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LA PATRIE
AUX
FRANÇOIS.
PAR ON VILLAGEOIS.
A tons les coeurs bien nés que la Pairie est chère !
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVAUTÉS.
1820
A MEAUX, DE L'IMPRIMERIE DE DUBOIS-BERTHAULT.
LA PATRIE
AUX FRANÇOIS.
FRANÇOIS,
LE trône et la patrie étaient sur le bord de
l'abîme ; Louis XVIII a sauvé l'un et l'autre :
il est heureux pour la France que cet auguste
descendant d'Henri IV sache allier tout à la
fois la sagesse, la bonté , la force si nécessaire
an Prince à la tête d'un Etat qui sort de la
plus terrible des révolutions, et la fermeté sans
laquelle on verrait sans cessse éclater de»
guerres civiles.
Le Monarque françois , par une permission
toute particulière de la Providence, est rentré
dans l'héritage de ses pères contre toutes les
vraisemblances , contre toutes les probabi-
lités ; car on peut comparer Louis XVIII à
ce roi à qui l'Eternel dit dans l'Ecriture : Je
te prendrai par la main , je te conduirai , et
tes ennemis s'abaisseront devant toi. Il faudrait
(4)
fermer les yeux à l'évidence , pour ne pas
reconnoître le doigt de Dieu dans un événe-
ment aussi extraordinaire qui a étonné le
monde entier.
L'Eternel qui dispose à son gré des empires ,
ne s'est pas borné à protéger une première
fois la rentrée du Roi : il l'a rétabli une
seconde sur le trône. Il ne suffit pas au tout-
puissant d'avoir rendu la couronne au Souve-
rain légitime; Dieu donne à ce Prince l'esprit
de sagesse , la force dont il a besoin pour
gouverner, et faire trembler les ennemis du
trône et de la France.
L'oubli, l'union sont les principes proclamés
par le Roi de France pour faire de deux peuples
un seul et même peuple, une seule et même
famille dont il veut être le père. La clémence
est la vertu favorite des Bourbons; ils savent,
comme le disoit Gicéron , qu'il n'y a rien de
plus grand dans la fortune, que de pouvoir
conserver la vie aux hommes , et rien de plus
grand que de le vouloir.
La générosité du Souverain envers des
, hommes qui a voient les plus grands reproches
(5)
à se faire, le rappel en France de plusieurs
d'entre eux, tout prouve que la douceur et la
bonté sont les principaux ressorts du gouverne-
ment de Louis XVIII.
Nos anciennes institutions avoient fait le bon-
heur de la France pendant plus de quatorze
cents ans ; mais le Roi qui sait qu'il faut
marcher avec son siècle , qu'il faut s'accom-
moder aux temps , aux lieux, aux circons-
tance , a semblé se dire :
Quand tout le monde a tort, tout le monde a raison, .
Puisque l'opinion est la reine du monde.
Le Monarque par ces, considérations donne
à la France une charte qui, ainsi qu'il l'a dit,
est son plus beau titre à la postérité, parce
qu'elle est une transaction entre tous les partis,
(sauf l'indemnité à accorder aux émigrés (I)
(I) Quand les propriétaires des châteaux virent au com-
mencement de la révolution consacrer pour principe par
des hommes à la tête des affaires publiques , guerre aux
châteaux , paix aux chaumières , ils abandonnèrent leurs
biens pour sauver leurs têtes. Que peut-on répondre à
(6 )
que l'humanité , que la justice , que la tran-
quillité publique réclament en leur faveur. )
Pouvoit-on pousser plus loin les ménage-
mens ? Malgré tous les sacrifices faits à la
paix, des factieux conspirent sans cesse , agitent
de tous côtés les torches de la guerre civile.
Mirabeau a dit une grande vérité en mourant :
j'emporte avec moi le deuil de la monarchie ,
les factieux s'en partageront les lambeaux.
La monarchie est rétablie, le Roi légitime est
remonté sur le trône : la race des factieux, qui est
éternelle, semble renaître des cendres de ceux qui
ont payé de leurs têtes leur ambition , et qui ont
péri sur l'échafaud. Je ne parlé pas de ceux qui
sont gorgés d'or, qui sont condamnés à traîner
une vie ignominieuse et au supplice des re-
mords. En effet depuis que le Roi a repris les
rênes de l'Etat, n'a-t-on pas vu éclater dix
ces propriétaires, lorsqu'ils vous disent :
Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans ?
