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LA
MANDRINADE,
O U
L'HISTOIRE
CURIE USE, VÉRITABLE
ET REMARQUABLE
De la Vie de Louis MA N D RI N»
A SAINT GEOIRS.
M, D C Ç L V.
A V I S
AU LECTEUR.
E CTEUR, lis &
penses. Cette Vie t'ap-
prendra à fuir les Mé-
chans, & à ne l' être pas. Si
tu comprends tout ce qui est
contenu dans ce petit Livre , tu
n'es pas médiocrement Philo-
sophe ; si tu ne le comprends
pas , tu n'es pas sot à demi.
Aij
HISTOIRE
D E
LOUIS MANDRIN,
Né natif de Saint Etienne de.
Saint Geoirs, en la Province,
de Dauphine en France,
CHAPITRE PREMIER.
Comme- quoi Louis Mandrin étoit issu.
de mauvaise, race.
LIISIEURS ont pensé
que le grand scélérat dont je
vais écrire la vie étoit bâtard ;
mais on a vu- son extrait de
baptistaire, & des certificats par lesquels
il est constant que sa mère étoit une
honnête femme, craignant Dieu & Méa
vivante. C'est même en partie aux prie-
A
res de cette bonne femme qu'on croit
qu'il est redevable de la mort chrétienne
qu'il a faite; fans elle il seroit mort,
.comme il a vécu, car il y a long-temps
qu'on le dit , telle vie, .telle mort. Son
père n'étoit pas tout à-fait sì honnête
homme que sa mère étoit honnête fem-
me. Ce grand misérable juroit, sacroit,
battoit sa femme quand il étoit saoul ;
& il l'étoit souvent, car il ne buvoit
que de l'eau -de-vie : il di oir, que c'é-
roit la mode à Paris de ne boire que-
de l'eau. D'ailleurs on sçait qu'il a été
pendu quelques années avant son fils
aîné pour avoir fait de la fausse mon-
îioie. Tels furent le père , la mère & le
,frère de Louis Mandrin, Colonel Gé-
néral des Faussonniers & Contreban-
diers de France. Son frère cadet est en-
core aux Galères.
CHAPITRE II.
Comme quoi Louis Mandrin fit souffrir:
sa mère avant que de naître, & un
rêve affreux de ladite mère. :
Agdelainè ( c'est le nom de lá
mère de Mandrin ; & elle étoit
bien nommée , car elle rut presque toute
sa vie triste comme une Magdelaine)
cette pauvre Magdelaine souffrir beau-
coup tandis qu'elle porroit Louis Man-
drin , son second fils. Jamais dans au-
cune de ses grossesses elle n'avoit été S
fort tourmentée ; il lui fembloit .qu'on
lui déchiroit continuellement les entrail-
les, & elle avoit jour & nuit des coli-
ques qui ne lui laiffoient prefque point
de repos. Elle prenoit pourtant son mal
en patience , & offroit sa peine à Dieu.
Cette bonne femme difoit souvent cette
priere : Mon Dieu , faites souffrir la
mère, mais sauvez, l'enfant.
Un jour accablée par la douleur elle
s'endormit. Ce sommeil passager, qui
devoit adoucir ses peines, les augmenta,
& fut pour elle encore plus cruel que
ses insomnies. Elle rêva qu'elle accou—
chok, & qu'elle mertoit au monde un
sírpcnt-cfiroyable. Ce serpent se rouloit !
sur la terre , & fifflote d'une manière
horrible. II s'éloigna d'abord ; puis rer.-,
venant fur elle en formant fur la pouf-,
sierg mille replis, il fembloit qu'il alloit
la dévorer : mais un chariot passa subi- i
tenrenc par-deffus fon corps, & le coupa ..
en-passant en plusieurs morceaux. .Ce,
songe affreux' agira beaucoup Magder:
laine? & elle s'éveilla en sursaut, bien
A j
f8)
surprise de ne voir plus aucune trace da
spectacle étonnant qui l'avoit occupée'
pendant,qu'elle dormpiti Ce songe lui
lestaJôngrtemps gravé dans la mémoire,.
