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La Patrie, par M. Frédéric Lock,...

De
36 pages
L. Curmer (Paris). 1851. In-16, 32 p..
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ÈQUE L. (MER.
ENSEIGNEMENT MORAL.
-o
LA PATRIE
PAR
M. FRÉDÉRIC LOCK,
Mt-mlit'p (le la Société de l'Histoire de France.
lilopté par l'Association pour l'.:d.atlon
populaire.
19 een,b..ell.
1 PARIS.
LIBRAIRIE DE L. CURMER,
: v.-.. Hue de Richelieu, 47, AU PREMIER.
z
t851
"173
«
ASSOCIATION
POUR L'ÉDUCATION POPULAIRE.
L'Association pour l'éducation populaire a pour but de
contribuer au développement de l'éducation et de l'instruc-
tion du peuple. Elle se propose, pour y arriver, d'employer
les moyens suivants :
Provoquer la composition ou la traduction de traités élé-
mentaires des sciences les plus utiles, de manuels technolo-
giques, de récits moraux et instructifs, de traités des devoirs
et des droits des citoyens ;
Appeler des dons et des souscriptions, et en employer le
montant à la distribution gratuite de livres spéciaux dans
les ateliers, dans le' établissements agricoles, les écoles ré-
gimentaires, aux convalescents des hôpitaux civils et mili-
taires, aux détenus, et aussi dans les écoles primaires et les
ouvrnirs ;
Publier des programmes d'ouvrages destinés à réaliser ses
vues, et décerner des prix aux auteurs qui auront le mieux
rempli les conditions de ces programmes ;
Encourager la formation de bibliothèques communales;
Lutter contre le colportage des mauvais livres et y sub-
stituer la distribution des livres adoptés par PAssociation,
en .donnant des primes aux colporteurs ;
Établir des correspondances avec les maires des com-
munes, les ministres de tous les cultes, les instituteurs pri-
maires, les associations religieuses et charitables;
Provoquer rétablissement de comités dans les départe-
ments et la formation de sociétés de dames, qui distribue-
ront les livres dont l'Association aura la disposition.
L'Association appelle le concours de collaborateurs dont
les mille premiers recevront le titre d'associés fondateurs.
Une cotisation mensuelle de QUATRE FRANCS sera payée par
eux, et leur donnera droit à la remise gratuite de quarante
petits volumes du prix de dix centimes, qu'ils distribueront
selon leur volonté.
L'Association admet en outre tous les dons et souscrip-
tions qui lui sont adressés; et dont l'emploi a lieu en distri-
butions gratuites des ouvrages approuvés par elle.
Les adhésions et souscriptions doivent être envoyées
franco à l'AGENT GÉNÉRAL DE L'ASSOCIATION, rue Riche-
lieu, 47 (ancien 49).
BIBLIOTHÈQUE LCMMR.
t1 :—o—c@o—o—
ENSEIGNEMENT MORAL.
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LA PATRIE
A^-A -
£ >/p. DÉRic LOCK,
tiété de PRistoire de France.
-
Adopté prfTAasoeiation pour redueution
populaire.
PARIS. ,
LIBRAIRIE DE L. CURMER, ; *
rue de Richelieu, 47, AU pUllUla.
- 1851 1 , 3-
49.
ASSOCIATION
POUR L'ÉDUCATION POPULAIRE.
L'Association pour l'éducation populaire approuve
l'impression de l'ouvrage intitulé la Patrie, par
M. LOCK, membre de la Société de l'Histoire de
France.
Paris, le 7 Mars 1851. S
Le Vice-Président.
D'ALBERT DE LUYNES.
Pour ampliation.
F. LOCK, ,.-
Secrétaire général.
La Bibliothèque L. Curmer est destinée à en-
serrer dans un vaste réseau de publications tout ce qui
touche à l'Enseignement Universel, à/Ensei-
gnement Moral et à 1 Enseignement Elemen-
taire. Sous le premier titre, elle abondera toutes les
questions qui dérivent de la Constitution ; sous le
deuxième, ,II,. comprendra une série d'histoires et de
récits instructifs et amusants; sous le troisième, elle
donnera des notions de toutes les j-ciences.
Elle fait un appel à l'intelligence, en la conviant à ré-
pandre ses bienfaits sur tous ceux qui ont besoin d'ap-
prendre; à la richesse, en l'engageant à populariser ces
petits écrits et à les distribuer avec la profusion qu'ils
méritent par leur but et leur importance; aux travail-
leurs, en leur offrant un moy, n sûr et peu dispendieux
d'acquérir sans peine toutes les connaissances qui
forment l'homme et le citoyen.