Je crois que l'Etat gagneroit beaucoup en adoptant le projet
d'un nommé M. Ollivier qui désiroit qu'on fît un emprunt de
60 à 80 millions pour accorder cette indemnité aux émigrés ■
( 7 )
conspirations ? La conspiration dé l'usurpateur
en I8I5 , les deux conspirations de Lyon en
janvier 1816 et juin 1817 , le 2 mai 1816
la conspiration de Pleignier à Paris , le 3 mai
1816 celle de Didier à Grenoble, le 4 mai
1816 celle de Monnier à Vincennes , le 5
mai 1817 celle d'Ernest Randon à Bordeaux,
en 1819 la conspiration de Gall et Leguevel
à Rennes , le 13 février 1820 la conspiration
de Louvel contre le duc de Berry, dont la
mort mit en deuil tous les François qui lui
élèvent à l'envie des monumens.
Toutes ces conspirations ainsi que les attrou-.
pemens qui ont eu lieu en juin 1820 , pro-
voqués par des factieux trop connus /tiennent
au complot formé depuis long-temps de s'em-
parer de la France. Ce projet a échoué au
commencement du quinzième siècle, dans le
seizième , dans le dix septième , dans le dix-
huitième et même dans le dix-neuvième ; la
Providence qui veille sur les destinées de la
France, l'a fait et le fera encore échouer.
Parmi les moyens dont on a fait, dont on fera
usage pour causer les plus grands troubles,
(8)
on en distingue trois principaux; car à la
poudre foudroyante à canon on a substitué
la poudre sourde de la famine, (I) de la
discorde et de la misère , (2) ces trois leviers
propres à remuer, à soulever le peuple.
On peut s'en convaincre par les résultats de
la famine en 1793 et en 1816,dont on attendoit
la guerre civile qu'on provoque de toutes les
(1) Laissez faire les François , disoit un étranger en
parlant de la famine qui a désolé la France en 1793, la
faim commence par rendre un animal furieux , mais elle
finit par le tuer ou le subjuguer.
(2) Delille, dans son poème intitulé l'Homme des
Champs , aprévû que la France seroit livrée aux horreurs
de la faim, de la misère avant l'invasion de l'étranger :
« La France malheureuse au milieu de sa gloire ,
Mêle un cri de détresse à ses chants de victoire.
Près d'elle sont assis, sur son char inhumain,
D'un côté le triomphe et de l'autre la faim.
Et quand le monde entier est ébranlé par elle ,
Elle-même en ressent la secousse cruelle :
Auprès de son trophée on creuse son cercueil ;
Ses succès sont un piège et ses fêtes un deuil.
Et la guerre étrangère et la guerre intestine,
De ma triste Patrie achèvent la ruine. »
(9)
manières , et dont Dieu a préservé la France.
Aux différentes conspirations qui furent
tentées sans succès , on vit succéder celle de
l'atroce Louvel, dont le crime a été enfanté par
l'irréligion , et qui n'a été , comme on l'a dit j
que l'instrument docile d'un parti exécrable.
Le canon que le scélérat Louvel croyoit en-
tendre n'a pas été tiré comme on le lui avoit
vraisemblablement fait espérer. Les conjurés
n'ont pas osé se montrer et l'ont laissé périr
sur l'échafaud comme il le méritait, ainsi que
l'ont fait, le feront les monstre simbécilles qui
servent un parti qui les abandonne et les laisse
immoler.
Les conspirateurs en chef n'ayant pu réussir
à l'aide du crime de Louvel, recourent à la
division. Ils connoissent le précepte de Machia-
vel, diuide et impera, divisez et vous régne-
rez. La dissidence des opinions politiques,
telle est la pomme de discorde à la faveur de
laquelle ils se flattent de subjuguer la France
qui le seroit il y a long-temps, si le.maître
des empires ne la protégeoit et son Souverain,
d'une manière visible.
( 10 )
Les hommes qui spéculent sur les dissen-
sions intestines connaissent le passage de l'Ecri-
ture : Tout royaume divisé contre lui-même
périra. Il ne faut donc pas s'étonner si l'on
cherche à diviser, c'est pour armer la moitié
de la France contre l'autre ; c'est parce que la
France ne peut être vaincue que par elle-même.
De là toutes provocations aux révoltes , aux
séditions.
Dans les derniers troubles qui ont eu lieu ,
que serait devenue la France , la Patrie, si le.
