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La République ou La clef du royaume de l'autre monde ou La solution de la question sociale / par un paysan [signé : P. Rousseau]

De
135 pages
impr. de Doublat-Lallemant (Epernay). 1872. France (1870-1940, 3e République). XII-122 p.-[1 p. nota] ; 22 cm.
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LA
RÉPUBLIQUE
OU LA
CLEF DU ROYAUME.
DE L'AUTRE-MONDE
OU LA SOLUTION
DE LA QUESTION SOCIALE
PAR
UN PAYSAN
EPERNAY. - IMP. DOUBLAT-LALLEMANT
ANC. IMP. NOEL-BOUCART
1872.
ÉPERNAY. - IMP. DOUBLAT-LALLEMANT
ANC. IMP. NOEL-BOUCART
LA
RÉPUBLIQUE
OU LA
CLEF DU ROYAUME
DE L'AUTRE-MONDE
OU LA SOLUTION
DE LA QUESTION SOCIALE
PAR
UN PAYSAN
1872.
PRÉFACE
Ma République étant la République proprement dite :
l'unique principe naturel du droit souverain ou divin des
gens; c'est-à-dire le positif ou la raison du vrai de la loi
naturelle d'où sa vertu divine est celle de son incompati-
bilité avec tout ce que le mode monarchique a de faux,
l'on conçoit bien que ce serait, de ma part, n'être point
conséquent avec moi-même si j'allais faire la dédicace de
cet ouvrage aux opposants de mes pareils.
M'adresserais-je au mensonge si le vrai dont je veux
parler est vrai ? Voudrait-il, sur cette parole de ma part,
avoir foi en la vérité de religion républicaine dont le lan-
gage est celui d'une patrie si différente ? D'abord, ces dits
opposants ne sont-ils point trop savants pour que leur trop
spirituelle prétention qualifie la mienne de pauvre hallu-
cinée, de pauvre fou ? Puis-je m'adresser à d'autres qu'à
mes pareils enfin ? Mes pareils dans la main de qui est le
sceptre de la révolution du progrès finissant par apprendre
la spirituelle ignorance à lire dans mon écriture; écriture
dont le langage est celui de l'humble naïveté qui me per-
met de dire que — si je savais ce que je ne sais pas, je ne
saurais pas ce que je sais.
— VI —
Donc, ce n'est pas sans raison bien pesée, à moi bien
appréciée, bien connue, et que mes pareils comprendront
les premiers, qu'à l'égard des autres je porte jusqu'au
défi la possibilité de me comprendre d'emblée. Cette raison,
la voici : c'est celle qui m'autorise à leur dire que, sachant
tout, moins ce qu'il y a de plus humble, de plus simple,
de plus naturel, de plus légitime, de plus logique et par
conséquent de plus salutaire, dans la haute importance de
mon sujet, il ne leur est point possible de m'écouter. Et
puis ensuite, je serais en contradiction avec la logique
évangélique dont la loi morale a condamné l'esprit de
corruption et jeté à la face de Monseigneur Capital-Fortune,
l'anathème du plus éloquent mépris, et pour cause; pour
cause dont mon sujet donne sans conteste possible la
définition.
Comment interpréter le sens philosophique de la parole
évangélique? Comment mettre en oeuvre ou en pratique la
raison de loi suprême réalisant l'accomplissement de sa
prophétie ? Comment les derniers doivent-ils devenir les
premiers? Comment créer la République, puissance provi-
dentielle et absolue apportant le salut de l'humanité dans
les fers; rendant le genre humain à lui-même par la divine
vertu de pacte social fondé sur la. raison positive de la loi
naturelle ?
Comment résoudre cette question de la grande réforme
évangélique? Qu'est-ce que la solution de la question du
grand problème social ? Qu'est-ce que le mot d'une telle
énigme resté jusqu'alors sous le voile du mystère, et dont
le secret n'est pourtant que l'expression de l'humble sim-
plicité toute naturelle que l'idée d'essence républicaine va
faire sortir en dépit de la spirituelle ignorance n'ayant
— VII —
de puissance réelle que pour laisser la lumière sous lé
boisseau ?
Comment enfin doit s'élever, en raison du progrès civi-
lisateur ou de la loi du temps, l'édifice de l'Eglise chré-
tienne hors de laquelle — point de salut ?
Voilà les principales questions de mes études constantes
et persévérantes de quoi se compose l'objet capital de mon
idée fixe.
Me mettre à l'oeuvre résolument là n'était point la diffi-
culté que j'avais à combattre; mais à cause de mon ineptie
d'érudition, la rédaction de mon entreprise ne me fut pas
de moindre peine ; mais l'idée compensatrice et l'accom-
plissement d'un devoir absolu étaient là, et il le fallait.
Il le fallait !
C'est-à-dire qu'il fallait mettre au jour, ou du moins
faire connaître ce dont tant d'essais, tant d'efforts d'étu-
des ne parlent pas encore : le principe fondamental de
l'unique et incontestable remède radical.
Il fallait tirer d'embarras et du danger cette pauvre so-
ciété n'en pouvant plus.
Il fallait sortir de la si déplorable confusion où en sont
nos pauvres discoureurs, nos pauvres polémistes et enfin
politiques de toutes nuances.
Il fallait affranchir de la risque générale nos pauvres
cléricaux ou faux jésuites protecteurs, sans le vouloir, si
l'on veut, du césarisme, en vertu du vieux droit divin usé,
lesquels courent avec la noblesse de l'époque, peut-être ou
plutôt infailliblement le plus grand danger.
Il fallait enfin faire sortir la. loi unitaire de la conciliation
absolue pour que le critiqueur n'ait plus le sujet de trouver
à redire sans savoir mieux faire : que celui-ci ou que celui-
là, quel qu'il soit d'ailleurs, ne puisse plus se dire de l'un
— VIII —
à l'autre, — au charlatan , par exemple : — Vous êtes un
menteur et un voleur, parce que vous êtes un marchand
de drogues ne vendant rien, mais donnant tout pour le
service de l'humanité; — à l'évêque : — Vous êtes un
coquin d'hypocrisie, parce que vous vendez les prières d'une
fausse religion anti-christianiste; — au général d'armée et
à tous les chanceliers possibles, l'un vendant et l'autre
achetant le drapeau de la nation : — Vous êtes des voleurs
et des brigands, parce que vous assassinez l'humanité ; —et
aux capitalistes : — Vous êtes les premiers menteurs et
voleurs du travail qui produit, et cela, en votre qualité
sordide de loups-cerviers du capital, comme marchands
d'argent tout au profit de Monseigneur Egoïsme. — Et
enfin, et ceux-ci, et tous ceux composant l'ignoble et in-
humaine mutualité de l'et-coetera des causes de guerre, au
prolétariat ou aux déshérités : — Vous êtes des ânes ou de
la canaille.
Entre toutes les questions composant la religion de mon
principe de raison humaine et sociale, qu'il me suffise de
citer ici, comme exemple et à titre de l'importance conçue
par l'esprit et le sens de mon sujet celle de ceci : — Prêtez
sans intérêt, dit l'évangile, — ainsi que toutes les autres
questions répondant directement à toutes ses maximes,
c'est ce que le principe de mon sujet explique sans conteste
possible.
Que signifie cela, cette maxime ? — Que la raison de ce
que je veux dire m'autorise pleinement à donner le démenti
le plus formel à quiconque me soutiendra que Monseigneur
de Capital n'est pas un voleur dont l'intérêt est le larcin,
et que là, dans l'absurde obstination de cet esprit de stu-
pidité autant que de cupidité ne sont pas les agressives et
executives causes du brigandage de la guerre, et cela par
— IX —
la raison que le maître dudit capital est un menteur en
soutenant que celui-ci travaille pendant que son dit maître
dort.
Ce que je veux dire, c'est ce que c'est que la République
en tranchant net, avec le mot monarchie, et défier de dire
qu'il est une autre République que celle-là.
Ce que je veux dire, c'est de donner positivement, et
sans possibilité de contradiction, la raison du vrai d'une
idée dont le langage est absolument neuf : c'est la raison
du vrai, mais de ce vrai tellement vrai, qu'il impose la loi
absolue de ne plus mentir. Non-seulement il n'est pas
menteur lui-même par la raison de son essence; mais
encore il défie quiconque ce soit, de fournir un argument
contre sa vertu d'infaillibilité dans sa raison pratique de
question sociale : il ne laisse pas même la moindre équivo-
que sur sa raison de mise en oeuvre pour donner lieu au
moindre démenti; en un mot, cette raison de mise en
oeuvre enlève d'un coup à la langue française le vice du
mensonge.
Ce que je veux dire, c'est de donner le principe unique
de la raison de ce vrai appliqué à la raison sociale et hu-
maine, et dont la République est la divine expression. Ce
que je veux dire, c'est de donner la solution du Code
Républicain.
Ce que je veux dire, enfin, c'est de faire parler un lan-
gage qui n'est plus à tenir aux enfants si jeunes et si vieux
de ce monde, qui n'ont encore pour sentiment patriotique
que celui de servir la patrie de cette bien plus que mépri-
sable et ignoble reine qu'on appelle — Fortune.
Si je ne mens pas moi-même, ou si je ne suis pas un fou
comme certain charpentier Nazaréen, voilà, je crois, dans
de telles avances, de quoi remettre le baume salutaire dans ■
— X —
le coeur de l'humanité humiliée jusqu'au dernier degré de
la honte, ruinée, écrasée par ses ennemis composés d'au-
tant d'empereurs qu'il y a de maîtres.
Peuple martyr ! c'est à toi que je viens donner la clef de
l'empire républicain. Donc, après lecture de cette instruc-
tion « gratuite et obligatoire » à l'oeuvre ! A l'oeuvre, non
seulement pour remettre l'épée dans le fourreau, mais pour
la briser.
Doutez-vous, chers concitoyens, vous tous qui que vous
soyez, doutez-vous de la raison d'efficacité de mes avances?
Lisez et vous verrez si je mens ou si je me trompe; et vous
verrez ce que votre jugement vous dira alors pour la con-
version de votre esprit régénéré, de faussé qu'il est encore
aujourd'hui, ou ayant acquis le degré de raison majeure
nécessaire à l'émancipation du genre humain. Vous verrez
ce qu'il vous aura dit, ce jugement, de la religion unitaire ,
politique et chrétienne - réformant, ainsi que toutes les
autres et avec la monarchie, la religion du catholicisme qui
n'est en réalité qu'une question sectaire de politique dont
le spiritualisme a pour limites extrêmes le mystère dogma-
tique duquel la rédemption de cette religion (de mon sujet)
déchire le voile.; puis pour le salut de l'âme, la raison d'une
autre vie après la mort par le sacrifice de celle-ci (pour le
patient martyr seulement). Vous aurez alors compris com-
ment ici-bas, le paradis peut se substituer à l'enfer.
La postérité, elle aussi, sera assez judicieuse pour juger
de votre jugement à cet effet.
Mais à l'oeuvre ! peuple maintenant républicain en esprit
et en vérité ! A l'oeuvre ! La République elle-même ou l'hu-
manité qu'elle délivre du joug honteux et accablant de
l'infernale monarchie ne te demande rien qu'à poser le
principe (non pas le poser, en concevoir l'idée seulement,
— XI —
et la révolution est faite,) de solidarité naturelle que, pour
ton salut, la loi seule du travail t'ordonne, et tu verras en
la postérité, en toi même d'abord ou le genre humain tout
entier, et avec bien moins d'efforts de littérature, d'autres
Emiles que celui du Jean-Jacques, et d'autres saints que
ceux du canon Grégorien.
Donc avis, seulement, à MM. nos princes des prêtres
d'alors, nos pharisiens, nos docteurs de la loi et nos bons,
scribes, etc.
Qu'ils apprennent donc par l'objet de cette lecture de la
suite, qu'il ne suffit point d'être savant et riche pour être
sage ; et que tous les genres de sciences ne sont point de
même nature, de même sens et de même domaine. Puis,
qu'en raison du côté obscur que la lumière n'a encore point
éclairé, sauf les premières perceptions du sens évangélique
jusqu'alors ininterprété, l'esprit monarchique ne peut rien
créer de républicain ; et comment et par quel moyen pra-
tique le républicanisme doit se substituer au monarchisme.
Et puis enfin, pourquoi et comment l'un peut procurer les
ressources de l'Inouï, où, pour ainsi dire, l'on en trouve
encore quand on n'en demande plus, et cela, précisément
par la raison du contraire ; c'est-à-dire par laquelle raison,
l'on ne saurait trouver en l'autre que l'épuisement et la
dissolution alors même et d'autant plus que nécessité fait
besoin.
Voilà le degré de profondeur philosophique qu'atteint le
point de vue de mon sujet.
Lisez, et bientôt vous serez plus savants que moi, parce
que, sachant en cela, ce que je sais, vous saurez en plus
tout ce que je ne sais pas.
Finalement, mes chers concitoyens, je vous présente le
dit sujet comme ce qu'il y a de plus extraordinaire : d'a-
— XII —
bord, en ce que peut faire rire les malins mon style de
paysan, et ensuite, en ce que celui-ci dans ma personne,
peut répondre de clore la bouche de ceux-là ainsi que de
tous mes contradicteurs quels qu'ils soient. En un mot,
c'est l'humble proprement dit, réalisant le sublime.
