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La famine en Algérie et les discours officiels. Erreurs et contradictions. (12 Avril 1868). Deuxième édition

32 pages
Marle (Constantine). 1868. Algérie (1830-1962). France -- Colonies. In-8 °. Pièce.
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EN ALGERIE
ET LES DISCOURS OFFICIELS.
ERREURS ET CONTRADICTIONS.
« Nous ne craignons pas la lumière.
» Nous vivons dans la lumière. »
M. FARÉ, Secrétaire du Gouverne-
ment Général de l'Algérie, Com-
missaire du Gouvernement (Corps
législatif, séance du 28 mars 1868).
DBDXIBME EDITION.
A Oonstantine
CHEZ LOUIS MARLE, LIBRAIRE,
rue d'Aumale, 2.
A. Paris
CHEZ CHALLAMEL, EDITEUR,
rue des Boulangers, 30.
186S
Le manuscrit de cette lettre a été adressé à
deux Députés du Corps législatif, dont le dé-
vouement est depuis longtemps acquis à l'Algé-
rie. Ce manuscrit comportait plus de développe-
ment et mentionnait des faits qui n'entrent pas
dans le domaine d'nn mémoire imprimé.
LA
FAMINE EN ALGÉRIE
ET
LES DISCOURS OFFICIELS.
ERREURS ET CONTRADICTIONS.
« Nous ne craignons pas la lumière.
» Nous vivons dans la lumière. »
M. FAIIÉ, Secrétaire du Gouverne-
ment Général de l'Algérie, Com-
missaire du Gouvernement. (Corps
législatif, séance du 28 mars 1868).
MESSIEURS LES SÉNATEURS,
MESSIEURS LES DÉPUTÉS,
L'Algérie, jusqu'à ce jour, a été le théâtre de
tous les essais, de toutes les expérimentations, ré-
glementations, organisations et réorganisations
imaginables.
Sans énumérer ici les systèmes appliqués
par la monarchie de Juillet, il suffit de rappeler que
dès 1848, les Colons ont joui de tous leurs
droits politiques; replacés en 1852 sous le régime
militaire,, nous avons assisté en 1858 au réveil de
l'esprit civil, pour retomber, le 24 novembre
1860, sous le régime militaire, et le 7 juillet
1864, sous le régime arabico-militaire qui nous
a mis là où nous sommes.
— 4 —
Chaque fois qu'il a fallu exposer à la tribune
les motifs et les conséquences de tant de varia-
tions, vous avez toujours entendu les orateurs
du Gouvernement en démontrer la légitimité et
l'opportunité. Et nous pourtant, qui n'avons ni
députés, ni délégués officiels pour vous entretenir
de nos voeux, de nos besoins et de nos actes,
nous étions réduits, malgré le secours de quel-
ques paroles amies, à laisser passer des assertions
douloureuses qui blessaient non seulement nos
intérêts et ceux de la mère-patrie, mais surtout
la vérité.
Ce spectacle a été donné le 14 mars 1868
par M. Rouher, Ministre d'Etat ; le 23 mars
1868, au Corps législatif, par M. Faré, secré-
taire général du Gouvernement général de l'Al-
gérie, et le lendemain, au Sénat, par M. le Maré-
chal de Mac-Manon, Gouverneur-Général. Les dis-
cours de ces hauts fonctionnaires renferment
nombre d'erreurs et de contradictions qu'il est
de notre devoir de vous signaler aujourd'hui. Il
ne nous est plus permis d'attendre le dénoue-
ment des études et des expériences auxquelles
l'autorité militaire se livre depuis 30 années ; les
circonstances sont des plus graves ; la question
qui s'agite est une question de vie ou de mort.
Le peu d'instants qui nous sépare de la dis-
cussion du budget nous oblige à vous exposer
sommairement la situation par des notes concises
qui aspirent au seul mérite de vous faire connaî-
tre toute l'étendue du mal, dans notre province
du moins ; car le temps nous manque pour
consulter les deux autres. Leurs journaux, leurs
correspondances et leurs démarches contribue-
ront sans doute à vous éclairer.
«. Nous ne craignons pas la lumière. — Nous
— 5 —
» vivons dans la lumière, » — s'est écrié M.
