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La galerie des états généraux ([Reprod.])

352 pages
[s.n.]. 1789. 5 microfiches ; 105*148 mm.
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RELIURE SERREE
Absence de marges
intérieures
VALABLE POUR TOUT OU PARTIE
DU DOCUMENT REPRODUIT
Illisibilit partielle
A
&ALER 1%
D E S
JE TA TS- GÉNÉRAUX;
NuSo S/crimine habebo
3Vȕf Retulusve fuat.
VIRG.
< 5 )
A a
INTRODUCTION.
il i l'on confondait cet ouvrage
avec une Satyre, on tomberoit dans
une grande erreur. Il s'agit de diriger
la confiance publique & de lui df-
figner ceux fur lesquels elle peut e
repofer fans crainte & ceux i
pourroienc l'expofer. On fe diiïîmu-
leroit en vain que l'intrigue, la fa-
veut ont influé fur les élections. Tôlis
les repréfentans de la volonté géné-
rale ont à-peu-près les mêmes pou-
voirs, mais non les mêmes moyens
de les exercer, les mêmes qualités
propres à raffurer & non peut-être
les mêmes intérêts à réunir. De quelle
importance n'eftil donc pas de bien
U>
connoitre ceux à qui nos de (tirées
font rèmifès. S'ils aiment vér tafcjle-
ment leur patrie ils doivent ieirer
qu'on féclaire, & dire comme 'cet
Athénien Je me re/ouis de ce qu'on
tant de mes concitoyens plus
capables que moi. S'ils pensent diffé-
remment ,quels ménagemen leur
doit-on 'Ou du mpins, eft-c<; à de
iî foibles confidérations qu'il fa adroit
facrifiet un inftant la fortune de
l'Etatj
Nous croyons efTentiel de pefer
fur une idée qui n'eft alîurément pas
neuve mais dont on ne fait pas
l'application auffi fouvent que le be-
foin l'exige, Pour l'objet qui nous
occupe il fuffit de confidérer les
hommes fous le, rapport des talens
<% des qualités néceffaires a la grande
t s
A3
opération actuelle. Le bon èfprif; e
courage de l'ame > la flamme du p
triotifme la connoirTance des irtté- j
rets nationaux, le don de s'exprimer,
la fidélité aux bons principes voilà
ce qu'il faut chercher dans un député
noble, eccléfiaftique ou lîmple ci-
toyen mais, d'ailleurs, fe rappeller
que le Prince Kaunitz eft un peu fi
gulier, que M. Charles Fox aime Le
plaifir encore plus que les affaire,
que le Prince Potemkin- s'occupe
tout autant de l'avenir que du pré-
fent Se fe dire que malgré ces
taches ces meilleurs' fervent leur
patrie avec utilité. Maiatenanc point
d'application nulle perfonalïté>
c'en eft alfez pour le lecteur homme
d'esprit, & il eft fuperflui, de parler
aux autres,
U)
On criera tant qu'on voudr contre
la licence & la multiplication des
brochures. Ceft pourtant à :ctçc li-
berté que nous devons le bonheur
de commencer à devenir d<s hom-
mes. Quand on a lu certains ouvrages,
on s'eft dit: il y a donc d'e cellens
efprits dans le royaume fi l'on veut
mettre en avant telle ou tell vérité
on eft à -peu -près sûr de l'avoir
défendue & protégée par 1 coali-
tion. des gens capables &bien inten-
tionnés. Alors le courage renaît, les
forces doublent on s'affra chit de
la tyrannie des préjugés on fe fout:
trait au joug du defpotifme minis-
tériel qui jettoit dans des cachots les
plumes courageuses comme les plu-
mes fatyriques > & 1'on établit fur des
r?)
A 4
bafes durables l'empire d
la penfée.
Il eftimpolTtble, fans doute, d'an-
noncer les réfultats des Etats N
tionaux mais quoi qu'Us
Ment-Us diflbus demain, la révc>
lution eft faite. Qu'aucun
n'espère plu$ tenir fes opération? dans
l'ombre emprunter avec
impofer fans que le peuple s'n
apperçoîye. Toute opération ml-
niftrielle fera analyfée, démontrée
nuifible ou avantageufe confaçree
ou rejettée par l'opinion généra le
avant qu'elle ne 3'a.ccomplilTç. Il faii,t
.maintenant gouverner des hommes
inftruits, qui n'ignorent pas la né-
ceflité d'avoir un chef mai§ qui
favent mieux encore que de
l'autorité eft l'exécution de la loi^ &
(H
non fînfpîration arbitraire d'tihe vo-
lonté peu éclairée,
Les: fréquences aflèmblées natio-
nales apprendront connofcre les
ïnftrumens capables de Servir utiles
ment. Ce n'eft pas dans de petits fé-
rails qu'on choiera des Mi liftres
où l'on ne cuivra plus rotdre perfide
du tableau; ceux qui fe feront dif^
tingués apporteront au moins quel-
ques connojfïànces au Conseil où ils
parviendront & l'on n'aura plus la
douleur dé voir entrer dans la-falle
dès décrets quelques êtres inconnus,
comme on voit à l'opéra des Dieux
arriver tout-à-coup dans leur char
pour trancher le nœud, de 'la diffi-
culté.
Cette galerie préfèntera donc fuc-
ctffivement les portraits des hommes
̃̃(*).
qui peuvent agir fur la choie p
bvlique & cet ouvrage fera utile à
qui cherche la clef des événemens.
Elle eft prefque toujours dans le ca-
raclere de ceux que l'intrigue a jet é
dans le tourbillon des affaires eu
de ceux que la puifTance exécutrice
appelle à l'exécution de fes plans.
Si fon avoit lu attentivement cer-
taines lettres adreflees il y a dix ans
à l'ancien Evêque d'Autun jamais
M. de Brienne n'auroit été appel é
au rniniftere ce bouleversement
des chofes n'auroit pas néceffité une
opération eflentieHe, mais trop hâté
ou plutôt préparée avec trop de pré-
cipitation.
Rois chefs adminiftrateurs des
fociétés humaines, foyez à jamais
convaincus que la vérité n'arrivera
( U )
LA GALERIE
D E S
ET A TS-GÉ NÉ R A U.X
N A R S É S.
NarsêS) victime de l'ambition, marty
de fes propres fuccès, jouet des courti
fans, idole de la tourbe populaire, fan
patrie, Caps vrais amis. fans projets fixes
fans connoiffance des hommes plus avid
de louanges que d'eftime au-defl'ous des
événemens, étranger à tout ce qui l'envi-
ronne, doué malheureufement d'affez d*ef-|
prie pour aspirer aux premieres places,
dénué des talens qui y font prospérer.
Son éducation fut trop négligée pour
qu'il pût préparer les grands Succès. Des
{on abfcure jeunefle, nourri de calculs,
̃̃?»̃*̃
il fe renferma dans l'étroite espérance de
devenir riche. Rebuté par l'amour, fervi
par les circonftances choiii par la fortune,
il amafla de grands biens. N'étant nji re-
cherché des hommes ni agréable' aux
femmes n'ayant ni figure ni grâces, ni
naiflance, ni amabilité, il efpéra trouver
dans la jouiffance du fatie l'équivalent de
toute autre jouiffance.
lied une auftérité de mœurs u'entre-
tient hatùrellement la rudelte du carafiêrê.
Chacun Ce juge. Quiconque eft fan moyens
de plake, compte fur les égards & afpire
l'eftifae qu'il croit une dette, & à quel-
que fufïhge qu'il imagine conquérir.
Narfts fit de la fagene un mûrement de
fuccès j & cette vertu ordinairement fi
ilérile,. devint entre Ces mains la caufe de
fon élévation.
Parvenu àune place éminente il éblouit
par le défintéreffement dont l'empire eft
fi sûr. La confiance fuit l'aveuglement. Il
réçompenfa ceux qui lui portoient leur or
tir)
par de fi. brillantes conditions, que la foule
accourut; & le vulgaire-, qu'il eft facile
d'égarer, crut que le Miniftre commandoit
à l'opinion, tandis qu'il ne fer voie que Un-
térêt des individus.
