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La France impériale et l'Angleterre, par Amédée Sellier,...

De
150 pages
Garnier (Paris). 1852. In-8° , 153 p..
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LA FRANCE IMPERIALE
ET
L'ANGLETERRE
LA
FRANCE IMPÉRIALE
ET
L'ANGLETERRE,
PAR
AMEDEE SELLIER,
Ex-Premier Attaché du Commissariat français près l'Exposition
universelle de Londres
Et Directeur du Journal des Travaux publies.
On ne répond à de telles infamies que par des
victoires.
( KLÉBER, avant la bataille d'Héliopolis. )
Je snis mieux avec mes soldats qu'avec vos
amiraux anglais,
(DESAIX à Lord Keith.)
Prix: 1 fr. 50c.
PÂRIS
GARNIER, ÉDITEURS, PALAIS-ROYAL,
ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DE PARIS ET DES DËPARTEMENS.
4852,
Ce livre a été écrit sous l'influence d'un pa-
triotique courroux, et nous en tracions les pre-
mières pages sur le paquebot qui nous ramenait
en France après la clôture de notre mission.
Mais une fois de retour à Paris, nous eûmes
des scrupules sur l'opportunité et la convenance
1
II
de sa publication; nous craignions que notre
voix, toute faible qu'elle est, ne réveillât dans le
pays les profondes et légitimes défiances que
l'Angleterre y a semées depuis un demi-siècle.
A quoi bon, disions-nous, raviver des antipa-
thies, attiser des haines, galvaniser des événe-
mens morts et qui ne vivent plus que dans l'his-
toire? La France, affranchie par la courageuse
initiative de son chef des étreintes de la déma-
gogie, peut désormais être assez puissante et
assez heureuse pour mépriser, pour oublier
même les basses invectives de la presse an-
glaise.
Mais nous avons frémi de colère en lisant ré-
cemment dans ces mêmes journaux anglais, qui
s'étaient faits naguère les échos impurs des plus
niaises et des plus atroces accusations contre
notre pays. que la Grande-Bretagne tolérerait
III
un empereur à vie, mais qu'elle n'accepterait
jamais un empereur héréditaire.
En d'autres tenues, l'Anglais veut bien nous
accorder les bénéfices de sa magnanime al-
liance , pourvu toutefois que notre crédule et
généreux pays lui laisse la faculté de créer des
révolutions décennales et des conspirations per-
manences : c'est une trève, c'est une sécurité
viagère que la Grande-Bretagne daigne nous
octroyer.
Ainsi, l'Angleterre passe avec armes et ba-
gages, nous nous trompons, avec son or, ses
protocoles et ses projets de conciliation, du côté
de nos ennemis, si la France refait un trône et
un empereur pour ressaisir tout,à la fois sa pros-
périté, sa grandeur et sa gloire, pour consolider
les institutions fécondes sur lesquels reposent
aujourd'hui ses destinées.
IV
Cette insolente menace, colportée par la presse
anglaise sur tous les points du globe, cette im-
mense et stupide fanfaronnade qui semble nous
assimiler aux Grecs du Bas-Empire et aux ilotes
de Lacédémone, a fait évanouir tous nos scru-
pules et tous nos projets de modération : nous
lançons notre livre.
Et nous venons dire aujourd'hui à nos conci-
toyens :
L'étranger nous provoque; il nous défend
d'être les maîtres chez nous; il nous refuse le
droit de choisir tel gouvernement qui nous con-
viendra; il nous défie : ramassons le gant qu'on
nous jette; rappelons à l'Anglais que l'épée de
la France a frappé, victorieuse, dans toutes les
capitales de l'Europe; que pendant quinze ans
les coalitions se sont brisées sur nos colonnes de
granit de Marengo et d'Austerlitz; que la France
V
entière se lève enfin comme un seul homme pour
défier à son tour l'étranger, et répondre à ses
menaces par un cri de patriotisme et d'indépen-
dance nationale, par ce cri de notre Duguesclin
à la bataille d'Auray :.
sus AUX ANGLAIS!!!
LE 2 DÉCEMBRE A LONDRES.
LE 2 DÉCEMBRE A LONDRES.
Janvier 1852.
J'arrive de Londres.
J'arrive le coeur rempli d'indignation, la main
pleine de vérités ; j'en aurais long à dire si j'entre-
prenais de publier aujourd'hui les notes précieuses
— 40 —
que j'ai recueillies, et les résultats de mes études
sur les hommes et les choses de l'Angleterre ; mon
premier acte sera de dénoncer à mes concitoyens
tout ce qu'il y a de haine contre nous au-delà de la
Manche, tous les outrages dont on accable là-bas
la France, son chef et son armée.
Sur la foi des oracles de la presse française, je
croyais, en partant pour l'Angleterre, trouver une
nation grande, forte, noble, digne à tous égards
d'être pour nous un modèle; je croyais voir un
peuple entièrement dégagé des anciens préjugés,
libre de rancunes nationales, et marchant, exempt
de rivalité et d'envie, à la conquête des améliora-
tions sociales et du progrès industriel; je croyais
enfin — d'après les assertions de nos écrivains cos-
mopolites qui traitent le patriotisme de chimère et
de. niaiserie léguées par les vieux âges— que le mot
de Louis XIV, il n'y a plus de Pyrénées, était ap-
plicable à notre alliance avec la Grande-Bretagne,
et que le Pas-de Calais n'existait plus;
— 11 —
Un séjour de dix mois à Londres m'a complète-
ment et rafdicalement désabisé.
