//img.uscri.be/pth/dc31cf6e9aa582de453c1de3e8819237a77b9e4d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

La Patrie sauvée, ou Idées d'un honnête homme sur les causes, les effets de la Révolution française et les moyens d'en tirer le meilleur parti pour le bonheur futur des rois et des peuples, par le chevalier de Brunel de Varennes,...

De
54 pages
J.-G. Dentu (Paris). 1815. In-8° , 51 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

LA
PATRIE SAUTEE.
CET OUVRAGE SE TROUVE AUSSI AU DEPOT;
DE MA LIBRAIRIE,
Palais-Royal, galeries de bois, nos 2(55 et 266 ;
ET CHEZ
LENORMANT , rue de Seine ;
PILLET , rue Christine, n° 5 ;
DEIAUNAY , Palais-Royal.
LA
PATRIE SAUVÉE,
OU
Idées d'un honnête homme sur les causes , les effets de la
révolution française et les moyens d'eu tirer le meilleur
parti pour le bonheur futur des Rois et des peuples.
PAR LE CHEVALIER.
DE BRUNEL DE VARENNES,
Ancien-page, ancien officier, ancien soldat , ancien maire, etc. etc. etc.
et toujours royaliste-patriote , ou patriote-royaliste.
DEDIE
A TOUS LES HOMMES AIMANT L'HONNEUR, LE ROI
LA PATRIE.
Integer vitoe, sceleris que purus,
Non eget mauri jaculis, nec arcu,
Nec venenatis gravidâ sagitiis;
Fusce, pharetrâ, etc.
HORAT., 1. I, od. 19.
PARIS,
J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
Rue du Pont de Lodi, n° 3, près le Pont-Neuf.
1815.
LA PATRIE SAUVÉE.
POUR la première fois de ma vie, à l'âge de
quarante trois ans, sans être littérateur, sans
autre élude que celle de l'expérience, j'ose
écrire pour m'occuper des intérêts de mou
pays, pour le bonheur des rois et des peuples.
Le flambeau de la vérité me servira de guide,
l'amour de mon Roi, de ma patrie et de l'hu-
manité inspireront mon esprit, et mon coeur
dirigera ma plume.
Mon ame, soutenue par l'honneur et la vertu,
aura le courage nécessaire pour lutter contre
je crime et les préjugés, de quelques espèces
qu'ils soient, sans craindre ni les poignards des
assassins, ni les morsures envenimées des rep-
tiles.
Placé par ma naissance, ma fortune et mon
âge, dans le milieu de l'espace, par conséquent
dans le point de vue convenable pour voir et
distinguer clairement l'ensemble du tableau
qui s'est déroulé à mes regards depuis vingt-
1
(2)
six ans, j'ai cherché à l'observer et a l'étudier
avec profit (1).
Dans une sphère plus élevée, les rayons du
soleil m'eussent ébloui, ou les nuages, en voi-
lant à mes yeux les objets éloignés du tableau ,
m'eussent empêché de les bien distinguer et
de les juger.
Placé plus bas, ma vue, obscurcie par les
vapeurs grossières qui s'élèvent de la terre,
n'aurait rien aperçu, et il ne m'en resterait
(1) Victime de la révolution, l'auteur a pu voir ses
commencemens, ses progrès et sa fin; page, officier,
soldat, puis encore officier; fantassin , cavalier, ingé-
nieur, marin , artiste , voyageur, il a pu observer et
étudier toutes les classes de la société, dans les diffe—
retis pays qu'il a parcourus; le balottage de la révolu-
tion , les malheurs mêmes, ont été utiles à ses observa-
tions ; relire' depuis à la campagne, il avait dirige' ses
études sur la paisible agriculture , et sur les lois muni-
cipales , quand la guerre de 1814 est venue l'arracher à
ce doux repos ; rejeté par de nouveaux malheurs dans
le tourbillon du monde, il a de nouveau dirigé ses
observations sur les hommes de toutes les classes dont
il était entoure' ; il a vu les ressorts employés par le
crime; mais aussi il a vu des vertus dans cette multi-
tude qu'on calomnie, et qu'on rend victime des forfaits
de quelques brigands ; il rendra justice aux uns et
aux autres.
(3)
d'autre idée que celle qu'on conserve ordi-
nairement d'un vain songe.