Ces petites publications coûteront 10, 20, 3o, CIo et
5o centimes, selon le nombre de feuilles de 32 pages,
et celui des gravures qu^-smiront à l'explication du
lexte. i~!)
LA PATRIE
—<« »>—
La Patrie, ce n'est pas seulement le vil-
lage, le bourg, la ville qui vous a vu naître,
la vallée, la plaine ou les montagnes dont
vos premiers regards ont embrassé l'horizon;
ce n'est pas seulement la contrée dont, en-
fant ou jeune homme, vous avez parcouru
les différentes localités sans cesser d'y trou-
ver le patois de vos voisins et le costume de
votre mère. Non ; cela c'est ce que vous ap-
pelez votre pays, mot expressif, mais d'un
sens bien plus restreint et que l'on a tenté de
substituer à celui de patrie quand le langage
s'est abaissé en même temps que s'effaçait
des cœurs l'amour de la patrie. Bretons, Al-
saciens, Auvergnats, Provençaux, vous avez
chacun votre pays, entre les flots de l'Océan,
sur les rives du Rhin, dans les monts du
Cantal ou sur les bords de la Méditerranée ;
mais, tous, vous n'avez qu'une patrie, la
grande patrie française, qui s'étend entre la
Méditerranée, le Rhin et l'Océan, dans les li-
mites de laquelle vous pouvez voyager en
- 4 -
tous sens, trouvant partout et toujours, non
le patois local et la toilette maternelle, mais
la même langue commune à tous, la même
loi égale pour tous, le même amour pour sa
gloire, le même orgueil de ses triomphes, la
même douleur de ses revers.
C'est cette patrie qu'il vous faut aimer, car
vous, vos pères ou vos fils l'avez défendue
ou la défendrez au prix de votre sang ; car,
mère vigilante, elle pourvoit à votre sécurité
présente, à vos intérêts futurs, alors même
que sa sollicitude vous paraît ou distraite ou
absente. S'il y a des maux qu'elle ne peut
guérir, des chagrins pour lesquels elle n'a
pas de consolations, ne l'accusez pas : souve-
nez-vous que votre mère, celle qui vous a
porté dans ses entrailles, qui vous a nourri
de son lait, qui n'a eu que vous peut-être à
aimer et à défendre, n'a pas toujours pu
vous préserver de toute souffrance, ni trou-
ver des adoucissements pour toutes vos dou-
leurs.
Il s'est trouvé, il se trouve peut-être encore
des hommes pour railler l'amour de la pa-
trie. Ils ont dit que là où l'on est bien, là est
la patrie. Si vous rencontrez un de ces
hommes, fermez l'oreille à ses discours:
c'est un égoïste. L'égoïste n'aime pas sa pa-
trie; il n'aime pas davantage l'endroit qui
- 5 -
l'a vu naître; moins encore, pas même la
maison paternelle. Et si vous pouviez voir
au fond de son cœur, vous y trouveriez qu'il
n'a aimé ni père, ni mère, ni frère, ni sœur,
ni ami: il n'a aimé que sa personne, que ce
qui a pu lui procurer plaisir ou bien-être.
Fuyez-le, car l'homme qui n'aime pas est
dangereux à l'homme.
D'autres vous diront qu'il est puéril de
borner son amour aux frontières d'une con-
trée, si vaste soit-elle ; qu'un homme ne doit
pas avoir affection pour celui qui habite sur
le même bord d'un ruisseau ou d'un fossé et
haine pour celui qui demeure sur l'autre
bord; au nom de l'humanile, ils vous diront
que tous les hommes doivent s'aimer égale-
ment quel que soit leur nom, leur pays.
Peut-être, en effet, viendra-t-il un temps
où s'effaceront toutes distinctions de races,
de couleur, de patrie, de religion. Les
hommes qui vivront alors suivront la loi
de leur temps, comme nous devons suivre
celle du nôtre. -
L'amour de la patrie ne commande pas
nécessairement de haïr les hommes d'une
autre nation. Haïssons-nous ceux qu'aucun
lien ne nous attache, parce que nous avons
une affection particulière pour ceux de notre
famille? Non, sans doute, Eh bien, il en est
— 6 —
de même pour l'amour de la patrie. Nous
aimons mieux ceux qui sont Français comme
nous; mais nous n'avons pas de haine pré-
conçue, permanente, pour les hommes qui
habitent au delà du Rhin, des Alpes, desPy- i
rénées ou de l'Océan. Une bienveillance ré- l
ciproque résulte des rapports que le voisinage
et le commerce établissent entre les diffé-
rents peuples. Il peut même arriver, dans
les relations particulières, que nous aimions
mieux obliger un Anglais ou un Allemand
qui nous est personnellement connu qu'un �
compatriote que nous ne connaissons pas.
