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La Politique de l'empire et le suffrage universel

44 pages
Impr. de Brière (Paris). 1868. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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LA
POLITIQUE DE L'EMPIRE
ET
LE SUFFRAGE UNIVERSEL.
En Gaule, non seulement dans les villes,
» mais dans tous les cantons, dans chaque
» localité, presque dans chaque maison, il y
» a des divisions. »
(CAESAR, de bello Gallico,)
PARIS,
IMPRIMERIE DE E. BRIÈRE,
257, RUE SAINT-HONORÉ.
1868.
LA
POLITIQUE DE L'EMPIRE
ET
LE SUFFRAGE UNIVERSEL
« En Gaule, non seulement dans les villes,
» mais dans tous les cantons, dans chaque
» localité, presque dans chaque maison, il y
» a des divisions. »
(CESAR, de bello Gall.)
I.
C'est à vous, conservateurs, que je m'adresse; à vous
hommes de la révolution, en possession aujourd'hui de
ces biens que vos pères ont rêvés ; à vous, Français,
pour qui la gloire de la patrie est un culte et l'honneur
du drapeau un instinct; à vous tous qui vous inclinez
devant les principes, qui élevez vos âmes justes et vi-
goureuses au-dessus de ces régions terre à terre où
règnent les passions humaines !
_ 4 —
Voyez la liberté qui grandit et se fonde! Suivez-la et
n'oubliez pas qu'avec son règne commencent pour vous
d'impérieux devoirs ! L'indifférence, ce serait l'abdica-
tion, et l'abdication, la ruine de votre influence. Secouez
donc cette torpeur énervante du farniente politique!
prouvez aux classes pauvres que jamais la société ne
se préoccupa davantage de ses intérêts, que jamais, en
aucun temps, on ne fît plus pour elles; associez-vous
aux efforts du gouvernement impérial; unissez votre
action fécondante à la sienne, et ceux qui se laissent
encore séduire par l'attrait de maximes égalitaires en
comprendront le néant et le vide; ils reconnaîtront, sous
l'empire de vos exemples et de vos conseils, que le
travail est la première loi et l'unique source de toute
prospérité. Ils auront retrouvé la paix de la conscience
avec l'espérance de l'avenir.
La grandeur et la fortune du pays sont en vos
mains; les laisserez-vous périr?
II.
L'Empereur, avec cette mâle persévérance que don-
nent les profondes convictions, réalise les promesses
du 19 janvier, et, soudain, le fantôme des révolutions
est évoqué de toutes parts.
L'extension des libertés est-elle donc un danger?
Le gouvernement impérial est-il logique ou impru-
dent?
— 5 —
S'inspire-t-il des vrais principes ou est-il frappé d'a-
veuglement?
L'avenir est-il gros de dangers ou plein d'espérances ?
C'est ce que je veux tenter de déduire de l'étude du
passé, du présent, de l'origine et du principe de l'empire.
III.
La loi de l'esprit humain est le progrès ; le progrès,
c'est le mouvement, la vie ; l'immobilité, c'est la mort.
Les premiers biens dont l'homme fit usage furent
l'intelligence et la liberté.
Il créa d'abord la société.
La société, c'est la liberté limitée, c'est l'intérêt public
supérieur à l'intérêt particulier.
L'association eut donc pour conséquence première
l'aliénation d'une partie de la liberté, et dès qu'elle fut
perdue, en dépit du pacte social, il y eut toujours chez
l'homme un effort visible pour la reconquérir.
Le problème résidait dans l'accord de ces deux
forces : l'autorité et la liberté.
Cet accord est une nécessité, car le désaccord s'ap-
pelle tyrannie ou révolution.
C'est cette pensée qui a créé le système actuel, il est
le fruit de l'expérience; l'expérience des sociétés, c'est
l'histoire. C'est elle qui nous montre la marche des
peuples et des idées, qui nous fait voir les hommes nais-
— 6 —
sant des situations, chaque époque ayant son caractère
et les dynasties succombant fatalement après avoir ac-
compli la mission providentielle, cachet de leur origine.