L'Anglais est encore pour la France ce qu'il était
au 44e siècle. Si, il y a quelques mois , les
hautes classes, lès classés privilégiées cachaient en-
core sous des dehors polis le vieux levain de l'an-
tipathie nationale, le peuple, le vrai peuple de
Londres, de Birmingham, de Manchester et de Li-
verpool ne dissimulait pas son immitié contre la
France ; il nous saluait dans les rues de l'épithète
grossière de Fremh dogs, et dans ses tavenes, sur
les ignobles tréteaux devant lesquels il allait cuver
la pesante ivresse de l' ale, du potier et du gin,
c'est encore le Français qui défrayait sa stupide
gaîté et les discours des aboyeurs de meetings.
Mais les événemens du 2 décembre 18 51 viennent
merveilleusement de mettre au jour ce fonds iné-
puisable de fourberie, d'envie et de haine.
Les mesures vigoureuses de Louis-Napoléon Bo-
— 48 —
naparte, qui ont sauvé non-séulement la France,
mais encore l'Europe tout entière des étreintes san-
glantes de la démagogie, ces mesures salvatrices
ont fait rugir le peuple anglais et les organes offi-
ciels et quotidiens de sa politique. En arrachant la
France aux terribles et menaçantes éventualités de
4 852, il semblait que le président de la République
arrachait à l'Angleterre la proie qu'elle convoitait
depuis si longtemps. L'aimée 4852 était pour l'An-
glais insatiable le retour de Crécy, d'Azincourt et de
Waterloo ; que dis-je! Ce chiffre néfaste lui deve-
nait plus profitable encore, car sans exposer,
comme au 4 4e siècle et en 4815, une seule de ses
armées, elle abandonnait sûrement à la France le
soin de préparer des sépultures parricides aux ca-
davres de ses propres enfans. Oui, l'Anglais ne se-
rait intervenu que par son or dans nos massacres
et dans nos batailles civiles, et comme à Quiberon,
il serait resté spectateur, du haut de ses vaisseaux,
de notre agonie, de notre deuil et de notre asser-
vissement.
— 13 —
Je ne déshonorerai pas ma plume à esquisser
même les scandaleuses manifestations dont l'acte
énergique du 2 décembre a été le prétexte ; il est
des scènes qu'on ne peut se rappeler et qu'on ne
saurait reproduire sans rougir; qu'il me suffise de.
dire que l'animosité britannique contre la France a
pris dans ces derniers jours les proportions d'une
rage frénétique. Ainsi, la populace de Londres se
pressait dans les tavernes, transformées en clubs,
où des écriteaux (1 ) la conviaient à venir discuter
— en s'enivrant, bien entendu — sur les affaires de
la France, entonnait à qui mieux mieux l'hymne
grotesque des imprécations, des injures, des mena-
ces des provocations, à l'usage des poltrons, et cou-
vrait de honteux opprobres notre pays, notre armée
et l'élu de sept millions et demi de suffrages. En
même temps, les organes avoués du ministère, de
(1) Toutes nos assertions, dans le cours de ce livre, repo-
sent sur des preuves de visu, ou sur des données authentiques;
nous attendrons pour fournir leur justification qu'on ose s'ins-
crire en faux contre elles.
— 44 —
l'aristocratie, du haut commerce, de la finance, de
la haute industrie, des journaux tels que le Times,
le Morning Chronicle , le Morning Advertiser,
l'Illustrated London News, et tant d'autres, mê-
laient leurs fausses appréciations, leurs grossières
invectives, leurs récits mensongers, leurs fureurs à
froid, au concert abject des politiques de la rue;
ils allaient à tous les points du globe porter et pro-
pager le mépris sur la France, sur Louis-Napoléon
Bonaparte.
Et le gouvernement anglais, notre allié, voyait et
laissait faire, et cette police anglaise qu'on a si sot-
tement admirée et vantée, n'arrachait pas les im-
menses affiches apposées par des journaux, comme
le Sunday Times, lesquels, avides de la popularité
des carrefours, reproduisaient sur les murs de
Londres les outrages dignes de leurs lecteurs et
d'eux-mêmes, qu'ils imprimaient dans leurs fasti-
dieuses colonnes.
Touchant accord!... Preuve irréfragable que la
- 45 —
haine contre la France n'est pas parquée, comme
on dit, dans les taudis infects où la populace crou-
pit en Angleterre, mais qu'elle joue son rôle dans
la politique du gouvernement, mais qu'elle est in-
vétérée dans tout coeur anglais, qu'il batte sous un
habit noir ou sous les haillons de la misère. La cu-
pidité peut parfois l'assoupir, mais l'esprit natio-
nal la tient en réserve et la déchaîne dans l'intérêt
de la politique du moment. L'anglais est un Falstaff,
mais il est aussi un histrion plus vil encore ; car il
répudie selon les circonstances ses sentimens les
plus intimes pour obéir à la direction d'une politi-
que qu'il pense niaisement diriger : le même peu-
ple qui fêta Soult, Soult le glorieux vainqueur d'une
armée anglaise, à fait le même accueil à Kossuth le
démagogue nomade ; l'Anglais n'a ni noblesse, ni
coeur, ni libre arbitre ; c'est un peuple d'égoïstes et
de marchands qui mettrait aux enchères les en-
trailles de l'humanité, si Dieu le laissait faire.