Chez une nation où les Grands n'éprou
vent guères de contrariétés, ôù les femmes
font à-peu-près sûres de leur empire où
les agens fubalternes croient pouvoir dif
pofer de l'aùtorité, oà l'adrefle préten
aux grâces où fimportunité arrache ce
qu'on ne lui accorde pas on fut furpris de
voir un homme qui fembloit méprifer les
hommages, ou du moins les facrifier à une
divinité plus entiere ou incapable de com-
pofer.
L'étOnnement redoubla lorfque le même
homme, d'une apparente indifférence pour:
les adroites prévenances montra une
fenfibilité puérile aux farcafmes d'une na4
tion plus légère que maligne, & confefla
quefa philofophie fuccomboit fous les
traits plaifans cuç décocholent les oififs de
( il
la capitale, devenus, fans le favoîr mi-
niftres des vengeances d'une foul de vic-
times égorgées avec le couteau e la xé-
forme.
Il fe flatta de ramener les incrédules ou
quelques hommes rébelles à Tenthou-
fiafme, en mettant fa rare capacité au grand
jour, & en dévoilant à la nation es caufes
d'une félicité donton la berçoit fanscefle
fans jamais l'en faire jouir. Mais cet étalage
de prodiges révolta les uns fi rire les
autres, en impofa à un certain nombre Ôc
déplût tous; car les hommes ni-, veulent
pas qu'on viole leurs fuffrages & qu'on les
condamne à l'admiration.
Ce grand coup de théâtre n'empêcha pas
que cette fuperbe piece n'eût un funefte
dénouement. Ce n'étoit rien de descendre
mais il étoit cruel de descendre au bruit des
applaudiffemens & dans l'impuiffance de
demeurer fpedateur d'un peuplé frivole,
encore plus prompt à fe confoler qu'à
s'enthoufiafmer. On court dans un château
( If )
folitaire avec lè.fecret efpoir d'y voir ac-
courir en pèlerinage les adorateurs dei'ex*
Dieu.
Ils parurent de loin à loin. On réveill
leur zèle rallenti par un gros livre dépo-
iïtaire des recrées de la famille de l'Etat
Une întroduâion remplie d'éloges pour
l'auteur & d'infultes à la nation françoifej,
âgiifoit fur les imaginations & leur don
noit le courage de dévorer lentement l'cn
'nui de trois mortels volumes.
Le livre'eft fortement attaqué l'auteui
accourt à Paris pour le éfendre, & fe fé
licite ou plutôt te flatce n fecret d'avoi
obtenu les honneurs de la perfécution. On
attache à cet ouvrage le fil d'une nouvelle
intrigue, & quelques apologities forcenés
conçoivent le hardi projet de reflufciter
War/ës.
Dans une obfcurité combinée il jouoir
le rôle d'un martyr, lorfqu'un rival en-
gagea une querelle un peu précipitée. Elle
rangea fus nombreux ennemis du côté de
républicain j,
fon adverfàirej qui dans ce moment plus
que jamais recueillit les fruits de l'aufljémé
de moyens sans remonter pourtant au trône
des finances, fur lequel la 'fortu e plaça
un Adminiftrateur inepte fous ie dehors
de la capacité. Les caiffes fe vuiderenf la
confiance disparut, le crédit fut anéanti,
la confufion s'avançoit, le peuple fatigua
fembloit hazarder quelques menace l'orage
alloit croisant, la néceifité impérieufe
commanda des difpofîtïons extraordinaires
& l'autorité, embarraffée un inftînt re-
plaça au timon des affaires un homme-que
le peuple demandoit, moins pour l'avoir,
que pour être délivré d'un double fléau.
On s'attendoit à des prodiges. Le finan-
cier comptoit fur un nouveau fyftême le?
créanciers de l'Etat fur le retour de i'exac^
titude le commerce fur des fecours la
nation fur un plan uniforme. Les hommes
de lettres efpéroient des vues profondes due
la part de leur émule, les amis de la liberté
une cpnftitution franche de la part d*un
( il-)--
B
républicain les gens d'affaires, la remonta
du crédit des fyftêmes d'un fpéculateu
en banque le Clergé un concours au t'où
tien de la morale de la part de l'auteur dt j
V influente des opinions Le Roi
quelques momens de tranquillité, quelque?
I jours de paix dont cet honnête homme ioi
feroit fi digne; il l'attendoit, disje, d^un
ion fouvenir. Que d'efpérances ont ét
trompées Pourquoi c'eft que dans Tel-
pace rapide de trois années la nation
appris à connoître Ces droits. A peine a-
t-elle voulu les faire valoir, que l'admini
trateur étonné de la réfiftance, s'eft en
vain replié fur lui-même. Chaque événe-
ment l'a découragé. On lui a montré l'in-
tervalle qu'il avoit à remplir pour arriver
au but que la nature des chofes lui pref-
crivoit alors, niefurant fes forces avec
cet immenfe travail il a chancelé. Maïs
bientôt ranimé à la voix tyrannique de
l'ambition preffé par des entours avides
d'intrigue & de gloriole, il a faifi Toc- •
( I« )
cafioh de jetter un grand éclat; & croyant
commander aux opinions, il a cé é la
volonté générale qui réclamoit une aflum-
blée nationale.
A peine ce grand engagement atil|été
pris que, tourmenté du befoin de pritner
& de la crainte de ne pas diriger fac tendent
cette grande machine, il a été effrayé de
la carriere qu'il venoit de s'ouvric. Depuis
cette époque fatale, chaque démarche de-,
vient une chute.
Aflemblée des Notables, à laquelle on
prefcrit un plan de travail qu'elle ne fuit
point. Narf es n'infpire ni confiance ni
crainte ni eftime ni déférence.
Forme de convocation prefquc gêné-
ralement rejettée règlement obfcur ir.-
terprétations délufoires, marche tor ueufe,
retards combinés moyens d'intrigue éc
-non de talens.
Difcours à l'ouverture des Etats-Géné-
raux, dans lequel perce à chaque inftant
l'homme enyvré & cette malhéureufe
habitude de ne favoir jamais, ou de ne
r «* )
B 2
voulok jamais «^expliquer ouvragé mal*
cent, mefquin, déplacé, démarquant u
génie étroit & une âme incertaine,
Conférences où Ton balbutie au lien <3e
parler, où i'on tâtonne au lieu de «'avan-
cer, & où fe montre dans toute fa honi©
cette timidité qui provient du fentimeitt
cruel qu'on eft au-deflbus de fa befogne
& arrivé au terme où il faut avouer fa nul.
Vite, ou préfenter un de ces grands èxp£>
diens qui ramenent les opinions flottantes»
Le voilà donc révélé cet important
cret (A) fi bien dérobé pendant dix ans aux
yeux de la multitude déçue c'eû q e
Narfés efl: fans plan déterminé, fans génie
pour le concevoir fans adreffe pour fe le
faire donner fans amis qui 'J'aident à por-
ter un fardeau au-deflus d'un mortel, fans
coopérateurs d'un génie qui fupplée aux
erreurs mêmes de l'homme livré à trop de
conceptions.
Narfés donneroit fa fortune, la moitié
de ce qui lui refte d'exiftence phyfique
T*M
pour îàuvérîâ France'des malheur ofc il
l'a précipitée. Nulle vue étrangère ne l'a
égaré fù probité eft demeurée intacte
foti intention pure; mais préfumatjt ti|op
de fa capacité il l'a moins confultée 4ue
fon ambition îl a Cru que le defir du bien
& quelques connoiffanc^s partielles fuffi-
foient aux besoins de l'Etat; il a voulu
non-feulen-.ent tout faire) mais fair feul.
A Con entrée dans le nvniftere, les autres
fatrapes ont difparu, feul il a fixé es re-
gards, feul il eft devenu l'objet es cf-
pérances.
