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La première aux hommes de bien. 10 / , par M. le Cte de Salaberry

De
15 pages
impr. de Poussielgue-Rusand (Paris). 1828. 10 fascicules en 1 vol. ; in-8.
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LA DIXIÈME
AUX HOMMES DE BIEN.
QUELQUES MOTS A L'ORDRE DU JOUR,
OU
DE LA FAVEUR POPULAIRE
CONSIDÉRÉE COMME MOYEN DE RÉVOLUTION.
DEPUIS 1815 MEMBRE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
(Extrait du Conservateur de la Restauration.)
A PARIS ,
DE L'IMPRIMERIE DE POUSSIELGUE-RUSAND,
rue de Sèvres, n° 2.
1828.
LA DIXIÈME
AUX HOMMES DE BIEN.
«QUELQUES MOTS A L'ORDRE DU JOUR , OU DE LA
FAVEUR POPULAIRE CONSIDÉRÉE COMME MOYEN DE
RÉVOLUTION.
Après mille fatigues et tant de victoires, après avoir
rempli l'Asie de la gloire et de la terreur de son nom,
l'élève du philosophe Aristote, Alexandre-le-Grand, tra-
versant l'Hydaspe et bravant ainsi un danger de plus, eut
la faiblesse de dire : « O Athéniens! qu'il faut de choses
« pour mériter vos louanges ! »
Il était bien plus sensé le philosophe Epicure, qui di-
sait, à ce que rapporte Sénèque (Epist. 9) : «Je n'ai
« jamais songé à plaire à la multitude ; car ce que je sais
« elle ne l'approuve pas, et ce qu'elle approuve je ne le sais
« pas. »
Plus impoli mais non moins sage était Phocion, qui
s'écriait un jour : « Ils m'applaudissent, est-ce que j'aurais
« dit une sottise?» ,
Le soin de la faveur populaire, le désir de la popularité
n'entra jamais dans les calculs des hommes supérieurs ni
dans les conditions de leurs devoirs.
Montesquieu dit avec raison que dans les monarchies
le principe est l'honneur. Ce culte a fait bien des fanatiques.
Les contemporains et la postérité les ont récompensés par
leur estime et leur admiration, nos rois par leur recon-
(4)
naissance, et Dieu par leur approbation à eux-mêmes dans
le témoignage de leurs consciences. Ainsi furent les Join-
ville, les Boucicaut, les La Hire, les Bayard, les Brissac,
les Crillon, les Sully, les L'Hôpital, les Harlay. On ne nous
a jamais dit que ces hommes monarchiques, que ces
hommes de bien et d'honneur, que ces héros citoyens
aient recherché la faveur populaire, aient compté même
la popularité au nombre des vertus.
Loin de là, l'histoire nous a, pour notre instruction
et gouverne , conservé les paroles du chancelier de
L'Hôpital au lit de justice tenu par Charles IX au parlement
de Rouen en 1563 : «Je viens à vous, dit-il, vous qui tenez
« la justice du roi dont moi indigne je suis le chef.
« Prenez garde quand vous viendrez en jugement
« de n'y apporter point d'inimitié, ni de faveur, ni de
« préjudice. Je vois chaque jour des hommes passionnés,
« ennemis ou amis des personnes, des sectes et factions.
« Vous êtes juges du pré, du champ, non de la vie, non
« des moeurs, non de la religion Si ne vous sentez
« assez forts et justes pour commander à vos passions et
« aimer vos ennemis, selon que Dieu commande, abstenez-
« vous de l'office de juges. Il y en a de grandes plaintes. Il
« est aucuns juges qui craignent la réputation et opinion du
« peuple, disant : Si je juge autrement qu'au désir du
«peuple, que dira le peuple? Il est écrit en Exode : Inju-
« dicio non sequeris turbam. Regardez la vérité et ce qu'il
« appartient, et ce que Dieu veut et le roi, et ne craignez
« point le peuple; faites comme celui de qui dit le poète:
Non ponebat enim rumores ante salutem.
