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La Faction civile dévoilée. Amnistie, conspiration, nain tricolore, guerre civile, les derniers efforts de la révolution, par Gavand,...

De
98 pages
J. J. Paschoud (Genève). 1816. In-8° , 96 p..
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LA FACTION CIVILE
DÉVOILÉE.
LA FACTION CIVILE
DÉVOILÉE.
AMNISTIE , CONSPIRATION , NAIN TRICOLORE ,
GUERRE CIVILE , LES DERNIERS EFFORTS DE
LA RÉVOLUTION ,
PAR GAVAND,
AUTEUR DES CRIMES DES FÉDÉRÉS.
Qu'on licencie la faction civile comme
on a licencié la faction militaire , et
tout Français sera dévoué à la Mo-
narchie légitime comme le premier
grenadier de la garde royale.
A GENEVE,
Chez J. J. PASCHOUD, Imprimeur - Libraire
rue Saint-Paul, N.° 26.
Juin 1816.
LES CRIMES
DES
DEUX FACTIONS.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
VERS la fin du mois de juin 1815 , des
dépêches télégraphiques annoncèrent à toute
la France que l'homme qui avait passé pour
le plus grand Capitaine du inondé, venait
de prouver qu'il ne fut pendant sa vie politi-
que que le plus immoral des Machiavélistes ,
et que toutes ses victoires devaient être at-
tribuées non à ses combinaisons savantes ;
mais au courage des Français aguerris par
vingt ans de combats , et à l'ineptie , ou à la
trahison dès généraux qui lui furent opposés.
Buonaparte faisant, écraser , à Waterloo ,
Une des plus belles armées qui aient jamais
existé, par ce même Général qui le 12 avril
1814 SOUS les murs de Toulouse, n'avait pu
vaincre à la tête de 80,000 hommes , le 10.e
de ligne (1) et quelques restes de l'armée
(1) Il faut remarquer à la louange de cet immortel
régiment, vrai modèle de fidélité, qu'il fut le dernier
A
( 2 )
d'Espagne , a lui - même dessillé les yeux de
ses, plus stupides admirateurs.
Tout prestige est enfin détruit, Buonaparte
est tout-à-fait mort au monde; il est moins
dangereux maintenant que le dernier des of-
ficiers retraités, et des fonctionnaires préva-
ricateurs. Il était aisé de prévoir la pitoyable
issue de son inconcevable tentative. Que l'on
se souvienne de ce que fut Buonaparte, le
20 mars , dans les mains de la faction : ne
se montra-t-il pas le plus soliveau des empe-
reurs , ne s'abaissa-t-il pas jusqu'à faire
amende honorable aux pieds de ces mêmes
jacobins qu'il eût pu faire, fusiller jusqu'à un.
seul, déux ans auparavant? A Grenoble, Buo-
naparte fit trembler tous les bons Français , à
Paris , il leur a fait pitié.
On a laissé ce fantôme d'empereur survi-
vre à sa gloire et à son autorité, parce qu'un
à défendre le drapeau blanc sous les ordres du héros
de la Drôme , comme il avait été le dernier à com-
battre pour Napoléon avant son abdication. Aussi sa
belle conduite lui a-t-elle valu le premier rang dans
ce,tte brave Garde Royale dont chaque soldat est
aujourd'hui une colonne inébranlable du trône des
Bourbons.
Qu'on licencie la faction civile, comme on a li-
cencié la faction militaire, et tout Français deviendra
aussi dévoué à la monarchie légitime que le premier
grenadier de la Garde Royale.
(3)
Monarque si puissant aujourd'hui, fut forcé
pour sauver ses états envahis par ce monstre
d'une espèce nouvelle, à renouveler le sacri-
fice que les Athéniens faisaient au Minotaure;
ou parce qu'il avait su contraindre le Chef de
l'Eglise que la terreur de son nom empêcha
d'apercevoir le sang qui dégouttait encore de
son manteau impérial, à mêler sur son front
impie l'huile sacrée à la sueur du crime.
Quand ce Corse aventurier , fuyant avec la
rapidité de l'éclair le champ de bataille où
venaient de s'éclipser les derniers rayons de sa
gloire, accourut annoncer le premier l'entière
destruction d'une armée, qui, dans un moment
de vertige , s'était livrée à lui, et demander
de nouvelles victimes, des hurlemens de rage
succédèrent aux cris de joie par lesquels une
populace hébétée et couverte de sang et de
boue avait célébré la prétendue" victoire de
Fleuras, qui ne fut que le prélude d'une dé-
faite.
M. Lanjuinais et sa Jacobinière ne mon-
trèrent pas moins d'extravagance ; cette cham-
bre de représentans du peuple souverain voulut
bien consentir à l'abdication de Buonaparte,
à condition qu'on la laisserait maîtresse de
choisir un gouvernement qui ne la forcerait
pas d'abdiquer elle-même. Il ne faut pas
s'étonner si l'on y traita de fou M. Maleville
fils , parce qu'il osa faire parler la vérité, et
A 2.
( 4)
indiquer le seul moyen qui pût sauver la
France de sa perte.
On est toujours traité de fou lorsqu'on
prêche la raison à des insensés , ou la fidélité
à des traîtres.
Ces dignes émules de Marat et de Robes-
pierre , de Barrère et de Bonnesoeur, au lieu
d'envoyer une députation à Louis-le-Désiré ,
pour le supplier d'être touché de leur repentir,
et d'arrêter sur les frontières par son inter-
cession , alors si puissante, ces coalisés qui
venaient dévorer leur patrie, décrétèrent que
tout Français en état de porter les armes
marcherait contre son Roi, malgré la nou-
velle abdication de Buonaparte. En faveur de
quel souverain prirent-ils cette mesure ridi-
cule ? Ils ne le savaient pas eux-mêmes; aussi
fabriquèrent-ils à la hâte un gouvernement
provisoire, comme ils voudraient qu'ils fus-
sens tous, pourvu qu'ils en fissent partie.
Quand on songe combien Lanjuinais et ses
frères et amis ont enterré de gouvernemens
provisoires depuis 25 ans , on s'effraie de les
voir siéger encore dans la première assemblée
du Royaume. On peut comparer tous ces
hommes de révolution, toujours maintenus,
malgré leur félonie, dans leurs emplois et
dans leurs biens illicites, à ces médecins en
vogue qui s'enrichissent en raison du grand
nombre de malades qu'ils tuent, parce que
(5)
tout le monde s'obstine à vouloir mourir de
leurs mains.