Si j'osais, j'avancerais ici, (toujours sans crainte d'être
démenti), avec ce que répète mon sujet, que je viens porter
une main aussi hardie que naïve sur le levier dont, par la
raison du grand remède radical, la puissance est celle de
changer la face du monde. S'il n'y avait pas un si grand
mal, il ne s'agirait point d'un si grand remède Mais
enfin, mais pourtant, il le faut, ou sans quoi gare l'ex-
plosion de la force des choses. Je veux parler de l'empire
du mal qui fait avancer la révolution. Non, c'est de la
République que je veux parler, et toujours de la Répu-
blique !
Tout ce que je veux dire, l'histoire le dira mieux que
moi.
A qui ?
A la postérité que la loi du temps et la force des choses
auront rendue plus expériente et plus judicieuse que nous.
Ma conclusion finale est celle-ci :
Solution de la question du grand problême social, radi-
calement traitée.
Tant que ce ne sera pas le principe qui fait la question ou
la raison capitale de mon sujet, ce ne sera pas la Républi-
que; et tant que ce ne sera pas la République, ce ne sera
point la paix.
LA RÉPUBLIQUE
OU LA CLEF DU ROYAUME DE L'AUTRE-MONDE OU LA SOLUTION
DE LA QUESTION SOCIALE
Qu'est-ce que le progrès civilisateur ?
C'est, en faveur de la cause humaine, le fructueux résultat de
cet effet révolutionnaire s'opérant par la succession des temps et
des choses en raison du perfectionnement de l'oeuvre de création.
C'est du principe créateur ou de l'essence divine que l'homme,
après l'être matériel, tient l'acquis de sa raison intellectuelle et
morale avec celui de ses perfections vers la religion le rattachant
spirituellement à la cause divine. Mais en quoi consiste-t-il, tout
cet esprit de religion ? Tout simplement à se résumer dans la ques-
tion de pur sentiment humanitaire ; là est le mystère de tous les
dogmes possibles.
Afin de ne point voir la rupture du pacte entre la cause humaine
et la cause divine, ou pour apporter aujourd'hui au perfectionne-
ment de l'oeuvre de création la contribution des lumières salutaires
qu'il a à recueillir du progrès de l'époque, il suffirait donc à l'homme
— ou le genre humain — de ne savoir que servir relativement sa
propre cause en vue de ses propres intérêts, même exclusivement à
tout. Car enfin, et par exemple : travailler, ne rien faire que tra-
vailler, et rien qu'en ne songeant absolument qu'à soi en raison de
ses intérêts et de son bien-être tout personnels, pourvu que ce tra-
vail, dis-je, ne soit que celui qui produit réellement et non celui
qui dépouille, au contraire, la partie de l'humanité qui l'effectue, il
n'en faudrait pas davantage pour détruire la raison de l'égoïsme et
vider radicalement la question du vice originel ; à cet homme indi-
viduel ou collectif, dis-je, cet homme humain naturellement seule-
ment, mais socialement inhumain, crétin par amour pour le dieu
de la cupidité, et par le défaut de concevoir la raison de ce que je
viens de dire diaboliquement méchant par le seul fait du péché
d'ignorance armant contre lui-même le vice de la discorde, et li-
vrant impitoyablement son humanité aux violences de l'enfer dé-
— 2 —
chaîné contre elle sous les lois du Lucifer gouvernant ce monde. Le
Dieu du vrai ou de l'humanité ne lui demande pas d'autres prières,
d'autres principes de religion, ni d'autre culte que celui du travail
ainsi entendu pour acquérir les qualités sanctifiantes de l'Homme-
Dieu par excellence.
Néanmoins, cet homme encore pervers, méchant uniquement
parce qu'il ne sait pas être bon, et cela, à cause du défaut d'une si
simple conception d'esprit, mais de si haute sagesse en considéra-
tion de l'inouï révélateur et régénérateur, tient de la nature divine
les qualités de perfections qui lui confèrent le titre de roi de la
terre, et il est écrit, en caractères évangéliques, que sa dignité hu-
maine doit s'élever jusqu'au sublime de la majesté divine.
Mais, jusqu'alors, en quoi ses facultés raisonnables ont-elles pré-
valu sur l'instinct des autres animaux de même espèce? L'intelli-
gence seule en est, ce me semble, le signe distinctif ; pourquoi, par
exemple, l'excellence de sa raison ne l'a-t-elle encore point mis à
la hauteur de la République des abeilles ?...
Gomment, lui, entre toutes les créatures, le premier privilégié de
l'essence divine, lui, conséquemment, divinement posé ici-bas pour
commander, pour ainsi dire, sur toute la nature, après la raison de
sa conformité bien entendu, aux règles et aux prescriptions de ses
lois (ce qui lui fait défaut en partie pour être complétement ce qu'il
doit être, c'est-à-dire pour être de son Dieu la créature par excel-
lence) d'où il tient la création, la vie et l'existence de son être
matériel ; comment, à l'heure qu'il est au cadran des siècles, n'a-t-il
pas encore atteint le degré d'esprit de raison qui lui permette de se
délivrer des fers qu'au fond il se forge, dont il se charge et qu'il
traîne innocemment. Gomment lui qui, en cette qualité de roi de la
terre, ne saurait avoir d'autre ennemi à appréhender que lui-même,
comment, dis-je, l'est-il en effet par le manque d'esprit nécessaire
pour savoir vouloir se rendre libre comme l'oiseau ?
Quoi ! par ce seul fait de faiblesse d'esprit, de solidarité sociale,
ou plutôt ce déplorable manque de raison ; par ce misérable défaut
de savoir, dis-je, se conformer aux règles et aux prescriptions de la
loi de nature, si humbles, si simplement établies sous la loi divine
dans la question de la solidarité humaine, que la seule et exclusive
condition du travail productif ou positif ordonne tout naturellement,
voilà l'homme dans les fers. Voilà, en raison du droit de vie et de
mort depuis la question du premier cas jusqu'à celle de ce dernier,
la liberté du genre humain enchaînée, à la dépendance des maîtres
qu'il se donne dans la composition de ses membres.
— 3 —
Voilà, en disant : Je veux être sujet de celui-ci pour être maître
de celui-là, c'est-à-dire esclave de l'un pour être despote envers
l'autre, la souveraineté de droit divin ou la puissance de loi natu-
relle concentrée sous la puissance des lois de l'arbitraire, et asservie
par l'autorité individuelle pour n'être qu'une question d'absolutisme
et d'obéissance passive, de despotisme et de servilité, d'arrogance
et de lâcheté.
Voilà donc, dis-je, cette souveraineté de République mère, con-
vertie en l'état de servilisme résultant de l'état de rupture de la
question sociale entre elle et le principe créateur ou de la solidarité
humaine.
Et pour ne point concevoir, ne point comprendre la raison et
l'objet de la solidarité humaine résultant de la mise en oeuvre du
principe de l'unique institution pouvant constituer ou rétablir de la
question sociale la raison de sa cause dans son état direct ou nor-
mal ; faute au genre humain, dis-je, d'avoir atteint ce degré d'es-
prit philosophique dont la loi du pur bon sens le fait prévaloir sur
tout l'esprit de ce monde, voilà, par ce seul fait de sa rupture avec
la loi divine du vrai, cette pauvre cause sociale abandonnée à elle-
même, en état de dissolution sous les lois diaboliques du faux et
livrée au règne infernal du mensonge pour en faire l'empire de
Lucifer ; c'est le pacte de l'égoïsme contracté avec dame Fortune
pour la dissolution, au lieu d'être celui de l'unité divine, rompu en
raison de cette religion de cupidité par laquelle le genre humain
laisse tomber sa cause de divine souveraineté dans le domaine du
Dieu menteur des grands pour la patrie desquels les petits s'entre
égorgent.
Voilà, de l'état le plus primitif de la barbarie, depuis l'âge d'en-
fance jusqu'à celui de l'adolescence pour ainsi dire, pourquoi et
comment le genre humain est assujetti à souffrir et exposé à l'état
permanent du péril où l'innocence du péché d'ignorance ou originel
plonge son humanité.
Mais ne serait-il pas écrit, par la loi du temps, que son état de
servitude sous celles du vice monarchique est passé ! N'est-il pas,
dans l'objet sanctifiant de la religion purement naturelle, dit et im-
primé en caractère théologiques sous l'impression du sentiment de
la Foi, de l'Espérance et de la Charité, que la prophétie de la parole
évangélique doit enfin s'accomplir ; que le jour est venu où le genre
humain a atteint l'âge de majorité pour s'émanciper en raison et en
vertu du droit naturel et divin de la loi duquel il a acquis la raison
de sagesse nécessaire pour se régir souverainement par lui-même,
— 4 —
ou enfin se délivrer du joug infernal ou tyrannique des monarchies :
c'est-à-dire en s'affranchissant de cet esprit de matérialisme, dont
l'élément est celui de la force brutale « primant le droit » : ce droit
divin de toutes les vertus sanctifiantes et de toutes les ressources
humanitaires ! Je veux dire l'affranchissement de cet esprit de stu-
pidité barbare qui ne sait encore mettre en main que l'assommoir de
la férocité pour le salut de la patrie, dit-on ; mais de quelle patrie,
grand Dieu! — celle de la cupidité, de l'affreux égoïsme dont la loi
est celle des chiens en ce que la loi du maître est toujours celle du
plus fort ; c'est-à-dire en ce que les gros font égorger les petits entr'eux
pour dépouiller plus amplement ceux-ci du bien qu'ils ont acquis
pendant la trêve qui leur a permis de produire.
Vraiment, pour qui a dans l'esprit la perspective de la République
sous la divine loi de son régime, ou l'impression de sa morale
essentiellement pure et évangélique réalisée, ou plutôt de la Répu-
blique républicaine, comme l'appelle ce premier citoyen, monsieur
Gambetta, comme effet de la stupidité, c'est aussi ignoble que peu
civilisé, que tout ce que présente la scène dramatique du théâtre
permanent de la guerre qu'ouvre le régime monarchique ! C'est bien
drôles de choses, en effet, que celles que présente l'absurde du
tableau des folies humaines ! Pour celui-là, ce citoyen-là, comme
moi par exemple, quel peut être le raisonnement à se faire sur
l'effet produit par le déguisement et les actes d'une telle mascarade
composant la société en général. Je veux dire ce déguisement de
toutes les nuances par lequel le genre humain, n'ayant pas encore
assez la vraie conscience de lui-même, c'est-à-dire celle dont il ne
peut posséder l'acquis que par l'avènement de la République la seule
républicaine, se transforme en menteur.
Tous, sur la scène de la comédie humaine de ce monde qui n'est
pas celui de la République, tous, chacun selon sa vocation, travesti
selon le cachet de son métier, y représente, dans le rôle qu'il y doit
remplir, l'art de la plus habile malice possible ; mais tous, en raison
des tendances, à un même but qui n'est pas du tout celui de la
noblesse que doit représenter la dignité humaine dans sa cause
d'unité sociale.
Chacun ainsi affublé du signe distinctif de ce que l'on appelle son
ministère, chacun rendant une couleur différente, individuellement
et par corps de métier (tout cela est métier), il en résulte qu'en
somme, voilà de la société un magnifique arlequin au grand com-
plet tel que l'ensemble de chacune des vertus de ces couleurs, éga-
lement menteuses en principe, en constitue le ridicule du charlata-
— 5 —
nisme exploitant la bonne foi, depuis le métier de faire des prières
pour le salut de l'âme, jusqu'à celui d'immoler le corps pour
l'amour de la cupidité ou la religion de l'égoïsme ; le tout, enfin,
sous l'influence et par la vertu du mystère dogmatique, d'une part,
et, d'autre part, sous le prestige du mensonge où le plus brillant
imposteur sait, par les avantages de l'éloquence, défendre les inté-
rêts toujours préférables de dame Fortune.
Telle est, de nos grands spiritualistes, de nos grands législateurs
et diplomates, comme de nos petits menteurs, l'habileté des talents
dont la science est de prétention à faire dire que la maladie de l'âme
et du corps n'est rien, si le patient a la croyance et la foi nécessaires
pour vouloir bien se laisser faire. Absolument comme ce qui se
réduit à se représenter l'artiste charlatan qui ne travaille que pour
l'humanité et non pour l'argent, ne vendant pas ses drogues, mais
les donnant en raison de leur vertu.
D'arracher les dents, et avec la pointe d'une épée, cela est tout à
fait gratuit comme sans douleurs.
N'allons pas nous laisser entraîner à une allusion qu'on pourrait
être tenté de faire avec l'épée de M. le chancelier de Bismark, par
exemple, ce n'est plus du tout la même chose... ce n'est pas gratui-
tement ni sans douleurs ! Si, à ce propos, nous demandions à nos
capitalistes, si charitables dans l'empressement des avances de fonds
à faire pour couvrir les emprunts « libéraux », comment les éléments
révolutionnaires nous disent pourquoi ces messieurs avaient tant
besoin du ministère de ce plus grand chef du brigandage social, que
pourraient-ils répondre ? Je me le demande.
