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La Crise, par Bou El Hâqq

De
51 pages
A. Mauguin (Blida). 1873. In-8° , 52 p..
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DÉDIÉ
AUX
FEMMES ALGÉRIENNES
LA CRISE
».VAR
;,$titâ/El Hâqq
« La Femme est la première clés
« nécessités sociales. »
PRIX x r^x^t^s^r^c:
BLIDA
IMPKIMERIE, LYTHOGRAPHIE ET LIBRAIRIE A. MAOGUIN
1873
TABLE DES MATIÈRES
Pages
CHAPITRE 1. — Une page d'histoire 5
— H. — Il y a douze ans ....... 11
— III. — De l'assimilation 21
— IV. — Apologue 45
I
UNE PAGE D'HISTOIRE
« L'Arabe est vaincu
« Mais non pas dompté. »
La question algérienne est l'image de ce fleuve
torrentueux qui s'échappe avec fracas des flancs
de l'Atlas, redouble de fureur en présence des
obstacles, mais les franchit sans les renverser.
Sa lourde masse suspendue un instant dans les
airs, va s'abîmer au fond du gouffre où elle
— 6 —
entre en ébullition. Le liquide s'y agite en écume
impure : c'est l'a dernière phase de la lutte; et le
fleuve dompté coule paisible jusqu'à la mer.
Le voyageur qui en explore les rives est frappé
d'un spectacle étrange : près de la source, il n'a-
perçoit qu'une nature sauvage qui impressionne,
mais ne produit rien. Plus bas, au contraire, le
fleuve s'écoule silencieux dans une plaine fertile ;
on sent qu'une métamorphose s'est opérée.
/Depuis longtemps, l'Algérien se heurte à des
obstacles que sa fierté naturelle ne lui laisse pas
le loisir d'aplanir. Entraîné au milieu du torrent
des passions, il ne sait plus se.contenir, et d'un
seul bond, il franchit la barrière qui le sépare
du gouffre où s'agitent les intérêts les plus oppo-
sés.
Tombé dans ce milieu en ébullition, il s'y débat
comme dans une mare boueuse. C'est la dernière
phase de la lutte ; le calme renaît, le silence se
_ 7 -
fait, et la colonie domptée se laisse aller à la
pente naturelle des événements.^
Le libre penseur qui prend des notes, assiste à
un spectacle étrange : au grand désordre, qui a
failli jeter la ruine dans le pays, il voit succéder
le Calme et la prospérité ; on sent qu'une mètamor*
phose s'est opérée
Si la Providence sème ainsi des gîtes d'étapes
sur le sentier de la vie, c'est pour permettre à
l'homme de s'y arrêter et de s'y recueillir.
Les Algériens viennent de fournir une de ces
journées qui marquent dans la carrière. Empor-
tés par la tourmente, ils n'ont échappé que par
miracle au désastre. Libre à eux de chercher dans
le recueillement les causes du bouleversement
auquel ils viennent d'être soumis.
La mauvaise foi de quelques-uns a pu égarer
un instant les esprits; mais l'opinion publique les
a condamnés parce que le cynisme n'est pas tou-
— 8 -
jours assez puissant pour conjurer le châtiment
que le Ciel ménage aux imposteurs.
/ On a pu lire dans d'autres ouvrages la manière
dont l'insurrection arabe a pris naissance, com-
ment l'idée de révolte a germé et s'est développée
au sein des populations indigènes. Il est aujour-
d'hui reconnu qu'elle a été la conséquence de
la situation critique de la France, et que, loin
d'en accuser les administrateurs du pays, il y
a lieu au contraire d'admirer les artifices par
lesquels ils ont réussi à prolonger l'ancien état
de choses au milieu de la désorganisation géné-
rale. Il s'est, en effet, passé là un phénomène
unique dans les annales du monde ; phénomène
dont il serait difficile de donner l'explication, au-
trement qu'en en attribuant le principe à la vi-
goureuse impulsion imprimée à l'administration
du pays. ;
Les gens qui étaient à la tête du gouvernement
de l'Algérie avaient en effet imprimé à- la machine
- g -
administrative une sage impulsion. Pour la faire
dérailler, il n'a fallu rien moins que la catas-
trophe qui a bouleversé la France entière.
Aujourd'hui, cette administration est renversée,
culbutée ; et, si on n'avait pas le soin d'y sup-
pléer par un système également vigoureux, il
ne faudrait pas s'étonner, au premier embar-
ras suscité en Europe, de voir l'Arabe tenter un
effort surhumain; effort qui, cette fois, pour-
rait avoir pour conséquence le cataclysme le plus
épouvantable qu'on ait encore imaginé.
