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La Défense de la France au moyen militaire des chemins de fer, par Jules Brunfaut,...

De
104 pages
E. Lachaud (Paris). 1872. In-8° , V-105 p..
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LA
DÉFENSE DE LA FRANCE
AU MOYEN DU
RÉSEAU MILITAIRE DES CHEMINS DE FER
865. — BOULOGNE-SUR-SEINE, TYPOGRAPHIE ET LITH. E. CLÉMENT,
Bureaux à Paris, 131, rue Montmartre.
LA
DÉPENSE DE LA FRANGE
AU MOYEN DU
RÉSEAU MILITAIRE DES CHEMINS DE FER
PAR
JULES BRUNFAUT
EX-INGENIEUR DU 23e CORPS D'ARMÉE
Prix : 1 franc.
PARIS
E. LACHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
4, PLACE DU THÉATRE-FRANÇAIS, 4
1872
— I —
A MONSIEUR DE FREYGINET
EX-DÉLÉGUÉ AU MINISTÈRE DE LA GUERRE SOUS LE
GOUVERNEMENT DE LA DEFENSE NATIONALE.
// y a un an à peine, vous nous appeliez tous pour
venir vous aider à sauver la France de la terrible
invasion de l'Allemagne.
Il ne m'appartient peut-être pas de discuter si
cet appel a été entendu, si tous y ont répondu, car
votre livre « de la Guerre en Province » le dit suf-
fisamment.
Mais en ce qui me concerne, vous avez bien voulu,
quoique je fusse Belge, accepter le concours que je vous
ai offert; et, conformément au décret du 30 no-
vembre 1870, vous m'avez fait placer comme ingé-
nieur dans le génie civil au 23° corps d'armée.
J'ai fait, comme mes collègues, ce que j'ai pu ; et, si,
par eux, comme par moi, il n'a pas été fait davantage,
il ne faut l'attribuer qu'au mauvais vouloir de ceux
qui dirigeaient les mouvements de nos armées, qui ne
voulaient admettre aucun concours civil, trouvant que
les opérations de la guerre ne pouvaient être conduites
que par eux, vétérans blanchis sous le harnais; enfin,
il faut en accuser le peu de patriotisme dune partie
de la bourgeoisie.
Et cependant que d'hommes capables, les uns par
l
— II —
leurs connaissances techniques, les autres par leur
savoir industriel, sont venus s'offrir à ces chefs de
corps ; comme tant d'autres, qui n'ayant que leur
courage, sont accourus de partout s'enrôler et former
ces corps de francs-tireurs, auxquels ou ne tardera
pas à rendre la justice qui leur est due.
Mais tous ces hommes dévoués n'ont pu parvenir à
mettre leurs connaissances et leurs courages au service
de la patrie.
L'histoire seule dira la vérité; elle la dira, quand les
passions actuelles seront apaisées ; elle constatera que,
par milliers, les citoyens, se sauvant des départe-
ments envahis par l'ennemi, abandonnant fortune,
femmes et enfants, venaient réclamer aux autorités
un fusil, des cartouches et du pain pour courir sus à
l'ennemi. Elle dira combien l'élan était grand, spon-
tané, général ; mais elle relatera aussi que les courages
ont été souvent repoussés et toujours neutralisés.
Ces reproches ne s'adressent pas à vous, Monsieur,
qui avez fait ce qu'il était humainement possible de
faire pour créer et armer des soldats; mais ce que
vous ne pouviez faire, c'était d'inspirer les vertus ci-
viques à toutes les classes de la société.
L'ouvrier, l'artisan sont venus. Leurs femmes, leurs
enfants leur montraient le chemin de l'honneur, che-
min que nos pères avaient parcouru en, 1792, en 1814,
cruelles époques, où le sol français avait été aussi
foulé par l'étranger.
On doit donc malheureusement reconnaître que si tous
l'avaient voulu, jamais les Prussiens n'auraient fait
litière, comme ils l'ont fait, de la France.
— III —
Quelles sont les défaites que nos armées nationales
ont éprouvées depuis le désastre de Sedan?
Oserait-on dire que la France ne pouvait se soute-
nir, qu'elle était condamnée à périr, parce qu'il lui
manquait les hommes qui composaient les armées de
l'Empire ?
Non!La France était invincible, comme elle le sera
toujours, lorsqu'elle portera hardiment, haut levé, le
drapeau de la liberté.
Vous, et le gouvernement de la défense, vous en
étiez l'expression militante.
On n'a pas besoin de vous le rappeler, Monsieur;
?ïavez—vous pas dirigé, n'avez—vous pas aidé à orga-
niser la résistance nationale avec M. Gambetta ?
Vous saviez qu'au mot magique de République, de
tous les points du globe nous viendrions nous ranger
sous son drapeau, cette bannière, de l'humanité, qui, pour
tout homme de coeur, est la seule à défendre, car elle
est l'emblème de la dignité du soi; elle ouvre devant
elle toutes les voies, elle n'a de puissance supérieure
à elle, que celle de Dieu.
Nous avons vu dans nos rangs tous les partis poli-
tiques qui forment la société actuelle ; mais nous y avons
■peu vu ce que l'on appelle vulgairement la bour-
geoisie, non celle qui gagne par son travail son exis-
tence journalière, mais celle qui a remplacé le tiers-
état de 1789.
Cette partie de la nation, aujourd'hui trop riche,
se sentait plus en sûreté, retirée à l'étranger ou confi-
née dans les départements les plus éloignés de la lutte.
Le gouvernement national pouvait, pour la dé-
— IV —
fense de la France, se passer de son concours; il l'eût
oubliée: mais ces gens timorés donnaient malheureu-
sement par leurs discours, par les journaux qu'ils
sibventionnaient, le spectacle le plus regrettable qui se
soit vu dans les annales d'une nation. Un seul mot:
a Pourquoi se défendre, pourquoi ne pas faire la paix? »
répété sans cesse, sous toutes les formes, sur tous les
tons, était jeté à ceux qui croyaient, comme vous,
Monsieur, à la victoire.
On ne peut soutenir que le tableau que nous pré-
sentons n'ait pas existé, ou que, s'il a existé, nous l'as-
sombrissions à dessein, voulant faire retomber sur toute
une classe de la société un blâme odieux, qui ne doit
atteindre que des exceptions indignes et méprisables.
Oui, il y a eu des exceptions, et malheureusement
on peut les compter.
Quon relise certains journaux de l'époque, qu'on
interroge ceux qui ont répondu à l'appel du gou-
vernement, tous ceux qui ont fait ce qu'ils ont pu,
ils vous diront comment les troupes, comment les
corps de volontaires — les francs-tireurs par
exemple — étaient reçus dans maintes localités. Ils
diront encore que, dans certaines de ces localités, on
leur demandait ce qu'ils venaient y faire : « Retirez-
« vous, s'écriait-on, car si les Prussiens apprennent
« que nous vous recevons, que vous êtes dans notre
« pays, ils nous accableront de toutes les calamités. »
D'autres suppliaient de ne pas toucher au chemin
de fer : « Ce serait, disaient-ils, le signal du massacre
« et de l'incendie; ce serait la perte de tout ce que nous
« possédons. »
-V-
Vous ne pouviez, dans votre livre, dévoiler ces faits;
vous vous êtes renfermé strictement dans la narration
fidèle des événements militaires.
