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La Guerre du second empire contre l'Allemagne . Lettres critiques par Édouard Ruffer,...

De
110 pages
J.-S. Krezswsky (Prague). 1873. In-8°.
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LA GUERRE
DU SECOND EMPIRE
CONTliK
L'ALLEMAGNE
LETTRES CRITIQUES
l'A U
EDOUARD EUFFER
( :onunandeuT
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EDITEUR ET IMPRIMEUR
l, •=. SKHEjêoVSKY A PRAGUE
1873
DÉDIÉ
À SON ALTESSE
L'AUGUSTE PRINCE
HKOLAUS NÉGUS
DE MONTÉNÉGRO ET BRDA
Témoignage
de reconnaissance et de respect
*
Au printenw/de Vannfe A868 des affaires de famille
m'ont appelé p.f>r.\de 'AHemagne. En arrivant, j'ai
passé quelqu s ans une petite résidence, où j'a
Tais quelques connaissances auxquelles je désirais ren-
dre visite. A cette époque, la paix la plus parfaite
régnait, en Europe. Je ne fus donc pas médiocrement
surpris en apprenant que le ministère de la guerre prussien
venait de prendre des informations, auprès des auto-
rités de l'endroit, et de demander à celles-ci, de quels
bâtiments et de quels secours on pourrait disposer, dans
le cas où l'on voudrait improviser un hôpital militaire
aussi vaste que possible. 1
Celui de mes amis qui me communiqua cette intér-
essante nouvelle, hocha la tête d'un air pensif et dit:
,,Nous aurons bientôt la guerre". — "La guerre, de-
mandai-je, et avec qui?" — "Mais avec la France,"
me fut-il répondu.
Peu de jours après, j'arrivais à Berlin, où je fis
une multitude d'intéressantes remarques. La classe ou-
vrière et le petit commerce souffraient alors des tristes
conséquences qu'a eues, disaient-ils, la guerre de 1866
pour les artisans et les industriels. L'état des esprits
était donc passablement sombre et l'on ne songeait
nullement à de nouvelles expéditions militaires. Moi-
même, j'ai souvent entendu, les plaintes de malheu-
reux ouvriers, qui me disaient: ""Que nous importent
nos victoires de 1866, si elles ont pour résultat de
ruiner notre commerce ?"
Je venais précisément de parcourir l'empire d'Au-
triche, que ses défaites et ses dissensions politiques et
2
nationales n'empêchaient pas d'être dans un excellent
état, par rapport au commerce et à l'industrie. L'a-
battement des Berlinois devait donc m'étonner. Je me
croyais dans la capitale des vaincus, et non dans celle
des vainqueurs. Cependant, en y réfléchissant, ce phé-
nomène me parut très explicable. La Prusse devait
au service général obligatoire les succès qu'elle avait
obtenus en 1866. Ce système ébranle d'ordinaire pour
longtemps la paix et le bien-être dans les pays où il
a été appliqué et, même quand il assure la victoire à
un peuple, il lui est très-nuisible, sous d'autres rap-
ports. En dehors de ces fatales conséquences, l'esprit
public était encore assombri par la conviction que le
temple de Janus ne tarderait à se rouvrir. De sim-
ples onvriers me dirent: "Savez-vous quels avantages
nous avons retirés de notre victoire sur l'Autriche et
les états de l'Allemagne du sud? de nouveaux impôts
et des devoirs militaires. Le gouvernement se prépare
maintenant pour entrer en campagne contre la France.
Quels terribles sacrifices nous imposera-t-on alors!"
Inutile de dire que l'armée parlait sur un tout autre
ton.
Les officiers de la garde jubilaient. Ivres des succès
obtenus sur les champs de bataille, en Bohème et dans
l'Allemagne du sud, ils rêvaient des nouveaux lauiriers
que leur procurerait la guerre avec la France. Mais
il faut reconnaître qu'ils travaillaient énergiquement à
se mettre en état de remporter les victoires si ardem-
ment désirées. Le service passait avant tout, et quel
service! Presque tout le jour ils faisaient l'exercice,
tiraient à la cible, dirigeaient des manoeuvres sur le ter-
ritoire difficile et sablonneux de la Marche; quand ils
restaient dans les casernes, c'était pour visiter les ar-
mes et s'assurer que tout était en ordre.
Si l'armée parlait avec enthousiasme de la guerre qui
ne pouvait tarder à éclater entre la Prusse et la France,
la haute société de Berlin partageait entièrement cettei
satisfaction. Un diplomate très connu me dit, à ce sujet:
„ Quand on a entrepris une tâche, il faut la mener à
bonne fin. La Prusse a décidé d'unir l'Allemagne ; elle
3
1*
a déjà commencé l'exécution de cette oeuvre, et il lui
est impossible de reculer. Le Mein ne sera pas une
barrière infranchissable. Grâce au traité offensif et dé-
fensif conclu avec les états du sud immédiatement après
la guerre de 1866, nous avons déjà passé ce fleuve mal-
gré la paix de Prague. Accusez-nous, si vous voulez,
d'avoir fait une infraction à la paix ; vous auriez pu
dire la même chose, lorsque nous n'avons pas voulu
rendre aux Danois la partie septentrionale du Schleswig.
Nous ne pouvons agir autrement. D'ailleurs, M. de Bis-
marck n'a jamais considéré comme un chef d'oeuvre la
paix de Prague, qui nous a été imposée par la France
bien plus qu'elle n'était nécessitée par l'état des choses.
Le chancelier a même eu une querelle assez violente
avec son ami Savigny, au sujet de cette paix. Et aucun
Pnesien ne permettra qu'on nous resserre dans les étroi-
tes limites de ce misérable traité. La France le sait par-
faitement ; c'est pourquoi elle arme, mais nous sommes
déjà préparés à tout. Si une bonne occasion se présen-
tait, nous pourrions entrer en campagne d'un moment à
l'autre."
Voilà ce qu'on m'a dit au printemps de l'année 1868.
Un autre personnage très haut. placé, résidant à Ber-
lin, m'a communiqué ce qui suit concernant l'affaire
du Luxembourg (1867). Napoléon III. voulait pren-
dre sa revanche pour ne pas être intervenu lorsque la
Prusse remporta la victoire de Sadowa. Mais il s'y
est assez mal pris. Les diplomates du second empire
ne sont pas des Talleyrand ; Bismarck est plus qu'à
leur hauteur, et il leur fait croire ce qu'il veut. D'ail.
leurs; nous connaissons mieux les côtés faibles de la
France, que celle-ci ne connait notre force ; ce sera là
une des principales raisons de notre prochaine victoire. Le
général Moltke était d'avis que la Prusse ne fît au-
cune concession, dans l'affaire du Luxembourg. Il a
prouvé que la France n'était pas encore armée et que
nous aurions bon marché d'elle. On tint alors une
conférence très sérieuse. Mais le roi, sur lequel la
campagne d'Autriche avait produit une impression trop
profonde, intervint en faveur de la paix. M. de Bis-
4
marck se rangea à son avis. "Notre landwehr, a dit
le chancelier, est comparable à une planche d'asperges :
il faut attendre au moins trois ans avant de faire une
nouvelle récolte."
Le peuple de Berlin savait bien pourquoi il était
triste au printemps de 1868. La planche d'asperges de
la landwehr devait bientôt être récoltée.
L'année suivante, en été 1869, je me suis rencontré
à Prague avec un officier français qui parcourait l'em
pire d'Autriche pour accomplir une mission dont l'avait
chargé son gouvernement. On comptait alors, à Paris,
sur l'alliance de l'Autriche, de l'Italie et duDanemarck,
contre la Prusse. Cet officier, qui cependant était insr
truit et intelligent, déclara que Bismarck avait hon-
teusement trompé son maître, Napoléon ID, auquel il
avait promis, avant la déclaration de guerre (1866) de
lui céder les provinces du Rhin ou de l'aider à amener
la Belgique, dans le cas où il n'interviendrait pas dans
la querelle allemande. "Il faut donc, ajouta l'officier
français, que Napoléon tire vengeance de ce Bismarck,
qui ne sait pas tenir sa parole, et de la Prusse en-
tière. Une guerre épouvantable se prépare en ce mo-
ment: une guerre jusqu'au couteau. La Prusse ne
pourra pas nous résister ; elle devra succomber sous
nos coups et sous ceux des nombreux alliés de la
France : la lutte sanglante, la terrible revanche, sont
inévitables.
Donc, les gouvernements des deux pays désiraient
la guerre. Mais cette terrible lutte n'était pas seulement
exigée par les intérêts dynastiques : les peuples la
voulaient, l'idée des nationalités semblait la réclamer.
Les Français formaient depuis longtemps une nation
politique. Non seulement ils étaient animés du plus
haut patriotisme, mais ils étaient aussi convaincus,
qu'aucune décision politique ne pouvait être prise, en
Europe, sans leur consentement. Cette vanité, très-nui-
sible à la nation française, a été inspirée à celui-ci par
ses gouvernements, qui avaient toujours besoin de dé-
tourner des choses intérieures l'attention du peuple, et
de l'appeler sur les questions étrangères. La politique
5
française, dont l'attitude est si souvent en contradiction
avec les nobles et généreux sentiments de la nation,
la politique française, convaincue de sa suprématie, a
empêché les Slaves du Sud de secouer le joug turc ;
elle s'est opposée à ce que l'Italie entre en possession
de Rome, sa capitale naturelle ; enfin, après la victoire
remportée à Sadowa, par les Prussiens, elle a déclaré
qu'elle ne permettrait jamais à l'unité politique allemande
de dépasser la ligne du Mein.
