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La lanterne d'un suspendu : pendant les chaleurs / par Léo Taxil

De
15 pages
tous les libraires (Marseille). 1873. France -- 1870-1940 (3e République). 16 p. ; in-16.
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PENDANT LES CHALEURS
LA
LANTERNE
D'UN SUSPENDU
PAR
LÉO TAXIL
PRIX : 10 CENTIMES
MARSEILLE
EN VENTE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES ET DANS LES KIOSQUES
9 Juillet 1873
LA LANTERNE D'UN SUSPENDU
Marseille, 8 Juillet 1873.
Réjouissez-vous. Roux et Magnan! Cloches de
la Gazette et du Citoyen, sonnez à toutes volées.
.Car, bonheur depuis si longtemps désiré, pers-
pective si souvent rêvée, la Jeune République est
suspendue.
Suspendue !
La pauvrette l'était, dès sa naissance-; elle l'était
sur le bord d'un abîme qu'on appelle « l'état de
siége.» Retenue par un fil ; ce fil, le grand sabre de
— 4 —
M. Espivent, qui coupe comme un rasoir, l'a coupé, et
l'ex-Marotte a roulé au fond du précipice. Elle n'en
sortira pas de trois mois.
Versons une larme, deux larmes même.
Mais ne récriminons pas.
La loi, c'est... la loi. L'autorité, c'est. . l'autorité.
Et ce n'est pas moi, morbleu ! qui m'insurgerai
contre la loi, encore moins contre l'autorité.
Je sais que beaucoup trouvent un peu raide qu'une
suspension pareille vous tombe comme ça sur le nez,
sans crier «gare», au moment où l'on s'y attend le
moins : je leur fais grâce de leurs compliments de condo-
léances. Quant à ceux qui pensent que ce n'est pas
assez pour un sacripant de mon espèce, ils sont bien
bons ; je les remercie de la sympathie qu'ils me té-
moignent.
Il y en a d'autres qui doivent dire au contraire
que le général Espivent est allé trop loin en me sus-
pendant : ceux-là, je les embrasse du fond du
coeur. Ce sont ceux qui n'auraient pas voulu me voir
suspendu, mais seulement pendu.
— 5 —
Ne vous est-il jamais arrivé, lecteur, de recevoir
un pavé sur la tête ?
Si oui, vous comprendrez facilement la stupéfac-
tion profonde qui s'est emparée de moi mercredi,
lorsque j'ai lu dans les journaux du matin l'arrêté
de l'état de siége me concernant.
« Comment ! me suis-je écrié — avec tant de
force que mon gérant en est devenu sourd, — som-
ment ! si les articles incriminés de la Jeune Répu-
blique sont à ce point subversifs, pourquoi ne s'en
aperçoit-on que quatre jours après leur apparition ?»
De deux choses l'une : ou l'autorité les avait lus
depuis le samedi matin; eu elle n'en a eu connais-
sance que par les ravages terribles qu'ils ont causés.
Dans le premier cas, le général n'a pas trouvé
d'abord ces articles dangereux, et alors, n'étant pas
du tout connaisseur en cette matière, il ferait mieux
de laisser la surveillance de la presse à ce cher
M. Limbourg qui s'y entend fort, comme on sait.
Dans le second cas, notre grand chef militaire s'est
montré bien peu soucieux de la vie des citoyens
commis à sa garde, puisqu'il a préféré se promener
au Prado qu'empêcher dès le début notre nu-
méro 85 de lancer sur les Marseillais des articles
aussi explosibles.
— 6 —
(Voilà un dilemme dont je défie bien M. Espivent
de se tirer. À moins toutefois que, nouvel Alexandre,
il ne tranche avec son épée ce petit noeud gordien.
Chose qui lui serait très-facile ; argument que je
trouverais on ne peut plus convaincant ; réponse
raisonnable devant laquelle je m'inclinerais avec
toute la grâce dont je pourrais être capable.)
Ceci dit entre parenthèses, arrivons aux désastres
occasionnés par le dernier numéro de la Jeune Répu-
blique :
— 1° Dans la journée du samedi, un vieux monsieur,
qui se trouvait assis sur un banc des Allées à côté
d'un lecteur de notre journal, s'est trouvé subite-
ment pris d'une attaque de nerfs et d'un vomis-
sement de vermicelles par le nez, qui n'ont duré pas
moins de dix minutes. Si tôt que la malencontreuse
feuille a été ployée par sou propriétaire et renfermée,
l'attaque et le vomissement ont cessé.
—2° Dimanche, un facteur rural ayant laissé tom-
ber un exemplaire de la susdite Jeune République
dans une terre labourée de Saint-Barnabé, une
légion considérable de sauterelles s'est à l'instant
même abattue sur la province de Constantine, et
en même temps un paysan de Château-Gombert
qui avait un nez à la Parmentière a vu sa femme