Mais ce que vous n'avez pas dit, d'autres le diront;
et leurs écrits feront ressortir le dévouement des
hommes qui ont organisé la défense nationale et les
services qu'ils ont rendus.
Lorsque j'ai reçu votre livre, lorsque j'y ai lu ce qu'il
y avait de flatteur pour moi, je me suis rappelé ce que
je savais, je me suis mis à l'oeuvre et j'ai cherché à
traiter la question de la défense de la France au moyen
du réseau militaire des chemins de fer. J'ai écrit
cette brochure et je viens vous prier, Monsieur, d'en
accepter la dédicace comme un hommage et un souvenir
du temps où j'ai été placé sous vos ordres.
JULES BRUNFAUT.
DE LA
DÉFENSE DE LA FRANCE
PAR LE
RESEAU MILITAIRE DES CHEMINS DE FER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
Dans son numéro du 3 septembre 1871, la Liberté a
soulevé une question dont je me suis occupé d'une manière
toute spéciale. Cette question est d'une telle importance et
d'une urgence si incontestable, qu'il m'est impossible de ne
pas venir apporter à l'opinion publique le résultat de mes
travaux et de mes études.
Je ne cherche pas à me prévaloir d'une priorité qui n'a
peut-être pas été assez retentissante. Mais cette question, que
la Liberté indique aujourd'hui comme devant être mise à
l'étude, je l'ai déjà traitée dans une brochure que j'ai pu-
bliée dans le courant du mois d'avril dernier, sous ce titre :
La guerre en 1870, et le corps du génie civil des armées.
Une partie de ce travail est précisément consacrée à
— 2 —
l'étude des chemins de fer, considérés au point de vue de la
défense nationale.
M. de Freycinet, dont l'autorité est incontestée, a bien
voulu, dans son remarquable ouvrage : « La guerre en pro-
vince pendant le siège de Paris » me signaler à l'attention de
ceux qui s'occuperont dans l'avenir de cette question.
Nous sommes parfaitement d'accord, l'auteur de l'article
de la Liberté et moi, sur l'importance de la question, et même
sur certaines idées de détail.
La question est complexe. Elle se divise en deux parties
bien distinctes : la première embrasse la défense du terri-
toire par les chemins de fer fortifiés ; la seconde, le con-
cours des mêmes chemins pour favoriser les mouvements
stratégiques des armées.
L'auteur de l'article fait appel à toute la sollicitude du
ministre de la guerre, pour le prier de mettre à l'étude cette
importante question, ou plutôt ces importantes questions ; il
paraît ignorer qu'elles sont aujourd'hui en grande partie
résolues par nos voisins d'Allemagne, chez qui l'organisa-
tion est à peu près complète sur tous les points, et que la
Belgique s'en occupe sérieusement ; en effet, c'est dans ce
but que de nombreuses conférences sont organisées dans ce
petit pays, où l'élément civil et l'élément militaire sont à
l'oeuvre, formant plans sur plans et projets sur projets pu-
bliquement discutés.
Comme je le disais plus haut, il y a donc ici deux ques-
tions, l'une que nous appellerons la défense du territoire
par les chemins de fer, l'autre l'emploi stratégique des
chemins de fer.
Il suffit de jeter les yeux sur une carte de France, pour
se rendre bien vite compte que, sur la plupart des points, les
frontières ne sont pas suffisamment couvertes.
Dans tous les ouvrages qui s'occupent de stratégie mili-
- 3 -
taire, on trouve indiqués tous les passages accessibles ou
non à une armée allemande qui chercherait à se diriger sur
Paris, de même que les routes à suivre par les armées
françaises marchant sur le Rhin.
Aujourd'hui que les conditions de défense ou d'attaque
se trouvent changées, par suite des traités de 1815, et de
la dernière rectification des frontières; ce qu'il faut, c'est de
faire de nouvelles études, et les faire en cheminant, de visu,
et sur plan.
Il est absolument nécessaire que nous fassions aujour-
d'hui ce qui n'a pas été fait depuis 1815, ni depuis la créa-
tion des chemins de fer. Point de récriminations contre le
passé, à quoi bon ? Disons et convenons, une fois pour toutes,
que, trop confiants dans notre suprématie intellectuelle,
dans notre courage individuel, nous avons tenu trop peu de
compte des choses matérielles et de leur application à la
défense de la patrie.
Qu'y-a-t-il donc à faire ?
À la simple inspection de la carte, on voit qu'il y a en
France, d'abord les grandes voies ferrées, convergeant des
frontières vers- Paris : puis, qu'à ces grandes voies viennent
s'embrancher d'autres chemins, pour former des artères
perpendiculaires à ces grandes lignes.
Toutes ces voies n'ont rempli jusqu'à présent d'autre rôle
que celui qui est indiqué par les relations commerciales.
Constituées comme elles le sont, elles ne pouvaient prêter un
concours utile aux transports militaires en temps de guerre,
ainsi que nous l'ont prouvé les derniers événements. Ces
chemins de fer n'étant pas en état d'opposer la moindre ré-
sistance aux entreprises de l'ennemi, il n'y aurait donc
aucun espoir à fonder sur eux, et leur valeur stratégique
serait nulle.
En présence des nouvelles armes à longue portée, tout
— 4 —
le monde abandonne le système actuel de fortifications,
et tous ceux qui se sont occupés spécialement des chemins
de fer, au point de vue de la défense, ne s'ingénient qu'à
trouver le moyen de les rendre inabordables.
Les hommes qui ont fait une étude spéciale de cette ques-
tion, sont d'avis que le génie civil de l'armée doit entre-
prendre les travaux nécessaires à la défense du territoire.
Aujourd'hui il n'y a, en effet, d'autres obstacles à la marche
d'une armée ennemie que quelques places fortes, traversées
ou côtoyées par un chemin de fer dans des conditions
déplorables, et il a été prouvé que ces places non-seulement
n'ont pu et ne peuvent être secourues ni se défendre elles-
mêmes, mais encore qu'elles sont dans l'impossibilité ra-
dicale de protéger le chemin.
Pour que la défense soit sérieuse, toutes les lignes de
chemin de fer doivent concourir à une disposition d'ensem-
ble : aussi faut-il qu'elles s'embranchent les unes aux autres,
non sur un seul point, mais même sur divers points, s'il est
nécessaire, en tenant compte toutefois des besoins commer-
ciaux du pays, de la position stratégique et des conditions
topographiques.
Une ligne isolée est toujours abordable pour l'ennemi,
partout et sur tous les points ; mais si elle est reliée à d'au-
tres voies, elle entrave l'attaque.
Si l'ennemi veut avancer, il faut qu'il se rende maître de
la ligne entière ou qu'il occupe au moins les points princi-
— 5 —
paux, sinon il laissera à découvert ou sa droite ou sa gauche,
et même ses derrières. Il ne peut laisser ouvertes des voies
ferrées, qui amèneraient inévitablement des renforts avec
lesquels il doit compter.
Il faut donc que toutes les voies ferrées en France forment
un système d'anneaux, sans solution de continuité : toute la
question est là; et c'est là aussi, pour la Commission, le
deuxième point d'étude réclamé à M. le Ministre de la
guerre.
Une grande partie du travail est commencée ; sur beau-
coup de points même, il n'y a qu'à parachever : on peut
donc, sans perdre plus de temps, se mettre à l'oeuvre.
La dépense sera sans doute considérable ; du moins ne
sera-t-elle pas stérile, car elle aura pour résultat, non-seu-
lement d'empêcher une armée ennemie de pénétrer dans le
pays, mais encore de donner satisfaction aux intérêts in-
dustriels de la France.