Cependant, le désir concernant la formation de l'„Etat
allemand" était devenu si puissant, dans la nation alle-
mande, qu'il fallait absolument en tenir compte, et
que, pour le satisfaire, on n'avait plus besoin que
d'un homme d'Etat perspicace et ne reculant devant
auuun moyen pour atteindre son but. On savait tout
cela, à Paris, et l'on voulait s'opposer à l'exécution
de tels projets. Il était parfaitement clair que la Prusse
dépasserait la ligne du Mein, à la première occasion
favorable, et qu'elle établirait un nouvel empire allemand.
Lorsque, plus tard, un prince de Hohenzollern se pré-
senta comme prétendant au trône d'Espagne, les hom-
mes d'Etat français, complètement joués par M. de Bis-
marck, furent pris de terreur, et crurent déjà voir le
rétablissement de l'empire de Charles V. Avant d'être
suffisamment préparée, la France provoqua la Prusse
qui non seulement était armée, mais qui, en outre, pou-
vait compter sur les armes de l'Allemagne entière; en
dehors de cela, son amitié avec la Russie paralysait
tous les alliés que pouvait avoir la France. -
Le second empire avait assurément coûté assez cher
aux Français, pour que ceux-ci eussent le droit d'exiger
de leur gouvernement qu'il veillât à leur sécurité plus
sérieusement qu'il ne l'a fait. Où étaient donc les hommes
d'Etat et les diplomates français, pour ne pas s'aper-
cevoir des préparatifs militaires et diplomatiques de la -
Prusse? De quoi étaient-ils donc préoccupés, pour se
bercer d'illusions, à la grande satisfaction de M. de
Bismarck, leur ennemi mortel?
La France devait cruellement expier sa faute de s'être
6
laissé gouverner pendant si longtemps par un gouver-
nement incapable d'accomplir sa mission.
La lutte n'avait pas encore commencé, que son ré-
sultat était déjà certain. Le Nord, organe du gouver-
nement russe, anéantit toutes les espérances de Napo-
léon III. et de ses hommes d'Etat, en faisant la dé-
claration que voici:
,,La Russie doit rester dans une neutralité absolue,
mais armée; elle doit surveiller l'Autriche et empêcher
celle-ci de prendre, sous quelque prétexte que ce soit,
une part active à la lutte. C'est pourquoi le gouver-
nement russe doit armer, afin qu'il n'ait qu'un mot à
dire pour empêcher l'intervention de l'empire des Habs-
bourgs.
Lorsque le Nord a prononcé ces paroles, il n'était
plus possible à la France de reculer, le drame sang-
lant devait être joué. Mais pourquoi la France avait-
elle des ambassadeurs à Berlin, à Saint-Pétersbourg et
à Vienne? Sans doute pour procurer des bonnes for-
tunes à ces messieurs.
H n'y a pas, pour les peuples, de meilleure école
que le malheur.
La guerre elle-même était nécessaire, jusqu'à un certain
point; l'histoire des peuples nous prouve que les guer-
res sont salutaires à la santé morale des nations, de même
que les vents empêchent les lacs de croupir, ce qui
arriverait inévitablement si le calme n'était jamais trou-
blé. La vie de chaque individu est une lutte, et le pro-
grès des peuples exige aussi des combats. Nous sommes
loin de partager les utopies d'Elihu Burrit, et, à nos
yeux, la paix universelle ne sera jamais qu'un rêve im-
possible à réaliser.
Mais plus la guerre était inévitable, plus le gouver-
nement français devait s'y préparer sérieusement. La
dynastie des Napoléons ne doit donc attribuer sa chute
qu'à elle-même ; elle n'était pas à la hauteur de sa tâche,
et elle est la cause première des malheurs de la
France.
La question italienne, pas plus que les questions alle-
mande et slave, n'était résolue; on ne manquait donc
7
pas de raisons pour faire la guerre. Depuis longtemps
déjà les choses avaient pris une telle tournure qu'une
amélioration ne pouvait y être introduite que par une
guerre sanglante ou une grande révolution. La cam-
pagne d'Italie (en 1859), celle du Schleswig-Holstein
(en 1864), et la guerre qui a eu lieu, en 1866 entre la
Prusse, l'Autriche et l'Italie, avaient déjà servi à dé-
tourner de son but l'élément révolutionnaire. Mais si
toutes ces guerres ont causé de grands changements, elles
n'ont pas amené d'entières transformations. Elles n'ont
pas résolu les questions nationales, les plus brûlantes
de toutes, et n'ont pas occasionné de grands progrès
politiques ou sociaux. Leurs résultats ont été, au cou-
traire, une Italie incomplète, une Allemagne sans union
politique, et une Autriche déchirée par des dissensions
intestines. La conséquence de tout cela a été que l'élé-
ment révolutionnaire a gagné de plus en plus de terrain.
On a même cru qu'après la mort de Napoléon m, une
révolution européenne ne tarderait pas à éclater, Napo-
léon le pensait et le craignait peut-être lui-même. Afin
d'empêcher cette révolution et d'affermir sa dynastie, il
a pris les armes. Il a voulu empêcher l'unité allemande,
rétablir l'ancienne confédération germanique, mettre
l'Autriche à la tête de celle-ci, et consoler la France
de la perte de sa liberté, en lui assurant la première
place parmi les puissances européennes.
Mais, pour exécuter un tel plan, il fallait un autre
homme que le caduc époux de l'Espagnole.
- - %t$MZ-
IL
Le temps qui s'est écoulé entre la déclaration de
guerre et le commencement des hostilités a été très long,
surtout si l'on considère la précipitation avec laquelle
la France s'est décidée à prendre les armes. Ce temps
a été très-sagement employé, à Berlin. Dès qu'on eut
compris que le moment était venu de livrer la grande
lutte décisive, préparée depuis longtemps, on déploya
une énergie incroyable. Mais il ne faut pas non plus
oublier de dire que, depuis 1866, la Prusse s'était mise
avec un si grand soin en état de s'armer promptement
et complètement dans un court délai, qu'il eût fallu une
initiative et une force tout à fait exceptionnelles pour
jeter le trouble dans la direction supérieure de la con-
fédération de l'Allemagne du Nord.
Tandis que le service était obligatoire, en Prusse,
le système des remplaçants, privait l'armée française des
hommes les plus capables et les plus intelligents. Les
"vieux soldats", résultant de ce système, étaient plus
nuisibles qu'utiles à l'armée, dont ils ébranlaient la dis-
cipline par leur mauvaise conduite. Par contre, la Prusse
possédait 33,000 volontaires, engagés pour un an, et
dont 40 pour cent avaient le rang d'officier. Chacun de
ces jeunes soldats, est capable d'aider à complèter le
corps des officiers, en temps de guerre. Quatre-vingt-
douze pour cent des officiers prussiens avaient fait leurs
classes. Quant aux officiers français, trente pour cent à
peine possédaient les connaissances exigées par leur
position; le reste n'étaient que de vieux troupiers, des
officiers sergeants. En outre, l'armée prussienne com-
ptait 114 officiers d'état-major, très-instruits et très-
expérimentés.
9
2
La France avait, il est vrai, 600 officiers faisant partie
de l'état-major, mais ces messieurs n'avaient malheureuse-
ment aucun autre mérite que celui d'exceller dans l'art
de l'équitation. Le baron Stoffel a très bien compris
cette différence, sur laquelle il a appelé l'attention de
son gouvernement, en écrivant à Paris que les membres
de l'état major prussien sont à ceux de l'état-major fran-
çais, ce que des virtuoses sont à des manoeuvres.
La France disposait d'une réserve de 240,000 hom-
mes qui avaient déjà servi dans l'armée active; elle
pouvait compter, en outre, sur 135,000 de seconde ré-
serve, et sur 400,000 hommes de garde mobile; il est
vrai que ces forces imposantes n'existaient, en partie du
moins, que sur le papier. La garde mobile n'était pas
du tout exercée et n'avait pas de cadres. Quant à la
seconde réserve, elle était également composée d'in-
dividus manquant des premières connaissances mili-
taires. L'armée française, qui comptait 400,000 hommes
au commencement des hostilités, n'a atteint que le
ciffro de 050,000 hommes, lorsqu'elle a été renforcée'
par la première réserve.
LAI Prusse, au contraire, qui avait, en temps de
paix, une armée de 330,000 hommes, et dont les troupes,
mises sur le pied de guerre, atteignaient le chiffre de
550,000, a obtenu, grâce à ses nombreuses réserves et
à sa landwehr, une armée de 950,000 hommes.
Ajoutons que le système militaire prussien était fondé
sur des bases sûres et solides, ce qui manquait à celui
de l'armée française.
La mobilisation ordonnée tout-à-coup par le gouver-
nement de la confédération de l'Allemagne du Nord, n'a.
aucunement surpris les autorités chargées de la diriger.
Elle a prouvé une fois de plus combien est excellente
cette institution militaire que le gouvernement prussien,
voyant en elle la base de toute "stratégie politique",
n'a jamais cessé de perfectionner.
Il est positif que, jusqu'alors, les mobilisations n'a-
vaient jamais eu de si immenses proportions ; cependant,
les ordres du gouvernement furent exécutés, sur tout le
territoire de la Confédération de l'Allemagne du Nord
10
avec la plus grande exactitude et de manière à ne rien
laisser à désirer. Le 27 juillet, non seulement la
mobilisation était terminée, mais les troupes étaient déjà
rassemblées et prêtes à entrer en campagne.
