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LA
PROPHÉTIE
DE BLOIS
AVEC DES ÉCLAIRCISSEMENTS
PAR
M. L'ABBÉ RICHADDEAU
CHANOINE HONORAIRE, ANCIEN PROFESSEUR. DE THEOlOGIE
AUMONIER DES URSULINES DE BLOIS
QUATRIÈME ÉDITION
Augmentée de nouveaux éclaircissements et de nombreux détails
fournis par les derniers événements
TOURS
_. "G A T T I E R, É D I T E U R
1 871
LA
PROPHÉTIE
DE BLOIS
AVEC DES ÉCLAIRCISSEMENTS
PAR
M. L'ABBÉ RIGHAUDEAU
CHANOINE HONORAIRE, ANCIEN PROFESSEUR DE THÉOLOGIE
AUMONIER DES URSULINES DE BLOIS
4° ÉDITION
Augmontée de nouveaux éclaircissements
et de nombreux détails
fournis par les derniers événements
TOURS
CATTIER, ÉDITEUR
1871
AVIS
SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION
A peine cet opuscule était-il annoncé
dans les journaux, comme étant sûr le
point de paraître ( commencement de
novembre 1870), qu'il occasionna un
orage autour de moi. Grâce à la précau-
tion que j'avais prise , en déclarant, à
la page 57, que je ne voulais pas nie
mettre à la place de l'Église et donner
un caractère surnaturel incontestable
aux prédictions de la soeur Marianne,
je m'étais persuadé que ma brochure
restait dans la condition de tous les
autres écrits qui n'ont besoin que de
— 6 —
l'imprimatur de l'ordinaire pour être
publiés. En conséquence, l'éditeur ayant
été comme forcé par les circonstances
de s'adresser à un typographe de Sau-
mur , je demandai l' imprimatur à
Mgr l'évêque d'Angers.
Je pensais que la loi qui règle la
publication des prophéties étant iden-
tique à celle qui concerne les miracles,
et cette dernière n'empêchant pas qu'on
ne puisse publier et qu'on ne publie
tous les jours des guérisons attribuées
à l'intercession des saints, avant toute
espèce d'enquête de l'autorité ecclésias-
tique, pourvu qu'on ne qualifie pas ces
guérisons de miracles proprement dits,
je pouvais de même, et moyennant une
réserve pareille, imprimer les prédic-
tions d'une humble et pieuse fille, lors-
que trois ou quatre cent mille journaux
venaient de les jeter à tous les échos de
l'univers.
Mais tout le monde ne fut pas de cet
avis. Un esprit inquiet et difficile en-
— 7 —
voya à la Semaine religieuse de la Ro-
chelle,
Qu'on ne s'attendait guère
De voir en cette affaire,
une dissertation savante, ayant pour
but de prouver que je ne pouvais mettre
mon travail au jour avant que mon
évêque eût institué, une commission
pour examiner la prophétie de soeur
Marianne, et que, sur l'avis de cette
commission, il l'eût canuniquement
déclarée authentique et surnaturelle.
On prétendait prouver cette thèse sans
connaître ni la substance ni une ligne
de mon écrit.
Je dus néanmoins, après cela, sou-
mettre mon travail à Mgr de Blois, et
je lui remis une épreuve. Il la lut
lui-même, et la fit examiner par deux
prêtres des plus distingués de son dio-
cèse et des plus compétents en pareille
matière. Le vénérable évêque reconnut,
avec sa bienveillance ordinaire, que la
— 8 —
brochure était loin de rendre nécessaire
la solennité d'une commission d'en-
quête, et il m'autorisa à déclarer qu'il
consentait à sa publication, mais « uni-
" quement comme un renseignement
« historique, ayant pour but d'exposer
« la vérité des faits , sans rien décider
« sur la nature des prédictions de la
« soeur Marianne » , c'est - à - dire avec
la réserve que j'avais mise moi-même,
mais qui devenait plus nette au moyen
de cette déclaration.
Inutile de dire qu'aujourd'hui, comme
dans la première édition, je ne pré-
tends que publier des faits , laissant
chacun les juger comme il voudra. Si
j'ai donné à mon opuscule le titre de
Prophétie, c'est parce que cette expres-
sion avait été employée par tous les
journaux, et qu'en la remplaçant par
une autre j'aurais dérouté le public.
Mais elle ne désigne, dans ma pensée,
que des confidences faites par une per-
sonne mourante, relativement à des
— 9 —
événements futurs, dont une bonne
partie me paraissent réalisés, bien que
chacun puisse penser autrement.
Ces remarques étant faites, deman-
dons-nous quel effet ont produit sur le
public les prédictions de la pieuse soeur.
Lorsque notre travail fut mis sous
presse pour la première fois, les esprits
semblaient impressionnés dans le sens
de la foi chrétienne. Les revers inouïs
dont la France avait été frappée, le
siége de Paris qui durait depuis deux
mois, l'armée prussienne envahissant
nos provinces et s'avançant comme les
eaux d'un fleuve qui a rompu ses di-
gues, les décrets de M. Gambetta, non
moins terrifiants que les victoires de
l'ennemi , tout concourait à inspirer
des pensées sérieuses et à faire com-
prendre que, les ressources humaines
s'évanouissant les unes après les autres,
le moment était venu où les regards
devaient se tourner vers Dieu. Malheu-
reusement ces motifs d'espérance ont
— 10 —
été trompeurs ; ces éclairs de foi n'ont
duré qu'un instant, et l'on est retombé
dans une froide obscurité et dans cette
irréligieuse apathie qui ressemble à un
état léthargique.
Les désastres publics ont eu égale-
ment pour effet d'ouvrir un instant
les yeux sur le résultat final des révo-
lutions, et de faire comprendre que ,
de même que 89 a amené 93, et le
premier empire l'invasion de 1815; de
même la révolution de 1830 a rendu
inévitable celle de 1848, et le second
empire, en vertu d'une logique rigou-
reuse , nous a précipités dans les dé-
sastres de 1870 et 1871. Les élections
du 8 février ont été un résultat de cette
impression ; mais il n'y a pas eu le
moindre retour pratique vers les de-
voirs religieux. La leçon donnée par
Dieu n'a été comprise que par ceux
qui n'en avaient pas besoin ; et l'on
sait que c'est le petit nombre. Les
membres du gouvernement eux-mêmes,
- 11 —
si l'on en excepte un , je crois ; ceux
de l'Assemblée nationale , à part des
exceptions dans une proportion à peu
près égale, sont loin d'être franchement
catholiques. La plupart croient en Dieu ;
mais ils semblent ne pas savoir pour-
quoi et ne pas voir où cela devrait les
conduire. Les conséquences rigoureuses
et immédiates de cette croyance en
Dieu , qui constitue à peu près tout
leur bagage religieux, leur échappent.