Pendant que l'on envoyait des légions de
députés contre des légions triomphantes, pour
proposer des conditions de paix que l'on était
sûr de voir rejeter, les armées Anglaise et
Prussienne avançaient sur Paris à marches
3
forcées. On tenta alors un dernier effort qui
ne tendait à rien moins qu'à faire mettre le
feu aux quatre coins de la France par une
populace enregimentée sous le nom de Corps
Francs, à qui l'on avait tout permis, sur-
tout contre les royalistes. On voulut essayer
de rendre la guerre nationale , lorsque tout
était fini ; Mouton-Duvernay en donna l'idée
à la chambre, par le mot de Vendées Pa-
triotiques , qui produisit tant d'effet alors
sur l'esprit de son auteur, qu'il a toujours
manifesté depuis l'envie de mettre son projet
à exécution. Mouton-Duvernay a bien pu faire
malgré lui l'éloge de la Vendée dans la Jaco-
binière de 1815 , mais Mouton - Duvernay
n'aurait jamais trouvé des hommes tels que
les Vendéens pour combattre sous ses ordres,
même depuis sa conversion apostolique. Mou-
ton-Duvernay répondait de Lyon et des dé-
partemens environnans ; il paraît que Mou-
ton-Duvernay n'en connaissait pas bien les
habitans , ou qu'il avait travaillé leur esprit ,
de manière: à en faire des adeptes.
( 6)
On prétendait rendre la guerre nationale,
et pour y parvenir , on nous proposait l'Es-
pagne pour modèle. Il fallait que les révo-
lutionnaires fussent bien étrangement aveu-,
glés , pour tirer avantage d'un crime dont
ils furent les abominables auteurs : il faut
avoir perdu le sens, pour vouloir faire naître
des vertus, en citant l'exemple de ses pro-
pres forfaits.
Comment ces brigands ne voyaient-ils pas
que le seul mot d'Espagne augmentait l'hor-
reur que nous avions pour eux et leur chef ?
L'Espagne a fait, cette guerre nationale qui
la rendra l'admiration de tons les siècles,
pour soutenir un Bourbon, son Roi légitime
que la trahison avait jeté dans les fers , et
pour repousser un usurpateur. Et l'on voulait
que nous fissions une guerre nationale pour
soutenir un usurpateur , un Corse, un tyran,
exécrable, et repousser un Roi légitime, un
père qui nous tendait les bras, et toute cette
auguste Famille des Bourbons, si intéressante
et presque miraculeuse par ses malheurs et ses
vertus, qui, ne se ressouvenant jamais que
de son amour, pour nous , est venue nous ar-
rêter deux fois sur les bords du précipice
creusé par le tigre de Moscou et ses adhérens.
C'est a ces misérables que nous devons tous
les maux qui nous accablent ; dans leur rage
impuissante, ils n'ont opposé au vainqueur
(7)
une résistance inutile, que pour nous perdre
encore davantage. ;
Ils ont fait, à l'approche de Louis-le-Désiré,
comme ce frénétique , qui, dans un dernier
accès de fièvre maligne, brise entre ses dents
les parois du vase contenant le breuvage qui
doit lui sauver la vie , et en avale les frag-
mens qui le tuent !
Ils ont provoqué l'invasion , pour punir les
Royalistes d'avoir aimé un Monarque que
l'on ne peut contempler sans être profondé-
ment ému, et sans le chérir davantage; et
d'avoir versé des larmes sur les malheurs de
la plus auguste Princesse du monde, de
l'héroïne de Bordeaux.
Toute la faction civile ne faisait pas partie
de la Jacobinière du comte DE LANJUINAIS ,
pair de France , auteur d'un écrit séditieux
sur la loi du 29 octobre 1815 , qu'il compare
à la loi des suspects, etc., etc. Plût à Dieu
qu'on eût pris, pour nous sauver, des mesures
aussi énergiques que celles que les hommes de
93 ont prises et prennent encore tous les jours
pour nous perdre! et Lanjuinais ne serait
point pair de France, non plus qu'un grand
nombre de ses complices.
La faction civile est répandue dans tout le
Royaume, elle n'a à Paris que ses principaux
chefs. Elle se compose de tous ces hommes
qui furent tour-à-tour conventionnels, mem-
(8)
bres du conseil des anciens, du directoire,
du conseil des cinq-cents, du corps législatif,
du sénat, de la chambre des pairs, de la
chambre des représentant, qui ont occupé et
ocoupent encore les places de directeurs , de
ministres, de conseillers d'état, de chambel-
lans, de préfets , de maîtres de requêtes , de
lieutenans de police, de présidens , de magis-
trats , de juges , de maires , d'adjoints , de
receveur généraux et particuliers; qui for-
ment, pour ainsi dire, le domestique des divers
gouvernemens provisoires qui se sont succédés
depuis la révolution; qui n'ont toujours voulu
que Je bien de la France, pour faire leur for-
tune particulière ; qui peuvent être comparés
à ces animaux familiers, emblèmes de la per-
fidie , que l'on ne voit jamais sortir de là
maison, quoiqu'elle change de propriétaire ;
qui, lors de la première restauration, ont.
dit à Louis XVIII ; c'est à nous que vous,
devez la couronne ; Buonaparte est tombé
parce que nous l'avons trahi, parce que
nous lui avons fait prendre de fausses mesures;
parce que nous l'avons engagé dans des expé-
ditions extravagantes , parce que nous lui
avons conseillé tous, les crimes qui le vouent
à l'exécration de la postérité ; qui ont dit à
Buonaparte, le 20 mars: Louis XVIII ne
serait jamais descendu du trône, si nous ne
l'avions pas trahi ». si nous ne lui avions pas
(9)
fait prendre un chemin tout-à-fait opposé à
la véritable route ; qui ont encore l'audace
de tenir le même langage au meilleur des
Rois depuis la nouvelle restauration ; qui le
tiendraient au grand Mogol, s'il venait le
détrôner; qui n'ont jamais prêté serment de
fidélité qu'à leurs places, abstraction faite du
gouvernement et de son chef; qui ont tou-
jours trahi tout le monde, sans se trahir eux-
mêmes , parce qu'on a la bonté de se con-
tenter de leur justification , de leur accorder
tout ce qu'ils demandent, et de leur fournir
sans cesse les moyens de trahir jusqu'à leur
dernier soupir , que tous les bons Français
désirent ardemment, sans pouvoir l'obtenir du
Ciel courroucé ! ! ! !