Mais la Prusse et la confédération de l'Allemagne
du Nord n'étaient pas seules préparées à faire face
à toutes les éventualités. Dans l'Allemagne du Sud, les
travaux d'armement faisaient aussi des progrès rapi-
des, sous la direction de la Prusse. Il est vrai que M. de
Bismarck a profité de la cruelle leçon donnée à l'Au-
triche, en 1866, par rapport à ses alliés de l'Allemagne
du Sud. L'homme d'état prussien a règlé sa conduite sur
le principe émis par Maccliiavel, à savoir qu'en temps
de guerre les alliés ne peuvent être utiles qu'à con-
dition que l'on puisse prendre sur eux un pouvoir absolu.
C'est pourquoi les troupes de l'Allemagne du Sud ont
été, dès le commencement, en état d'agir avec celles
de l'Allemagne du Nord.
L'état des choses était bien différent, en France. Nous
avons déjà appelé l'attention sur la différence numéri-
que. Non seulement la majeure partie de la réserve
était illusoire, mais un grand nombre des matériaux de
guerre n'existait que sur le papier. Des sommes consi-
dérables du budget de guerre étaient affectées depuis
des années à des buts tout différents. Les arsenaux lais-
saient beaucoup à désirer ; ainsi, dès le commencement
de la guerre, l'armée manquait des choses les plus
indispensables ; il n'y avait même pas de cartouches en
quantités suffisantes. La flotte française, qui avait coûté
des sommes immenses et qui aurait pu être d'une si
grande utilité, était aussi dans un état déplorable. Malgré
cela, le gouvernement français voulait faire croire que
ses armements étaient plus avancés que ceux de la
Prusse. A cet effet, il dirigea sur la frontière toutes
les forces disponibles, et leur envoya plus tard des
matériaux de guerre. La Prusse agit tout différemment.
Ses troupes étaient complètement armées et équipées à
l'endroit de leur formation, et n'étaient envoyées qu'a-
lors, par le chemin de fer, sur le théâtre de la guerre.
On voit donc que si 100 ou 200 mille Français occu-
11
2*
paient, peu de jours après la déclaration de guerre, la
frontière du Rhin, les Allemands n'avaient pas lieu de
s'en effrayer, car ces troupes commençaient seulement à
s'organiser et les matériaux de guerre qu'on leur envo-
yait de temps en temps étaient eux-mêmes dans un assez
grand désordre.
ni.
Pour ne pas être partial, je dois dire ici que les
Français avaient, dans les chassepots, un système de fus-
ils bien préférable à celui des Prussiens ; mais d'un autre
côté, l'infanterie prussienne était beaucoup mieux exercée
et tirait surtout avec une beaucoup plus grande sûreté
que la ligne française. Quant à la cavalerie, la supé-
riorité des Prussiens consistait principalement dans le
service d'avant-postes, dans lequel leurs cavaliers excel-
laient, ainsi que dans les reconnaissances. En outre, l'artil-
lerie prussienne était de beaucoup préférable à l'artillerie
française. Enfin, comme l'a dit un savant observateur
militaire qui a été témoin oculaire de la dernière cam-
pagne, l'armée prussienne se distinguait par un esprit
véritablement militaire (conséquence naturelle du sys-
tème prussien), tandis que l'armée française n'avait
que le vernis militaire. -
- Si nous considérons les conditions stratégiques de
cette guerre, nous voyons encore que la Prusse a de
grands avantages sur la France. Le congrès de Vienne
de 1815 a considérablement affaibli la France (en 1803
et en 1806, Napoléon était le maître du Rhin et du
Mein) ; par ce congrès, les frontières françaises ont
été reculées jusqu'aux rivières Lauter et Saar et l'Al-
lemagne est entrée en possession d'une grande partie du
Rhin. La France ne conservait que l'ancienne frontière
de Lauterbourg à Baie. Par là le milieu du Rhin of-
frait autant d'avantages aux Prussiens qu'il était défavo-
rable aux Français. L'Allemagne était couverte, sur les
côtés, par la neutralité des états voisins; le cours du
fleuve était protégé par des forteresses de premier or-
13
dre, telles que Cologne, Coblence, Mayence et Ra-
stadt. De Lauterbourg à Bâle, les deux pays avaient
des chances égales. Sur la rive gauche, appartenant
à la France, s'étendent les Vosges; sur la rive droite,
qui fait partie de l'Allemagne, se trouvent les montagnes
de la Forêt Noire; ces deux chaînes de montagnes ne
sont, ni l'une ni l'autre, favorables à l'offensive. *)
L'endroit où il eût été le plus facile aux Français de
se faire jour, eurent été évidemment les bords du Rhin
entre Mayence et Rastadt, car Landau, forteresse pro-
tégeant cette étendue de terrain, n'a pas d'importance,
et Germersheim est mal située.
Il aurait donc fallu réunir au moins 250,000 Français,
près de Strasbourg, et leur faire passer le Rhin à
Maxau.
Cinq communications principales conduisent à Paris,
du Nord-Est. Le chemin le plus court (30 lieues) est
de Mons à Soissons. Mais la ville de Mons étant si-
tuée sur le territoire neutre de la Belgique, elle ne
pouvait être d'aucune utilité aux Prussiens.
Le second chemin est celui du Rhin par le Luxem-
bourg ; il était également rendu inaccessible par la
neutralité de ce pays et par les deux petites for-
teresses de Thionville et de Longwy. La troisième com-
munication principale, de Bâle par Belfort et Vezoul (63
lieues) est la plus longue et elle est, en outre, inter-
rompue par Belfort.
Il ne restait donc aux Prussiens que deux lignes d'o-
pération: L'une de Strasbourg par les Vosges (59 lieues) ;
l'autre de Saarbruck par Metz (50 lieues). Malgré Metz,
la dernière de ces lignes était encore plus favorable aux
Prussiens que la première. Lorsque la mobilisation fut
terminée, les troupes allemandes furent divisées en trois
armées sous le commandement supérieur du roi Guil-
laume I., c'est-à-dire sous celui du général Moltke.
La première armée, commandée par le général Stein-
*) Les défilés des Vosges sont protégés par une rangée de for-
teresses, mais la Forêt Noire est couverte par les forteresses de
Rastadt, d'Ulm et d'Ingolstadt.
14
metz, était composée du Vllième, du VIHième corps
et de la troisième division de cavalerie. La seconde
armée, commandée par le prince Frédéric-Charles, était
composée des IIIième, IVième, Xième et XIBème corps,
puis de la cinquième et de la sixième division de ca-
valerie.
Enfin, la troisième -armée, commandée par le prince
royal de Prusse, était composée des Vième et Xlième
corps prussiens, du 1er et Ilième corps bavarois, puis
d'une division de Wurttembergeois et d'une autre de
Badois.
Selon l'ordre de bataille, l'armée française avait 8 corps
d'armée sous le commandement de Napoléon III, ou plutôt
sous celui de M. Leboeuf. Le premier était commandé
par le maréchal Mac-Mahon, le second par le général
Frossard, le troisième par le maréchal Bazaine, le qua-
trième par le général Lamiranlt, le cinquième par le
général Failly, le sixième (corps d'armée de réserve) par
le maréchal Canrobert, le septième (également corps
d'armée de réserve) par le général Douay, et le huitième
(corps d'armée de réserve et garde impériale) par le gé-
néral Bourbaki.
Le 28 juillet, de grand matin, Napoléon partait pour
l'armée, sans ostentation aucune, ce qui n'entrait guère
dans ses habitudes. Le lendemain déjà, il prenait le
commandement en chef de tous les corps d'armée. Il
avait une confiance illimitée dans son chef d'état- major,
l'ancien ministre de la guerre Leboeuf, qui, pas plus
que son souverain, n'avait les capacités requises pour
diriger avec succès de grandes opérations militaires,
Le 28 juillet, l'empereur adressait, à son armée du
Rhin, une proclamation très-sérieuse, dont les paroles
"la guerre sera longue et pénible" trahissaient de som-
bres pressentiments.
A ce moment, les troupes françaises avaient déjà avancé
autant qu'elles le pouvaient. Au lieu des 1,200.000 hom-
mes inscrits, il y en avait à peine 300.000 alignés de la
manière suivante le long des 50 lieues de la frontière
allemande-française :
L'aîle droite était formée, près de Strasbourg, par le
15
corps commandé par M. Mac-Mahon. Le centre était
composé des corps de Failly, près de Bitsch ; de Ladmi-
rault, près de Saarguemundes ; de Bazaine, près de Boulay.
L'aile gauche était formée par les corps de Frossard,
pics de Thiollville. La réserve de l'aile gauche était
formée par la garde, commandée par Bourbaki à Metz.
T-a. réserve générale était sous les ordres de Canrobert,
près ie Châlons.