Roi n'en eût imposé aux factieux, si la force
confiée au Gouvernement pour protéger la
société ainsi qu'il l'a fait , n'eût resté à l'au-
torité. Il en seroit résulté un chaos affreux.
Les effets publics qui ont haussé auraient perdu
plus de moitié de leur valeur. Les partis mul-
tipliés à l'infini se seroient rués les uns contre
les autres ; on ne peut pas en douter quand
on se rappelle les différens cris des séditieux.
Vive la charte! (I) disoient les uns qu'on pou-
(I) La tactique des révolutionnaires est toujours la
même; c'étoit au nom de la charte qu'ils auroierit tué la
(II)
voit comparer aux singes qui étouffent leurs
enfans à force de caresses. Vive la liberté,
vive l'empereur , vivent nos frères de Man-
chester! à bas les chambres ! à bas les mission-
naires ! à bas les dragons ! à bas les cuirassiers,
disoient d'autres. Si on a voit laissé faire les fac-
tieux, eux seuls seraient restés debout, et au-
raient fini par se dévorer les uns les autres,
comme l'ont fait depuis la révolution , leurs
prédécesseurs.
"Au milieu de ce désordre on aurait vu re-
naître le règne de la terreur, toutes les horreurs
de l'anarchie , les échafauds se relever : la
guerre civile, provoquée depuis si long-temps,
aurait éclaté de toutes parts.
La révolte, l'insurrection paroissoit orga-
nisée dans plusieurs départemens , ainsi que
l'on est autorisé à le croire d'après les nou-
velles annoncées dans les journaux : on aurait
vu le germe de la sédition se dévolopper, si
charte; n'est-ce pas au nom des principes qu'ils ont tué les
Colonies ? Périssent les Colonies , disoit un des amis des
noirs , plutôt qu'un principe.
( 12 )
l'on n'étoit pas venu à bout de l'étouffer à Paris
qui est le point de mire.
Déjà quelques agitateurs , rapporte la Quo-
tidienne en date du 22 juin 1820, partaient à
Reims , dans les attroupemens, de se porter sur
la capitale, car le projet de détruire Paris (1)
(1) Il n'y a qu'un Paris dans le monde ; Paris est la
première capitale de l'Univers : celte ville est une richesse
nationale; tous les départemens ont concouru à l'embelisse-
ment de Paris, dont les chefs-d'oeuvre en tout genre, et
notamment la colonnade du Louvre attirent en France tous
les étrangers des quatre parties du monde.
Un étranger qui arrive à Paris , qui traverse les boule-
vards, qui va aux Champs-Elysées, qui voit tout le long
de la route des voitures de toute espèce , qui remarque sous
les arbres cette foule innombrable d'hommes et femmes des
deux côtés, disputant de parure ; ces jeux , ces baladins,
ces divers spectacles, ces cafés, ces instrumens de musique
qu'on entend de tous côtés, croit qu'il arrive dans un jour
de fête, à des réjouissances publiques, et regarde Paris
comme un séjour enchanté, comme un palais de fée.
Les boulevards, les quais magnifiques distinguent,
a-t-on dit, Paris de, toutes les autres villes ; un Italien
passant sur le Pont-Royal , regardoit avec admiration les
Champs-Elysées, les Tuilleries, le Palais, le Louvre,
cette longue suite d'hôtels qui s'élèvent sur le bord, de la
(13)
existe dans la tête des conspirateurs et de leurs
agens.
Si la lutte entre les départemens et Paris
s'étoit engagée , l'étranger qui a sans cesse les
yeux fixés sur la France, auroit vrais sembla-
blement cherché à profiter dés divisions qui
l'auraient déchirée pour faire une troisième
invasion, il auroit tenté de s'amparer de votre
territoire dont il est jaloux, parce que la France
favorisée des regards du ciel, est le plus beau
pays de l'Univers.
rivuère, les quatre quais dont les rives sont bordées,
s'écria : Nous n'avons rien de si beau à, Rome.
Coulange, dans ses adieux à la ville de Paris , dit :
Je crois en te quittant sortir de l'Univers.
C'est cette grande ville qui fait l'ornement, là gloire de
la France, qu'on médite depuis long - temps de détruire y
les départemens entendent trop bien leurs intérêts pour ne
pas défendre la capitale, au lieu de s'armer contre elle. Les
départemens et Paris, qui savent qu'on ne peut vaincre les
François, que par les François, an lieu de se désunir,
resteront unis , et s'opposeront à ce qu'on voie se réaliser
la prédiction d'un député de la convention : Le voyageur
étonné viendra chercher sur les rives de la Seine , ou.
fut Paris.
