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La France et la paix, par M. le Mis de La Rochejaquelein...

De
30 pages
chez tous les libraires (Paris). 1866. In-8° , 32 p..
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LA FRANCE
ET
LA PAIX
LA FRANCE
ET
LA PAIX
PAR
M. LE DE LA ROCHEJAQUELEIN
« Si le prince aime les âmes libres, il aura des sujets ;
s'il aime les âmes basses, il aura des esclaves. »
(MONTESQUIEU, Esprit des lois.)
« Machiavel, qui est l'oracle de la politique de nos
jours, n'a-t-il pas dit que le prince qui en rend un
autre puissant travaille à sa propre ruine? »
PARIS
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES
1866
Reproduction autorisée.
LA FRANCE
ET
LA PAIX
I.
Je publiais, il y a trois mois, une brochure sous le titre
de :
La Guerre générale devant l'opinion publique.
Je signalais la question italienne comme la plus dange-
reuse pour le repos du monde, et tous mes voeux se formu-
laient en faveur d'un abandon de l'Italie par la France, qui
s'était déjà trop compromise pour elle. Nous n'avons pas
combattu cette fois par les armes pour cette nouvelle puis-
sance, que l'on s'obstine fatalement à créer près de nous et
contre nous, mais nous allons augmenter ses possessions
royales de presque toutes les provinces qui constituaient la
grande république de Venise, en attendant le jour peu éloi-
gné de la troisième période de ses agrandissements, que je
formulais par la possession d'une partie du Tyrol, de toutes
les rives de l'Adriatique, jusqu'à l'extrémité de la Dalmatie,
qui priverait l'Autriche de tout accès sur mer, c'est-à-dire
qui compléterait sa ruine. L'Italie, craignant notre aban-
— 6 —
don, ne maintient pas ses prétentions, elle les réserve for-
mellement.
Ni les faiblesses de l'Italie constatées sur terre et sur mer,
ni son ingratitude, ni ses insolences à notre égard, ne chan-
geront le cours des destinées qui lui sont promises. L'Em-
pire français laissera-t-il achever, à son temps, la nation de
trente-cinq millions qui doit constituer le nouvel Empire
romain sous le nom , d'abord plus modeste, de Royaume
d'Italie ?
La plus grande des erreurs politiques tend à faire croire
que cette nouvelle création, sans durée possible, doit être
l'alliée et un appui pour la France. Avec le langage officiel
qui s'efforce de propager cette fatale erreur, l'argent distri-
bué à pleines mains et avec habileté complète les moyens
de séduction qui agissent sur l'esprit public.
-Les consciences élastiques, que tout le monde connaît,
sont mises à des épreuves dont différents cabinets étrangers,
et surtout M. de Bismark, connaissent les tarifs; il serait
ridicule de nier que l'esprit public en France ait été perverti
avec un ensemble que les plus cruelles leçons amèneront
bientôt à déplorer,
Que la France se soit attachée à ce, que l'Autriche n'eût
pas sur l'Italie une influence absorbante telle qu'elle l'avait;
que tout le monde.convienne que l'Autriche, dominant pres-
que tous les peuples de l'Italie, provoquait un soulèvement
d'opinions chez tous ces peuples, nul n'y peut contredire;
mais la politique généreuse de la France ne devait pas aller,
par ses faiblesses, jusqu'à compromettre aussi-gravement
qu'elle l'a fait l'avenir dont les événements actuels ne sont
que le prélude..
Le traité de Zurich.suffisait à.tout; et maintenant, après
la paix qui suivit nos victoires, nous pouvons voir avec
certitude que chaque concession n'a été jusqu'à ce jour
-qu'une série de fautes capitales dont la France et les peuples
mêmes de l'Italie auront à souffrir cruellement pendant de
longues années par des guerres, des banqueroutes, des
ruines de tous genres.