Nos chemins de fer sont inférieurs à ceux cle nos voisins,
aussi bien au point de vue militaire qu'au point de vue du
transport commercial. Notre production industrielle, ra-
menée au kilomètre de chemin de fer parcouru, a beaucoup
à exiger du Gouvernement pour se trouver dans les condi-
tions de celle de nos voisins.
Nos grandes lignes, il est vrai, — celles des frontières à
Paris, — sont terminées. On les nomme lignes du premier
réseau. Mais le deuxième réseau n'est que commencé, le
troisième et le quatrième sont à peine ébauchés. Or, ce sont
ces derniers réseaux qui doivent rattacher nos grands cen-
tres départementaux entre eux, et jouer le plus grand rôle
pour la défense territoriale. Reliés, complétés, ils devien-
dront l'agent cle la prospérité individuelle, commerciale et
agricole de la France ; ils feront parvenir en peu de temps
le bien-être chez tous, tout en étant, répétons-le encore,
- 6 —
des moyens de défense inabordables à ceux qui seraient
tentés d'essayer une nouvelle invasion.
Ces anneaux ferrés, dans un pays comme la France, de-
vraient, à notre avis, être établis d'abord à 20 ou 30 kilo-
mètres des frontières : ce serait là le premier rempart que
l'envahisseur aurait à franchir; d'autres anneaux seraient
créés, coupant et reliant entre elles les lignes ferrées straté-
giques de premier ordre, qui vont de Paris aux frontières,
pour aboutir aux extrémités du pays qui sont, ou la mer ou
les États voisins.
Les anneaux du centre se reliant entre eux formeraient
les mailles d'une chaîne sans fin, qui, dans son parcours,
couperait, relierait les grandes lignes Nord, Est, Ouest,
Lyon, car elle les rencontrerait toutes.
Ainsi, du jour où une pareille défense se trouverait réa-
lisée, la France, sauvegardée naturellement dans la majeure
partie de ses frontières, serait invulnérable.
On comprend que toute armée manoeuvrant clans un pays
qui se trouverait dans de telles conditions de transport, au-
rait une entière liberté de ses mouvements; elle attaquerait
à propos ; elle se défendrait avantageusement ; elle se dé-
velopperait en avant des voies ferrées, de telle sorte qu'en
supposant même un échec, elle conserverait tous ses moyens
de retraite, protégée qu'elle serait par le feu des fortifica-
tions, dont nous parlerons bientôt.
Nous partageons l'avis de ceux qui conviennent que, si
l'on avait pu continuer à occuper Rouen, on aurait pu ra-
vitailler Paris par la Seine.
Nous croyons également que, un jour viendra où l'on
comprendra la nécessité impérieuse de constituer Paris port
de mer, par la canalisation de la Seine, et de rendre ainsi
cette ville, devenue la métropole du monde, abordable à
ses alliés, inaccessible à ses ennemis.
— 7 —
Les Prussiens n'auraient certainement pu investir aussi
facilement la capitale, s'il avait existé un chemin de fer de
ceinture autour de Paris, à la hauteur de Rouen et d'Or-
léans, mais il en existait un de Rouen à Amiens, qui
malheureusement n'était pas assez bien relié à la grande
artère de Paris au Havre,—ce qui fut cause que le matériel
du chemin de fer tomba au pouvoir des Prussiens.
Nous allons nous occuper de donner à ces aperçus géné-
raux un projet d'application en nous servant des chemins de
fer que possède le pays, pour ce qui regarde la défense des
frontières du Nord-Est et de l'Est.
PREMIERE LIGNE DE DEFENSE
FRONTIERES Du NORD-KST.
Au Nord-Est, la France n'a pas do frontières naturelles.
Les peuples du Nord n'ont qu'à choisir leur route, surtout
si, dans l'avenir, ils se décident à traverser la Belgique :
toutes les roules conduisant à Paris.
La neutralité de la Belgique et du Luxembourg a changé
les conditions des combattants. Le respect de cette neutra-
lité mettait, dans la dernière guerre, l'avantage tout du
coté des envahisseurs du sol français; aussi après les dé-
sastres de Sedan, voit-on les armées allemandes suivre les
chemins tracés de temps immémorial.
Car, il faut le dire, on ne crée pas de points stratégiques
où le sort des empires se décide.
Ces points sont marqués en lettres de sang dans l'his-
toire : ce sera toujours dans les plaines belges que se ren-
contreront les deux races qui se disputent l'empire de
l'Europe.
Les frontières du Nord-Est sont couvertes par une ligne
de places fortes créées par Vauban, et qui ont servi, depuis
Louis XIV, de points d'où nos armées se sont élancées à la
conquête du Rhin. Sous notre première révolution, elles
ont encore offert à nos armées vaincues, le moyen de se
réorganiser.
— 10 —
Elles ont fait ce qu'elles pouvaient faire dans cette der-
nière guerre avec les éléments dont elles disposaient.
De nos jours, elles sont reliées entre elles par un chemin
de fer qui longe les frontières à la distance de quelques kilo-
mètres. La tête de ligne est Dunkerque s'appuyant sur la
mer; viennent ensuite Cassel, Lille, Valenciennes, Mau-
beuge, Rocroy, Charlemont, Mézières, Sedan, Carignan,
Montmédy, Longwy, Thionville. Ces forteresses avaient été
rattachées, dans ces derniers temps, à Metz l'imprenable ;
mais Longwy, Thionville et Metz sont aujourd'hui la pro-
priété éphémère de S. M. l'empereur d'Allemagne. Montmédy
forme donc actuellement l'autre tête de ligne.
Vauban avait complété cette première ligne de défense.
Il avait prévu le cas où la fortune nous aurait été défavora-
ble, où l'ennemi aurait marché sur Paris, qui est son ob-
jectif, comme le Rhin est le nôtre.
A cette première ligne Vauban en ajoutait donc deux au-
tres : c'était d'abord celle formée par les forts ou forteresses
de Saint-Omer, d'Aire, de Saint-Venant, de Béthune, d'Ar-
ras, de Douai, de Bouchain, de Cambrai, du Quesnoy, de
Landrecies, d'Avesnes ; puis, plus en arrière, venaient Pé-
ronne, Saint-Quentin, la Fère, Laon, Soissons.
Ces positions, avons-nous besoin de le faire remarquer,
étaient choisies demain de maître; elles défendaient tous les
défilés, les passages, les routes, et couvraient ainsi Paris.
Faut-il ajouter que la seconde ligne de défense pouvait
être rendue inabordable par un système complet d'inondation
des Flandres?
Ces lignes de défense sont dignes du grand maître en l'art
des fortifications; mais aujourd'hui elles ne remplissent plus
entièrement le but pour lequel elles avaient été conçues et
créées.
Les points stratégiques sont restés ce qu'ils étaient au
— 11 —
temps de Vauban; aussi les hommes de l'Empire, jugeant
superficiellement les questions techniques, n'ont tenu aucun
compte des nouvelles conditions amenées par le temps et le
progrès.
Toute place de guerre, tout camp retranché n'est qu'un
grand réduit abritant derrière ses fortifications des hommes
armés, du matériel, des approvisionnements et des mu-
nitions.
A un moment donné, les troupes en sortent pour aller au-
devant de l'ennemi qui s'approche ; et, si les combats qu'elles
livrent bien en avant de ces camps retranchés ne leur sont
pas favorables, elles se retirent de nouveau sous ces
abris.