Et c'est ce peuple, c'est cette presse, c'est ce gou
vernement, qui ne marche qu'avec la corruption en
— 46 —
haut et avec la corruption en bas, que nos préten-
dus régénérateurs—fils adultérins des philosophes
très-superficiels du XVIIIe siècle—ne cessent de
préconiser depuis soixante ans, et s'efforcent de
nous faire prendre pour modèle ! Oh ! non, non, la
France, avec ses défauts, vaut mieux que l'Angle-
terre avec ses vertus hypocrites, avec ses orgueils de
comptoirs. L'Angleterre est une grande nation,
soit! mais cette grande nation, comme l'idole dont
parle l'écriture, a les pieds de boue et le front d'ai-
rain ; cette boue s'agite, ce front d'airain reste im-
passible, mais il n'y a de place dans ce colosse ni
pour le sang généreux qui vivifie, ni pour les idées
grandioses qui font les grands peuples et qui font
les grands événemens utiles à l'humanité et à la ci-
vilisation.
Je n'ai pas compris, je ne comprends pas encore
qu'il ne se soit pas trouvé, depuis six mois, en
France, une plume assez patriote pour stigmatiser
la conduite de l'Angleterre dans ces derniers temps.
Pourquoi faut-il que des questions de personnes,
— 17 —
que des ambitions déçues, que des considérations
purement individuelles, ou bien qu'une coupable
indifférence enchaîne notre légitime indignation !
Pourquoi la France ne repousse-elle pas cette atta-
que par les mêmes armes, afin que les 80 millions
de lecteurs des journaux anglais puissent juger en
connaissance de cause. Ce que la presse de Paris,
ce que tant d'hommes éminens n'ont pas voulu en-
treprendre, je vais m'efforcer, moi, de l'essayer;
je vais venger mon pays, dans la mesure de mes
forces, des outrages de l'Angleterre.
Aussi bien, tout convaincu que je suis de mon
inexpérience et de ma faiblesse, je pense que mon
exemple ne sera pas perdu... Quand un tambour
intrépide bat la charge sans commandement, il en-
traîne avec lui les colonnes indécises, et fait songer
aux généraux, qui ont un instant oublié leur coura-
ge, qu'il faut vaincre ou mourir pour conserver à
la patrie son inviolabilité et sa gloire.
2
L'ANGLETERRE AU TRIBUNAL DE L' HITOIRE,
Je ne remonterai pas le cours des siècles pour
dérouler et faire toucher du doigt les iniquités de
l'Angleterre; je laisse cette tâche à des hommes
plus éloquens, plus expérimentés. Mais je tracerai,
au courant dénia plume, et peut-être de ma colère,
le tableau rapide des forfaits politiques dont le ca-
binet de Saint-James s'est rendu coupable depuis
soixante ans; je montrerai la solidarité qui existe
réellement entre les ministres anglais et les mons-
tres qui ont voulu la ruine de notre malheureux
pays ; c'est là, un. devoir, c'est plus qu'un devoir,
c'est une dette que je suis heureux de payer à mes
concitoyens.
— 20 —
Sous l'apparence fallacieuse de vouloir aider les
peuples du continent à implanter sur leur sol des
institutions semblables aux siennes, l'Angleterre
appuie en Europe, depuis les dix dernières années
du 4 8e siècle, tous les mouvemens révolutionnaires.
Elle fomente avec un art admirable tous les mécon-
tentemens, toutes les querelles, grossissant les uns,
envenimant les autres, empoisonnant tout.
Le but caché, le but véritable de cette sollicitude
pour ce que la Grande-Bretagne appelle hypocrite-
ment la liberté, c'est d'affaiblir, de ruiner, d'anni-
hiler les unes après les autres les nations, dont elle
ne veut pas pour alliées ou pour rivales, mais pour
esclaves ; tantôt elle appelle à son aide les guerres
d'extermination qu'elle soudoie à tant la pinte de.
sang; tantôt elle se sert d'un poison plus dangereux
encore que les batailles perdues, de ces utopies
dont elle stipendie les oracles menteurs.
— 21 —
Oui, le but que l'Angleterre poursuit avec un
acharnement toujours plus ardent, et, il faut bien
le dire, avec une science toute punique, c'est l'a-
néantissement progressif des peuples les uns par
les autres, et les uns après les autres. C'est par
cette conflagration générale, inventée, méditée,
commencée par Pitt, et continuée avec plus de suc-
cès encore par lord Palmerston, qu'elle espère se
rendre maîtresse des marchés du monde, s'appro-
prier les dépouilles des trônes renversés, régner
enfin sans rivale, par ses flottes sur les mers, par
sa gigantesque industrie sur les deux hémisphères.
