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La Guerre et le progrès, ou la Fédération universelle des peuples civilisés, par Hipp. Clauzel

De
32 pages
impr. de Faisandier (Bergerac). 1867. In-32, 32 p..
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LA GUERRE ET LE PROGRÈS
OU
LA FEDERATION UNIVERSELLE
DES PEUPLES CIVILISÉS.
Car HIPP. CLAUZEL.
BERGERAC
Imprimerie typographique de Faisandier.
1867.
LA GUERRE ET LE PROGRÈS
OU
LA FEDERATION UNIVERSELLE
DES PEUPLES CIVILISÉS.
Par HlPP. GLAUZEL.
BERGERAC
Imprimerie typographique de Faisandier.
1867
RRE ET LE PROGRES
OU
LA FÉDÉRATION UNIVERSELLE
DES PEUPLES CIVILISÉS.
S'il existe une vérité incontestable, c'est celle-ci :
toutes les nations arrivées à l'apogée de leur gran-
deur sont tombées, et leur ruine a été immense, irré-
parable. Pourquoi sont-elles tombées? Parce qu'elles
étaient aussi à l'apogée de leurs progrès relatifs.
Nous en avons pour preuve tout ce qui nous reste de
leurs monuments, et le témoignage des historiens.
Maintenant, si nous jugeons par analogie, nous
voyons que la civilisation de l'Europe est trop avan-
cée, à l'heure qu'il est, pour que la catastrophe ne soit
pas proche. Il faut le reconnaître toutefois, si ce
danger peut être conjuré, ce sera certainement par
ces trois choses qui manquaient aux anciens : l'ins-
truction généralement répandue chez toutes les na-
- 4 —
tions, la solidarité des intérêts, et l'unité des croyan-
ces prête à se faire.
Quel beau rêve, en effet, que celui-ci : tous les
peuples unis par un besoin commun d'échange pré-
paré, d'ailleurs, par la Providence, qui avait fait la
différence des climats, et par conséquent la diversité
des produits. En imagination, l'on a pu voir tous les
marchés couverts constamment des denrées des deux
pôles, comme de l'équateur; c'est-à-dire la suppres-
sion absolue des saisons.
En imagination, l'on a pu voir toutes les barrières,
toutes les douanes, toutes les frontières tombées, et
tous les peuples n'ayant plus qu'une langue, qu'une
mesure, qu'une monnaie, qu'un code, qu'une croyan-
ce ; citoyens, non d'un pays, mais du monde entier,
se donner la main dans la liberté, et sous la seule
sauvegarde de la civilisation.
Alors, dans le même rêve, tous ces immenses
vaisseaux, dont les canons étaient convertis en socs,
sillonnaient les mers, chargés des denrées des deux
hémisphères, tandis qu'il en était de même des wa-
gons sur la terre. Toutes ces immenses armées em-
ployées tour à tour à construire ou détruire des for-
tifications, à faire des marches et contre-marches,
des exercices et des évolutions, le tout d'une stérilité
_ 5 —
absolue, étaient répandues dans les sciences, dans
les arts et dans l'agriculture, où elles apportaient
l'énergie de leur jeunesse, et la vigueur de leur
constitution physique et morale, car elles étaient
l'élite des populations.
Dans le même rêve enfin, toutes ces sommes fa-
buleuses employées à l'équipement, à l'habillement
et à la solde des troupes de terre, comme au grée-
ment et à l'armement des flottes, se versaient sur
les villes et surtout sur les campagnes, qui, dégre-
vées ainsi de leurs charges, voyaient, comme par
enchantement, se faire leurs routes, leurs canaux,
leurs drainages, leurs arrosages. La terre ainsi
transformée donnait au centuple, et l'abondance et
la richesse pénétrant partout, doublaient en peu
d'années la population, devenue bien plus belle et
bien plus forte, régénérée par l'élément le plus sain,
prélevé jusque-là pour les sacrifices du dieu des ba-
tailles.
Oh ! que tout cela était beau, qu'il faisait bon vi-
vre en esprit dans cet Eden! aussi, comme on ap-
plaudissait, chaque fois que le génie humain faisait
une trouée dans les ténèbres de l'ignorance des
temps passés, et refoulait d'autant la, barbarie,
disait-on. Comme nos pères étaient misérables à
— 6 —
côté de nous qui avions vaincu et l'eau, et le feu et
l'air, et l'espace, et qui avions saisi pour les faire
servir à notre usage, les foudres du ciel jadis tant
redoutées. Tout cela, docile maintenant sous notre
main, comme un coursier dompté, devait servir à
centupler notre bonheur. Il ne restait plus qu'une
chose à désirer, mais qui serait certainement trou-
vée tôt ou tard, c'était une disparition presque totale
des maladies et des infirmités, et une longévité pro-
portionnée à l'état de la science et au bien-être
nouveau, c'était presque une suppression de la dou-
leur et de la mort.