Les événements de la grande révolution de 89 sont
présents à tous les esprits ; nous n'avons pas à les
redire.
Sous le poids des abus, une vieille monarchie avait
croulé; le peuple, ivre de justice, crut la trouver dans
la vengeance; les passions populaires usurpèrent la place
des principes, la liberté périt.
Dans cette confusion de grandeurs et de crimes, de
patriotisme et de colère, l'esprit national, si timide pen-
dant la paix, si grand aux prises avec le danger, pré-
serva le pays d'un naufrage entier. L'étranger, dont la
domination est le dernier opprobre, fut tenu en échec;
la gloire de nos armes couvrit nos erreurs et les prin-
cipes brillèrent de nouveau dans toute leur pureté, ainsi
qu'un phare sauveur sur lequel les yeux des peuples
sont encore aujourd'hui fixés.
Napoléon surgit.
La nation le proclama son souverain et lui remit
l'épée de la France.Il s'en saisit et dit : « Je réconcilierai
la société et la liberté. »
Il fallut assurer le règne paisible des principes de 89,
et la guerre commença. Puis, par un retour bizarre des
choses d'ici bas, on vit l'illustre fondateur de la dy-
nastie impériale, aveuglé par la gloire, vaincu par l'as-
sociation de ces mêmes principes, qui, dès cette époque,
préparèrent l'unité de l'Allemagne. Elle s'accomplit
— 7 —
aujourd'hui sous nos yeux ; elle s'achèvera, car elle est
dans la force des choses, dans la logique de nos prin-
cipes, et conforme aux intérêts et aux voeux du peuple
allemand.
Les rois coalisés renversèrent l'Empereur. Perdu au
milieu de l'Océan, l'exilé de Sainte-Hélène emporta
avec lui l'âme de la nation, qui comprit que c'était sa
cause qui était proscrite et que le martyre du grand
homme était l'expiation du peuple. Dès ce jour, la lé-
gende dynastique Napoléonienne fut fondée.
Aussi, les Bourbons, une branche après l'autre, pas-
sèrent; la République eut son tour, à titre d'expérience.
Elle n'était pas dans le sentiment du pays, elle tomba.
Née de l'audace, elle périt par l'ensemble des forces so-
ciales tournées contre elle.
Le peuple avait reconquis ses droits; dès qu'il put
manifester sa volonté, Napoléon III fut proclamé empe-
reur. Le plus vaste legs que lui laissait Napoléon Ier était
de réconcilier la société et la liberté.
IV.
L'Empire est fondé. La paix renaît, la prospérité pu-
blique, à l'ombre de la gloire, prend un essor sans pré-
cédent, le nom français retrouve dans le monde son
antique renommée, le pouvoir est fort, les partis silen-
cieux, le commerce, l'industrie et l'agriculture pros-
pères.
— 8 —
Pas une ombre au tableau, pas un nuage à l'horizon.
Mais, suivant une expression heureuse, le pouvoir n'est
pas une tente dressée pour le repos. Soudain, au milieu
du calme profond d'une situation satisfaite, le mot ma-
gique de liberté se fait entendre !
La foule étonnée écoule! Liberté, tu fus jusqu'à ce
jour le principal instrument de la chute des trônes,
c'est du trône que tu descends !
L'émotion est profonde.
Les amis du pouvoir s'attristent. « Gouvernement
» aveugle, disent-ils, tu donnes à tes ennemis les armes
» qu'ils vont tourner contre toi, imprudent ! tu leur
» ouvres les portes de tes citadelles, tu abandonnes les
» ouvrages avancés que tu occupais. »
Les ennemis, violents parce qu'ils sont faibles et in-
justes, attaquent avec colère les mesures proposées ; il
semblerait que ces libertés données au peuple sont un
bien qu'on leur ravit.