Vint alors le moment où Napoléon comprit la néces-
sité d'élaborer un plan de bataille en rapport avec les
changements introduits dans l'état des choses. Cette tâche
offrait d'autant plus de difficultés, qu'il se voyait en
face d'une armée ennemie de 500.000 hommes , avec
à peine 300.000 soldats disséminés sur une immense
étendue de terrain. Peut-être s'est-il rappelé, en ce mo-
ment, le programme impérial publié dans les Idées na-
poléoniennes (1839) et dans lequel on rencontre la re-
cette politique-stratégique suivante:
"Il faut exciter une nation contre l'autre, et paralyser
un peuple à l'aide du second. Les Français délivrent
les Italiens du joug de l'Autriche; l'Allemagne et l'An-
gleterre restent neutres; que leur importent les Autri-
chiens en Italie? Voilà la première guerre. Lorsque
l'Autriche sera paralysée, ce sera le tour de l'Allemagne
neutre et de la Prusse — sans l'Autriche — mais avec
l'aide tLe l'Italie. Voilà la deuxième guerre, par laquelle
seront résolues la question allemande, celle du Rhin, la
question du Holstein et du Danemark; par suite de
cette guerre, la Belgique et la Hollande seront annexées
à la France. La troisième guerre sera dirigée contre l'An-
gleterre. Il s'agira de soustraire à la domination anglaise
deux nations opprimées! les Irlandais et les Ecossais;
après cela les Anglais perdront leurs colonies, leur puis-
sance maritime sera anéantie et la Grande-Bretagne sera
morcelée. Quiconque a des vaisseaux de guerre doit
prendre part à l'exécution de ce plan. Alors, le grand
empire occidental de la dynastie napoléonienne sera ter-
miié. L'autre moitié de la terre, ce sera l'empire oriental,
la Russie. Jusqu'ici, il aura été l'allié et l'appui de
16
la France. La dernière guerre de celle-ci sera dirigée
contre lui."
Les idées napoléoniennes allaient être éprouvées sur
la pierre de touche d'une tâche très difficile.
L'exécution militaire de celle-ci avait déjà été entra
vée par l'attitude inattendue de l'Allemagne du Sud,
qui s'était immédiatement alliée à la Prusse. Si la Bavière
était restée neutre, toute l'armée française aurait été
dirigée sur Trèves et de là aurait avancé vers Co-
blence et Mayence. Maintenant, il fallait aussi tenir
compte de l'Allemagne du Sud, et envoyer contre celle-
ci, pour couvrir la ligne du Rhin, le général Mac-Mahou
avec le premier corps composé seulement de 50.000
hommes. Mac-Mahon a eu, alors, une position très-
dangereuse, à une assez grande distance de l'armée
principale.
Trois jours après Napoléon, le 31 juillet, le roi de
Prusse est allé rejoindre son armée du Rhin. Il était
accompagné, entre autres, par M. de Bismark, le minis-
tre de la guerre M. de Roon et le général Moltke. Le
2 août, à 6 heures du matin, on arrivait à Mayence,
où fut établi le quartier général du roi.
Alors déjà, le transport des troupes allemandes, *)
à la frontière française, pouvait presque être considéré
comme un fait accompli. La première armée, com-
mandée par Steinmetz, devait se diriger vers la Saar;
la seconde armée, sous le prince Frédéric-Gharles,
traversait le Palatinat en passant par Kaiserslautern,
*) Le transport de troupes dirigées sur la frontière française avait
commencé le 25 juillet, sur les 5 pricipales lignes de communication ;
savoir :
1° de Schleswig à Coblence.
2° De Berlin à Mayence par Cassel.
3° De Breslau à Darmstadt par Dresde.
4° De Leipsic à Francfort sur le Mein.
5° De Bamberg à Heidelberg.
Les troupes avaient été divisées en trois séries, dont la première,
composée de 358,000 hommes, devait déjà être le 3 août à son lieu
de destination.
17
3
Hombourg, Blieskastel. La troisième armée, appelée
aussi armée du sud, commandée par le prince royal, s'était
postée entre Bruchsal et les monts Hardt. En outre,
il y avait encore une armée du nord, commandée par le
grand-duc de Mecklembourg et le général Yogi de
Falkensteiu; sa tâche était de protéger les côtes de la
mer du Nord et de la mer Baltique contre une attaque
de la flotte française.
IV.
La disposition des trois armées d'opération allemandes
avait une grande analogie avec celle de l'armée prus-
sienne, lors de la guerre de 1856, entre l'Autriche et la
Prusse. Du reste, le plan élaboré par le général Moltke
était non seulement identique avec celui de 1856, mais
il correspondait encore à celui de l'état-major du maréchal
de camp Bliicher, en 1813. Ce plan, "la prudence" em-
pêcha de l'approuver au quartier-général du prince
Schwarzenberg, ce qui a eu pour conséquence, comme
on se le rappelle, qu'en 1814 Blücher a été battu sur
la Marne et Schwarzenberg à Montereau.
De même qu'en 1866, les forces militaires prussiennes
étaient divisées en trois armées, en 1870. De même que
quatre ans auparavant, le prince royal de Prusse com-
mandait l'aile gauche, le prince Frédéric-Charles dW-
geait le centre et le général Steinmetz avait le com-
mandement de l'aile droite. Il est évident que, cette
fois encore, le rôle le plus important était échu au
prince royal. Non seulement il devait battre l'aile droite
de l'ennemi, commandée par Mac-Mahon, et la séparer
- de l'armée principale, mais il lui fallait encore ;passel'
les Vosges et s'unir dans la vallée de la Moselle, non
loin de Metz, aux deux autres armées, pour tenter une
bataille dans le genre de celle de Sadova. Il est vrai
que cette tâche semble moins difficultueuse si l'on consi-
dère que l'aile droite de l'armée française, postée entre
Vissembourg et Strasbourg, était la plus faible. C'était
là une grande faute, car précisément cette partie de
l'armée française aurait du être la plus forte, étant des-
tinée à prendre l'offensive. t
Le dernier jour du mois de juillet, un conseil de
19
3*
guerre a eu lieu au quartier général de l'armée fran-
çaise. L'empereur y présidait en personne. La ques.
tion était de savoir s'il fallait prendre l'offensive, ou si
l'on pouvait se borner à rester sur la défensive.
Dans le cours de la seconde moitié de juillet, soit
dans l'espace de 15 jours, 232,000 hommes, 95,000
chevaux et 400 corps d'artillerie avaient été expédiés
sur trois lignes, savoir: sur celles de Paris à Metz, de
Paris à Strasbourg et de Strasbourg à Bâle. Une grande
partie des chevaux étant destinés à l'artillerie, on ne
pouvait compter que sur 25.000 hommes de cavalerie,
tout au plus. Si l'on ajoute à ce chiffre les 30,000
hommes occupant les garnisons de l'Est, la somme totale
de l'armée française peut être évaluée à 250 où 260
mille hommes. On voit donc que la France ne pou-
vait résister aux forces de l'armée allemande.
Bien que l'on ne se rendît pas encore, au quartier
général français, un compte exact de la supériorité numé-
rique de l'ennemi, on commençait cependant à sentir
le sérieux de la situation.
Nous avons appris de bonne source qu'au conseil de
guerre dont il vient d'être question, Mac-Mahon, Leboeuf
et d'autres généraux ont demandé de prendre immédia-
tement l'offensive. L'empereur Napoléon, au contraire,
voulait rester sur la défensive et motivait cette opinion
à peu près 4e la manière suivante: "Si nous parvenons
à rester un mois dans notre position défensive, nous
causerons le plus grand embarras au roi de Prusse:
plusieurs provinces allemandes sont déjà très mécon-
tentes maintenant, et, sous peu, on ne pourra plus
avoir confiance dans la landwehr, ce qui forcera infail-
liblement le roi Guillaume à conclure la paix."
Quant à la possibilité de rester sur la défensive,
voici quelle était l'opinion de Napoléon: „Si, d'ordinaire,
aurait-il dit, l'agresseur a les plus grandes chances de
succès, il en est autrement aujourd'hui, car sa position
est rendue très difficile par le tir rapide des chassepots
et celui des terribles mitrailleuses ; il doit marcher sans
aucune garde, et, en avançant, il ne saurait viser avec
sûreté. Par suite, quelle que soit l'excellente qualité
20
de ses armes, celles-ci perdent beaucoup de leur valeur.
Il sera encore à une grande distance de l'ennemi qu'il
aura déjà subi des pertes considérables qui paralyse-
ront tous ses efforts. C'est pourquoi il faut que les
Français, eu égard à leur infériorité numérique, pren-
nent de fortes positions, couvrant parfaitement leur pro-
pre infanterie. De tous temps, les Français ont excellé
dans la défense des villages et des maisons; dernière-
ment, au camp de Châlons, ils ont été exercés dans
l'établissement de tranchées et de levées de terre, ce
qui leur sera très utile dans cette campagne. Il faudra
donc tâcher de donner, aux batailles, le caractère -de
grands sièges improvisés entre des armées retranchées. Il
Que ces paroles aient été prononcées, ou non, au
conseil de guerre présidé par Napoléon, toujours est-
il qu'elles expliquent la tactique observée par l'armée
française, durant la campagne. Pendant les deux jours
qui ont suivi ce conseil, les Français n'ont rien entrepris
de sérieux. Cette inaction n'a convenu ni. aux Parisiens,
ni à l'armée française; par cette raison, on s'est enfin
décidé à tenter un coup, à un endroit où le succès
serait assuré. Cette décision avait pour but de gagner
le prestige de la première victoire et de confirmer les
troupes dans leur confiance en l'invincibilité de l'ar-
mée française. L'objet de cette première attaque a été
Saarbruck que les Prussiens n'occupaient que faiblement,
bien que les hauteurs de cette ville, hauteurs dont
les Français comptaient s'emparer, aient eu une certaine
importance stratégique en ce sens qu'elles dominent le
chemin-de-fer conduisant à Trêves.