Ceux mêmes qui entrevoient ces consé-
quences n'en veulent pas, et ils ne
voudraient pas davantage professer l'a-
théisme. C'est là une des preuves nom-
breuses que l'intelligence publique est
amoindrie ; calamité plus désastreuse
que tout le reste, parce qu'elle met là
France dans l'impossibilité de tenir sa
place en Europe, à moins qu'il ne soit
apporté un prompt remède au mal (1),
(1) Ceci était écrit bien avant le 16 mai : or, ce
jour-là, une proposition ayant pour objet de demain
— 12 —
Les insurgés de la Commune de Paris
ont été plus logiques, et , sous un
certain rapport, plus sensés. Quand on
leur proposa de remplacer toutes les
religions par le culte de l'Être suprême,
ils rejetèrent cette idée, en la qualifiant
de réactionnaire. Ils avaient raison :
l'idée était bien véritablement réaction-
der des prières publiques pour faire cesser les maux
de la France fut votée par 417 membres de l'Assem-
blée nationale contre 3, avec cette clause : que les-
dites prières seraient faites dans les temples, les
synagogues et les mosquées, ainsi que dans les églises.
(Compte rendu officiel.)
ll n'y a pas un enfant convenablement préparé à
sa première communion qui ne comprenne que si
le catholicisme est vrai, si l'Église romaine est le
royaume établi par Jésus-Christ, pour étendre son
culte et son règne par tout l'univers, nulle autre
religion ne peut lui être agréable. Le protestantisme
est en ce cas une insurrection analogue à celle de la
Commune de Paris, bien plus coupable même,
puisque Luther et Calvin se sont insurgés contre un
royaume divin, établi depuis 1500 ans, tandis que
la Commune de Paris n'a pris les armes que contre
une république proclamée six mois auparavant par
des hommes sans mission comme sans valeur, répu-
blique louche et incertaine d'elle-même, au point de
— 13 —
naire, et elle portait en germe la ruine
de la révolution. L'Être suprême, c'est
Dieu ; admettre Dieu, c'est se soumettre
inévitablement à toutes les conséquences
suivantes :
Dieu est créateur de toutes choses.
C'est un maître souverain et tout-
puissant, à l'autorité duquel on ne peut
se déclarer provisoire. Si le catholicisme est vrai, si
même simplement Jésus-Christ est Dieu, les Juifs
qui l'ont crucifié ont été les plus effroyables crimi-
nels qui aient jamais existé; et leurs descendants,
qui ne conservent la religion de Moïse que parce
qu'ils approuvent la conduite de leurs pères, sont
évidemment en guerre avec Dieu. Quant au maho-
métisme, il outrage tout à. la fois la vraie religion
établie par le Fils de Dieu, la morale naturelle et
les plus simples notions de la raison humaine. Déci-
der qu'une requête sera formulée pour demander à
Dieu qu'il ait pitié de la France, c'est très-bien}
mais charger de lui présenter cette requète une
commission composée des marabouts qui outragent
la foi divine, la morale et la raison; des rabbins
sur qui pèse encore la malédiction du crucifige pro-
noncé par leurs pères ; des ministres protestants qui
continuent l'insurrection de Luther contre l'Église
divine, et des évèques que saint Paul déclare établis
par l'Esprit-Saint pour gouverner cette Église ; c'est
— 14 —
essayer de se soustraire sans être fou.
Dieu est infiniment parfait : tout ce
qu'il veut est bon , tout ce qu'il rejette
est mauvais.
Il y a dès lors une différence entre
le bien et le mal, ce qui est fort gê-
nant : car, cela admis, on ne peut ni
prendre le bien d'autrui, ni fusiller les
l'un des procédés les plus étranges que l'on ait jamais
imaginés. Un enfant eût compris cela, et pas un
seul des représentants catholiques ne semble l'avoir
soupçonné.
Si Henri V remontait sur le trône, s'aviserait-on
de lui faire présenter une requête par un descendant
ou un neveu de Louvel? Or, inviter les rabbins à
présenter à Jésus-Christ les prières de la France,
n'est-ce pas la même chose ? Comment se fait-il qu'à
une époque où l'on tient tant aux convenances et à
la délicatesse des procédés, on les observe si peu
quand il s'agit de traiter avec Dieu ? Est-ce délicat
de lui faire présenter une supplique par les protes-
tants, qui ont tant de fois insulté sa divine Mère,
dont ils ont supprimé le culte? Comment ne pas
comprendre que choisir des marabouts pour repré-
senter la France suppliante devant la Majesté divine,
c'est quelque chose de plus insultant que si l'on
priait Henri V, monté sur le trône, de nommer pairs
de France Félix Pyat, Assy et Cluseret ?
— 15 —
riches, ni exciter à la guerre civile , ni
même se révolter contre l'autorité ré-
gulière et légitime.
Dieu une fois admis, s'il a parlé aux
hommes, on doit croire à cette parole
et la respecter jusqu'à l'adoration.
S'il a donné des commandements, on
doit les observer.
S'il a établi un gouvernement sur la
terre , une Eglise dépositaire de son
autorité, on doit reconnaître cette Église
et lui obéir. Ce devoir lie les nations
aussi bien que les individus.
On doit même s'informer avec soin
si Dieu a parlé, s'il a commandé, s'il
a établi une autorité pour tenir sa place.
Sur tout cela, vu l'étendue immense
des droits de Dieu et la disproportion *
infinie qui existe entre lui et nous, on
doit avoir peur de se tromper, et même
d'ignorer.