Politiquement, l'Italie devient le foyer des révolutions de
l'Europe; religieusement, elle devient le foyer des persécu-
tions contre le catholicisme; financièrement, elle engloutit
déjà une large partie de la fortune de la France, et l'immo-
ralité dans ses administrations civiles ou militaires, dans
ses finances, servira d'explication à bien des désolations
actuelles.
L'ingratitude et la mauvaise foi égaleront sa forfanterie;
elle deviendra, comme elle l'est déjà devenue, le gouverne-
ment salarié par les gouvernements monarchiques, qui invo-
queront son concours pour se détruire à l'envi les uns des
autres.
Il est certain que si la France n'avait pas encouragé
l'Italie à s'unir, pour en profiter, à M. de Bismark, dans la
guerre d'Allemagne, sur laquelle une paix trompeuse fait
illusion; si notre Gouvernement n'avait pas tourné ses efforts
diplomatiques en faveur de l'Italie, si des promesses n'a-
vaient pas été faites, nous pouvions empêcher le dévelop-
pement des ambitions immodérées de la Prusse et du roi de
Piémont Victor-Emmanuel.
Napoléon III pouvait reconstituer la République indépen-
dante de Venise, que l'Empereur Napoléon 1er avait détruite
par le traité de Campo-Formio, et nous avions alors, malgré
les indignités, les injustices et les actes sans nom?dont on
s'est rendu coupable envers Naples, les États romains et
les duchés d'Italie, une garantie de plus contre les aventures
qui nous menacent et dont les échéances se succéderont à
des termes prochains et peu éloignés les uns des autres.
L'Autriche a fait la faute de ne pas reconstituer la grande
République de Venise ; malgré, les conseils qu'elle en a re-
çus, elle ne s'est préoccupée que de la manière de la céder à
— 8 —
ses ennemis. La France va commettre la même faute; et déjà
elle n'a pas fait respecter le don qui lui était fait par l'Au-
triche, elle n'a pas imposé son veto à la violation du terri-
toire vénitien, qui est le sien encore aujourd'hui.
En fortifiant une nation qui lui fera amèrement déplorer
ses entraînements dynastiques bien mal calculés, elle aurait
dû au moins se faire respecter par les Italiens; elle ne l'a
pas fait.
Elle pouvait reconstituer la République des Doges, qui
fut pour elle une alliée ; le Quadrilatère et la Vénétie étaient
une sauvegarde pour elle contre l'Autriche et contre le roi
de Piémont lui-même, devenu roi d'Italie; elle va tout
abandonner contre elle au royaume du roi Victor-Emma-
nuel.
La République de Venise rétablie par la France monar-
chique ! ! Et pourquoi pas ? Mon arrière-grand-père mater-
nel n'était-il pas sous Louis XV ambassadeur de France
près de notre alliée la grande République de Venise, quand
mon grand-père paternel se faisait tuer à la tête de son ré-
giment pendant la guerre de Sept ans!
La France a-t-elle une nation plus amie que la Suisse?
Les formes diverses des Gouvernements ne s'excluent
pas entre elles, elles répondent au génie, aux besoins des
différents peuples; les monarchies et les républiques ont
chacune leur raison d'être. Le roi Louis XVI n'avait-il pas
été le plus puissant fondateur de la grande République des
États-Unis d'Amérique?
Si la France voulait que l'Italie fût libre des Alpes à l'A-
driatique, elle tenait la parole de l'empereur Napoléon III en
faveur des peuples, qui en eussent été reconnaissants, mais
qui bientôt compléteront l'union des détestables sentiments
contre la France qui existent dans la Péninsule ; et, quoi
qu'on fasse, le vieil esprit républicain si aimable et si gra-
cieux des Vénitiens ne s'habituera pas plus aux durs Pié-
— 9 -
montais qu'aux Autrichiens, et la Vénétie deviendra l'un
des foyers d'où partiront les foudres qui briseront les liens
monarchiques si affaiblis, si éphémères, qui forment au-
jourd'hui le royaume d'Italie. Il semble, en vérité, que
l'Italie, ce magnifique pays, soit le lieu prédestiné pour
faire commettre les plus grandes erreurs ; qu'il soit l'enjeu
de tous les rêves ambitieux et chimériques qui se sont
agités depuis des siècles, et qui, plus que jamais, mettent
aujourd'hui tout en péril : nous sommes au temps des
grandes aventures.