Si ces places de guerre sont reliées entre elles par des
voies rapides, elles formeront une ligne de défense formi-
dable , car elles pourront en quelques heures masser sur un
point ou sur un autre, et cela à volonté, des forces plus ou
moins considérables de combattants.
Dans le cas actuel, la ligne de Dunkerque à Montmédy
présente les conditions voulues, pour une armée qui aurait
pour objectif la conquête du Rhin.
Mais si l'objectif change, ces forts perdent toute leur
valeur.
Cela est si vrai, que jamais on ne peut impunément en
méconnaître les principes. Les désastres de Sedan n'ont pas
eu d'autres causes que leur oubli et leur inapplication. On a
oublié ou refusé de voir que les traités de 1815, en neu-
tralisant la Belgique et le Luxembourg, ont déplacé, en
— 12 —
partie, et à notre plus grand détriment, les points d'attaque,
et paralysé ceux de' la défense. Et on pourrait dire que,
malgré la création des chemins de fer, qui ont complète-
ment changé les mouvements des armées, le respect de
cette neutralité est une des principales causes de l'anéan-
tissement des troupes françaises.
En effet, qu'est-il arrivé ? cette malheureuse armée de
Mac-Mahon, longeant la frontière, ne pouvait se dévelop-
per ; il lui fallait respecter les droits sacrés du territoire
belge ou luxembourgeois; elle ne pouvait prendre sa véri-
table ligne de bataille, qui est celle de la Meuse, en occu-
pant Namur et Charleroy pour marcher droit au Rhin,
comme l'avaient fait autrefois les armées royales, républi-
caines et impériales. Aussi, faute de suivre ce chemin tracé,
elle fut acculée, écrasée sur ses propres forts.
C'est là l'histoire navrante de Napoléon III, qui, mécon-
naissant ces données fondamentales, s'est perdu en per-
dant la France.
C'est alors qu'on vit pour la première fois une armée en-
nemie, après avoir, comme ses devancières, envahi une
partie de la France, continuer ses opérations loin de ses
forteresses en s'appuyant seulement sur ses lignes, et, au
mépris de nos forteresses non conquises, investir Paris
et refouler les divers corps français sur les frontières, de
telle sorte que ces fortifications, créées pour une offensive
sur le Rhin ou pour la défensive, étaient, comme nous
l'avons vu, réduites, après des désastres sans nom, ou à
être brûlées, ou à capituler, à moins que leurs garnisons
ne préférassent se réfugier en Belgique.
Nous n'avançons rien que les faits n'aient malheureuse-
ment consacré. N'est-il pas vrai qu'après la bataille de Saint-
Quentin, si les Prussiens l'avaient voulu, s'il était entré dans
leurs desseins de poursuivre la brave armée du Nord, celle-
— 13 —
ci était obligée, pour retarder une poursuite trop rigoureuse,
d'inonder le pays, de se renfermer dans les forts, ou de se
rendre en Belgique ?
Ces terribles leçons serviront-elles d'enseignement ? Il
doit en être des nations comme des individus : l'adversité est
une dure maîtresse. En appelant l'attention de tous sur ce
qu'il y a à faire, espérons que l'adversité qui nous a frappés
sera notre meilleur professeur.
Les forteresses qui forment la première ligne stratégi-
que sont trop près des frontières; il serait préférable qu'elles
en fussent plus éloignées ; mais telles qu'elles se trouvent, il
faut s'en servir, tâcher d'en tirer un bon parti par quelques
changements, qui feront d'elles les postes avancés comme les
grand'gardes de nos armées.
Le chemin de fer qui les relie toutes ensemble aura be-
soin de subir aussi quelques modifications.
Cette première ligne de défense est reliée à Paris, son
grand quartier général, par de nombreux chemins de fer.
Nous avons :
1° Paris, Amiens, Boulogne, Dunkerque.
Cette ligne est construite depuis longtemps; elle est une
des plus importantes de France ; elle se relie, à Boulogne, au
réseau côtier qui doit surveiller tout notre littoral; mais il
faut, pour qu'elle puisse rendre tous les services voulus,
qu'elle vienne également relier notre ligne de frontière par
la construction d'un tronçon qui est probablement à l'étude,
joignant Calais à Dunkerque en passant par Gravelines.
— 14 —
2° Paris, Amiens, Lille.
on exploitation depuis nombre d'années.
3° Paris, Clermont, Montdidier, Péronne, Valenciennes,
en exploitation jusqu'à Mondiclier; en construction de
Montdidier à Valenciennes.
4° Paris, Chantilly, Tcrgnier, Maubeuge,
c'est la grande ligne en exploitation vià Allemagne.
5° Paris, Soissons, Laon, Venins, Hirson,
en exploitation.
6° Paris, Meaux, Epernay, Châlons, Verdun,
en exploitation.
Tous les points de notre première ligne de défense de
la frontière, se trouvent donc réunis par les six grandes
artères que nous venons d'énumérer, partant toutes d'un
centre commun : Paris. Dans leur parcours, ces chemins de
fer se relient à d'autres voies ferrées, à des routes, à des
voies navigables ; ils traversent de grands centres de po-
pulation, tous moyens concourant à porter promptement des
armées considérables à nos avant-postes.
Il est essentiel que notre première ligne n'ait pas, dans
son trajet, de solution de continuité ; si elle en a, il faut que
l'administration se mette à l'oeuvre, il faut souder ensemble
les anneaux épars et en faire une chaîne sans fin.
Nos forteresses se relient les unes aux autres par les
lignes de :
Dunkerque, Hazebrouck, Lille,
en exploitation ;
Lille à Valenciennes,
en exploitation :
Valenciennes à Aulnoy,
en construction;
— 15 —
Aulnoy, Avesnes, Sedan,
en exploitation ;
Sedan, Verdun, Commercy,
à construire.
Nos chemins de fer sont plus ou moins parfaits pour le
transport des voyageurs et des marchandises; mais peuvent-
ils dans l'état actuel des choses, servir utilement à la
défense?
Non. —Si on ne leur faisait subir des changements dans
leur tracé, dans leur matériel roulant, dans leur adminis-
tration et dans leur exploitation pendant la période de guerre,
ils ne rendraient que des services illusoires ; ils seraient le
plus souvent un danger plutôt qu'une aide.
Mais avant d'aborder ces questions si intéressantes,
avant de les discuter, avec tous les développements qu'elles
comportent, il faut que nous continuions à indiquer les
chemins de fer de l'Est qui, avec les réseaux stratégiques du
Nord-Est, doivent compléter de ce côté la première ligne
de défense de nos frontières.
— 16 —
FRONTIERES DE L'EST
Dans la dernière guerre, les Allemands ont forcé facile-
ment nos passages ; ils poursuivaient avec des forces consi-
dérables (un contre trois généralement) nos armées vain-
cues ; dans ces tristes conditions, nos soldats n'ont pu et ne
pouvaient arrêter l'irruption qui s'était produite par la fron-
tière du Luxembourg au Rhin.
Avant la paix, nos frontières de l'Est étaient défendues
par les forteresses de :
Longvy, Verdun, Sierch, Thionville, Metz, Toul, Bitche,
Phalsbourg, Liclitemberg, la Petite-Pierre, Marsal, Wis-
sembourg, Lauterbourg, Strasbourg.