Louis XVIII arrivait enfin à Paris , on ren-
voyait à des temps plus prospères l'exécution
des vendées patriotiques. Lyon, cette Sarra-
gosse, ce boulevard, ce palladium de liberté,
hérissé de bouches à feu et de redoutes , se
rendait à 20,000 Autrichiens , parce que la
levée en masse des fédérés, n'avait produit
qu'un effectif de vingt hommes. La faction
militaire, l'armée révolutionnaire impériale
se retirait derrière la Loire, pour attendre le
châtiment qu'elle avait si bien mérité.
Pendant que les choses se passaient ainsi,
sans une guerre nationale que les fédérés
étaient trop lâches pour entreprendre, les
( 10 )
membres de la faction civile , mille fois plus
coupables que ceux de la faction militaire,
attendaient à Paris de pied ferme , ce Roi
qu'ils avaient trahi, mais dont ils connais-
saient trop bien l'inépuisable bonté pour le
craindre ; l'armée avait eu la franchise de se
rendre justice ; ils payèrent d'effronterie, ils
avaient préparé leur justification ; ce fut
pour eux un badinage de prouver à Louis-le-
Désiré qu'ils l'avaient servi en le trahissant,
et qu'ils avaient, comme les Parthes, combattu
en fuyant. Tous avaient prêté serment de
fidélité à l'usurpateur, avaient reçu de lui des
places et des récompenses , avaient assisté au
champ de mai, avaient commis autant qu'il
était en eux, en signant l'article 67 de l'acte
additionnel, ce crime que la chambre immor-
telle des députés de 1816, a considéré comme
un nouveau régicide : tous s'excusèrent en
disant qu'ils n'avaient agi ainsi que pour
sauver la France ; apparemment qu'ils pen-
saient qu'elle ne pourrait subsister sans eux :
car , il n'y a pas de milieu, si tous ces crimes
étaient nécessaires pour sauver la France,
ceux qui ne les ont pas commis l'ont perdue.
On peut la faire d'une autre manière, leur
justification : voilà quel a été le mobile de
toutes leurs sactions. Lorsque Buonaparte arriva
à Lyon, des officiers à demi-solde, des fonc-
tionnaires publics, des magistrats et des juges
qui étaient encore chancelans, firent tout
haut ce raisonnement : « Buonaparte arrive
» environné de terreur ; si nous refusons de
" suivre son parti, et qu'il triomphe, nous
» sommes destitués, nous perdons nos places
» pour toujours, sans espoir de retour ; si
» Louis XVIII triomphe, au contraire, il nous
» pardonnera ; il est si bon , qu'il ne pourra
» jamais prendre la mesure rigoureuse d'ôter
» les emplois à des traîtres, pour les donner
» à ses enfans. Prenons donc le parti le plus
» sûr ; avec Buonaparte il y a tout à gagner
" ou tout à perdre ; avec Louis XVIII, il n'y
» a rien à perdre, quoiqu'il arrive. »
Telle fut la règle de conduite de la faction
militaire, telle a été celle de la faction civile.
Pourtant ces deux factions ont été traitées
d'une manière tout-à-fait différente. L'une est
complettement licenciée, jusuqe à l'école po-
litechnique; l'autre ne l'est pas du tout. Com-
ment arrive-t-il qu'on ne puisse faire un acte
de justice sans commettre une injustice , et
qu'on ait eu l'ineptie, ou plutôt la mauvaise
foi de ne pas prendre contre une faction la
même mesure qu'on a prise contre l'autre ? Ce
sont les plus coupables que l'on traite avec le
plus d'indulgence ; sans la faction civile ,
l'armée serait restée fidelle.
Cela tient personnellement aux hommes
que l'on charge de sauver la France. Le duc
( 12 )
de Feltre n'a jamais trahi personne, pas plus
Buonaparte que Louis XVIII; il a demandé
à devenir le ministre de la guerre du Roi de
France, lorsque ce Roi n'avait plus ni royaume,
ni armée, pour lui en composer une de volon-
taires royaux. Les émigrés de 1790 étaient
en petit nombre et glacés par les ans; le duc
de Feltre a créé les émigrés de 1815, pour les
remplacer. Aussi chaque soldat de l'armée
royale , et tous les bons Français l'appellent-
ils le sauveur du Roi et de la France. Honneur
au dévouement et au génie de ce grand
homme , qui a su enrégimenter des chevaliers
Français, au milieu du peuple le plus corrompu
de l'univers, et malgré les auteurs de cette
corruption, encore tout puissans. Royalistes,
après les Bourbons, le duc de Feltre doit
occuper la première place dans votre coeur ;
on s'était trompé, il ne fallut qu'un Sully à?
Henri.IV! ....
Si le ministère de la guerre, au lieu d'être
confié au duc de Feltre et à M. Tabarié , était
resté sous la main de la faction civile, nous
n'aurions pas vu reparaître sur la bannière des
Lis , cette immortelle profession de foi qui
n'est jamais sortie du coeur des Vendéens.
Meurs pour ton Dieu, ton Roi, la patrie et l'honneur.
La faction civile, maîtresse de l'armée
comme auparavant, aurait encore souillé ce
noble étendard de son infernale devise :
( 13 )
Amnistie aux forfaits , et guerre à la vertu.
Des hommes tels que les membres de la
faction civile devaient tout au plus espérer
un pardon. Eh bien ! on le croira, quand on
l'aura prouvé, et nos derniers neveux l'ap-
prendront avec un étonnement mêlé d'indi-
gnation; ils ont si bien su s'y prendre pour
faire constamment trouver l'intrigue, et la
trahison devant le mérite et la fidélité; ils ont
été si bien protégés , que non - seulement ils
n'ont pas eu besoin de pardon, mais qu'on
leur a laissé toutes leurs places, ou, par forme
de récompense , on les a destitués dans une
administration ou dans une ville, pour les
placer dans une autre, avec des avantages
deux fois plus considérables ; comme si la
trahison et la fidélité étaient locales , et qu'un
homme traître à Lyon pût devenir à Paris
un serviteur fidelle.
La faction civile sait si bien s'emparer d'un
ministère , aussitôt qu'il échappe des mains
d'un de ces membres démasqués , qu'elle n'a
pas encore perdu un seul emploi. Et toutes
les fois que nos députés ont parlé de la licen-
cier, on a fait tomber le sort sur des royalis-
tes , sous prétexte qu'ils avaient été dénoncés
comme fédérés. Ces dénonciations se fabri-
quent dans les bureaux, à prix débattu. Comme
en 1814, les épurations se font presque toutes
( 14 )
à contre-sens, sur- tout dans les départemens
qui en ont le plus besoin.
