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La Démocratie est-elle fille de la vertu, comme le prétendent quelques publicistes, à ce que prétend M. Grégoire ?

30 pages
Michaud (Paris). 1814. France (1814-1815). In-8 °.
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EST-ELLE FILLE DE LA VERTU,
COMME LE PRETENDENT QUELQUES PUBLICISTES,
A CE QUE PRÉTEND M. GRÉGOIRE?
CHEZ
A PARIS,
L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR DU ROI,
RUE DES BONS-ENFANTS, N°. 34;
LENORMAND, LIBRAIRE, RUE DE SEINE, N°. 8;
BLANCHARD, PALAIS-ROYAL, 2e. GALERIE DE BOIS.
M. DCCC. XIV.
AVERTISSEMENT.
JE crois que ce qui paraît bon dans la théorie,
peut être fort mauvais dans la pratique. Quand
il est question , cependant, de gouverner des
millions d'hommes ; quand il s'agit du bonheur
ou du malheur des générations , est-ce à la théo-
rie qu'il faut s'arrêter ? Je ne trouve que théo-
rie dans la brochure de M. Grégoire sur la cons-
titution française.
La théorie ! Et quelles sont les hases de la théo-
rie de M. Grégoire? est-ce l'imagination? est-ce
l'instruction? est-ce le jugement? Sa théorie est-
elle fondée sur la comparaison des constitutions
monarchiques, des constitutions républicaines ,
et des constitutions mixtes des nations anciennes
et des nations modernes, considérées dans leurs
résultats ? A-t-il comparé les temps de prospérité*
de bonheur et de véritable gloire dont les unes
ont joui, avec les temps de prospérité, de bonheur
et de véritable gloire qu'ont eus les autres en
partage?
La théorie ! Quels ont été les fruits de la théo-
rie de nos soi-disant publicistes sur les constitu-
tions? Quels essais n'avons-nous pas faits de
leurs théories, depuis le commencement de nos
I..
(4)
révolutions? Quels en ont été les effets? On en
frémit quand on y pense.
Je crois qu'il en est autrement des leçons de
l'expérience et des exemples puisés dans l'his-
toire des nations. Je me borne , en conséquence ,
à citer, non pas des faits nouveaux, nous ne les
avons que trop présents encore à l'esprit et au
coeur, mais de mémorables faits épars dans l'his-
toire des Grecs et dans celle des Romains, aux
époques de leurs gouvernements républicains.
Je choisis ces époques, parce que M. Grégoire
s'est prononcé pour les républiques. Il est répu-
blicain d'esprit et de coeur, il s'en vante. Tant
de têtes innocentes sont tombées, aux cris de
vive la république, sous le fer de ces instru-
ments d'infernale invention, que le mot répu-
blique est un mot effrayant pour les âmes sen-
sibles ; il n'effraie point un ecclésiastique qui se
qualifie d'ancien évêque.
Bref, je vais puiser dans l'histoire des répu-
bliques de la Grèce et de Rome, et citer. On sera
dans le cas de mieux juger si la vertu était fille
de la démocratie chez les Grecs et chez les Ro-
mains, lors de leurs républiques.
EST-ELLE FILLE
DE LA VERTU?
PREMIÈRE PARTIE.
LES Grecs eurent des rois dans les premiers temps. On
ne connaît guère de ces temps que les jeux olympiques,
jeux publics auxquels on venait se réunir de quatre en
quatre ans, des diverses parties de la Grèce, auprès
d'Olympie, dans le Péloponèse. Ces jeux duraient cinq
jours.
On ne connaît guère de ces premiers temps que les co-
lonies grecques , établies dans diverses contrées; le siège
de Troie, la prise de cette ville, et les deux poèmes du
patriarche de la littérature, Homère.
Je ne parlerai point de ces temps où les Grecs furent
gouvernés monarchiquement. Je me borne à ceux où le
peuple voulut avoir part au gouvernement, et où la démo-
cratie devint en quelque sorte l'ame des.républiques de la
Grèce : ces temps sont moins anciens.et plus connus.
On sait que cette fameuse contrée, ou l'on vit Athènes,
Lacédémone, Corinthe et Thèbes , se distingua plus
(6)
qu'aucun pays du monde, par les armes, les sciences, les
lettres et les beaux-arts. On sait que nulle contrée n'a été
plus fertile en grands hommes de toute espèce, relative-
ment à son étendue territoriale et à sa population. Les Ro-
mains et les nations modernes n'ont point eu de législa-
teurs , de véritables philosophes, d'historiens, d'orateurs,
de guerriers, de médecins, de poètes et d'artistes plus cé-
lèbres que n'en a fourni la Grèce. Elle a donné des maîtres
et des modèles aux quatre parties du monde; elle en adon-
né dans tous les genres; elle en a fourni pour les vertus les
plus essentielles aux états, le désintéressement, l'amour de
la patrie, le zèle pour le bien public.
Comment se peut-il que ces mêmes Grecs, dans les
«mêmes temps, aient fourni le sujet et la matière de ce que
je vais conter ?