Il est cependant des êtres privilégiés qui,
dans quelque rang, à quelque hauteur qu'ils
se trouvent placés, sont doués d'une vue si
perçante qu'ils aperçoivent, distinguent et ju-
gent lés objets, malgré les obstacles que l'élé-
vation ou l'abaissement de leur situation leur
opposent; mais malheureusement, ces êtres fa-
vorisés par la divinité, et pour ainsi dire pré-
destinés par elle pour commander aux autres
hommes, sont en bien petit nombre, et ce
n'est pas pour eux que j'écris, ils n'ont pas
besoin de mes conseils ; j'ai au contraire be-
soin de leur indulgence; ils en auront sans
doule en faveur des intentions d'un bon ci-
toyen, animé de l'amour de son Roi et de sa
patrie.
J'écris pour ceux qui au moment de la ré-
volution, étant dans un âge assez avancé pour
avoir un jugement formé et décidé, n'ont pu
facilement se plier à de nouvelles idées, et
voyant toujours le passé dans le présent, n'ont
pu distinguer les hommes et les évènemens
qu'à travers le voile des préjugés antiques,
préjugés respectables sans doute, mais nui-
sibles à l'utilité de l'expérience, parce qu'ils
(4)
obscurcissent la vue de ceux qui en sont ex-
clusivement imbus.
Je serais au reste bien heureux si, dans ce
moment, je n'avais à combattre que ces vieux
préjugés, lesquels se rattachaient à l'honneur,
à la vraie gloire, à la religion et au véritable
amour du Roi et de la patrie, et si ma tâche se
réduisait à engager ces vénérables dépositaires
de nos antiques vertus à les faire coordonner
avec l'état actuel des hommes et des choses.
J'écris principalement pour ces générations
qui, trop nouvelles pour avoir vu et senti nos
malheurs, ne croient pas qu'une révolution
soit le plus grand des maux que puisse éprou-
ver un peuple, parce que de la nôtre ils n'ont
vu que les résultats apparens, résultats mal-
heureusement trop brillans, et dont l'issue fa-
tale ne suffit pas encore pour les détromper ;
j'écris, dis-je, pour ces jeunes gens qui, fiers
de quelques connaissances brillantes, éphémè-
res et acquises par des études prématurées et
précipitées, ont été lancés dans le monde à
l'âge de dix-sept à dix-huit ans, et y ont ap-
porté la vanité, la présomption et le faux-clin-
quant d'une éducation manquée , puisqu'elle
n'était point appuyée sur la religion, la mo-
rale , la sagesse et la vertu.
(5)
Ces sources de la félicite des nations leur
sont inconnues, ils sont sur cela dans la plus
complète ignorance; mais, en revanche, ils
ont des idées très-vives sur les hautes ques-
tions de la géométrie , de la chimie, de la phy-
sique, de la haute politique, du droit des peu-
ples, enfin dé la constitutionologie : tout cela
s'est casé confusément dans leurs cerveaux
prêts à enfanter ces grands systèmes qui, mis
dans le creuset de là saine raison , s'évaporent
comme une vapeur aussi légère que leurs jeu-
nes têtes.
Malheureux jeunes gens! doit-on les ac-
cuser, doit-on voir des crimes dans leurs er-
reurs ou dans leurs folies ? non, sans doute; par
la même raison qu'ils sont jeunes encore, ils
sont susceptibles dé recevoir de nouvelles im-
pressions; et il suffira, je l'espère, de leur mon-
trer la vraie route de la vertu, par conséquent
du bonheur, pour les engager à y «entrer. Il
suffira pour cela de briser le prisme fatal et im-
posteur placé, depuis trop long-temps, devant
leurs yeux par ces hommes pervers qui, auda-
cieux dans les temps de troubles et d'ahar-
chie, lâches et rampans sous le règne d'un ty-
ran, égoïstes par principes et par intérêt, spé-
culateurs de révolutions réunissent à la cupi-
(6)
dite et à l'ambition, de grands.talens qu'ils
n'ont malheureusement employés qu'à séduire
une jeunesse qu'ils égaraient facilement en
flattant ses passions.
