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La Commission municipale de Passy pendant la Commune. [Signé : Ledrier.]

De
17 pages
impr. de P.-M. Cadoret (Bordeaux). 1872. In-4° , 18 p..
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LA
COMMISSION MUNICIPALE
DE PASSY
PENDANT LA COMMUNE
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU COMMERCE, P.-M. CADORET, IMPRIMEUR
12 RUE DU TEMPLE 12
1872
LA
COMMISSION MUNICIPALE DE PASSY
PENDANT LA COMMUNE
Il me parait utile, dans les temps troublés où nous sommes,
pour plusieurs raisons, de dire comment à la suite d'une guerre
civile mon frère Léonard-Alfred Ledrier a été conduit sur les
bancs d'une juridiction terrible, qui naquit un jour de tempête
révolutionnaire.
Au moment où la' France allait éprouver les plus grands
revers de son histoire, il habitait Passy. Agé de cinquante-
deux, ans, il pouvait quitter la capitale, et venir au sein de sa
famille en province.
Il crut que son devoir l'obligeait de rester au poste du danger.
On organise une compagnie de vétérans (Passy louche le rem-
part); on le nomme à l'élection sergent-major. Il s'acquitte de
ses fonctions avec dévoûment.
Là, comme partout, il acquiert l'éstime elles sympathies des
personnes honorables qui composent sa compagnie.
Après la capitulation, qui ulcéra profondément la population
parisienne prêle à toits les sacrifices, survint, hélas! cette triste
journée du 18 mars.
Êtait-il affilié à ce mouvement insurrectionnel?
Non
Il m'écrivait le 20 mars :
"Notre-quartier est resté complètement étranger à ce qui s'est
passé.
" J'ai suivi mon habituée de rester chez moi,...
» Tu vois, mon cher ami, combien est sombre ce tableau! «,(1)
Triste .pressentiment des malheurs qui allaient accabler la
France, et qui ont fait, hélas! tant de victimes!.....
Après des efforts stériles pour concilier Versailles, et la
Commune, la lutte s'accentue davantage. Le 2 avril, Passy, qui
était resté complètement étranger au mouvement insurrectionnel,
voit sa municipalité chassée; les délégués de la Commune Oudet
et Napias-Piquet sont maîtres de la mairie. L'émotion fut grande
à Passy!.....
Il ne faut pas l'oublier : Depuis dix-sept jours, la Commune
est maîtresse de la capitale.
L'autorité n'a rien fait pour organiser la défense; au contraire,
on s'est replié sur Versailles, c'est le mot d'ordre donné par le
général Le Flô. (2)
Paris, cette ville immense, est seule, abandonnée, comme un
vaisseau dêsemparé, battu des flots, flottant au gré de cette hor-
rible tempête.'
C'est une situation étrange, qui n'a pas eu de précédent?.
Un jour, l'histoire fera la part des responsabilités!
C'est dans ces circonstances que M. Pigault, que mon frère
avait connu à la compagnie des. vétérans, lui propose de faire
partie d'une délégation, municipale à Passy.
C'est le 4 avril, après quelques hésitations, il,accepte.
« Je voulais être utile à mes concitoyens. » Il l'a dit en entrant
à la mairie, il l'a répété devant le Conseil de guerre. Mais; dans
l'époque, si profondément égoiste où nous vivons, il y a grand
— 5 —
nombre de gens qui ne croient plus au désintéressement et au
patriotisme.
Sa part, dans la municipalité, était, laborieuse, la plus incon-
testablement utile.
II était chargé de maintenir l'ordre, de faire là policé munici-
pale et d'assurer l'exécution du décret de la Commune sur les
loyers; question brûlante, qui n'a pas été étrangère au succès
du mouvement insurrectionnel du 18 mars.
Dans ce poste si difficile, il eut le bonheur, grâce à un dévoû-
ment énergique, à un travail de quatorze heures par jour, de
maîntenir l'ordre relatif dans cet immense arrondissement. On
n'eut à déplorer ni pillage, ni dévastations, ni incendies, ni
exécutions sommaires."
Les églises furent respectées, le culte n'eut aucun moment
d'interruption. (3)
N'est-ce rien que cela dans un pareil cataclysme?