C'étaient des citadelles, souvent formidables, créées par
Vauban lui-même, ou, depuis, d'après ses plans. Ces
fortifications ont eu le tort de ne pas avoir été reliées
entre elles par des lignes de chemins de fer; mais, sauf
les déplorables incuries de nos gouvernements passés,
elles offraient à la France de sérieuses conditions de sé-
curité.
La plupart de ces places fortes ont surabondamment
prouvé leur utilité; leur défense héroïque aurait défié tous
les efforts de l'ennemi; mais elles ont été obligées de se
rendre parce qu'elles n'avaient pas été pourvues d'artillerie
à longue portée, et parce qu'on ne s'était pas préoccupé
d'établir des ouvrages avancés, qui auraient préservé les
habitants de l'incendie et du bombardement adoptés par
les Prussiens.
— 17 —
A partir de ces forteresses jusqu'à Paris, ou no trouve
plus do places de guerre.
Aujourd'hui, il ne reste plus à la France que Verdun,
et Toul.
Il faut donc en créer d'autres.
Mais il faut créer ces nouvelles défenses par les chemins
de fer, en tenant compte de la disposition des lieux.
C'est surtout par nos chemins de fer qu'il faut renforcer,
rendre impossible le passage de nos doux grands cours
d'eau, la Meuse et la Marne.
La première ligne qui se présente, c'est la vallée de la
Meuse, qui s'étend de Sedan à Lérouville. Il faut relier les
chemins de fer du Nord-Est, dont nous avons déjà parlé, de
Dunkerque à Montmédy au chemin de fer de l'Est, et il
faut que cette ligne s'oppose à toute tentative de passage sur
ce parcours.
En amont du fleuve, la défense ne présente aucune diffi-
culté sérieuse; les hauteurs qui l'environnent s'y prêtent
admirablement; en aval, les abords sont plus faciles pour un
passage do l'ennemi; il est donc nécessaire que les moyens
de défense soient étudiés avec plus de soin et conséquem-
ment soient plus importants.
La vallée de la haute Meuse nous servant de première
ligne do défense, le chemin de fer qui la desservira doit
avoir pour objectif de venir la relier à Belfort.
La Moselle, dans le parcours français, que les événements
lui ont laissé, doit être également soutenue, par un chemin
de fer. Dans l'état actuel, Toul, Nancy, Epinal, Remi-
remont, sont reliés entre eux par une voie ferrée; mais dans
son trajet il faudra étudier si on ne doit pas construire
une nouvelle ligne allant directement à Belfort au lieu de
suivre la ligne actuelle, se repliant en arrière et desservant
Epinal, Vcsoul, Lure,
— 18 —
Il est incontestable que la défense de cette partie du terri-
toire par ces chemins de fer présente des difficultés, qui ont
besoin, pour être menées à bonne fin, d'une étude appro-
fondie. Le cadre de notre travail ne comporte pas un tracé
établissant point par point ce qu'il y a à faire ; rappelons
seulement que l'ennemi cherchera à traverser ces lignes pour
arriver dans la vallée de la Marne, et qu'il faut qu'il en
soit matériellement empêché!
Parmi les endroits qui doivent présenter de grandes diffi-
cultés à ces projets d'envahissement, citons Luné ville,
Dombarle, Nancy, qui ont autour d'elles des positions stra-
tégiques à utiliser, et qui peuvent fournir une défense éner-
gique. Préoccupons-nous surtout de renforcer les passages,
tels que ceux qu'on rencontre entre Merville, Bayon,
Portreux, Châtel et Charmes.
Cette ligne frontière est desservie en partant de Paris :
Par Provins, Troyes, Chaumont, Neuf-château reliant
cette ligne à Toul et à Epernay,
en exploitation ;
Par Melun, Dijon, Gray, Vesoul,
en exploitation.
Les lignes de Châlons-sur-Marnie à Belfort sont reliées
avec Lyon, la seconde ville militaire de la France, par diffé-
rents chemins de fer, les uns en exploitation, les autres en
construction.
Ce sont :
Lyon, Bourg, Lons-le-Saulnier, Besançon, Belfort,
en exploitation ;
Lyon, Mâcon, Châlons, Dôle, Gray, Vesoul, Epinal,
en exploitation.
Il y a encore d'autres lignes construites et en construction
pouvant relier militairement notre réseau de frontière avec
la place de Bourges.
— 19 —
La seconde ligne, celle qui doit relier entre eux les divers
camps retranchés, s'embranchant à Châlons-sur-Marne, passe
à Chaumont, joint Langres, une des plus importantes places
militaires qui peuvent le mieux s'approprier à un camp re-
tranché formidable; de Langres, elle gagne Vesoul, puis
Besançon, autre place très-forte.
DEUXIEME LIGNE DE DEFENSE.
CAMPS RETRANCHES. — LIGNE DE GRANDE CIRCONVOLUTION
AUTOUR DE PARIS.
Si notre première ligne du réseau militaire des chemins
de fer remplit plus ou moins nos desiderata; si ce réseau
couvre suffisamment notre frontière du N.-E. et de l'Est,
parce qu'il peut en quelques heures garnir de troupes, de
matériel, de munitions tous les avant-postes, il faut, en
bonne tactique, que ces corps avancés soient soutenus par
de nombreuses réserves.
Ces réserves doivent se trouver dans des camps retran-
chés que la topographie a désignés.
Ce sera Abbeville, Amiens, Saint-Quentin, la Fère, Laon,
Soissons et Châlons.
Ces camps retranchés, sauf Châlons, sont tous à créer ;
leur construction sera.plus ou moins importante. La situa-
tion topographique fera de Châlons, de Soissons, de Saint-
Quentin, des positions plus développées que celles des autres
forteresses ; mais, par rapport au chemin de fer, ils ont tous
leur nécessité ; toutes ces positions sont donc à armer.
Ces camps fortifiés sont, d'ores et déjà, reliés les uns aux
autres par une voie ferrée qui passe à Abbeville, Amiens,
Tergnier, Laon, Rheims, Châlons, reliant la mer à la
Marne,
— 22 —
Cette deuxième ligne transversale de défense est paral-
lèle à la frontière ; elle est en communication avec notre
grande place de Paris par les six grandes lignes, qui met-
tent déjà la capitale en relation avec la frontière.
Mais il manque à cette ceinture de fer la possibilité de bou-
cler ses deux extrémités, Abbeville et Châlons — la mer et
la Marne : — il faut qu'il lui soit possible de renvoyer les
hommes, les munitions, les approvisionnements qui seraient
arrivés, par exemple, d'Abbeville à Châlons, de Châlons
à Abbeville, sans qu'on soit obligé de faire repasser les
trains sur la ligne déjà parcourue.
On comprend qu'il faut éviter à tout prix à un train de
troupes, de munitions ou de ravitaillement, qui se trouverait
obligé de battre en retraite, de n'avoir qu'un seul chemin
pour se retirer. Ce serait une impasse où il risquerait fort
d'être pris par l'ennemi.
Pour qu'ils puissent rendre des services réels à la défense
d'un pays, les chemins de fer doivent former des cordons
ferrés présentant de nombreuses voies de dégagement. Dans
le cas qui nous occupe actuellement, la ligne doit se souder
à celle partant d'Epernay, passant par Sézanne, rejoignant
la ligne de Troyes à Romilly.
Cette ligne est actuellement en construction.
Elle emprunterait ensuite celle de Romilly, Nogent, Mon-
tereau, Moret, Nemours.