Dans les premiers mois de Con règne,
nnéefpecede jufticecommandoit leflence.
Donnez donc le tems de faire, difoi'înt fes
parafant Les Etats-Généraux annc ncés
tout a été renvoyé à cette époque régéné-
ratrice. Il s'agiffoit feulement de la gagner
fans éclat & fans fufpenfion totale. On y
eft parvenu. Au lieu de voir déployer le
génie de l'homme d'état, on apperçoit un
aftucieux perfonnage qui, tantôt Ce montre
& tantôt fe cache, qui n'ofe embraffer le
t ai )
parti du peuple & craint d'être repouffé e
celui de la nobleffe; qui Ce flatte de- trait-
ver daps le clergé conciliateur un parti q ni
modérera l'effervefcence de celui -des deux
autres, que trop- d'opiniâtreré empottercit
au-delà des mefures.
Il eft donc bien démontré que N corps
n'eft pas t'homme que l'on a cru. Mais pour
n'être pas ce qu'il devroit être y ne vaut- il
pas mieux encore le maintenir; que e
s'expofer à un changement. C'efi ce qu' 1
faut examiner»
Narfés. a pour lui le peuple.. Il eft le
nome ami de l'ordre, bon comptabl
L'orgueil qui le dévore fupplée. au patrio-
tifine qu'il ne peut avoir. Son crédit; per-
fonnel peut venic au fecours dus caiffes'
épuifées dans des momens dedétreffe»*
l'étranger le juge homme d'état & erpij!
que la France eft heureufe d'avoie feà
finances dans des. mains au lfi puces 6c auflt
avives. Il eft bon d'avoir un homme suffi
inflexible, pour réfifter à l'âpreté des.vea^
deurs d'argent, à f indifcrérion.&s voîon-
tés puiffantes l'avidité des catirtifens
à l'aviver follicitation des femmes. Si la
nation fe réfout à combler les vuidîs qu'ont
biffés l'impéritie & la diflipation ne trou-
vera-t-eile pas avec utilicé un homme qui
a te méchanifme de la perception & la
Science des reviremens ? Voilà fans doute
tout ce que Tenthoufiafte ie plus zélé ima-
ginêroit en faveur de Se antago-
niftes répondroient
S'il fe renfermoit dans cet ordre d'ocoH
pàtions, nul doute qu'il ne fallut le con-
feever mais s'il a toujours l'a îibitieufe
manie d'aller au-delà de fa place ce n'eft
plus ce qu'il pourroit faire qu'il aut exa-
miner mais ce qu'il fait. Or peut-on fa
diffimuler qu'il ne fomente la divilîon entre
les ordres^ non en les incitant: les uns
cohtre les autres, mais en leurjinfinuanc
rëfpoîr de voir l'autorité royale appuyer
te parti auquel il la promettra. S'il
p'ôgiffoit d'adminiilraeion peut-être fon
B £
confeil vaudroit-il celui d'un antre mai
il s'agit de conftitution. Or, fi on examine
fes principes, fon filence ou fa conduite,
il eft impofGble de l'admettre à la formation
d'une conftitution, •
Ses principes font; puifés dans le defpo-
tifme le plus révoltant; on les a vus déve-
loppés & mis fous les yeux du public. (B)
Dans forr discours pour rouvertùre de
l'affemblée nationale il ne dit pas tin moc
de la conftitution & TafFeûation de n'oc
cuper les comices que des finances, ne
peut être une (impie maladrefie. (C)
Sa conduite pour la feule convocatiorn
de Paris, démontre qu'il n'a jamais voulu
d'union de laquelle feule pou voient dé-
river des loix conftitutives»
N'eft-ce pas un des plus grands incon-
véniens poflîbles que de flotter fans cefle
entre des incertitudes cruelles ? A-t il uii
fyftême caché fous le. voile d'une myflc-|
rieufe prudence ? Ou cache-t-il fa nullité'
(»*̃)̃
fous des dehors adroits? Que veut- faire ?
Donnera-t-il des armes à Tariftocraùe ? Ou
favorifera-til les démagogues ? Veui: il
régner? Veut-Il faire régner fon roi? Veut il
faire régner la loi? Tout peut fe conjec-
turer rien ne peut fe démontr r. (D)
S'il nous falloit reprendre une admlniftra-
tion précipitée, les nations voifiies'di-
roient: «François imprudens, vous avez
confié vos deftinées à un étrange qui ne
vous avoit donné aucuns gages ni de
» talens, ni d'attachement. Malgré l'expé-
a> rience des Mazarins & des La vous
a> avez eu encore une confiance a eugle
a> il faut l'expier, » Qu'aurions-noi s à ré-
pondre ? (E)
Pour achever enfin une convia ion qui
re'fifte à tant de preuves, demandons-nous
qu'eft-ce qu'un rniniftre ? & faifons la com.
paraifon impartiale.
Qu'eft-ce en effet qu'un miniftife chez
une des grandes puhTances de l'Europe?
Un homme d'une trempe d'efprit que rien
n'intimide, 6c qui cependant n'adopte pas
(
avec trop de facilité les grands projeta
dont l'imagination jouit à l'infant qu'elt
les conçoit foutenu par le noble defir d<t
parcourir la carriere avec gloire, & per»
fuadé du danger de trop hâter les fuccès;[
tendrement attaché à fa patrie fans être
efclave des-préjugés qui en font, aux yeui:
de bien des gens l'afyle exclufif des talen
& de la capacité. Combien de genres d
culture Ae doivent pas avoir enrichi un Ci
beau fonds ? La connoinance des homme!:
qui fe prend dans l'hiftoire comparée ave
ce qui fe paffe fous nos yeux; des chof
qui tiennent à I'obfervation des intérêts
multipliés qu'il faut fans ceffe, pefer du
paffé çui renferme dans fon fein les traités
faits altérés ou rompus i.es projets aban-
donnés, repris, bien ou mal exécutés,
tour-à-tour remis en vigueur ou proscrits.
Que 'd'efpeces de talens font néceffaires'
pour paroicre avec un certain écla:, ou du
moins infpirer de la confiance Précifion
dans le ftyle, clarté dans les idées, élo-
(
queiice dans la parole énergie da le ce,-
ra&ere formes féduifantes empire fur Ces
mouvemens aftivité d'exécution rang-
froid dans les crifes, folidité de jugement
finefle de tad, l'art de cacher tan d'avan-
tages & d'en laiffer voir. affe? pour inti-
mider ceux avec qui l'on traite. Tant de
préfens du ciel ne font rien encor fans le
talent de les employer; c'eft-à-dir<: main-
tenir la dignité des rois fans leur mmoler
trop de viftimes fe défier de la foibleffe
qui cemporife & double les maux un retar-
dant le remède, & fe défier plu encore
de la précipitation que le vulgai e, ami
des événemens, prend pour le coup-d'oeil
du génie furveiller les mouvemens des
cours en proteftant contre le miniftere
injurieux de Tefpionage; dans les périodes
tranquilles pénétrer dans Jes arfénaux de
fes ennemis préparer les moyens^ de dé-
fenfe ne regarder tout traité de paix que
comme une fufpenfion d'armes; & dans les-
orages des crises appeller la fermeté qui
refile aux obüacles combinas, la multi-
plicité des reffburces qui latTe l'envie, l'am-
bition même le courage de l'ame qui
brave le malheur; l'art difficile de profiter
des fuccés, de prévoir les revanches, de
réparer les échecs de prépàrer la ven-
geance, de foutenir une humiliation paf-
fagere, l'art plus difficile encore d'inspirée
une haute eilime à l'Europe d'allarmer ou
d'inquiéter fes rivaux de raffurer ou d'en-
orgueillir fes alliés; l'art prefque fur-
humain de faire rejaillir fur fonc maître
l'éclat de fes propres talens, & de perfua.
der aux nations voifines, que tant d'avan-
tages t»e font que le réfumé des tàlens en
exercice dans le pays qu'on habite. A cet
enfemble prefque chimérique, il faudroit
pouvoir joindre la décence des moeurs un
défîntéreflement reconnu de fes ennemis
mêmes plus d'indifférence pour la gloire'
du moment /que pour le fuffrage de la
poftéritéî l'amour du travail de l'ordre,
du bien la fimplicité trait carac^ériftique:
t *p )
NOTES.