Pendant que des chefs de fédérés , ou des
conseillers de l'usurpateur occupent toutes les
places, des hommes de mérite qui se sont
dévoués jusqu'à la mort, gémissent dans
l'oubli et la misère, en attendant qu'il s'offre
une nouvelle occasion de se dévouer et de
mourir pour leur Roi, puisque la faction
civile ne veut pas que les Royalistes puissent
lui être utiles d'une autre manière, et qu'il
est décidé qu'elle occupera constamment les
places, et ne leur laissera que les dangers
pour partage.
On pourrait faire l'histoire de nos jours avec
une allégorie.
Qu'on se figure la vertu nue, transie de
froid , mourant de faim , tendant une main
défaillante, et demandant du pain au crime
couvert de ses propres dépouilles, assis fière-
ment sur les degrés du trône d'un monarque,
dépouillé comme elle, que ce monstre a deux
fois renversé, et qu'il est prêt à renverser
encore, pour doubler ses trésors: il demeure
sourd à sa prière, elle n'obtient rien, elle s'ar-
rache à ce spectacle d'horreur, et va mourir
de désespoir d'être venue chercher un refus
flétrissant.
Ceux qui trouveront ces pensées trop éner-
giques, apprendront qu'il faut toujours pro-
( 15 )
portionner la force de l'antidote à la force du
poison.
Il fallait pourtant désigner quelques cou-
pables ; une révolution telle que celle du 20
mars, n'avait pas pu s'opérer sans le concours
d'un grand nombre d'individus.
Les Nestors vénérables de la faction civile
furent chargés d'en faire une liste ; ils eurent
soin de les prendre à-peu-près tous dans l'armée,
et parmi ses chefs les plus obscurs, en qualité
de frères et amis des maréchaux, qui avaient
le plus trempé dans le complot. Ils mirent
le nom de Débelle à la place de celui de
Masséna.
Il était écrit qu'il ne tomberait pas un che-
veu de la tête d'un membre de la faction
civile; le nom d'un seul avait été placé par
mégarde dans la liste des traîtres à juger; il
faut qu'il y ait eu quelque inimitié particulière
entre les rédacteurs de la liste et Lavalette,
ou que l'on fût déjà sûr de le sauver, pour
avoir ainsi exposé sa vie.
(16)
L'A M N I S T I E.
L'ORDONNANCE du Roi, qui accompa-
gnait la liste des coupables, laissait un point
indécis ; elle donnait à la nation la faculté
d'accuser ses bourreaux par l'organe de ses
députés. Ce coup d'état nécessitait une
amnistie ; elle fut rédigée avec le ménage-
ment qui caractérise toutes les mesures que
le Gouvernement a prises jusqu'à ce jour
contre les auteurs de l'épouvantable catas-
trophe qui a menacé la France du sort de la
Pologne, parce qu'elles furent toujours dictées
par leurs complices.
On avait en quelque façon interdit par la
loi même de l'amnistie, le droit d'amendement
que la Charte accorde aux deux chambres.
La discussion de l'amnistie devait décider
de la perte ou du salut de la France ; on s'y
est pris de façon que ce problême est encore
à résoudre.
Cependant, on a vu le génie du bien obte-
nir pour la première fois, depuis la révolution,
quelques avantages sur le génie du mal; mais
avec des efforts si inouis de part et d'autre,
que la victoire a été presqu'aussi funeste au
vainqueur qu'au vaincu.
La chambre des députés a ses Châteaubriant
et ses Lally-Tolendal aussi bien que la cham-
bre
( 17 )
bre des Pairs; les Labourdonnaie et les Bonald
ont parlé le langage dé la vertu et de l'hor-
reur du crime, avec la fermeté de Caton et
l'éloquence de Démosthène. On a sur-tout
remarqué les orateurs de la Vendée et du Midi
qui ont juré de sauver la France dans tout
le Royaume, comme ils l'ont sauvée dans
leurs provinces.
Le rapport de la commission , son projet,
ses amendemens , les opinions qui furent
émises pour les soutenir, fixèrent les suffrages
de tous les bons Français, ils y voyaient le salut
de la patrie.
La faction civile se crut perdue , elle ac-
courut en masse à la chambre des députés ;
et là, par l'organe de ses commissaires députés
eux-mêmes, elle défendit ses prérogatives au
nom du Roi avec son hypocrisie accoutumée.
On vit arriver ses coryphées, éperdus comme
une lionne à qui l'on vient d'enlever ses
lionceaux, armés du testament de Louis XVL
dont ils ne rougissent pas de se faire un titre,
après avoir été les auteurs, ou les complices
de sa mort, comme ils voulaient nous faire
entreprendre une guerre nationale , en nous
citant l'exemple de l'Espagne. On les entendit
la bouche pleine de la clémence d'Henri IV,
doux, mielleux, modérés, suplians même, parler
les larmes aux yeux, de la clémence de Louis-le-
Désiré. Ces histrions politiques sont si habitués
( 8 )
aux tréteaux révolutionnaires; ils savent si bien
parler de modération, quand ils sont vaincus,
ou lorsqu'on leur déclare la guerre , et qu'ils
ne se sentent pas la force de la soutenir.
Ils n'ont jamais parlé de clémence que
lorsqu'ils en ont eu besoin pour eux-mêmes ;
ils citent la clémence d'Henri IV, l'idole des
Français ; ils ne savent donc pas qu'avant
de proposer un exemple pour modèle, il faut
avoir fait un parallèle : ce qui pouvait conve-
nir à Henri IV, ne convient pas à Louis XVIII.
Les exemples ne peuvent jamais être rigou-
reusement suivis, sur-tout en politique, parce
que les circonstances ne sont jamais exacte-
ment les mêmes.
Henri IV, que l'on a voulu que notre ban
Roi prît pour modèle dans l'amnistie qu'il a
accordée aux coupables , n'avait pas vu im-
moler son frère par la main du bourreau ,
Henri IV n'avait pas été exilé de la France
pendant 2,5 ans ; il avait toujours combattu
dans son royaume à la tête d'une armée fran-
çaise. La ligue n'avait pas proscrit toute sa
famille; au contraire, elle avait choisi un
Bourbon pour son Roi ; elle n'avait pas mé-
connu le dogme politique, de l'hérédité et de
la légitimité, non plus que cette loi salique
qui est le fondement de la monarchie fran-
caise; Henri IV n'avait pas encore régné, il
n'avait pas été encore renversé de son trône,
après y être remonté.