( 14 )
L'homme propose.et Dieu dispose. La Patrie
appeloit à grands cris les Bourbons, le Roi lé-
gitime ; pour l'empêcher de succomber sous les
coups d'une poignée de factieux qui voudraient
s'élever sur des monceaux de cendres , de ca-
davres et sur les ruines de la Patrie, au risque
de rendre la France, la fable, la risée de l'Eu-
rope, de la couvrir d'opprobre en la faisant
effacer de dessus la liste- des nations , la
France qui par ses lumières a civilisé le
monde.
Les parricides dont l'esprit est aussi faux que
le coeur est pervers , n'avoient pas réfléchi que
\e même instrument de politique ne peut ja-
mais servir deux fois , qu'il faut le briser pour
en former un autre, que ce qui avoit réussi en
1789, ne pouvoit pas réussir en 1820 ; non
bis in idem, legénie ne consiste pas dans l'in-
vention , niais dans les moyens d'exécution;
l'ineptie des ennemis de la Patrie l'a sauvée.
Celui qui met un frein à la fureur des flots,
Sait ausssi des méchans arrêter les complots.
Si les projets des scélérats s'exécutaient , il
ne resterait pas un seul homme sur terre. Ils
forment le voeu de Caligula qui désirait que le
genre humain n'eût qu'une tête pour l'abattre
d'un seul coup ;
L'Eternel en ses mains tient seul nos destinées ,
Il sait, quand il, lui plaît, veiller sur nos années.
Dieu qui,veut la conservation des hommes,
se joue des projets des méchans et de ceux des
ennemis de l'auguste famille des Bourbons que
le ciel a pris sous sa protection. Le lis (i) qui
(1) On fit, en 1604 , une gravure qui représentoit
l'emblême suivant contre les ennemis de la France, avec
cette-épigraphe , à quo trepidobo ? qui craindrai-je?
Cet emblème applicable aux circonstances actuelles, re-
présentoit un lis entouré d'épines , qui s'élevoit avec majesté
dans les airs : à droite on voyoit suspendue dans les cieux
une main qui arrosoit le lis; à gauche on voyoit une autre
main à laquelle étoit attachée une laisse qui tenoit enchaînée
un renard , un chien et un lion qui Touloient arracher le
lis. On lisoit au bas de cette gravure ce sonnet :
« Ces espines n'ont pu ce beau lis empèscher
Qu'il n'aille jusqu'au ciel en èslevant sa teste ;
Dieu d'une main l'arrose , et de l'autre il arreste
Ces trois fiers animaux qui taschent l'arracher
Quoique proche de lui, ils n'y .peuvent toucher,
Sa blancheur leur desplait, son odeur les en teste :
Et ce qui beaucoup plus les despite et moleste,
C'est ce petit fleuron qu'ils veulent esbrancher.
(16)
est toujours sorti victorieux de toutes les luttes
qu'il a eues à soutenir, atriomphé et triomphera
Petit fleuron qui a du grand lis prins naissance,
Et qui en dépit d'eux , tous les jours prend croissance,
Et enfin se verra comme un arbre eslevé.
Esrumez, rugissez, crevez brutale engence,
Tous vos efforts sont vains contre la noble France,
Puisque Dieu a le lis pour bouquet réservé.
Le petit fleuron dont il est parlé dans ce sonnet, nous
le devions à S. A. R. Madame la duchesse de Berry, qui
fait les délices et l'espérance de tous les François.
M. Devalmaletle a rendu cette idée d'une manière fort
spirituelle dans des couplets qui ont été. chantés chez
madame la vicomtesse Defard, au sujet de l'accouchement
de madame la duchesse de Berry.
Bouton de rose .
Est éclos pour notre bonheur ,
Et désormais, quoi qu'on en glose,
Tout François porte dans son coeur ,
Bouton de rose. bis.
Bouton de rose
Doit être un jour reine des fleurs ;
Toi déjà , sans métamorphose ,
Déjà; tu régnes sur nos coeurs ,
Bouton de rose. bis.
(17 )
de toutes les conspirations. La volonté de Dieu
s'est donc ouvertement prononcée pour le réta-
blissement et le maintien des Bourbons sur le
trône. Si Dieu est pour le Roi comme il l'a été
Bouton de rose,
Par toi nos champs sont embellis;
Mais daigne pardonner si j'ose
Te souhaiter pour frère du Ls,
Boulon de rose. bis.