( A) Lr 'Voilà donc révélé ret important fecttt. Page I jj.
ïl eft un homme qu'on peut regarder comme la caufe
premiere de la fermentation. Elie date du Compte rendu.
Il mit les calculateurs à même de faire celui de la nation.
Jufques-Ià l'on favoit en gros que le Roi avoit d'immen-
fes revenus; mais on en ignoroit la quantité & l'emploi.
Avec ces données, chacun fe mit à examiner les erreurs
du gouvernement. Cette impulfion premiere fut rechauf-
fée par le livre fur Y Adminifiration des finances. C'étoit
unex-miniftre qui révélait les fecrets de l'Etat. On crut
appercevoir que, fans un talent fupérieur, on pouvoit le
fervir. Les quereues nées au commencement de l'Aflèm-
biée des notables amenèrent de nouveaux éclaircuTe-
mens. La multitude recueillit des matériaux plus amples,
& doubla fes connoiffances. La répond arrachée à M..
de Calonne ouvrit les portc-feuifles enfin la tenue des
Etats-Généraux occalîonna cette foule d'écrits éphémères
chacun a dit te qu'il favoit. M. Necker revenu en place,
a voulu marquer fon exigence minifiérieîle par une révo-
lution.
TaTIpit-:l ̃ ̃ donner une conîlitution à un royaume qui ne
reconnoiffoit pas de fupériear, & qui ne comptoit pour
àvaux que les trois plus grandes puîiîances de l'Europe ?
Falloit-3 à propos d'un fimple déficit,
fexiftence d'un peupie qui par fon caraclere fon in*
( 3t> )
duftrie fon dévouement a joué un fi gran,d ôle daiis lt
monde?
Falloit-il faire acheter aux Rois de France par tant de
facrifices la fatisfaétion de voir leurs fujets fe rempourfef
te qu'ils fe devoient ?
Ëft-il dans les poflibles que trente-deux Pro inces, dont
le tiers a été conquis fur d'autres nations réuni:Tent
fous les mêmes principes, & concourent tou:es au même
but lorfque l'autorité de la monarchie absolue e ne les en-
thainera pas au même intérêt ?
L'auteur de tant de charigemens n'a point âlfis fa théorie
fur des études profondes. Il n'a jamais voyat;é 5 il a peu
la peu médité fes affaires perfonnehes on abforbé fes
facultés. Il n'a montré que de l'ordre du défintéreffe-
ment & une probité févere. Ses réformes n prouvoient
point de tiîens fes emprunts étoient des etreurs .perni-
cisuifes fon adminiftration n'a jamais porté f aifance dans
les Provinces. U n'a laiffé pour monumens que des hofpices
de charité.
La caiffe d'efeompte, la cailfe d'amortif'ement l'ont
s trouvé oppofé à leur utile exiilence.
Lorfqu'il fuccéda 4M. Turgot, il fit de l'économie
réformatrice le principal inftrument de fa direction. Succé-
dant à l'archevêque de Sens il n'a connu de reffources
que à3®s un bouleversement univerfel.
Quel intérêt peut attacher un étranger au fort de la
France ? Le Roi. Il a fallu triompher de fes répugnances.
La nobleffe ? Il ne peut fe déguifer fes mécontentemens.
Les gens de lettres? Il a été écrafé de leurs critiques. Il
n'a donc pour lui que le peuple des'Provincçs j mais com-
bien cet entkou(ia£ne s'affaiblit de jour enjour, depuis
( v )
que ce peuple^ne voit ni les impôts diminuer, ni les rentes
payées, &c. &c.
D'où viennent les craintes fecrettes des partifans de
M. Necker & les alarmes ouvertes de Ces ennemis
C'eft que l'on n'a pas cette confiance décidée qui nai
de la convi&ion du talent. On ejlime trop fa probité tcù
morale pour fe permettre de révoquer en doute fes in-
tentions mais on connott trop bien la diftancé qu'il y
a de l'homme à la befogne pour efpérer une régénération
Ce qu'on a vu jufqu'ici doit-il raffurer? Une Affemblét
des notables qu'on a mife dans le cas de fe divifer. • -une;
temporifation affectée pour les lettres de convocation
un réglement qui a occafionné les élevions les plus im-
parfaites, & quelquefois vicieufes une opération d
vingt-cinq millions qui a découragé les ames honnêtes^
dix petits emprunts qui ont inquiété les hommes enten
dus, &c. une pareille marche rappelle-t-elle Un
Sully les hommes d'Etat ?
Je veux que fes prédéceffeurs aient prêté une oreille tro
facile aux demandes multipliées Indiscrètes peut-être
faut-il fans ceffe montrer un vifage inflexible, faire haï
l'autorité ? Ne peut-on être économe fans être dur^
( Revue des principaux Ecrits fur les Etats-Généraux. )
(B) On les a vus développés & mis fous les yeux du
public. Page ij.
Puifqu'enfin les François ont le bonheur de voir encore
une fois la direction des affaires entre les mains de M.
Necker l'on penfe qu'ils feront infiniment fatisfàits d'api-
/(*O
Mjoaete
percevoir d'an coup-d'eèii les principes jofitifs de ce
grand minore. On les a extraits du milieu es idées me-
taies fi belles fi conformes qui forment a plus grande
partie de fes Ouvrages & qui peignen fi liien fon
cara&ere.
Le Souverain d'un royaume tel que la France peut
*» toujours, quand il le veut, maintenir la balance entre
fes dépenfes & fes revenus ordinaires: la diminution des
» unes toujours fécondée par le vœu public eft entre
*> fes mains & lorfque les circonftances l'exigent l'aug-
tûentation des impôts eft foumife à fa puiffart e ».(Conlpte
» tendu, pages 3 & 4. )
» Ç'eft le pouvoir d'ordonner des impôts qui confti-
tue la grandeur fouveraine (Mémoire donné au Roi
par M. Necker, en 1778 Compte rendue page
Mais, parce que dans un £tat monarchique le Sou-
verain eftle lien des intérêts politiques .5r parce que,
dans une telle conftitution il détermine feiû les facrî-
s» feul il a le pouvoir de contraindre à Torjéiflance les
principes de juftice ne font poin\ changés ,& les devoirs
du reprefentant de l'Etat n'exiftent pas moins dans toute
leur force. On voit fortir de ces réflexiclns unt vérité
b effrayante pour la confciencc des Rois c'éft qu'en cort-
fiant aux tribunaux la décifron des différends qui s'élc-
» vent entre leurs fujets, ils font demeurés feuls arbitra
de la plus grande caufe qui exifte dans l'ordre focial de
celle qui doit fixer la mefure des droiu & des prétentions
du trtfor-putlie, fur la propriété de tous la membres de la
(3? )
c
*focîêîi; que pour la décider & la connoitre cett
m caufe dans toutes îes parties il faut non-feulement u
w cœur droit, mais encore de l'étude & de la fcience
» De rAdmïniftration des finances tome I chap. z
&44-)
Le fimple pouvoir ( aux Ajfemblées provinciales ) e
» faire des obfervatio,ps; en cas de demandes nouvelles,
:1] de mariere que la volonté du Roi fût toujours éclairée
& jamais arrêtée. Enfin, le mot de don gratuit absolument t
interdit & celui de Pays d'ad.miniftradon fubrogé à
celui de Pays d'Etats, afin que la reffemblance des no
» n'entraînât jamais de prétentions femblables. On fent t
qu'il eft aifé de remplir ces conditions, fur-tout lotfq e
l'on n'eft gêné par aucune convention antérieure, i\c
» que de la part*%du Souverain tout devient conceffion !5i
» bienfaifance. J'ajouterai encore comme une condition
»eflentielle que telle perfection que l'on/ crût avoir r
» donnée à cette conftitution nouvelle, il ni faudroit a
M noncer fa durée que pour un tems fauf à la co
» former enfuite pour un nouveau terme & ainn ce
fuite auflfi long-tems que Votre Majefté le jugerait à
» propos de manière qu'après avoir pris tous les foins
» nécemires pour former un bon ouvrage, Votre Majefté
eût encore conftamment dans fa main les moyens de je
M fupprimer, Avec une femblable prudence quels incor^-
j> véniens pourrait-on craindre » ? ( Mémoire donné au
Roi, en page 8. )
« Dans un pays monarchique où la feule volonté du
» Prince fait la loi l'inquiétude du Souverain doit fe
» borner à être certain que fes intentions juftes & biet-
( H )
finies foicnt remplies ». ( Mémoire donne au Roi
cn 177S. )
« Mais il n'eft aucune partie de fes reven s éme
a» annuels', qu'un Roi de France n'ait le pou oir de dé-
» penfer bien ou mal â propas ( Sur le Co pte ¡tendu
auRoi en 1781 j nouveaux Eclairciflèmens jpageéj.)