(l9)
Et quand même la ligue aurait été aussi
coupable que les révolutionnaires de nos jours,
l'exemple d'Henri IV n'est pas exempt de graves
objections.
Henri IV combla de biens les ligueurs, et
ce sont les ligueurs qui l'ont assassiné; n'est-
ce pas la main d'un ligueur assis à ses côtés
dans sa propre voiture, qui dirigea sur son
coeur le poignard dé Ravaillac ? N'est-ce pas
à sa préférence pour les ligueurs qu'il dut la
trahison et le supplice forcé dé son meilleur
ami, de son brave compagnon d'armes, de
celui qui partagea avec lui les lauriers de la
journée d'Ivri? La mort du malheureux Biron,
entraîné dans une conspiration tramée peut-
être par le dévouement mécontenté par l'ou-
bli de ses services, n'empoisonna-t-elle le reste
de la vie du moderne Titus ?.....
Avec ce systême de clémence pour les uns
et d'oubli pour les autres, jamais on ne fait
des amis de ses ennemis , et souvent on se
fait des ennemis de ses amis.
Sont-ils plus fondés, ces hommes dont le
dévouement est pour le moins équivoque, à
venir le testament de Louis X VI à là main,
demander à nos députés l'impunité des assas-
sins de notre Roi? Quoi! ils se font un titre
de justification de la pièce même qui aggrave
leur crime? S'ensuit-il de ce que Louis XVI
a pardonné sa mort à ses bourreaux, que tout
le monde doit leur pardonner ? B 2,
( 20 )
Supposons encore que le testament de
Louis XVI soit pour tous les Français une loi
aussi inviolable que cette Charte constitution-
nelle qu'ils invoquent aujourd'hui, après l'avoir
foulée aux pieds, en signant tous celle de
l'usurpateur qui l'abrogeait. Louis-le-Désiré
ne l'avait-il pas religieusement exécuté à
Saint-Ouen , le 2 mai 1814? N'avait-il pas
porté la clémence et la bonté jusqu'à pardon-
ner aux meurtriers de son propre frère ? Ne les
avait-il pas accueillis comme ses autres enfans?
Ne les avait-il pas comblés de biens comme
un père ? Qu'a produit ce pardon, qu'ont pro-
duit ces bienfaits?Ils ont encouragé le crime,
ceux qui en ont été l'objet, ont puni le
meilleur des Rois de ne les avoir pas punis.
Que prétendent-ils nous prouver ces monstres
par le testament de Louis XVI? qu'y voit-on?
Le dernier voeu du juste expirant qui prie
pour ses bourreaux , et qui veut ainsi imiter
jusqu'au dernier soupir son divin Maître dans
le sein de qui son amé est prête à s'élancer.
Le testament de Louis peint toute la beauté
de l'ame de ce Roi, martyr de sa bonté, qui
a voulu pratiquer l'évangile jusqu'à la mort.
Mais, croit-on que si Louis XVI pouvait sortir
du tombeau, pour régner encore sur la France,
et qu'après avoir exécuté une première fois
son propre testament, il vît que ce pardon
n'ait fait que compromettre le salut de son
(21)
peuple chéri, et que les factieux eussent
encore pris sa bonté pour de la faiblesse , il
voulût l'exécuter une seconde fois, et employer
les mêmes moyens, pour amener les mêmes
résultats? Non, il punirait, ou quitterait sa
couronné pour toujours.
Continuons, prenons la Divinité pour mo-
dèle, comparons le testament de Louis XVI
à celui que fit sur la croix le fils du Roi des
Rois; il mourut aussi en priant pour ses
bourreaux. O mon Père, s'écria-t-il, au plus
fort de sa douleur , pardonnez-leur, parce
qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Voilà le
deriner effort du FIls de l'Eternel expriant.
Ce mot seul aurait suffi pour prouver la divi-
nité de Jésus-Christ.
Cette prière du fils de Dieu a-t-elle été
exaucée par son Père ? non, parce qu'il faut'
que la justice ait son cours ; les Juifs portent
encore la peine de leur déicide.
Les meurtriers de Louis XVI savaient bien
ce qu'ils faisaient, ils étaient prêts à commet-
tre le même crime au mois de mars 1815, si
Louis XVIII ne leur eût pas échappé.
Si Dieu n'a pas voulu pardonner un crime
nécessaire à la rédemption du genre humain,
à la prière de son fils, s'il en poursuit les
auteurs jusques dans leurs derniers neveux ;
que doit faire un roi qui est l'image de Dieu
sur la terre ? doit-il se croire plus sage que Dieu
lui-même?
( 22 )
Déjà l'on entend crier au fanatisme cette
bande d'apostats, d'athées, de matérialistes,
d'apôtres de la philosophie moderne, qui nous
gouvernent et qui ne doivent leur élévation.
qu'à l'abjuration qu'ils ont faite à la face de
tout l'univers, de tous les principes moraux,
et religieux: parce que la morale et la reli-
gion les fatiguent, et que leur premier prin-
cipe fut toujours de n'en avoir aucun.
Qu'ils se taisent, on va leur citer, pour les
contenter, ce politique profond qui fut leur
maître à tous, et dont Buonaparte, leur chef
suprême, a fait profession d'être l'écolier
toute sa vie. Qu'ils rouvrent le livre du prince
de Machiavel, et qu'ils y relisent ce qu'il a
dit aux Rois nouvellement rétablis sur le
Trône, touchant la cruauté et la clémence,
et sur la question de savoir s'il vaut mieux
être aimé que craint.
" J'avoue que tous le Princes doivent
" désirer d'avoir le renom de clémence, mais
" aussi ils doivent prendre garde à l'usage
" qu'ils font de cette vertu. César Borgia
" passait pour cruel, et néanmoins sa cruauté
avait réuni, pacifié et réformé toute la
Romagne; et cela bien considéré, l'on avoue
» qu'il a égé beaucoup plus clément que le
» prince de Florence, qui, pour éviter le
»reproche de cruel, laissa détruire Pistoie.
" Quand il s'agit de contenir des sujets
» dans le devoir , le prince ne doit point se
» soucier du reproche de cruauté, d'autant
» qu'à la fin il se trouve qu'il aura été plus
" humain, en punissant de mort quelques
» brouillons, que ceux qui par trop d'indul-
" gence , laissent arriver dès désordres , d'où
» naissent des massacres et des saccagemens ;
» car ces tumultes bouleversent toute une
» ville, au' lieir que les punitions que le
» prince fait, ne tombent que sur quelques
» particuliers.