V.
La petite ville prussienne de Saarbruck n'était occupée
que par quatre compagnies d'infanterie et deux esca-
drons de uhlans. Lorsque cette faible garnison a été
attaquée, le 2 août à onze heures de l'avant-midi, par
les deux divisions et demie composant le corps de Fros-
sard, elle se défendit vaillamment, malgré la supériorité
numérique des Français, et n'opéra sa retraite qu'à une
heure de l'après-midi, et cela dans un ordre parfait.
Napoléon a assisté à ce combat, dont le seul but
était de donner le baptême de feu au prince impérial.
Ce qui le prouve bien, c'est que les Français n'ont même
pas cru devoir passer sur la rive droite de la Saar,
d'où s'ouvrait un débouché contre les troupes prussien-
nes.
'Ce n'a été qu'après le combat de Saarbruck que l'on
a acquis, au quartier général prussien, la conviction,
que lesTrançais n'étaient pas encore suffisamment pré-
parés. Alors seulement on a décidé de prendre l'ini-
tiative. Jusqu'au 3 août, l'armée allemande était disposée
en échelons, du milieu en arrière, de sorte que la se-
conde armée était en mesure de venir en aide à la
première et à la troisième armée, pour le cas où les
troupes françaises prendraient l'offensive.
Mais les choses ayant pris une autre tournure, on
Ghangea le front de l'armée allemande en faisant avancer
l'aile gauche, afin que les troupes fussent disposées pa-
rallèlement au cours de la Moselle et qu'illeur fût pos-
sible d'empêcher les différents corps de l'armée fran-
çaise de se réunir les uns aux autres. En d'autres ter-
mes, la troisième armée devait avancer par échelons,
22
opération à laquelle la première armée devait servir de
pivot.
Le 4 août, la troisième armée a pris la défensive, en
partant de Landau ; près de Vissembourg, elle s'est
rencontrée avec la division Douay, du corps de Mac-
Mahon. Ce dernier avait commis l'imprudence de la
faire avancer beaucoup trop. Le corps de Mac-Mahon
était disposé d'une manière très défavorable, car les
troupes qui le composaient étaient dispersées sur un
espace de trois lieues de longueur et de sept lieues de
hauteur. En outre, la cavalerie ne faisait qu'avec la
plus grande négligence le service d'éclaireur qui lui
était échu.
Le prince royal de Prusse ne songeait à rien autre,
le 4 août, qu'à passer la rivière Lauter et à distribuer
des avant-postes sur la rive droite de celle-ci. Il ne
savait pas que Mac-Mahon avait commis la faute de faire
avancer le général Douay et sa division jusqu'à Vis-
sembourg, c'est à-dire au delà de la ligne des avant-postes
français. S'il avait su cela, il lui eût été facile de
couper cette division. Mais il n'était pas aussi bien in-
formé qu'il aurait pu l'être des mouvements des troupes
françaises ; c'est pourquoi, sans penser qu'une bataille
pouvait être livrée à Vissembourg, il divisa son armée
en quatre colonnes, dirigées sur quatre différents points,
sur la Lauter.
Mais si les Allemands ne se rendaient pas un compte
exact des mouvements de l'armée française, Mac-Mahon
savait encore bien moins ce qui se passait chez les Al-
lemands et ce que ceux-ci comptaient faire.
- H est un fait irréfragable, que les Français n'ont re-
marqué l'approche des. Allemands, qu'au moment où l'a-
vant-garde de la première colonne de l'armée du prince
royal, c'est à-dire la division Bothmer, eut atteint, à
9 heures de l'avant-midi, le village de Schveigen, de-
vant Vissembourg.
Aussitôt que le général Douay se vit face à face
avec l'ennemi, il se conduisit en prudent et courageux
soldat. Mais il était trop tard ; la bravoure d'un Léonidas
n'aurait pas été capable de réparer le mal causé par
23
l'insouciance avec laquelle on avait agi jusqu'à ce jour.
Que pouvaient faire 8000 Français en face de 65.000
Allemands, dont 25000 prirent directement part au combat?
Douay développa néanmoins ses onze bataillons et obtint
d'eux une résistance digne de Spartiates. Mais l'artillerie
allemande livra à partir de onze heures et demie un feu
terrible, et ébranla bientôt la position des Français.
Les Allemands, convaincus de leur supériorité numéri-
que, tiraient et frappaient en aveugles et firent des
pertes immenses.
La prise d'assaut de Vissembourg, qu'ils auraient pu ef-
fectuer avec la plus grande facilité après avoir enlevé le
Geissberg, était une „ sottise sanglante" Mais le nombre
décida du résultat de la bataille; à deux heures, la
vaillante division du général Douay dut battre en retraite,
après -avoir opposé une résistance héroïque.
VI.
Les mitrailleuses, dont Napoléon III se promettait
d'excellents résultats, prouvèrent déjà dans le combat
de Vissembourg que cette attente manquait de fondement.
La batterie de cette nouvelle arme, servie par des hom-
mes qui ne la connaissaient encore que très - imparfaite-
ment, ne donna que trois salves. Après la dernière, mie
grenade prussienne fit perdre la tête aux artilleurs qui
battirent immédiatement en retraite. Dans ce combat,
le premier qui eût quelque importance, les Allemands
perdirent 900 hommes. Quant aux Français, ils en per-
dirent mille, pour le moins, sans compter 500 prisonniers
blessés, et 300 non blessés.
Dans le cas ou ces chiffres seraient exacts, ce que
nous ne saurions affirmer, le combat de Vissembourg
n'aurait pas été trop sanglant, surtout si l'on considère
sa durée de quatre heures, le nombre des combattants,
le feu meurtrier des nouveaux fusils, et la bravoure avec
laquelle on a lutté de part et d'autre. Cependant, le
succès obtenu par les Allemands, à cette occasion, n'était
pas sans importance. Il est évident qne les Français
s'étaient laissé surprendre, ce à quoi il faut attribuer la
, défaite de l'avant-garde de Mac-Mahon, composée exclu-
sivement de troupes d'élite.
Il est vrai que les Français avaient une excellente
position ; celle-ci a causé de grandes, pertes aux assail-
lants, et on aurait pu encore en tirer un meilleur parti,
car elle était extrêmement favorable au feu des chas-
sepots et des mitrailleuses. Mais cette position ne
pouvait avoir une valeur réelle qu'en étant défendue
par au moins 30,000 hommes, et couverte, sur les
derrières comme sur les flancs, par des forces consi-
25
4
dérables. Lorsque le général Douay a été convaincu
de la grande supériorité numérique de l'ennemi, il aurait
du se borner à livrer pour la forme, un combat habile-
ment dirigé et ayant pour but de gagner du temps. Il
aurait fallu, alors, se retirer en bon ordre et rejoindre
l'armée principale, commandée par Mac-Malion, ce qui
sans doute été euttrès difficile, mais non impossible.
Mais il faut croire que Douay n'avait pas d'instruc-
tions précises pour le cas où il serait attaqué par des
forces plus considérables que celles dont il disposait.
C'est pourquoi, encouragé par les avantages que lui
offrait sa position, il écouta plutôt la voix du courage
que celle de la prudence. On a lieu de croire, en dehors
de cela, qu'il ne savait pas au juste quelle distance le
séparait de Mac-Mahon : il espérait sans doute qu'il lui
serait possible d'appeler' pendant le combat, l'armée de
celui-ci à son secours. Il est un fait certain qu'au
commencement du combat, Douay a fait jouer le télé-
graphe dans toutes les directions.
Quelle que soit la manière dont on envisage cette
question, il faut attribuer la plus grande partie des
fautes au maréchal Mac-Mahon. Si celui-ci s'était rendu
un compte exact de la guerre moderne, il n'aurait
assurément pas exposé son avant-garde au point de la
faire battre séparément. Mais lui aussi semble avoir
attendu des résultats fabuleux des avantages du terrain,
d'abord, puis des terribles turcos, des zouaves, des
chassepots et des mitrailleuses.
Il a donc du être cruellement désillusionné, ainsi que
les autres faiseurs de plans de l'armée française, lorsque
toutes ses belles espérances, fondées sur les avantages
de terrain, sur les "fils du désert" et sur le terrible
feu des mitrailleuses, furent anéanties, au premier choc,
par une grande supériorité numérique passablement diri-
gée. Les armes les plus parfaites, comme les meilleures
troupes, ne peuvent être d'aucun secours lorsqu'on les.
emploie sur un terrain qu'on a négligé de préparer, au
point de vue stratégique.
Les Allemands n'ont assurément pas procédé avec
génie, mais du moins ils n'ont jamais oublié la pru-
26
dence. C'est pourquoi ils ont toujours été supérieurs
en nombre,- et c'est là le secret des victoires qu'ils ont
remportées. Il est vrai que ces avantages auraient pu
être obtenus à de meilleures conditions, si l'on avait eu
un meilleur coup d'oeil et plus de sang-froid. Ce qui
prouve que les Allemands avaient aussi fait de grandes
pertes, c'est, qu'après l'affaire, ils ne poursuivirent pas
sérieusement les Français.
———— --.
L*
VII.
Le lendemain du combat de Vissembourg s'est écoulé
dans un calme apparent. Une partie des troupes de
la troisième armée, qui s'étaient battues le 4, passa cette
journée dans les bivouacs, tandis qu'une autre s'avança
encore davantage. Le prince royal avait d'abord eu l'in-
tention de continuer l'offensive vers Selz. Mais lorsque,
le 5 août, il s'aperçut que le corps entier de Mac-
Mahon était opposé à l'aile droite de l'armée prussienne,
il résolut d'opérer vers la droite, un changement de
front ; Lembach lui servit de pivot dans cette opéra-
tion.