Nous n'en avons pas fini ; l'Italie est une fatalité pour le
présent, et chaque jour augmente sa fatalité pour l'avenir.
La chute de Rome va hâter ses destinées.
La France se plaint déjà bien haut en dehors des régions
gouvernementales ; je n'entrevois qu'avec une profonde
douleur pour la France, et même pour l'Italie, les calamités
qui se préparent.
L'empereur Napoléon 1er, malgré ses fautes si nombreuses,
avait si bien compris le danger de la conception unitaire,
déjà préconisée de son temps, qu'il n'avait jamais consenti
à la folie qui semble s'être emparée de tant de gens aujour-
d'hui; et, chose singulière, mais incontestable, que l'on de-
vrait partout méditer, c'est que la question religieuse du
catholicisme est, plus que la question politique, le véritable
motif de bien des entraînements hostiles en France, en An-
gleterre, dans une partie de l'Allemagne, et même en Russie.
Lisez certains journaux, ils en font naïvement l'aveu le
plus complet, et le proclament même en France comme un
mérite patriotique :
GUERRE AU CATHOLICISME.
— 10
II.
L'Italie vient de nous donner la mesure des dangers
qu'elle peut déterminer.
Partout où quelque grande et injuste ambition pourra se
manifester, elle sera prête à vendre ou à louer ses services, et
la voilà aujourd'hui qui va nous montrer, à nos frontières,
une nation nouvelle qui s'appelle le nouveau royaume
d'Italie, avec 35 millions d'ennemis à nos portes, bientôt
l'Empire romain, tandis qu'elle aura puissamment contri-
bué à créer, à nos frontières, l'Empire germanique, notre
rival, avec 50 millions d'habitants, bientôt réunis sous
le même sceptre et dans le même esprit d'hostilité natio-
nale contre nous.
Et la France ?
Quel rôle joue-t-elle dans de si grands événements euro-
péens? Son Gouvernement a consenti à tout; jusqu'à pré-
sent, il a été trompé par les hommes et par les faits.
La France n'a pas peur, sans doute, mais il est grand
temps d'aviser, car ce n'est pas de la grande politique qui
se fait aujourd'hui, ce n'est pas une politique que l'histoire
de notre nation ait jamais connue et qu'elle puisse com-
prendre. Jour fatal que celui où l'idée de la fédération de
l'Italie fut abandonnée ! Jour fatal que celui où l'unité alle-
mande a été acceptée contre la politique de tous nos grands
rois et de Napoléon 1er lui-même ! Sommes-nous donc une
nation si nouvelle, qui ait fait si peu ses preuves et passé
par si peu d'épreuves, que l'on puisse, oubliant tout le
passé, s'exposer à des expériences fantastiques, sans que
nous ayons le droit de nous en alarmer?
Il n'y a qu'à se rendre compte des impressions presque
_ 11 _
universelles en France pour voir que tous ceux qui, par ca-
ractère et par position, peuvent conserver l'indépendance de
leurs jugements et de leurs lumières, ne mettent pas en
doute la fatalité d'une politique que je croirais surprise par
les événements si je ne l'avais entendu préconiser d'avance
à là tribune du Sénat par un prince auquel on ne peut pas
refuser la franchise de ses audaces, et qui, dans ce moment,
joue un rôle si important dans la direction des affaires
politiques.
L'unité italienne, l'unité de l'Allemagne, ont trouvé en
lui le prophète des événements fatals qui devraient s'ac-
complir.