Oh ! que tout cela était beau, qu'il faisait bon vi-
vre en esprit dans cet Eden ! comme si ce n'était pas
dans le sein de la mort que nous prenons naissance,
ainsi que tout ce qui se meut sur cette terre; comme
si ce n'était pas à ses mamelles que tout se nourrit.
Le sang coule à flots, sur la terre, dans la mer et dans
l'air. Tout est en guerre pour vivre, l'insecte com-
me l'oiseau, le poisson comme la bête féroce; faites
que cette loi soit suspendue un instant, et tout meurt.
Il faudra donc se résigner par conséquent à exister
encore clans la douleur, dans les larmes et dans le
sang, s'il n'est un moyen moral pour vaincre cette loi
fatale de la matière. Ce moyen', Dieu l'a mis dans
nos mains, mais en voyant ce qui se passe chaque
jour, voudra-t-on l'employer? J'en doute.
L'immortel Virgile fait dire à son héros désespéré
de la perte de son épouse, de la ruine de sa patrie en
flammes, et du massacre de tous les siens :
Rursus in arma feror mortem que miserrimus opto.
Certes, ce cri sera bientôt le cri de tous les hom-
mes si nous en jugeons par les symptômes qui appa-
raissent de tous côtés. Les anciens ont cité comme un
fait prodigieux, comme un acte de la plus-grande
folie, l'apparition de Xercès traînant à sa suite un
million d'hommes qui eurent pour tombeau quelques
petites plaines de la Grèce, Marathon et Platée; que
diraient-ils aujourd'hui s'ils voyaient constamment
armées, même en temps de paix, les masses qui sont
sur pied.
Cyrus prit Babylonne l'immense, la forte, avec
une armée très-petite; Alexandre dompta l'Asie et
l'Inde avec trente mille Grecs; les Romains conqui-
rent le monde avec bien peu de soldats; César vain-
quit partout avec une poignée de vétérans.
Que sont devenus dans les champs Cathalauniens
les quatre cent mille barbares qu'Atila traînait après
lui? Que sont devenues ces immenses peuplades de
— 8 -
Teutons et de Cimbres que Marius détruisit à Aix?
Que sont devenues ces innombrables armées de
Croisés, dont la centième partie aurait suffi, pour
conquérir l'Orient?
Et l'on vient nous dire après cela que la victoire
appartient aux gros bataillons! Certes, s'il en est
ainsi, préparons-nous tous, hommes et femmes, à
marcher; et pourquoi pas? Comme au Dahomai ou au
Cambodje; mais nous serons encore, nous Français,
des plus faibles, car notre population est moins con-
sidérable que celle de plusieurs autres Etats.
Non, aujourd'hui la victoire n'est pas aux gros
bataillons, elle est à la justice; et, si pour notre
malheur, cela n'est pas, elle est à la science. Au lieu
de mettre sous les armes des millions d'hommes,
donnez la centième partie des sommes que vous des-
tinez à vos armées, à celui qui inventera la plus ter-
rible machine.
Comment, dans un temps où le bois et le fer sont
coupés, broyés, fondus, tordus, en un clin-d'oeil, où
vous disposez de l'air, du feu, de la vapeur, de l'élec-
tricité, vous croyez que le voeu de Néron (1), si vous
(1) Tout le monde sait que Néron disait qu'il voudrait
que le peuple Romain n'eût qu'une tête qu'il pourrait abat-
tre d'an seul coup.
— 9 —
osez le former, et si vous le payez, ne sera pas bien-
tôt réalisé? Ah ! détrompez-vous, vos millions d'hom-
mes ne seront dans quelques heures que de la chair
hachée, et si vous survivez, vous général, vous roi,
vous n'aurez plus qu'à crier, fou de désespoir, Varus,
rends-moi mes légions! Elles seront là, couchées dans
la poussière, et vos lamentations n'auront pas la
puissance de la trompette de l'archange pour les ré-
veiller!
Jadis la reine des Scythes mit dans un sac de sang-
la tête de Cyrus, en lui disant : « Rassasie-toi de ce
liquide dont tu as eu tant de soif pendant ta vie! »
et cependant, cette reine et son peuple passaient
pour des barbares ! Que le progrès les réhabilite, s'il
le peut, tout est sauvé!