Le maréchal Mac-Mahon, dont la confiance avait
été quelque peu ébranlée par la journée de Vissem-
bourg, commença aussi à se donner du mouvement, mais
d'une manière diamétralement opposée aux exigences du
moment. L'expérience qu'il venait de faire aurait bien
dû lui prouver la grande supériorité numérique de l'en-
nemi ; il aurait aussi pu se convaincre que la troisième
armée avait pris, d'une manière très sérieuse, l'offensive
contre lui.
Pendant les 24 heures employées par le prince royal,
après le premier combat, à concentrer son armée, le vain-
queur de Magenta aurait pu faire ce que lui commandait le
simple bon-sens, c'est-à-dire se retirer immédiatement
derrière les Vosges; se renforcer des corps de Douay
et de Failly, et commencer méthodiquement la défense
des montagnes. -
Mac-Mahon concentra ses troupes il est vrai ; mais
il occupa avec elles la rive droite de la rivière de Sauer-
bach, dans le but de couvrir les défilés des Vosges.
Cependant, pour le caS d'une défaite, ses lignes de re-
28
traite ne se trouvaient pas sur les derrières du front, mais
sur les flancs de celui-ci. -
On a essayé d'excuser cette grave erreur en taisant
valoir les avantages tactiques de cette position ; or ces
avantages étaient très peu importants. Les hauteurs do-
minant la position changeaient d'une rive à l'autre du
Sauerbach, ce qui, chacun le comprendra, n'était guère
capable de faciliter la défense à Mac-Mahon.
Lorsqu'on apprit, au quartier général prussien, quelle
position le maréchal venait de prendre, on en ressentit
une grande satisfaction et il fut immédiatement décidé
de l'attaquer et, si faire se pouvait, de l'anéantir axant
qu'il n'ait le temps de se renforcer. On espérait, au camp
prussien, que le sept, les troupes allemandes seraient dis-
posées de manière à envelopper l'armée de Mac-Mahon
et à empêcher celle-ci d'échapper à son sort. La seule
crainte de l'état-major du prince royal, était que Mac-
Mahon ne comprit la faute qu'il avait commise et qu'il -
ne se retirât derrière les Vosges, avant le sept août.
Cette crainte, nullement fondée, a été cause que
la bataille a été livrée un jour plus tôt que les Alle-
mands ne l'auraient désiré. L'armée du prince royal
n'était pas encore suffisamment concentrée et, si Mac-
Mahon avait été un meilleur capitaine, les Prussiens
auraient payé cher leur précipitation.
La bataille de Woerth a éclaté inopinément, le 6 août
à six heures du matin. Une vive escarmouche entre les
avant-postes a induit en erreur le commandant des avant
postes allemands, et lui a fait croire, que ce feu avait
été provoqué par les Français pour masquer leur retraite.
Il fit donc avancer un bataillon de ligne et une batterie,
pour se rendre compte de la situation. Ces troupes
s'engagèrent immédiatement dans un combat sérieux.
Le grondement du canon éveilla l'attention de l'avant-
garde du deuxième corps bavarois, commandé par le
général Hartmann; celui-ci, "dirigé par un heureux
instinct", s'avança sur Lanzensulzbach, en passant par
Goersdorf, dans la direction de Neuvilliers, c'est-à-
direZcQntre le flanc gauche de l'armée française. Les
Bavarois rencontrèrent sur leur chemin la division Ducrot,
29
avec laquelle ils engagèrent un violent combat. Le ré-
sultat fut que les Français durent reculer jusqu'à Neu-
villiers, situé au nord-ouest de Woerth et au nord de
Froschweiler.
Woerth était alors occupé par des troupes du cin-
quième corps d'armée, auxquelles le terrible feu de l'ar-
tillerie française occassionna des pertes considérables.
Cela, et, en outre, le grondement du canon que l'ex-
trême aile droite de l'armée allemande ne cessait d'en-
tendre, a eu pour résultat que le cinquième corps
prussien à concentré toute son artillerie sur les hauteurs,
à l'Est de Woerth.
Cependant, la maj eure partie des troupes allemandes
AeaMiiées à aller au feu, étaient encore à une assez
grande distance du champ de bataille. Les Allemands
étaient évidemment engagés trop tôt dans la lutte, et
cela sans même avoir un plan.
Lorsque l'on se rendit compte de la situation, au
quartier général prussien, on craignit que le cinquième
corps prussien et le deuxième corps bavarois ne fussent
exposés trop longtemps au feu de l'artillerie française,
sans pouvoir compter sur des renforts, et qu'ils ne fussent
décimés sans profit aucun. C'est pourquoi l'ordre fut in-
timé au cinquième corps, d'interrompre le combat jus-
qu'à ce que toutes les troupes soient arrivées à leur
lieu de destination. Alors seulement on voulait attaquer
en masse les forces concentrées de l'armée française.
C'était là un plan très-raisonnable. Le cinquième
corps n'avait qu'à défendre ses positions, sans avancer
le moins du monde, car les Français, gênés par le
deuxième corps bavarois posté dans leurs flancs d'une
manière très avantageuse, ne pouvaient eux-même songer
à avancer.
Mais le général Kirchbach commit. alors une grande
faute : il donna également au deuxième corps bavarois
l'ordre d'interrompre le combat et de reprendre son an-
cienne position.
Il arriva ce qui devait arriver. A peine les Françasi
se furent-ils aperçus que leur aile gauche n'était plus
l'objet d'aucune attaque de la part des Allemands, qu'ils
80
avancèrent énergiquement, avec leur front, contre le
cinquième corps, posté près de Woerth.
Sur ces entrefaites le général Kirchbach apprit que
la tête d'une colonne française débouchait, de Bitsch,
vers Niederborn. Cette nouvelle fut suivie d'une autre,
annonçant que le onzième corps d'armée prussien,
venant de Holschloch, touchait presque Gunstatt, et
se dirigeait contre l'aile droite de l'armée française.
Ces nouvelles ont inspiré au général Kirchbach une
décision très téméraire : il résolut de faire attaquer im-
médiatement l'ennemi par le cinquième corps. Il espérait,
de cette manière, battre les Français avant qu'ils aient
pu recevoir les renforts qu'on leur envoyait de Bitsch.
Si, en ce moment, le deuxième corps bavarois avait
encore été à Neuvilliers. il aurait pu avancer sur Fro-
schweiler, tandis que le cinquième corps aurait marché,
dans la même direction en passant par Woerth, le on-
zième corps, venant de Gunstatt, se serait dirigé sur
Elsasshausen.
Alors, le résultat de la bataille aurait déjà pu être
décidé à deux heures d'une manière favorable aux
Allemands.
Mais les Bavarois n'étaient plus dans le flanc gauche
de l'armée française.
Les Allemands ont donc dû payer cher l'attaque qu'ils
ont tentée contre le centre de l'armée française. Le ré-
sultat de ce combat aurait même pu leur être fatal. Si,
en ce moment, Mac-Mahon s'était avancé avec toutes
ses troupes contre le cinquième corps d'armée, il aurait
pu écraser celui-ci ; puis, se jetant sur le onzième corps
qui avançait successivement, il lui eût été possible de le
culbuter avant qu'il n'ait eu le temps de se déployer.
Il est vrai que, pour cela, il fallait du talent militaire
et la ferme volonté de renoncer à la nouvelle tactique
française selon laquelle la supériorité numérique devrait
être paralysée non par des évolutions mûrement pesées
et promptement exécutées, mais simplement par de fortes
positions. Du reste, si les Français avaient remporté
en ce moment une victoire sur le cinquième et le on-
zième corps, ils n'en auraient tiré aucun avantage, à moins
31
que les chefs de l'armée allemande n'eussent complè-
tement perdu la tête. Le lendemain, les Allemands
auraient pu reprendre le combat et leur supériorité
numérique leur aurait peut-être assuré la victoire.
Entre midi et une heure, le prince royal de Prusse
arriva, accompagné de son état-major, sur le champ de
bataille, et donna au combat, dirigé jusqu'alors par
Lo-R fficiers inférieurs, un caractère plus uniforme. Une
grande partie des forces allemandes qui se rapprochaient
de plus en plus du champ de bataille, durent immé-
diatement prendre part au combat. L'aile gauche des
Allemands passa le Sauerbach et opéra dans le flanc
de la position française, vers Niederwald et Elsass-
hausen. Après la prise de ce dernier endroit, Mac-Mahon
fit un effort désespéré pour regagner la position perdue.
Les Français attaquèrent avec fnreur et obtinrent un
succès momentané. Mais il était déjà trop tard. Ils furent
repoussés par les forces allemandes, qui devenaient de
plus en plus considérables. Vers trois heures et demie,
Woerth et Elsasshausen étaient tombés entre les mains
de l'ennemi: celui-ci s'empara peu après de Froschweiler.
Alors commença la retraite des Français, retraite qui
devint bientôt une véritable fuite.
VIII.