Mais c'est là un fait tout individuel. Qu'une
injuste agression, qu'une offense imméritée
fasse éclater la guerre entre nos deux nations,
nous ne cesserons pas, sans doute, de porter
affection à nos amis étrangers, mais, quelque
dommage qu'il en puisse venir pour leurs inté-
rêts personnels, nous mettrons tous nos efforts
à faire triompher le drapeau de la patrie.
Tenez-vous donc en garde contre les faux
raisonnements de ces systèmes absolus qui
tendent à la dissolution du lien national,
celui-ci en nous égarant dans les voies téné-
breuses d'u:i avenir inconnu et peut-être ir-
réalisable, celui-là en nous ramenant à l'iso-
lement et à l'ignorance des premiers âges de
la société humaine.
0.,' W~ ;".,
- 7 -
Reportez-vous, en effet, par la pensée au
commencement du monde.
Sur la terre immense une famille est seule,
nue, désarmée : elle demande son premier
aliment aux fruits des arbres, son premier
vêtement à leur feuillage; la voûte des forêts
est sa première demeure ; la courbure d'un
rocher son premier abri. Sa première indus-
trie est d'apprivoiser quelques animaux.
Quelques années s'écoulent. La famille
s'est accrue ; le besoin a développé l'intelli-
gence de ses différents membres; plus de
forces, plus d'idées sont mises au service de
la communauté. L'hommecommfnce la con-
quête de la nature ; il se construit des de-
meures fragiles encore et mobiles ; il se crée
des annes, soit pour sa défense personnelle,
soit pour la chasse. Mais la colonie humaine
ne forme encore qu'un groupe, ayant mêmes
intérêts, mêmes besoins, mêmes affections.
Encore un peu de temps, les alliances se
sont multipliées, la famille primitive s'es
fractionnée; des groupes nouveaux se sont
formés; ils se sont éloignés du foyer origi-
naire de la famille ; les relations sont deve-
nues plus rares ou même ont cessé complè-
tement entre divers groupes.
Ainsi continue l'histoire des hommes.
Comme les ondulations circulaires que fait
— S —
naître la chute d'une pierre dans l'eau d'un
lac vont s'agrandissant, mais aussi s'effaçant
à mesure qu'elles s'éloignent du centre, les
générations humaines se succèdent, s'éten-
dent sur la face de la terre et, en même
temps, deviennent étrangères les unes aux
autres. A la famille a succédé la tribu ; à la
tribu, la nation , formée d'un certain nom-
bre de tribus, réunies par de communs in-
térêts.
Avec la tribu est né ce sentiment, moral
et physique à la fois, qu'on appelle l'amour
de la Patrie, qui s'attache simultanément et
aux lieux habités et aux hommes qui les ha-
bitent avec nous ; sentiment que l'homme
portait déjà dans son cœur avant qu'il fût
sorti des limites de la famille et qui n'était
encore que l'amour paternel, filial ou frater-
nel. Ce sentiment s'est étendu avec le cercle
des relations sociales, et, prenant plus d'é-
nergie en grandissant, il a produit des actes
de dévouement d'un caractère de plus en
plus généreux et héroïque, parce que le mo-
bile de l'intérêt personnel y apparaît de
moins en moins. En effet, les intérêts indi-
viduels sont plus étroitement liés dans une
famille que dans une tribu, dans la tribu que
dans lanation, dans les nations de l'antiquité
que dans les nations modernes, et cepen-
— 9 —
La Patrie. 1 *
dant tous les membres de l'une et de l'autre
sont également solidaires, également inté-
ressés à la défense, à la prospérité, à la gloire
communes.
N'est-il pas vrai, en effet, que si chacun
se croyait dispensé de veiller aux intérêts gé-
néraux de la patrie et en droit de restreindre
son affection aux intérêts particuliers de sa
commune, les hommes de la Bretagne refu-
seraient d'aller défendre l'Alsace envahie, et
les Provençaux d'aller au secours des Bre-
tons menacés. Ainsi se trouverait brisée cette
forte unité de la France, œuvre de tant de
générations; ainsi le territoire national, privé -
de défense suffisante, se trouverait livré à la
merci de l'invasion et de la conquête étran-
gère.