« Les anciennes liaifons de la France avec es Sùifles
» le rempart naturel que leur alliancc affure à une pa-rtie
» de fes frontières les longs & loyaux fervic» de cette
nation patiente & courageufe enfin Yutilité peut-être
dont ilefi à in Souverain ¿:'avoir. dans des tens de tçpu-
blet & d'effervefeence une certaine quantité de troupes
»• étrangères: toutes ces diverfes raifcns ont pu faire envi-
fager comme uns dîfpofition fage, l'entreti habituel
» d'un corps de troupes Suiffes affez conîdérable».
(DerAdminùiration des Finances, tome Il., chap. n,
page 408. )
Il y a dans les foins que l'on prend de fa éputation
» un fentiment étranger au jugement des autre: C'eft une
glacé où l'on a l'habitude de fe regarder nous vou-
Ions qu'elle foit pure comme notre propre co;ur». (Sur
le Compte rendu au Roi en 178 ij nouveaux EclaircùTe-
mens, par M.Necker, page
«La plupart des nations, ou par choix, ou par nécef-
fité, ont dépofé leurs volontés entre les (nains d'un
» feul & elles ont ainfi élevé un monument perpétuel à
« l'efprit de difeorde d'injuftice & de défunion; qui a
'.régné fi fouvent parmi les hommes. Il ett vrai que de
» tems à autre elles ont voulu Ce fouvenir qu'elles étoieiit
» capables de reconnoître elles-mêmes leurs véritables
M inttrecs mais te Monarque Cc défiant de leur inconf-
Ci
» tance avoit pris foin de fortifier !es relforts de fa o >
»• mination & en s'entourant d'une milice guerrier &
« difciplinée il ne le'ur a plus laifle le pouvoir de fe dé- j
x goûter de l'efclavage il a eu des foldats avec des im- |
» pôts & des impôts avec des foldats & raid de
» cette double action correfpondante il eft devent Ie
m maître de tout faire & de tout ordpnner». (De l'im-
portance des Opinions Religieufes commencement du
chap. 7i page •*
(C) Ne peut être une fimple mal-adrejfe. Page Jtj.
I;e directeur des finances étoit sûr de déplaire à lue
partie delà nation. Une lui reftoit à-peu-près qu'une route
à fuivre fe borner à mettre fous les yeux des Etats-G né-
raux la'fituation des finances.
Un peuple éclairé qui, relativement aux difeuffions co-
nomiques occupe déjà la feconde place en Europe &
diiputera bientôt la première devoir fupporter impatiem-
ment d'être endoctriné par un étranger auquel fa place
interdifoit des fondions réfervées au chancelier.
On auroit voulu qu'un adminiftrateur des deniers pu-
blics fe fût abftenu de fon éloge ou du moins qu'il ne
l'eût pas à tout propos mêlé aux grands intérêts qu'il avoit
la rage de difeuter.
L'ancien Compte rendu fouvent repris jamais bien
juftifîé les attaques vigoureufes de M. Je Calonne mal
repoufTées & nullement anéanties un livre inilitelligibfe
fur la religion 3 & un autre plus fautif fur les finances,
avoien: mal difpofé le petit nombre d'auditeurs qui ne fe
binent pas éblouir par une réptttation exagerée.
(îO
Les ambages combinées du Rapport & de plulieuTS
Lettres interprétatives cette affeékationr de «léfigtier à
Lyon à Bordeaux, les banquiers pour été dé uté la
difficulté de s'expliquer, dans la crainte-de fe lie & de ne
pouvoir plus enfuite fe plier aux circonftances tout jàvoit
prévenu les efprits.
Si cependant on avoit ufé de cette indulgence qui
devenoit un devoir envers un étranger fi le Difc urs (avoir
été moim prolixe les principes plus décidés il y avoit
d'excellentes chofes à recueillir, & plus d'un paflagc
vraiment utile.
Le compliment à la nation qui fe trouve dans la première
page veft digne de l'Académie Françoife. Les voilà
donc, après un fi long terme les voilà rappel es autour
» du trône ces députés d'une nation célèbre à tant de
« titres, &c. &c. ».
Mais ce qui a fur-tout attendri les coeurs déjà à difpofés
¿¡la fenfibilité par le compliment, c'eft ce paffage plein de
modèle.
u Vous me difpenferez sûrement. Meneurs de jetter
un regard fur les tems {dtfafireux) qui on précédé
» ( ma brillante Âdminiftration). C'cft de la ftu tion pré-
w fente, c'eft du mal qu'il faut réparer que je dois vous
r> inftruire & vous occuper. Je renonce également à vous
» faire connoître toutes les difficultés qu'il a M\\i}(quc
celant des finances depuis la fin d'Août, jufqu'à prd-
»'feht. tildes travaux d'ailleurs il eft dépeints,
» dont un fentiment intérieur eft le feul dédomm^gemen:
la vraie récpmpenfe ».
(
C5
(La bienveillance d'un Roi, le fumage d'une nation !a
reconnoilTance d'un peuple ne feroient qu'une foible
compenfation de ces peines cruelles ).
Les efprits pafferent de l'admiration à la joie lorfqu'ili
entendirent que le dé6cit ne s'élevoit qu'à cinquante-fi
millions & cet aveu généreux toucha d'autant phis
qu'il démentoit d'une part les opinions panées du direc
tenr & juftifioit indirectement fes prédécefleurs. L
bonheur fut au comblé, lorsqu'on vit la fatisfaifante énu-*
mératior de feize moyens pour le combler de forte qu
fi par des malheurs imprévoyabîes les Etats-Générau
ne fe réuniflbient pas fur la néceffité de venir au fecou s'
de l'Etat on pourroit paifiblemetit attendre fans leurs s
recours, l'époque de leur conciliation ce'qui les rendra
toujours fort utiles fans les rendre tout-à-fait indifpen-
fables.
Le plus beau morceau du Difcours eft incontellabl
ment ce'.ui où l'orateur développe la force des engagement
pris par le Souverain. Ce n'eft pas un de ces momens
d'effufion où l'ame fe livre à des fentimens généréur:
on voit toujours l'homme d'Etat car après avoir fanc-
tionné de la manière la plus forte la parol; des Rois il Ce.
fait à lui-même cette quelHon « Ne pourroit-on pas faite
» une diflinition entre les divers titres de créance pc
« réduire enfuite l'intérêt des emprunts dont les condi-
» tions autoient été trop favorables aux prêteurs » ? On
voit d'abord l'homme courageux qui ne rougit pas de
confetfer fes erreurs paffées l'adminiftrateur qui ne pe^rct
pas la tête & comme une pareille propofition alarme Se
paroit une légere contradiction avec ce qui, avoîtp'ré-
cédé il calme ce murmuré -précipité en s'écrkots
« Vous verrez. Meifieurs que l'utilité de ee opéra-
tion n'auroit aucune proportion avec les inconvéniens
a» qui réfulteroiént d'une atteinte donnée aux principes s Uni-
s» verfels Je bonne foi nationale & aux bafes fi im portantes
» de la confiance publique m. Quelle eft cette utî ité ? j Elle
tchapperoit à la multitude eIle a même échap plus
d'un îeâeur. La voici « Comme tout ce qui <& fournis
une opinion arbitraire ne préfente l'efprit aucune
a» circonscription pofitive on forceroit les prêteurs à
» mettre à l'avenir au rang des calculs le rifque d'une pa-
x reille inquisition ». De forte que livrés aux horreurs
de l'incertitude ils fe lafferoient de ces fp culations
hafardées, & chercheroient dans le commerc & dans
l'agriculture un utile emploi de leurs fonds.
