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La Prusse et ses alliances

30 pages
Dentu (Paris). 1866. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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LA PRUSSE ET SES ALLIANCES
LA
PRUSSE
ET
SES ALLIANCES
PARIS
E. DENTU, ÉDITEUR, GALERIE D'ORLÉANS
PALAIS-ROYAL
1866
LA PRUSSE
ET
SES ALLIANCES
La victoire de Sadowa, qui dépasse toutes les espérances
qu'avaient pu concevoir Frédéric-Guillaume et M. de Bis-
mark, a porté si haut l'orgueil de la Prusse, que cette
puissance jette le masque et donne audacieusement aux
gouvernements la clé de sa politique.
La Prusse, par sa propre et unique volonté, a mis à
néant, sans égard pour les autres puissances signataires
du congrès de Vienne, les traités de 1815, édifice labo-
rieusement construit, afin d'asseoir un équilibre, consi-
déré alors comme absolument nécessaire au maintien de
la paix et à la tranquillité des peuples : disons plutôt des
souverains.
— 6 —
Ce n'est pas que nous voulions défendre ces traités,
qui n'ont été conçus et signés qu'en haine et en crainte
de la France; toutes les clauses en restent comme au-
tant de preuves vivantes. Quoique mutilée, elle inspirait
encore tant d'effroi aux alliés qu'ils se servaient sans
cesse du prétexte de son ambition, pour lui arracher,
lambeaux par lambeaux ses frontières naturelles et lui
enlever plusieurs places fortes, nécessaires à sa défense.
En 1815, la deuxième restauration était accomplie.
Pouvait-on craindre, craignait-on réellement l'am-
bition des Bourbons? Assurément non. La Prusse,
comme l'Autriche, la Russie, aussi bien que l'Angle-
terre savaient pertinemment que la seule ambition du
gouvernement, qu'elles avaient imposé deux fois par les
armes à notre pays, était de vivre, de se consolider à
l'intérieur, pour conserver un trône qui lui était rendu à
la suite d'événements inouïs. Elles appréciaient trop le
bon sens de Louis XVIII pour imaginer jamais que ce
prince irait se lancer dans des entreprises aventureuses,
quand il avait sous les yeux l'exemple des désastres et
de la chute de celui qui semblait la personnification du
génie de la guerre. Mais elles voulaient, par l'affaiblis-
sement de la France, se ménager une route qui leur per-
mit, le cas échéant, d'arriver aisément à son coeur.
— 7 —
Aussi tous les Français se sont-ils associés à Napo-
léon III, quand il a proclamé hautement à Auxerre la
détestation de ces traités de 1815. La conscience pu-
blique sera toujours d'accord avec le souverain ; il n'est
personne, quelques soient les sentiments politiques parti-
culiers, qui ne vît renverser et détruire avec joie cette
source perpétuelle, pour nous, de dangers et de dou-
loureux souvenirs.
L'oeuvre d'ailleurs n'était pas durable. On l'avait
follement, sans s'en douter, rendue impossible en boule-
versant les états, scindant les nationalités, mécontentant
les peuples; car on ne tint compte ni de leurs intérêts
moraux ni de leurs intérêts matériels.
Cependant, était-ce à la Prusse de venir abattre ce
qu'elle avait contribué à bâtir? Elle qui avait été la plus
âpre à la curée, elle qui avait été la mieux partagée
dans ce grand déchirement des nations, de quel droit,
pour quelles raisons vient elle aujourd'hui troubler la
paix, arrêter la prospérité des peuples; quand nous,
les vaincus de 1815, nous, qui aurions des injures à ven-
ger, des provinces volées à recouvrer, respectons cette
paix et cette prospérité? quand Napoléon, qui, plus que
tout autre par sa position et par son origine, est en droit
d'élever de justes réclamations, donne un exemple écla-
— 8 —
tant de sa modération par le respect qu'il professe pour
les droits, mêmes usurpés, de ses voisins ?
