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La forêt de Sénart, ou La partie de chasse de Henri IV : opéra-comique en trois actes / d'après Collé ; paroles ajustées sur la musique de Mozart, Beethoven, Ch.-M. Weber, Rossini, Meyerbeer, etc., par M. Castil-Blaze

De
60 pages
Castil-Blaze (Paris). 1826. 59 p. ; in-8.
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ûfctûc 4 p. Bo c.
IMPBHIERIE DE E. DDVERGÉIÛ
a» Da teikicil n*. 4.
FORET DE SÉNART,
ou
DE
OPÉRA-COMIQUE EN TROIS ACTES,
FAIOIE9 AJUSTÉES SUR LA MUSIQUE DE MOZART, BEETHOVEN,
CH.-M. WEBER, &OSSINI, MEYERBEER, ETC. ,J
Par M. CASTIL-BLAZE.
REPRÉSENTÉ, POUR LA PREMIERE FOIS, A PARIS, SUR. LR
THÉÂTRE ROTIL DE L'ODEOJf LU ll\ JANVIER ifrlQ.
A PARIS,
CHEZ CASTIL-BLAZE,
RUE DU FAUBOURG MONTMARTRE, N° <)
Pïi» D* BOCLItiir.
18-26.
PERSONNAGES. ACTEURS.
HENRI IV, roi de France. M. LECOMTE.
LE DUC DE BELLEGARDE. M. Adolphe.
LE MARQUAIS DE CONCINI. M. LATAPPY.
MICHEL RICHARD surnommé
Michau meûnier à Lieursain. M. Camoin.
RICHARD, son fils, amoureux
d'Hélène. M. Leon-Chapélle.
LUCAS, paysan, amoureux de Catau. M* Leon-Bizot.
COLAS bûcheron. M. Saint-Preux.
PREMIER BRACONNIER. M. Rihoelle.
DEUXIÈME BRACONNIER. M. Masson.
LE GARDE- CHASSE de Lieursain. M. Tanquerèlle.
MARGOT, femme de Michau. Mmc Camoin.
CATAU, sa fille Mlle D'OMEBRAY.
HÉLÈNE, paysanne de Lieursain.. Mme Montano.
CORYPHÉE dessus Mlle Virginie.
CORYPHÉE ténor M. Frédéric.
Au premier acte, la scène se passe à l'entrée de la forêt de
Sénart;
Au second acte, au milieu de la forêt;
Au troisième acte, dans la maison de Michau, à Lieursain.
1
LA
FORET DE SENART,
OPÉRA-COMIQUE.
ACTE PREMIER.
Le théâtre .représente l'entrée de la forêt de SénirL, du côté de
Lieursain. Les chasseurs arrivent des deux côtés de la scène.
SCÈNE PREMIÈRE.
CHASSEURS.
INTRODUCTION
An signal soyons prêts,
De nos sombres forêts
Allons troubler la paix.
Le cor nous appelle à la chasse,
Suivous le roi dans les forêts.
Allons signaler notre audace,
Qu'il applaudisse à nos succès.
Le daim si rapide,
La biche timide
Vont tomber sous nos coups.
Ce choeur est tiré de l'Armito dcSan-Jaquc, opéra provençal.
LA FORÊT DE SÉIYART,
Parlons on nous attend au rendez-vous.
La trompe au loin résonne;
Faisons notre devoir
Mon ame s'abandonne
Au plus flatteur espoir.
Au signai soyons prêts, etc.
( Les chasseurs se retirrnt par le côté gauche Lucas et Catnu nnivent «lu
côté opposé.)
SCENE II.
LUCAS, CATAU.
LUCAS.
Parguenne mam'selle Catau, entendais-vous ces
corneux-là ? Encore un coup v'nais-vous-en voir la
chasse avec moi.
CATAU.
Oh Lucas je n'ons pas le temps il faut que je
nous en retournions cheux nous.