On aura fans doute obfervé avec quelle adr réflé-
chie le Directeur a omis le défoknt tableau de la dette
publique le projet de la confolider ces petits objets ne
pouvojejit trouver place dans un difcours dont i but étoit
tout différent. En vain les Bailliages avoient ex rimé leur
vœu fiir la néceflîté de fixer par d'immuable arrange-
mens le fort futur des finances M. le Direftei dit trcs-
éloquemment: « En6n, Meflkurs, il eft bon Ce vous le
» faire obferver: ce n'eft pas à la néceflïté ab blue d'un
» d'argent que vous devez le précieu avantage
d'être raflèmbié^ en Etats-Généraux. En effei le plus
» grand nombre des moyens qui vous ont été fWéfentés
a toujours été dans la main du Souverain. Si l'em-
barras des finances fe fut borné à un fimple renouvel-
iefu«»t d'impôt perfonne ne l'eût compté au nombre
•s des difficultés réelles.Un Roi jaloux uniquement de
t» Con autorité auroit trouvé dans les retranchemens
'(̃B9V
Ci
fournis à fa puiltance ou à fa volonté un moyen e
fuffirï aux çirconftances, & de fe patfer de nouveau x
» tributs
On a cru devoir cette petite leçon à des Députés im-
prudens qui fe feroient imaginé avoir en main Ia pu (-
fance légiflative pouvoir opérer une régénération rpettr*
des conditions a un meilleur ordre de choses, & vendre j
à fi haut prix la consolidation de la dette publique} iu
lieu que bien & duement avertis des moyens de les rendre
inutiles, ils feroient inexcufables de fe croire des perfon-
nages. L'homme, toujours enclin à exagérer tes reflbur-
ces, a becoin de fes corrections qui fans le décourager,
r.priment reffor de Ces projets ambitieux. Heureufe la
nation qui a acquis une efpece de Dateur toujours p êt
à l'avertir de tes écarts & à lui tracer la, route de la
félicité
Dans la page fuivante l'Orateur apporte le ba.
qui doit guérir la blefiure qu'a faite fa véridique o.
quence, & il déclare que le Roi veut placer, pour a nfl
dire, l'ordre des finances, fous la garde de la Nation
entière des hommes mal intentionnés pourroient fin»
doute trouver une contradiction formelle entre ces deux
paflages mais ils ne feroient pas attention que l'art ora-
toire prefcrit une marche toute différente. Pour faire
valoir le prix d'un facrifice on montre -que jamais il ne
fut commandé par les circonstances. Démofthène, Ci-
céron, nous ont laiffé pluneurs exemples de l'empire de
cette figure heureufement appliquée.
Plein de ces grands principes M. le Directeur en fait
un fréquent ufage. Dans les pages 72& il dit aux
.Etats-Généraux qu'ils doivent firvir à tour, qu'ils font
<4oV
les affadis du Roi, que le Rûi leur fera commun* 1 les
idées qui mfritzront leur examen: Ils vous paroiflem: fans
doute parvenus au faîte de la gloire. Non les voilà ,re-
tombés des marches du trône fur les bancs de l'école
on les induit des améliorations à faire on hur donne
une tâche on les circonfcrit dans un certain nombre
d'idées, & les foutiens de la Patrie ne font pl qije des
obfervateurs timides qui doivent s'injlruire Ce laifler
guider.
Pourquoi cette marche Le voici. Une harmonie par-
faite entre les trois Ordres conviendroit aux intérêts de ta
Nation, à ceux du Roi, mais non au Minifte :e je n'en
veux qu'une feule preuve. Si la Nation affeirblée avoit
dit à ton chef: « Voici l'exprefïion du voeu des fran-
» çois ils maintiendront votre autorité en dedans,
comme votre dignité au dehors. Ils vous firent leur
» bourfe avec leur fang. Daignez vous repofer fur eux de
vos vrais intérêts s>. A quoi fervoit alors l beau dif-
cours qui nous occupe ? il eût paru un hors-d'oeuvre in-
fupportable. On fepafleroit bientôt d'orateur comme de
premiers minutes & voilà ce qu'on veut éviter.
Le voeu des françois n'eft pas de s'affranctir de l'au-
torité monarchique mais de la tyrannie miniftérieDe
pour re maintenir, elle vante (es fervkes, xagere' fes
reflburces & cherche à tout prix l'indépendance des
VoloMés contributoires.
Le Directeur-Généra! des Finances comblé de gloire
des dons de la fortune étranger à toute efpece d'in-
trigue au-defliis même de l'ambition craignant la Cour,
accablé du fardeau des places, n'aimant que la fqlitude
bon, humain fexviable, ami fanatique de la liberté
C41 )
n'a qu'une feule paflion le bonheur des françofs} cî*
françois qu'il a gâtés à force de louanges dans fon Trar f
des Finances. Sans doute 'un pareil Miniftre vaut irue
que États-Généraux. Mais peut-on fe flatter devoir*
paroître des hommes de cette trempe ? Le Ciel ne s' I
montre que trop avare. La Nation françoife n'eft donc
pas blâmable au fein de fon bonheur actuel, de prévoir
qu'elle n'aura pas toujours un grand homme dans le pl
éminent des poftes, & de chercher dans elle-même de quoi
fe confoler de la perte d'un illuftre étranger qui opérera
fa régénération comme il l'avoit laiffée au-deflus de fa
dépenfe,en 1781.
Le Miniftre veut à tout prix la gouverner; fon zèle; a
droit d'exciter la reconnoifrance. La Nation veut à t ut
prix lui en épargner la peine; Nous verrons qui fort ira
vainqueur dans ce combat de générofité.
(D) Tout peut fe conjefturer rien ne peut fe prouver.
Page ij.
Ofi avoit annoncé depuis long-temps un grand ouvrage
deftiné aux Erats-Généraux. C'eft vfaifemblâb!ement-le
long difcours lu dans la féance du 6 Mai & diftrilué
dans la journée du .L';ntrépide &-verbeux auteur a
infniment compté fur.fon éloquence ou fur Tenthou-
fiafine de fés au,* ours. Les uns ont fouri aux principes
démocratiques répandus avec affectation; les autres pm
rejette avec indignation cette perfide doctrine. Le petit
nombre de vrais françojs qui ne livrent pas leur
à quelques fanatiques apôtres d'une nouvelle confHtu-.
tion, ont gémi fur les cif confiances tJcfaftrèufes qui Ont
vu une grande nation prefque à la merci'd'un étranger
{ediueux fous le dehors de l'amour de l'ordre, une
(4Ol
monarchie ébranlée fous les coups d'un républicain tarifai
de quelques qualités morales.
Nous, qui volontairement éloignés de ces a/hmblées
bruyantes où nous aurions peut-être paru av cque1-
qa'avaatage qui fideles à la voix de la raifo nous
Tommes pendant trente années étudié à parler fon largage,
& qui nous efforçons de cvuferver fes droits ne nous
croyons pas inutiles à la patrie; en obfervant la marche de
ceux qui la fervent, & en avertifiant les hommes ccupés
& les lecteurs précipités de fe défier de certains ;gens, de
la choie publique.