Entre ces deux extrêmes, la grande masse du pays,
inquiète ou indécise, flotte entre mille sentiments divers.
Elle hésite entre le souvenir des dangers de la veille et
son penchant naturel vers ces biens, qui sont l'honneur
de l'homme : indépendance, justice, liberté.
Peu à peu elle se rassure ; troublée un instant, elle
serre ses rangs et marche confiante avec le souverain
dans la voie ardue, mais légitime et glorieuse, qui est
indiquée, à la dynastie impériale par son origine même.
— 9 —
V.
Rien de plus éloquent qu'un fait.
Le gouvernement impérial obéit-il à une loi déter-
minée, à un programme réfléchi, ou ses inspirations sont-
elles le fruit des circonstances, le résultat des événe-
ments ?
Le gouvernement impérial, issu du peuple, gouverne
pour le peuple et parle peuple.
A la société, il assure la sécurité et la justice; au peuple,
l'égalité et la liberté.
Les couches supérieures de la société ont plus besoin
de sécurité, les travailleurs de liberté. Tous veulent
l'égalité et la justice. Si les favorisés de la fortune ont
de plus grands devoirs, les autres ont besoin de plus de
vertu.
La formule qui doit prévaloir dans leurs rapports a
été ridiculisée par l'abus qu'on en a fait. Liberté, égalité,
fraternité!
La liberté, elle est dans l'air; l'Empereur en prépare
habilement et sûrement le triomphe.
L'égalité est dans notre sang à tous.
La fraternité!... nous y faisons appel; elle ne saurait
s'imposer. La République de 48 eut beau en couvrir les
murs; les sentiments ne se décrètent pas. Ce n'est pas dans
la loi qu'il faut inscrire le principe, mais dans les moeurs !
- 10 —
La liberté ne s'improvise pas. Il faut que les
caractères soient assez forts pour la supporter, il faut
que les âmes soient assez viriles pour en limiter elles-
. mêmes l'exercice, que chacun, fier de sa propre liberté,
respecte celle des autres, et là encore c'est aux moeurs
plus qu'aux lois qu'il faut le demander.
Une perpétuelle confusion entre la liberté et la licence
serait funeste: c'est l'anarchie.
Le propre de la vérité est d'être de tout temps ; ainsi
ces conditions nécessaires à l'établissement de la liber té
existeront toujours.
La première préoccupation de l'Empereur, après avoir
rendu la sécurité à la France, dut être de développer ses
institutions, d'émanciper les caractères et d'ouvrir à la
liberté toutes les portes qui lui permettaient de ré-
pandre ses bienfaits sans porter ombrage aux timides.
Soudain les lisières tombent! l'agriculture et l'indus-
trie, comme des enfants privés d'appui, hésitent, chan-
cellent, puis marchent et grandissent. Dès ce jour, l'ini-
tiative individuelle est fondée.
A vous la fortune et la gloire, à vous tous qu'anime
ce feu sacré, honneur de l'homme, feu sacré du travail
qui l'élève et le grandit aux yeux de tous et aux siens !
Peuple, ton activité y trouvera désormais un aliment
inépuisable.
Savants, artistes, ouvriers, le monde est à l'intelli-
gence ! Chacun de vous tient en ses mains une étincelle
de l'auréole de la France.,
Mais si la liberté est une force et un honneur, l'éga-
— 11 —
lité est la vie, qui ne serait pas supportable sans elle, et
je dis plus, il n'y apas de vraie liberté sans égalité.
Ce sentiment d'égalité, si simple à établir entre per-
sonnes qui subissent les mêmes conditions, n'est plus
si facile à déterminer quand la loi doit en régler les
rapports.
Le capital est une puissance ; il lui fallait un contre-
poids pour que le travail pût se trouver face à face avec
lui : l'association fut encouragée et la liberté des coali-
tions assurée.