LUCAS.
Dame, c'est que ça n'arrive pas tous les jours au
moins, que la chasse vienne jusqu'à Lieursain. J'y
verrons peut-être notre bon roi Henri.
CATAU.
Vraiment j'aurions ben envie de l'voir, car je ne
l'connaissons pas pus qu' toi, Lucas; mais il se fait
tard ma mère m'attend il faut que je l'y aide à faire
le souper. Mon frère Richard arrive ce soir.
LUCAS.
Quoi! M. Richard arrive ce soir? Queu plaisir!
ACTE 1, SCÈNE II. j
queu joie J'espérons qu'il déterminera à mon
mariage avec vous M. Michau vot' père, qui bar-
guigne toujours. Mais parguenne c'est ben mal à
vous de ne m'avoir pas déjà dit c'te nouvelle-là.
CATAU.
Est-ce que j'ai pu vous le dire plus tôt donc? je
viens de l'apprendre tout à c'te heure.
LUCAS.
Hé bian! fallait me la dire tout d'suitc.
CATAU.
Queu raison est-ce que je pouvais vous dire ça
paravant que d'vous avoir rencontré?
LUCAS.
Bon! vous pensiais bian à me rencontrer, tant
seulement vous ne pensiais qu'à courir après la
chasse. Est-ce là de l'amiquié. donc, quand on a une
bonne nouvelle à apprendre à quelqu'un?
CATAU, ii part. ;'1
Mais voyez donc queu querelle il me fait, pen-
dant que je n'ai voulu voir la chasse que parce que
je savais ben que je l'i encontrerions en chemin ce
bijou-là et il faut encore qu'il me gronde!
{haut.) Allez, vous êtes un ingrat!
LUCAS, d'un ail' Icmlrc.
Oh! pardon, mam'selle Catau; c'est que j'igno-
rions tout ça nous. Dame, voyais-vous, c'est que
.1 vous aimons tant, tant, tant!
CATAU.
Hé, pardi j'vous aimons ben aussi nous,
M. Lucas; mais je n'vous grondons pas que vous
ne l'mériliais.
4 LA FORÊT DE SÉNA11T,
LUCAS, riant.
Oh tatigué vous me grondais ben queuquefois
sans que j'le méritions. Par exemple, hier encore,
devant M. et Mme Michau, ne me grondîtes-vous
pas d'importance à propos de c'te dévergondée d'Hé-
lène, qui a pris sa volée avec ce jeune seigneur?
Dirais-vous encore que j'avions tort?.
CATAU d'un air mutin.
Oui, sans doute, je le dirais encore je ne saurais
croire, moi qu'Hélène se soit en allée exprès avec ce
monsieur. c'est une fille si raisonnable elle aimait
tant mon frère Richard Allais allais il y a quel-
que chose à cela que je n'comprenons pas.
LUCAS, en se moquant.
Oh jarnigoi je le comprends bian, moi.
CATAU.
Oh tiens Lucas ne renouvelons pas c'te que-
relle-la; car je te gronderions encore, si j'en avions
le temps; mais j'ons affaire. Adieu Lucas.
LUCAS.
Adieu, méchante.
CATAU, lui jetant son bouquct au nez.
Méchante. Tiens, v'là pour t'apprendre parler.
(Elle s'en va; Hélène paraît. j
LUCAS, ramassant le bouquct.
Attendais donc attendais donc
( II la suit.)
ACTE I, SCÈNE III. 5
SCÈNE III.
HÉLÈNE.
RÉCITATIF.
Que l'aspect de ces lieux pour mon cœur a de charmes
Auprès d'un père et d'un amant,
Trop malheureuse Hélène, en ce fatal moment,
Trouveras-tu la fin de tes alarmes
D'un cruel ravisseur j'abhorre le transport,
J'échappe à sa main criminelle.
Oui, plutôt que d'être infidèle
AIR*.