Nous dénonçons à la poftérité ce difeours répréhen-
fible fous tant d'aspects, & demandons à la nation affem-
blée d'appuyer auprès de la puiflance exécutrice le vœu
falemnel que nous formons de voir examiner les principes
consignés dans cet écrit dont on a prétendu faire la bafe
des travaux de là nation.
Quand un homme ne peut fe diîlïmuler ,que la plus,
faine partie d'un peuple éclairé profcrit les opinions d'après
lesquelles on veut lui donner une forme de gouvernement,
comment faut-il nommer Taudacieufe ré1iftance qu'on ap-
porte aux deSrs de ce même peuple..
Quand un homme, cent fois convaincu d'erre s pro-
venant d'ignorance d'crreurs provenant d'orgueil, d'er-
reurs provenant d'indécifion prend un avertîflèment
pour des perfécutions, & fe fait une efpece de gloire de
répéter Ces fautes, a-t-il le droit la plus commune in-
dulgence.. ̃] ̃
Quand un homme, chargé d'une comptabilité femblt
dédaigner fa place pour faire le légiflateur, & propofer
un code au lieu d'un tableau de receue & de dépenfeT
( n )
n'eft-il pas évident qu'il afpire à une place au-deffus da
minière?
Quand un homme a fait un livre pour démontrer <[ue j
le déficit etl de cent trente millions & un mémoire dms
lequel il le réduit à cinquante-fîx n'efl-il pas clair e
dans un des deux cas il a hafardé fon opinion. Or i
prouvera aux Etats-Généraux que l'homme quis'eft trompé
il y a deux ans ne fe trompe pas encore ?
Quand un homme cherche dans fon tfpritla marnée
de dérober fa penfée, en paroilfant la communiqua;
n'eft-il pas vraifemblable que lui-même fc défie de fes
plans & prépare un afyle à fon amour-propre en cas de
mauvais fuccès.
Par quel fatal empire cet homme nous tient-il donc
fous le charme ? Parvenu au minière par une fuite de ces
cabales dont les cours elles-mêmes font les premières "fc-
times on oublie qu'il s'eft fouillé aux yeux de la nation
du crime politique d'avoir renverfé le plus vertueux ce
fes miniftres celui dont elle recrée les principes & dont
lui-même n'a fait que fuivre les plans.
Enrichi de f dépouilles, ilfupprime, abbat, décom-
pofe, réforme. On l'attaque, on le preffe, on l'embar-
ralfe; fon orgueil lui défend de répondre, & ce m^me
orgueil nous en délivre. Il court fe venger dans une re-
traite momentannée, & révèle à l'Europe dans un gros
livre nos malheurs nos fautes & nos côtés foibles.
Il accourt à Paris fomenter nourrir, échauffer les in-
trigues que ce livre faifoit naître, reïfufciter un parçi
alors languiflant & commencer une guerre fowrdç contre
tous les miniftreSy Une fortune immenfe ne favorife que
trop ce befoin infatiable d'intriguer '& y joignant fans
peine cette auftérité de moeurs, dont t'ambtion fait le
premier de ces refforts, il Te fiit un parti chez cette
claffe orgueilleuse, dont l'incurable manie eft de prc téger,
& qui s'attache toujours au talent fans naiflance pu à la
nailfance fans talent.
Ses livres, Ces émiffaires & quelques faftueufes 1-bé-
ralités vont gagner le peuple. Les provinces (Ur-:out
tombent aux pieds de l'idole. Un homme de génie facile
& imprudent lui fournit une chance heureufe II commet
à deflein une de ces fautes qui lui valent les honneurs de
l'exil, & l'exil intcrefle en fa faveur un or re de gens
ennemi né de l'autorité,
La fortune place au timon des affaires le plus inepte
des Adminifkrateurs. Chaque faute alors e la matière
d'un regret & le prétexte d'appeller I'homrn par excel-
lence au falut défefpéré de la république. L s juftes en-
nemis de deux fatrapes turbulens fe joignent à fes par-
tifans aveugles. Un livre religieux était venu dans lin-
tervalle accélérer le fanatifme; le mal devenoit urgent,
la crife étoit terrible les provinces fe laflbieni on frappe
au cœur du Roi. Senfble; il défobéit à fa ropre con-
viûion pour fatisfaire fon peuple abufé & effaçant de fon
fquvenirce que les rois oublient rarement, il permet à
un heureux étranger de s'avoir devant lui.
La paix qui devoit revenir dans les provinces, ne re-
vient point, les rentes qui dévoient être payées ne le
font point, le crédit qui devoir renaître ne renaît point
la confiance qui devoit réunir tous les citoyens ne paroît
point.
Mais au contraire j une afferhbîée préparatoire aux
Etats-Généraux tombe dans une honteufe nullité & l'on
(4J )
eft obligé de la diffoudre pour ne pas la voir fe divife
Mais on allarme la nation en favorifant une banque do
on avoit foi-même prophétifé la chute après en avoir r
tardé l'exiftence mais on publie un règlement obfcur
aftutieui qu'on interprete & réinterprete fans jama s
l'expliquer mais on n'a pas prévu les troubles qui s'e:
citent dans les provinces les causes naturelles de ces
émeutes périodiques depuis un fîecle, & que les fieclcs
fuivans verront fe renouveller tant qu'une adminiftratien
fi fouvent avertie par l'expérience n'oppofera pas d
greniers d'abondance à la févérité des faifons.
Quelle cécité volontaire a donc frappé toute une e
nation? Et comment a-t-èlle l'incroyable patience d'éco
ter pendant trois heures un précepteur l'inftruire au lk u
de lui rendre compte. Un plébéien obfcur en impofe à a
noblefle françoife un proteftant catéchife l'ordre eu
clergé un banquier dicte des loix conftitutionnelles à
la première nation de l'Europe..
L'hifloire fourniroit fans doute plus d'un exemplaltfe^
miniflres ambitieux, qui dirigeoient en fecrèt les rên:s s
de l'empire que le prince tenoit dans fes mains; m is
il étoit réfervé à nos jours de voir un homme s'élever
diftribuer à douze cents repréfentans leur taclie com-
mander à leur penfée, la circonfcrire dans de certaines
bornes & les rendre non les' artiûns de leur future
profpérité, mais les fanctionnaires d'u/i plan déjà conçu.
Il s'agit de porter jufqu'à l'évidence j que ce mémoire,
Peuvent vicieux dans fes principes eft non-feulement dan-
gereux en politique; mais déplacé & irrévérencieux pour
le français, pour le monarque & pour chaque ordre en
particulier; & comme il a été annoncé avec fracas &
f 4* )
iotmi poor la bafe des opérations il convient de le dg-
compofer & de dévoiler rame de Coti auteur.
Et qu'on ne dife pas qu'il faut respecter l'idole dépeu-
ple cette raifon n'a jamais eu qu'un foible poidj; dans
t'écrit de ceux qui ont de l'énergie mais e le en nulle
dlns le moment où la nation eft affemblée la nation n'a
de rèfpecl que pour la loi d'égards que pour celui qui
la foutient, d'eftime que pour la vertu, & de confiance
que dans lejwtriotifme. L'intrigue la révolte le charla-
Fanifme la fatigue, l'orgueil la rebute, les détouras l'al-
larment; de même que la loyauté la féduit & 'entraîne.
(E) Page 14-
Il paroît tous les jours davantage qu'o a fait à
M. Necker plus d'honneur qu'il ne mérite. n a fup-
pofé qu'il avoit un fyftême de conduite qu'il fuivoit adroi-
tement, & les bons citoyens lui favoient gré de fa fou-
plefie à fe prêter aux diffétens partis, On cro oit qu'ar-
rivé au terme il déclareroit franchement fa doctrine
ce moment eft arrivé nous y touchons Se s'en tient
toujours aux demi-déterminations les uns l'accufent de
manquer de courage les autres d'avoir des vues favo-
rables à l'arHlpcracifme les autres, de tenir fâ place.