Faré, en rappelant aux membres du Corps
législatif qu'ils étaient en possession de l'annu-
aire de l'Algérie. C'est, en effet, un document
très intéressant ; il donne l'adresse et le nom de
chacun des employés de l'Etat, des départements
et des communes. Mais ce n'est pas assez. On
autorisera les habitants de Constantine à com-
pléter ce travail.
ADMINISTRATION GENERALE.
Rui'caitx Arabes.
Naguère, M. le général de La Rue avait
fait au Sénat l'apothéose de la population in-
digène de l'Algérie ; M. le Gouverneur-Général
achève cette pensée par l'apothéose des Bureaux
Arabes. « II n'y a pas de corps civil ou mililai-
» re, dans l'Algérie ou en France, qui offre des
» garanties-de moralité supérieures. »
Nous nous inclinons devant cet hommage
rendu aux personnes; mais vous n'ignorez pas
que les Bureaux Arabes exercent sur les indigènes
tous les pouvoirs de surveillance ou de direc-
tion politique, religieuse, financière, militaire et
administrative. Leurs actes échappent à la pu-
blicité et à tout contrôle autre que celui du Com-
— 6 —
mandement ; l'affaire Doineau, la récente affaire
du cercle de Dellys, dont le suicide du capitaine
Jobst a formé le premier acte, vous diront si ce
contrôle est suffisant.
Cependant, le but avoué des Bureaux Arabes,
d'après M. le duc de Magenta, « est de cher-
» cher tous les moyens d'amener la fusion de la
» population arabe avec la population européen-
» ne. » Les preuves qu'en fournit Son Excellence
sont convaincantes. Pour amener cette fusion,
on a établi et consolidé, par le décret du 7 juil-
let 1864 :
Les Bureaux Arabes qui forment une adminis-
tration séparée, — indépendante de l'Armée elle-
même ;
Des territoires arabes ou militaires fermés à la
colonisation, c'est-à-dire les 9/10 de l'Algérie
en dehors du droit commun et du contact des
Européens ;
Des impôts spéciaux ;
Un recouvrement spécial de ces contributions ;
Une justice musulmane spéciale ;
Des collèges arabes spéciaux ;
Une école de mousses arabes spéciale ;
Des fermes-modèles arabes spéciales ;
Une école des arts et métiers spéciale.
C'est donc par la séparation entière dés races,
des territoires, des institutions publiques et de
l'administration que les Bureaux Arabes et le
gouvernement général marchent résolument à la
fusion absolue.
On ne pouvait mieux s'y prendre.
Sur quels hommes les Bureaux Arabes et le
Commandement s'appuient-ils pour gouverner
les Indigènes? Sur des intermédiaires qui sont
naturellement les chefs et les magistrats arabes.
— 7 —
Vous allez" juger, une fois encore, de la moralité
de ces derniers.
Voici comment s'est exprimé sur leur compte
M. le baron Jérôme David, au Corps législatif.
Cet honorable vice-président, qui a été chef
de bureau arabe, vous disait ceci en juin 1862 :
« Messieurs, vous ne m'accuserez pas d'exagé-
» ration en songeant que les chefs indigènes sont
» encore pris dans les grandes familles du temps
» des Turcs. Comment s'alimentait le trésor des
» Deys ? Par la piraterie, les razzias, les spécu-
» lavions sur les captifs et la vente des prison-
» niers. Voilà, messieurs, quelle était la mora-
» lité du gouvernement Turc à Alger ; et les
» chefs indigènes s'inspiraient de ces exemples,
» et quand ils rentraient dans leurs tribus, ils fe-
» saient en petit ce que les Turcs faisaient en
» grand. ILS ONT CONSERVÉ CES HARITUDES ;
» ELLES SONT INVÉTÉRÉES. »
» Mais, messieurs, je veux vous montrer les
» chefs indigènes à l'oeuvre.
» L'impôt arabe entre dans les prévisions de
» 1863 pour 12 millions de francs, qui, ré-
» partis sur 2,700,000 indigènes, donnent une
» moyenne de 4 fr. 50 par individu. Admettons
» que les indigènes participent pour 2,700,000
» francs aux autres revenus de l'Algérie, cela
» fait 5,50 en moyenne pour l'apport de chaque
» individu indigène aux recettes de l'Algérie, lan-
» dis que l'apport européen, par individu, est de
» plus de 30 francs ; en France il est de 48
» francs.