Toi que j'aime pour la vie
O Richard I connais mon malheur.
Sans doute alors de ton amie
Tu viendras calmer la douleur.
D'une amour toujours constante
Mon coeur a brûlé pour toi
Ton Hélène est innocente
Elle t'a gardé sa foi.
Mozart, cantate.
fi LA FORET DE SÉNART,
SCÈNE IV.
HÉLÈNE LUCAS.
LUGAS.
Que vois-je? ons-je la berlue? avec tous ces
beaux ajustorions-là, c'est mam'selle Hélène, Dieu
me pardonne! HÉLÈNE.
C'est moi-même, mon cher Lucas. de grâce
écoute-moi un moment.
LUCAS.
Tatigué comme vous v'là'brave, mam'selle Hélè-
ne vous v'là vêtue comme une. princesse. v ous
arrivais donc de Paris. de là cour ?.. faut que vous y
ayez faitunebelleforteune depuis six semaines qu'vous
êtes disparue de Lieursain! 1NÏ. Jérôme, vot' père,
qu'est le pus pelit fermier de ce canton, il n'a pas
dû vous reconnaître Allais, vous devriez mourir
de pure honte HÉLÈNE.
Hélas les apparences sont contre moi mais je ne
suis point coupable. Le marquis de Concini m'a fait
enlever malgré moi et m'a fait conduire à Paris. Ce
cruel m'a tenue six semaines dans une espèce de pri-
son. Ma vertu, mon courage et mon désespoir
m'ont prêté les forces nécessaires pour me tirer de ses
mains. Je me suis échappée j'arrive à l'instant je
n'ai pas pu quitter ces habits qu'on m'avait forcée
de prendre et qui paraissent déposer contre mon
honneur.
LUCAS, d'un air moqueur.
Déposer contre mon honneur les biaux tarmes.
comme ça est bian dit v'là ce que c'est que d'avoir
ACTE: 1, SCÈNE TV. 7
demeuré, depuis vot' enfance jusqu'à rage de quatorze
ans cheux c'te signora Galigaï là ousque ce mar-
quis de Concini est devenu vot' amoureux. Dame
d'avoir été élevée cheux ces grands seigneurs ça vous
ouvre l'esprit d'une jeune filles ça ça vous a appris à
bian parler. et à mal agir. Mais parce qu'eus
avais de l'esprit, pensais-vous pour ça que je sommes
des bêtes, nous.?Croyais-vous que je vous crairons?
Tarare comme je sis la dupe de c'te loquence-là
HÉLÈNE.
Mais, Lucas je t'assure.
LUCAS.
C'est indigne a vous d'avoir mis comm' ça le trou-
ble dans not' village. d'avoir arrêté tout court nos
mariages. j'étais près d'épouser, moi, mam'selle
Catau la sœur de M. Richard. M. Michau qu'est
le plus riche meunier de ce royaume vous aurait
mariée vous-même à M. Richard, son fils qu'est un
garçon d'esprit qu'a fait ses études Melun qui
parle comme un livre de même que vous.
111ÉLÈNF,
Puisque tu ne veux pas m'entendre, dis-moi du
moins si Richard est ici.
LUCAS..
Non, il n'y est pas; il n'y sera que cesoir.îva-t-il
pas eu la duperie d'aller pour vous à Paris, marn'selle,
à celle fin de demander justice à not' bon Roi, qui ne
la refuse pas pus aux petits qu'aux grands?
HELEIVE, h part, en soupirant.
Que je suis malheureuse comment me justi-
fier (haut. ) Sans que je puisse m'en plaindre
Richard aura toujours droit de concevoir des soun-
cons odieux.
8 LA FORET DE SÉNART,
LUCAS.
Il aurait grand tort d'en consarver oui. bon
vous larmoyez. Eh! ouiche tous ces pleurs de
femmes-là sont de vraies attrape-minettes.