Boulon de rose ,
Oui, ces deux voeux seront remplis,
Oui, l'an prochain tout s'y dispose,
Nous chanterons vive le Jis,
Vive la rose. bis.
Ce qui n'est pas arrivé l'année dernière, arrivera cette
année.. M. Desaugiers a fait des stances de vers sur la mort
de S. A. R. monseigneur le duc de Berry ; ces vers qui
trouveront sous peu leur application , finissent ainsi :
Berry n'est plus ! mais de sa bien-aimée
Le sein recèle un fruit naissant,
Et dans six mois la France ranimée
Aura cessé de dire en gémisant,
Berry n'est plus !
La vertu surnaturelle que Dieu a accordée à S. A. R. ma-
dame la duchesse de Berry , qu'elle a soutenue au milieu de sa
juste douleur, tout semble présager que les voeux de cette
princesse et de la France seront exaucés, et que les François
crie! ont vive Berry !
( 18 )
jusqu'à ce jour, qui pourroit s'élever avec succès.
contre lui ? Le bras de Dieu est-il raccourci ?
Racine disoit en parlant de la toute-puissance
de Dieu :
Que peuvent contre lui tous les rois de la terre?
En vain ils s'uniroient pour lui faire la guerre.
Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer;
Il parle et dans la poudre il les fait tous rentrer.
Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble ,
Il voit comme un néant tout l'Univers ensemble
Et les foibles mortels , vains jouets du trépas ,
Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étoient pas.
Que les conspirateurs méditent toute la pro-
fondeur de la réflexion de Bossuet : « Quand
ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être
l'instrument de ses desseins , rien n'en arrête
le cours; ou il enchaîne,- ou il aveugle, ou il
dompte tout ce qui est capable de résistance. »
Dieu a donc choisi Louis XVIII pour être
l'instrument de ses desseins, pour sauver la
France, pour paralyser les complots d'un parti
qui se sert de tous les autres; car en examinant
avec attention tout ce qui s'est passé depuis la
révolution , on se dit : mais le François avoit-il
intérêt à dévaster, à ruiner son pays comme
( 19)
il l'a été. Il n'y avoit que l'Etranger qui avoit
intérêt à le faire ; celui là l'a fait à qui il pro-
fite , is fecit cui prodest ; ce qu'il n'a pas
fait par lui-même, il l'a fait faire par des
étrangers ou des naturels qu'il a achetés. C'est
une vérité que la mère Patrie doit faire con-
noître à ses enfans , afin qu'ils soient sur leurs
gardes. On voit à peu près adopter la même
marche que celle qu'on prit en 1415, pour
s'emparer de la France , qu'on avoit trouvé le
secret de diviser en deux partis sous le nom
d'Orléanais et de Bourguignons. Charles VII
qu'on voit revivre en Louis X VIII, l'affranchit
du joug de l'étranger qui s'était rendu maître
de Paris.
Les conspirât urs ne me semblent donc que des
agens subalternes entre les mains d'un Brioché
(1) politique, qui a le tarif des consciences, qui
fait jouer tous les ressorts et mouvoir à son gré
les marionettes qui croient agir pour leur compta
et ne font que seconder les vues du grand moteur;
(1) Brioché fur l'inventeur des marionettes.
( 20 )
il a son comité directeur dont on a tant parlé;
il profile de la vénalité des uns , de l'irré-
flexion , de l'inhabileté des autres. Quand il voit
succomber ceux qui le servent s'en doutant ou
ne s'en doutant pas, il dit: ,
Les sots : ont ici bas pour nos menus plaisirs.