N'est-ce pas, au contraire, parce que l'a-
mour de la patrie fait plus vivement battre
le cœur des populations placées à la frontière
que les habitans de l'intérieur peuvent vivre
avec plus de sécurité, sachant bien que l'en-
nemi trouverait aux portes même de la
France une énergique et victorieuse résis-
tance. Et ceux de la frontière ne seraient-ils
pas affaiblis dans leur énergie et leur patrio-
tisme s'ils ne savaient que leurs concitoyens
de l'intérieur sont prêts à les venir secourir,
à partager leurs périls, à réparer, autant que
- 10 —
possible, leurs pertes et leurs désastres ? Et
la confiance des uns dans les autres fortifiant
ainsi le courage de tous, il arrive que ceux
qui seraient tentés d'attaquer la France, re-
culent devant les craintes de la défaite, et la
Patrie échappe aux dangers et aux dépenses
exorbitantes de la guerre, dangers et dépen-
ses qui atteindraient tous les citoyens et lé-
seraient chacun dans ses intérêts personnels
les plus chers, c'est-à-dire dans la vie des
siens, dans la sienne propre et dans sa for-
tune.
De sorte que si, en pareille matière, il ne
suffisait point de faire appel aux sentiments
les plus élevés du citoyen, on pourrait dire
encore à chaque individu que c'est un bon
et profitable calcul de ne pas mettre son
propre et personnel avantage au dessus des
avantages généraux de la Patrie.
Je veux à ce propos vous citer quelques
paroles d'un grand et éloquent écrivain de
l'antiquité qui fut aussi un citoyen tout dé-
voué à sa patrie. (1).
« Le sage, dit-il, n'évitera de s'exposer à
« aucun danger dans l'intérêt de la Répu-
« blique, car il arrive souvent que celui qui
« n'a pas voulu périr pour la République pé-
« rit avec elle. Et, comme il n'est aucun
(1) Cicéron.
-11-
« bien dont on ne soit redevable à la patrie,
« il n'est aucun mal qu'on doive trouver
« trop dur de souffrir pour elle. Aussi est-
« ce agir en insensé que de se soustraire au
« péril qu'il faut subir pour la République.
« On ne peut, en effet, ne pas souffrir des
« maux qu'elle endure et l'on se rend cou-
« pable d'ingratitude envers elle. Ceux-là
« au contraire sont véritablement sages qui
« s'offrent au danger dans l'intérêt de la pa-
« trie, car ils accomplissent leur devoir
« d'honneur envers la République et ils ai-
« ment mieux sauver, par leur propre mort,
« beaucoup d'hommes que d'en entrainer
« beaucoup dans une perte commune. Cette
« vie que la nature vous a donnée, que vous
« avez conservée par les bienfaits de la pa-
t trie, que vous serez forcé de rendre à la
CI nature le jour où elle l'exigera, n'est-ce
« pas une iniquité d'en refuser le sacrifice à
« la patrie quand elle l'implore ? Et lorsque,
par un acte sublime de vertu et d'honneur,
« vous pouvez périr pour la patrie, d'aimer
« mieux vivre dans la lâcheté et l'ignominie ?
» Quoi, vous affronterez volontiers le dan-
f ger pour vos parents, vos proches, vos
» amis, et vous le fuirez quand il s'agit de
« la République qui comprend tout cela et,
* de plus, ce grand et saint nom de la Patrie !
— 12 -
« Comme il n'est pas de mépris assez pro-
« fond pour celui qui, en mer, aimerait
« mieux se sauver seul que de sauver le na-
« vire entier, il n'y a pas de flétrissure assez
« honteuse pour l'homme qui, dans les dan-
« gers de la patrie, songe plus à son salut
c personnel qu'au salut commun. Car, dans
« le naufrage du navire, beaucoup peuvent
« échapper à la mort; personne, au con-
« traire, n'échappe sain et sauf du naufrage
« de la patrie. »
Ecoutez cette voix qui vous parle à travers
les âges; ce n'est pas celle d'un philosophe,
d'un moraliste, d'un poète : c'est la voix d'un
bon citoyen, c'est la vraie voix de la Patrie.
L'histoire est pleine des noms de fils qui se
sont dévoués pour leur père, de sujets pour
leur prince, de serviteurs pour leur maître.
L'histoire les honore et fait bien ; car la piété
filiale, le dévouement au chef, la fidélité,
sont toujours et partout dignes d'éloges, di-
gnes d'être proposés en exemple.
Mais l'histoire cite aussi des citoyens qui se
sont dévoués pour leur patrie et combien
plus n'admire-t elle pas leur héroïsme et
leur sacrifice. Le dévouement de ces hommes
l'emporte, en effet, sur celui des premiers,
autant que l'intérêt d'un peuple entier l'em-
porte sur l'intérêt d'un homme ou d'une fa-