HÉLÈNE.
Hélas je te pardonne de ne pas me croire sin-
cère. mais si ce n'est pas pour moi, du moins,
par amitié pour Richard rends-lui un service. c'est
pour lui que tu agiras.
LUCAS.
Voyons queuque c'est, mam'selle?
HÉLÈNE.
C'est un service qui tend à me justifier vis-à-vis de
mon amant, s'il est possible. de grace, rends-lui cette
lettre que je lui écrivais à tout hasard.
DUO*.
A mes larmes sois sensible!
Pour me justifier auprès de mon amant,
Aide-moi, s'il est possible.
Tu vois l'excès de mon tourment.
LUCAS.
Ah' mon ame est attendrie
Malgré votre perfidie,
Vous pouvez compter sur moi
,Tc vous en donne ici ma foi.
HELENE.
Tu vois ma peine mortelle.
LUCAS.
Vous m'avez attendri je vois votre embarras
Mais eT) votre faveur je ne parlerai pas.
Meycrbeer, l'Esulc di Granata.
ACTE 1, SCÈNE IV. 9
2
HÉLÈNE.
A Richard je suis fidèle.
LUCAS.
Vous avez beau pleurer, ne croyez pas pour ça
Que mon ami Richard aujourd'hui vous croira.
HÉLÈNE.
Porte-lui du moins cette lettre.
LUCAS.
Donnez-la-moi, je veux ben la remettre;
Mais en votre faveur je ne parlerai pas.
HÉLÈNE.
Il connaîtra mon innocence
Que cet écrit touche son coeur,
II. reviendra de son erreur
De le persuader je garde l'espérance.
LUCAS.
Vous vous flatteL d'un vain espoir.
De moi Richard va tout savoir,
Et l'éclairer est mon devoir.
HÉLÈNE.
Une funeste apparence
Vient ajouter à mon malheur.
LUCAS.
Il est trop sûr de son offense
Rien ne pourra changer son cœur.
HÉLÈNE.
Oui, je saurai toucher son cœur.
Amour, j'implore ta faveur
Il reviendra de son erreur.
(Elles'cloigno. )
i o LA FORET DE SEN ART,
SCÈNE V.
LUCAS, mettant la lettre dans sa poche.
Comme ces femelles avons les larmes à commande-
ment Ça pleure quand ça veut déjà, et d'un. et
pis quand il s'agit de leux honneur, ces filles vous
font d'zhisloires d'zhistoires. qui n'ont ni
père, ni mère et presque toujours, nous autres hom-
mes, après avoir bian bataillé pour ne les pas craire,
j'fiuissons toujours par gober ça. Je sommes assez
benêts pour ça. Et d'ailleurs c'te petite mijaurée-là,
qui par son équipée m'a reculé, à moi, mon mariage
avec ma petite Catau quej'aiuionsdetout not'cœur
c'est-ilpasendêvanlça ?. Mais l'ami Richard devrait
être arrivé hé mais c'est l'y même.
SCÈNE VI.
RICHARD, LUCAS.
LUCAS.
Pardi, M. Richard, que je vous embrassions!
encore, morgué! encore, je ne m'en sens pas d'aise,
mon ami
RICHARD.
Ah mon cher Lucas ? j'ai plus besoin de ton amitié
que jamais mon malheur est sans ressource Hé-
lène mais oublions-la. je ne la veux voir
de ma vie.
ACTE I, SCÈNE VI. Il
LUCAS.
Oh! vous ferez trèsbian AU'est ici, c'tapcn-
dant.
RICHARD, très vivement.
Elle est ici? elle est ici ?
LUCAS.
Oui, all' est ici de tout à c't'heure. AU' m'est déjà
venu mentir sur tout ça, et pour se justitier, ce dit-
elle. All' m'a même baillé pour vous cune lettre que
j'onslh.
RICHARD, encore plus vivement.