& lui donna de grajades inquiétudes au
sujet de Louis Mandrin quand il fut né,,
fur-tout quand elle se fut apperçue des
mauvaises inclinations dont son cceur
étoit:rempli , elle penfoit toujours aux;
roues du chariot.
CHAPITRE III.
Comme quoi Louis Mandrin naquit avant
terme-velu comme■-■ un bouc. Çircon-
"fèances de fa naissance & desasxeìiûeri
- íns-ince*.
Es inquiétudes & les douleurs qui.
tourmentoient jour & nuit Magde-
laine, ne lui annonçoient pas des cou-
ches heureuses. Elle accoucha en effet
avant termey on ne sçaitpas exactement
le-jour, ni Tannée. Comme Magdelaine
étoit occupée à pleurer & à prier Dieu
d'avoir pitié d'elle & de son fruit, quoi-
que le Ciel fût pur & serein , & qu'il
n'y. eût pas dans l'air ni un nuage, ni
un fouffle de vent, un éclat de tonnerre
épouventable le fit entendre. Dans les
orages les plus violens on n'en entend
pas de plus forts. Tout le Village de
Saint Geoirs en fus allarmé, & le père
de Mandrin en fut si effrayé qu'il fit un
signe de Croix , le premier , à ce qu'on
dit, qu'il eût fait de fa vie ; car c'étoit,
comme l'on fçait, un méchant garne-
ment. Magdelaine fut si surprise du coup
de tonnerre, qu'elle commença aussitôt
à sentir les douleurs de Tenfantement,
Elle accoucha un quart d'heure après
d'un fils, qui fut Louis Mandrin, dont
j'écris l'Histoire. . Quelque temps après
qu'elle eut accouché , & qu'elle fut un
peu remise de ses souffrances, elle de-
manda à voir son fils. Elle fut bien sur-
prise de le voir tout couvert de poil, &
plus semblable à un bouc qu'à un hom-
me. Elle l'embrassa cependant tout dé-
goûtant qu'il étoit, car c'étoit la meil-
leure mère du monde , & la meilleure
pâte de femme qu'on ait vue depuis
long-temps. Le père ne fut point fâché
de voir son fils si laid, il ne fit qu'en
rire ; c'étoit le plus mauvais naturel
qu'on pût voir.
II s'agit bientôt de le poster à l'Eglise
pour le faire baptiser. Mais on étoit fort
embarrassé : on craignoit que le Curé
de Saînt Geoirs ne voulût pas le bapti-
ser, parce qu'il n'avoit pas figure hu-
maine. La famille s'assembla pour dé-
libérer sur cette matière, & personne
ne trouvant d'expédient , le père ren-
voya tous les parens,. & emporta L'en-
fant dans fa chambre. Quand il y fut
arrivé , il se mit à arracher impitoya-
blement à son fils tous les poils qu'il
àvoit fur le visage, & lui pela la. tête
jusqu'au-dessus du front. Le petit Man-
drin crioit comme un petit malheureux ;
mais Mandrin, qui n'avoit pas le coeur
rendre, faisoic certe besogne en chan-
tant , ce qui empêcha Magdelaine, quí
étoit dans son lit, d'entendre les cris
de son fils. Quand l'opération fut faite»;
il essuya le visage de l'enfant, qui étoit
tout couvert- de sang , & le porta sur le
lit de sa mère , en disant : Tiens, voilà;
ton fils qui a maintenant un visage
d'homme, fais le porter à l'Eglise. La
mere tomba évanouie quand elle vit son
fils,, elle pensa expirer de douleur. Man-
drin le père s'en moqua , & la laissa
revenir fans lui donner ; de secours.
Quand la mere fut revenue à elle-mê-
me , elle prit son enfant .entre ses bras *
elle le pansa.pendant plusieurs jours, elle
eut même la consolation de le guérir.
Quand il fut guéri on le porta à l'E-
glise, & Monsieur le Curé le baptisa,
& le nomma Louis.
II est à remarquer que Louis Man-
drin étoit venu au monde avec des dents,
ce qui empêcha sa mère de le nourrir..