» Au reste, il est imposible qu'un prince
» nouveau , s'exempte d'être cruel , toute
» domination nouvelle étant pleine de dan-
» gers , comme Virgile le fait dire à Didon
» dans l'Enéide :
" Res dura et regni novitas me talia cogunt.
» Les circonstances difficiles, et la nou-
» veauté de mon Empire, me forcent a prendre
» de semblables mesurés.
» À ce propos , dit encore Machiavel, il
» est question de savoir lequel vaut le mieux
» d'être aimé ou d'être craint ; je reponds
» qu'il faudrait être l'un et l'autre. Mais
» d'autant que cela est difficile, et que par
» conséquent il faut choisir, il est plus sûr
» d'être craint. Car il est vrai de dire que tous
» les hommes sont ingrats , inconstans, des-
» simulés , timides , intéressés ; tandis que
( 24 )
» tu leur fais du bien, et que tu n'as pas
» besoin d'eux; ils t'offrent leurs biens, leurs
» vies et leurs enfans, et tout est à toi; mais
» quand la fortune te tourne le dos, ils te le
» tournent aussi ; et tu péris pour avoir fait
» fonds sur leurs paroles , et n'avoir, pas pris
» de meilleures assurances.
» Car ceux que l'on gagne à force de bien-
» faits, et non par une vraie grandeur de cou-
» rage , l'on mérite plutôt de les avoir pour
» amis qu'on ne les a, et par conséquent on
» ne saurait compter sur eux dans le besoin.
» Outre que les hommes craignent moins
» d'offenser celui qui se fait aimer que celui
» qui se fait craindre ; parce que l'amour
» n'est retenu que par un certain lien de bien-
» séance, que les hommes qui sont tous mé-
» chans , rompent toutes les fois qu'ils trou-
» vent leur avantage ailleurs ; au lieu que
» la crainte est entretenue par la peur de la
» peine qui ne cesse jamais. »
Le livre de Machiavel renferme encore sur
le même sujet une sentence, plus frappante,
que tout ce que l'on vient de lire.
» Il y a si loin, dit-il, de la manière dont,.
» on vit, à la manière dont on devrait vivre,
» que celui qui laisse ce qui se fait, pour ce
» qui se devrait faire, cherche à se perdre
» plutôt qu'à se conserver; et par conséquent,
» il faut qu'un homme qui veut faire profes-
(25)
» sion d'être tout- à-fait bon, parmi tant
» d'autres qui ne le sont pas, périsse tôt ou
» tard. »
Les commissaires extraordinaires de Buo-
naparte, et leurs confrères en révolution,
qui ne l'ont pas été, vont crier au machia-
vélisme. N'est-il pas abominable, en effet, de
dévoiler les secrets de leur politique à tout le
monde, et de citer sous le règne d'un Roi
légitime le code des tyrans, le livre avec
lequel ils ont gouverné la France pendant
25 ans ?
A les entendre , ils sont les honnêtes gens
de la révolution, ils en sont les victimes, quoi-;
que leurs fortunes qui étaient alors incalcu-
lables , se soient augmentées de plusieurs
millions; si la théorie des idées libérales
n'avait été mise en pratique que par eux, elle
aurait fait merveille. Tournons contr'eux ce
fameux argument.
Le livre de Machiavel est un ouvrage plein
de génie et d'excellens principes sur le gou-
vernement : on peut le comparer à un glaive
acéré, tout dépend des mains dans lesquelles
il sera placé; tant qu'il a été dans leurs mains
et dans, celles de Buonaparte , ils ne s'en sont
servis que pour assassiner la patrie, et s'enri-
chir de ses dépouilles; qu'on le place mainte-
nant dans les mains de notre Roi légitime et
de ses sujets ridelles, ils ne s'en serviront que
(26)
pour la sauver, et réduire la faction civile à
l'impuissance de la mettre encore une fois à
deux doigts de sa perte.
Oui, si le Roi et les Royalistes n'opposent
pas aux efforts continules des révolutionnai-
res, une force et un courage qui mettent fin
pour toujours à cette étrange lutte, où les
vaincus font paraître plus d'insolence et d'au-
dace que les vainqueurs, même après la vic-
toire, on ne pourra pas plus dire que la
France est sauvée aujourd'hui, qu'on ne pou-
vait le dire avant l'affaire de Grenoble.
Si Machiavel paraît si redoutable à ces
hommes qui veulent être seuls Machiavélis-
tes, qu'ils lisent dans cet écrivain, aussi pro-
fond que!vertueux, qui certes n'aimait pas
la tyrannie, ce qu'il dit d'un prince et d'un
gouvernement nouveau ; il eh parle à-peu-
près de même que Machiavel, à la diffé-
rence près qu'il ne fait que peindre les dan-
gers, sans donner des préceptes, pour les
prévenir.
«Tout prince nouveau, dit Tacite, est
» chancelant , et exposé à mille accidens
" fâcheux. Novum et nutantem principem,
ad omnes principatûs non eventus, ca-
» susve. "
Il ajoute plus loin: "L'on se soulève sou-
» vent contre le prince nouveau , quoique
" même il n'en donne pas le sujet, seulement
( 27 )
» parce que le changement du prince donne
» une plus belle occasion d'exciter des sé-
» ditions, et fait concevoir aux factieux l'es-
» pérance de faire mieux leurs, affaires dans
» une guerre civile. » ( Telle était celle de
Didier, commissaire de la faction civile. )
« Seditio incessit, nullis novis causis, nisi
» quod princeps mutatus licentiam turbarum,
» et ex civili bello spem proemiorum osten-
». debat. »
Mais, pour faire cesser les récriminations
de ces histrions politiques, qui dans le même
jour, font les dévots en présence d'un Roi
très-chrétien, et vont chanter ensuite avec
leurs frères et amis les litanies dégoûtantes
du matérialisme, et les empêcher de récuser
anssi Tacite comme auteur payer, comme
ne parlant pas d'un Roi légitime ; (Louis XVI
n'était-il pas un Roi légitime ? Ne l'ont-il
suivant eux légalement; assassiné ?) ouvrons
encore le code, de Jésus-Christ, l'évangile ,
ce livre immortel, où les faits sont mêlés
aux préceptes avec un ordre si admirable ,
qu'un coryphée de, la philosophie) moderne
n'a pas pu s'empêcher de dire en en faisant
l'éloge, qu'il ne pouvait être l'ouvrage des
hommes : citons encore un des dogmes les
plus terribles, qui y soient contenus le juge-
ment dernier.