Ce n'est pas pour ces hommes que Récris ;
ils ne m'entendront pas, leur coeur endurci
est inaccessible aux doux sentimens de la
vertu, leur ame de boue est trop, infectée par
le crime pour être épurée, ils sont enfin la
gangrène du corps social, lequel doit périr
en entier si on n'applique promptement le
remède analogue à un mal reconnu incu-
rable.
Ma plume a tracé à regret ces dernières
lignes : la vue du crime afflige mon ame,
ma main tremblante se refuse à le peindre.
Je voudrais soustraire ce hideux tableau aux
yeux d'un Monarque qui désirerait ne voir
que ses enfaris dans tous ses sujets : la clé-
mence est un besoin de son coeur généreux ,
et le pardon est toujours prêt à sortir de sa.
bouche.
Il y a six mois, avant qu'une expérience
fatale eût prouvé qu'il est des criminels
auxquels on ne peut pardonner impuné-
ment , je m'identifiais avec les sentimens
bienfaisans de mon Roi, et je me serais cru
(7)
coupable de lui parler de vengeance (1).
Mais, hélas! le temps a démontré une
(1) Quand le meilleur des Rois rut rendu a la France
en 1814 , il promit l'oubli du passé , et il a tenu parole ;
et si en cela il a prouve' la bonté de son coeur paternel,
il a aussi prouvé sa haute sagesse dirigée par la religion
la plus éclairée. Cette religion nous dit que Dieu or-
donne ou permet les grandes révolutions, pour donner
aux hommes de grandes leçons, et les ramener à la
vertu; les hommes n'étarit alors que les agens des des-
seins cachés de la Divinité , ce serait faire le procès à
sa sublime providence , que de lé faire à ses agens qui,
quelquefois, sont entraînés comme malgré eux par sa
main invisible à des actes en apparence criminels, mais
dont les résultats sont l'accomplissement de la volonté
du Tout-Puissant.
Bien des gens , poussés par un faux zèle , vont dire-
qu'en adoptant ce principe , il n'y aurait plus de vrais-
criminels , et qu'on ne pourrait même en trouver dans
la dernière catastrophe qui à comblé les malheurs de la
France. Je vais donc m'expliquer. Le principe ci-dessus
ne peut s'appliquer qu'aux hommes qui, au milieu d'un
orage révolutionnaire, se trouvant par leur âge, leur
position et leurs talens , entraînés dans le torrent, sont
obligés de lutter contre les vagues et les écueils ; une
fois lancés dans ce torrent, et tant que dure l'orage,
ils ne sont pas entièrement les maîtres de leurs actions ,
ils n'en sont donc pas absolument responsables.
Mais après l'orage, quand le calme est revenu, quand
l'auguste chef de l'Etat, par un généreux oubli du
(8)
grande vérité , et celle expérience ne sera
pas perdue : la vertu pardonne au crime ,
passé, cherche à consolider l'édifice social-, on recon-
naît alors les vrais criminels, ceux dont le coeur endurci
est incapable de revenir à la vertu; ils s'agitent et
cherchent à contrarier les nobles desseins du chef de
l'Etat, et à détruire l'harmonie qu'il veut rétablir ;
ceux-là sont d'autant plus coupables, qu'aux crime»
passés , ils joignent celui de l'ingratitude ; ce ne sont
plus des gens qu'il faut chercher à ramener, cela est
impossible.
Il faut alors les détruire, parce qu'ils sont dans la
classe des tigres , des serpens et des insectes , lesquels ,
quoique l'ouvrage de Dieu et destinés d'abord par lui
à l'utilité de la société, en sont devenus le fléau. La
clémence vis-à-vis de tels monstres serait fatale: dirai-
je plus ? elle serait un crime social, puisque leur exis-
tence est incompatible avec celle de la société.
On doit au contraire admirer, vénérer même ceux
qui , par une conduite opposée , prouvent qu'ils n'ont
été que les agens des hauts desseins de la Providence
divine, qui, comme elle, ont su tirer du mal le moyen
d'opérer le bien , qui enfin offrent à leur Souverain le
tribut de leur longue et pénible expérience, pour l'aidef-
à raffermir l'édifice social dont ils sont et doivent être
les plus solides soutiens; et je regarde comme bien
coupables ceux qui, loin de partager la confiance du
Monarque dans ces hommes généreux , cherchent à
ébranler cette confiance par des souvenirs odieux ; ils
ignorent donc, ces êtres insignifiatis et pusillanimes,
(9)
mais le crime ne par donne jamais a la vertu.