Pour atteindre ce but suprême, tout est bon à
l'Angleterre ; c'est elle qui mine sourdement en tout
lieu le principe d'autorité ; c'est elle qui ébranle les
croyances religieuses et les croyances politiques ;
c'est elle qui fait violence au caractère, aux sym-
pathies, aux habitudes des peuples pour leur ino-
culer sa perversité, ses folies parlementaires, son
— 25 —
système gouvernemental qu'elle sait fort bien ne
convenir qu'à ses lymphathiques et stupides sujets.
N'est-ce pas une âmère dérision, par exemple,
que de voir ce noble peuple espagnol, cette loyale
nation portugaise, ces bons et simples allemands
de la Prusse , de l'Autriche, de là Saxe et de la Ba-
vière, jouer, sans rire, au gouvernement parle-
mentaire importé par quelques apôtres angli-
cans? N'est-ce point une pitié, dites-moi, que de
voir tant de millions d'hommes raisonnables sin-
ger, dans des pahdaemonium improvisés, les déli-
bérations de la tribune anglaise, de cette tribune
qui n'est, comme le siége du président de la cham-
bre haute, qu'un ballot de laine rembourré d'or
pour acheter les consciences, et de poignards pour
assassiner les rois.
L'Angleterre veut nous faire reculer jusqu'à la
barbarie par ce genre de gouvernement dont le
temps a déjà fait justice , et qu'elle a tenu et tient
— 23 —
encore à faire fleurir en Europe ; vous verrez qu'elle
aura l'audacieuse et grotesque envie de l'inaugurer
en Turquie et en Chine. Elle le considère comme
une transition à l'avènement du socialisme, dont
elle est alliée, qu'elle encourage, qu'elle protège,
qu'elle réchauffe, qu'elle paie. Elle attend— Dieu
veuille qu'elle attende longtemps, qu'ele attende
toujours !— elle attend cet avènement pour asseoir
définitivement sa puissance sur les débris des trô-
nes et des autels, sur les épaves de la civilisation.
Courbée sous le niveau du socialisme, l'Europe
verrait alors l'Angleterre river son trident formi-
dable aux chaînes de l'esclavage des peuples , et
montrer, aux yeux étonnés de ces troupeaux
d'hommes démoralisés par la honte et le repentir,
non pas la figure d'une souveraine victorieuse par
la fortune des armes, mais les traits d'un vampire
qui vient revendiquer le sang des cadavres, après
s'être abreuvé du sangdes vivans.
1793.
Au début de là Révolution française, le ministre
Pitt demanda au parlement d'Angleterre un million
de livres sterlings (25 millions de francs), et il
ajouta à la demande cette clause formelle : le gou-
vernement ne sera pas obligé d'en rendre compte.
Toute la Révolution française est là.
Ces vingt-cinq millions de francs ont dressé l'é-
chafaud royal, ont graissé les rouages de la guil-
— 25 —
lotine sur toute la surface de la France, ont payé les
massacres de septembre, les noyades de Nantes, les
mitraillades de Lyon, les promenades du drapeau
rouge au Champ-de-Mars, les assassinats, le pil-
lage et l'incendie dès châteaux.
Ces vingt-cinq millions ont servi à armer les for-
çats de Toulon et de Brest, ont servi à ravitailler les
grands centres de la guerre civile dans le Maine,
dans la Bretagne et dans la Vendée. Car c'était
avec du fer anglais et de la poudre anglaise que ré-
publicains et royalistes s'égorgeaient au nom de la
République et au nom du roi, dans les plaines sté-
riles , dans les fondrières de la Vendée. L'histoire
le dira un jour, l'histoire, dépouillée de ses méti-
culeuses formules contemporaines, gravera de son
fer chaud, au front de la Grande-Bretagne, le chif-
fré 4793, comme le chiffre de la bête dont parle
Saint-Jean dans son Apocalypse.
Le génie d'un héros sauve la France au 18 bru-
maire. Bonaparte, par le prestige de son nom;et de
ses victoires, réunit les Francais en une seule fa-
mille... L' Angleterre change de batterie: ce ne sont
plus des fusils pour armer les fanatiques , de l'or
pour solder des révoltés qu'elle exporte de son île
maudite; ce sont des assassins, des poignards, dis
machines infernales.
L'étoile du sauveur de la France déjoué les atro-
ces espérances de l'Angleterre... Elle ameute alors
les nations contre l'homme qui voulait les arracher
aux étreintes perverses, aux caresses homicides de
la Grande-Bretagne. Mille pamphlets, forgés dans
les arcanes du Foreing-Office, viennent se joindre
comme auxiliaires aux journaux anglais; les états
de l'Europe sont inondés de la bave anglaise, elle
donne la rage et le délire , fet ce délire produit la
coalition, qui se dénoué pat trois fois à Aus-
terîltz, à Iéna; à Wagraai
Mais ce n'est point assez pour l'Angleterre de
combattre Napoléon avec des bâïonettes qu'elle
stipendie; elle prétend punir aussi les alliés de la
— 27 —
France et la France elle-même de l'éclat de ses vic-
toires et des héroïques triomphes de son chef :
Elle bombarde Copenhague ;
Elle jette dans les colonies espagnoles ces fermens
révolutionnaires qui devaient éclater quinze ans
plus tard au signal donné par les Anglais ;
Elle abat dans l'Inde nos derniers alliés, et non
contente d'avoir immolé Tippo-Saëb, elle ravit aux
malheureux enfans de ce prince, fidèle à l'alliance
française, le royaume déjà démembré de leur
père ;
Elle avait puissamment contribué, — d'une mar
nière latente, à la vérité, mais d'une manière po-
sitive, — aux massacres de St-Domingue; elle
continue son oeuvre diabolique en faisant passer
aux noirs des armes, des munitions et des instruc-
teurs pour s'opposer à l'armée expéditionnaire du
général Leclerc.