Les membres de la Commune ont saisi
ou pressenti toutes ces conséquences :
ils ont compris qu'il n'y a pas de ré-
- 16 —
volution possible sans athéisme. Voilà
pourquoi ils ont dit : « C'est de la réac-
tion. Reconnaître l'Être suprême serait
nous suicider ; restons athées. »
Parmi ces hommes, si effroyablement
mauvais en ce moment, il en est peut-
être qui sont moins loin du royaume
des cieux que beaucoup de nos modé-
rés, soi-disant hommes d'ordre. Je n'o-
serais pas tenir ce langage si je ne m'y
croyais autorisé par ces paroles de No-
tre-Seigneur dans l'Apocalypse : « Plût
à Dieu que vous fussiez froid ou chaud;
mais parce que vous êtes tiède, je vais
vous vomir de ma bouche. »
En effet, qu'un de ces insurgés, au-
jourd'hui pervers , mais dont l'esprit est
antipathique à l'inconséquence, vienne
à être frappé de quelque trait de lu-
mière qui ne lui permette plus de de-
meurer athée, il ne restera pas à mi-
chemin ; il fera une bonne confession
et accomplira tous ses devoirs de catho-
lique.
— 17 —
Peut-être même en est-il un bon
nombre, parmi les membres de la Com-
mune , qui auraient ouvert les yeux si
le gouvernement dit régulier eût entiè-
rement satisfait leur raison ; s'ils avaient
vu l'Assemblée nationale s'appuyer sur
une base solide, sur Dieu et la Religion,
qui ne changent point, au lieu de pré-
texter, comme principe de ses droits,
une majorité politique qui se déplace
d'un jour à l'autre.
Le gouvernement et l'Assemblée ont
allégué cent fois, depuis le 18 mars,
la volonté nationale clairement mani-
festée , c'est-à-dire la majorité de la
nation; ils ne se sont pas appuyés une
seule fois sur Dieu, ce qui est, en pra-
tique , un athéisme tacite. Or, Dieu mis
de côté, il n'y a plus d'autre droit que
la force, ni d'autre devoir que la néces-
sité. Tout homme de bonne foi avouera
que s'il ne croyait pas en Dieu, il ne
sacriefirait son propre intérêt à la vo-
lonté du plus grand nombre que s'il
— 18 —
était trop faible pour faire autrement.
D'où il suit que tant que l'athéisme sera
permis, l'insurrection devra l'être éga-
lement.
Il y a donc, il y a eu et il y aura
encore lutte, combat. Si l'insurrection
est vaincue, elle aura tort ; mais si elle
se relève, si elle est victorieuse, elle
changera tout, elle tuera au besoin la
majorité, et alors le droit sera pour elle.
Telle est la morale sans Dieu; telle
la politique du xrx° siècle, politique
aussi impuissante à pacifier une nation
et à y ramener l'ordre, que le serait
un entrepreneur à bâtir une ville sur
les flots de la mer.
Ces considérations semblent beaucoup
trop élevées pour servir de préface à
l'opuscule dont nous publions une édi-
tion nouvelle; cependant, si l'on veut
y réfléchir, on verra que l'idée princi-
pale de l'opuscule est la même que celle
qui fait le fond des considérations qui
précèdent. C'est que Dieu est le principe
— 19 -
de tout, l'origine de tous les droits ;
que sa volonté crée tous les devoirs, et
que tous les événements se déroulent
sous la direction de sa providence.
A nos yeux, les prédictions de la
tourière des Ursulines ne sont pas une
autorité à laquelle on doive se sou-
mettre nécessairement ; mais quand bien
même elles seraient sans valeur, les
conséquences que nous en tirons de-
meureraient encore incontestables, parce
qu'elles reposent sur d'autres bases plus
solides : les dogmes chrétiens et l'auto-
rité de l'Église, qui nous enseignent que
l'idée de Dieu doit présider à tout, et
que si on la met de côté, même par une
simple abstraction, il n'y a plus que
ténèbres dans les intelligences, confu- '
sion dans les esprits ; révoltes, anar-
chie et guerres sans fin dans la société.
Quant à ces prédictions, dont tout le
monde s'est occupé il y a six mois ,
nous croyons que ce qui s'est passé de-
puis lors est de nature à fortifier plutôt
— 20 —
qu'à affaiblir leur autorité. Il y a eu un
moment, il est vrai, où on les a crues
en défaut ; mais il est facile de voir au-
jourd'hui que ce qui était en défaut,
c'était la manière de les entendre. Mal-
gré ce que nous avions dit, on voulait
voir, dans le combat entre les bons et
les méchants, la lutte avec les armées
allemandes; et l'on espérait que la Prusse
serait vaincue et ses troupes anéanties.
Ce qui s'est passé depuis le 18 mars a
ouvert les yeux d'un grand nombre et
a relevé la confiance ébranlée (1).
(1) Il vient de paraître à Caen, librairie religieuse
de Chénel, une petite brochure dont nous remercions
bien cordialement l'auteur. Elle est intitulée : Étude
sur la Prophétie de Blois, par un théologien. Cet
excellent confrère, dont nous ne connaissons pas
même le nom, discute notre, travail avec une bien-
veillance proportionnée à sa forte conviction touchant
la confiance que méritent les prédictions de soeur
Marianne. Les raisons qu'il donne feront impression
sur tout esprit non prévenu.
On peut se procurer ce petit écrit chez Mlle Dézairs,
libraire à Blois, et à Tours chez M. Cattier. Prix
franco : 0,45 c.
— 21 —
Il pourra survenir encore des décep-
tions ; mais nous sommes persuadé
qu'elles auront de nouveau pour cause
un désir impatient de voir arriver la
crise finale, et des interprétations inspi-
rées par ce désir. Que l'on examine
alors toutes choses avec attention et im-
partialité , et l'on n'aura pas de peine
à se convaincre de la vérité de notre
observation. Le dénoûment final peut
avoir lieu cette année ou dans un an ;
mais rien ne prouve qu'il ne tardera
pas davantage.
Quoi qu'il en soit, nous reconnaissons
de nouveau que l'on pourra faire bien
des objections contre les prédictions dont
cet opuscule est l'objet. Cela veut dire
que bien des personnes ne l'accepteront '
pas. Mais qu'y a-t-il ici-bas qui soit
accepté par tout le monde? Les saints
eux-mêmes n'ont jamais été tous d'ac-
cord sur ce qui n'est pas défini par
l'Église. Si, pour travailler à la gloire
de Dieu, il fallait pouvoir compter d'a-
— 22 —
vance sur l'approbation, je ne dis pas
du monde entier, mais seulement des
gens de bien et des personnes qui ont
une intention droite, on ne ferait jamais
rien. Nous avons la confiance d'être utile
à plusieurs, de fortifier la foi chez les
uns, d'affaiblir l'incrédulité chez les
autres : cela nous a paru suffisant pour
nous décider à publier les pages qu'on va
lire, et à en donner une édition nouvelle.