Ce parti tout puissant, tout fort, tout adroit qu'il
soit , après avoir fait la loi depuis long temps,
finira, je vous le dis, par la recevoir; les François
à foire devoir des réactions et des victimes, ob-
servent que la révolution n'est réellement que la
mystification dès François , que l'art de détruire
un peuple par lui-même. Les yeux de l'Europe
longtemps fascinés , commencent aussi à se
dessiller. La bonne contenance du Roi qui a
su défendre son trône, sans sortir de son palais,
sans recourir à l'intervention de l'étranger, (1)
(I) On conseillait dans une circonstance critique 1 à
Henri IV, pressé aux environs de Dieppe, par une armée
de trente mille hommes, lorsque ce prince avoit très peu
de troupes , de se retirer en Angleterre. Mezeray rapporte le
discours sublime du maréchal de Biron, conçu en ces termes :
Quoi, Sire , in vous conseil de monter sur mer , comme,
s'il n'y avoit pas d'autre moyen de conserver votre royaume
( 21 )
a déjoué, et déjouera tous les complots du
parti anti-françois qui agit dans l'ombre, mais
que de le quitter; si vous n'étiez pas en France, il faudrait
percer au travers de tous les bazards et de tous les obstacles
poury venir, et maintenant que vous y êtes, on voudroit
que vous en sortissiez ; et vos amis seroient d'avis que
vous fissiez , de voire bon gré, ce que les plus grands
efforts de vos ennemis ne sauroient vous contraindre de
faire en l'état où vous êtes ! Et sortir seulement de
France, pour vingt-quatre heures , c'est s'en bannir pour
jamais.
Le péril, au reste, n'est pas si grand qu'on vous le dépeint ;
ceux qui nous pensent envelopper sont ou ceux mêmes que
nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris, ou gens
qui ne valent pas mieux, et qui auront plus d'affaires
entre eux mêmes, que contre nous. Enfin, Sire, nous
sommes en France , il nous y faut enterrer ; il s'agit d'un
royaume , il faut l'emporter, ou y perdre la vie; et quand
même il n'y auroit pas d'autre sûreté, pour votre personne
sacrée , que la fuite , je sais bien que vous aimeriez mieux
mille fois mourir de pied ferme que de vous sauver par ce
moyen. Votre Majesté ne souffriront jamais qu'on dise qu'un
Cadet de Lorraine lui auroit fait perdre terre.
Non, Sire , il n'y a ni couronne, ni honneur pour vous
au delà de la mer. Si vous allez au-devant du secours de
l'Angleterre , il reculera aussi nous vous présentez au port
( 22 )
qu'on voit aujourd'hui à découvert ; car la
comi - tragédie de la révolution, ne saurait
être éternelle.
Le Roi après avoir épuisé tous les moyens
de douceur , a appris à se convaincre que
la foiblesse perd les partis qui s'y fient, que
la fermeté raisonnée a le succès le plus com-
plet ; comme le dit Voltaire :
On ne perd les Etats que par timidité.
Louis XVIII ne veut pas qu'on dise de lui
ce qu'on a dit de Louis XVI.
Louis seize ne savoît qu'aimer et pardonner,
S'il avoit su punir , il auroit su régner.
de la Rochelle, en homme qui se sauve, vous n'y trou-
verez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire
que vous deviez plutôt fier votre personne à l'inconstance
des.flots, à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves
gentilshommes et tant de vieux soldats qui sont prêts à
lui servir de rempart et de bouclier ; et je suis trop servi-
teur de votre Majesté, pour lui dissimuler que si elle cher-
choît sa sûreté ailleurs que dans leur vertu , ils seroient
obligés de chercher la leur dans un autre parti que dans
le sien. (Mezeray , Hist. de. France.)
(23)
Le Roi veut être l'amour des bons, et la
terreur des méchans.
Et le juste au méchant ne sait pas pardonner.
M. l'abbé de la Mennais , ce grand écrivain,
ce publiciste éclairé, a défini ainsi l'art de
gouverner : régner, c'est vouloir.
Le Monarque françois a fait respecter son
autorité, sa volonté qui était celle de la loi, et
dans un moment de crise a développé le grand
caractère (1) qu'exigeoient les circonstances.
(I) Louis XVIII a donné dans plusieurs circonstances la
preuve d'un grand caractère, parce qu'il sait qu'en tout
on réussit rarement avec des vertus seules, qu'il faut y
joindre la fermeté , sans laquelle on ne fait rien de grand ;
que c'est l'accord heureux de la fermeté et de la sagesse qui
fait les administrations glorieuses, commes les règnes for-
tunés. Ce prince, pendant la révolution, avoit fixé sa
résidence à Vérone; Buonaparte se dirigeoit de ce côté.
