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La Mort de Louis XVI, épisode extrait d'un poème inédit ("la France sauvée"), par J.-S. Boubée

De
22 pages
A. Eymery (Paris). 1814. In-8° , 23 p..
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LA MORT
DE LOUIS XVI.
PAR M. BOUBÉE.
Ve PARIS.
IMPRIMERIE DE LE NORMANT.
LA MORT
DE LOUIS XVI.
LA MORT
DE LOUIS XVI,
ÉPISODE
EXTRAIT D'UN POËME INÉDIT;
PAR
M'. J. S. BOUBÉE.
Quis talia fando
Temperit à lacrymis?
VIRG. Eneid.
Chez
PARIS,
A. EYMERY, Libraire, rue Mazarine, n° 3o;
LE NORMANT, Libraire, rue de Seine, n° 8.
M. D, CCC. XIV.
PREFACE.
L'ÉPISODE que je publie est extrait d'un poème
en dix chants, intitulé la France sauvée. Cet
ouvrage avoit été entrepris à l'époque où les
Français, respirant d'une longue anarchie, con-
çurent l'espoir d'un meilleur avenir, sons l'ad-
ministration d'un guerrier qui s'étoit acquis un
grand nom dans les combats, et qui leur pro-
mettoit un gouvernement libéral et paternel. Les
premières années de son règne réalisèrent ces
espérances ; et si quelques actes d'une politique
trop ombrageuse inspirèrent d'abord des alarmes,
on dut être disposé à les oublier, lorsqu'on vit
les souverains de l'Europe les absoudre, pour
ainsi dire, par des traités et des alliances. Il étoit
permis alors d'être fier d'appartenir à la France ;
Français, je partageai l'enthousiasme des Fran-
çais; j'eus la noble audace de célébrer des faits
d'armes immortels : j'entrepris mon poème.
J'étois près de le terminer, quand une fausse
politique, une ambition aveugle, et peut-être
aussi des conseils perfides commencèrent à en-
traîner celui qui faisoit trembler l'Europe, dans
des fautes qui préparoient sa ruine et celle de la
France.
J'abandonnai mes crayons; je laissai impar-
fait un ouvrage qui, quoique d'accord avec la
vérité, ne l'étoit plus avec les convenances :
l'abus de la puissance avoit terni l'éclat de la
gloire.
Et quand même je l'aurois terminé à cette
époque, m'eut-il été permis de le publier ? Libre
dans mes écrits comme dans ma pensée, je"
n'étois pas un écrivain mercenaire ; ma plume
vierge n'avoit pas été vendue à la flatterie; et
Ton peut concevoir que la censure inquiète qui
défendoit même de prononcer le nom de Henri IV,
n'auroit pas souffert le panégyrique du vertueux
et infortuné Louis XVI.
D'un autre côté, comme j'avois peint les gé-
néraux qui s'étoiént illustrés, jusqu'à l'époque
où finissoit mon action épique (le rétablissement
dû trône ), avec les traits' dus au courage qui
les avoit caractérisés, j'avois à craindre qu'un
gouvernement, a qui les grandes réputations
étoient suspectes, ne me forçât d'affoiblir, à leur
égard, l'expression de ma pensée et de la vérité.
Par exemple, j'avois nommé le général Beur-
nonville, marchant à la bataille de Jemmapes,
Ce redoutable Ajax, dont l'invincible, ardeur
Dans les rangs ennemis a porté la terreur,
Et dont l'heureuse audace, à vaincre accoutumée,
Contre un rempart tonnant va guider son armée.
J'aurois eu beaucoup de peine à faire passer
cet éloge , qui cependant n'étoit pas flatté. Il en
vij
est de même de celui où j'avois peint le général
Kellermann, à cette brillante journée,
Où l'orgueil de Rpsback fléchit devant Valmi.
On ne m'auroit pas permis davantage d'im-
primer le morceau suivant:
Que de traits ont produits ces tristes jours d'orage
Où les camps seuls offroient un asile au courage!
. Jours de honte et d'orgueil, où, du sein des forfaits.