Quant à la partie formant la classe ouvrière du réellement pro-
ductif, cette classe d'effectuation du travail actif d'où, sortent les
ressources de la vie et de l'existence ; celle-là, que la partie qui s'en
distingue en raison de l'esprit faussé, appelle — peuple, pour ne
pas confondre... l'imbécillité supérieure avec l'inférieure, si cette
partie-là, dis-je, est celle qui représente le badaud se laissant
exploiter par le haut et le bas charlatanisme, elle n'en est pas moins
la partie saine qui représente le vrai d'où la République doit puiser
l'élément de ses vertus et de ses ressources de toute nature. Mais,
malheureusement, par la cause de l'ignorance commune, en raison
de la vérité de ce vrai divin, son cachet de la pauvreté qui n'est pas
celui du faux ou du charlatanisme se réduit, précisément à cause
de cela, trop à celui de la misère du plus commun des martyrs, et
en raison, en outre, de ce qui fait que lui, ce peuple déshérité des
priviléges et des avantages monarchiques, malgré qu'il produise
2
— 6 —
tout, n'a rien et n'est rien; tandis que, par contre, c'est la partie qui
ne produit rien qui possède tout et est tout : c'est la tête absorbant
ce que produisent les membres sans plus de véritable profit pour
l'un que pour l'autre, parce que du vice corrupteur c'est la raison
de l'excès du trop et du pas assez.
Enfin bref, concluons que, malgré qu'en principe ce soit pour le
service effectif de la même cause, l'esprit de la manière d'être, de
voir et du langage, par conséquent, du métier de gendarme, n'est
pas celui du prêtre; les études du législateur, de l'avocat, du général
d'armée, de l'évêque, etc., etc., par exemple, sont d'un caractère
tout différent et n'ont de compatibilité que dans leur fusionnement
au creuset de la même cause : c'est-à-dire celle qui n'est point la
cause du vrai de la République républicaine, mais dont la raison
patente n'en exerce pas moins sa loi sur ce qui devrait être de
l'autorité souveraine ; enfin l'un n'est pas l'autre, chacun dans la
représentation particulière de son métier.
Mais l'esprit de tous ces métiers de différentes couleurs seulement,
fusionnées en principe, n'est autre que celui qui tranche de la vérité
du vrai en ce qu'il n'est pas l'esprit de simplicité qu'offre la condi-
tion du travail actif, positif et productif, en ce qu'il n'est pas enfin
celui de l'humble d'où s'élève le sublime. Témoin le charpentier de
Nazareth.
Or donc, si l'esprit de tous ces métiers inutiles n'est pas celui des
divines qualités de cette dernière condition, il n'est autre que celui
de la friponnerie (à moins qu'on ne prouve qu'il n'y en a pas en ce
monde), exploitant ce que l'humanité a de pur, depuis lui mentir
jusqu'à l'immoler en la sacrifiant à la cupidité de l'égoïsme, d'où
« le trafic des marchands du temple fait de la maison du Père une
caverne de voleurs. » Si, dis-je, finalement, les qualités de cet esprit
faussé ne sont pas celles des vertus humanitaires, en raison du vrai
et du faux, cet esprit n'est pas l'un, parce qu'il est l'autre : il est
menteur, parce qu'il n'est pas vrai.
Jadis, pour quiconque était né sous cette mauvaise étoile du vrai
précité, dont le rayon lumineux le faisait voir de ce côté-là ; de ce
côté-là, par où les vertus purement humanitaires se dévoilant dans
l'inspiration toute religieuse du bon génie élevant l'âme vers le
sublime de l'esprit de doctrine évangélique; pour celui-là, dis-je,
qui avait la témérité de parler ce langage, c'était le fou méritant du
jugement du pharisaïsme la condamnation au supplice pour l'expia-
tion de son criminel péché.
Mais aujourd'hui, ces sages que le mensonge ou plutôt la vérité
_ 7 —
du faux a élevés à la hauteur plus ou moins extrême de l'absurde et
du ridicule, aussi plus ou moins reconnus, n'envoient plus qu'à
Charenton. — Voilà, moralement parlant, le grand pas qu'a fait le
progrès civilisateur depuis certaine époque.
Voilà donc jusqu'où cette loi de la morale évangélique a pro-
gressé. — Voulez-vous, me dira-t-on, vous, homme de classe plé-
béienne si inférieure, presque illettré, ayant même besoin des faveurs
de la charité de l'oeuvre, du sou contre l'ignorance, pauvre infime
qui n'a pour toute instruction que la philosophie du bon sens,
comme vous dites, prétendez-vous en savoir plus que ceux qui ont
appris, et qui, à leur tour, prétendent au moins à juste titre savoir
ce que, effectivement, vous ignorez? — Indubitablement, messieurs
les savants de toutes les catégories susceptibles de pédantisme, je
sais faire l'aveu, mais non à ma honte, de mon ineptie à l'endroit
de toute science littéraire, etc.; mais ce que l'on ne sait pas en
général, l'avez-vous appris ? Pourquoi ne saurais-je pas, moi, ce
qui vaut infiniment mieux que tout ce qui fait l'objet de si sottes
prétentions ?
La science, qui a la vertu et la souveraineté de faire savoir qui
l'on est au point de vue de la vérité, du vrai, qui apprend à se
« connaître soi-même, » c'est-à-dire, qui consiste à savoir ne point
méconnaître le Dieu « dont parle le Verbe, » — la possédez-vous ?
Finalement, il y a là une question d'éléments sociaux qu'il ne
vous appartient pas de traiter. Je le répète, je m'en rapporte, en
principe, au sublime de l'humilité divinisée par ce charpentier naza-
réen : La raison, c'est que cette science est d'un domaine tout
exceptionnel, et la vôtre, n'y ayant pas pris naissance, n'habite point
ce pays-là. Et puis, si vous n'étiez pas trop intelligents, vous pour-
riez, peut-être, être assez philosophes pour concevoir ce que je
veux dire.
Or, j'en conclus donc qu'il ne vous appartient pas de savoir trai-
ter la question sociale qui a la vérité du vrai pour sujet, plus qu'à
moi de savoir, comme vous, orner le mensonge de fleurs de rhéto-
rique.
Ainsi, selon moi et suivant ce dont sur la souveraine raison de
quoi je défie de me démentir, se distingue la partie menteuse ou
monarchique gouvernant le droit divin, ou plutôt exerçant sur sa
sainteté la loi diabolique de l'infernal empire de ce monde ; ce droit
divin d'où l'unique République possible autant que vraie doit puiser
les éléments de sa mise au monde : toutefois, ce n'est jamais que du
sein de la République-mère ou de la loi divine que la République
— 8 —
devant gouverner le monde socialement doit se concevoir et recevoir
le jour.
La question essentiellement salutaire du travail dans laquelle se
résume celle de la cause sociale et toute humanitaire y restera-t-elle
encore longtemps subordonnée et asservie ? C'est ce que le progrès
de la loi du temps nous dira bientôt, je l'espère.
Ce travailleur, ou ce peuple martyr que la guerre ruine et sacrifie
au profit de Monseigneur Capital, que ces causes de guerre dépouil-
lent encore après comme avant de son bien qui est le fruit de sa
propriété naturelle de producteur, humilié surtout aujourd'hui jus-
qu'à presque au suprême degré de la honte, et de qui le despotisme
paralyse à un si haut degré la liberté du génie créateur ou produc-
teur, en le harcelant, l'abrutissant de plus en plus sous les ordres
trop souvent d'un une pour maître; ce travailleur là, dis-je, se
laissera-t-il donc toujours traiter d'âne par celui-là?
Demeurera-t-il ainsi asservi éternellement aux lois d'un tel
maître, qui n'est maître que parce qu'il est riche ou moins pauvre,
ou que le talent des bassesses rampantes, plutôt que celui de la
noblesse d'âme et de capacités, a élevé à la supériorité et à la consi-
dération de son grade souvent acquis de la façon la plus réellement
honteuse et ignoble ?
Peut-il ne point faire usage de la clef providentielle et de déli-
vrance qu'il a naturellement en main, afin de faire régner, au
contraire, la dignité et le véritable honneur d'un autre monde sur
l'esprit de l'absurde et de la stupidité de celui-ci ?
Entends-tu, peuple misérable, vilipendé par le superbe orgueil de
ce que la fortune de ce monde a de méprisable et d'ignoble, impi-
toyablemeut tyrannisé et dupé en tout et partout ! Tu vois, comme
travailleur, l'état de servitude auquel ta liberté est enchaînée et ton
existence comprimée. Comme soldat, maintenant, l'école d'une si
rude et si cruelle épreuve a dù te faire goûter assez expressivement,
je crois, les leçons de la duperie et de la trahison de tes maîtres
commandant ta perte, en vertu de l'assentiment de ta volonté con-
vertie en obéissance passive, que ton imbécillité livre à la discrétion
de ton ennemi, le seul redoutable, pour en faire sa puissance contre
tes intérêts les plus sacrés !
Après t'avoir fait boire ainsi le calice jusqu'à la lie, que te
reste-t-il, à toi comme à tes semblables qui ne sont pas tes ennemis,
mais tes frères, mais surtout à toi, comme extrême vaincu? la
ruine, l'humiliation et la honte, puis l'accablement de la misère par
— 9 —
la pression réactionnaire du despotisme ou du droit et de la loi
monarchiques !
Ne sais-tu point reconnaître maintenant que la sotte et stupide
gloire de la bravoure et de la vaillance, en raison de l'héroïsme et
pour le service d'une patrie qui n'est pas la tienne, n'est que la
raison de ce superbe orgueil toujours susceptible d'humiliation et
infailliblement assujetti à la honte !... Qui s'enorgueillit aujourd'hui
d'être le plus fort, demain sera écrasé à son tour ! Voyons ! que te
dit aujourd'hui l'histoire do la colonne Vendôme, par exemple, en
raison des gloires de l'armée française?... Serais-tu encore assez
idiot pour ne demander qu'à la reconquérir ? Il me semble bien
qu'il ne t'est plus possible d'avoir le sentiment de l'héroïque stupi-
dité, pour vouloir commettre de nouveau ce plus que double péché
d'ànerie, après les roueries non moins stupides en principe de
l'esprit diplomatique qui te l'a fait détruire pour ainsi dire toi-
même ; au résumé, il n'y a pas de pour ainsi dire, c'est positif.
Et cette livraison au brigandage, à main armée, de la clef des
portes de la nation; et ce plan Trochu, etc., etc., est-ce positif ?
Toi, et les adulateurs de haute condition de l'exécrable vice monar-
chique, me direz-vous : Non ?
Mais cette autre clef-là donc, que tu as en main, tu la tiens en
effet; c'est toi seul qui la possèdes : toi, à qui, par ce seul fait, la
possession toute naturelle inculque et imprime le sentiment du vrai
ou la philosophie du bon sens, à quoi tes despotiques maîtres dans la
partie collective de l'ennemi commun ne peuvent savoir que mentir
pour en violer la sainteté.
Cette clef-là, qu'il n'appartient qu'à toi de tenir directement de
l'humble, du simple et de l'unique de ta condition du travail actif
produisant, en outre du pain quotidien, les richesses qui deviennent
le larcin des voleurs et la proie des scélérats, si c'est l'humilité divi-
nisée par le Verbe en la majesté de ton humanitairement semblable,
qui te la donne, ce sont les lumières du sublime qui viennent t'ou-
vrir les yeux sur les vertus de son usage.
Si, à cette époque, ce divin représentant de ton humanité fut un
fou ou condamné comme tel au supplice, pour n'avoir montré que
la porte qu'elle doit ouvrir, es-tu assez sage, toi, aujourd'hui, ou
plutôt après près de vingt siècles d'expérience à l'école des mêmes
épreuves, es-tu assez spirituel pour souffrir de moi les révélations
de sa vertu de divine humilité ?
Le mystère de ta rédemption va-t-il être encore trop un mystère
— 10 —
pour que tu n'aies pas la conception et la sagacité voulues pour
savoir en déchirer le voile ?
Serais-tu encore aussi brut que ce peuple juif crachant au nez de
son Dieu, en l'absence de l'idéal assez élevé pour reconnaître la
moindre excellence dans la sublimité de l'oeuvre de la charité chré-
tienne ?
Peux-tu ne point saisir la « manière de s'en servir » et ne point
mettre en pratique l'unique moyen, la seule institution de l'indis-
pensable pour la mise en oeuvre de ton droit de souveraineté consti-
tuant l'avènement de la République républicaine ?
Aurais-tu encore assez d'hébêtement, ou, d'ailleurs, trop de
superstition, trop de fanatisme, trop de fausse religion enfin, pour
ne vouloir point croire à l'effectuation d'un si grand oeuvre par le
seul fait d'une simple idée immatérielle, c'est-à-dire par la raison
créatrice, rénovatrice et régénératrice de la toute-puissance du Dieu
qui fait tout de rien — ce que nos théologiens disent bien, mais
qu'ils n'entendent pas — pour ne voir l'objet matériel résultant de
l'esprit de cette idée, que comme un effet d'hallucination vers
l'insensé, vers l'impossible ou l'irréalisable de l'imaginaire, ou enfin
une extravagance de folie; pour refuter, comme moralement et
matériellement impossible, la réalisation et l'accomplissement de la
prophétie évangélique ou de la grande réforme humanitaire ; pour
ne vouloir point croire, dis-je, à l'ouverture possible des portes du
nouveau royaume spirituel ou de l'autre monde promis à l'humanité
ici-bas : ou ce paradis terrestre qu'offre l'avènement du règne de la
République assise au trône de l'empire désormais essentiellement
pacifique. Et cela, tout bonnement en vertu de l'effet produit par
l'action de la solidarité résolue dans le principe de la simple associa-
tion au travail, comme il en est déterminé et expliqué plus loin
dans la solution problématique de la question sociale.