Quoi! tu as une lettre d'elle, et pour moi? Donne
donc.
LUCAS, lui montrant la lettre.
Tenais?lav'la;mais croyais-moi, déchirons-la sans
la lire gnia que des faussetés là-dedans.
RICHARD la lui arrachant.
Eh donne toujours.,( Il ouvre la lettre et la lit
tout bas.)
LUCAS.
Mais lisais donc tout haut, que je voyons c'qu'alf
chante.
RICHARD, continuant.
« Nul danger ne m'effraiera, je crains moins la
« mort que de cesser d'être digne de vous. Je vous
« écris cette lettre sans savoir par où ni par qui vous
« la faire tenir. C'est un bonheur que je n'attends
que du ciel qui doit protéger l'innocence Je
vous aime toujours je n'aimerai jamais que
(e Mais je m'aperçois que la petite porte du jardin
Il est ouverte. ma fenêtre n'est pas bien haute.
•j avec mes draps je pourrai. j'y vole.
Ah, ciel! elle sera descendue par la fenêtre!
Eh! si elle s'était blessée, Lucas?
.4 LA FORET DE SÉNART,
Avec plaisir, le Prince, croyez-moi,
Accepte cet hommage.
CHOEUR.
Oui semons de fleurs son passage
Cueillons des fleurs ponr les offrir à notre roi.
LUCAS.
Le doux printemps nous rend les roses;
Venez, amans, all' sont écloses;
Mais le laurier s'élève eu tous les temps
Aux lieux où d'notre roi brilla l'courage.
CHOEUR.
Oui, semons de fleurs son passage;
Cueillons des fleurs pour les offrir à notre roi.
CATAU.
Henri-le-Grand, par sa vaillance,
Soutient la gloire de la France;
Mais tous les cœurs se rangent sous sa loi
De notre bon Henri c'est le partage.
CHOEUR.
Oui, semons de fleurs son passage,
Cueillons des fleurs pour les offrir à notre roi.
LUCAS.
C'est ben raisonné; vos houques sont charmans,
c'tapendant vous ne pourrez pas les présenter au Roi,
j'sis ben fâche de vous l'dire.
CATAU.
Et pourquoi donc?
LUCAS.
Fallait être pus diligentes vous arrivais trop tard
la cliasse est déjà si loin, si loin qu'l'on n'entend pus
les cors.
CATAU.
Eh bien! nous altendrons son retour.
ACTE I, SCÈNE VIH. ,5
LUCAS.
Très volontiers, surtout avec vous mam'selle Ca-
lau, mais le jour commence à tomber un tantinet, et
le temps ne me paraît pas ben sur.
FINALE
Voyez ce nuage;
Redoutons l'orale
Rentrons au village
Amis suivez mes pas.
Cherchons un asile,
Un abri tranquille.
Le tonnerre les vents redoublent leurs fracas.
CHOEUR.
Voyez ce nuage, etc.
LUCAS, CATAU, et DEUX CORYPHÉES.
Ah! quel dommage
Maudiit orage
Le Roi vient au village
Nous ne pouvons le voir.
Mais comment îaire
Destin contraire,
Tu viens tromper un aussi doux espoir.
CHOEUR.
Voyez ce nuage;
Redoutons l'orage:
Rentrons au village,
Amis, suivez mes pas.
Cherchons un asile,
Un abri tranquille.
Le tonnerre et les vents redoublent leur fracas;
CATAU.
L'oiseau de ce bocage,
Ch. M. Weber, Euriante.
1 6 LA FORET DE SENART,
Caché sous le fcuillage
A fait trêve à son ramage
Tout redouble son effroi.
CHOEUR.
Ah 1 quel dommage
Rentrer au village
Partir sans voir le Roi!
Cherchons un asile
Un abri tranquille;
Ne nous arrêtons pas.
