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La Reconnaissance du général Salnave, par M. Delorme,...

De
15 pages
A. Chaix (Paris). 1868. In-8° , 16 p..
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LA RECONNAISSANCE
DU
PAR
EX-MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES D HAÏTI.
PARIS
IMPRIMERIE CENTRALE DES CHEMINS DE FER
A. CHAIX ET Cie
RUE BERGÈRE, 20, PRÈS DU BOULEVARD MONTMARTRE.
1868
LA RECONNAISSANCE
DU
GÉNÉRAL,
Je n'ai pas besoin de redire les souffrances que j'ai endu-
rées pour vous, par suite de la révolution de 1865. J'ai connu
toutes les tristesses, toutes les angoisses de l'exil et de la
pauvreté, pour avoir servi votre cause. On vous traitait d'as-
sassin, de brigand, de sauvage; moi seul je vous ai défendu.
J'ai porté votre nom si haut que cette célébrité, qui est en
grande partie mon oeuvre, vous a valu d'être appelé au pou-
voir à la chute du président Geffrard.
A cette époque, mon nom, à moi, était tellement popu-
laire en Haïti, tellement aimé dans le pays comme à l'étran-
ger, qu'à mon retour il vous fallut, malgré les arrière-pen-
sées que j'ai remarquées, m'appeler au ministère. Ma place
y était à l'avance désignée par l'opinion publique, par mes
malheurs, par les sentiments et les idées dont on me savait
animé pour mon pays.
Vous avez hésité à m'appeler au pouvoir, parce que dès
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lors mon nom vous offusquait. Vous saviez tout ce qu'on
pensait de moi partout, et vous veniez d'apprendre que les
habitants du Gap, joyeux du retour de leur compatriote, le
proscrit et le martyr, s'étaient portés en foule à ma rencon-
tre sur le rivage, et avaient tiré du canon pour fêter mon
arrivée. Ce n'était pas ma faute. Je n'en savais rien à l'avance
et n'en pouvais rien prévoir.
Nommé ministre des relations extérieures, je me suis hâté
de rallier autour du gouvernement les représentants des na-
tions étrangères, qui n'avaient point d'estime pour votre per-
sonne. Je me suis appliqué à inspirer confiance aux puissan-
ces amies de la République, surtout à la France, à qui il
était dû un arriéré considérable ; et j'ai tout de suite fait
conclure un traité d'amitié avec la République dominicaine
pour assurer la paix et l'indépendanee de l'île entière.
Bientôt les Cacos, soulevés contre vous dès votre appari-
tion dans le pays, et longtemps avant mon retour, vous for-
cèrent d'entrer en campagne contre eux. Vous partîtes pour
le Nord, laissant entre mes mains les portefeuilles de la
guerre et de la marine. J'avais déjà l'instruction publique,
les' cultes avec les affaires étrangères. Je remplis la tâche
avec zèle et activité, et ne vous laissai jamais manquer de
rien durant la campagne.
Un peu plus tard, des dissentiments s'élevèrent dans le
ministère. Plusieurs personnes, à Port-au-Prince et dans
d'autres villes, demandaient une constitution plus appropriée
aux moeurs et aux besoins du pays. On fit dans ce sens des
manifestations écrites. Mes deux collègues présents à la
capitale étaient d'avis d'arrêter par la force le cours de ces
pétitions. Je ne me rangeai pas à leur avis. Je pensais
qu'il fallait simplement assurer l'ordre public en empêchant
ces manifestations d'éclater ouvertement, sans comprimer pour
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cela la liberté de penser, base de toutes les autres libertés.
J'étais d'avis d'ailleurs qu'il serait avantageux à la Républi-
que d'avoir une constitution plus simple, plus praticable,
plus réellement libérale que celle qui existait. Je voulais le
progrès et la liberté, pas seulement dans les mots, mais-
dans les faits, dans les choses, dans tout le bien qu'il y avait
à faire. Je n'ai jamais été du parti des phrases sans effet. Je
voulais fonder un ordre de choses solide et honorable. Je
voulais changer en peu de temps la situation de mon pays.
Je l'aurais fait.
Un changement de ministère eut lieu, et j'eus en surcroît
le portefeuille de l'intérieur, de l'agriculture, de la police, etc.
La charge était devenue énorme. Je l'ai portée avec cou-
rage. Je travaillais littéralement jour et nuit; tout le
monde m'en est témoin. Je ne sortais de mes bureaux qu'à
l'entrée de la nuit, et c'était pour aller encore travailler chez
moi, recevoir, expédier des dépêches et des courriers.
Ma santé s'épuisait à ce rôle vraiment trop lourd. Mes
ennemis eux-mêmes ont reconnu qu'il était étonnant d'avoir
ainsi tout un gouvernement sur les épaules et de suffire à
tant de travaux divers, au milieu des difficultés qu'on me
créait à chaque pas, à chaque instant.
Cependant, malgré toutes ces peines et en dépit de tous
les obstacles que je rencontrais de tous côtés, j'ai pu mettre
la main aux travaux que je voulais accomplir pour le pays.
J'ai résolu d'organiser une bonne police des campagnes,
pour donner sécurité au travail agricole. J'ai tout de suite
appelé des citoyens honorables à former des conseils d'agri-
culture pour m'aider dans cette tâche, et le projet se pour-
suivait avec une grande activité.
J'ai pensé qu'il fallait surtout encourager le travail, inté-
resser matériellement les cultivateurs à produire plus qu'ils
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ne le faisaient. J'ai institué des concours d'agriculture, j'ai
fondé des prix de diverses valeurs, j'ai changé la fête du
1er mai en exposition agricole. Partout dans le pays l'idée
a été comprise, adoptée, applaudie. Les conseils communaux
et les conseils d'agriculture se sont mis à réunir les produits
divers des cultivateurs de leurs arrondissements, et le premier
concours a eu lieu en certains endroits, notamment dans la
ville du Cap.
Bien pénétrés de l'importance de cette institution, les
paysans apportaient avec empressement leurs échantillons
dans les villes, et l'arrondissement de Port-au-Prince en
avait déjà recueilli une grande collection, quand les troubles
ont éclaté.
J'avais toujours été péniblement affecté de l'infériorité des
cafés d'Haïti sur les marchés de l'Europe; j'ai résolu de
mettre un terme à ce dommage. J'ai fait, en présence de
beaucoup de citoyens et de négociants, des expériences d'une
machine à décortiquer. Ces expériences ont démontré qu'il
y avait moyen de changer en une année l'espèce de nos cafés.
C'était presque doubler la valeur de cette principale produc-
tion du pays, augmenter considérablement les revenus de
l'État par l'accroissement des importations, et donner en
même temps aux populations des campagnes l'aisance et l'idée
du progrès. Je n'ai pas perdu une heure ; j'ai demandé en
France une grande quantité de ces machines pour les ré-
pandre dans le pays.
Je n'ai pas oublié les voies de communication, qui sont
d'une si grande importance pour le commerce et l'agricul-
ture. Je me suis entendu avec des ingénieurs pour avoir
d'abord trois ponts en fer: un pour la rivière de Momance,
un pour l'Artibonite et l'autre pour le Limbé, cours d'eau
situés sur les principales grandes routes du pays. Je devais

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