On lui chercha en vain une Nourrice ,.
on n'en put trouver aucune. Les femmes
du pays ne votlurent jamais se charger-
d'un pareil nourrisson , & sa mère prit
le parti de lui faire tetter une vache. La
vache mourut au bout de quinze jours
des morsures de cet enfant, ll en mou-
rût jusqu'à trois ; mais quand la troi-
siéme mourut Louis Mandrin étoit déja
fort & en état de se passer de lait. Il ne
tetta plus ; il vécut de bouillie pendant
quelques mois, & bientôt après il man-
gea de la viande.
Dès qu'il usa de cette nourriture il de-
vint gros & fort plus qu'aucun enfant
de son Village Tout le monde en étoit
surpris. Quand on vouloir dire qu'un
enfant étoit fort, on disoit : II est fort
comme le petit Mandrin. C'étoit un pro-
verbe dans le pays. Louis Mandrin ne
fut pas long-temps fans parler : dès l'âge
de deux, ans, il articuloit, un jurement
avec autant d'énergie que son père; cela,
faisoit trembler. II avoit la voix forte
& rauque, & le regard fier & farouche;
Quand il se mettoit en colère il grinçoit
des dents, ses yeux s'enflammoient, &
les cheveux lui dressoient à la tête ; il
avoit l'air d'un démon. Sa mère en étoit
allarmée ; mais elle espéroit qu'elle vien-
droit à bout de le corriger. Voilà com-
me les parens se flattent ; ils sont aveu-
gles fur le compte de leurs enfants.
Un jour'il trouva un des pistolets de
son père fur la table ; il le prit, le tira,
& pensa tuer fa mère. On n'a jamais
bien feu s'il l'avoit fait exprès. II soutint
devant fa mère qu'il l'avoit fait par mé-
garde ; mais ceux qui le connoissoient
bien ne doutèrent pas qu'il n'eût voulu
tuer, fa mère. Elle eût été trop heureuse
de mourir même de la main de son fils,
la mort lui auroit épargné bien des cha-
grins, qu'elle a endurés depuis.
CHAPITRE IV.
Comme queiLouis Mandrin filoutait
jeu, & faisoít prendre du Tabac
par force à ses Camarades.
Uand Louis Mandrin fut devenu
plus grand , fa mère le menoit
tous les Dimanches à la grande Messe,
au Catéchisme & à Vêpres. Mats fou-
vent il s'échappoit de la mère pour aller
jouer avec tous les petits vagabonda da
Village de S. Geoirs. Magdelaine avoit
beau le gronder , il n'en tenoit aucun
compte; elle étoit trop bonne, &Téle-
voit avec trop d'indulgence. Voilà corn»
me les parens gâtent leurs enfans, &
en font des coquins qui les déshonorene
dans la fuite. Nos pères avoient bien
plus de raison que nous , & ils avoient
tous les jours à la bouche un proverbe
dont ils pratiquoient bien la morale :
Qui bien aime, bien châtie , disoient-
ils ; & ils disoient bien. Aussì de leur
temps il n'y avoit pas tant de vauriens
qu'il y en a à présent. Mais revenons à
Louis Mandrin.
II étoit mauvais joueur ; il le fâchoit
au jeu, & filoutoit beaucoup. Quand
quelqu'un s'appercevoit de la superche-
rie & vouloit lui tenir tête, il le bat-
toit-, & comme il étoit fort & qu'il
avoit la main mauvaise, la plupart n'o-
soient disputer contre lui. Il se battoit
bien ailleurs qu'au jeu : quand il étoit
de mauvaise humeur, il cherchoit noise
à ses camarades, & les frottoit d'impor-
tance.
II avoit une manie, c'étoit de faire
(14)
p rendre du tabac par force aux petits
garçons. Il prenoit plaisir à les voir
eternuer après. Plusieurs de ces enfans
en furent malades ; on croit que quel-
ques-uns en font morts. .
CHAPITRE V.
Comme quoi Louis Mandrin voloit les
boutons de ses Camarades, &
l'usage qu'il en saisit.