Si l'Arabe avait eu pour lui l'expérience des
événements qui viennent de se dérouler, il est en
effet hors de doute, que du Français en Algérie,
il ne resterait que le souvenir. Il n'a pas comme
nous des engins de guerre terribles ; mais il a
dans son coeur assez de haine, de fiel, de ran-
cune et de mépris,.pour y puiser un courage
surhumain qui le fera se ruer sur nos machines
de guerre,
- 10 —
La générosité, l'élan et le courage avec lesquels
les fils de l'Afrique française, ont prodigué leur
sang sur les champ_s de bataille de Wissembourg,
de Reischoffen, de Wcerth, etc... -, peuvent don-
ner la mesure de ce que serait ce peuple, s'il se
présentait de nouveau à lui une occasion comme
celle qu'il vient de manquer. S'il a fait école, il
n'en a pas moins grandi à ses propres yeux, et
certainement l'indigène qui, avant la guerre de
Prusse, n'osait pas espérer nous jeter à la mer, a
depuis lors acquis la conviction que cette idée,
qu'il a si souvent caressée comme un rêve, pour-
rait, dans un avenir peut-être peu éloigné, pren-
dre le caractère d'une chose réelle.
II
IL Y A DOUZE ANS
« L'histoire du passé pourra peut-être
« servir à l'instruction du présent. »
WALSIN ESTERHAZY /Domination turque.)
L'analogie des situations est une des formes les;
plus saisissables par lesquelles la Providence ma-
nifeste à la créature l'immutabilité de ses décrets^
Chaque page de l'histoire d'un peuple est mar-
quée au coin de cette estampille qui est sa sau-
vegarde.
— 12 —
L Algérie française compte à peine dans les
annales des peuples, et cependant son histoire
est déjà assez riche de faits, pour fournir au dia-
gnostic les éléments propres à sa guérison. Il y
a douze ans, un écrivain célèbre exposait une si-
tuation critique dont notre époque n'est que la
triste image (1).
Parmi tant d'objets confus, dit l'auteur, j'eus
encore la présence d'esprit nécessaire pour dis-
cerner une petite affiche portant l'annonce d'une
publication nouvelle : « Le Gouvernement de
VAlgérie, ce qu'il est, ce qu'il doit être. » J'étais
donc averti par-là même que j'allais trouver en
Algérie une latitude de discussion que je n'a-
vais pas laissée sur l'autre bord de la Méditer-
ranée. J'entendais discuter tout haut dans les
rues, les actes de l'administration de la colonie en
•appelant les choses par le. nom qu'elles portent
dans le vocabulaire, et les hommes par celui
(1) Une réforme administrative en Algérie, par M. de Broglie.
- 13 -
qu'ils ont reçu au baptême. Chaque malin deux
journaux, représentant la résistance et le mou-
vement, la conservation et l'opposition, établis-
saient sur les intérêts algériens un débat en règle
qui ne semblait contenu par aucunes limites, même
pas toujours par celles de la politesse. Dans cette
guerre faite aux pouvoirs existants, l'attaque sem-
blait jouir d'une liberté qui était refusée à la dé-
fense. La presse assaillante avait le verbe haut
et les coudées franches; elle abordait la question
de front, incriminait nominativement les admi-
nistrateurs, recevait, provoquait même les dénon-
ciations des administrés, faisait peser, tantôt sur
les individus, tantôt sur les institutions en masse,
les plus graves et parfois les plus injurieuses
imputations. Les conservateurs, au contraire,
avaient le langage timide ; évidemment' la lutte
n'était pas égale.
Jusque-là, le Gouverneur général avait été Un
militaire; le régime du sabré finissait, le jour du
- 14 -
pouvoir civil élait venu. Tel était, disaient les gens
bien informés, le dessein du nouveau ministre.
L'Etat que j'avais sous les yeux était un mou-
vement d'innovation radicale qui partait du pou-
voir supérieur et pouvait, s'il durait trop long-
temps sans aboutir, dégénérer en anarchie.
Quelles causes avaient amené une-situation
si irrégulière? En quoi avait démérité l'admi-
nistration ainsi ostensiblement désavouée par
son supérieur naturel? Qui avait raison ici de
l'accusateur ou de l'accusé? La lutte engagée
était-elle la vieille lutte de la routine contre le
progrès, ou la lutte non moins ancienne de la
sage expérience contre l'esprit d'aventure ?
Le régime militaire et le régime civil ont tous
les deux leurs inconvénients ou leurs impossibi-
lités. Partout où l'armée s'est avancée, elle a
porté avec elle une sorte de préfecture en germe,
— 15 ~
avec la tunique, le ceinturon et le képi. J'ai défini
les Bureaux arabes.
Aujourd'hui, il n'y a peut-être pas un point
plus attaqué et, je dois le dire, plus mollement dé-
fendu que l'administration des bureaux arabes: Le
bruit des attaques a fini par passer les mers en se
dénaturant un peu pourtant dans le voyage.
En Europe, grâce à l'impression encore vive
laissée par un procès fameux, un chef de bu-
reau arabe apparaît volontiers aux imaginations
comme un de ces Proconsuls romains dénoncés
par. Cicéron, qui pressuraient les populations sou-
mises de l'Orient.