Cette fois, si la victoire remportée par le prince royal
a coûté cher à celui-ci, elle a du moins été complète,
car elle a eu pour résultat la retraite des Français,
retraite qui devint bientôt une fuite déréglée, aban-
donnant tout ordre tactique. Des deux parts, les
pertes occasionnées par la bataille de Woerth ont été
considérables. L'armée allemande et l'armée française
ont perdu chacune -5000 hommes. Abstraction faite de
quelques combats d'avant-postes peu importants, la
bataille a duré de 7 heures du matin à 4 heures 4e
l'après-midi. Donc, si dans l'espace de neuf heures,
10,000 hommes sont tombés, les pertes ont été de
1,111 hommes par heure. Si l'on considère que, dans
cette journée, 150,000 hommes ont pris successivement
part au combat, l'on voit que sur 1000, cent trente-six
sont restés sur le champ de bataille.
La campagne de 186S a été beaucoup moins san-
glante que celle de 1871; dans trois batailles, les trou-
pes allemandes n'ont pas perdu autant d'hommes, en
1866, que dans une seule en 1871 : à Nàchod, elles
ont perdu 1108 hommes; à Trautenau, 1252; à Skalic,
1108. Il est vrai qu'à Koeniggraetz, les Prussiens
ont perdu 8877 des leurs : mais il ne faut pas oublier
que 220,000 Allemands ont pris part à cette bataille.
A Woerth, les troupes allemandes étaient supérieures
en nombre aux Français, mais, en revanche, elles
avaient affaire à un adversaire dont les positions
étaient véritablement terribles; à un adversaire exercé,
courageux et mieux armé qu'elles. Si l'on veut être
juste, il faut reconnaître que les Prussiens se sont vail-
lamment battus, à Woerth, surtout si l'on considère qu'ils
5
ont eu des trajets extrêmement fatigants à faire, avant
d'arriver sur le champ de bataille, et, qu'en dehors de
cela, ils manquaient de provisions de bouche. Us
n'ont pu se diriger que peu à peu, de leurs hauteurs,
sur les positions françaises. Avant de voir l'ennemi,
ils ont dû traverser des plaines détrempées par de lon-
gues pluies et les débordements de la petite rivière
Sauer; puis, il leur a fallu faire 1200 pas dans un champ
où leurs colonnes firent des pertes immenses par une
pluie de grenades, de balles de chassepots et de mi-
trailleuses. Après, ils ont dû monter les versants de
dIines occupés par des forces françaises très-consi-
dérables. Ces versants, couverts de vignes et de jardins
fruitiers, protégeaient parfaitement les zouaves et les
tUïCOS.
- Mais les Français se battirent aussi vaillamment et
avec une grande ténacité.
Cependant, lorsque les Allemands furent parvenus à
gravir les hauteurs dominantes et à avancer contre les
principaux points d'appui des positions françaises, les
troupes de Mac-Mahon ne furent plus en état, malgré
tout leur héroïsme, de résister à la supériorité numérique
de l'ennemi. La cavalerie allemande, qui était restée
intacte durant toute la bataille, poursuivit jusqu'à la
nuit les troupes françaises, culbutées, et leur causa
des pertes importantes. Mac-Mahon, dont la position
était devenue encore plus critique par la mort de son
chef d'état-major Colson, avait laissé échapper l'occasion
de couvrir sa retraite. Celle-ci était devenue encore
plus difficile par le train qui embarrassait la route
devant Reichshofen jusqu'à une grande distance de cet
endroit. Comme on comptait bien remporter la victoire,
les fourgons n'étaient qu'à une demi heure des com-
battants. Ainsi Mac-Mahon n'avait plus ni le temps,
ni les troupes nécessaires pour occuper les défilés des
Vosges les plus importants , et déjà protégés quelque
peu par de petits forts tels que Pfalsbourg, Lutzelstein,
Lichtenberg. C'a été là une faute très grave, car sous
la direction d'un général plus prudent que Mac-Mahon,
même après avoir perdu la bataille de Woerth, les
34
Français auraient encore pu défendre les Vosges et
rendre illusoire le succès de l'ennemi.
Pour les Français, la bataille de Woerth n'était qu'un
combat défensif. Or, comme l'a fort bien dit Rogniat,
les réserves jouent un grand rôle dans de tels com-
bats. Mac-Mahon ne disposait que de réserves tout à
fait insuffisantes ; en outre, au lieu, de les employer toutes
ensemble, il les morcela pour combler des lacunes ou
les fit avancer là où elles n'étaient d'aucun secours. Ses
cuirassiers, par exemple, ont été employés sans discer-
nement. Puis il n'a pas su profiter du moment où il
aurait pu surprendre l'ennemi en prenant tout à coup
l'offensive.
Mais les Allemands ont aussi commis des fautes. La
marche opérée par le 2ième corps d'armée bavarois pour
entourer l'ennemi a bien commencé, mais elle a été inter-
rompue par un hasard. Le 5ième corps d'armée a
opéré trop tard sa jonction avec les Bavarois.
5*
IX.
pendant que l'aile gauche des Allemands se battait
à Woerth, leur aile droite engagea un combat à Saar-
bruck. Le 6 août, les Allemands se rencontrèrent par
hasard, sans plan aucun, avec les avant-postes fran-
çais.
- Après l'affaire du 2 août, le corps de Frossard, posté
près de Saarbruck, avait reculé; le 6 août, il occupait
les hauteurs de Spichern. Le corps français le moins
éloigné de Frossard était celui de Bazaine ; il se trouvait
à une distance d'environ une lieue et demie. Un peu
plus de quatre lieues derrière lui,' se tenait la garde.
Le corps de Frossard était posté de manière que son
aile droite, composée de la division Laveaucoupet, oc-
cupait les hauteurs de Spichern. Le front de la posi-
tion était couvert par une profonde vallée ou plutôt par
un défilé, au delà duquel s'élèvent le Winterberg et
le Galgenberg. Ces hauteurs étaient occupées par l'avant-
garde de la division Laveaucoupet. Le Winterberg, un
peu moins élevé que le Galgenberg, couvrait le débou-
ché. Au commencement du combat, les Français ont com-
mis la faute de faire quitter cette montagne à l'avant-
garde.
La division Vergé formait l'aile gauche et occupait
la forêt de Forbach, ainsi que le défilé par lequel pas-
sent le chemin de fer et la route conduisant de Saar-
bruck à Forbach. Le village de Spiring était aussi entre
les mains de cette division. La division Bataille était
tenue en réserve.
Si les Allemands voulaient atteindre Metz sans s'écarter
de la ligne d'opération qu'ils avaient choisie, il leur fal-
lait au préalable s'emparer de Spichern. Pourquoi n'a-
vait-on donc pas immédiatement réuni le corps de Ba-
zaine à celui de Frossard ?
Nous avons dit qu'à W oerth, Mac-Mahon avait fondé
de trop grandes espérances sur les avantages du terrain.
Frossard commit la même faute. La chaîne de monta-
gnes qui s'étend entre Spichern, village français, et
Saarbruck, offre, du côté de la ville, des versants abrup-
tes, boisés et fortifiés. Vers le nord, le pied du Spi-
chernberg était entouré de fossés d'une profondeur de 3
pieds et le long desquels s'élevaient des parapets, hauts
de 3 à 4 pieds.
Derrière cette chaîne de montagnes s'en élève une
autre, également très abrupte, entourée de fossés, et
préparée de manière à faciliter le feu à plusieurs rangs
de mitrailleuses, superposés.
Cette position, naturellement excellente, et encore
améliorée par les travaux qu'on y avait exécutés, était
considérée comme imprenable, par les officiers français.
Les assaillants auraient dû avancer sous un feu meurtrier ;
avant d'avoir escaladé la moitié de la montagne, ils au-
raient perdu deux tiers des leurs.
Néanmoins, il ne faut jamais mettre tout son espoir
dans une bonne position.
"Celui qui attaque a un grand avantage" — disait le
célèbre duc de Rohan — car son courage augmente
toujours, tandis que celui qui est attaqué perd graduel-
lement tout enthousiasme."
César lui-même était si bien convaincu des avantages
de l'attaque directe, qu'il abandonnait courageusement
des positions fortes et quittait, aussitôt que possible, sa
position défensive, pour attaquer à son tour.
Frédéric le Grand partageait aussi cette manière de
voir, car il disait Î "Je ne m'oppose pas à ce que les
troupes prussiennes, tâchent, comme toutes les autres,
de gagner des positions avantageuses, pour tirer parti
de l'artillerie, mais elles ne doivent pas y rester long-
temps. Il faut qu'elles aillent courageusement au de-
vant de l'ennemi, dès que celui-ci attaque véritablement,
et qu'elles anéantissent les plans de l'adversaire en
prenant elles-même l'offensive, dès que faire se peut. La
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force de nos troupes consiste dans leur manière d'at-
taquer, et nous manquerions de sagesse en ne tirant
pas parti de cet avantage."
En Crimée, en Italie, en Chine et au Mexique, les
Français ont toujours pris l'offensive avec enthousiasme.
Mais, dans la dernière campagne, ils étaient convaincus
que les nouvelles armes (chassepots et mitrailleuses)
assuraient, à une défense calme et réfléchie, de grands
avantages sur l'offensive Ils agirent donc en consé-
quence. -
- Mais la défensive exige aussi de l'intelligence et de
l'énergie. "La défensive", dit Feuquières, "consiste dans
la prudence et l'esprit de prévoyance de celui qui la
conduit"
Celui qui ne se rend pas un compte exact du mot
„ défensive" et le prend trop au pied de la lettre, celui-là
quitte bientôt la défensive intelligente, qui doit tou-
jours avoir quelque chose d'offensif, pour tomber dans
une défensive molle et inintelligente, dont le seul but est
de battre en retraite, et de concentrer les troupes à
une distance aussi grande que possible de l'ennemi.