Encore, si la Prusse avait mis au service d'une grande
idée ses soldats et ses fusils perfectionnés, si, se faisant
le champion des libertés publiques, des aspirations
nationales, elle eût prit les armes pour reconstituer l'Al-
lemagne sur des bases nouvelles, en tenant compte des
origines et des besoins des populations, il faudrait certes
faire la part de ses intentions, tout en déplorant que
la justice ait besoin de la guerre et des calamités qu'elle
entraîne, pour se manifester et soutenir sa cause. Mais,
par une hypocrisie sans précédent dans l'histoire, la
Prusse, pour assouvir son instinct effréné de domina-
tion et de conquête, se couvre du manteau de la liberté ;
à l'aide de ce déguisement, elle baillonne les peuples, et
c'est par la plus flagrante violation, du droit des gens
qu'elle va étendre sa puissance.
Tout ce qu'elle fait depuis 1864 ne lui est inspiré que
par l'esprit de conquête! On s'explique maintenant les
actes incroyables qui se sont succédés dans sa politique
intérieure et extérieure depuis quatre ans, et malgré soi,
on reste frappé de stupeur, en face de cette puissance de
second ordre, qui semble jeter le gant à l'Europe tout
entière N'est-ce pas en effet attaquer les intérêts de
— 9 —
toute l'Europe que de briser l'Allemagne faite par les
traités, pour restaurer à son profit le saint empire Romain,
pour s'emparer des côtes de la Baltique et créer une
marine qui ne tardera pas à être redoutable surtout pour
les puissances du Nord.
Il n'y a pas de temps à perdre, si l'on veut arrêter ce
développement de forces, menaçant pour tous. La Prusse
touche à son but, ses desseins gigantesques vont se
réaliser, la plus grande partie en est déjà accomplie ;
examinons rapidement de quelle façon.
De concert avec l'Autriche, à l'aide de voies téné-
breuses dès longtemps préparées, la Prusse trompant la
Confédération Germanique, ravit au Danemark le
Holstein, le Sleswig, avec la Saxe Lauenbourg, qui lui
avait été donnés, en 1815, comme compensation de la
cession de la Norwége qu'il faisait à la Suède.
Après une guerre rapide, dans laquelle on vit vingt-
cinq mille Danois, armés de mauvais fusils et de vieux
canons, venir tomber, pour l'honneur de la patrie, sous
les; coups des canons rayés et des fusils à aiguilles de
soixante-dix mille Austro-Prussiens, les deux grandes
puissances belligérantes, sans se soucier de la Confédé-
ration, au nom de laquelle elles avaient pris les armes,
2
— 10 —
se partagèrent leur conquête. Ce n'était pas assez pour
la Prusse. La convention de Gastein en lui livrant pour
quelques millions, la part autrichienne de la Saxe Lauen-
bourg, mit fin ou plutôt parut devoir mettre fin à l'hostilité
sourde mais permanente qui divisait les deux ravisseurs.
Un premier point était donc déjà acquis à la Prusse ;
elle avait étendu son territoire maritime, gagné un port
excellent. Le Jutland et les îles qui forment le petit
royaume danois excitaient bien sa convoitise, mais, pru-
demment, elle tourna ses regards vers l'Allemagne;
aller plus loin de l'autre côté eût été dangereux. Si les
prétextes spécieux ne lui avaient pas manqué, non pour
endormir les autres puissances, mais pour obtenir d'elles
un laisser-aller, elle ne se sentait pas assez forte pour
continuer, une politique, dont le résultat ne pouvait
manquer d'être regardé comme un brigandage par tous
les peuples civilisés.
Si les écrivains politiques avaient comme les roman-
ciers le privilége d'appeler le diable Asmodée et que ce
- démon eût été assez complaisant; pour leur découvrir les
pensées les plus intimes du comte de Bismark, quand il;"
méditait les vastes combinaisons qui ont conduit la
Prusse jusqu'aux portes de Vienne, voici assurément ce
que chacun y eût pu lire :
— 11 —
« Pour que la Prusse devienne une puissance maritime,
pour que son territoire et ses forces s'accroissent, il lui
faut nécessairement dominer l'Allemagne. L'Autriche,
notre rivale, ne le souffrira pas; il faut briser l'Autriche,
et pour cela avoir, non-seulement des alliés, mais être
encore sûr de la. neutralité de la France et de la Russie,
puissances frontières, qui ne verront pas avec satisfaction
le changement d'un état de choses que, pour le bien-être
et la prospérité que donne la paix, elles ont intérêt à
conserver.