Un allemand, un certain Stuve, répondant à la
menace de nos petits canons soigneusement voilés,
qui avaient eux-mêmes répondu à la menace des
fusils à aiguille, cet allemand, dis-je, nous a appris
qu'il avait vu en Amérique un engin qui lançait les
boulets à jets continus comme l'eau d'une pompe à
incendie. Cet engin pourtant fut écarté comme trop
meurtrier clans une guerre fratricide. Le général qui
fit cela, devrait recevoir une couronne d'or de la
main des peuples! mais il serait cassé et puni en
— 10 —
Europe, car évidemment cet engin valait mieux que
les aiguilles des Prussiens et que nos Chassepot.
L'on trouve encore des gens assez candides pour
s'imaginer que, plus les moyens de destruction se-
ront terribles, plus les guerres disparaîtront; qu'ils
méditent l'histoire des temps passés comme des
temps modernes, et leur illusion se dissipera. Les
premiers hommes se sont détruits, il est fort à crain-
dre que les derniers en feront autant.
Qui nous sauvera donc de nouvelles catastrophes?
Si ce voeu peut être accompli, ce sera la fédération
des peuples par le progrès, produisant l'unité dans
les intérêts, comme dans les lumières, comme dans
les croyances.
Il existe à l'heure qu'il est, parmi les nations, com-
me un fluide presque encore à l'état latent qui les
agite, mais qu'elles ne comprennent pas; ce fluide,
c'est le désir de l'unité et de la fraternité, devant se
traduire par la destruction de toute frontière et par
une paix universelle, car c'est la fille d'une civilisa-
tion vieille, il est vrai, de dix-huit siècles, mais ar-
rivée seulement à l'état de puberté. Qui dira tout ce
qu'elle fera de grand quand elle sera parvenue à
l'âge mûr ! Notre génération ne le saura jamais, tout
ce qui lui importe aujourd'hui, c'est de ne pas s'oppo-
— 11 —
ser intempestivement à son entrée dans le monde.
Ses premiers vagissements sont nos faibles essais
de libre échange; ses premiers jouets sont les mer-
veilles que nous voyons à l'Exposition; ses premiers
cris sont ceux des nationalités. En les entendant,
l'Italie a tressailli, et sans efforts elle s'est unifiée,
ainsi que l'Allemagne, vaincue bien plutôt par ses
propres idées que par le roi de Prusse, auquel elle
se soumet quoiqu'il ne remplisse pas encore le but
de ses aspirations. Il en est de même de la Russie,
dont la plus grande force est aujourd'hui dans le
panslavisme.
Qu'est-ce à dire? Que tout cela soit bien, que tout
cela soit bon. Loin de nous cette pensée. Nous l'avons
vu, ce ne sont encore que des enfants qui se trom-
pent en choisissant leurs mets.
Quoi qu'il en soit, nous constatons des faits cer-
tainement d'une importance incalculable. Et qui
s'opposera à leur développement, qui y mettra une
barrière ? Sera-ce les regrets et les lamentations de
M. Thiers et de ceux qui déplorent avec lui la des-
truction des anciennes divisions? Nous ne le pensons
pas. Ces événements ont surgi non par la faute de
quelqu'un, comme on l'a prétendu, bien à tort
certainement, sachons le reconnaître, mais parce
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que l'heure était venue, et le pouvoir n'a été donné
à personne ni de les prévenir ni de les enrayer.
Mais la pondération! mais l'équilibre européen!
dans tout cela que deviennent-ils ? Avec ce système
pourtant, la Restauration a pu faire avec 250, Louis-
Philippe avec 400, Napoléon III avec 600,000 hom-
mes. Aujourd'hui que l'agglomération des petits Etats
est un fait accompli, et qu'ils représentent naturel-
lement des forces bien plus grandes, en vertu du
même principe, l'on vient nous demander 800,000
hommes de troupes, et une garde nationale plus ou
moins mobile, c'est-à-dire presque toute la popula-
tion valide de la France transformée en un camp.
Pourquoi s'étonner et se plaindre de ce phéno-
mène ? Il est tout naturel : car fallait-il que la France
se résignât à descendre au niveau des nations secon-
daires ? nul ne le veut assurément. Armons donc
d'une manière formidable, et faisons, s'il le faut, une
guerre effroyable ! Dieu nous garde d'un pareil mal-
heur, car il existe selon moi une autre solution.
L'expérience fera bientôt voir aux peuples qu'ils
se sont trompés, que leurs aspirations doivent se
tourner vers la fédération et non point vers les na-
tionalités, peu profitables au fond, et très-dangereu-
ses à cause des rivalités de races que le despotisme