S'éleva jusqu'aux cieux la gloire des Français !
Ici c'est Dugômmier, dans les champs de l'Ibère,'
De ses jeunes guerriers dirigeant la carrière,
Et, non loin des remparts qu'il a su conquérir,
Courant au champ d'honneur'leur apprendre à mourir.
Aussi digne que lui de regrets et d'envie,
Là, sur un échafaud, Houchard, perdant la vie,
Enseigne à l'univers, par cet affreux trépas,
Que , servir des tyrans , c'est servir des ingrats :
Tant d'autres après lui l'éprouveront encore !.... ;
Mais parmi les guerriers dont la France s'honore,
- . Et qui par leur courage ont soutenu ses droits,
Du vaillant Augereau je dirai les exploits.
(Victor est son rival daus les champs de la.gloire;-.
Avec eux Pérignon maîtrise la victoire ;
• Et dans les mêmes rangs l'intrépide Murât,
JD'ùn nom jadis fameux renouvelle l'éclat.
Le bras de Masséna, qui déjà se déploie,
Délivre ses foyers du joug de la Savoie ;
Terrible et généreux dans les plaisirs d'Irun,
A l'Ibère Moncey fait connoître son nom ;
Montesquiou sur leurs monts chasse les Austro-Sardes ;
L'infatigable Ney, sans cesse aux avant-gardes,
De sa gloire future aplanit le chemin ;
De la sienne Oudinot fait retentir le Rhin ;
Et partout le génie, affranchi de ses chaînes,
Se signale et produit les plus grands capitaines.'
C'est Davoust à Diershein . Desaix à Lauterbourg,
Marescot à Landau, Bernadotte à Wurtbourg ;
Aux plaines de Fleuras, Jourdan s'immortalise ;
Lefèvre et Magdonald1 que Bellone électrise,
viij
Se signalent aussi dans ses terribles jeux :
A ses brillâns destins, Soult préside avec eux ;
Hoche, par sa douceur, désarme la Vendée,
Pichegru prend d'assaut la Hollande inondée ;
- Et Moreau, dont l'enviç attaque les lauriers,
En a planté la tige au coeur de ses guerriers...
La longue tragédie révolutionnaire, qui vient
de se dénouer d'une manière aussi miraculeuse,
peut fournir le sujet d'un poème honorable pour
toutes les nations de l'Europe, et des pinceaux
plus savans que les miens s'empresseront sans
doute de le saisir.
En attendant, l'accueil que recevra le fragment
que je publie m'apprendra si je n'ai pas trop pré-
sumé de mes forces, en embouchant la trompette
épique. Si l'on rné Croit digne de quelque encou-
ragement , je pourrai peut-être reprendre mon
essor, et achever ce long et pénible ouvrage ;
mais, pour arriver jusqu'à la Muse de l'épopée,
il faut traverser une mer bien féconde en nau-
frages , et les grandes chutes m'épouvantent : le
sort d'Icare est toujours présent à ma pensée.
D'un Roi dont le trépas fit couler tant de pleurs,
Je vais, en traits de sang, crayonner les malheurs,
Epouvanter le Monde, et, par des chants funèbres,
Rappeler aux Français des horreurs trop célèbres.
0 Muse ! tu frémis !.... Qu'un Roi dé son destin
Ait vu trancher le cours, les armes à la main,
Sa mort n'afflige pas les Filles de Mémoire;
Mourir au champ d'honneur, c'est, renaître à la gloire :
Mais un Roi vertueux périr sur l'échafaud !.....
Quel tableau déchirant ! Cependant il le faut ;
Oui, Muse, il faut ouvrir ces douloureuses pages,
Et d'un crime incroyable entretenir les âges.
Mais, en versant des pleurs sur un tel souvenir,
Des malheurs du passé consolons l'avenir ;
Mêlons à la tristesse un accent prophétique :
Oui, le ciel doit un terme à la douleur publique;
Le soleil, éclipsé.par un nuage obscur,
Doit reparoître enfin plus brillant et plus pur.
Du bonheur des humains, comme de leur ruine,
Une cause éloignée est souvent l'origine ;