Avant de terminer cet Avis, disons
un mot des principales copies qui nous
ont servi pour notre travail. Nous les
désignerons par les personnes de qui
elles émanent ou par les lieux d'où elles
nous ont été envoyées.
1° COPIE DE BERGUES (NORD). — Elle
est de celles qui nous ont paru mériter
le plus de confiance. C'est une des plus
complètes ; et il est facile de voir qu'elle
n'a souffert des méprises de copistes ni
dans sa ponctuation ni dans sa rédac-
tion , comme celle qu'a publiée le Con-
stitutionnel et comme bien d'autres qui
— 23 —
pourtant sont les mêmes quant au fond.
2° COPIE DU PÈRE ÉCARLAT. — Ce re-
ligieux n'existe plus ; mais il vint prê-
cher à Blois il y a plus de soixante ans.
Les vieillards s'en souviennent; aucun
cependant n'a pu nous dire à quel ordre
il appartenait. Il communiqua à plu-
sieurs personnes et dans plusieurs pays
la copie qu'il avait faite. On nous l'a
envoyée d'abord de Romans (Drôme),
puis d'une ville du Nord , avec cette
note à la fin : « Le Père Écarlat a dé-
claré avoir reçu les communications pré-
cédentes en 1810 et 1812. Cette décla-
ration aurait été faite à Romans le 16
juillet 1849, et à ***, dix jours plus tard. »
3° COPIE DE VALENCIENNES. — Elle est
la même que celle du Constitutionnel;
mais, comme celle de Bergues , dont
elle diffère néanmoins dans quelques
détails, elle est ponctuée exactement et
exempte des méprises de copistes qui se
voient en beaucoup d'autres.
Nous allons rendre cela sensible par
24— —
la comparaison des premiers articles
avec la copie du Constitutionnel.
COPIE DU CONSTITUTIONNEL
7. Ils recommence-
ront donc au mois de
février; vous serez sur
le point de faire une
cérémonie de voeux et
vous ne la ferez pas.
8. Ensuite, avant la
moisson un prêtre par-
tira de Blois pour Pa-
ris ; il y restera trois
jours , et reviendra
ayant soin qu'il ne lui
arrive rien. Un autre
qui ne sera pas de
Blois....
COPIE DE VALENCIENNES
7. Les troubles re-
commenceront dans un
mois de février. ("Vous
serez sur le point de
faire une cérémonie de
voeux et vous ne la ferez
pas.)
8. Ensuite avant la
moisson. Alors, un prê-
tre de Blois partira pour
Paris ; il y restera trois
jours, sans qu'il lui ar-
rive rien. Un autre, qui
ne sera pas de Blois,
partira ensuite...
Ces deux textes, si éloignés en appa-
rence, ne diffèrent cependant, sauf deux
monosyllabes mal lus par un copiste ,
donc au pour dans un, que par la
ponctuation et l'omission des crochets
de la parenthèse.
— 25 —
9. Si ce trouble de-
vait être le dernier on
se cacherait dans les
blés...
9. Si ces troubles de-
vaient être les der-
niers ! ! ! On se cachera
dans les blés....
Une autre copie, qui nous semble
bien préférable en ce point, est ainsi
rédigée :
« Si ces troubles devaient être les
derniers ! Mais ils recommenceront dans
un mois de février. » — Le reste comme
dans la copie de Valenciennes.
4° COPIE DE SCEUR CÉLESTE. — Nous en
parlerons plus loin, à propos de l'ar-
ticle 12 de la Prophétie et des Élections.
Nous possédons un grand nombre
d'autres copies qui toutes, sauf de lé-
gères variantes, se rapportent à l'une
ou à l'autre des quatre que nous ve-
nons d'indiquer.
1*
PROPHÉTIE
DE BLOIS
Nous n'exagérerons certainement pas en
disant que plus de cent cinquante journaux,
soit religieux, soit politiques, mais ces der-
niers surtout, ont publié, sous le titre de
Prophétie de Blois, des prédictions qui ont
été réellement faites au mois d'août 1804,
par une pieuse tourière des Ursulines de
cette ville. Mais nulle part il n'en a été
donné un texte parfaitement exact, et sur-
tout complet. On a même bien -vite aperçu
certaines contradictions entre différentes
copies.
Malgré cela, l'impression faite sur les
esprits a été immense, et elle a eu un carac-
tère auquel il eût été impossible de s'atten-
dre. Personne, même parmi les écrivains
— 28 —
frondeurs de tout ce qui a une physionomie
religieuse et surnaturelle, ne s'en est moqué.
L'intérêt avec lequel on s'en est occupé a été
si grand que l'on s'arrachait les feuilles où
elle était publiée. Depuis le jour où cette pu-
blication a eu lieu, les Ursulines de Blois
ont reçu une telle quantité de lettres ayant
pour but de demander des renseignements
et des détails, qu'il y a eu des semaines où
le nombre s'en est élevé à près de trois cents.
Une foule de personnes écrivaient au nom
de leurs familles, de leurs amis, de tout ce
qui les entourait. Des magistrats, des vi-
caires-généraux, des évêques, un cardinal
même, ont demandé si la prophétie était au-
thentique, et témoigné l'intérêt qu'elle leur
semblait mériter.
Tout ce bruit s'est fait, en dehors du mo-
nastère des Ursulines. Ni cette communauté
ni ceux qui la dirigent n'avaient eu la pen-
sée de donner de la publicité à la prophétie
de soeur Marianne. C'est à leur insu que le
Constitutionnel d'abord et après lui presque
tous les autres journaux l'ont publiée. La
preuve en est, que jamais on ne l'a ni écrite
ni dictée dans la maison. Les diverses copies
— 29 -
qui circulèrent furent l'oeuvre de personnes
qui les avaient rédigées de mémoire, à la
suite de conversations qu'elles avaient eues
avec la mère Providence, confidente de soeur
Marianne et dépositaire de ses prédictions.
Nous devons ajouter que cette vénérable
religieuse, âgée aujourd'hui de plus de 92
ans, n'a pas eu un seul entretien détaillé sur
ce sujet depuis 25 ou 30 ans : d'où il faut
conclure que toutes les copies manuscrites
ou imprimées qui peuvent circuler remon-
tent au moins à 1843.