La république de Venise qui craignoit pour elle et pour le
Roi , le pria , se vit même forcée de le sommer de sortir
des Etat Vénitiens. Sa Majesté fit, à la sommation, une
réponse "qui prouvoit une grande force de caractère d'un
homme qui ne se laisse pas abattre par l'adversité :
J'exige avant mon départ, dit le Roi qu'on raie du
livre d'or six noms de ma famille , et qu'on me rende
(24)
La fortune si souvent injuste, qui a eu tant
de fois à rougir de ses favoris , s'est enfin récon-
ciliée avec une auguste famille qu'elle avoit
accablée de ses rigueurs, et ne peut que s'ap-
plaudir d'avoir réparé tous ses torts envers les
Bourbons.
l'armure dont mon aïeul Henri IV a fait présent à la Ré-
publique de Veuise. Sa Majesté sortit de la ville et se
rendit an quartier général de l'armée de Condé à Riégel,
où elle arriva vers la fin de mars 1796.
Buonaparte vouloit s'asseoir sur le trône de France;
mais avant de ne rien entreprendre , il essaya d'obtenir.
en sa faveur, l'abdication de Louis XVIII ; il charge alors
une personne de grande distinction de se présenter au
Roi de France qui étoit à Varsovie , pour proposera S. M.
de renoncer au trône de France, et d'y faire accéder tous
les membres de la maison de Bourbon. Le Roi répondit à
une pareille demande avec la dignité d'un grand homme
qui ne se laisse pas abattre par l'adversité.
Le Roi répondit : J'ignore quels sont les desseins de
Dieu sur ma face et sur moi ; mais je connois les obligations
qu'il m'a imposées par le rang dans lequel il lui a plu dé
ma faire naître. Chrétien, je remplirai ces obligations jus-
qu'à mort dernier soupir ; fils de Saint Louis , je saurai, à
son exemple, me respecter jusques dans les fers; successeur
de François premier, je veux du moins pouvoir dire avec lui l
Nous avons tout perdu , fors l'honneu.
(25)
On a jeté les hauts cris contre les lois d'ex-
ception , des mesures extra-constitutionnelles ;
des lois d'exception, des institutions de police
ne sauraient, disoit-on, sauver la France, la
préserver des calamités qui la menacent.
Que les lois , observoit on , dorment vingt-
quatre heures , ainsi que le demandoit un
législateur dans les momens de trouble , mais
qu'ensuite elles reprennent toute leur vigueur.
La loi qui frappa les deux Graechus, fit
périr en même temps la liberté de Rome ; bien-
tôt la loi que les Consuls avoient violée contre
ces Tribuns, Marius la viola contre le Sénat ;
Sylla contre le peuple, et Tibère contre tous.
Ces observations ne sauraient trouver leur ap-
plication pour la situation de la France ; car
les troubles qui existaient à Rome n'étaient
que passagers , c'étaient des ambitieux qui
combattaient contre d'autres ambitieux; mais
en France, la conspiration est éternelle ; les
troubles , depuis la révolution , renaissent à
chaque instant : c'est la tête de l'hydre, si l'on
en abat une , il en renaît plusieurs autres. Les
tyrans, à Rome, opprimoient la liberté , la
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patrie; le Roi, loin d'en être l'oppresseur, a
prouvé qu'il vouloit en être le protecteur. Les
lois fondamentales, avant l'assassinat du duc
de Berry , n'étoient-elles pas dans toute leur
vigueur ? Ce crime qui fait frémir d'horreur,
nécessita le gouverment de prendre les mesures
les plus plus vigoureuses pour faire trembler
les conspirateurs, et déjouer leurs machina-
tions.
Les lois qui ont été rendues et qu'on a ap-
pelées la terreur de 1820, pouvoient seules em-
pêcher la terreur de 1793 de renaître. La
salutaire terreur de 1820, loin de jeter l'alarme
dans l'âme des hommes honnêtes, les a ras-
surés , et a été un moyen de salut, de conser-
vation , parce que le gouvernement use de la
loi avec la plus grande sagesse et la plus grande
circonspection, ainsi que l'avoit promis son
excellence monseigneur le Ministre de l'inté-
rieur ; cette mesure étoit commandée par le
salut du peuple, salus popùli suprema lex
esto; que le salut du peuple soit la suprême
loi, disent les publicistes. Le salut du peuple,
de la Patrie , intimement lié à celui du Roi,
(27)
était au moment d'être ce compromis, ainsi qu'on
le voit dans la déclaratio faite à la chambre
des Pairs, où il a été dit, que les aveux mêmes
du préyenu (Louvel ) apprendront que la tête
auguste si odieusement atteinte , ( monseigneur
le duc de Berry ) n'étoit pas la seule menacée ;
mais que toutes celles sur lesquelles reposent
vos destinées, étaient condamnées, et que la
tête la plus sacrée comme la plus nécessaire à
la Patrie , avoit elle-même son jour fatal dans
les desseins du coupable.