» J'ai bien là, sous la main, un allié tout prêt; qui
ne demandera qu'à agir ; l'Italie peut-elle ne pas s'en-
tendre avec moi qui veux affaiblir l'Autriche son éter-
nelle ennemie? L'armée de Victor-Emmanuel n'est peut-
être pas encore bien solide, bien organisée? qu'importe,
la haine la rendra vigoureuse; avec Garibaldi et les
volontaires elle pourra opérer une diversion puissante.
» La Russie est l'antique amie de la Prusse. Elle tient
à nous par tant de liens de famille. Notre intérêt est le
même à l'égard de la Pologne ; ne nous doit-elle pas
d'ailleurs de la reconnaissance pour l'avoir soutenue
durant la dernière insurrection? On dit souvent et avec
raison à Paris, la Prusse russe... Cette épithète-là vaut
bien quelque chose : nous pourrons nous entendre!...
— 12 —
» Quant à la France, ce sera plus difficile, c'est avec
elle qu'il faut compter d'abord, d'autant que l'Italie ne
se joindra pas à nous sans son congé.
» La Franee n'a pas envie de faire la guerre, néan-
moins gardons-nous de toucher à son honneur ou à ses
intérêts. Il est vrai que nos projets ne froissent pas son
honneur, mais pour ses intérêts la question est plus-
délicate.
» L'Empereur Napoléon a, dans sa lettre du 11 juin,
parfaitement déclaré qu'il ne se mêlerait pas de nos
affaires, si rien n'était changé à l'état actuel de l'Alle-
magne, si personne ne faisait de conquêtes... Précisé-
ment, je ne veux pas faire autre chose.
» L'horizon est sombre de ce côté. II faudra faire des
sacrifices. Les provinces du Rhin que nous avons prises
assez méchamment à la France en 1815 lui tiennent
toujours à coeur. Risquons peu pour gagner beaucoup.
Rendons lui les provinces du Rhin, ou plutôt promet-
tons-les toujours comme prix de sa neutralité, qui vivra
verra ce que nous ferons la guerre terminée.
» Les marchands de Londres peuvent crier après leur
nouveau ministère, briser les grilles de leurs parcs ou
— 13 —
s'occuper de leur câble transatlantique, je me soucie
fort peu d'eux et de leur île, si je m'entends avec la
France. »
Ainsi raisonna certainement M. de Bismark. Ce qui
fut pensé fut fait et rapidement, car une grande qualité
de ce ministre est de ne jamais apporter de retard dans
l'exécution de ses résolutions.
La Prusse, assurée de la neutralité de la France et de
la Russie, cherche alors une véritable querelle d'Alle-
mand à toute la Confédération germanique. Elle prétend
que ses possessions sont menacées, et, quand on lui a
prouvé que personne ne songe à l'attaquer, elle demande
que, dans l'intérêt de l'Allemagne, la Confédération telle
qu'elle existe soit dissoute. Le roi de Prusse, de par le
droit divin, se met à la tête d'un mouvement national
vers la liberté; lui, qui l'a comprimée dans sa patrie, il
veut la donner à l'Allemagne tout entière. La Diète, qui
refuse de partager les opinions de M. de Bismark, voit
ses résolutions déclarées illégales; la Prusse en impose
de nouvelles et traite en ennemis tous les confédérés qui
se prononcent contre son omnipotence, puis, après une
guerre aussi rapide qu'heureuse, elle applique à leurs
territoires le droit de la conquête. Elle s'annexe le
royaume de Hanovre, la Hesse, le duché de Nassau,