En voilà assez pour faire voir que la com-
munauté des Ursulines n'a encouru aucune
responsabilité dans la publication de la pro-
phétie dite de Blois.'Mais le bruit ayant été
fait et ayant paru vouloir se prolonger indé-
finiment par suite des angoisses générales,
il nous a semblé utile d'intervenir, non pas
au nom de la communauté, pas même en
notre qualité d'aumônier, encore moins à
l'instigation de l'autorité ecclésiastique;
mais comme simple prêtre, persuadé qu'il
fait une oeuvre utile à la religion, et que
cette entreprise est d'autre part sans incon-
vénient. Nous n'avons pas voulu rendre plus
— 30 —
sonores les échos qui retentissaient de toute
part : notre intention a été, au contraire, de
les adoucir en répondant aux mille ques-
tions que l'on se faisait partout, et en résol-
vant les doutes qui donnaient lieu aux mil-
liers de lettres dont une bonne partie était à
notre adresse personnelle. Il était d'ailleurs
utile de mettre fin aux commentaires ab-
surdes et aux historiettes ridicules qui trou-
vaient place dans un grand nombre de jour-
naux.
Ainsi, on a écrit de Blois à un journal
de Provins que la mère Providence, étant
tombée gravement malade, avait refusé de
recevoir les derniers sacrements, sous pré-
texte qu'elle ne doit pas mourir avant la fin
de la guerre. Cette vénérable religieuse a
trop de droiture, de simplicité et d'éléva-
tion d'esprit, surtout elle a trop d'esprit re-
ligieux pour refuser les derniers sacrements
lorsque ses supérieurs jugeraient le moment
venu de les lui administrer; puis elle sait
fort bien que l'on ne reçoit pas les derniers
sacrements pour mourir, mais au contraire
pour guérir, si Dieu juge le retour à la santé
préférable à la mort.
— 31 —
Ces diverses considérations nous ont per-
suadé qu'il serait bon, 1° de résoudre les
doutes qui peuvent exister sur l'authenticité
des prédictions de soeur Marianne; 2° de ra-
mener, autant qu'il est possible, les divers
textes à un seul, qui puisse être regardé
comme le véritable; 3° d'indiquer la na-
ture, le but et la portée religieuse que nous
semblent avoir ces prédictions. Nous insis-
terons même tout particulièrement sur ce
point dans cette nouvelle édition.
Alors on pourra porter un jugement avec
connaissance de cause, et ceux mêmes qui
croiraient devoir rejeter la prédiction, pour-
ront au moins dire qu'ils ne le font pas sans
avoir écouté aucune raison.
Authenticité de la prophétie de soeur
Marianne
Les religieuses Ursulines établies à Blois
en 1624, à la demande du corps de ville,
furent chassées de leur maison le 1er octobre
1791, après avoir donné, pendant plus d'un
siècle et demi, l'instruction gratuite à toutes
— 32 —
les jeunes filles, riches ou pauvres, que les
familles voulurent leur confier. La plupart
se retirèrent chez leurs parents les plus pro-
ches ou chez des amis charitables; d'autres
furent recueillies par des tourières, qui s'é-
taient logées en ville, et soignées par elles.
La persécution ayant un peu diminué après
la clôture de la Convention, elles se réuni-
rent au nombre de seize dans une maison,
pour y ouvrir une école. Soeur Marianne,
ancienne tourière, qui leur était restée
constamment dévouée, leur continua ses
services.
Cette pieuse fille faisait trois retraites spi-
rituelles par an; elle était presque toujours
en oraison pendant son travail, et cette orai-
son était souvent accompagnée du don des
larmes (1). Dans sa dernière maladie, qui
(1) On a publié une lettre signée de la supérieure
des Ursulines, dans laquelle il était dit, en réponse
à une question fur ce sujet, que soeur Marianne
n'était pas morte, en odeur de sainteté, et on a
conclu de là que les Ursulines ont une idée défavo-
rable de la vertu de la soeur. Rien n'est plus faux.
On a toujours cru que soeur Marianne a vécu et est
morte en grande réputation de piété; mais on ne
voudrait pas l'égaler aux personnages dont la vertu
— 33 —
arriva au mois d'août 1804, elle recevait les
visites et les soins d'une grande pension-
naire, Mlle de Leyrette, alors âgée de vingt-
six ans, qui suivait, il est vrai, les exercices
du noviciat, mais qui n'avait, pour ainsi
dire, aucun espoir d'être un jour religieuse,
à cause de l'invincible opposition qu'elle
rencontrait chez sa mère. Habituée avec
elle à une certaine intimité de conversation,
surtout à témoigner son attachement à l'é-
gard de la communauté, soeur Marianne se
mit un jour à lui dévoiler l'avenir de cette
maison. Mlle de Leyrette, qui n'était nulle-
ment préparée à croire à des prédictions
aussi extraordinaires, refusa d'abord de les
entendre. « Ce n'est pas à moi qu'il faut
dire cela, répliqua-t-elle à Marianne, c'est
aux religieuses. — Non, ce n'est pas aux
religieuses, c'est à vous; les religieuses ac-
tuelles n'y seront plus quand les derniers
a été assez éclatante pour faire penser à leur canoni-
sation. On n'a pas voulu dire autre chose dans cette
lettre, et cela prouve combien la communauté des
Ursulines est éloignée de vouloir rien exagérer et de
mettre de la passion en ce qui concerne les prédic-
tions de la soeur Marianne.
— 34 —
événements que je vous annonce arriveront;
vous, vous vivrez encore. —Mais je ne serai
pas religieuse. —Vous serez religieuse, et
plusieurs fois supérieure ; vous serez le sou-
tien de la communauté. — Vous savez bien
que ma mère s'y oppose. — Dans six mois
madame votre mère ne pourra plus s'y op-
poser. »
Six mois après, Mme de Leyrette était
morte. Sa fille était allée la soigner dans sa
dernière maladie; elle lui ferma les yeux,
régla ses affaires et revint aux Ursulines,
où elle entra définitivement au noviciat, le
jour de la fête des Cinq-Plaies, 4806.
Soeur Marianne, continuant ses prédic-
tions, ajouta :
« On ne restera pas toujours dans la mai-
son où nous sommes; on en aura une
autre où l'on sera bien mieux... Mais
voilà quelque chose de fâcheux ! Des reli-
gieuses ne voudront pas y aller; elles se
monteront la tête et se sépareront de la com-
munauté.