» Il n'y a qu'à réfléchir un seul instant sur ce
» chiffre de 5,50. Lorsqu'on est allé en Algérie,
» on sait que l'indigène est écrasé sous le poids
— 8 —
» des impôts : Les EXACTIONS des chefs indigènes
» sont très grandes ; ils gardent par devers eux
» la plus grande partie du revenu arabe. »
Le capitaine Hugonnet, chef de bureau arabe,
écrivait aussi ces lignes :
« Ce qu'il y a de réellement repoussant dans
» la société indigène, se sont les abus d'autorité
,» et les exactions des chefs.
» Sur certains points, les chefs font argent de
» tout. L'autorité supérieure demande-t-elle une
» corvée de 200 bêtes de somme ? Le chef de
» la tribu en demande 300 et en relâche en-
» suite cent moyennant une contribution. Le chef
» est chargé de distribuer annuellement les ter-
» res de la tribu. Il le fait en donnant les meil-
» leures morceaux à ceux qui paient le mieux.
» Le chef fait des cadeaux, la tribu paie ; le
» chef fait bâtir, la tribu paie ; le chef reçoit
» des récompenses des Français, la tribu paie en
» signe de joie ; au contraire, il est puni, la tribu
» paie en dédommagement ; le chef voit des en-
» fants lui naître, la tribu paie les réjouissances;
» il perd des membres de sa famille, la tribu
» paie les larmes ; le chef se met en route pour
» un voyage — le pèlerinage par exemple — la
» tribu paie le départ, et elle paie encore le re-
» tour ; c'est toujours le même refrain à toute
» espèce d'incidents, bons ou mauvais, qui se
» produisent dans l'existence du chef. Je ne
» parle pas des cas où le fonctionnaire musul-
» man aurait à poursuivre un délit qu'il consent à
» cacher moyennant finances.
» Panurge connaissait « soixante-troys ma-
» nières d'avoir de l'argent toujours à son
— 9 —
» besoing. » Le sectateur de Mohamed est, je
» crois, encore plus fort. La main sans cesse sur
» le pouls de sa tribu pour sentir jusqu'à quel
» point il peut lui faire rendre gorge, il est passé
» maître dans l'art difficile de plumer la poule
» sans trop la faire crier. »
Les chefs dont il s'agit et qui sont encore à
la tête des tribus, ont été jugés de la même ma-
nière par tous ceux qui les ont vus de près, par
M. Leblanc de Prébois, commandant d'état-major
et ancien représentant, par M. le colonel Ri-
chard, qui, lui aussi, avait été chef de bureau
arabe, qui lui aussi, sortait, comme M. le com-
mandant Gresley, de l'école polytechnique. C'est
pourtant à ces chefs arabes, à ces GRANDS EXAC-
TEURS que sont confiés et les malheureux Indi-
gènes et l'administration immédiate et le recou-
vrement direct des impôts.
/Ce mode de gouvernement a porté des fruits qui
sont mûrs aujourd'hui.
On a préféré cristalliser la société arabe, au
lieu de la civiliser, de même qu'au lieu d'attri-
buer à ce détestable système l'épouvantable catas-
trophe qui détruit en ce moment les populations
arabes, on préfère en imputer les calamités à la
sécheresse, aux sauterelles, à la neige, au cholé-
ra, et à toutes les intempéries de la nature.
Il a été démontré pourtant, et officiellement re-
connu qu'en territoire civil, c'est-à-dire, partout
où il y a des Européens, les influences morbi-
des et climatériques avaient respecté, ou peu s'en
faut, avec les Européens, les Indigènes qui vi-
vent et travaillent avec eux et à côté d'eux. On
a essayé de séparer en Algérie les intérêts qui se
rattachaient à chacune des deux races, mais il
— 10 —
n'a pas été possible encore de créer deux tempé-
ratures, l'une à l'usage des territoires civils, et
l'autre à l'usage des territoires militaires. Les
fléaux s'étant abattus sur le pays sans distinction
de territoire, pourquoi la colonisation les a-t-elle
supportés, pourquoi se sont-ils appesantis sur les
tribus ?
Permettez-nous maintenant, messieurs les Séna-
teurs, messieurs les Députés, d'appeler votre atten-
tion sur les ensemencements.