On content de filouter Ceux avec
qui il jouoit, il les voioit. Tandis
qu'ils etoient occupes a jouer, il le glis-
foit secretement auprès d'eux , & cou-
poit avec son couteau, fans qu'ils le
vissent, les boutons de. cuivre qu'ils
avoient fur leur habit ; il faisoit cela avec
une dextérité- merveilleuse ; jamais on
ne s'en est apperçu : c'est lui qui depuis
Ta avoué dans la prison. Quand il étoit
arrivé chez lui il prenoit un marteau &
applatissoit les boutons, qu'il avoit volés-
il les arrondissait, & les donnoit en-
suite pour des liards : quelquefois il les
frottoir, un peu avec du vif argent, qu'il
prenoit derrière le miroir de fa mère ,
& alors il les donnoit pour des fols
marqués. II jouoit déja mille tours de
cette espece. C'étoit un petit brigand,
qui ne demandoit qu'à croître pour être
un grand scélérat. Monsieur le Curé de
Saint Geoirs, qui étoit un grand homme
de bien, avertissoit souvent la mère de
corriger son fils; mais la mère n'osoit,
à cause de la colère horrible dans la-
quelle il entroit quand on vouloit le pu-
nir. La bonne femme avoit scrupule de
le faire jurer : d'ailleurs elle se souve-
noit de l'Histoire du Pistolet; elle avoit
peur pour sa vie,
CHAPITRE VI.
Comme quoi Mandrin haïssoit les Prêtres,
& en vola un dans un bois n'étant âgé
que de quinze ans.
Ouis Mandrin découvrit que Mon-
sieur le Curé avoit parlé mal de lui
à la mère ; cela lui donna une aversion
effroyable pour les Prêtres ; & quoique
Monsieur le Curé lui eût appris le peu de
Catéchisme qu'il seavoit, il le haïssoit
encore plus que les autres. Comment
quand on n'aime pas Dieu aimeroit-on
ses Ministres & ses serviteurs Il n'avoit
encore que quinze ans, lorsqu'il en ren-
contra un dans un bois fur les sept heu-
res du soir ; il faisoit encore jour : il l'ac-
cabla de coups & d'injures, lui vola son
argent, & le Laissa fur la place à demi-
mort.
CHAPITRE VII
Comme quoi une Bohemienne dit a Louis
Mandrin la bonne aventure.
L n y a point de si bon menteur qui
quelquefois nedise vrai. On en va voir
un exemple. Un jour il passa par Saint
Geoirs des diseuses de bonne aventure.;
elles en imposèrent à bien des gens; tout
le monde venoit en foule chez ces .sor-
cieres pour sçavoir ce qui devoir leur ar-
river : il y en a qui s'en sont bien repen-
tis depuis ; car les prédictions leur ont
donné dans la fuite de rudes peurs. Man-
drin alla comme les autres présenter sa
main à une des Magiciennes, qui le re-
gardant entre deux yeux, lui prédit qu il
feroit pendu une fois & roué deux prens
garde à toi, lui dit-elle , tu feras mal-
avalé. Mandrin qui ne craignoit pas d'ê-
tre mangé, & qui se croyoit fait pour
manger
( 17)
manger les autres, se moqua de la p ré-
diction. D'ailleurs il ne pouvoit se per-
suader qu'il pût être pendu & en suite
roué deux fois. Cependant la prédiction
s'accomplit toute entière, & pour cette
fois le diable n'eut pas tort, comme on
le verra ci-après.
CHAPITRE VIII.
Comme quoi Louis Mandrin avoit des
lettres, s'étoit fait une
Bibliotheque-,
Uoique Mandrin- n'eût point fait
d'études au Collège, & qu'il ne
fçût ni Grec ni Latin, il avoit cependant
de la culture. Il avoir lû, & comme il
avoit de la pénétration & de la vivacité
dans l'esprit, ses lectures l'avoient ins-
truit : il avoit des connoissances & des
lumieres fur beaucoup d'objets : il em
ployoit le temps de son loisir à lire & à
boire ; mais il lisoit plus, qu'il ne buvoit.