Classes d'habitants.
Dans l'Attiqùe, dont Athènes était la capitale, il y avait
trois classes d'habitants : les citoyens, les étrangers domici-
liés, et les esclaves. On appelait domiciliés, les étrangers
établis dans l'Attiqùe avec leurs familles.
À Lacédémone, principale ville du Péloponèse, on dis-
tinguait aussi trois classes d'habitants : les citoyens, les
ilotes et les esclaves. Les ilotes tenaient une espèce de mi-
lieu entre les Gitoyens et les esclaves.
A Thèbes, capitale de la Béotie , il y avait également
trois classes d'habitants : les citoyens, les étrangers regni-
coles et les esclaves.
Partout des esclaves; et chez qui? chez des républicains
renommés.
(7)
Esclaves.
Les esclaves étaient un,objet considérable de commerce
dans toute la Grèce. Ils étaient de deux portes; les uns
Grecs d'origine, les autres Rangers. Les premiers, en gé-
néral , étaient ceux que le sort des armes avait fait tomber
entre les mains d'un vainqueur irrité ; les autres venaient
de la Thrace, de la Phrygie, de la Carie, et d'huttes
pays.
A Lacédémone, dans Athènes, et dans presque toute la
Grèce, le nombre des esclaves était .beaucoup: plus.grand
que celui des citoyens. Il y en avait une infinité dans l'At-
tique ; les campagnes d'Elide en étaient couvertes ; les La-
cédémoniens et les Thessaliens en gavaient une quantité pro-
digieuse.
Dans la Béotie, un citoyen ne pouvait pas exposer ses
enfants, comme dans quelques villes de la Grèce; mais celui
qui, n'était pas en état de les élever pouvait les vendre à un
Béotien.
Les Athéniens pauvres et endettés n'avaient, pas d'autre
ressource que de vendre la liberté de leurs enfants, ou la
leur. Le pauvre né libre n'était pas sûr de ne joint finir
sa carrière dans la servitude.
Comment des républicains, extremement jaloux de leur
liberté, pouvaient-ils faire aussi peu de cas de la liberté des
autres ?
Ilotes.
Les Lacédémoniens traitaient avec une extrême rigueur
les ilotes : aussi, lorsqu'un trermblement de terre bouleversa
(8)
la ville de Sparte, l'an 470 avant J.-C , les ilotes accou-
rurent de toutes parts pour exterminer ceux que le trem-
blement de terre avait épargnés.
Les Lacédémonieus, après les premières années de la
guerre du Péloponèse, firent avertir, par une proclamation,
ceux des ilotes qui avaient le mieux servi la patrie, de ve-
nir faire inscrire leurs noms sur le registre public. C'était
l'an 424 avant J.-C. Il s'en présenta deux mille; ils dispa-
rurent sans qu'on sût ce qu'ils étaient devenus.
Quelle perfidie ! quelle atrocité ! Par qui méditées ? pas
qui commandées? par des Grecs, par des républicains.
Républiques.
La plupart des républiques de la Grèce cherchèrent a se
lier par une fédération générale ; ce fut en vain, depuis la
cessation dé leurs guerres Contre les Perses, jusqu'au temps
qu'Alexandre fit avec eux ses immenses conquêtes.
Les plus puissantes assujettirent les plus faibles, et se
disputèrent la domination. Athènes, après avoir été la pre-
mière puissance de la Grèce, fut prise, et les républiques
de la Grèce furent en quelque sorte asservies par les Lacé-
démoniens.
A Thèbes, deux factions animées l'une contre l'autre
occasionnèrent souvent des révolutions dans le gouverne-
ment.
Tantôt les unes se détachaient de la confédération,
parce que les unes avaient des intérêts que les autres n'a-
vaient pas; tantôt elles se livraient à des factions que fo-
mentaient continuellement Athènes et Lacédémone.
Les villes de Mitylène, de Platée, de Mycène et de
(9)
Thesbies furent détruites, parce que les habitants de ces
villes avaient quitté la ligue dont elles étaient. Thesbies et
Platée le furent pour s'être séparées de la ligue Béotienne;
mille des principaux habitants de Milylène furent mis à
mort pour s'être détachés de l'alliance des Lacédémo-
niens.
Quel barbare despotisme exercé par des Grecs sur des
Grecs, et par des républicains sur des républicains!
Moeurs et usages.
A Lacédémone, plus anciennement Sparte, les enfants
subissaient a leur naissance un jugement solennel. Ce juge-
ment était un arrêt de mort pour les enfants délicats ou
mal constitués : comme si l'on ne pouvait pas se fortifier,
comme s'il n'y avait que les gens robustes à pouvoir être
utiles; comme s'il n'était pas de la dernière cruauté d'ôter
la vie à de petits innocents!
Il était permis d'enlever ce qu'on pouvait dérober adroi-
tement.
On divisa le district de Sparte en neuf cents portions, et le
reste de la Laconie en trente mille. On n'eut la liberté ni de
vendre, ni d'acheter, ni de léguer, ni de donner, ni de
partager sa portion de terre.