Frossard avait l'intention d'occuper le débouché des
troupes allemandes : il aurait pu obtenir ce résultat,
s'il avait agi selon les préceptes de Feuquières.
En avançant contre la Saar, les Allemands avaient, à
l'aile droite, le 7ième corps Zastrov; à l'aile gauche,
le 8ième corps Goeben. Le 5 août, le septième corps a
dirigé la treizième division sur Voelklingen, et la qua-
torzième sur Saarbruck. La tête de la deuxième armée,
commandée par le prince Frédéric-Charles, débouchait
en même temps de la partie pccidentale du Palatinat
rhénan. La cinquième division de cavalerie Rheinbaben
atteignit Saarbruck le 5 août. L'avant-garde allemande
remarqua le 6 août de grand matin, que l'avant garde
française évacuait le Winterberg ; elle annonça immé-
diatement cette nouvelle au commandant de division dont
elle était le moins éloignée, c'est à dire au lieutenant-
général Kamecke. Mais elle fit croire à celui-ci que
tout le corps de Frossard battait en retraite. Kamecke
dirigea aussitôt son avant-garde sur Saarbruck et tra-
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versa lui-même la Saar avec sa division, qui était la qua-
torzième. A onze heures du matin, il rangeait déjà ses
troupes en bataille, au pied du Winterberg. Son artillerie
était placée au centre, l'infanterie était aux deux ailes,
et la cavalerie restait en arrière, en qualité de réserve.
Mais non content de prendre une attitude offensive,
Kamecke tenta immédiatement une attaque, oubliant que
ses forces étaient insuffisantes. Il attaqua l'aile droite
et l'aile gauche des Français, sur une ligne très éten-
due. Eh bien ! de onze heures du matin à trois heures
de l'après-midi ; durant ces quatre heures que Kamecke
lutta seul contre les Français, ceux-ci n'essayèrent pas
une seule fois de se jeter sur sa division , qu'ils au-
raient écrasée.
Audaces fortuna juvat. Mais il faut dire que les Al-
lemands firent des pertes terribles, bien que les Fran-
çais aient toujours dû rester sur la défensive.
A moins que simples soldats et officiers ne soient
animés d'un courage méprisant tout danger, le plus
bel ordre, la position la mieux calculée ne sauraient
procurer une victoire décisive. Ce courage annule toute
théorie et peut amener des résultats que le froid calcul
considère comme impossibles. Les soldats de Kamecke
ont fait preuve d'un tel courage.
Mais cette vaillance eut été en pure perte, si Frossard,
reconnaissant leur infériorité numérique, avait tout-à-
coup donné le signal de l'attaque. Ils auraient infaillible-
ment été écrasés, anéantis.
Mais Frossard ne donna -pas ce signal.
Pendant tout ce temps, Frossard n'a pas paru une
seule fois sur le champ de bataille. La témérité de
Kamecke lui offrait une magnifique occasion de rem-
porter une victoire sans courir de grands risques ; au
lieu d'en profiter, il est resté à Forbach, pour causer
d'affaires "très importantes" avec le maire.
Sur ces entrefaites, de nouvelles troupes allemandes,
attirées par le grondement du canon, arrivent sur le
champ de bataille.
Goeben parait, puis arrive Zastrow qui, à cause de
son âge plus avancé, prend le commandement supérieur,
39
et se décide à attaquer l'aile droite des troupes fran-
çaises. C'était là une nouvelle erreur, l'aile gauche
étant plus faible que la droite. Derrière l'aile gauche,
le chemin de retraite conduisait, en formant une diagonale,
affront de la position : c'était-là le côté faible de la
position de Spichern , qui, sans cela, eût été bonne.
La brigade du général prussien François s'arrête, at
taque les hauteurs de Spichern, et gagne le plateau,
après avoir fait des pertes immenses. Pour se mainte-
nir, elle a besoin du secours de l'artillerie. Comment
faire monter à celle-ci des versants abruptes ? cela sem-
ble impossible. Mais, encore une fois, l'énergie opère un
miracle. Le major de Lynker découvre un petit sentier,
par lequel, en temps de paix, on n'aurait jamais pensé
à faire passer un canon ; deux batteries brandebourgeoi-
ses s'engagent dans ce sentier, atteignent le plateau et
protègent l'infanterie, en repoussant plusieurs attaques
désespérées de la division Leveaucoupet, qui finit par
battre en retraite.
Cependant, les Prussiens, devenus de plus en plus
nombreux, repoussent la division Vergé, à l'aile gauche
des Français, et s'emparent de Stiring. C'est en vain
que les réserves françaises cherchent à engager une
nouvelle lutte ; elles ne sont pas assez nombreuses. Oui,
si Bazaine s'était réuni, pendant la bataille, avec te
corps de Frossard — ce qu'il aurait facilement pu
faire — les chances auraient peut-être tourné. Mais
Bazaine ne bougea pas, et les Français durent battre
en retraite, à sept heures du soir. Tout en se retirant,
ils devaient continuer à fournir un feu d'artillerie bien
nourri. Cette retraite, qui a commencé dans le meilleur
ordre, a été changée en fuite par un événement fortuit :
à 9 heures du soir, l'avant-garde de la treizième division
allemande, commandée par Glummer, apparut tout à
coup, près de Forbach, sur la ligne de rétraite des
Français. Glumer ignorait complètement qu'un combat
eut été livré à Forbach. Il commençait à faiie nuit,
et les Français prirent quelques bataillons de la divi-
sion Glummer pour un corps d'armée, ce qui occasionna
une déroute complète.
——— .r
X.
Dans la bataille du Spichernberg, les Allemands
ont fait 2000 prisonniers. En outre, les Français ont
encore perdu deux camps, un train composé de 40 voi-
tures, et toutes les provisions emmagasinées à Forbach.
Le corps de Frossard, que le désordre causé par les
ténèbres avait plus démoralisé que le combat lui-même,
se retira vers Metz. Les Prussiens qui, cette fois, avaient
tenu tête à un adversaire supérieur en nombre, établi-
rent un bivouac sur le champ de bataille dont ils étaient
resté les maîtres au prix d'immenses sacrifices. Cepen-
dant, pas un seul canon français n'était tombé entre
leurs mains.
En prenant le Spichernberg, les Allemands avaient fait
tomber devant eux la seconde porte de la France.
Quoiqu'il en soit, il faut reconnaître que les Prussiens
ont beaucoup risqué en tentant cette bataille. S'ils n'a-
vaient pas eu le bonheur de se battre durant des heures
contre un adversaire manquant de commandant supérieur ;
s'ils n'avaient pas eu à leur disposition des troupes aussi
vaillantes et aussi énergiques, ils auraient pilsubir un
terrible échec.
Du reste, ce succès leur coûta cher. La somme totale
des morts et des blessés, de part et d'autre a été éva-
luée à 12,000. Les Prussiens ont perdu beaucoup plus
de 6000 hommes. A elle-seule, la cinquième division
Stulpnagel a eu 2297 morts et blessés; la quatorzième
en a compté 2968.
Chaque heure de combat avait donc coûté la vie à ,
1500 hommes. Quarante-deux mille Français avaient
été opposés à trente mille Prussiens, ce dont nous pou-
vons conclure qu'au moins soixante-dix mille hommes ont
41
6
été au feu. Sur 1000 hommes, 180 sont restés sur le
champ de bataille.
Si l'on jette un regard rétrospectif sur cette bataille,
on doit se rappeler le rôle important que joue la For-
tune, dans l'histoire.
Frossard avait une position très forte et parfaitement
choisie. Ses forces étaient plus considérables que celles
de l'adversaire qui l'attaquait. En outre, il n'avait qu'à
le vouloir, pour que Bazaine vint à son aide. Mais Fros-
sard n'était pas à son poste lorsque sa présence était le
plus nécessaire. Faut-il attribuer ce malheur à l'incapa-
cité du maréchal, ou à la fatalité ?
Mais il est inconcevable que ceux qui commandaient
à sa place n'aient pas osé assumer la responsabilité
d'une attaque, tant qu'une seule division prussienne leur
était opposée. Quand même cette division eût été exclu-
sivement composée de héros, elle aurait dû être écra-
sée, par l'artillerie et la supériorité numérique des Fran-
çais.
Qu'auraient donc fait Turenne et Napoléon I, en ce
cas, où le coup d'oeil d'un militaire quelque peu ex-
périmenté suffisait pour comprendre la conduite à suivre.
Un bon capitaine — et il y en a, mais ce ne sont
pas toujours des maréchaux — un bon capitaine se se-
rait élancé comme un tigre sur les différentes parties
de l'armée allemande, paraissant successivement sur le
champ de bataille. De cette manière, les Allemands
auraient été cruellement punis de la faute qu'ils ont
commise en provoquant une bataille sans avoir pris de
dispositions préalables.
Mais les Français manquaient d'un général dans le
sens de Clausewitz, et „ capable, en concentrant toutes
ses connaissances, de prendre partout et toujours la
décision exigée par la situation."
Quant aux Prussiens qui ont pris part à cette batail-
le, on peut leur appliquer ce mot de Rogniat: "Une ar
née qui compte fermement remporter la victoire, est
rarement vaincue. Elle s'élance au devant de l'ennemi
avec le courage et l'enthousiasme que donne la confiance
en ses propres forces ; elle est irrésistible."