ENSEMENCEMENTS.
La question des ensemencements exige un exa-
men sérieux et approfondi. L'insuffisance des mo-
yens employés par l'autorité supérieure, pour
faire face aux besoins de la colonie et notam-
ment de la province de Constantine, est incon-
testable ; nous osions espérer qu'elle aurait été in-
contestée. C'est donc en présence d'une situation
désastreuse que nous avons vu, avec une pénible
surprise, se produire à la tribune les affïirma-
tions de M. Rouher, répondant à M. Pouyer-
Quertier ; ce député avait demandé à la Cham-
bre la permission de déposer une demande d'in-
—11 —
terpellation sur la situation de l'Algérie, dans les
termes suivants (Moniteur du 15 mars 1868) :
» Si le Gouvernement pouvait aujourd'hui
» même nous donner l'assurance qu'on s'occupe
» de la navrante et malheureuse situation dans
» laquelle setrouvent les Indigènes, ainsi que
» les populations européennes de l'Afrique fran-
» çaise, mes collègues MM. de Janzé, de Cham-
» brun, Brame, Ancel, Hallez et moi, signataires
» de cette demande d'interpellation, nous nous
» empresserions de la retirer. Mais, Messieurs,
» dans la situation pressante, fâcheuse et déses-
» pérée où se trouve aujourd'hui la colonie, il
» nous est impossible de ne pas demander des
» explications qui puissent rassurer et consoler
» les malheureux algériens en proie à l'affreu-
» se détresse que vous connaissez,
» C'est un devoir d'autant plus impérieux pour
» nous, que nous ne pouvons avoir oublié les
» secours sérieux que ceux, qui sont aujour-
» d'hui si cruellement éprouvés, nous ont adres-
» ses pour nos ouvriers pendant la crise améri-
» caine.
» Si les assurances que je réclame pouvaient
» être données par le Gouvernement, séance te-
» nante, nous n'hésiterions pas à retirer l'inter-
» pellation que nous voulons déposer en ce mo-
» ment sur le bureau de la Chambre.
» Déjà les ensemencements sont en partie exé-
» cutés en Algérie, mais il en reste encore beau-
» coup à faire : et il faut bien reconnaître que si
» des mesures efficaces et énergiques ne sont
» prises pour faciliter aux habitants de l'Algérie
» l'achèvement de l'ensemencement de leurs ter-
» res, nous marcherons encore, pour l'année pro-
12
» chaîne, vers une nouvelle disette, vers une ef-
» froyable famine. N'ayant pas de blé pour se
» nourrir, ils ne peuvent en avoir pour ensemen-
» cer le sol.
» Si le Gouvernement peut nous donner aujour-
» d'hui l'assurance qu'il s'occupe de la situa-
» tion de l'Algérie ; qu'il fait ses efforts pour
» porter un secours efficace à ces malheureux
» qui aujourd'hui meurent de faim, nous atten-
» drons avec confiance et nous ne déposerons
» pas nos interpellations.
» J'attends donc la réponse du Gouvernement
» avant de déposer ces interpellations sur le bu-
» reau de la Chambre, persuadé d'ailleurs et
» d'avance qu'elle ne peut être que favorable. »
Ainsi, voilà le député de Rouen, l'industriel
représentant une cité manufacturière qui a de
si grands intérêts engagés dans la colonie, et
pour laquelle l'Algérie est un des meilleurs dé-
bouchés ; voilà M. Pouyer-Quertier qui voit
l'Algérie cesser tout-à-coup ses commandes, et
ralentir ses paiements. Emu des malheurs qui
déjà se laissaient entrevoir, l'honorable député
vient faire entendre à la Chambre le langage d'un
honnête homme. Il sait que les ensemencements
ont été en partie exécutés, mais il croit qu'au
mois de mars et avril, il est encore possible d'en-
semencer. Il conseille des « mesures efficaces et
énergiques, pour l'achèvement de ces ensemen-
cements » sans lesquels dit-il « nous marcherons
encore pour l'année prochaine, vers une nou-
velle disette, vers une effroyable famine. »
M. Pouyer-Quertier a fait là une tentative qui
est allée au coeur des Algériens ; mais il était trop
tard!!!! Les ensemencements étaient terminés