Si cela a raison de l'offusquer, que l'esprit de la partie de l'ultra-
montanisme, à son tour, ne s'irrite pas trop de l'objet de ma manière
de voir, par celui du sens de ma doctrine ; si la théologie lui permet
« quelquefois» de tourner les vues de... ses loisirs (puisque le
métier n'est exclusivement que celui concernant le spirituel) vers le
côté de la politique, que son sens, tout spirituel donc, ne soit point
offensé de ce que je voie le droit divin par le côté contradictoirement
opposé à celui par où les ministres de toutes les religions actuelles
ne savent que voir la sécurité du corps dans l'abandon de l'âme
entre les mains de l'absolutisme. Voilà la logique du cléricalisme
catholique, par exemple.
— 11 -
Car, en effet, ce que le faux a de vérité, est ceci : c'est que la paix
du régime monarchique, sous le rapport de la guerre insurrection-
nelle (abstraction faite, bien entendu, de la guerre de nation à nation)
est d'autant plus durable que l'assujettissement et l'absolutisme sont
extrêmes ; que le sujet ou l'esclave est soumis et docile aux ordres
et à la loi du maître ; que la lâcheté de l'un enfin s'asservit à l'arro-
gance de la tyrannie de l'autre.
Mais aujourd'hui, chez nous, en France, le progrès d'affranchisse-
ment est à un tel degré d'extrémité, que la fusion de la servitude
avec le despotisme, qui font du genre humain ou de la nationalité
une société dont chacun des membres est le petit ou le grand mo-
narque de son subordonné, est près de se faire au creuset de la
République d'unité sociale.
Doit-on en conclure de là, que, logiquement parlant, le progrès
civilisateur devant faire du tout au tout un peuple souverain se
gouvernant par lui-même, au lieu de se faire gouverner par la
tyrannie d'un seul, doive rétrograder en faveur d'Henri V, par
exemple ?
Je vous le conseille, messieurs de la partie extrême de la puis-
sance actuelle ; ce système de l'ancien régime étant devenu trop
antique comme la monarchie trop vieille, étant trop usé pour que
l'époque puisse maintenant le souffrir, consacrez vos efforts spiri-
tuels plutôt en faveur du progrès qu'au service d'une cause men-
teuse, ainsi considérée en raison de sa marche à reculons vers la
rétrogradation. Non-seulement pour celle-ci vous perdriez votre
temps, mais, de plus, vous auriez à en courir les plus grands
risques, vous et tous vos amis partageant les opinions monarchistes
et la spiritualité de votre droit divin.
Cherchez donc à vous pénétrer, au contraire, de l'esprit et à saisir
le sens de la doctrine évangélique.
Si notre premier maître en philosophie et en théologie, celui dont
vous êtes les ministres, s'est sacrifié, lui, pour la cause de l'huma-
nité, ce n'était point faute de plus divine réflexion que la vôtre, de
toute la prudence et de toute la sagesse qui vous font défaut à vous.
Il savait bien ce qu'il faisait en consacrant ses suprêmes efforts, qui
lui coûtèrent la vie, au dévouement absolu d'une cause qui n'est
point du tout celle que vous servez, mais celle que le culte de votre
religion sacrifie à la conservation de l'opulence de la vôtre.
Tâchez donc, pour votre bien et celui do tous, d'apprendre à
l'imiter par les sens de sa si haute sagesse, pour vous affranchir
vous-même de l'hypocrisie réellement existante du métier, quelque
— 12 -
involontaire qu'elle soit ; que sa rédemption ne vous soit plus un
mystère : Là, sont les ressources humanitaires de la plus spirituelle
théologie ; là, seulement, peut être l'infaillibilité du Pape, en qualité
de chef de l'Eglise purement chrétienne.
En arrêterez-vous, pour conclusion de tout ce raisonnement, que
cela est de l'extravagance séditieuse d'un fou?... comme lui !
Reprenons la thèse parlant en particulier au peuple distingué,
ou plutôt exclus de la considération distinguée de la partie qui ne
s'appelle point peuple, c'est-à-dire, qui va s'éloignant du sentiment
d'humanité, d'autant plus que celui-ci se rapproche de l'humilité de
la condition du travail; reprenons son cours sur la raison auss
salutaire que souveraine de cette clef de principe fondamental essen-
tiellement unitaire, donnant à l'humanité tout entière ce que, dans
la prophétie évangélique, la divine Providence a pu lui promettre,
et en offrant, bien entendu, à la République ou à l'affranchissement
du genre humain l'accès de ce nouveau royaume spirituel, dont la
« bonne nouvelle » lui fut annoncée déjà depuis si longtemps par le
divin maître qui en montra la porte.
Pourquoi alors, aujourd'hui, assez spirituel, assez expérient, assez
philosophe pour savoir ne point réfuter la philosophie de ton salut,
laquelle se réduit enfin à celle du gros bon sens où l'idéal de
l'humble en saisit le sens bien plutôt que le trop plein d'esprit
d'acquis, boursoufflant de vanité et de prétention, le sot orgueil du
pédantisme, dont les yeux et les oreilles se bouchent à la voix du
peuple ou des petits, selon ces grands-là si petits en réalité, ces
grands-là que fait l'imbécillité dudit pédantisme, ces grands-là qui
deviennent si petits, dis-je, à mesure que le coeur se resserre au
sentiment de l'amour du prochain ou de la charité chrétienne, pour
l'amour de la cupidité et de l'égoïsme; pourquoi, dis-je, laisserais-tu
plus longtemps la souveraineté et la puissance de cette clef à la
discrétion des oppresseurs et des tyrans !
Pourquoi repousserais-tu de nouveau la venue du Messie qui, par
la vertu de cette seule idée d'institution de la solidarité humaine et
sociale, dans la question du travail, ton unique sauveur, tient le
souverain élément de ta délivrance sous la loi suprême à laquelle
tient le salut del'humanité, de l'affranchissement du genre humain
tout entier des griffes du Lucifer gouvernant ce monde.
La vertu donc de cette clef, que la loi philosophique du progrès
t'acquiert, il te faut t'en saisir absolument et faire usage quand
môme de ce seul instrument de délivrance : sa raison de simplicité
de mise à exécution surtout et la force des choses que présente la
- 13 —
difficulté à combattre contre la dissolution plus complète encore du
corps social, t'y obligent, t'y contraignent, malgré la lâcheté du
laisser-faire en raison de quoi le progrès civilisateur, lui, ne saurait
être une raison de la paresse de l'âme pour tenir le corps aux fers,
c'est-à-dire, pour t'asservir plus longtemps, tu sais à quoi et com-
ment, sous peine d'un péril menaçant plus imminent encore.
Bref, sous le rapport physique, cette clef-là consiste donc dans
l'institution du travail, ainsi que l'arrête la constitution de la soli-
darité sociale ordonnée plus loin, mais, sous le rapport de sa raison
spirituelle, c'est tout bonnement une simple inspiration de pur bon
sens. Ce n'est donc rien, en raison des difficultés de tant d'efforts,
fruit de tant d'études qui n'aboutissent finalement qu'aux moyens
de destruction.
Pourtant, ce rien-là, qui ne consiste, lui, que dans l'effet d'une
simple conversion d'esprit, c'est le principe édificateur ou créateur
lui-même, comme je l'ai déjà dit, de la toute-puissance du Dieu qui
fit tout de rien. C'est enfin la conception de l'idée régénératrice de
la raison humaine : c'est l'idée de solution de la question sociale,
ramenant les extrémités du tout à son principe naturel et unitaire,
par la solidarité désormais indissoluble du corps social; au lieu de
s'éloigner de ce principe, par la raison du contraire, produisant dans
la société l'effet du dédain et du mépris sur ce d'où il s'agit de
puiser les ressources du salutaire, c'est-à-dire, dans l'objet du
travail productif des ressources de la vie et de l'existence, et, consé-
quemment, produisant généralement tout ce que le principe du faux
a de naturellement vicieux, se caractérisant, s'effectuant, par
exemple, dans l'impudence du riche envers le pauvre qui l'exécute,
ce travail, ou l'éhontement de dame Fortune envers la citoyenne
Pauvreté, la représentante de l'humanité en ce que celle-ci a de pur
et de noble dans sa totalité ; ou l'infamie de la trahison du faux
faisant de l'homme un menteur, un voleur avant d'être un scélérat.
Son institution pratique, c'est ce contrat social : c'est finalement
le pacte de la cause humaine avec la cause divine, c'est l'incarnation
du Verbe dans le bonheur de l'humanité tout entière, dans la félicité
générale, dans le salut du genre humain !
C'est, finalement, le réalisme pur et parfait de la parole évangé-
lique et de la rédemption du corps et de l'âme en raison de l'assu-
jettissement du honteux servilisme.
Peuple de toutes les classes, de tout rang et de toutes conditions,
chacun selon son état social, ses opinions politiques et religieuses
relativement, ne comprends-tu pas encore ? soit ; lis-moi jusqu'à la
- 14 -
fin, et il faudra bien te convaincre que le plus une comme philo-
sophie naturelle n'est pas toujours le moins savant comme science
littéraire qui, dans l'avocasserie, par exemple, fait de si beaux
menteurs ; que l'art de réfléchir à la vérité du vrai divin n'est point
de l'acquis des premiers de ce monde, mais des derniers qui auront
infailliblement leur tour, et à qui il n'appartient pas de concevoir ni
de savoir juger des qualités requises pour être citoyen de la Répu-
blique républicaine.
Indubitablement, rien de plus joli (je sais en reconnaître tout le
mérite) que le plaidoyer à talents brillants en faveur de la bonne
cause, où, après tout, il faut bien admettre qu'il y a là activité de
l'esprit pour la recherche des moyens de satisfaction des sentiments
de l'âme : sous le régime qui n'est pas républicain, la politique ne
peut que mentir aux hommes, avec l'intention que suggère l'intérêt
du faux et à l'aide de la plus habile malice; mais l'homme, de
mentir volontairement à Dieu, non.
Mais ce joli, ou le beau de toute l'éloquence possible ne remplit
pas le but que demande l'entendement et l'accord, l'évidence dans
l'Assemblée législative, tout comme ailleurs, donne la preuve de
l'opposé à la raison de mon sujet. On concevra donc par la suite, si
l'on neme comprend pas encore, que du beau de la vérité du vrai,
la différence de ce joli de la vérité du faux, tel qu'il en est aujour-
d'hui (mai 72), des discussions du Corps législatif, est que, ce n'est
jamais, en résumé, que des attrapages et des accrochages de per-
sonnalités, pour ainsi dire, complétement infructueux. En principe,
ce ne sont jamais que des débats de ladite vérité du faux, dont le
succès de la raison est échu au plus habile menteur que la circons-
tance toutefois favorise dans le triomphe d'une cause de certaine
partialité.
Mais que l'on se figure ce talent de science « secondaire » venant
en complément de la science première de la philosophie du vrai
divin, l'esprit changeant alors de manière de voir et de langage, ce
serait l'inouï, de ce côté comme d'ailleurs, de l'oeuvre de perfection-
nement qu'on ne saurait se figurer aujourd'hui, et dont on n'aurait
même pas besoin pour l'harmonie et le progrès de la fraternité.
Peuple souverain, du moins devenu tel en lumière et en puissance
après l'acquis de l'instruction de mon sujet, si infime pourtant comme
rhétorique concernant d'abord les règles de la logique grammaticale;
après cette conversion d'esprit, réformateur en ce qui tient à l'ineptie
de la loi morale du sublime, ai-je déjà dit, sur quelle intimité ne
vas-tu pas avoir à arrêter ton jugement, au point de vue de ce qui
— 15 —
fait la différence entre l'intelligence et le génie, entre le spirituel
talent oratoire, politique ou religieux et la haute sagesse de la philo-
sophie évangélique née du pur et simple bon sens de la philosophie
naturelle !
Quand un premier Matador de la science, des premiers princes de
la tribune, un des plus illustres entre tous les Cicérons modernes,
vient de dire qu'il n'y a pas de panacée ou de remède social, de
solution immédiate, définitive et complète, parce qu'il n'y a pas
« une question sociale ! » — mais un progrès à faire chaque jour
pour l'émancipation des peuples, qu'il n'y a pas de formule
unique, etc. (1) — tout ce qui signifie enfin que la cause sociale ne
saurait être traitée radicalement pour administrer d'un coup au
genre humain si malade le remède souverainement salutaire. Pour
ce Monsieur, sans doute, il ne sera jamais possible que l'homme
puisse éviter la dépendance de l'homme : cela, selon lui, serait
contre la loi de nature. Mais que signifient alors ces mots : progrès
civilisateur, affranchissement du genre humain par l'abolition de la
servitude, son émancipation enfin? qu'un tel Monsieur, avant
d'arrêter son jugement sur l'utopie de mon imagination de rural
attardé dans mon ignorance, par exemple, au lieu de jeter le dédain
et le mépris au nez de ce que la philosophie et la haute sagesse
ont d'évangélique, qu'il apprenne donc, pour la véritable acception
de ces mots, à lire dans un certain livre, dont le langage a le sens
tel que Messieurs les docteurs ès-sciences, ès-lettres ou ès-n'im-
porte quoi n'y entendent goutte. — Ce n'est pas de ce Monsieur que
je parle, c'est de tous ses pareils, dont la dignité du talent ou de la
richesse a pour vertu chrétienne l'honneur de pouvoir faire fi de ce
que la République républicaine, comme dit ce Monsieur, a de
(1) Discours du Havre, prononcé, non pas en présence du peuple assemblé, comme autrefois
Jésus prêchait, non pas à l'adresse de la démocratie plébéienne, mais de celle de l'aristocratie dont
la République est loin, très-loin d'être républicaine ! Mais au milieu d'amis, tous aussi capables
et aussi dignes l'un que l'autre de porter maints toasts à la République... de leur patrie, patrie qui,
sans doute, est aussi celle de l'auteur de l'éloge en tête de l'article du journal, lequel monsieur
dit aussi que les bravos sont une raison qui prouve que : tout étant archi millionnaire, on peut
être en même temps ardent républicain.