« Nous voilà dans celte maison, » (En di-
sant cela, et chaque fois qu'elle se trans-
portait dans l'avenir, elle regardait le mur
— 35 —
auprès duquel était son lit, comme si elle y
eût vu les personnes, les lieux et les choses
dont elle parlait.) « Ah! nous sommes bien
mieux que dans l'autre ! Pourtant... nous
ne pouvons pas rester comme cela; il faut
un mur là... Mais nous sommes trop pau-
vres; nous ne pouvons pas faire de dettes.
—: Cependant, nous ne pouvons pas rester
comme cela; nous ne sommes pas renfer-
mées; il faut un mur là. — Nous ne pou-
vons pourtant pas faire de dettes. — Eh
bien! voilà tout, on y mettra une cafetière
d'argent. » Puis, se mettant à rire, elle dit :
« Ah! c'est bien drôle, une cafetière d'ar-
gent dans un mur. "
Huit ans après, les Ursulines, avec l'aide
et les secours d'un saint prêtre nommé
M. Gallois, curé de l'ancienne cathédrale,
achetèrent, dans le haut de la ville, une.
petite partie de l'établissement qu'elles occu-
pent maintenant, et elles allèrent s'y instal-
ler le 22 juillet 1812; mais il y eut deux
religieuses qui, ne trouvant pas ce change-
ment de domicile à leur goût, refusèrent de
suivre le reste de la communauté et s'en
séparèrent. Le jardin de la nouvelle maison
— 36 —
était fermé de murs de trois côtés; mais un
bout n'était séparé du clos d'un voisin que
par une haie de bois sec. Ce voisin était un
marchand de chevaux, qui laissait ses che-
vaux paître à l'abandon dans sa propriété.
Ces animaux sautaient par-dessus la haie,
et causaient dans le jardin de la commu-
nauté le ravage que l'on peut imaginer.
Lamentations des pauvres religieuses, qui
disaient à la supérieure : « Nous sommes bien
mieux ici que dans la rue des Juifs ; mais
pourtant, nous ne pouvons pas rester comme
cela; il faut un mur là. — Nous sommes
trop pauvres, répliquait la supérieure, nous
ne pouvons pas faire de dettes. »
Le lendemain ou deux jours après, nou-
velle invasion et nouveaux dégâts; les reli-
gieuses recommencent leurs plaintes : Nous
ne sommes pas renfermées ; il faut un mur
là! La supérieure fait la même réplique :
Nous sommes trop pauvres, nous souffrirons;
impossible de faire de nouvelles dettes.
« C'est absolument le monologne de Ma-
rianne, reprend la mère Providenre; elle
faisait d'avance les plaintes des religieuses
et donnait la réponse que donne notre mère
— 37 —
supérieure. » Elle a ajouté : « Eh bien ! voilà
tout, on y mettra une cafetière d'argent. —
Qu'est-ce que cela veut dire, ma Mère? ha-
sarde une novice. — Je n'en sais rien, ma
petite soeur. »
On resta dans cette position désagréable
jusqu'en 1819. Alors une zélée bienfaitrice
des Ursulines, appelée Mme de Bongard,
ayant appris que les pauvres religieuses
continuaient à éprouver des désagréments
par suite du mauvais état de clôture du jar-
din, vint faire une visite à la supérieure,
qui était alors la mère Providence. « Il faut
absolument remédier à cela, ma chère Mère,
et construire un mur au bout de votre jar-
din. — Nous le voudrions bien, Madame,
mais cela nous est impossible; je n'ose pas
faire de dettes. — Allons! vous me faites
pitié! j'avais intention d'acheter une café--
tière d'argent, j'en fais le sacrifice, et je
mets ma cafetière dans votre mur. »
Aussitôt elle fait venir les ouvriers et ap-
procher les matériaux; elle engage son mari
à poser la première pierre, comme pour un
monument, et au bout de quelques jours le
jardin était clos.
2
— 38 —
Nous reconnûmes alors, disent les Anna-
les de l'époque, la vérification d'une prédic-
tion qui avait été faite à notre révérende
Mère, lorsqu'elle était postulante.
Revenens à soeur Marianne. Elle dit en-
core à Mlle de Leyrette : « Il y aura un évê-
que à Blois (rien n'était plus invraisemblable
en 1804) ; les Mères une telle, une telle,
qu'elle nommait, ne le verront pas; elle
désigna également celles qui devaient le voir.
— Ma soeur Monique le verra... Le verra-
t-eIle? Non, elle ne le verra pas; mais au
moins elle saura qu'il est venu. »
Or, voici ce qui 'arriva :
Par le Concordat de 1817, le siége de Blois
avait été rétabli, et Louis XVIIl y avait nommé
M. de Boisville. La supérieure des Ursulines
ayant appris cela, dit à la mère Providence :
«Mabonne Mère, voilà vos prophéties qui
vont s'accomplir, nous allons avoir un évê-
que. —Notre Mère, je ne crois pas, nous
n'y sommés pas.— Mais si, il est nommé.
— Je ne crois pas. — Puisque je vous dis
qu'il est nommé! — Notre Mère, je Crois
que nous n'y sommes pas. »
Quelques semaines après, arrivèrent à
- 39 -
Blois des caisses renfermant des effets de
M. dé Boisville, qui, ayant ses bulles, se
regardait comme assuré de prendre posses-
sion. — Au moins, ma chère Mère, vous
conviendrez maintenant que nous allons avoir
un évêque. — Notre Mère, je crois que nous
n'y sommes pas. —Mais ses malles sont ar-
rivées. — Ses malles ne sont pas lui. « En
effet, Louis XVIII n'ayant pas osé présenter
son Concordat aux Chambres, la restauration
du siége de Blois fut sans résultat, et M. de
Boisville fut nommé à l'évêché de Dijon, ou
il mourut.
J'ai demandé un jour à la mère Providence
pourquoi, en 4817, elle avait cru si ferme-
ment que le moment d'avoir un évêque
n'était pas arrivé. Elle ne s'en souvenait
pas. Mais, en consultant les registres, j'ai
découvert qu'une mère Saint-Aubin, qui ne
devait pas voir l'évêque, vivait encore. Cette
religieuse mourut le 13 juillet 1823.
Cette date nous révèle une particularité
très-remarquable. Alors une convention
nouvelle avait eu lieu entre le saint-siége et
Louis XVlII, par suite de laquelle Mgr de
Sausin avait été nommé à l'évêché de Blois.