Cette ligne est construite, elle est en exploitation depuis nom-
bre d'années.
Elle prend, à Montereau, la grande ligne de Lyon pour
se rendre à Moret; mais, en cas de guerre, ce serait un
désavantage si grand qu'il faut donner à notre chemin
stratégique ses deux voies propres, qui pourraient longer
celles de ce grand chemin de fer.
A partir de Nemours, il serait bon de construire un petit
— 23 —
tronçon qui rejoindrait la ligne de Pithiviers à Orléans, ac-
tuellement en construction, à moins que des études faites sur
le terrain ne prouvent qu'il vaut mieux prendre la ligne de
Montargis, Gien, Orléans, aussi en construction !
A partir d'Orléans, la ligne passerait à Chartres, Dreux,
Evreux, Louviers, Rouen ; toutes ces sections sont en cons-
truction.
De Rouen, elle prendrait le chemin d'Amiens en exploita-
tion, rejoindrait par une ligne en construction, Aumale, Ga-
maches, Eu, Tréport. Tréport rejoindrait Abbeville en cons-
truction, et, après études, le chemin de défense du littoral,
qui fait défaut entre Fécamp, Dieppe, Tréport, Abbeville.
A propos de cette protection du littoral, qu'on me per-
mette de placer ici quelques réflexions qui par leur nature se
rattachent à notre sujet, puisqu'il s'agit toujours de la
défense du territoire.
Le littoral est protégé, d'abord par des torpilles sous-
marines se reliant entre elles, au moyen d'un système de
conducteurs qui partent des sémaphores établis de distance
en distance sur la côte, et ensuite par un chemin de fer qui
a pour but d'amener des troupes et du matériel sur tous les
points où l'ennemi pourrait tenter une descente.
Malheureusement cette protection ne peut plus être aussi
efficace en ce qui regarde la plupart de nos ports, entourés
ou non de fortifications.
L'artillerie à longue portée a bouleversé toutes les con-
ditions de la défense moderne ; elle a donné à l'attaque une
puissance telle, que la défense ne peut soutenir la lutte à
armes égales. Aussi on aura beau s'ingénier à trouver des
fortifications blindées pour résister aux boulets vomis par
les bâtiments de guerre qui seront venus s'embosser vis-
à-vis d'un port, on ne pourra empêcher un navire de destruc-
tion de lancer à dix kilomètres et plus, dans la cité, dans le
— 24 —
port, sur les vaisseaux, dans les arsenaux, des projectiles
qui amèneront toujours l'incendie et conséquemment la
ruine.
Ces navires spéciaux, inventés par les Américains ,
n'ayant aucune ligne de flottaison visible, sans mâts, sans
rien enfin qui puisse les désigner aux coups de la côte, sont
pour la défense un point noir à l'horizon. L'avantage de
pouvoir changer continuellement de place, leur permet de
se jouer impunément des projectiles envoyés, et d'adresser
les leurs tout à leur aise, et toujours à coup sûr; comme ils
manoeuvrent en pleine mer, ils n'ont guère à s'inquiéter de
la présence des torpilles.
Avec ces nouvelles inventions, la majeure partie de nos
ports est menacée d'être brûlée, anéantie, dans une pro-
chaine guerre maritime ; il mut donc se préoccuper sérieu-
sement de cette terrible éventualité.
Une solution complète parait impossible. Les villes mari-
times, qui ont leur port, leurs arsenaux dans l'intérieur des
terres n'ont rien à craindre, mais celles dont les quais bai-
gnent la mer, sont fatalement destinées à être détruites.
La question est grave, et si elle ne s'écartait trop de notre
sujet, nous chercherions à l'élucider; toutefois, nous
croyons qu'il faut chercher cette solution en renfermant
nos arsenaux, nos flottes, dans des ports artificiels intérieurs
ou chenaux que nous créerons derrière nos ports naturels
trop ouverts ; en construisant des monitors, d'une puissance
considérable, en quantité assez grande pour que chacune
de nos villes maritimes puisse en posséder au moins un,
et pour qu'à l'approche de la flotte incendiaire, ils courent
sus à elle, non-seulement pour la combattre, mais pour
l'entourer, sans qu'elle puisse s'y soustraire, d'un réseau de
torpilles, qui l'engloutirait.
Mais revenons à nos chemins de fer.
— 25 —
Les aspirations et les besoins de l'industrie nous ont guidé
dans le choix du parcours; il est projeté, et la majeure par-
tie en est construite ; il n'imposera donc, pour qu'il soit sans
solution de continuité, que des sacrifices peu onéreux au
pays. Il aura besoin, il est vrai, d'être remanié, afin de suf-
fire au nouveau service qu'il est destiné à remplir.
A première vue, la dernière partie de notre tracé des che-
mins de fer militaires, quant à la défense des frontières du
N.-E., ne présente pas une importance aussi grande que la
première partie, celle qui relie la mer à la Marne; mais elle
possède cependant une importance considérable, parce qu'elle
couvre complètement Paris.
Le tracé que nous avons indiqué relie la Marne à la Seine,
la Seine à la Loire, la Loire à la Seine, la Seine à la Somme
ou à la mer.
Il comporte les données voulues pour satisfaire les plus
difficiles stratégistes, puisque partout ces lignes ferrées oc-
cupent les cours d'eau et les vallées qui en dépendent.
La dernière guerre a démontré l'importance stratégique
de ces points ; il suffit de suivre les phases de cette campagne
dans le remarquable ouvrage de M. Ch. de Freycinet, la
Guerre en province, pour s'en convaincre. Il fait toucher
du doigt les points de défense de cette partie de la France,
qui doivent être, d'après nous, ceux d'une ligne de circon-
volution autour de Paris.
Nous avons démontré que dans la guerre, les Prussiens
les avaient tous occupés, et,, que tout en conservant leurs
ligues autour de Paris, ils refoulaient nos armées sur les
frontières. C'est là la situation qu'à l'avenir nous occuperions.
Il n'est plus admissible que de pareils faits se reprodui-
sent, que de semblables situations se créent.
Notre oeuvre ne doit pas toucher au domaine de la poli-
lique ; elle est plus modeste : elle se renferme dans l'étude de
— 26 -
questions terre à terre, mais dont l'application bien ou mal
faite est la cause de la force ou de la ruine des empires.
Cette ligne de chemin de fer militaire entoure Paris sous
un rayon moyen de moins de 100 kilomètres.
Elle se trouve soudée à ce grand centre de ravitaille-
ment non-seulement par les six grandes artères que nous
avons désignées, mais elle l'est encore par huit autres
lignes qui sont :
Paris—Provins,
» Moret.
» Nemours.
» Orléans.
» Voves.
» Chartres.
» Dreux.
» Rouen, touchant à Louviers et à Evreux.
Ce réseau aura besoin de recevoir, dans son long par-
cours, des modifications de tracé qui raccourciront ou
augmenteront son rayon, suivant que certaines de ses
parties se trouveraient dans des conditions stratégiques
mauvaises ; mais, généralement, ce tracé, tel qu'il est, sera
mis dans une excellente situation de défense, sans qu'il soit
besoin de faire de grandes dépenses.
D'autres tracés que le nôtre sont préconisés; ils tendent
tous à entourer Paris d'un chemin de ceinture qui, partant
à la hauteur de Versailles, longerait à quelques kilomètres
les confins du département de la Seine.