Vous souvient-il de l'inquiétude générale? Vous sou-
vient-il de ces appréciations pessimistes, de ces pré-
dictions menaçantes ?
L'expérience a été faite, largement faite, et l'événe-
ment a répondu pleinement aux espérances du gouver-
nement et a justifié ses prévisions et sa confiance.
La loi des coalitions constitue un des plus grands
progrès de l'éducation politique du peuple. Il en pré-
sage d'autres encore. Il est le prélude de l'apaisement
des passions politiques et le signe certain de la durée
de la dynastie impériale.
Hommes politiques, vous passerez! Vos souvenirs ap-
partiennent déjà à l'histoire! vous assistez à l'aurore
d'une génération apaisée, et pendant que, arrêtés, vous
vous consumez en regrets, le peuple, uni de coeur et
d'esprit avec le souverain, marche portant un drapeau
où se lit : «Initiative individuelle, libertés économiques,
liberté des salaires, mouvement coopératif, secours
mutuels, instructions des masses, hôpitaux, asiles, crè-
— 12 —
ches, ouvroirs, caisses des invalides du travail, etc.,
etc., » toutes choses dont les générations garderont la
mémoire et qui constituent les titres de noblesse du
gouvernement impérial. Aussi un profond sentiment de
justice inspirait-il à M. E. Ollivier les paroles suivantes,
auxquelles je m'associe sans réserve :
« La cause du peuple, aimée, servie, défendue, sera
» le titre impérissable du gouvernement impérial. »
Pendant que les questions sociales sont traitées avec
cette élévation de vues, les questions politiques inté-
rieures subissent des influences analogues; la décentra-
lisation est le signal, puis succèdent l'émancipation des
pouvoirs électifs par leur indépendance et le contrôle,
le droit d'interpellation au Corps législatif, le droit de
réunion au peuple et la liberté de la presse, tribune
pour toutes les. causes, vaste carrière aux ambitions qui
se manifestent, aux talents qui s'affirment, aux aspira-
tions de la jeunesse.
Jusqu'alors l'histoire nous montre que le progrès est
le fruit de la lutte, que chaque liberté est conquise et
souvent chèrement payée.. Aujourd'hui, — et il est im-
possible de méconnaître la grandeur du tableau,—nous
voyons un puissant souverain accomplir avec calme,
persévérance et fermeté, la mission glorieuse et provi-
dentielle de sa dynastie; nous voyons la liberté grandir
et se fortifier par lui, répandant dans le peuple une vie
active, fièvreuse peut-être, mais à coup sûr féconde;
nous voyons les passions rompre leurs digues, mais
aussi le Trône s'élever au-dessus de la sphère d'activité
où les caractères grandissent par la lutte. De ces hau-
— 13 —
teurs sereines, le souverain assiste aux débats populai-
res, aux luttes politiques, au choc des idées, au flux et
au reflux des doctrines ; il voit tous les combats, étudie
les souffrances pour les soulager, les intérêts pour les
servir ou les défendre, les grandes idées pour les faire
prévaloir. Il ne s'émeut pas des injustices ni des atta-
ques passionnées : elles ne l'atteignent plus; il se com-
plaît dans le sentiment du devoir accompli, et dans ces
régions supérieures, s'il reste intéressé, il n'est plus
responsable.
VI.
Je viens d'esquisser en traits rapides la. révolution
profonde qui s'est opérée dans la politique intérieure;
cette politique, qui n'était que le succès s'appuyant sur
l'astuce, le mensonge, est devenue le triomphe des idées.