Dans un moment où le danger était aussi
imminent, n'étoit-il pas indispensable que le
Gouvernement fût investi d'un pouvoir absolu
pour contenir les provocateurs aux troubles-,
aux séditions ? Ces soi-disant amis de la liberté,
qui ne veulent de liberté que pour eux et leurs-
amis, ont toujours les grands mots de liberté
à la bouche, et la tyrannie dans le coeur. Pour
réprimer les factieux qui abusoient de l'efier-
vescence , de l'inexpérience de la jeunesse qui
se laisse égarer par les illusions de la liberté,
falloit-il attendre que les Catilina modernes
(à qui l'on peut adresser le mot de Gicéron :
(28) .
quo usque abutere patientid nostra, jusques
à quand abuserez -vous de notre patience ?
eussent consemmé leurs complots , que la
guerre civile eût éclatée de toutes parts ,
que l'étranger fût arrivé sur notre territoire,
pour se partager la Fiance , ainsi qu'il mé-
dite de le faire depuis plusieurs siècles.
Honneur au Roi qui a sauvé la France , la
Patrie , par sa sagesse et son énergie ! Quille
obligation, quel tribut de reconnoissance les
François ne doivent-ils pas au Roi , aux Bour-
bons qui veulent bien se dévouer pour la Patrie!
En effet, en envisageant les choses sous leur
véritable point de vue, la couronne de Louis
XVIII n'est-elle pas une couronne d'épines ? Ja-
mais Souverain n'a payé plus cher la grandeur,
qui sur-tout dans les conjonctures délicates où
se trouve la France, est l'image fidèle du glaive
de Damoclès. L'ambition peut-elle engager un
Roi à conserver une couronne qu'il, fa ut acheter
aux dépens d'alarmes continuelles ? Le bonheur
de sauver la Patrie , de mettre un terme au
.malheur de la France, peut seul faire consentir
.le Roi à rester sur le trône.
( 29 )
Cette vérité est incontestable et ne peut pas
laisser l'ombre de doute dans l'esprit de ceux
qui réfléchissent; quelles idées sinistres doivent
s'emparer' de l'âme du Monarque François ,
quand il se rappelle que Louis XVI, son mal-
heureux frète, que la Reine , madame Elisa-
beth , son auguste soeur, ont été assassinés j
que le Dauphin a été empoisonné, que le
duc d'Enghien a été fusillé, que le duc de
Berry . qui étoit l'espoir de la France , a été
poignardé , et que pareil sort étoit réservé aux
Bourbons et au Roi lui-même, d'après la dé-
claration faite à la chambre des Pairs , dont
j'ai parlé plus haut.
On est forcé d'en convenir, il faut avoir
bien du courage et de la vertu pour tenir en
ses mains les rênes de l'Etat, lorsque les dan-
gers renaissent à chaque instaut.
C'est être martyr de son amour pour le
bien public; mais ce qu'il y a de consolant,
d'encourageant pour le Monarque, c'est d'avoir
vu le concours de toutes les classes de la société
pour sauver lé trône et l'Etat.
. Honneur aux Ministres ..qui ont secondé les
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vues du Roi ; au duc de Richelieu qui a été
le soutien du trône de Louis XVIII, comme
le cardinal, son ancêtre, l'a été de celui de
Louis XIII. Houneu r au Ministre de la guerre,
recommandable par ses vertus et ses talens , à
qui l'on doit le bon esprit de l'armée ! Honneur
au Garde des Sceaux qui a foudroyé, de son
éloquence mâle et do sa logique, les sophistes qui
vouloient entraver le Gouvernement dans sa
marche !
Honneur aux Maréchaux ! Honneur au maré-
chal Oudinot, connu par sa valeur et sa loyauté!
Honneur au maréchal Macdonal qui a justifié,
dans les journées de juin , la confiance dont le^
Roi l'a honoré, et qui a ajouté de nouveaux
lauriers à ceux qu'il avoit cueillis sur le champ
de bataille : il sait être aussi grand dans la
paix que dans la guerre ; il apparténoit à un
homme d'honneur comme l'est le maréchal ,
d'être chancelier de la Légion d'Honneur.
Honneur aux Généraux de France, Victor,
au colonel Reurnonville, colonel de la garde
royale, qui sait être tout à la fois homme d'épée
et orateur , dont les discours pathétiques aux
soldats attendrissoient jusqu'aux larmes.