— 28 —
Après s'être emparée par trahison de nos colo-
nies, après avoir par ses intrigues désaffectionné
nos alliés, elle profite de ses immenses avantages
maritimes pour imposer un traité de commerce au
Portugal, et le réduire à une condition plus ser-
vile et plus désastreuse que celles que la vieille
Lusitanie a eu jamais à subir sous la domination
romaine.
Enfin, chose horrible à dire, cette philanthropi-
que Angleterre, cette grande et généreuse nation,
comme quelques-uns l'appellent encore, trouve
un nouveau moyen de nuire à la France, c'est d'y
porter la peste. Des bâtimens fin voiliers sont char-
gés de s'approcher au plus près de nos côtes, et
d'y jeter des balles de coton provenant de pays
infestés par la peste et la fièvre jaune, et recelant
dans leurs flancs les germes de ces fléaux conta-
gieux.
1814.
A bout de force, mais non de génie, Napoléon
succombe.
L'Angleterre se charge de le garder à vue à l'île
d'Elbe, mais elle n'est pas sentinelle vigilante, car
ce n'est point dans une oasis de la Méditerranée
qu'elle a marqué la cage de l'aigle.
Napoléon remonte sur le trône de Charlemagne
- 30 -
dont il avait rajeuni les bases, et dont il avait re-
haussé la gloire.
L'Angleterre feint l'épouvante, et convoque, au
son de sa conque de détresse et de son or, le ban
et l'arrière-ban des armées de l'Europe.
Le succès de cette suprême coalition ne tint pour-
tant qu'à un fil ; Napoléon fut sur le point de
ressaisir et pour toujours sa puissance et la magis-
trature rédemptrice que Dieu semblait lui avoir
donnée sur le monde. Deux trahisons de moins et
quatre heures de plus faisaient des champs de
Waterloo la sépulture immense de la dernière ar-
mée anglaise. Crécy, Poitiers, d'Azincourt étaient
vengés d'un seul coup, et le vieux léopard britan-
nique allait se coucher dans la ménagerie de l'his-
toire à côté du lion de St-Marc et de l'aigle bâtard
de Constantin.
Dieu ne voulut pas donner à l'humanité cette
consolation; il réservait l'Angleterre à d'autres des-
- 31 -
tinées; il voulait encore, avec elle et par elle, frap-
per et meurtrir les peuples ; car l'Angleterre, c'est
Genseric, c'est Néron, c'est Attila fait nation.
L'Angleterre vola à Waterloo la victoire ; mais il
faut lui rendre cette justice, que ce vol l'étonna et
lui fit peur.
1815.
Comment cette parvenue dans les nobles triom-
phes du champ de bataille usa-t-elle de sa victoire?
Je vais le dire.
La royauté, irritée de n'avoir point conquis les
sympathies de l'armée, fit tomber sa colère sur ses
plus illustres chefs. Les uns furent proscrits, les
autres traînèrent leurs lauriers dans les conseils ;
un seul, grand par ses victoires, cher à la France
— 33 —
par son dévouement sans bornes, par son chevale-
resque caractère, par une intrépidité entée sur des
talens de premier ordre, fut traduit devant la
Cour des pairs. La convention de Paris, conclue
entre le maréchal Davoust et les généraux anglais
et prussiens, plaçait Ney à l'abri de toute pour-
suite, il faut ajouter de tout reproche. Ney fut con-
damné; il fut condamné, et le général en chef de
l'armée anglaise, l'un des principaux signataires
de la convention, n'avait qu'un mot à dire pour
arracher le glorieux maréchal, non pas au sup-
plice, mais au martyre. Ce mot ne fut pas dit, et le
héros, qui, trois ans auparavant, avait sauvé toute
une armée française des glaces et de la mitraille
moscovite, tomba presque mystérieusement sous
des balles françaises et arrosa de son sang généreux
la convention menteuse de Paris et les lâches trai-
tés de 1815.
Il est vrai que deux officiers supérieurs de l'ar-
mée anglaise sauvèrent Lavalette, ancien aide-de-
camp du général Bonaparte et directeur-général des
3
— 34 —
postes. Mais Lavalette,— homme très-brave et très-
honorable sans doute, — n'était point maréchal de
l'Empire, n'avait pas puissamment contribué aux
défaites partielles de l'armée anglaise dans la pé-
ninsule Ibérique, n'était point l'orgueil de nos sol-
dats, comme le capitaine auquel l'Empereur avait
attaché l'immortalité par le titre de prince de la
Moskowa.