— 40 -
Or les religieuses ayant appris cette nomi-
nation bien avant la mort de la mère Saint-
Aubin, demandèrent à la mère Providence
si cette fois, c'était pour de bon qu'on allait
avoir un évêque; elle répondit : « Ah! oui,
pour cette fois, nous y sommes. » Il fallait
donc qu'elle fût persuadée que la mère
Saint-Aubin allait mourir bientôt. Toutes
les autres qui ne devaient pas voir l'évêque
étaient mortes; soeur Monique, converse,
était aveugle, et de plus tellement malade,
que sa fin paraissait imminente. Le 23 juin,
on pria le médecin, qui était venu la voir,
d'attester dans un certificat l'impossibilité
où elle était de donner sa signature, afin que
l'on pût faire payer un semestre de rente
viagère qui lui était dû le lendemain. Si cette
rente est exigible demain, dit le docteur,
je vous conseille de la faire payer dès le
matin, car je doute que votre malade vive
encore demain soir. Cependant elle devait,
sinon voir l'évêque de Blois, au moins sa-
voir son arrivée, et l'on était sûr qu'il ne
viendrait pas avant plusieurs semaines,
peut-être même plusieurs mois. Ce n'était
ni la première ni la dernière fois que l'on
— 41 —
se trouvait en présence d'une impossibilité
apparente de l'accomplissement de la pro-
phétie; mais ces sortes d'embarras n'en
étaient plus pour la mère Providence, qui,
incrédule la première au moment où Ma-
rianne lui léguait ses connaissances de l'a-
venir, avait appris à ne plus douter. « Notre
Révérende Mère supérieure, disent les An-
nales écrites à cette époque, nous assurait
que soeur Monique ne mourrait pas que
Mgr notre évêque ne fût arrivé. »
Cette assertion de l'annaliste n'est nulle-
ment suspecte, car la pauvre fille écrivait ce
qu'elle voyait et ce qu'elle entendait dans
toute la simplicité de son âme, et elle n'avait
pas même l'idée que cette histoire pût un
jour devenir publique.
La malade, déjà agonisante, était donc
condamnée à vivre encore plus de deux
mois et demi. En effet, Mgr de Sausin, qui
arriva à Blois le 29 août 1823, ne vint faire
sa visite aux Ursulines que le 11 septembre
suivant. Entré dans la salle de communauté
et se voyant entouré de religieuses, il de-
manda à la supérieure si toutes étaient là. —
Oui, Monseigneur, toutes, excepté deux :
- 42 —
une soeur conversé, aveugle depuis six mois,
presque mourante depuis près de trois mois,
et à l'agonie depuis trois jours, et l'infirmière
qui la garde. Après avoir causé un peu avec les
religieuses, lé vénérable prélat voulut voir la
malade et se fit conduire à l'infirmerie. La
supérieure dit à l'oreille de l'agonisante :
« Ma soeur, voilà Mgr l'évêque qui vient vous
voir, Mgr l'évêque de Blois. » Soeur Monique,
qui paraissait privée de connaissance depuis
trois jours, essaya dé parler; mais elle ne put
que gesticuler des mains pour témoigner son
contentement. Mgr lui donna sa bénédiction,
et le lendemain, à cinq heures du matin,
elle rendait le dernier soupir.
Voilà des faits incontestables, mentionnés
dans les annales de la communauté comme
en passant, et avec une sorte de négligence
qui prouve que l'on était à cent lieues de
vouloir donner de l'importance à la prédic-
tion , et surtout l'exploiter.
D'un autre côté, tout le monde sait à Blois
que la mère Providence a été, toute sa vie,
d'une grande droiture et d'une remarquable
simplicité. Jamais on ne l'a vue disposée à
s'enthousiasmer, et l'imagination est peut-
— 43 —
être la moins saillante de ses facultés.. On
sait aussi que si elle a parlé cent fois de ses
prédictions, soit dans sa communauté, soit
a des personnes du dehors, prêtres et laï-
ques, elle ne l'a jamais fait que par complai-
sance, ll ne lui est peut-être pas arrivé une
seule fois dans sa vie de tourner elle-même,
à dessein, la conversation sur ce sujet, si ce
n'est quand elle était maîtresse des novices,
pour intéresser ces jeunes filles' et empêcher
quelquefois les récréations de languir. _ On
sait encore que jamais elle n'a rien écrit de
ce que lui avait confié la pieuse tourière et
il serait permis de le regretter, si elle n'a-
vait suivi en cela une recommandation de
Marianne elle-même. ,
Les différentes copies qui circulent., ont
donc été faites par des personnes étrangères
à la Maison, qui ont tâché de reproduire les
entretiens de la mère Providence. Ces entre-;
tiens eurent lieu surtout à la Restauration et
pendant les premières années du règne de
touis-Philippe.
Plus tard, et après 1840, n'exerçant plus
de fonctions qui la missent en rapport avec
les personnes du dehors, elle ne parla plus
_ 44 —
guère des prédictions que dans l'intérieur du
couvent, et encore quand elle y était provo-
quée.
Ainsi le caractère, la vertu et la droiture
de la vénérable mère Providence, le témoi-
gnage des annales écrites du monastère,
celui de la communauté elle-même au sein
de laquelle la notion et la transmission des
prédictions de soeur Marianne n'ont jamais
été interrompues, l'existence de nombreuses
copies que nous avons reçues de tous les
coins de la France et qui toutes remontent
à plus de vingt-cinq ans, quelques-unes
même à plus de cinquante, la publicité
qu'ont toujours eue à Blois ces prédictions
depuis les premières années qui suivirent
la mort de soeur Marianne, tout cela en
démontre surabondamment l'authenticité.
Pour moi en particulier, je puis attester que
je les connais depuis 1830, première année
de mon sacerdoce.
Ce qui a surtout empêché l'oubli et obvié
à l'incertitude quant au texte traditionnel,
c'est que l'on en parlait à Blois, au dedans
et au dehors du monastère, non-seulement
à chaque révolution, mais toutes les fois que
— 45 -
l'horizon politique s'assombrissait : or, on-
sait si cela a eu lieu fréquemment depuis
soixante ans.
Quel est le véritable texte des prédictions
de soeur Marianne?