Daignez bien pardonner, mes chers messieurs, à mon obscur et sot esprit de contradiction qui, lui,
prétend le contraire, c'est a-dire que c'est précisément dans ces conditions qu'il faut être pour n'être
point du tout républicain, pas même le moins du monde ; pas plus, même, que citoyen archi démo-
cratique de la République républicaine.
Si j'osais, je dirais bien que ces messieurs ne sont tous que des menteurs, comme la déesse de
leur patrie ; mais non, j'aurais trop peur d'être démenti moi-même par l'éloquente vérité de Monsieur
ou de Monseigneur du Mensonge.
— 16 —
contrairement plébéien. Il saura alors apprécier l'utopie de laquelle
je suis dupe de mon imagination.
Non-seulement après m'avoir lu, mais rien que dès maintenant,
à la faveur d'une simple étincelle de bon sens, quelle doit être la
nature de ton jugement à l'égard d'un tel trop-plein d'esprit ? Quoi !
pas de question sociale !
Quant aux difficultés de cause majeure qui ne sont pas de compé-
tence humaine, c'est-à-dire hors de portée de notre intelligence, ou
qu'il ne nous appartient pas de traiter, soit, mais dans celles qu'il
nous est réservé de combattre, qu'il nous est donné à tâche de vaincre,
il me semble bien, à moi, qu'il y a là matière à question sociale, que
le présent sujet, traitant de la cause sociale et la régularisant par
les règles mêmes de la solidarité humaine, tranche d'un seul coup.
— Je dis d'un seul coup, parce que si la réforme des abus n'est
pas complète, n'est pas totale dans le retranchement net du principe
de leurs causes, il n'y en a pas un de détruit.
Mais, dans la conquête à faire, dans la victoire à remporter sur le
vice du péché originel, pour rendre l'homme à lui-même en s'affran-
chissant de la servitude d'autrri ; c'est-à-dire en se faisant l'esclave
exclusif du travail vrai, pour n'être plus celui de son maître dans
son semblable, n'ya-t-il pas là le sujet d'une question sociale ? Car,
en effet, c'est là la raison de l'inouï dans la question de l'incroyable,
précisément parce que le seul pas à faire est du progrès civilisateur
la révolution complète de l'état social. Se dévouer corps et âme au
travail dont la condition nous est imposée, afin d'en recevoir, à
notre tour, toutes les ressources de la vie et de l'existence, là est
l'état d'esclavage que j'entends. Là, alors, sont les limites de la
difficulté vaincue concernant totalement la raison sociale. Mais je
vous le demande, chers concitoyens ! quand il ne restera plus à
combattre que les difficultés du travail, nécessaires, indispensables
à l'activité de la vie, ce travail lui-même sera-t-il, comme aujour-
d'hui, une peine dédaignante ne rendant au mercenaire qui l'exécute
que l'honneur du mépris ? Interrogez donc ici votre jugement au
point de vue de la fraternité et de la liberté que le genre humain a
à recueillir de cette conversion d'état de choses changeant la face du
monde ! Trouvez-vous alors que, dans l'intelligence à développer
dans ces difficultés, il n'y aura pas autant de satisfaction, autant de
noblesse et de dignité que dans la malice qui n'a que la spoliation
pour mérite? Est-ce que moi je ne suis pas ici l'esclave d'un travail
dont je goûte le vrai bonheur? Pour moi, il est pourtant rudement
laborieux en premier lieu comme n'étant pas du métier. L'espoir
— 17 —
d'en recueillir le fruit que je goûte dès aujourd'hui change la peine
en plaisir, dont les délices raccourcissent trop mon existence.
Mais s'il y a une raison se faisant que deux hommes puissent
vivre ensemble fraternellement, ou se dévouent mutuellement de
coeur, de corps et d'âme au moins pendant un instant, pourquoi
donc pas le genre humain tout entier, à la fois et éternellement ?
Pourquoi la rupture de ce qui peut aussi en constituer la raison ?
La cause de cette rupture est-elle de nécessité et de loi naturelle
pour dissoudre avec besoin le corps social avec l'amour du prochain,
afin de ne pouvoir vivre ensemble que tyranniquement ? La raison,
c'est que le vieux genre humain est encore trop jeune pour être
assez sage. C'est que, faute de la perception d'esprit nécessaire à la
conception de l'idée montrant la clef du présent sujet, on n'a encore
point compris la signification de ce qui est dit et écrit de « la vie
éternelle » d'un autre royaume.
Voyez-vous là, Monsieur le républicain de la République républi-
caine, le sujet d'une question sociale dont l'objet de la solution défi-
nitive doit se réaliser d'un seul coup... ou rien ? Ne voyez-vous
point le cas où il doit s'agir de la réforme totale de l'état social, ou
la réalisation uniquement possible du sentiment de la charité
chrétienne ?
Mais le sable doré que la divinité Fortune vous jette dans les
yeux vous éblouit ou plutôt vous aveugle sur le point principal en
quoi consiste la suprême importance des intérêts sociaux. Pour vous,
cette dame est toujours vertueuse dans tout ce qui la représente. Le
riche qui commande aux instigations du crime est toujours innocent,
et le pauvre toujours coupable. — Au pied du tribunal de ce monde,
le pauvre est condamné d'avance. — Cela se comprend : celui qui
produit tout, peut-il n'être point coupable jusqu'à la peine de la
« pendaison, » dès qu'il a le malheur d'en gourmander, dans le pré
du moine, la largeur de sa langue ; et puis, n'est-ce pas un pelé, un
galeux, etc., etc. ?
De là, la raison qui fait que ce n'est jamais, en résumé, que le
volé qui subit la peine à laquelle le véritable voleur le condamne.
Mais la logique de notre monde menteur est telle que nous trouvons
tout rationnel et rien de plus juste et de plus équitable, que celui
qui mérite la punition et le châtiment à juste titre soit précisément
celui qui en inflige la peine à l'autre.
Puis, comme l'esprit menteur est bien plus près de l'imbécillité
que du sublime, on n'en est même pas encore à se demander par
les ressources de la philosophie et de la théologie, s'il est vraiment
— 18 —
possible d'affranchir le coeur humain de cet esprit de sentiment de
sotte fierté, de ce caractère de cranerie, cause d'orgueil et d'arro-
gance, d'où le brave et vaillant soldat tire l'héroïsme de son état
martial... quand il est le plus fort, bien entendu, mais d'où il résulte
l'humiliation et la honte quand il s'agit du contraire. Il ne s'agit pas
de l'héroïsme de la vertu dans la haute philosophie essentiellement
républicaine, mais de l'héroïsme de la férocité sauvage ravalant
l'homme au niveau ou à l'état de la brute.
De cette maxime évangélique résumant la réforme complète de
l'état social dans la raison essentiellement républicaine, d'où l'auteur
philosophe l'a tirée, de cette maxime, dis-je, produite de l'idéal dont
les lumières conduisirent son esprit à la perspective de son royaume
spirituel ou d'un autre monde, où il vit « les derniers devenir les
premiers, » n'y a-t-il pas à tirer les conclusions d'une question
sociale ?
Qu'il s'agisse, par exemple, du réalisme de la grande réforme
évangélique : cet exemple de la divine souveraineté dont la vertu de
la plus haute sagesse est toujours de faire prévaloir la dignité du
vrai mérite sur la fausse raison de l'esprit savant, tel que celui que
nous offre l'auteur de la parole évangélique, en se faisant lui-même,
si humblement, le principe de sa loi de la morale sanctifiante et
vivifiante: — je suis la vie, la voie et la vérité. — Qu'il s'agisse,
c'est-à-dire, de cet idéal dont les lumières soient celles de l'évidence
palpable de cette clef rénovatrice et régénératrice de l'ordre social,
voilà l'humilité divinisée dans l'esprit commun ; voilà la philosophie
du bon sens ayant fait loi et régnant sur la somme de toutes les
intelligences ; c'est-à-dire, les ayant ramenées toutes sous la loi de
religion du même principe, du principe unique que l'expression du
simple seule peut produire.
Or, puisqu'il s'agit de ne pouvoir puiser la souveraine vertu de
ce principe qu'à sa source, c'est-à-dire d'en bas, par la raison toute
exclusive de l'esprit de bon sens, voyez-vous, Messieurs, en réflé-
chissant, si vous le pouvez, à la condition du Maître, si grand
précisément parce qu'il fut si petit, que ce n'est point en remontant
vers les degrés supérieurs des grands talents qu'il faut aller chercher
cette vertu de principe qui, au-dessus desquels talents de grands, va
élever la raison de sagesse humanitaire des inférieurs ou des petits:
voyez-en la preuve clans les vains efforts que vous faites pour
rechercher la puissance de ce principe de simplicité dans les diffi-
cultés multiples de l'infini infructueux ; là, où, pour ainsi dire, le
— 19 —
tout ne signifie rien, en raison du rien qui signifie tout : c'est la
question théologique du tout créé de rien.
Pourtant, il faut savoir admettre que chez tes grands, il n'y a rien
de petit, excepté seulement du côté par où il ne leur est point donné
de voir pour gouverner l'humanité et nous délivrer du mal. Seule-
ment, il faudrait que l'esprit de sagesse, en attendant son initiative,
continue à leur parler par allégories ou paraboles, en attendant,
dis-je, que l'ânerie du peuple souverain ne prenne l'initiative de
l'instruction gratuite et obligatoire qu'ils ne peuvent donner, puisque
c'est à eux de la recevoir, à eux, ces Messieurs de la vanité et de
la prétention que cette initiative spirituellement et pacifiquement
révolutionnaire, doit apprendre infailliblement à y voir de plus haut,
c'est-à-dire, plus religieusement, plus spirituellement et plus noble-
ment surtout, comme venant d'en bas.
Voyez-vous enfin comment il doit s'agir d'une solution de question
sociale instituant le règne républicain par l'abolition du système
monarchique ? En un mot, la nécessité de rendre le vrai pour le
faux, le bien pour le mal, la paix pour la guerre ?
Qui donc de nos beaux discoureurs me dira, à moi, où il serait
écrit que cette raison de la philosophie révélatrice du sublime bon
sens, du sens vrai, du sens évangélique, ne doive jamais triompher
de l'absurde du faux, pour régner républicainement sur la stupidité
monarchique ?
Mais comment saisir l'esprit de cette philosophie de bon sens,
quand le pédantisme défend formellement au savant de condescendre
à l'humble simplicité de son langage ?
Qu'est-ce donc que l'importance de ce faux brillant sur le fond
de ce pédantisme, quand ma réflexion s'est fixée sur le jugement
que je dois en arrêter après le vu d'ineptie qui consiste dans le grand
talent de ne savoir rien comprendre du langage de cette pauvresse-
République de vérité trop nue, en apparence, aux yeux de nos plus
spirituels matadors surtout ?
Dès que le point sur l'i n'est pas bien rond et bien placé au juste
milieu, toute la possibilité de l'intelligible est rompue; il n'y a plus
de sens à saisir pour pouvoir s'entendre; pourquoi, parce que
l'éloquence du faux n'est point du tout celle du vrai. Pourtant, c'est
en ce sens de notre esprit législateur qu'il s'agit de ce que l'on
appelle « l'oeuvre du sou contre l'ignorance. » L'on ne comprend
plus rien, parce que leurs talents ne consistent que dans le savoir
parler bien et beaucoup pour ne rien dire d'essentiellement répu-
— 20 —
blicain ; parceque du travail républicain on ne sait rien faire (1).
Entre savoir parler français et républicain, il y a cette différence,
que nos plus brillants auteurs mêmes ne comprennent pas, et môme
d'autant moins qu'ils sont plus ivres de leurs prétentions, et malgré
qu'ils en aient, ridicules de vanité, en raison de la souveraine
science par laquelle l'esprit de pure morale y voit d'un tout autre
oeil et dont l'objectif est un monde de toute autre perspective que
l'unique possible instruction gratuite et obligatoire aura fait.
Mais criez donc : Vive la République ! ! ! Vous à qui je défie bien
de... défier le souverain sujet de votre esprit monarchique à l'avé-
nement au trône, afin de rétablir l'ordre gouvernemental dans sa
raison d absolutisme plus ou moins despotique, à cause de l'anarchie
qui fait force de choses pour vous diviser, vous décimer et vous
dissoudre de toutes parts : vous savez, cet esprit de principe dont la
noblesse a si souvent lieu d'en être réduite à l'humiliation et à la
honte, pour vouloir avoir la cranerie du plus fort qui dépouille le
plus faible ! L'esprit de la République, enfin, doit-il être celui-là ?