La vérité eft qu'il n'a pas plus de plan de confHtution
dans fa tête, qu'on n'en trouve dans fon dernier dif-
cours. Il a arrangé quelques idées fur la partie des finan-
ces, il a mis de l'ordre, de la méthode pour la recette
8: la dêpenfe ) & le Miniftre n'eft qu'un boti teneur de
Uvres un payeur e^aâ receveur fidele & un honnête
caifïîer. Tant il eu'vrai que les premieres occupations de
la vie les premiers taléns qu'on y développe viennent
( 47 )
Se reproduire fous toutes les formes, & préfentés ar
notre s.mour-propre nous paroiffent devoir fuffire à tout j
& nous porte à tout ofer, à tout entreprendre L'in-
tégrité de M.jNecker, Con éloquence pénible, ais
réelle, fon caractère patient, quoique flexible fes fuccsîs,
fa fortune, fon crédit, fes amis, fes enthoufiaftes, fes j
ennemis même tout a contribué â le tromper. Ab fé
lui-même fur fott talent comment n'aurait-il pas ab rie
les autres ? Les circo;;itances feules ont fait fon crime
comme notre erreur. On avoit befoin d'un honnête
homme il fe préfente & on en fait un Dieu. Nous ne
connoiflbrts pas ce Miniftre; mais le feu! moyen de fi ire
durer le preflige auquel il s'eft laitfé aller, plutôt qj'iî
n'a cherché à le faire naître le feul moyen de faire re-
venir l'opinion publique, qui s'en va, & qui, furie fe
de fon erreur fera peut-être à ce rniniltre autant d'en e-
mis qu'il a eu de partions 5 le feul qui lui refte aujourd'hui,
eft de faire fentir au Roi la néceflîté de fe réunir ux
Communes, comme le feul moyen d'éviter la banque-
route, la guerre civile & tous les fléaux qui menacent
l'empire. Sur le refus de Sa Majefté, M. Necker n'aque
le parti de la retraite, s'il veut emporter les regrets mé-
rités de toute la'nation Nous fupprimons une foule
de réflexions fur les avantages d'une pareille conduite
les inquiétudes les chagrins les entraves qu'on a mires
fa marche, les obftacles qu'on lui a oppofés & qu'il a
furmontés, fa confiance, fes travaux, fa patience, feront
perdus à jamais pour fa gloire; & une feule démarche va
lui en aflurer une éternelle. L'ouvrage de la conftitution
n'eft pas celui d'un miniflre elle fe fera dans les Etats-
Généraux & la Nation cependant n'çn rapportera la
(48)
fecoaneiffance qu'à Louis XVI & à M. Nectcer. Les ta-
lens qu'il poffede fuffifent à fa place on continuera
les exagérer, fans crainte pour lui, qu'on puiffe ;tre ja-
mais défabufé; on lui tiendra compte de fes fautes même,
comme d'autant de moyens qu'il a voulu err ployer pour
arriver plus sûrement au but. Enfin, M. Neck^r tient
en fes mains la deflinée de la France, peut-être, mais
fur-tout la fienne. Il ne faut.qu'un mot coungeu*, mais
il faut fe hâter de le dire & au moment où l'on lira cette
page, il aura perdu ou faifi la plus belle occ afion qui fe
foit préfentée à un mortel avide de gloire & de re-
*̃ nommée
Cette Note tfi tirée d'un ouvrage fur t Admimjirat'wn
deM-Neçker, ouvrape qui paroitra incejfamnenc.
MITIS.
(4P)
D
M I T 1 S.
Il y a des hommes qui ont acquis une
certaine réputation, on ne fait comment;
qui font employés, on ne fait pourquoi j
de ce nombre eft Mitis.
Né avec cette forte d'éfprit qui n'eft bon
à rien il n'a fait aufïî que des riens. Chan-
fons, opéras rnùfique romans, vers,'
fables, charades ? fêtes bons-mots; des
chanfbns fans fèl fans gaieté; des opéras
fans intérêt, de la mùfique fans agrément,
des romans fans fly!ie des vers fans natu-
rel, des fables fans trait des fêtes fans
efprit & fans goût, des bons mots fans le
charme de la faillie c'eft-àdire, faits à froid
&' place1 s pour briller; voilà l'homme. Telle;
cft pourtant la bafe de fa réputation, &
c'eft de là qu'on eft parti pour lui donner
des aibbaffades, Mais quelles ambaflades
Un conîplimènt un traite tout rédigé à
figner, bref, de fimples formalirés à rcm-
(jo.r
plir. Les ambaffades l'ont conduit au rninif-
tere. Mais quel rniniftre (A) A-t-on jamais
cité un de fes avis, un de fes plan u ne de
fes idée ? Il eft toute intrigue, fe moyens
font comme fa perfonne nuls. Le nature a
mis fur fa 6gure l'étendue de fon esprit. Qui
l'a entendu une fois a fa mefu e. C'eil
l'homme des circonstances; fer iteur de
Madame de Pompadour, ferviteur de Ma-
dame du Barry, ferviteur de M. de rienne,
ferviteur de M. Necker, il n'épo fe aucun
partie parce qu'il n'a aucun plan Ceft un
franc académicien. Sa porte eft ouverte à
tous les petits louangeurs qui vie ment un
à un chanter en profe ou en vers un hymne
à fon génie. Elle eft fermée à q iconque
traite av^c majefté des droits de la raifon,
& ne descend qu'avec peine aux tniferes de
la fociété. Il a de vieux amours auprès
desquels il dort d'un bon fomme. Petit
fultan au milieu d'un vieux rérail il fe
laifle adorer; ou fon amour s'exhale en
madrigaux, ou fes exploits font des fables.
Pour lui plaire, il faut être non pas
( Si )
D2
tout-à-fait bête, mais plat; avoir une cet',
taine décence dans le maintien mais êtr
bas comme un bel erprit; il a de la hauteur
espagnole de l'afluce italienne de la
tournure françoife. De ce mélange résulte
un être dont on fe défie fans le craindre
& qu'on n'a le courage d'aimer ni de haïr.
Ses foupers fatiguent fa gaieté attrifte
fa morgue indifpofe. Rien ne dédommage
chez lui: fa fageffe en impuiffante, fa vertu
eft calcul, fon efprit eft compofé de fou-
venirs quand il parle il eft fort aigr
quand il écoute, il humilie; quand il cauf
il trompe. Son égoïfine rebute, fon affe
tation lafle a familiarité eft protégeante,
& fa Froidewr dédaigneufe.
Mais eft? un de ces hommes qui ne fo.it t
à leur aife qu a ilieu de jeunes fois & le
vieilles catins. Les uns l'encenfent les
autres, le gâtent.
Si ce portrait étoit vrai d'après nature,
il faut avouer que la nation françoife de-
vroit s'applaudir de vôir fiéger dans les
confeils un homme d'un aufli grand ca-
( ( sa )
ra&ere capable de vaftes pxoje:s, habi*
tué aux vues profondes..
Mitis j avec cette légèreté, u plutôt
cette frivolité fi complettement ridicule
dans un vieillard, a tout le fanstifrhe de
l'intolérance & enchaîneroic toutes les
efpeces de liberté s'il le pouvoit liberté
de la pre1fe, liberté individuelle liberté
politique. C'eft bien l'esprit le pl féodal,
le noble le plus décidé, l'ahti-bourgeois
le plus fier qu'il y ait dans la capitale. Il
faut l'entendre fur ce pauvre Tkrs-Etat
il falloit le voir manoeuvrer pour fc n duché;
alors ont fe rappelle deux mauvai vers de
Cyrano de Bergerac
On fe dit, quand on voit un pareil Chevalier
Sont-ce donc fes ayeux qui le rendent fi fier ?
Il a pourtant la réputation d un bon-
homme. Il n'en a ni le renôni ni le
jeu. Il n'a jamais fervi l'indigen;ce, mais
quelquefois les femmes. Il eft vindicatif,
cauflique fournois. Voici un de fes mots.
Lorfque la Dunciade parut ) on y trouva