
voulais putôt mourir on ne l'a pas voulu; je
voulais m'en aller, on ne l'a pas voulu & puis
dans une petite barque grande comme la main.
( elle en indique une quiefifur le rivage ) La def-
fus le Gouverneur efl venu, il m'a fait bien des
politefTes il m'a dit qu'il m'aimait m'a priée
de le choifir.
B L A 1 S E.
Hé bien hé bien.
MAR 1 N E.
Dame je t'ai cru mort noyé mangé des
loups, je ne fais quoi, &
B L A I SE.
Et tu ras choifi
C 0 M Ê D I'E. fi
M A R 1 N E ( vivement & comme foulagée defon
embarras. )
Oui tiens,il m'atttend, je m'en vais le trouver.
B L A I s £ ( t arrêtant. )
Attends attends fcélérate infidelle
Marine.
Ah Blaife, ne te fâche pas; ce n'efl pas ma
faute.
A I R:
Le Ciel fait que toujours f ai ditnon,
Mais la loi le voulait tour de bon.
Il fallait faire un choix fans façon
Ou quitter à l'inftant le canton.
Par de noiresd'affreufes baleines,
Je t'ai cru dévoré fur ma foi,
Auflîtôt tout mon fangdans mes veines
Et s'arrête & Ce glace d'effroi.
Mais bientôt dans le fond de mon ame
Cette glace devient une flamme.
Un beau prince me prend pour fa femme
Il m'attend ad'eu donc, laifîè-moi
Adieu confole-toi.
S C E N E I V.
B L A I S E ( feul. )
ÏTl. É mais. je n'en reviens pas la fec-
lérate I Oh je vas trouver le Gouverneur,
je vas crier, je vas ( s^arrêtant ) oui pour qu'il
me renvoie avec la petite çanmonie (fa/fant
le gejie de donner des coups de bdton. ) M orgué
mais après tout, je fommes ben i'ot.
Va L A ^C OLONIE,
Air:
N*efï-ce point une folie,
Quand l'ingrate ainfi m'oubli·,
De gémir, de m'affiiger ?
Il eit vrai mais la coquine,
Si je vois encor fa mine
Le pourrai-je fans enraher?
Pauvre Bhife enrager, enrage.
Mais il pas cent fois plus fige
De montrer un plus grand courage ?
Qu'un nouvel objet nous engage
A mon toi:r devenons volage
Et brifons nos premiers noeuds.
Vengeons-nous de res nouveaux feux.
Oui !an^ doute, {}, bonne cervelle 1
PunHions cette iufidelle
J'étais bête d'y fonger,
Je fais bien de m'en venger.
Mais quelle eft cette belle Dame que j'ap-
perçois dans le bois? + Je crois la reconnaître.
oui je l'ons vue dans notre vaiffeau. c'était
elle qui était toujours fi trifte qui avait eune
tante. Elle eft morgue gentille. Pardi
laitons-la venir, faut voir. Ah fi ce n'é-
tait pas euné il grande Dame"! il s'éloigne,)
A Paris lé rend du Théâtre eft .occupé .par une monta-
gne d'où dtfcc:id Btlir.de & Biaifs c!ia que j'apperçois là
haut.
C O M É D LE." ij:
S G E N E V.
BÉLINDE & enfuite BLAISE.
AiR:
C ru où fais-fe Dieux quelles ciaiures 1
Echo feule redit mes plaintes.
Que me fauéra-t-il devenir ?
̃ Je mourrai de ma dérrefïè
Mais mourante j'irai fans cène,
Malgré même les vents jaloux,
Sur les traces de mon époux.
Ah Fontalbe ,For.ta!be ô roi que je chéris!
A mon amour quel lieu te cele ?
Entends de Bélinde fideJe
Les foupirs & les cris.
Sur un faible foupçon le cruel me délaifle
Pou:' lui j'tffe braver & la mer & les vents.
Faut-il envain le chercheur filorigtems?
Je cède à ma faiblcffe.
A peine hélas je me foutiens.
Jamais, jamais, doux repos, tu ne viens
Di/Iiper de mon coeur les ennuis & les craintes.
Echo feule redit mes plaintes.
Que me faudra-t-il devenir ?
Lieux paifibles léger zîphir
Toi qu'agite ma voix plaintive,
Vois ma peine rend la moins vive,
Ou reud moi l'objet de'mon deCr.
ï4 LA COLONIE,
B L A i S E ( s'approchant avec timidité. }
Madame j'ons l'honneur.
Bel INDE ( avec effroi. )
Que voulez-vous? ( fe raffurant ) ah! je crois
vous avoir vu. N'efl-ce pas vous 1
B L A I S E.
Oui Madame, c'eft Blaife qui a fait le
paifage avec vous, qui a eu l'honneur de vous
rendre de petits fervices, & tout difpotë à vous
fervir encore.
B E L i N D E.
Blaife j'accepte vos offres avec bien de la
joie. Dans un pays inconnu fans guide fans
fecours que deviendrais-je fi vous m'aban-
donniez ?
BIAISE.
N'ayez pas peur. Madame eu: toute fine feule
apparamment ?
B E L I N D E.
Hélas oui j'ai perdu dans le naufrage les
deux parentes qui m'accompagnaient. Mais com-
mencez par me dire où je fuis quel efl ce
pays ? quel eft le peuple qui l'habite ?
BLAISE.
J'arrivons comme vous mais j'ons déja eu
le tems d'apprendre que ma maitrefle eune
coquine dont je voulions faire ma femme, va
m'être enlevée par le Gouverneur.
B E L 1 N D E.
Enlevée èil-ce que ces gens font des Pi-
rates ?