— Mais tout ce que vous rabâchez-là, c'est de la folie ! — me
réitérerez-vous. Pourquoi ?
— Parce que, je ne le répéterai jamais trop, le sens 'de ce langage
essentiellement républicain est diamétralement l'opposé de celui de
votre esprit. Mais, parce que vous ne sauriez le concevoir, à cause
de son incompatibilité de raisonnement avec le vôtre, et surtout de
ma part, est-ce une raison pour me forcer à dire ou à croire que
l'esprit qui n'a que les causes de guerre pour mobile soit celui de
sagesse auquel doive se convertir celui d'où émane, sans conteste
possible, la création des ressources essentiellement et tout naturelle-
ment pacifiques, libérales et salutaires ? Allez, Messieurs, je connais
mieux que vous un âne collectif, qui, sans doute, est moins savant
que vous, mais il me comprendra bien, celui-là !
Mais, mes chers concitoyens, si ma critique est aussi sévère que
franche, c'est qu'elle se prononce au nom de la République qui ne
prend point de mitaines, pas plus que le vrai, dont elle est l'expres-
sion organique, pour jeter à la face du vice corrupteur ou monar-
chique l'anathème de ses vertus en principe inviolables. Que ceux
qui ne savent me juger qu'à tort réfléchissent au genre de mouchoir
avec lequel leur sotte témérité se mouche, parcequ'il est positif que
(1) On conçoit bien maintenant, je juge, que j'entends par travail républicain tout ce qui est
actif, positif et direct, avec tout ce qui est réellement productif.
- 21 -
je ne saurais attaquer l'ignominie de ce vice, que dans l'idiotisme
qui persisterait à le nourrir et malgré ma leçon.
Ne vous y trompez pas : cette critique n'est pas plus de caractère
hostile à l'humanité, envers qui que ce soit, que la nature de ma
République le lui permet ; comme elle, elle est républicaine et n'a
rien de monarchique; si je m'insurge contre une cause, naturelle-
ment, ce n'est point contre celle que je veux défendre de toutes mes
forces.
Et mes armes, certes, ne sont point du tout celles au service du
dieu Lucifer, livrant cette pauvre humanité aux feux de l'enfer
d'ici-bas. Pour instituer le règne de la paix, peut-on faire usage des,
armes qui ne sont faites que pour la guerre?... Quel est le trop-plein
d'esprit ou d'imbécillité d'où peut sortir assez de logique pour
comprendre cette vérité de Lapalisse ?
Je sais bien qu'au fond, si nous faisons le mal, plus que moi,
personne ne le veut, mais la question est de savoir vouloir faire le
bien à tous également précieux.
Avant tout, le coeur est humain; l'âme a sa religion d'où l'esprit
doit se perfectionner des qualités divines qui élèvent l'homme à la
raison qui le met au-dessus de la brute, au niveau de laquelle,
comme je l'ai déjà dit, le vieux genre humain est encore trop jeune
pour être émancipé, en vertu de son droit divin, et par son affran-
chissement sur la puissance et l'autorité du vice qu'on appelle le
péché originel, le ravalant trop souvent encore au niveau de la bête
féroce.
Or donc, ce n'est point naturellement que l'homme est méchant ;
il a toujours pour premier guide la suprême loi du divinement bon,
sans quoi l'existence du genre humain n'aurait pas raison d'être.
Pourquoi est-il méchant ? J'ai déjà dû le dire : parce que son esprit
de raison ne lui permet point de ne pas ignorer ce qu'il faut faire
pour ne point rompre avec la loi de son Dieu ; parce qu'il ne conçoit
pas le moyen de solidarité sociale qui lui permette de vaincre la
difficulté des causes du mai, par le pacte que cet homme collectif
a à contracter, afin d'unir ou de fusionner sa cause avec la cause
divine.
Pour moi, il n'est méchant qu'en raison de son ignorance, de la
fausse voie qui l'éloigne de son principe naturel et de religion. Il y
est bien obligé, à cause de la guerre qu'il est forcé de faire pour
vider la querelle; c'est-à-dire pour décréter ou imposer la loi qui,
finalement, se détermine ainsi pour régler la puissance du maître
jusqu'à ce que le vaincu soit, à son tonr, devenu le plus fort. En
3
— 22 —
supposant que la loi pacifique de l'institution républicaine vienne
réformer totalement les causes de guerre, en quoi la méchanceté
aurait-elle désormais raison d'être ou de subsister ?
Vu la possibilité du moyen pratique d'éviter le mal, permettant
alors, au contraire, de pouvoir vivre ensemble fraternellement, c'est
donc de sa propre faute, à cause de son aveuglement, s'il ne lui est
pas possible de se dévouer entièrement à l'exercice de la charité
chrétienne, dont il a, en dépit de sa volonté forcée, le sentiment
naturel et divin.
Pourquoi, rejetons-nous, la faute de notre erreur abusive (que
la question du suffrage universel explique plus loin) sur les sottises
de nos gouverneurs ou de notre Empereur, que nous accusons ridi-
culement quand le vase de nos stupides produits monarchiques éclate
par la pression du trop-plein ? Nos gouverneurs, c'est nous : ce sont
nos représentants, ou soi-disant tels, si l'on pouvait dire qu'il soit
possible de se faire réprésenter par autrui pour la défense de ses
propres intérêts à soi, et pour en recevoir le don de la liberté qu'il
faudrait d'abord ne pas lui donner, afin de rester souverain républi-
cain, au lieu de se faire lâche monarchiste. Notre Empereur, c'est
la personnification et l'instrument actif de notre souveraineté réunie
dans l'expression de la volonté d'un seul, à laquelle volonté la nôtre
est de vouloir lui obéir passivement. Et alors, les maîtres, d'user de
cette souveraineté que la lâcheté par ignorance leur abandonne, pour
dépouiller les sujets de leurs produits. Et alors la guerre; et alors
la méchanceté de part et d'autre. En premier lieu, de la part du
voleur qui commande à l'assassinat dans ce que l'humanité a réelle-
ment de plus digne ; en second lieu, de la part du volé s'insurgeant,
en résumé de tout, contre lui-même, puisque c'est contre sa propre
souveraineté qu'il se révolte, en en ayant fait l'abandon à un maître
qu'elle autorise à le voler. Aussi, qui en est toujours infailliblement
et inévitablement la dupe et la victime !...
En cela comme dans les autres thèses, c'est seulement en principe
qu'est le raisonnement traitant de la question, mais assez de réflexion
aura fait trouver là, au jugement, le cédant à quoi toutes les disputes
ont trait.
Mais qu'il en soit tel que la prophétie évangélique se réalise,
c'est-à-dire le règne du vrai, et, au lieu d'être des démons, nous
serions tous des saints comme le calendrier grégorien n'en nomme
point, parce que la République n'en a encore point canonisé avec
l'infaillibilité du Pape.
Quand vous m'aurez lu jusqu'au bout, chers concitoyens, vous
— 23 —
verrez si votre réflexion vous dit que j'exagère et que je me
fourvoie.
Pour moi, en raison de l'esprit de sagesse où règne le vrai de la
religion naturelle, la méchanceté, en un mot, est ce que l'ignorance
a de brut. Donc, sachons d'abord, nous, pardonner à ceux qui nous
offensent, parce qu'ils ne savent ce qu'ils disent ni ce qu'ils font.
Comment se rompt ce pacte de la cause humaine avec la loi divine
ou autrement dire la loi de nature ? — Celui recontracté avec la
fausse divinité Fortune l'explique. A mesure que l'homme avance
en âge de raison, c'est pour se pervertir depuis la convoitise et
l'ambition du plus jeune âge jusqu'à l'extrême de la sordide avarice
où l'amour de l'argent est de l'égoïsme, le dieu seul duquel il est
possible d'obtenir les faveurs de la « pauvre richesse de ce monde. »
Toutefois, si c'est à l'égard de ce sentiment divin, d'amour et de
bonté que l'homme se pervertit d'abord pour se perfectionner ensuite,
soit; mais, en raison de l'essence divine, source de ce sentiment de
coeur d'où émanent celui de la charité chrétienne et les éléments
civilisateurs de la République-mère, le coeur lui-même n'a pas à se
perfectionner, puisque Dieu est parfait. C'est pour dire que ce n'est
donc, en définitive, toujours que l'erreur qui dirige aussi en défini-
tive la méchanceté contre soi-même, car individuellement ou géné-
ralement, c'est toujours l'unité du genre humain que notre barbarie
frappe.
Or, s'il s'agit de perfections dans les qualités de l'homme, ce
n'est pas en ce qu'il a de divin, en principe, mais en raison de quoi,
par nos lumières acquises de l'expérience des abus, nous nous
débarrassons progressivement des entraves de nos sottises commises
de notre propre faute à cause de notre ignorance morale. C'est le
progrès, c'est la liberté que nous cherchons avec tant de peines,
tant de sacrifices, tant de difficultés à vaincre, tant de misères, tant
de ruines, tant d'humiliations et de honte ! Et tout cela, pour tou
ce que l'égoïsme a d'ignoble au point de vue de ce que l'humanité a
de saint et de sacré.
Mais nous devrions bien dire que c'est dommage de n'être pas
encore un peu plus bêtes pour imputer la faute de nos sottises sur
le compte de la grâce de Dieu lui-même ; ne pourrions-nous pas ne
point nous laisser intimider par la force de ce sentiment de crainte
et de dévotion dont l'effet de la toute-puissance fait loi sur notre
volonté? Enfin, le progrès civilisateur, c'est, pour ainsi dire, malgré
nous, de l'oeuvre de la création, la raison humaine se délivrant, se
— 24 —
dépouillant de l'écume de la brute nature, de quoi se constitue
l'oeuvre du démon de la méchanceté.
Le pacte contracté avec la divinité Fortune explique tout cela
avec la rupture de celui de la République-mère, ai-je dit. Eh bien !
ce pacte-là est celui-ci : celui qui, d'abord, fait de l'homme un
menteur, par cela même qu'il rompt avec le vrai pour se rendre
l'esclave d'un faux dieu ou du vice originel qui l'asservit à lui-même
par l'appât de ce qui constitue la même raison de puérilité entre
gamins qui, jouant aux gros sous, se battent à qui en aura le plus.
Ne sommes-nous pas de grands et de vieux gamins qu'une telle
ambition fait mentir d'abord à la loi de Dieu et à la sainteté de
l'humanité !... Pouvons-nous alors crier : Vive la République ! qui,
elle, nous repousse à son tour méprisablement, dans ces condi-
tions-là? La République qui, elle, étant moralement l'expression du
vrai, défend expressément au système monarchique d'usurper son
nom parce qu'il ne saurait être que le régime des menteurs. La
preuve, c'est la raison par laquelle, quand on la veut proclamer, je
défie d'empêcher que le titre de président ne se change en celui de
roi ou d'empereur, qui signifie souverain des menteurs.
Qui dit menteur dans ces conditions-là, dit bien autre chose ; je
n'aurais pourtant pas besoin de le dire; car l'évidence est assez
palpable pour faire deviner comment se font les scélérats. Et com-
ment se font les voleurs ? la raison n'en est pas moins simple.
Quand je dis que de son état purement naturel, le pacte de la
raison sociale est rompu là, dès que nous contractons avec le dieu
d'argent, je me trompe en disant que la difficulté de concevoir la
raison qui nous fait n'être plus que des menteurs est trop simple ; je
devrais dire que c'est parce que nous avons trop d'esprit.
Car, en effet, si nous étions « plus simples et moins bêtes, » nous
pourrions savoir, au moins un peu, juger combien à l'esprit de la
vérité du vrai il paraît singulier que tant d'esprit, sachant traiter
tant de sujets de si brillante importance, combattre, résoudre et
vaincre tant de difficultés, le tout avec tant de théologie, de rétho-
rique et tant d'éloquence en un mot, ait si peu de conception et ne
sache point traiter de menteur, autant qu'on le soutient, quiconque
dit que la pièce de cent sous rentière travaille (ce n'est pas de la
pièce de cent sous seulement que je parle, c'est de la somme de tous
les capitaux possibles qu'elle représente). Pourquoi, aussi bien, ne
pas laisser dire qu'elle fait des petits, le raisonnement en serait-il
plus stupide ?
Mais voilà le diable, c'est le cas de le dire; c'est que la sublime
— 25 -
question du denier de Saint-Pierre et de l'intérêt du capital n'est pas
celle permettant à notre esprit de s'élever à la portée de cette maxime
évangélique — prêtez sans intérêts — et de déchirer le voile du
mystère de la rédemption ; celle par laquelle il s'agirait d'affranchir
l'esprit humain de la menteuse bêtise qui fait dire à nos ministres
catholiques, plus hypocritement qu'humblement, que ce sont les
juifs d'autrefois seulement qui furent les seuls marchands du temple,
dont le trafic fit de la maison du Père une caverne de voleurs. C'est
qu'aujourd'hui, comme autrefois, le vice du péché originel, rejeté
bien spirituellement sur la faute d'Adam et Eve dans « l'horrible »
convoitise d'une pomme, n'a pas la vertu philosophique du fouet
dont l'usage est plus nécessaire, plus indispensable que jamais pour
chasser dudit temple lesdits marchands. C'est que, d'une part, la
puissance matérielle et morale de cet instrument spoliateur appelé
— intérêt du capital au service de l'égoïsme — est telle, que sa noble
vertu empêche au catholicisme de concevoir ce que ce doit être
qu'un chrétien; et que, d'autre part comme d'ici, il a le prestige
voulu pour fixer le bandeau de l'aveuglement sur les yeux du pauvre
Collin-Mayard, et ne lui laissant même pas apercevoir que la monar-
chie ne saurait être républicaine.