Comparons la première restauration à la
( 28 )
vie de l'homme sur la terre, à ce temps
d'épreuve que Dieu lui accorde pour mériter
le ciel, ou l'enfer. Quel usage en ont fait les
révolutionnaires de ce temps d'épreuve ? né
leur avait-on pas confié la France et son
Roi ? ne les avait-on pas revêtus de l'apos-
tolat comme Judas Iscariote ? ne l'ont-il pas
imité en tout point, excepté dans ses remords
et dans son désespoir, dont de pareils hom-
mes né sont pas même susceptibles?
La nouvelle restauration est arrivée, et avec
elle le jugement dernier : voilà le moment de
les faire comparaître enfin devant le tribunal de
ce. Roi qu'ils ont trahi , et qu'ils trahissent en-
core , aprèsun nouveau pardon. Il faut mainte-
nant séparer de l'ivraie le bon grain , pla-
cer les bons à droite et les méchans a
gauche , et les jeter dans ce lieu où il y
aura des pleurs et des grincemens de dents ;
ou du moins les mettre hors d'état de ren-
verser encore ce trône des Bourbons qu'ils
n'abhorrent que parce qu'il est légitime.
Qu'on suive contre eux les lois divines, si
l'on ne veut pas suivre les lois humaines ;
la Divinité peut être prise pour modèle dans
tous les temps et dans toutes les circons-
tances ; parce qu'un Roi pourra dire au sou-
verain juge y lorsqu'il lui rendra compte de
ses actions comme les autres hommes : grand
Dieu, je vous ai pris pour guide, j'ai suivi
( 29 )
Votre loi, j'ai récompensé les bons , et puni
les méchans.
Voilà ce que la chambre des députés vou-
lait faire : les. deux, principaux amendemens
de l'amnistie furent l'expulsion des régicides
qui avaient accepté des places de Buonaparte
en 1815; une indemnité qui devait être prise sur
leurs biens, pour être appliquée aux frais de la
guerre qui était leur ouvrage; et enfin l'examen
de la conduite de tous les fonctionnaires publics
qui avaient accepté ou conservé des places sous
Buonaparte. Ces deux amendemens étaient
d'une modération et d'une sagesse infinies :
ils furent rejetés par le parti ministériel qui
s'est formé dans la chambre pendant cette
discussion, grace aux intrigues, aux pro-
messes et aux menaces de la faction civile.
Honneur à ces mandataires fidelles qui se
sont montrés dignes de nous gouverner par
leur fermeté et leurs lumières, comme ils
ont pris sur eux toute la responsabilité, et
que leurs têtes sont proscrites d'avance par
les factieux ; c'est parmi eux qu'on devait
choisir des ministres dévoués comme le duc
de Feltre.
Quelles sont les objections que la faction
civile a fait faire à ces amendemens par ses
commissaires? elles sont si misérables et si
vagues, qu'on ne les aurait jamais citées,
si l'on ne s'était pas imposé la tâche de dé-
masquer et de livrer au mépris des Français,
(30)
cette faction toujours toute-puissante , quoi-
que vaincue en apparence. Qu'importe que
nous portions la cocarde blanche, si le gou-
vernement est tricolore ! . ...
C'est vraiment la l'hydre aux cent têtes tou-
jours renaissantes ; c'est vraiment là ce Pro-
thée qu'on ne pouvait saisir , à cause de ses
métamorphoses; ce sont vraiment là les écu-
ries d'Augias qui ne pouvaient être nétoyées
que par les bras d'Hercule ; c'est vraiment là
ce noeud gordien qui se resserre toujours da-
vantage , à mesure que l'on fait des efforts
pour le dénouer , et qu'il faudra absolument
couper comme Alexandre.
Avant d'examiner toutes ces objections, il
faut les reproduire dans toute leur force , et
faire parler les personnages chargés de les
présenter.
Paraissez, Royer-Collard, créature de l'ora-
toire et de Fouché ; paraissez, De Serre, digne
protégé de Barbé-Marbois. Il faut vous ren-
dre justice , M. De Serre , si vous avez reçu
quelques faveurs de votre protecteur, vous les
avez bien méritées. Toute la France se sou-
viendra que quand il s'est agi de renvoyer le
mémoire des Marseillais contre Massena, au
ministre de la guerre, vous ne craignîtes pas
d'élever la voix, et d'affirmer en votre ame
et conscience, que c'était plutôt le cas de le
renvoyer au ministre dé: la justice.
Qu'avez-vous dit à la chambre des députés
( 31 )
pour l'empêcher de sauver la France tout
d'un coup ?
Passez le premier, M. Royer-Collard, vous
êtes le doyen de la faculté des lettres.
Non, M. Royer-Collard , la chambre des
députés ne voulait pas altérer la mesure de
tranquillité intérieure prise par Sa Majesté ;
elle voulait au contraire la rendre complette,
pleine et entière; la chambre des députés ne
voulait point de demi- mesures contre des
hommes qui n'en prirent jamais contre nous;
sans vous et vos frères et amis de la faction
civile , elle n'aurait pas eu besoin d'une se-
conde session , pour sauver la France , et se
sauver elle-même.
Quoi ! vous montez à la tribune des man-
dataires de la nation , et vous osez renforcer
vos argumens, ou plutôt les puiser tout entiers
dans un appel à l'Europe et à la postérité ? il
me semble entendre encore ce maréchal que
je ne nommerai plus, parce qu'il appartient dé-
sormais à l'éternité , essayer de repousser par
une semblable menace une condamnation
capitale prononcée contre lui par la France
entière. Auriez-vous deviné par hasard, M.
Royer-Collard , que le second amendement
vous faisait votre procès ?
Il faut remarquer que depuis la circulaire
de Fouché, ministre de la police , jusques et
y. comprit les proclamations de certains pré*
( 32 )
fets , tous les actes de la faction des endor-
meurs sont pleins de menaces contre les bons
citoyens, ét d'encouragemens pour les factieux.
Ne dirait-on pas que les puissances étrangères
après avoir combattu pour la légitimité con-
tre l'usurpation , leur ont donné parole de
combattre pour l'usurpation contre la légi-
timité ?