Les témoins les plus honorables de Passy étaient venus pour
attester l'exactitude des faits que j'avance.
Mais, par suite d'un incident bien, regrettable, M' Lachaud,
contre le gré de l'accusé, et ne sachant même pas ce qu'ils
avaient à dire, a cru pouvoir renoncer à l'audition de cinq
témoins à décharge. (5)
Pour remédier à cette singulière erreur de la défense, il m'a
semblé utile de transcrire aux pièces justificatives le nom des
témoins, et la note que je dois à l'obligeance de M. Arthur
Mangin, publiciste, ancien camarade de mon frère aux vétérans,
dont, le nom très-honorablement connu se recommande double-
ment par l'élévation du caractère et le talent.
« M. Ledrier me parut, dit-il, un homme très-doux, très-hon-
nête et très-exact, d'un esprit généreux et droit. »
— 6—
Je n'affaiblirai par aucune réflexion un témoignage de cette
valeur, si flatteur pour mon frère.
Mais je yeux, parce que c'est mon droit et mon devoir, l'oppo-
ser au rapport fait par un très-jeune lieutenant du 48e de ligne,
M. de Brosselard, après une instruction aussi longue qu'inutile-
ment faite. (7)
Car il contient des faits inexacts, des insinuations malveil-
lantes,,, qui sont étrangères aux habitudes sévères de notre
magistrature, des appréciations erronées et de singulières exagé-
rations sur les événements, à Passy, pendant la Commune.
Rédigé, dans ces conditions, le rapport devait relever de
nombreux chefs d'accusation.
Le capitaine rapporteur, M. Sénard, avait cru devoir les re-
tenir tous, et il les a chaudement défendus.
Il y en avait un qui visait l'article 544 du Code pénal. Il
prononce tout-simplement la peine Capitale. (8)
C'est à n'y,pas croire au moment où la France a tant besoin
d'oublier!....
Le Conseil de guerre a conservé deux chefs d'accusation, qui
lui ont servia fixer son verdict :
Usurpation de fonctions
Complicité dans des arrestations illégales.
Le premier chef, on ne l'a pas contesté.
Seulement, il ne,:faut pas oublier dans quelles conditions
eut lieu cette, singulière,usurpation de fonctions publiques.
Depuis le 2, la municipalité était aux mains des délégués de
la Commune, Oudet et Napias-Piquet.
Sans avoir organisé la défense ni opposé une résistance énergi-
que, la municipalité de Passy, représentée par M. Chaudet, négo-
ciant, et son secrétaire Perradon, s'était repliée sur Versailles.
Il faut bien le dire : les caractères ne furent pas à la hauteur
du danger.
La place était donc bien vide, sauf l'intrusion violente, paraît-
il, des. délégués de la Commune, à la date du 2. Mais mon frère
y était étranger.
C'est incontestable.
Cependant le rapport dit le contraire. De ce chef, son affirma-
tion inexacte se trouve en contradiction formelle avec la lettre de
mon frère, à la date du 10 avril, écrite à un moment où il n'a
aucun intérêt à tromper. Elle dit le motif qui l'a déterminé,
indique la date du 4, au lieu de celle du 2, que fixe le rap-
port.
Dans leurs interrogatoires, Pigault et Heudicourt disent que
c'est le 5.
Ce qui est certain, en tout cas, c'est que ce ne fut pas le 2.
Et cette date a une importance capitale. Car, si mon frère est
entré, le 2, à la suite de Napias-Piquet, son action a été violente,
coupable. Je le reconnais. Mais si, au contraire, il n'est venu
que le 4 ou le 5 dans les circonstances qu'on n'a pas oubliées,
c'est un homme de coeur qui prend le timon abandonné par le
pilote au moment de la tourmente, dont l'intention honnête doit
au moins innocenter l'erreur.
A la date du 2, il serait criminel.
Le 4, c'est un citoyen courageux qui a droit à la reconnais-
sance publique. Donc, le rapport inexact sur cette date si impor-
tante ne mérite aucune créance, c'est incontestable. (9)
Le rapport, qui s'est trompé si malheureusement sur une date,
n'est pas plus exact quand il s'agit d'enregistrer les faits et de les
apprécier.
« Un grand nombre d'arrestations, dit-il, achevèrent d'impri-