Tel était le respect qu'on avait à Lacédémone pour la
vie des enfants et pour les propriétés.
Sacrifices.
Dans la première guerre des Messéniens contre les La-
cédémoniens, l'armée des premiers s'affaiblissait; l'oracle
(10)
de Delphes fut consulté ; l'oracle répondit que le salut de
Messénie dépendait du sacrifice d'une jeune fille tirée au
sort : le sacrifice eut lieu.
Il y avait dans l'Achaïe un temple dédié à Diane. On y
immola pendant un temps, tous les ans, un jeune garçon
et une jeune fille d'une grande beauté.
Les Messéniens, aidés de plusieurs peuples du Pélopo-
jièse , battirent les Spartiates. Ils en prirent trois cents les
armes à la main; ils les immolèrent sur les autels de Ju-
piter.
Guerres entre Grecs.
Les rois de Perse, Darius, Xercès et Artaxerce avaient
échoué contre la bravoure et les talents militaires des
Grecs. Ces derniers avaient remporté sur les nombreuses
années des Perses les célèbres victoires de Marathon, de
Salamine et de Platée. Une paix glorieuse leur avait donné
le repos, après cinquante années de guerre.'Les républiques
de la Grèce, au lieu d'en goûter les douceurs, et de vivre
ensemble comme des soeurs, ne cessèrent de se faire
entre elles des guerres ; et quelles guerres ? on va le voir.
( De l'an 459 avant J.-C. à l'an 440. )
Les Athéniens, les Corinthiens, les Épidauriens, les
Mégariens, les Lacédémoniens et les Thébains se battirent
les uns contre les autres. Les Athéniens firent, à différentes
reprises, des incursions dans le Péloponèse; les Lacédémo-
niens en firent dans l'Attique. Ce fut à qui ravagerait da-
vantage le territoire de ses ennemis.
( 11 )
Guerre de Corinthe.
( De l'an 440 avant J.-C. à l'an 436.)
Périclès, après neuf mois de siège, prît la capitale de
l'île de Samos, et en rasa les murailles.
Le peuple d'Epidàure en avait chassé les plus riches ha-
bitants. Les Corcyréens assiégèrent cette ville ; les Corin-
thiens vinrent pour la secourir, et furent battus. La ville
se rendit. La condition fut que les étrangers seraient es-
claves et les Corinthiens prisonniers; les Corcyréens égor-
gèrent une partie de leurs prisonniers.
Les Mégariens avaient porté des plaintes a Lacédémone
contre les Athéniens ; ceux - ci donnèrent l'ordre de punir
de mort tous les Mégariens qui mettraient le pied dans
Athènes. Ils firent jurer a leurs généraux qu'ils ravageraient
deux fois par an le territoire de Mégare.
Guerre du Péloponèse.
( De l'an 431 avant J.-C. à l'an 404. )
Les Thébaihs attaquèrent Platée, en Béotie, et furent
tués, à l'exception de deux cents qu'on fit prisonniers. Ils
furent mis à mort peu de temps après.
Les Lacédémoniens ravagèrent l'Attiqùe , jusqu'aux
portes d'Athènes; les Athéniens, de leur côté, ravagèrent le
territoire des Lacédémoniens.
Des ambassadeurs de Lacédémone, allant en Perse, ren-
contrèrent des ambassadeurs athéniens; ceux-ci les firent
arrêter et conduire a Athènes. On les y fit tous mourir, et
on jeta leurs corps a la voirie.
( 12 )
Les Lacédémoniens traitaient de même ceux qui n'étaient
pas de leur parti.
Les habitants de Mitylène avaient secoué le joug des
Athéniens ; ceux-ci firent le siège de Mitylène et forcèrent
les habitants à se rendre. Mille d'entre eux furent mis a
mort; la ville fut démantelée; le territoire fut partagé en
trois mille parts, et distribué au sort à des Athéniens
qu'on y envoya. Ceux du pays furent obligés de leur don-
ner une partie du revenu pour en rester possesseurs.
La ville de Platée se rendit, faute de vivres, à condition
que les habitants ne seraient punis qu'avec connaissance de
cause, et suivant les formes delà justice. Il n'en restait que
deux cent vingt-cinq, ils furent tous égorgés ; leurs femmes
furent réduites en captivité.
Athènes fut prise. Il y avait vingt-sept ans que la guerre
du Péloponèse durait. Trois mille Athéniens faits prison-
niers furent égorgés. Les Athéniens avaient fait précipiter
du haut d'un rocher tous les Spartiates pris sur deux ga-
lères.
Guerre des Lacédémoniens et des Béotiens contre les
Thébains et les Athéniens.
( De l'an 382 avant J.-C. à l'an 363. )
Les Thébains, tranquilles sur la foi des traités, célé-
braient les fêtes de Cérès; la citadelle de Thèbes est prise,
une partie de la Béotie est ravagée.
Les Athéniens rompent leur alliance avec les Thébains,
emprisonnent ceux qui tiennent pour les Thébains, font
mourir les uns, bannissent les autres, et condamnent les plus
riches a de grosses amendes.