En Algérie, le genre de reproche est tout opposé
bien que la vivacité en soit pareille; ce n'est point
d'opprimer les indigènes que les bureaux arabes
sont accusés, c'est au contraire de s'être laissé ga-
gner par eux, pour les protéger en toutes choses
aux dépens delà justice et des intérêts des colons
— 16 —
français. Rien ne surprend même plus un nou-
veau débarqué que cette différence. Il arrive tout
prêta s'indigner, au nom de l'humanité outragée
contre les rapines d'un Verres ; on lui demande
la même colère; mais, au nom du patriotisme
blessé par la complaisance coupable que té-
moigne tel chef de bureau arabe en faveur de tel
caïd, et aux dépens de ses propres concitoyens.
Ainsi, tandis qu'en France on est choqué de la
rudesse de l'administrateur militaire, en Algérie
on s'indigne surtout qu'un officier français se soit
établi avec des indigènes sur un pied de familia-
rité intime.
Pour cette raison, la nomination du prince-mi-
nistre, qu'aucun titre ne faisait pressentir, avait
une valeur essentiellement négative. C'était le
symbole de la dépossession du pouvoir militaire
en Afrique.
Le titulaire lui-même ne refusait point à donner
— 17 -
à son avènement cette signification. Cédant arma
togoe paraissait devoir être la devise de son admi-
nistration.
On fut tenté de penser qu'à des généraux et à
des commandants exerçant le métier de préfet ou
de sous-préfet, seraient substitués partout des
fonctionnaires et des commis en habit noir. Et
cependant l'armée fut provisoirement maintenue
dans toute l'étendue de ses devoirs comme de ses
prérogatives. La distinction des territoires civils
et des territoires militaires fut conservée, et bien
que la première de ces deux zones fût accrue de
quatre petites circonscriptions nouvelles, leur
proportion ou plutôt leur disproportion relative
n'en fut ptis sensiblement altérée. Les généraux
continuaient donc à administrer ; les bureaux
arabes non-seulement n'étaient point licenciés,
mais une mesure spéciale en mettait tout le per-
sonnel à la disposition du ministère nouveau. Sa
tête seule était^strrmmtôe d'une coiffure civile.
— 18 -
Le nouveau titulaire était donc évidemment des-
tiné, on pourrait même dire condamné à beaucoup
innover, D'ailleurs, loin de s'en défendre, il pre-
nait soin de s'en faire gloire. Tout dans ses pa-
roles était combiné pour faire attendre une sorte
de changement à vue dans le système intérieur
de la colonie. On n'inquiète ainsi un patient sur
son état, surtout quand on en entreprend la cure,
que parce qu'on pense avoir en poche un remède
ignoré jusqu'alors de tous les médecins. Richelieu,
monté au t>mon des affaires, ne déclara pas plus
nettement que le roi avait changé de ministre et
le ministère de conseil.
L'armée, à. qui l'on conservait la principale
partie de l'administration algérienne, he pouvait
voir d'un bon oeil des réformes inaugurées par
une main qui se vantait, qui se laissait féliciter
tout haut de lui être étrangère, et aux applaudis-
sements de ceux-là même qui, la veille, l'accu-
saient elle-même de toutes leurs souffrances.
- 19 -
Telle fut cependant l'activité du réformateur,
de sa, plume et de son esprit, que, s'il n'eut le
temps de résoudre en fait aucune question, il eut
le temps cependant de les soulever à peu près
toutes et de les trancher sur le papier. Partout, le
spectacle de principes raisonnables posés avec
éclat, puis laissés sans exécution, ou compromis
par une application faite à l'aveugle. C'est alors
que se développa dans toute sa bizarrerie le scan-
dale de cette situation étrange : Une administration
en exercice et ostensiblement désavouée par son su-
périeur, livrée publiquement par lui au mépris de
ses administrés, comme aux attaques d'une opposi-
tion passionnée.
Aussi, à tort ou à raison, on n'aurait ôté de l'es-
prit de personne que la presse opposante avait
permission et même commission de courir sus
aux agents. En tout cas, entre le ton de ses prin-
cipaux articles et celui des circulaires officielles
existait un rapport qui ne pouvait échapper à
- 20 -
l'oreille la moins musicale. Les circulaires don-
naient la note, la presse faisait les variations.
La patience n'étant pas précisément la vertu que
développe l'uniforme, ce fut bientôt dans tous les
rangs de l'administration militaire un décourage-
ment mêlé d'irritation. De tous les postes, les dé-
missions arrivèrent en foule, toutes appuyées sur
un motif qui rendait le refus presque impossible.
Gomment combler les vides ?..... -à cette ques-
tion suggérée de toutes parts par une curiosité
naturelle un événement dispensa de répondre :
liomulus disparaissait dans le nuage ; mais Home
n'était pas fondée.
IIÏ
DE L'ASSIMILATION
>< Deux sociétés opposées de moeurs, d'idées
« et de religion, ne peuvent être assimilées
« cjue par l'absorption de l'une par l'autre. »
L'Algérie sera dite assimilée à la France lors-
qu'on pourra y vivre comme dans la mère-patrie,
complètement sous l'empire du droit commun ;
c'est-à-dire y arriver, s'y installer, s'y établir, y
voyager et en repartir, sans se heurter à chaque
pas aux obstacles nombreux qu'on y rencontre.

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