On comprend que cette prophétie n'ayant
jamais été écrite que de mémoire, par occa-
sion et à la suite d'entretiens où elle n'avait
pas été racontée en entier, il a dû arriver
nécessairement que les copies faites dans ces
conditions se soient trouvées plus ou moins
inexactes et incomplètes. Il serait sans doute
impossible de remédier au mal d'une manière
parfaite, de donner aujourd'hui toutes les
prédictions, telles qu'elles sont sorties de la
bouche de la Soeur et dans le même ordre,.
Ce que nous pouvons faire, c'est de profiter
des souvenirs des personnes qui ont entendu
les récits de la mère Frovidence et de rappro-
cher les unes des autres les différentes copies
qui existent. Nous nous appuierons avant tout
sur la tradition de la communauté, qui nous
est parfaitement connue, tradition constam-
— 46 —
ment entretenue et ravivée chaque fois que
quelque crise venait jeter l'inquiétude dans
les esprits, et qui a toujours eu l'avantage
d'être rectifiée par la dépositaire des prédic-
tions, alors dans toute la plénitude de ses
facultés (1). Contrôlant tout cela au moyen
des notes que nous avons recueillies à diffé-
rentes époques, nous pourrons présenter un
texte digne de foi quant à l'exactitude, et
renfermant tout ce qui a pu demeurer incon-
testable. Nous prendrons pour point de repère
la version donnée par le Constitutionnel et
reproduite par presque tous les journaux.
(1) La vénérable mère Providence, avec une santé
remarquable pour son grand âge, a conservé son
intelligence; mais sa mémoire est trop affaiblie pour
nous être d'une grande utilité.
Au reste, ceci même est un accomplissement des
prédictions: car d'après la copie de soeur Céleste,
dont nous parlerons plus loin, copie écrite en 1815,
et qui est conforme au langage tenu cent fois par
la mère Providence, Marianne lui dit : « On vous
interrogera de tous côtés pour savoir ce que je vous
dis; mais vous ne serez plus en état de répondre
vous-même. »
. Les frondeurs blésois de la prophétie se rappelleront
qu'en altérant un peu ces paroles pour les rendre ridi-
cules, ils en ont souvent fait un sujet de plaisanterie.
— 47 —
Nous tâcherons de la compléter et de la rec-
tifier. La voici d'abord textuellement et en
entier :
Prophétie de Blois telle qu'elle a été donnée
par le Constitutionnel, et reproduite par un
grand nombre d'autres journaux.
7. Ils (les troubles de 1830) recommence-
ront donc au (1) mois de février; vous serez
sur le point de faire une cérémonie de voeux
et vous ne la ferez pas.
8. Ensuite, avant la moisson, un prêtre
de Blois partira pour Paris, il y restera, trois
jours et reviendra ayant soin qu'il ne lui
arrive rien. Un autre qui rie sera pas de
Blois partira ensuite. Il n'ira pas; jusque-là,
parce qu'il rie pourra pas entrer. il revien-
dra donc le même jour.
9. Si ce trouble devait être le dernier (2)
(1) Faute de copiste évidente; il faut lire dans un
mois de février.
(2) Presque toutes lés copies donnent ces paroles
comme une exclamation, et il en est qui, ajoutent :
Mais ils recommenceront dans un mois de février.
_ 48 —
on se cacherait dans les blés et les femmes
feraient la moisson, car tous les hommes
partiront ; ils n'iront que petit à petit et ils
reviendront.
10. Les séminaristes auraient pu partir,
mais il ne leur arrivera rien, car ils seront
sortis quand les malheurs arriveront, ils ne
rentreront pas même au temps fixé ; pour-
tant ils auraient pu rentrer (elle répéta cela
plusieurs fois).
11. La mort d'un grand personnage sera
cachée pendant trois jours.
12. Les grands malheurs auront lieu avant
les vendanges. Il y aura des signes auxquels
vous vous y reconnaîtrez. Ces signes regar-
dent la communauté. Un d'eux est l'élection
d'une supérieure, qui devant avoir lieu ne
se fera pas.
13. Alors on descendra un matin sur le
champ de foire et on verra les marchands se
dépêcher d'emballer. — Et pourquoi, leur
dira-t- on, emballez-vous si vite? — Nous
Nul doute que ce ne soit ici la vérité. Par consé-
quent c'est en parlant des troubles de 1830 que la
soeur a exprimé le voeu qu'ils fussent les derniers.
— 49 —
voulons, répondront-ils, aller voir ce qui se
passe chez nous.
14. Que ces troubles sont effrayants !
15. Pourtant ils ne s'étendront pas dans
toute la France, mais seulement dans quel-
ques grandes villes et surtout dans la capi-
tale , où il y aura un combat terrible, et le
massacre sera grand.
16. Blois n'aura rien. Les prêtres, les re-
ligieux auront grand'peur. L'évêque s'absen-
tera dans un château; quelques prêtres se
cacheront; les églises seront fermées, mais
si peu de temps qu'à peine si l'on s'en aper-
cevra : ce sera au plus l'espace de vingt-quatre
heures.
17. Vous serez vous-mêmes sur le point
de partir, mais la première qui mettra le
pied sur le seuil de la porte vous dira : Ren-
trons, et vous rentrerez.
18. Avant ce temps on viendra dans les
églises et l'on fera dire des messes pour les
hommes qui seront au combat.
19. Quant aux prêtres et aux religieuses
de Blois, ils en seront quittes pour la peur.
. 20. Mais il faut bien prier, car les mé-
— 50 —
chants voudront tout détruire ; mais ils n'en
auront pas le temps.
21. Ils périront tous dans le combat.
22,ll en périra aussi beaucoup de bons,
car on fera partir tous les hommes, il ne
restera que les vieillards.
23. Les derniers cependant n'iront pas
loin ; leur absence ne sera tout au plus que
de trois jours de marche.
24-. Ce temps sera court; ce sera pourtant
les femmes qui prépareront les vendanges,
et les hommes viendront les faire parce que
tout sera fini.
25. Pendant ce temps on ne saura les nou-
velles au vrai que par quelques lettres par-
ticulières.
26. A la fin trois courriers viendront. Le
premier annoncera que tout est perdu. Le
second, qui arrivera pendant la nuit, ne
rencontrera dans son chemin qu'un seul
homme appuyé sur sa porte. — Vous avez
grand chaud, mon ami, lui dira celui-là;
descendez prendre un verre de vin. — Je
suis trop pressé, répondra le courrier. Il lui
annoncera qu'un autre doit bientôt venir