L'Empire Français, l'Empire Romain, l'Empire d'Alle-
magne, c'est, dans l'ordre monarchique de l'Europe, trois
grands faits nouveaux qui sont destinés à se créer et à se
détruire réciproquement; s'ils s'accomplissent, comme tout
doit le faire craindre si la France n'y met obstacle.
Il est impossible de prévoir dans ce moment comment
vont se terminer les événements commencés et seulement
suspendus; mais, quoi qu'il arrive, leur complément ne
sera que partie remise à courte échéance ; il serait insensé
de ne pas le voir; il serait coupable de ne pas le signaler et
de ne pas y aviser.
M. de Cavour a trompé bien des fois le Gouvernement de
l'Empereur, il a déjà fait un grand chemin, il a produit un
grand mal; mais nous sommes bien loin d'être à la fin.
Les lauriers de M. de Cavour ont engendré M. de Bismark ;
la France sait ce que lui vaut déjà l'Italie, voyons ce que lui
vaudra l'Allemagne unitaire.
Déjà l'empereur Napoléon a presque terminé l'oeuvre
d'une grande nation de 35 millions d'Italiens ; l'unité ita-
lienne est un point d'appui pour faire encore à nos portes
une Allemagne unitaire de 50 millions d'Allemands ; et
comme en Prusse tout homme est soldat depuis vingt jusqu'à
— 12 —
quarante-cinq ans, par son système militaire, c'est une
armée de 2 millions d'hommes qui nous menacera en per-
manence du côté seul de l'Allemagne.
En Italie et en Allemagne, nos rivaux naturels étaient
divisés; leurs forces disjointes ne les rendaient pas redou-
tables, c'était l'oeuvre patriotique de nos pères ; Napoléon 1er
l'avait continuée, et même les traités de 1815 (il faut avoir
la hardiesse de cet éloge, je n'ai aucun goût à en abuser)
nous avaient ménagé cette division, que le simple bon sens
indique comme le plus grand intérêt de la France.
Tout va être changé, et notre situation en Europe, déjà
controversée, va se trouver abaissée de la façon la plus dé-
plorable, et nos rivaux vont être grandis par nos fautes.
Le retour de la Savoie et de Nice, qui sont si peu impor-
tants pour nous, seraient, dans les ingratitudes italiennes,
assurés de faire retour à l'Italie, qui les revendique publi-
quement.
Les journaux allemands proclament ces vanteries, toutes
les feuilles anglaises et les hommes d'État anglais y applau-
dissent.
1866 complète les traités de 1815!!
C'est le mot le plus cruel qui ait été dit et répété cent fois
depuis un mois.
Machiavel, qui est l'oracle de la politique de nos jours,
n'a-t-il pas dit que le prince qui en rend un autre puissant
travaille à sa propre ruine ?
N'est-ce pas assez d'avertissements, et devons-nous subir
qu'à l'abri de compliments soldés et des flatteries les plus
basses qui semblent devenir l'apanage de notre nation,
nous arrivions à jouer un second rôle sous l'union de forces
ennemies créées par nous et contre nous ?
S'il était possible de révéler publiquement de quelle gros-
_ 13 —
sière manière la France et l'Empereur personnellement sont
traités, même dans le palais du roi d'Italie, de dire les dé-
dains dont on nous accable en Prusse, on ne pourrait pas le
croire. Hélas! combien de fois n'ai-je pas vu démentir
ce que l'on gémissait de ne pouvoir pas attaquer officiel-
lement et que l'on savait vrai ! La France finira par savoir
la vérité, il sera toujours trop tard ! !
Mais enfin, quelle est notre situation vis-à-vis de la
Prusse aujourd'hui? Assurément il m'en coûte d'attaquer
la Prusse, quand bien des souvenirs m'attachent, même par
la reconnaissance, à celte grande nation et à sa glorieuse
dynastie; mais il s'agit de mon pays, et le roi, les princes,
qui m'ont comblé de bontés tant de fois, ne peuvent pas
s'étonner que je pense avant tout à la France, quand sa
cause me semble si compromise.

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