L'évasion du maréchal Ney pouvait s'opérer plus
facilement que celle de M. de Lavalette, et le petit
Luxembourg, où le maréchal était retenu prison-
nier, était plus aisé à franchir que les nombreux
guichets de la Conciergerie; mais, encore une fois,
Ney était une gloire : il fallait l'éteindre... Ney
périt : il devait périr ; mais, en tombant, son sang
jaillit moins sur les manteaux de ses juges que
sur les habits rouges de ses vainqueurs par hasard,
lesquels, faisant d'une pierre deux coups, pillaient
nos musées, rétrécissaient nos frontières, décapi-
taient nos monumens et assistaient en amateurs aux
meurtres juridiques de nos plus illustres soldats.
1821.
Et ce mot de meurtre qui tombe de ma plumé
me conduit naturellement à parler d'un autre
meurtre bien autrement compliqué, bien autre-
ment combiné que celui du brave des braves. Le
soleil de cette pléiade de héros que l'étranger nous
enviait, que les batailles, dans leurs fulgurantes
péripéties, voyaient; surgir à tous les postes de pé-
ril, le chef de tous ces Roland, de tous ces San-
cerre, de tous ces Duguesclin, de tous ces Bayard,
— 36 —
de tous ces Turenne, de tous ces Catinat modernes,
comment a-t-il fini? où a-t-il fini? par qui a-t-il
fini?
L'univers tout entier répond à la question, et
l'Angleterre se tait.
Napoléon, regardant sa carrière politique comme
consommée, avait fait appel à la générosité de son
plus constant et son plus puissant ennemi, à l'An-
gleterre ; il s'était rendu volontairement à bord du
Bellerophon, à l'instigation même du capitaine, se
mettant ainsi de bonne foi sous la protection des
lois anglaises, s'asseyant librement au foyer bri-
tannique, se faisant l'hôte de l'Angleterre... Les
ordres donnés pour le recevoir sous le pavillon
anglais étaient une embûche, ce pavillon allait être
flétri par la plus infâme trahison, une fois de plus
l'honneur de la vieille Angleterre allait, à défaut, de
sang, couler à pleins bords, Napoléon demandait
l'hospitalité, on lui donna des fers..
— 37 —
Jeté sur un rocher au milieu de l'Atlantique,
l'homme de la droite de Dieu — pour nous servir
de la magnifique expression de saint Augustin —
le génie sublime que le Tout-Puissant avait envoyé
au monde pour combattre, vaincre et détruire
l'hydre au mille têtes des révolutions, subit pen-
dant six ans l'agonie préparée par l'Angleterre. En
butte à tous les outrages, torturé dans les affections
les plus douces de l'homme, du père et du roi,
Napoléon trouve enfin dans le trépas un port as-
suré contre la rage toujours active d'un ennemi
sans grandeur et sans âme ; mais il s'en venge à
son tour en léguant l'opprobre de sa mort à la
maison régnante d'Angleterre. Il attache ainsi le
nom de la Grande-Bretagne au pilori de l'histoire
et abandonne aux. générations futures le soin de
punir une nation de marchands qui n'a rien de
sacré, ni le génie, ni la gloire, ni le malheur, et
qui sacrifie à ses instincts de pirate le droit des gens,
le droit de la nature et le droit de Dieu.
1830.
L'Angleterre, en s'associant, en prêtant son ap-
pui ténébreux aux factions révolutionnaires aux-
quelles le système gouvernemental de la Restaura-
tion avait rendu la vie et les espérances, inquiéta
bien le règne de Louis XVIII ; mais le vieux roi
laissa peu de prise aux empiètemens du cabinet de
Saint-James. Il était réservé à son successeur de
payer les arrérages de la mansuétude britannique
et de l'hospitalité d'Hartwell. L'occasion, recherchée
— 39 —
soigneusement, ne laissa pas de se présenter, et
l'Anglais, fort de son alliance avec le parti libéral
français, en sut profiter avec habileté.
Charles X voulut rendre au drapeau de Bouvines,
de Nerwinde et de Fontenoy, son ancien lustre et la
magie de ses vieux souvenirs. Dans l'intérêt de no-
tre gloire militaire, de notre pavillon, de notre
commerce, dans l'intérêt surtout de la civilisation,
il résolut de détruire ce repaire de forbans qu'on
nommait Alger, et de planter l'oriflamme de la
France sur ces bords redoutables qui avaient été
funestes à Barberousse et à Charles-Quint. L'ar-
mement se fait, mais l'Angleterre, qui ne pénètre
que trop les intentions du roi de France, l'Angle-
terre, qui est la tutrice née de tous les genres de bri-
gandages et de tous les brigands de terre et de mer,
l'Angleterre s'émeut, et, par l'organe de son am-
bassadeur à Paris, demande des explications sur
la destination de la flotte qu'on équipe à Toulon.
Harcelé par les importùnités de cet agent diplo-
matique, M. d'Haussez, ministre de la marine, ré-
— 40 —
pond par un de ces mots qui caractérisent les
grands coeurs.
— Mylord, dit-il, le roi est maître chez lui, la
flotte ira où il plaira à Sa Majesté de l'envoyer.