Ces projets peuvent rendre de grands services, mais ils
ne sont pas, Dieu merci, indispensables; ils n'offriront ja-
mais des positions pareilles à celles rencontrées par les
chemins qui relient nos grands fleuves entre eux.
Entre Paris et ses forts détachés, qui peuvent être recti-
fiés, et la périphérie de notre ligne de défense, des armées
— 27 —
se meuvent avec facilité ; toutes les localités de la France
entière y sont reliées, et si, dans des conditions telles, l'en-
nemi parvenait encore à Versailles, il faudrait désespérer
de la patrie; d'un autre côté, l'approvisionnement d'une
place aussi importante exige non-seulement des communi-
cations assurées avec tous nos fleuves, mais exige aussi que
Rouen soit une tête de ligne imprenable, permettant au
Havre de faire occuper par la marine toute la Seine, et de
s'assurer ainsi certaines communications avec la mer.
Il résulte du travail que nous venons de faire, qu'en gé-
néral les chemins de fer nécessaires à ce réseau militaire de
défense, contre toute tentative d'envahissement par le Nord-
Est et par l'Est, sont à bien peu de chose près terminés;
qu'il en reste quelques-uns à construire encore, mais en
petit nombre. Pour ces derniers, on tiendra compte, dans
leur tracé, des intérêts militaires, tout en continuant à pour-
voir aux besoins des intérêts commerciaux et industriels du
pays. !
- 29 -
DEFENSE DES CHEMINS DE FER
FORTIFICATIONS FERMANENTES
Les chemins de fer que nous venons d'énumérer pour for-
mer le réseau militaire ne couvrent que la défense des fron-
tières du N.-E. et de l'E. Un travail semblable devra être
établi dans les mêmes conditions lorsqu'il s'agira de défendre
les autres frontières de la France, soit ses limites avec les
puissances voisines, soit la mer ou une division territoriale.
La défense de ces chemins consiste :
1° En constructions permanentes, dites fortifications;
2° Dans l'emploi, au moment de la guerre, d'un maté-
riel spécial, dit de défense ou d'attaque.
Notre époque est remarquable en ce que nous sommes
entraînés à accomplir tous nos travaux avec une rapidité ver-
tigineuse. Le temps (cette monnaie des Anglais) est, dans notre
siècle, la représentation du mouvement, la négation de l'im-
mobilité, du repos.
L'horreur que nous éprouvons pour le calme, pour la
tranquillité, nous a amenés à transmettre notre pensée d'une
extrémité à l'autre de notre planète avec la rapidité de l'é-
clair, à nous transporter à des distances incommensurables
— 30 —
avec la rapidité de l'oiseau, à nous entre-détruire avec une
justesse foudroyante, et cela sans nous voir.
Mais revenons à notre sujet, et surtout, tenant compte de
ces dispositions de notre siècle, de ces faits indiscutables,
disons :
Nos chemins de fer longent et traversent des forêts ; ils
côtoient des collines ; ils sont souvent parallèles aux fleuves;
ils les franchissent quelquefois ; ils rencontrent dans leurs
longs parcours des défilés, des passages, des points straté-
giques que nous devons défendre.
Aussi, tel bois devra être en partie déboisé pour donner du
visé à un défilé, telle gorge de montagne devra devenir inac-
cessible, telle partie de la ligne longeant parallèlement un
cours d'eau, aura besoin d'être fortifiée.
Les traversées des cours d'eau ont une très-grande impor-
tance ; il faut que ces positions puissent être facilement dé-
fendues, de telle sorte qu'il ne reste à l'ennemi d'autre res-
source que de tenter un passage en jetant un pont en dehors
des axes des routes et des chemins de transport.
Lorsque le chemin de fer traverse un cours d'eau, il est
plus indispensable encore que le passage puisse être rendu
impossible par les positions choisies pour la défense. Il en
est de même des fleuves, des souterrains, des viaducs.
Ceux des chemins de fer qui seront désignés comme che-
mins militaires, desserviront les places fortes et les camps
retranchés, qui devront être créés lors du remaniement de
notre système de défense. Il faudra que ces chemins tra-
versent les places fortifiées, qu'ils s'y trouvent abrités, qu'ils
puissent y remiser le matériel d'approvisionnement et le
matériel de rechange, de manière qu'il soit facile d'y pré-
parer les trains qui parcoureront en aval comme en amont les
diverses voies venant y aboutir.
La jonction d'un chemin de fer avec un autre devrait
— 31 —
avoir lieu dans l'intérieur de ces positions fortifiées; on assu-
rerait ainsi à ces noeuds de communication une bonne pro-
tection, difficile à établir lorsque la jonction se fait en pleine
campagne. Cette protection, il est vrai, ne pourrait être
assurée partout complétement aux noeuds de ligne dans des
conditions si désirables, car on ne peut créer partout des
camps et des forts; cependant, il sera indispensable de mul-
tiplier le plus possible ces noeuds et de les protéger.
Les gares de bifurcation ont toujours un dépôt de maté-
riel, des magasins d'approvisionnement, des ateliers de répa-
ration, toutes choses qu'il faut défendre à tout prix.
Les gares, ou stations ordinaires, devront être mises
en état de préparation de défense, les unes par de simples
couverts, les autres par des ouvrages plus importants.
La défense d'un cours d'eau a toujours été regardée
comme impossible; avec le concours d'un chemin de fer il
n'en sera plus ainsi. Il est désirable que le parcours du
chemin ne côtoie pas de trop près les rives du fleuve ou de la
rivière; il faut rectifier les tracés défectueux ou les recons-
truire au besoin, dans les positions qui le demanderont, de
telle sorte que, des points qui seront fortifiés, on puisse battre
facilement tous les passages, et que les troupes envoyées
puissent effectuer leur descente sans recevoir les projec-
tiles de l'ennemi.
Alors il ne sera plus vrai (ce qui l'était avec l'ancienne
tactique) que le désavantage est du côté de la défense ; ce
sera le contraire !
Nos chemins de fer sont faciles à relier entre eux; ils
ont le même écartement, le même matériel. La seule préoc-
cupation à avoir est que tout train militaire en marche, d'une
destination pour une autre, puisse, lorsqu'il atteint une bifur-
cation, continuer sa route sans arrêt; il ne faut pas qu'il
soit, comme cela arrive trop souvent dans l'état actuel des
— 32 —
choses, obligé de subir dés manoeuvres longues et pénibles,
et encore moins de faire changer ses troupes de véhicules.
Il suffira pour la défense d'une ligne de chemin de fer
militaire, d'établir, sur les points stratégiques reconnus tels,
des abris que viendront occuper, au moment voulu, des corps
d'artillerie et d'infanterie.
Et comme toutes ces positions seront connues de l'état-
major des armées, le général opérera à coup sûr ; il mar-
chera, ou se repliera sur l'une ou l'autre de ces positions.
Les ouvrages de fortifications permanentes, destinés à dé-
fendre ces diverses positions, seront des terrassements pou-
vant recevoir des batteries d'artillerie et des compagnies
d'infanterie.
Ils consisteront en épaulements formés par le déblai
des tranchées et des fossés; ils auront une hauteur de
2 mètres et une épaisseur de 6 à 10 mètres environ.
Ce seront de simples abris préparés à l'avance, qui pour-
ront être construits par l'industrie privée, par les adminis-
trations de chemins de fer, par les troupes elles-mêmes.