La raison et la vertu de l'essentiellement naturel, où, du sein
même de la divinité toute-puissante, la République-mère tient ce
que la religion, au vrai de la création, a de purement dogmatique,
certes, le règne républicain, qui signifie pacifique ou royaume de
Dieu, ou paradis de l'humanité, a bien sa religion de souveraine
puissance dans la raison dogmatique du réalisme qui a la charité
chrétienne pour objet : je veux dire le vrai dont la vérité est de
détruire, dans la langue française comme partout ailleurs, toute
possibilité d'équivoque, d'ambiguité et de mal-entendu, dans le vice
de langage, etc.
Je veux donc parler du vrai essentiellement républicain dépouillé
totalement du vice menteur ou monarchique régnant arbitrairement
par la loi du faux, et faisant de l'unité sociale d'abord deux parties
principales constamment en tout et partout, en état de contradiction,
puis formant, bien entendu, de tout objet conséquemment discutable
et contestable, deux causes contradictoires, dont l'effet produit est la
raison des deux opposés, allant se dressant l'un contre l'autre et
autant qu'on soutient de part et d'autre, jusqu'à l'outrance que nous
voyons clans l'état de notre barbarie actuelle. Ainsi, selon moi,
s'entend le progrès du mal.
Mais revenons-en à la question du menteur et de l'intérêt du
— 26 —
capital qui le fait être tel, etc., etc. C'est-à-dire, disons comment il
se fait pratiquement que le principe fondamental de l'unité sociale se
divise d'abord en deux parties donnant lieu à la première confusion
dans l'ambiguité du mot peuple : parce que, comme je l'ai déjà dit,
la partie supérieure n'est point celle qu'on appelle peuple ; et pour-
quoi, ensuite, la tête que compose la partie parasite n'est réellement
que la queue du serpent de la fable qui conduit ainsi l'humanité
droit au Styx.
Ainsi, de la cause première comment se corrompt la souveraineté
de mise en oeuvre dans la raison productive et salutaire de la Répu-
blique-mère, ainsi titrée, parce que c'est seul du sein de la cause du
travail productif dont elle est le principe naturel, que se créent
toutes les ressources possibles de la vie et de l'existence, et consé-
quemment de la solidarité humaine dans sa raison sociale.
Comment pourrait-on appeler ce progrès de corruption dont
l'importance grandit avec celui de notre raison, et qui, quand nous
croyons pouvoir nous flatter consciencieusement de mériter au plus
haut degré le titre d'homme raisonnable et civilisé, en ravale la
dignité à la déplorable imperfection au degré de laquelle notre esprit
de raison nous laisse encore n'être que de grands et vieux gamins
que la raison de l'absurde et du stupide gouverne, et comment,
grand Dieu !
Comment, dis-je, celui qui connaîtrait le Dieu de l'humanité en
soi-même, pourrait-il appeler cela ?...
Dès que l'esprit de raison n'est pas encore assez mûr, assez élevé
pour savoir dire — République, c'est-à-dire, qu'au lieu de cette
raison, c'est l'esprit de malice qui signifie système ou rouerie monar-
chique; c'est-à-dire, l'esprit du bien plus qu'absurde, en vertu
duquel il s'agit de la mise en oeuvre d'un moyen factice ayant pour
objet d'exploiter le travail et de dépouiller le travailleur de son
produit. Eh bien, l'intérêt du capital que, pour en faire sa puissance,
la partie parasite — fortune, manie pour absorber ce que la partie
productive — pauvreté possède, est donc l'unique instrument de
service à cet effet.
En effet, pour le peu qu'il y réfléchisse, comment la philosophie
de gros bon sens de l'imbécile, même illettré, ne lui dirait-elle pas
ce qu'est la stupide ineptie de nos malins, à l'endroit du mensonge
personnifié de tout l'être de ces messieurs religieusement nourris
par l'ignoble cupidité de Monseigneur de l'Egoïsme.
Voyons, quand le pédantisme de Messieurs les spirituels menteurs
a crié— haro ! sur le baudet, ou à Charenton! à l'adresse de celui
— 27 —
qui ose soutenir que la pièce de cent sous rentière ne « travaille pas,»
lequel donc est le moins éloigné de S. M. bâtée, ou qui a le plus
besom d'ellébore ?... Si vous appelez le travail de vos mains et de
votre intelligence naturel, actif, positif, comment appellerez-vous
donc celui de la pièce de cent sous qui n'est qu'un morceau de
matière inerte, sans valeur intrinsèque par elle-même, mais façonnée
nominalement pour son utilité conventionnelle seulement? Pourtant,
vous êtes bien forcés de dire qu'elle travaille, puisque ce second
travail-là rapporte à son maître, également comme le premier. Seule-
ment, c'est pendant qu'il travaille et qu'il produit, que ce rapport
du premier travail a lieu, tandis que du second, qu'on appelle le
revenu du capital, c'est pendant que le maître dort et dépense que
ce revenu vient encore accroître le capital, voilà toute la différence.
Or, en cela, mes bons Messieurs, vous ne pouvez pas concevoir,
vous, que vous êtes des menteurs ? Qu'il n'y a que votre être actif
pour pouvoir travailler « activement ? »
— Mais mon capital doit me rapporter, parce qu'il doit fructifier,
me direz-vous.
Et comment fructifie-t-il, s'il vous plaît ? Etes-vous assez savants
pour me dire cela ou me prouver que c'est équitablement et loyale-
ment?
Quant à moi, je me juge n'être qu'un âne qui n'y vois pas plus
loin; je ne vois qu'un genre de capital possible pour fructifier
réellement ; c'est celui du travail que j'appelle actif et productif.
Donc, vous, Monsieur le capitaliste, puisque vous êtes forcé de
dire que votre capital travaille, il vous faut donc, forcément aussi,
en conclure et avouer qu'en cela vous êtes un menteur.
— Mais, me direz-vous encore, si vous ne tenez pas votre capital
illicite de l'héritage de succession, — mais ce capital, je le tiens
uniquement de mon travail actif; c'est en vertu de la sagesse de ma
conduite économe qu'il a fructifié.
Soit ; mais laissez-moi vous dire, moi, s'il vous plaît, que, tant
que votre capital n'est que le fruit de votre labeur et que vous n'en
faites usage que dans les limites de la même raison d'échange de
produits contre échange de produits pour votre nécessaire, quel
qu'il soit, en cela il n'y a rien à dire : vous êtes un parfait honnête
homme; mais, en ce qu'il est converti en rentes, tourné en instru-
ment spoliateur, ce capital ne fût-il que de cent sous, voilà, parce
qu'elle est devenue rentière, la pièce de cent sous voleuse, comme
extorquant le bien d'autrui. C'est-à-dire non, je me trompe, c'est
— 28 —
celui qui dit qu'elle produit, qu'elle fructifie en la faisant travailler
pendant qu'il dort, qui est un menteur et un voleur.
La raison en est bien claire, car, par ce moyen illicite en raison
de l'équité, vous vous appropriez le produit et le fruit du travai
d'autrui qui n'est point le vôtre, au concours commercial duquel le
vôtre n'a contribué en rien, pas le moins du monde, puisque, pour
vous enrichir de cette façon, vous n'avez rien fait du tout pour
satisfaire à la nécessité commune. Au contraire, d'autant plus que
votre capital est considérable, votre égoïsme, votre oisiveté, votre
opulence, etc., n'ont de soucis que pour exploiter et dépouiller ce
capital, travail du bien commun qu'il produit. En un mot, puisque
c'est votre capital qui a travaillé pour vous ; objectez à cela tout
ce que vous voudrez, mais c'est là la première raison de principe de
l'impôt de capital fortune sur capital travail.
Que représente, en somme, votre pièce de cent sous voleuse
et sa rente illicite à l'égard de l'humain de l'humanité ? C'est tout
uniment l'impôt forcé, successif et proportionnel du trafic spoliateur
appelé commerce, que la fortune oisive prélève ou extorque sur la
pauvreté productive, mais jusqu'à concurrence d'une telle extrémité
de puissance opulente, d'une part, et de compression de misère, de
l'autre, que l'une, qui ne produit rien, possède tout et est tout sur
l'autre qui, au contraire, produisant tout, n'a rien et n'est rien ;
parce que l'une peut réduire l'autre, à l'aide de l'instrument spolia-
teur en question, à la bien plus que déplorable raison de spoliation,
par le fait de quoi le producteur de tout est obligé de payer ses pro-
duits de première nécessité, en les rachetant de combien de plus
qu'ils ne les a vendus ?...
Voyez-vous à quelle proportion s'élève, et de combien s'étend le
trafic des marchands du Temple ? Voyez-vous comment la fortune
s'accroît dans les mains des capitalistes de tout genre ? Voyez-vous
par quel procédé, en principe, le capital peut se recapitaliser en
raison du progrès de la misère?
Mais ce n'est pas à vous, messieurs les capitalistes, que je m'a-
dresse pour vous faire goûter ici ce que je méprise avec l'horreur
du plus sévère anathême dans l'ignominie de votre corruption et de
votre aveuglement. Je sais bien que pour y voir et pour entendre ce
langage, vous n'avez point d'yeux ni d'oreilles.
Cependant, pouvez-vous maintenant ne point concevoir comment
se font les menteurs et les voleurs ? Pouvez-vous dire qu'il n'y en
a pas ? Et de là à la scélératesse que l'opulence exerce sur la misère
en se nourrissant de la forfaiture du crime envers lèse-humanité,
— 29 —
quelle distance y a-t-il ? Où les causes de guerre sont-elles ? Pour-
quoi les déclarations de guerre ne sont-elles jamais en réalité qu'un
coup d'Etat financier ? Pourquoi chez nous, celle de 70, par exemple,
fût-elle l'appel au brigandage de l'étranger ? Les capitalistes ont-ils
lieu d'être fâchés que les ministres de dame la comtesse Fortune
aient ouvert les portes de la nation à l'ennemi de l'humanité pauvre,
mais rudement loin d'être celui de ces messieurs composant la
noblesse de l'époque ? Les victimes et les malheureux, qui est-ce ?
Sont-ce les riches dont la fortune s'accroît en raison de la misère
des pauvres ? Sont-ce les méprisables autant qu'inhumains tripoteurs
de bourse dont le travail exclusif n'est que celui de la sordide spé-
culation ? Sont-ce ces judas de l'humanité corrompus de cupidité et
d'ignominie jusqu'à la moelle ; ces traîtres dont le repentir mènerait
à la corde s'ils pouvaient avoir assez d'âme et de sentiment pour
leur donner conscience de leur acte d'infamie, d'opprobre, impu-
table, au bout de tout, à l'ignorance, première cause de tout ce que
le péché originel a d'horreur.
Si l'un ou l'autre, du riche ou du pauvre, a intérêt de voir déva-
liser l'Etat, est-ce le pauvre, obligé forcément d'en remplir les
caisses aux dépens de ses sueurs ? Si ce n'était encore que les caisses
de l'Etat, mais si monsieur Capital appelle le brigandage, c'est pour
empocher sa part de la proie arrachée par la force.
Si ce n'est pas encore en convertis, messieurs les capitalistes, qu'il
vous faut entendre cela de ma part, sous quelle humiliante et hon-
teuse qualité n'osez-vous point me démentir !
Trouvez-vous mes arguments trop durs, trop rudes pour vous
être ainsi débités et non à juste titre ? Est-ce de ma faute, à moi, si
le naïf langage de ma manière de voir toute républicaine a le don
de pouvoir s'exprimer sur ce ton pour démasquer nettement le vice,
sans conteste possible, s'opposant à l'énergie et à la vertu de ma
République ? Est-ce de ma propre volonté matérielle, à moi, qu'est
issue l'étincelle de lumière qui me permet de voir et d'étaler au grand
jour la barbarie de l'inhumanité des loups-cerviers du capital ? —
Suis-je le premier qui leur jette à la face anathême de l'hor-
reur ?
Avec l'arme divine que ce rayon de lumière me met en. main,
pourrais-je ne point oser attaquer et frapper au coeur ce suppôt du
diable, là où il est ? Pourrais-je échapper à l'obéissance d'une loi
qui me fait un devoir absolu de traiter la question souveraine-
ment ? Quoi ! vous les misérables aveugles du vice incarné de la
cupidité et de l'égoïsme, ne voyant pas d'autre arme de salut que
— 30 —
le sabre protecteur de vos ignobles lois, serez-vous encore, après
ma leçon, des ânes trop savants pour vous laisser offenser de ce que
je ne puis aller chercher levice pour l'attaquer que là où il est ? Est-ce
encore là, par l'effet exclusif de ma volonté personnelle, que m'est
venue l'idée de la clef de sa découverte en principe et du remède
radical l'extirpant du sein de la société ou de l'humanité.