Le tonnerre et les vents redoublent leur fracas
( Ils se retirent. L'orage éclate avec violence. Quelques paysans traversent en-
core le théâtre, et se sauvent du côté du village. La décoration change il
fait nuit l'orage continue toujours il s'apaise enfin. On entend un bruit de
chasse dansl'éloignement. Bellegarde et Concini entrent en scène au moment
où l'orchestre cesse de jouer; et le second acte commence sans interruption.)
FIN DU PREMIER ACTE.
Orage de la symphonie pastorale do Beethoven.
5
ACTE SECOND»
Intérieur de la forêt; au fond est un rocher. La nnit est obscure.
SCENE PREMIERE.
BELLEGiiRDE, CONCBtl, arrivant dans l'obscu-
rité, et en tâtonnant.
CONCINI..
Nous avons manqué nos relais, M. de Bellegarde;
cela est cruel
BELLEGARDE.
Ah! d'autant plus cruel, mon cher Concini que
nos chevaux ne peuvent plus même aller le pas.
Comme la nuit est noire
CONCINI.
L'on n'y voit point du tout. J'ai même de la peine
à vous distinguer. Il faut que ce damné cerf nous ait
fait faire un chemin.
BELLEGARDE.
Un chemin de diable. quel cerf. il s'est fait
battre d'abord pendant trois heures dans ces bois de
Chaillis il passe ensuite la rivière nous fait traverser
la forêt de Rougeant, où il tient encore deux mor-
telles heures. Il nous conduit enfin bien avant dans.
Sënart. où nous sommes.
iS LA FORET DE SÉNART,
CO.\CINI.
Sans savoir où nous sommes.
BELLEGARDE.
Cela est agréable. et surtout pour un galant che-
vaHer comme moi, qui devait, ce soir même, mettre
fin à une aventure des plus brillantes. soit dit, entre
nous, sans vanité et sans indiscrétion.
CONCIM.
Et moi qui viens d'apprendre que ma petite pay-
sanne a pris la fuite.
BELLEGARDE.
Hélène s'est sauvée de chez vous. ? je ne conçois
rien à cela. Comment! eh! à quoi en étiez-vous donc
avec elle?
vconcim.
Oh à rien; ce qui s'appelle à rien.
BELLFCARDE.
Eh mais, cela est fabuleux, ce que vous voulez
me faire croire la.
CONCINI.
C'est que c'estune vertu c'étaient des fureurs!
Quoi donc une fois n'a-t-elle pas voulu se donner la
mort avec un couteau qu'elle trouva sous sa main, et
que j'eus toutes les peines du monde à lui arracher ?
BELLEGARDE-
Fort bien! continuez, monsieur, vous rendez de
plus en plus votre petit roman très vraisemblable;
car enfin rien n'est plus commun que de voir une
femme se tuer, surtout quand on l'en empêche.
COIS'CINI, vivemeuc.
Oh, parbleu! elle ne jouait pas elle y allait bon
jeu.1 bon argent.
ACTE II SCÈNE I. iP
BELLEGARDE, d'un ton badin.
Tout de bon, cela était sérieux?. mais c'est du
vrai tragique. Je pense au Roi, cependant peut-être
n'a-t-il été suivi de personne. La nuit est sombre, je
crains qu'il ne lui arrive quelque accident.
CONCIM, d'un ait imliCcient.
Bon quel accident voulez-vous qu'il lui arrive ?
BELLEGARDE.
Ne peut-il pas être rencontré par un braconnier.
par quelque voleur?. ces forêts en sont remplies.
SCENE II.
BELLEGARDE, CONGINI, COLAS.
COLAS, avant d'entrer.
CHANSON.*
Je suis un bûcheron,
Je suis un vrai luron
Qui travaille et qui chante,
Si j'ai l'ame contente,
C'est au bon vin que je le dois.
Gloire
A la treille qui nous fait boire
Faut pas se chauier de son bois.
La la la, etc.