Après son repas on le voyoit tous: les
jours la pipe en gueule & un Livre à la.
main pendant plusieurs heures. Il n'a
interrompu cet usage que deux ans avant
la mort, a cause de Ses grandes occupa-
B
tions. Les Livres qu'il lisoit par préfé-
rence', étoient des ouvrages clandestins ,
faits contre le Roi, le Gouvernement ,
la Magistrature & la Religion. Ces Li-
vres étoient ses délices : il se nourrissoit.
des observations creuses qu'on lit dans
plusieurs Livres composés de nos jours ,
& fort applaudis par les beaux esprits,
quoiqu'on n'y respecte ni l'Autel, ni le
Trône. Mandrin se regardoit comme un
Philosophe, : il croyoit avoir avec les
Auteurs qu'on lisoit, le privilège exclu-
fis de fçavoir penser. Le peuple végete ,
disoit-il, & nous nous pensons.
CHAPITRE IX.
Comme quoi un vaurien lui fait croire qu'ils
n'y a point de Dieu, les pr ogrès qu'il
fait dans le crime en conséquence.
Andrin qui se sentoit de l'esprir eut
envie de venir à Paris, comme font
ceux qui en ont, ou qui croient en avoir.
Là il se comporta en vagabond, courant
les Brelans, les Cassés & les Théâtres,
autant que ses finances le lui permet-
roient ; & quand l'argent lui manquoit,
il y supplécoit par son industrie. Dans un
(19)
Cassé où il étoit fort assidu, il fit la ren-
contre d'un méchant homme., scélérat à
titre d'office, & grand faiseur de Livres
gros & menus, un songe-creux, ayant
la dent mauvaise , esprit double, écri-
vant, parlant pour & contre, selon que
le vent donne , soutenant l'Autel d'une
main, & le renversant de l'autre, sen-
tant la hard de cent pas à la ronde, au
demeurant le meilleur fils du monde : on
l'avoit surnommé le Prédicateur du Dia-
ble. Mandrin étoit fort exact à ses ser-
mons, & comme il étoit très-bien dis-
posé, il en profitoit beaucoup. En moins
de rien le Prédicateur lui apprit à ne
craindre ni le Ciel, ni l'enfer : il lui per-
suada, qu'il n'y avoit point de Dieu, de
Paradis, ni d'enfer; Cette doctrine abo-
minable acheva la perversion de Man-
drin. Depuis ce temps-là il n'y eut forte
de débauche à la quelle il ne s'abandon-
nât; point d'injustices, point de cruau-
tés qu'il ne commît fans presque aucune
répugnance : c'étoit un démon incarné.
Il fut souvent arrêté : tantôt on le con-
duisoit à Bicêtre,tantôt au Fort l'Evêque
tantôt aux Petites Maisons ; mais il trou-
va toujours le moyen d'échapper, soit
par les fenêtres, soit par les portes, soit
par les cheminées, & même quelquefois
à travers les murailles, qu'il perçoit avec
une facilité extraordinaire.
CHAPITRE X.
Comme quoi Louis Mandrin voulut
compofer des Livres peur
gagner la vie.
A fréquentation des Auteurs lui don-
na l'en vie de l'être. Il voyoit tant de
gens faire des Livres, quoiqu'ils eussent
moins d'esprit que lui,. qu'il crut pou-
voir en faire auffi. D'ailleurs son indus-
trie étoit épuisée, la: faim le pressoít :il
se mit à faire un Livre. Vaille que vaille,
ìl en fit un qui lui produisit quelques
pistoles : il en sir un second qui lui coûta
beaucoup de peine, & qui ne lui valut
rien : enfin il en fit un troisième qui ne
put être imprimé, & qui le désespéra»
Dépité par ce mauvais succès, il résolut
de ne plus écrire, d'autant plus qu'un
de ces écrits qu'il avoit donnés au Pu-
blic, lui avoit attiré une grêle; de coups
de cannes, dont il ne se vanta pas. II eft
vrai qu'il en rendit une partie : c'étoit
la feule chose qu'il rendoit volontiers.
Mais comme depuis qu'il étoit devenu