Ces travaux procureraient à ces dernières l'avantage pré-
cieux de les initier à l'art de se couvrir, lorsque plus tard,
étant en campagne, elles auraient à en exécuter de sem-
blables.
Les ouvrages destinés à recevoir de l'artillerie doivent
toujours être d'un accès commode ; il faut qu'ils soient des-
servis par deux routes, facilitant aux pièces et aux muni-
tions une entrée et une retraite aisées, ayant deux directions
différentes, et se trouvant à l'abri des coups de l'ennemi.
Ces fortifications de campagne n'ont besoin ni de maga-
sins de munitions, ni de poudrières, ni d'abris-casematés ;
mais il faut, sur les côtés, les flanquer, les relier de tran-
chées-abris qui garantiront les détachements d'infanterie,
— 33 —
dont la mission sera de soutenir les batteries d'artillerie.
Ces défenses devront être construites, érigées de manière
que les feux de l'artillerie qu'elles abritent puissent enfiler
les voies ; il ne suffit pas que ces défenses dominent les pas-
sages et les routes par lesquels « l'ennemi se présenterait, il
« est indispensable que l'artillerie puisse changer la direc-
« tion de son tir, battre et détruire l'ennemi qui se serait
« aventuré sur la voie, afin de s'en emparer ou la dé-
" truire. »
La construction actuelle des places fortes ne permet pas
d'assurer une protection suffisante aux chemins de fer. Il
faut que ces fortifications soient remaniées, et, pour beau-
coup d'entre elles, de fond en comble.
Les dépenses considérables que nécessiteront ces rema-
niements peuvent être atténuées en donnant à ces anciennes
fortifications des adjonctions qui couvriront les espaces
occupés par les gares; et cela se peut, soit par de nouveaux
travaux exécutés en raison des progrès actuels, soit en éta-
blissant des forts détachés, soit en modifiant les fortifications
créées par Vauban ou d'après ses inspirations, de manière
que, tout en protégeant les chemins de fer, on continue à
garder les positions si bien tracées par le grand maître.
Les enseignements que nous a fournis le siège de Paris,
nous ont appris que les grandes forteresses sont imprenables,
et que, lorsqu'elles se rendent, c'est que leur investissement
s'est prolongé outre mesure, et que la faim se faisait sentir.
Il en résulte que les fortifications, qui seules conviennent
à couvrir les places fortes, qu'elles soient villes ou camps
retranchés, ne sont que des forts détachés.
Aussi, si le gouvernement de 1840 avait encore à ériger
les fortifications de Paris, il renoncerait à concilier les opi-
nions émises à cette époque par nos officiers du génie ; les
uns, ne voyaient de moyen de défense sérieuse que par
— 34 —
une enceinte continue; les autres, que dans un système
d'enceinte continue et de forts détachés, et d'autres enfin,
à qui l'avenir devait donner raison, ne demandandant seu-
lement que l'établissement de forts détachés.
Les ouvrages qui défendront les jonctions des chemins de
fer — les noeuds, — devront être établis de telle sorte que
leurs feux puissent se croiser. Que ces ouvrages soient donc
construits sur les hauteurs ou même en plaine, mais à plus
de 1,500 mètres de l'axe de la gare, qui sera ainsi protégée
contre les atteintes de l'ennemi.
Enfin, pour ce qui concerne les gares elles-mêmes, qui
ne sait qu'un mur est imprenable, s'il est crénelé, et qu'il
ne peut être emporté que grâce à l'artillerie? Or, l'artillerie
ne suit pas avec la même rapidité la marche des colonnes
volantes, qui ont pour but de s'emparer de ces positions.
Rien n'est donc plus facile que d'approprier les gares à l'a-
vance ; quelques hommes les garderont des heures entières,
jusqu'à l'arrivée de secours amenés des places fortes reliées
entre elles.
Une autre question doit préoccuper le génie militaire,
c'est celle d'avoir sous la main les pièces de rechange né-
cessaires au rétablissement rapide des voies détruites ou des
ouvrages d'art anéantis.
Les camps retranchés, — ces places invulnérables, —
devront renfermer ces approvisionnements ; chaque chose,
chaque pièce devra y être méthodiquement rangée, classée,
numérotée, de telle sorte qu'il n'y ait aucune erreur, aucune
perte de temps au moment où on en aura besoin.
Il faut encore qu'on s'occupe de changer quelques-unes
des dispositions actuelles de la construction des chemins de
fer militaires, de ramener à un type plus unique les pièces
formant les tabliers métalliques des ponts, d'arriver à ce
que les ouvertures des arches d'un travail d'art soient plus
— 35 —
uniformes ; et, si on ne le peut d'une manière radicale, de
préparer une série de pièces de rechange qui remplaceraient
provisoirement celles détruites.
Le concours des administrations des chemins de fer est
indispensable. Qui, en effet, peut mieux qu'elles organiser
et fournir un pareil matériel, et le ramener à une série de
quelques types?
Ces administrations ont le plus grand intérêt à prêter leur
concours entier au corps du génie de l'armée. Une bonne
entente pourrait assurer la conservation d'un grand nombre
d'ouvrages d'art. Car, qui est plus compétent qu'elles, lors-
qu'il s'agit de constructions? qui est plus intéressé aussi à
conserver sa propriété ?
Pour nous résumer, nous disons :
En général, et sans qu'il soit possible de formuler en pa-
reille matière des règles fixes à suivre, on peut présumer,
avec quelque certitude, que les travaux de défense perma-
nente des chemins de fer militaires n'exigeront que la
création d'emplacements de batteries pour l'artillerie, et de
tranchées-abris pour l'infanterie.
Il ne sera donc pas nécessaire d'élever, pour la défense
des chemins de fer militaires, des fortifications bastionnées,
murées, en un mot, des ouvrages si ruineux, qu'aucun pays,
quelque riche qu'il soit, ne pourrait songer à les mettre à
exécution.
— 36 —
RÔLE DES CHEMINS DE FER EN TEMPS DE GUERRE.
Nous allons essayer d'indiquer les services que rendraient
les chemins de fer établis dans les conditions que nous ve-
nons d'énumérer, que l'attaque vienne de la France ou de
l'Allemagne.
Si nos ennemis arrivent à nous les premiers, ils opére-
ront le mouvement de leurs corps d'armée, de leur maté-
riel de combat en suivant les routes, les communications
de terre; ils partiront de leurs camps retranchés, Sarre-
Louis, Landau, Germershein, Rastadt, et encore de leurs
nouvelles possessions, Longwy, Thionville, Metz, Stras-
bourg, pour atteindre nos premières lignes de défense.
Si, au contraire, c'est nous qui attaquons, — et c'est plus
croyable, étant connu notre, tempérament, — nous nous
élancerons de nos camps retranchés, Soissons, Châlons,
Langres, Belfort, pour porter nos coups sur le territoire
ravi ; mais, comme eux, nous masserons nos troupes, nous
nous dirigerons par les voies de terre.
Dans un cas comme dans l'autre, les armées se rencon-
treront sur des terrains désignés et fatalement destinés à
être arrosés de sang.
Le rôle des chemins de fer, dans ces premières luttes, sera
seulement de transporter aux combattants des vivres, des
armes, des munitions. Ils auront aussi le triste privilége,
en se retirant, de ramener les blessés dans les lignes.
Ce premier rôle des chemins de fer est assurément le plus
important ; ils pourvoient régulièrement à tous les besoins
matériels des armées, ils suivent à l'arrière, ils apportent

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