(Il entfr. )
Je crains peu les voleurs
J'ai bravé les ligueurs
Fat (clou Irgnc blu pantiirle, chanson du temps do-Franruis I".
3o LA FORET DE SÉNART,
Qu'on redoute au village.
Si j'ai tant de courage
C'est au bon vin que je le dois.
Gloire
A la treille qui nous fait boire 1
Faut pas se chauffer de son bois.
La, la la etc.
BELLEGARDE, à Colas, en l'arrêtant.
Qui va la?. Qui
COLAS, jctant son bois de frayeur, et tombant aux genoux de Bellegardc
Miséricorde Messieurs les voleurs ne me tuais
pas. Mon cher monsieur, si vous êtes leux capi-
taine, ordonnais leux qu'ils me lâissiont la vie.
La vie M. le capitaine la vie v'là quatre patards
et trois carolus, c'est tout ce que j'avons.
CONCINI, â Bellegarde.
Vous, capitaine de voleurs, mon cher duc, cela
est piquant, au moins mais très piquant.
BELLEGARDE.
Lève-toi, mon bon homme, lève-toi. Nous ne
sommes point des voleurs, mais des chasseurs égarés,
qui te prions de nous conduire au plus prochain
village.
COLAS.
Hé, parguenne, messieurs, vous n'êtes qu'à une
portée de fusil de Lieursain.
CONCINI.
De Lieursain, dis-tu ?
COLAS.
Oui, monsieur et vous n'avez qu'à me suivre.
BELLEGARDE.
Bien nous prend que ce soit si pr ès car nous som-
mes excédés de lassitude.
ACTE II, SCÈNE II. 21
CONCINI.
Et nous mourons de faim. Dites-moi l'ami,
trouverons-nous là de quoi.
COLAS.
Oh oui car je -%ions vous mener chez le garde-
chasse de ce canton. Vous y trouverais des lapins
par centaine; car ces gens-là y mangiont les lapins,
eux, et les lapins nous mangiont, nous.
BE LLEGARDE.
Tiens, mon pauvre garçon, voilà un Henri, con-
duis-nous.
COIVCLM.
Tiens encore. Hé bien nous crois-tu toujours
des voleurs ?
COLAS.
Au contraire, et grand merci, mes bons seigneurs,
suivais-moi. Dame! si je vous ont pris pour des
voleurs, c'est que c'te forêt-ci en fourmille; car de-
puis nos guerres civiles, beaucoup de gens avont
pris c'te profession-là.
BELLEGARDE.
Allons, allons conduis-nous, et marche le pre-
mier.
COLAS.
Venais, venais par ce.petit sentier; par ilà, par
( Ils s'éloignent tout les trois. )
LA FORET DE SÉNART,
SCENE III.
OFFICIERS DU ROI, CHASSEURS, PIQUEURS.
(Us entrent les uns après les antres, les officiers et les chasseurs restent sur
la scène; les piqueurs montent sur le rocher, et sonnent de la trompe. )
CHOEUR.*
Restons, amis, restons encor.
Cherchons, faisons sonner le cor.
Déjà la nuit avance,
Hélas je perds toute espérance.
Chasseurs égarés dans les bois,
Venez, accourez à nos voix.
(Les piqueurs cessent de sonner; ils cherchent de tous côtés. Les chassenr»
et les officiers se réunissent au milien du théâtre, et disent à part:)
Nuit funeste ton silence
Vient accroître mon effroi.
O divine Providence
Daigne veiller sur notre roi
(Les piqueurs sonnent très fort; l'écho répète l'appel des trompes.)
L'écho répète seul nos chants.
Nos soins, nos vœux sont impuissants.
Ah! quelle peine extrême!
Quand nous cherchons le Roi lui-même.
Chasseurs égarés dans les bois,
Venez, accourez à nos voix.
( Ils s'éloignent. )
♦ Cli. M. Webcr, Eurianlc.

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