Louis XI en posait la formule : « Diviser pour régner. »
Le droit se confondait avec la force. Pour conduire le
peuple, on l'avait asservi ; pour lui faire oublier ses
maux, il fallait l'avilir. Aussi un réseau de forces maté-
rielles et morales l'enlaçait ; la religion, qui longtemps
avait été le palladium des libertés, s'était convertie en
droit divin, avait passé à la résistance. Elle était deve-
nue un moyen de gouvernement ; elle prêchait, le mépris
des richesses, la résignation dans l'infortune, le dévoue-
ment envers le prochain, mais elle ne pratiquait guère
les maximes qu'elle professait. De nos jours, restreinte
_ 14 —
au point de vue de la politique intérieure, elle n'est
qu'un embarras. Le peuple est émancipé, tout converge
vers lui ; de rien qu'il était, il est devenu tout. Le suf-
frage universel gouverne la France; demain, il gouver-
nera le monde.
Un changement aussi radical a dû nécessairement
influer sur la manière de traiter les affaires intérieures;
sans doute, il a fallu tenir compte des traditions de la
France, des sympathies séculaires, des préjugés même,
toutes les fois qu'on s'est trouvé en contact avec les
hommes d'Etat étrangers ; mais lorsque la politique de
la France a pu être indépendante, on l'a vue incliner
vers les principes naturels qui découlent de sa politique
intérieure.
Le suffrage universel, c'est le peuple souverain.
De là ressortent les principes des nationalités et de
non-intervention, c'est-à-dire reconnaissance solen-
nelle du droit que chaque peuple a de s'administrer à
sa guise, droit qui, dans la pratique, subit les mêmes
règles que l'usage de la liberté dans une société bien
pondérée. La liberté de l'un finit où commence celle
de l'autre. Ce sont les conditions d'un équilibre nou-
veau qui n'appartient qu'à l'avenir, équilibre qui pren-
dra naissance le jour où le droit des gens cessera d'être
la plus vaste confusion qui se soit produite dans l'es-
prit des hommes.
Ces principes ne sont pas plus absolus que ne le sont
toutes les choses humaines.
Il ne faut pas oublier que si la morale fait aujourd'hui
— 15 —
partie de la politique, l'intérêt du pays en est encore lu
règle.
C'est une conséquence de la divergence des vues des
gouvernements.
Mais comment cet intérêt doit-il être compris?
C'est là que nous nous séparons radicalement et réso-
lument du passé.
Jadis, tout se réduisait à cette formule : l'équilibre
européen.
Ainsi que ces usines redoutant la concurrence mu-
tuelle, écueil de leurs bénéfices, qui limitent d'un com-
mun accord leur production, plutôt que de courir des
chances diverses ; de même, les gouvernements se coa-
lisaient pour le maintien du statu quo; aucun peuple
ne pouvait grandir, ne pouvait suivre l'expansion de
son génie : — question d'équilibre !
En somme, c'était un pacte tacite odieux, imposé
par les plus forts et subi par les faibles, qui en étaient
sans cesse victimes.
La France avait déjà eu l'honneur d'affranchir les
mers; il lui appartenait de proclamer une politique plus
noble, plus grande et plus digne des principes de jus-
tice éternelle.
Sans doute, elle souffrit cruellement de ne pouvoir
offrir qu'une stérile pitié à la Pologne agonisante ; sans
doute, .ce fut pour elle une grande amertume d'assister
au démembrement du petit et héroïque Danemark., Il
semblait que la jalousie des rois se complût à violer les
— 16 —
principes qu'elle affirmait et pour lesquels elle eût versé
son sang si le triomphe eût été possible!
Mais l'intérêt supérieur du pays commandait.
La France dut se borner à de généreuses protesta-
tions !
Est-ce à dire qu'à l'abri de la non-intervention, la
politique soit désormais condamnée à un amour plato-
nique des principes ?
Le passé ne répond-il pas ?
Ecoutez le canon de Sébastopol !
Entendez les cris de reconnaissance des chrétiens du
Liban. Regardez les fleurs dont les femmes d'Italie
couvrent nos guerriers !