Au reste, que le Père de la patrie se conr
sole ; le nombre des grands 'coupables aux-
quels on ne puisse pardoner est bien petit, eu
comparaison de celui de ses sujets : tout ce
que je dirai tendra même à en diminuer le
nombre ; et si, dans cet écrit, je retrace nos
crimes et nos erreurs passés, c'est moins pour
rouvrir d'anciennes plaies que pour les cica-
triser au moyen d'une expérience qui nous a
coûté assez cher pour en profiter.
A l'aide de celle expérience, examinons
doue les causes des maux affreux qui pèsent
sur notre malheureuse patrie. Puisse, celte
recherche, nous être profitable! puisse-t-elle
même être utile aux autres peuples et les pré-
server de cette malheureuse manie des inno-
vations qui nous a été si fatale ! puissent
leurs augustes souverains rendre à ma mal-
heureuse nation, la justice de croire qu'elle
n'est pas coupable des, crimes de quelques,
dont le langage n'est que celui de l'envie et de la fai-
blesse, que si la médiocrité commet peu de grandes
erreurs, c'est qu'elle est incapable des grandes vertus.
Un reptile ne peut faire de chute , puisqu'il est con-
damné à ramper sur la terre; mais aussi, il ne planera
jamais dans les airs.
( 10)
hommes, et puisse enfin leur glaive vengeur
ne tomber que sur ces derniers !
Depuis vingt-six ans, les mots patrie,
patriote, civisme , gloire } honneur sont dans
toutes lés bouches : une malheureuse et trop
longue expérience de l'abus qu'on a fait de
ces grands mots n'a pu détromper la nation ;
leur effet a toujours été magique , et, quel-
que soit l'emploi qu'on en aie fait, on a tou-
jours été sûr de réussir auprès d'elle.
A cette disposition générale des esprits,
laquelle fait honneur à la nation française,ou
peut joindre deux autres qualités inhérentes
à son caractère, la vivacité et la légèreté ;
lesquelles , dans des temps heureux et tran-
quilles , étaient peut-être des défauts, mais
de ces défauts agréables qui embellissent la
physionomie en lui donnant un caractère pi-
quant.
Mais, dans des temps de troubles et de
révolutions, ces qualités ou ces défauts de-
vaient être bien funestes, en donnant une arme
de plus à quelques hommes habiles, élo-
quens , qui employaient à propos les mots
magiques pour séduire, tromper la nation ,
et la diriger vers le but caché où, leur seul in-
térêt les guidait.
(11 )
C'est à cette vivacité, à cette légèreté qu'on
doit attribuer l'inutilité de l'expérience pour
les malheureux Français qui , trompés la
veille, se laissaient encore tromper le len-
demain.
Un homme surtout, un homme malheu-
reusement trop célèbre par les maux qu'il a
causés à l'humanité, par les pleurs qu'il a fait
couler, par les flots de sang qu'il a fait verser;
un homme dont le caractère tenait de l'âpreté
du sol qui l'avait vu naître., organisé de manière
à réunir en rai et à son gré tous les extrêmes,
une tête de feu, un coeur de glace dans un
corps de bronze, avec tout le génie infernal
de Machiavel ; un tel homme, auquel la cha-
rité royale avait donné un asile parmi nous,
avait eu le temps et les moyens de nous étu-
dier, et devait, plus que tout autre, en im-
poser à la nation française : comme les co-
médiens grecs, il empruntait pour chaque
rôle un nouveau masque : trompée par des
dehors brillans , séduite sur-tout par les mots
magiques, la multitude voyait la liberté dans
l'esclavage le plus absolu , rêvait: l'égalité
quand une cour orgueilleuse et dévorée d'am-
bition étalait un luxe insolent alimenté par
les dépouilles des malheureux: peuples et sou-
(12)
tenu par le sang de millions de victimes, cette
multitude aveuglée voyait la gloire dans le
carnage, et l'honneur dans l'art de tuer des.
hommes.
Doit-on accuser cette multitude de ses
erreurs et des maux qui en sont résultés ?
Non ; en comparaison de la population, il est
réellement peu de coupables ; mais le crime
de ces derniers est d'autant plus grand , que
les plaies; qu'ils ont faites à l'état social en;
France, en Europe , sont profondes et diffi-
ciles à guérir.