Et comme l'opiniâtre ambassadeur insistait en-
core :
— Mylord, reprit le ministre, quittons pour un
moment le jargon diplomatique, et permettez-moi
de m'expliquer clairement. La France se f... de
l'Angleterre, et nous irons où nous voudrons. » Cette
réponse énergique avança, à n'en pas douter, la
chute d'un roi qui avait des ministres comprenant
si bien la grandeur et la force de la France. Je le
dis avec regret, mais aucun des ministres de la
branche cadette n'a tenu un langage si fermé vis-
à-vis de l'Anglais. Qu'en est-il résulté? Trois an-
nées de plus de règne pour Louis-Philippe, pas
davantage.
— 44 —
Cependant, la flotte met à la Voile, Alger tombe
sous l'éclat de nos baïonnettes, mais quelques
jours après, le trône restauré de saint Louis et de
Louis XIV tombe également sous le flot démagogi-
que, et l'Angleterre rit tout bas de voir un roi très-
chrétien et un tyran musulman venir lui deman-
der une hospitalité qu'elle accorde à ceux dont elle
ne redoute plus la puissance, comme à ceux qui
peuvent être ses créatures ou ses instrumens.
1848.
Louis-Philippe monte sur ce trône, souillé deux
fois par les étreintes sacriléges des démagogues. On
connaît les prodiges d'habileté de ce prince, qui fut
trop confiant peut-être dans les principes révolu-
tionnaires et dans les élémens qu'il croyait avoir
assimilés à sa dynastie; mais il avait aussi trop
compté sur sa pénétration, trop compté surtout sur
l'alliance toujours fausse, toujours caressante et
traîtresse de l'Angleterre ; un seul acte le priva de sa
— 43 —
magnanime alliée, comme M. Thiers osait dire,
sans rire, à la tribune nationale.
Louis-Philippe voulut rentrer dans la grande et
forte politique de Louis XIV et de Napoléon, il
prétendit réunir dans un seul faisceau de famille
les sceptres de France et d'Espagne, unis déjà par
les liens indissolubles de la même foi religieuse et
des mêmes traditions politiques.
La réalisation de cette idée, pleine de grandeur
et de patriotisme, fut sa perte; les mariages espa-
gnols furent le signal de sa décadence.
Lord Palmerston , dans son insolente audace et
dans le paroxisme de la colère en voyant l'échec
subi par sa politique, s'écria, dit-on : « Il faut
balayer tout cela !... » et tout cela,— c'est-à-dire un
roi de France, des institutions françaises, une armée
française, —fut balayé, le 24 février 1848, par les
mandataires de l'Angleterre qui s'intitulèrent le
peuple souverain... et la royauté de juillet, pre-
— 44 —
nant une émeute pour une révolution, prit cette mê-
me route de l'Angleterre, où, du moins, son aînée
s'était acheminée avec un cortège de nobles souve-
nirs et de no blés regrets, avec des drapeaux déployés
et resplendissans encore des lauriers de Navarin,
de Cadix et d'Alger.
On sait comment les mandataires de l'Angleterre
traitèrent la France en 1848, au nom du peuple
souverain (pauvre peuple! tu n'en pouvais mais) ;
nous avions retrouvé les maillotins, les cabochins
du XIVe siècle, précurseurs d'une jacquerie plus
horrible, plus formidable encore que celle qui
épouvanta nos pères.
Jetterons-nous un regard lugubrement rétros-
pectif sur les hauts faits de l'Angleterre dans ces
quinze dernières années? Evoquerons-nous les
souvenirs d'Otahiti et de Pritchard, des îles Sand-
wich, de Truxillo? Chercherons-nous à démontrer
les secrètes atteintes qu'elle a portées, devant
Beyrouth, à un gouvernement ami de la paix à
— 45 —
tout prix ; rappellerons-nous son impudente ex-
pédition de la Chine, où elle force les Chinois à
s'empoisonner avec son opium pour la plus gran-
de satisfaction de son commerce; lui demande-
rons-nous compte de ses extorsions à main ar-
mée sur la Grèce, dont elle somme l'indigence de
lui compter des trésors impossibles, pour parvenir
à lui voler quelques lambeaux de territoire; enfin
niera-t-elle son alliance avec Rosas, avec Abd-el-
Kader? Abd-el-Kader qui vit splendidement en
France dans une résidence royale, quand les fa-
milles des laboureurs dont il a fait massacrer les
enfans sont réduites à la misère, et contribuent
malgré cela à la pompeuse représentation de ce
chef de bandits; Abd-el-Kader dont la mise en
liberté est réclamée chaque jour par tous les phi-
lanthropes de l'Angleterre qui se mettent en cam-
pagne pour dire hypocritement au gouvernement
français : Laissez ce brave homme aller finir ses
jours à Médine ou à la Mecque... Anglais que vous
êtes, vous savez bien que si Abd-el-Kader était libre
ce serait pour retourner en Algérie sous vos aus-
— 46 —
pices, y rallumer la guerre à votre profit, et recom-
mencer une nouvelle ère de ruine, de pillage et
d'assassinats.