Regardez, enfin,.le Saint-Père, qui, du haut de son
trône, en équilibre sur la pointe de l'épée de la France,
bénit tristement la fille aînée de l'Eglise, qui, du doigt,
lui montre respectueusement l'avenir.
Ici, nous arrivons à une phase importante de la
politique, qu'il importe de mettre en lumière.
En fondant la liberté en France, l'Empereur s'est
dessaisi de sa responsabilité de direction et a proclamé
le règne de l'opinion publique.
Il ne faut pas se le dissimuler, rien n'est plus va-
riable que la faveur du peuple ; il juge avec ses pas-
sions, et en politique la passion est une faute; c'est
dire que le règne de l'opinion publique est le règne de
l'incertitude. Mais le peuple, qui fait ses affaires, ne s'en
— 17 —
prend qu'à lui, s'il se trompe, et ses erreurs deviennent
pour lui une source de vertus civiques.
Quel sera le thermomètre de l'opinion? Qui sera
assez puissant pour définir le sentiment de la foule ?
Quelles que soient l'honnêteté, la conviction du pouvoir
exécutif, ne sera-t-il pas suspecté ?
Un plébiciste seul a l'autorité nécessaire, c'est l'a-
venir du suffrage universel !
Les événements dont le Mexique et l'Allemagne furent
le théâtre me paraissent pleins d'enseignement sur ces
propositions.
Au Mexique, le gouvernement ne tint pas un compte
suffisant de l'opinion. En Allemagne, il en fut trop l'es-
clave ; on le lui a vivement reproché.
On l'a taxé de faiblesse et d'indécision, et en réa-
lité, sa conduite, en cette circonstance, fut un véri-
table bonheur pour le pays.
Certes, la pensée qui présida à la guerre du Mexique
était grande! Il s'agissait de régénérer un grand peuple
et d'ouvrir au commerce français un immense débouché.
Les populations de race latine se prêtent merveilleuse-
ment à cela. Elles aiment nos arts, nos industries ; elles
ont nos usages et nos goûts. Il n'y avait donc que le
courant à créer. Le dissolvant puissant que porte en son
sein la République des Etats-Unis, c'est-à-dire l'anta-
gonisme des intérêts du Nord et du Sud, avait allumé
une guerre civile des plus redoutables.
Le moment était opportun.
L'Angleterre et l'Espagne, qui n'avaient pas nos vues
— 18 —
politiques, saisirent l'occasion, et bientôt les trois
pavillons flottaient à la Vera-Cruz. Mais nos alliés com-
prennent bien vite leur faute, ils s'arrêtent. Il eût été
plus sage de s'abriter de leur exemple et d'en faire au-
tant. Mais la France hésite à reculer. Plus le danger
était grand, plus l'oeuvre était glorieuse. Le sort en fut
jeté!
Jamais nos soldats ne déployèrent plus de vertus
militaires; jamais ils ne tinrent plus haut le drapeau de
la France. Mais tant de courage, tant de fatigues furent
inutiles....
L'expédition, dépopularisée par les critiques les plus
amères, fut terminée, quand le Nord, vainqueur du Sud,
vint mettre son épée dans la balance, et, alors que nos
orateurs, nos journalistes se répandaient en outrages,
en violences contre nos soldats, nos officiers et nos gé-
néraux, l'armée quittait le triste sol du Mexique, suivie
du respect et de l'admiration du monde!
La gloire était sauve. Nos soldats avaient prouvé une
fois de plus que la nation qui produit des caractères de
cette trempe n'a pas dégénéré, et qu'elle est préparée
aux éventualités de l'avenir !
L'expédition du Mexique fut une faute par son in-
succès. Celles de Chine et de Cochinchine, nées de la
même pensée, eurent un résultat opposé. Elles réus-
sirent, et si personne ne songe à les louer, au moins,
personne ne les critique.
J'arrive à l'Allemagne.
Chacun sait que la coalition de 1813 dut en partie

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