Oserai - je sonder la profondeur de ces-
plaies ? oserai-je ensuite indiquer le remède ?
Si je consulte mes forces et mes moyens, mon
courage m'abandonne , mais une voix me
crie : Malheureux ! tu désespères du,salut de
la patrie! cette voix, c'est celle de la patrie
elle - même ; elle m'apparaît couverte d'un
voile funèbre , ses cheveux flottent épars sur
son visage baigné de larmes de sang, son-
coeur est oppressé par des Sanglots, ses riches
vêtemens sont dans un désordre semblable à:
celui de son ame ; sa démarche, cependant,
est encore noble et assurée ; elle tient entre
ses mains le piortrait de mon Roi, de Louis-
le-Désiré, sur lequel elle fixe ses yeux atten-
(13)
dris : j'ose jeter un regard respectueux sur
cette image auguste ; je trouve dans ses traits
la même expression de douleur, mais jointe à
ce doux sourire que donne l'espérance sou-
tenue par la vertu.
Enflammé par d'aussi nobles images, animé
par le feu sacré de l'amour de la patrie , je me
sens un courage surnaturel, ma plume peu
exercée trace rapidement ce que le coeur lui
dicte.
C'est aux augustes souverains assemblés
dans nos murs, c'est à l'Europe entière, à la
France enfin que j'oserai dire la vérité ; cette
témérité me sera sûrement pardonnée en fa-
veur du motif, qui n'est autre que le bonheur
de ma pairie, intimement lié à celui des autres
Etats, et par conséquent à celui de leurs sou-
verains.
Je dirai donc. : Une révolution extraordi-
naire a été amenée par différentes causes que
je ne rechercherai point ; elles sont générale-
ment connues; mais il en est une ignorée de
peux qui ne veulent point reconnaître la main
de la Providence ; cette cause vient de Dieu
même, c'est lui qui, par des moyens inconnus
aux mortels, élève, abaisse ou détruit les em-
pires ; nous devons donc nous taire sur les
( 14)
causés inconnues ou trop éloignées pour notre
faible vue, et ne voir que les effets qui sont à
noire portée.
Ces effets ont été le renversement de tous
les principes comme dé toutes les idées ; les
vérités reconnues comme telles et consacrées
par l'expérience des siècles, remplacées par
les sophismes les plus absurdes ; les plus sages
institutions détruites par les systèmes les plus
extravagans ; le crime prenant la place de la
vertu; une éducation, d'après ces bases, donnée
depuis vingt-cinq ans , à de nouvelles géné-
rations , lesquelles habituées pendant long-
temps à un mouvement perpétuel, ne peuvent
plus voir le repos qu'avec peine ; le boule-
versement des fortunes, un déplacement con-
tinu , qui fait que chacun se croit mal à la place
où il se trouve, une exaltation dans les idées
qui a produit un effet sensible, extraordinaire,
on pourrait même dire avantageux sur les
sciences et sur les arts, et a pu même con-
tribuer aux succès et aux victoires des Fran-
çais, mais en même temps les a portés à en
abuser.
Dès-lors on a voulu tout voir en grand ; un
soi-disant grand homme , un grand empire ,
une grande nation, de grands évènemens, de
(15)
grands monumens, jusqu'à ce que Dieu ait
permis que pour détromper la grande nation,
il lui arrivât de grands revers, de grands mal-
heurs, enfin de grands et bien grands maux,
qui ne peuvent cesser, pour celte fois, que par
de grands sacrifices et de grands moyens, di-
rigés par un grand amour de la patrie.
Mais cet amour de la patrie doit être enfin
compris dans sa véritable acception; il ne sera
qu'un vain fantôme, tant que ce nom sacré
ne sera point lié irrévocablement à celui de
son auguste chef, dont l'existence, dont le
bonheur est inséparable de celui de la patrie ;
et pour cela, il faut revenir aux idées saines
et oubliées trop long-temps, de la morale, de
la justice et de la vertu, éclairées par le flam-
beau de la religion. Ce sont ces bases qui ont
manqué à tous les gouvernemens qui ont régi
la France depuis vingt-cinq ans : sans elles
tout gouvernement doit et devra toujours
s'écrouler sous son propre poids, et entraîner
dans sa chutela nation qui aura eu le malheur
d'être gouvernée par un prince immoral.