Toute la politique infernale de la Grande-Breta-
gne est invariablement la même ; les Anglais dépré-
dateurs, envahisseurs, empoisonneurs, conspira-
teurs, sont les Anglais de 1792, de 93, de 1800, de
1815 ; ce sont toujours les mêmes hommes, les
mêmes instincts, les mêmes procédés ; ce sont tou-
jours les alliés de Quiberon, les amis de Beyrouth,
les chrétiens de Saint-Domingue et de Madagascar ;
c'est en un mot le rebut de l'humanité, les antipodes
de l'honneur, la négation de la vertu publique et
de la foi jurée.
Résumons-nous.
Louis XVI a signé son arrêt de mort le jour où il
a reconnu l'indépendance des colonies anglaises
sous le nom des Etats-Unis d'Amérique. L'échafaud
de la place Louis XV a été la récompense d'un prince
— 47 —
qui inaugurait, chez lui et chez ses alliés, la liberté,
cette sainte fée dont les écrivains et les assassins à
la solde de l'Angleterre ont fait, depuis soixante
ans, une furie.
Napoléon a été immolé par l'Angleterre pour
avoir, de la pointe de son épée victorieuse, rejeté
le démon des révolutions, que l'Angleterre nourris-
sait avec le sang de l'Europe. Les Anglais ont im-
molé Napoléon parce qu'il leur fallait non pas une
immense hécatombe de deux millions d'hommes,
mais l'holocauste complet d'un homme qui ne s'é-
tait pas contenté de vaincre, mais qui avait aussi
trouvé, par un seul mot, la ruine imminente de
l'Angleterre : Blocus continental.
Charles X a été renversé du trône parce que la
conquête de l'Algérie allait rajeunir pour longtemps
la race et le gouvernement des Bourbons de la bran-
che aînée ; parce que, dans cette conquête, l'An-
gleterre voyait apparaître en même temps deux
soleils, le soleil d'Austerlitz et le soleil de Fontenoy.
— 48 —
Louis-Philippe a succombé parce qu'à bout de
patience il a voulu secouer les lisières dont l'Angle-
terre étreignait ses mouvemens; il a succombé
parce que, chef du plus intelligent et du plus brave
peuple du monde, il n'a pas voulu se laisser cons-
tamment traîner à la remorque de l'Angleterre. Les
mariages espagnols furent le premier acte de viri-
lité de Louis-Philippe vis-à-vis de la Grande-Bre-
tagne ; ils furent le dernier acte de sa puissance.
Le Dieu de la France n'a pas voulu que toutes les
ténébreuses machinations de l'Angleterre eussent
un terme trop prolongé. Après 1848, préface de la
révolution sociale qui nous était promise, devait
arriver 1852, où la civilisation allait être, qu'on me
pardonne le mot, passée au fil de l'épée du socia-
lisme .... Dieu a suscité un nouveau Napoléon pour
nous préserver d'un déluge de maux et d'un déluge
de sang, et la main vigoureuse qui s'est rendue maî-
tresse des destinées de la patrie saura bien conjurer
le mal que l'Angleterre n'a pas perdu l'espoir de
faire encore à la France.
- 49 —
Car l'infäme veut être toujours la courtière, la
grande ordonnatrice des révolutions du continent.
Comme la baleine de l'Écriture, elle reçoit dans son
sein tous les Jonas révolutionnaires pour les revo-
mir en temps opportun sur les plages où se dres-
sent les nouvelles Ninives.
Mais les Ninivistes, je veux dire,les peuples de
l'Europe, sont prévenus, et, désormais, à l'exemple
de la France, ils repousseront, l'histoire d'une main
et l'épée de l'autre, ces immondes apôtres du socia-
lisme qui viendraient, sous le patronage de l'An-
glais et à l'ombre de son pavillon criminel, appor-
ter la désolation, le viol, l'incendie, le pillage et
l'assassinat.
LES TRAITÉS DE 1845.
Un écrivain sérieux du siècle dernier a dit :
« S'il est quelque prince qui regarde les traités
comme de vains fantômes qu'un instant critique a
produits et qu'un autre instant peut détruire arbi-
trairement au gré de l'intérêt, c'est non-seulement
un ennemi du genre humain, mais encore un très-
— 51 —
mauvais politique. La mauvaise foi ne peut avoir
dans les affaires d'Etat qu'un succès court et pas-
sager, au lieu que la réputation bien affermie d'une
fidélité inviolable à garder ses engagemens attire
à une nation une confiance également glorieuse
pour elle et et avantageuse pour ses intérêts les plus
chers. »
Cette belle théorie, si claire, si saisissante sur le
papier, n'est en effet qu'une théorie; la pratique
en est dangereuse, l'application impossible. Si le
respect dû aux traités; si la scrupuleuse observance
de leurs clauses, si la religion de la parole échan-
gée étaient le sine qua non de la prospérité, de la
puissance et de la grandeur, il y a trois siècles déjà
que l'Angleterre serait ruinée, conquise et dé-
membrée.
Loin de là, la perfidie a toujours rapporté à la
Grande-Bretagne de grands bénéfices politiques et
commerciaux, même alors que l'Europe n'était pas
encore soumise à l'épidémie décennale des revolu-

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