De quel droit un Français prétend-il in-
fluencer les décisions d'une assemblée qui re-
présente si dignement la nation, en la mena-
çant des puissances étrangères ! Quant à la
postérité, ce dernier appel tombe de lui-
même , le nom de M. Royer-Collard n'y ar-
rivera que pêle-mêle avec ceux de tous les
membres de la faction civile.
M. Royer-Collard , c'est quand vous avez
prêté serment de fidélité à l'usurpateur au
mois d'avril 1815, ; qu'il fallait penser à l'Eu-
rope et à la postérité.
- Voilà une accusation grave, et vous auriez
droit de rendre plainte en calomnie , si l'on
ne copiait passes journaux de l'empire des
18 et 19 mai 1815, par lesquels vous êtes
atteint et convaincu de faire partie de la
faction civile.
« M. Royer-Collard, professeur de philo-
" sophie, à l'école normale, a prêté serment
» d'obéissance aux constitutions de l'empire
» et de fidélité à l'empereur , en sa qualité
de
(53)
» de doyen de la faculté des lettres ; il a, le
» premier des professeurs de l'école normale,
» prêté ce serment ; M. Royer-Collard l'a fait
» précéder d'un discours, où , exprimant ses
» sentimens de dévouement à sa majesté , il
». a développé des principes propres à faire
» une grande impression sur tous ses collè-
» gues, qui ont immédiatement suivi son
» exemple. »
Passons à votre lettre du 19, M. Royer-
Collard, sauf à y joindre le commentaire
qu'elle mérite.
AU RÉDACTEUR,
Monsieur,
« Je viens de lire dans votre journal de ce
» matin qu'il y a environ un mois , à l'occa-
» sion de la PRESTATION DU SERMENT VOULU
» PAR LA LOI, j'ai prononcé en présence de
» la faculté des lettres, dont j'ai l'honneur
» d'être doyen, un discours , où , exprimant
» mes sentimens de dévouement à sa majesté,
» j'ai développé des principes propres à faire
" une grande impression sur tous mes collè-
» gues. La vérité m'oblige de déclarer que je
» n'ai prononcé aucun discours dans cette
" circonstance. "
J'ai l'honneur , etc.
( 34)
Voilà le texte, raisons le commentaire.
Justifiez-vous, M. Royer-Collard , et soyez
de bonne foi. Vous n'avez péché que par
pensée , par parole, par action, et par omis-
sion, ou plutôt par oubli, quand vous avez
prêté ce serment provisoire voulu par la loi ;
car vous et lés vôtres ne faites jamais rien
que provisoirement, ce qui veut dire, en at-
tendant mieux, ou jusqu'à nouvel ordre ; vous
en avez bien eu la pensée , mais vous n'avez
porté la parole, et vous n'avez fait cette
action que pour avoir oublié, ou omis de
vous rappeler que vous aviez juré un an au-
paravant, problablement aussi jusqu'à nou-
vel ordre , ( sur ce point, vous et vos frères
et amis, donneriez des leçons a Escobard
lui-même , ) le maintien de cette charte cons-
titutionnelle, pour laquelle vous professez
encore aujourd'hui, en tant qu'elle profite à
la faction civile, les sentiments d'un vrai-
croyant, après avoir signé l'acte additionnel
du Buonaparte, en tant qu'il excluait les
Bourbons du trône, même après l'extinction
de la race du héros de Waterloo,
Il serait bien permis de douter de votre
orthodoxie, en ce qui touche la charte ; car
votre docilite à signer toutes les constitutions
du monde, à prêter tous les sermens exigés
par la loi, prouve que vous n'avez réellement
foi qu'à un gouvernement assez ferme, sinon
( 35 )
pour s'en passer, du moins pour les faire
oublier ; et vous iriez peut-être jusqu'à dire, s'il
y avait quelque place à gagner, que le corps
politique comme le corps humain le mieux
constitué, est celui qui digère, et fait toutes
ses fonctions animales sans ordonnance de
médecin.
Mais ne parlons pas de ce que vous pensez,
parlons de ce que tous aviez oublié; vous ne
vous ressouveniez donc plus que ce Roi que
vous n'aviez pas eu le courage de suivre à
Gand, pour vous amuser à Paris à prêter des
sermens de fidélité voulus par la loi vous avait
confié en 1814, quatre fonctions dont le pro-
duit net était de 80,000 francs par an ; et que
vous rouliez, grâces à ses bienfaits, dans une
voiture élégante, comme tant d'autres qui
les méritent encore moins que vous ; tandis
que M. de Châteaubriant, vrai modèle de
dévouement et de fidélité, et qui a cent mil-
lions de fois mieux que vous le droit de faire
des appels à la postérité , tenait, et tient
encore à Paris un état plus que modeste.
Si vous êtes métaphysicien, M. Royer-Col-
lard , vous ne vous effrayerez pas de la com-
paraison numérique que l'on vient de faire,
parce que vous apprécierez la distance infinie
qu'il y a entre un grand homme et un doyen,
de la faculté des lettres tel que vous.
N'auriez-vous pas oublié aussi, M. Royer-
C 2
(36)
Collard, que vous aviez prononcé un discours,
lors de votre prestation de serment à l'usur-
pateur; ou auriez-vous pensé que les déclara-
tions des puissances et les efforts de la Vendée
mettaient si fort en péril la cause du jacobin
couronné par un sénat de régicides, qu'il était
tout-à-fait devenu un homme à abandonner,
ou à trahir ?
Qui vous empêchait, M. Royer-Collard, si
vous n'aviez pas prononcé de discours, d'imi-
ter le courageux exemple de M. le Marquis de
Kéhélec, qui traita d'insignes calomniateurs
dans le même journal que vous avez choisi,
ceux qui lui attribuaient une offre considéra-
ble d'argent faite à Buonaparte ? Pourtant l'on
est tenté de croire que vous avez pris le parti
le plus sûr , quand on vous voit conseiller de
sa majesté, tandis que M. le Marquis de
Kéhélec vit iguoré dans ses terres.
Vous aviez encore un bon modèle à suivre,:
que ne faisiez-vous un vote négatif à l'acte
additionnel, comme M. de Kergorlay, qui le
répandit dans tout Paris , et même dans les
provinces. Ce vote parut tellement courageux,
pour ne pas dire téméraire , que tous ceux
qui ne,connaissaient pas M. de Kergorlay, cru-
rent le nom d'auteur supposé ; ce court écrit
que l'on peut lire quand on voudra, porte en
substance, qu'un tyran comme Buonaparte ne
pourra jamais faire le bonheur de la France, et