Nous en avons fait là triste épreuve, puisse-
t-elle nous être profitable ! puissions-nous
apprécier et sentir notre bonheur d'avoir re-
couvré un prince dont la sagesse et les hautes
(16)
vertus doivent a la longue se communiquer a
l'heureuse nation qu'il est appelé à gouverner.
Hélas ! je dis à la longue, parce que je suis
convaincu d'une grande et bien triste vérité,
et c'en est une au physique comme au moral,
le mal s'opère rapidement, et il faut bien du
temps pour le réparer.
Mais il est une autre vérité très-consolanle,
laquelle doit verser un baume bien doux sur
le coeur sensible du meilleur des Rois, et cette
vérité est démontrée par l'expérience. L'in-
fluence de la moralité du Prince se faisant
sentir sur ses sujets en raison de la distance
à laquelle ils se trouvent de sa personne, il
s'ensuit que le mal causé par le chef qui, mal-
heureusement pour la France, l'a gouvernée
trop long-temps, est moins grand qu'on le
pense généralement; la multitude éloignée de
sa personne a au moins conservé l'idée de la
vertu : oui , et je ne crains pas de le dire, si
on veut retrouver encore des vertus, c'est
dans cette multitude qu'on calomnie; je ne
parle pas dé celte classe malheureuse que le
besoin et la faim livrent toujours au plus of-
frant , je parle de la classe des marchands, des
honnêtes artisans, qui ne sont point assez ri-
ches pour être corrompus par. le luxe et l'oisi-
( 17 )
vête, ni assez pauvres pour se laisser séduire
par l'or des brigands.
C'est dans celte classe que j'ai vu , que j'ai
admiré, pendant les trois mois napoléoniens,
des amis du Roi et de la Patrie, d'autant plus
vrais, d'autant plus sincères et estimables,
qu'ils étaient plus désintéressés ;. ils n'atten-
daient de la cour aucune faveur, aucune ré-
compense de leur zèle; ce sont eux qui for-
ment la partie la plus nombreuse, la plus
exacte, la plus sûre et la plus constamment
fidèle de cette Garde nationale , dont la
conduite, dans les derniers évènemens, doit
remplir une des belles pages de notre his-
toire.
Si cette classe estimable et nombreuse a vu
.depuis long-temps certains objets à travers un
voile infidèle, il suffira de le déchirer pour
fixer ses idées, et la ramener au bonheur dont
elle mérité de jouir.
Nous avons remarqué d'ailleurs avec au-
tant de plaisir que d'admiration, ce royalisme
aussi pur que désintéressé, c'est-à-dire, le pa-
triotisme éclairé ( car il faut enfin ne plus sé-
parer ces deux mots), dans toutes lés classes
où l'oisiveté , l'intérêt personnel, l'ambition,
la cupidité, et enfin le fatal prétendu esprit
( 18)
militaire a la Buonaparte, n avaient point
répandu leur pernicieuse influence.
J'ai promis de dire la vérité : je vais la dire
toute entière aux augustes Souverains; ils sont
dignes de l'entendre.
Si une vertu manque aux Français, ce n'est
sûrement pas la bravoure. Eh bien ! si la ma-
jeure partie de la France ne se fût point rap-
pelée avec reconnaissance de la conduite des
augustes Souverains en 1814 ; conduite qui
mérite d'être gravée en lettres d'or dans les
pages dé l'histoire; si, dis-je, cette majeure
partie réellement royaliste, réellement pa-
triote , ne les eût pas attendus comme des li-
bérateurs, comme les amis d'un Roi appelé
par ses voeux les plus ardens, parce qu'ils ne
voyaient qu'en lui le salut et le bonheur de la
pairie, les armées alliées ne seraient point
dans nos murs; moi-même, quoique intéressé
au retour de mon Roi, quoiqu'un de ses plus
zélés serviteurs, quoique le plus grand admira-
teur de leur conduite passée, quoique blessé et
presque infirme par suite de mon attachement
aux Bourbons, que j'ai servis pendant vingt ans
de ma vie, j'eusse volé à la frontière pour
faire de mon corps un rempart à ma patrie ;
tout ce qui est réellement Français en eût fait