Ainsi doivent penser tous les hommes de bien, tous les
bons esprits' dans le meilleur des gouvernemens, dans la
monarchie, dans la monarchie dont le principe de vie et
de conservation est l'honneur.
(5)
Mais de nos jours, mais dans le gouvernement repré-
sentatif dont le principe essentiel n'est pas le beau idéal,
dans le gouvernement représentatif où l'homme politique
et positif comprend mieux les honneurs que l'honneur,
la recherche de la faveur populaire, la popularité systé-
matique n'est ou plutôt ne paraît être à beaucoup de gens,
que le moyen de parvenir. La faveur populaire, la popu-
larité qui la procure s'emploie et sert aux mêmes fins que
la réputation qu'on achète, la louange en assurances mu-
tuellés, la. conscience politique, les amitiés, les éloigne-
mens et les alliances de coteries qui finissent par mériter
le nom de factions.
Ainsi en Angleterre telle belle duchesse allait quêter
des voix pour l'élection de Fox, dût-elle baiser sur les
deux joues tel savetier de la ville de Londres. Ainsi en
France, dans notre gouvernement représentatif, où la
démocratie veut dominer; dans notre monarchie consti-
tutionnelle, où le démagogue arrogant soutient au sou-
verain qui a octroyé le pacte, que les sujets sont dans la
monarchie selon la charte et non pas dans la charte selon
la monarchie, ce démagogue souple et bas par ambition,
peut-être par peur, recherche la faveur populaire, affecte
et joue la popularité; il ne parle au peuple que de ses
droits, jamais de ses devoirs : le peuple comme les souve-
rains aime les flatteurs, et comme les souverains il n'a pas
de pires ennemis.
C'est donc au peuple que les spéculateurs, les charla-
tans, les visionnaires, les doctrinaires, les intrigans, les
ambitieux adressent leurs cajoleries pour obtenir la faveur
populaire avec ses fruits, en affichant une popularité qui
n'a pas même le mérite d'être vraie.
La faveur populaire est un vent qui ne ressemble aux
autres que par son peu de durée. Ceux qui veulent arriver
(6)
le consultent en mettant en mer, se flattant-qu'il mène à
la gloire, aux honneurs, à la fortune, selon que leur tenir
pérament ou leurs humeurs ont décidé de leur choix. Ce
vent-là souffle pour tout le monde ; il ne souffle pas long-
temps , mais il souffle fort. La plupart de ceux qui s'y con-
fient veulent l'avoir en poupe et le reçoivent toutes voiles
dehors aux risques de briser leur mâture ou de naufrager.
D'autres plus habiles manoeuvrent en se tenant sous le
vent ; bien peu se contentent de ne porter qu'une voile
latine. Les bons esprits et les hommes sages mènent
leur barque et la dirigent en regardant le ciel : là est leur
étoile polaire; ils lisent en-dessous : Dieu et le roi; « in hoc
signo vinces." Voilà les hommes paisibles et vertueux,
fidèles et dévoués qui n'ont rien à demander à la faveur
populaire et ne se tourmentent point à la recherche de la
popularité.
Ils savent ce qu'est le peuple dans tous les pays : « Léger
« à croire, recueillir et ramasser toutes nouvelles, surtout
« les fâcheuses ; tenant tous rapports pour véritables et
« assurés, sans jugement, raison et discrétion : son juge-
« ment et sa sagesse, trois dés et l'aventure.
« Envieux et malicieux, ennemi des gens de bien, con-
« tempteur de vertu, voulant mal aux gens d'honneur et
« sans savoir pourquoi, sinon parce qu'ils sont gens d'hon-
« neur et qu'on en parle fort et en bien.
« Mutin ne demandant que la nouveauté et remuement;
« séditieux, ennemi de paix et de repos, surtout quand il
« rencontre un chef; ôtez-lui ses chefs, le voilà abattu,
« effarouché, et tout planté d'effroi. Sine redorepreeceps,
« pavidus, socors, nil ausura plebs principibus amotis. (TAC.)
« Soutient et favorise les brouillons et remueurs de
« ménage : il donne à l'impétuosité bouillante le nom de
« valeur et de force; préfère ceux qui ont latête chaude