— Nous ne demandons rien de moins ni rien de plus pour faire
pour le mieux si votre moyen est praticable. Nous avons comme vous
un coeur humain, — ajouterez-vous si votre esprit de raison peut
commencer à devenir assez conciliant.—Mais encore, relativement au
mode de commerce et à celui de l'exploitation des capitaux, peut-on
faire autrement. — Excusez-moi d'abord, je vous prie, chers con-
citoyens, si la doctrine de ma République m'oblige de m'adresser à
vous pour parler à monseigneur du Vice, ainsi sans mitaines ; ce
n'est pas à dire que c'est à vous que j'en veux ; je juge bien qu'au
moins vous avez dû déjà le deviner. Mais allez jusqu'au bout et vous
trouverez infailliblement de quoi vous convaincre de l'irréfutation
de nies avances en apprenant comment il faut faire, non pour abolir
la raison du capital, mais pour détruire « l'intérêt du capital, » ins-
trument de puissance despotique ou principe édificateur du système
monarchique par le travail de la pièce de cent sous.
C'est pour moi un travail bien laborieux que celui de rendre les
idées de mon idée fixe tout malement ; mais la satisfaction que j'ai
d'avance d'en recueillir le fruit dans la félicité future de tous, me
dédommage en me la rendant, cette satisfaction, d'autant plus douce
que ce travail m'est pénible. Et j'accomplirai ma tâche. Je suis
peut-être encore loin de mon dernier mot, soit, mais quelque rude
qu'elle me soit, cette tâche, je vaincrai la difficulté que j'ai à me
rendre lisible pour la première instruction de mise en oeuvre ; c'est
une mission que m'impose la loi souveraine de la République nais-
sante, d'une façon la plus absolue, au service de l'humanité.
C'est non plus que contre ce que la personnalité des gens quels
qu'ils soient a d'humain que je me pose en critiqueur contre ce que
l'esprit de la science intellectuelle a dé talent et de mérite ; je sais
ne pas être un maladroit détracteur. Mais ce que je blâme ouverte-
ment, tout en sachant l'excuser d'ailleurs, c'est le plat, autant
qu'orgueilleux pédantisme des prétentions duquel s'exerce la mé-
chanceté et des sottises de la spirituelle ignorance. Mais encore une
fois, là, comme dans l'imbécilité, afin d'en tenir compte pour le par-
don du bien contre le mal, il faut y reconnaître le manque de sagesse
indépendant de la volonté, et considérer l'innocence qui réclame,
— 31 —
qui exige le pardon du sage. — « Pardonnez-leur, ô mon Père ! car
ils ne savent ce qu'ils disent » ni ce qu'ils font. — Bref.
Mais cette science, qui n'est qu'intellectuelle, a son grand mérite,
sans doute, mais encore ne doit-elle venir qu'en second lieu. Ce
qui le prouve, et qui commence par nous en faire apercevoir la
raison, c'est que pour vouloir nous régir socialement par les lois
dépendant exclusivement de la volonté humaine, l'on voit ce qu'il
en résulte finalement de tous les gouvernements.
Quand vous m'aurez lu en entier, je suis intimement et morale-
ment convaincu que vous aurez compris, en vertu du principe de sa
mise eu oeuvre, la religion et la loi de la science morale ou la science
première à laquelle doit se subordonner la science secondaire pour
que celle-ci, de fausse qu'elle est par le défaut de la véritable insti-
tution de principe, devienne aussi parfaite que la divinité même de
cette science première.
Cette science première, dis-je, de souveraine loi morale, de pure
conception philosophique, ayant pour principe la clef du progrès
civilisateur, et pour lumineuse raison de l'idée de sa mise en oeuvre
et de sa perspective en raison de la grande réforme future, je ne
vois personne en prendre l'unique voie de salut. J'ai beau entendre
parler politique sur tous les tons et de toutes les couleurs, je n'en
vois aucun approcher la main de son principe d'institution pour en
saisir la clef.
Mais je vois, au contraire, que l'on s'en éloigne d'autant plus que
le pressant besoin du remède radical s'en fait sentir ; c'est la fièvre
révolutionnaire montant de plus en plus rapidement à son paroxysme.
A force de voir se débiter au Corps législatif de brillants discours,
n'honorant toutefois que le talent de la science secondaire, à force
de débats plus absurdes l'un plus absurdes que l'autre, en raison du
défaut de la science première, bientôt l'on se battra.
Mais par la dissolution qu'amène tout naturellement le défaut de
la puissance absolue de la souveraineté de loi de prépondérance et
d'exécution, soit dans les mains d'un seul ou soit dans celles de
tous s'il s'agissait de la République, le prochain coup d'Etat, un
peu plus monarchique, va rétablir un peu, non pas l'équilibre des
dissidences d'opinions, mais cette prépondérance indispensable au
maintien provisoire de l'ordre. En effet, puisque les armes de la
discorde et de l'anarchie ne sont faites que pour la guerre, pour-
rait-on s'étonner, peut-on se demander pourquoi il ne s'agit, dans
la question principale actuelle (juin 72), que de tirer l'épée du four-
reau ? La raison toute naturelle, c'est celle qui serait trop miracu-
— 32 —
leuse si là, au sommet de l'échelle sociale, on trouvait le moyen de
faire autrement.
Après les lumières du spirituel d'où le catholicisme établit ses
dogmes du mystère, n'est-ce pas là aussi le sommet de l'aveugle-
ment du temporel où est la plus haute impossibilité de discernement
à l'égard de la raison scientifique donnant l'esprit de sagesse néces-
saire pour détruire du principe de notre raison morale le prestige de
la force brutale ? et de le dépouiller, ce principe de science première
ou de loi naturelle, de ce sentiment ayant pour loi et pour guide la
raison de cet esprit de domination qui, du haut de la grandeur du crâne
et superbe orgueil auquel Dieu sait à quel prix de platitude, de ram-
pement d'un côté et d'arrogance de l'autre on s'élève, va s'humiliant
vers la honte de la dégradation humaine écrasant de l'assommoir de
cet esprit matériel, ce qui vient d'en bas. Enfin, à quelle expression
de jugement doit-on savoir s'arrêter avec l'acquis de cette science
première — de la République ou de la paix — en vertu de la philo-
sophie de laquelle « les derniers ». sont appelés à devenir « les pre-
miers » comme identifiés déjà par la condition à l'esprit de la vérité
du vrai.
Tandis que, quant à la science secondaire — de la monarchie ou
de la guerre — les premiers ne sauraient passer que les derniers,
et cela en raison de ce que, pervertis, au point de vue du principe
naturel du vrai, par l'esprit d'autant plus basse prétention qu'ils la
croient élevée, ils en sont, de cette science première, d'autant plus
loin de l'a b c, si j'ose dire cela, qu'ils sont plus près du sot pédan-
tisme dont l'absurde fait, de ses créatures, de misérables êtres de
lâcheté et d'arrogance envers ceux qu'ils regardent comme leurs
supérieurs d'un côté et leurs inférieurs de l'autre, des bouffis d'or-
gueil par l'effet de suffisance plus ou moins outrée d'où il ne saurait
ressortir tout naturellement que l'hypocrisie envers la bonne foi, et.
l'exorbitance du trop plein de vaines et stupides prétentions assujet-
tissant l'homme de cette condition au mépris du sage, et même à la
honte de soi-même s'il savait avoir conscience de ce que, aux yeux
de la noblesse d'âme et d'esprit, la bassesse et la platitude ont, je le
répète, d'abject dans la crânerie et le superbe du plus spirituel, du
plus beau et du plus vaillant Croquemitaine.
En quoi consiste ce qu'il y a de réellement lâche et servile ?...
De quel côté, de quelle condition doit sortir l'institution de l'instruc-
tion obligatoire qui doive apprendre aux savants à n'être plus inso-
lents envers le mérite et la dignité auxquels le trop court jugemen
de leur trop grand esprit ne saurait atteindre. Pour eux, c'est en
— 33 —
ceci, l'ânerie de l'imbécillité, mais pour moi c'est le jugement rendu
des plus beaux ânes, voilà tout.
À l'époque où nous en sommes de l'ère soi-disant chrétienne, n'a-
voir encore point acquis du progrès ce degré de raison, ou vaincu
cette difficulté philosophique contraire à la conception d'esprit de bon
sens qui nous permette de nous faire une loi de l'humble créateur
et édificateur élevant l'âme avec les institutions sociales vers les
degrés du sublime, en vérité, cela qui aurait pour raison de changer
la face du monde, aurait bien sujet de paraître bien drôle, bien
miraculeux, surtout à cet esprit supérieur, fourvoyé, noyé dans le
trop plein des grands talents. Mais, bref, qu'importe a l'égoïsme que
cette difficulté de réalisation soit invincible ; que la partie inférieure
ou productive de toutes ressources matérielles et spirituelles ne
puisse aller plus loin ni jamais jouir de rien, du fruit de la félicité
générale.
Et puis, finalement, nous sommes bien forcés, en attendant, de
laisser décréter la loi par la raison de force brutale et de nous y
soumettre, puisque nous ne pouvons encore la faire par la raison de
force morale. Mais cependant j'ai bien le droit de supposer que ce
sentiment de nature purement instinctive, toujours dans la disposi-
tion de grogner pour mordre, ne se modifiera jamais dans la Répu-
blique des chiens ; je conçois que dans la race canine cette loi du
plus fort soit celle de l'éternellement invariable, mais chez nous,
chez les humains !...
Quoi ! moi, pauvre, inepte au vu de toute autre science, excepté
celle-ci, celle-ci qui, à la confusion de tant d'esprit littéraire bril-
lant de tout son éclat dans la question politique, est pour les yeux
de ceux qui n'ont point d'oreille pour l'entendre, le réalisme de l'in-
croyable, devant surtout sortir des rangs du vulgaire, il me faut
donc me poser ici en professeur ou docteur ès-... — comment
appellerez-vous ça ? pour l'enseigner, cette unique science du salut
de l'humanité.
En principe, malgré tout ce que j'en dis et quoi que nous soyions
les vaincus de la dernière guerre, je n'entends pas qu'entre toutes
les autres nations nous soyions les plus hôtes. Au contraire, si nous
sommes les plus faibles matériellement, c'est précisément parce que
nous sommes les plus forts moralement. Au fond, la raison du senti-
ment de la liberté en est la cause ; c'est le sujet de l'indépendance
qui nous divise et dissout notre unité sociale ; c'est parce que de
cette unité nous en avons le sentiment au plus haut degré du progrès
de l'époque ; c'est parce que nous avons le sentiment de la République
— 34 —
qui doit en fonder l'effet de la souveraineté dans sa raison de soli-
darité humaine.
C'est par la raison du contraire que s'explique, par exemple, la
force de nos vainqueurs. Car, au défaut de la souveraine puissance
de l'institution de la République rendant la puissance matérielle
aussi unitaire, aussi inviolable, aussi invincible que la puissance
morale, c'est toujours en raison de la faiblesse morale que la force
matérielle est puissante. Donc, ce qui fait la puissance de leur force,
c'est l'unité de la lâcheté d'obéissance passive et l'activité arrogante
de l'absolutisme fussionnées. C'est là le régime du droit divin au-
quel la spiritualité de l'ultramontanisme voudrait ramener le prin-
cipe civilisateur ; mais le progrès rétrograde-t-il ? La logique per-
met-elle de n'être point logique ?
Ce n'est point le moi d'une vanité de faux orgueil qui agit en tout
ceci, c'est celui de l'instrument d'interprétation qui pousse et qui
guide la loi d'une volonté qui commande impérieusement à la
mienne. C'est le moi de prétention, sans conteste possible, qui a
pour mission aussi sacrée qu'inviolable de dire ce que c'est que la
République ou le régime du droit divin ensevelissant dans le chaos
de la nuit des temps, par la puissance régénératrice du progrès, ce
menteur ou tyrannique droit divin de l'affreux système monarchique
dont les attributs de l'horrible dieu ont pour objet de sacrifier et
d'immoler l'humanité aux criminels appétits de l'égoïsme éhonté.
Le réalisme de l'âme religieusement républicaine est tel que pour
moi le culte que nous devons rendre au dieu de la République n'est
point du tout celui de toutes les religions de ce monde, et qui con-
siste finalement à vendre ce dieu de l'humanité, — le misérable
pour un sou tout aussi bien que le riche pour des millions.
Là, dans la raison de ce réalisme, est tout le dogme de ma reli-
gion à moi, dont la mise en oeuvre du culte pratique est loin d'être
le mystère d'un secret de l'inconnu et insaisissable à l'intelligence
humaine ou hors de portée des facultés de l'esprit et de celles dont
l'âme s'ennoblit.
La signification du mot religion, en ce monde, est ce qu'il y a
d'aussi faux que le travail de la pièce de cent sous, tout ce qu'il y
a de plus incompatible avec la raison de l'acception naturelle de
ce mot. Qu'est-ce à dire que sa devise soit, comme un principal
objet de la charité chrétienne, l'abnégation aussi complète que pos-
sible, même au besoin, le sacrifice de la vie, d'ici-bas, ou tout au
moins de l'existence (pour le patient, oui, mais pour celui qui le
prêche, non) pour une autre vie d'outre-tombe ; pour tout ce qui
— 35 —
est le plus impossible d'espérer dans le pays de l'inconnu et le
royaume du néant.
Vous aussi, messieurs les prédicateurs de la charité chrétienne,
dont la vérité vous honore dans votre corps social, à vous, des di-
gnités vous adjugeant le titre dd'excellence, d'éminence, etc., vous
saurez, après l'effet de ma leçon, comment il s'agit du salut de l'âme
en raison de celui du corps en vous laissant dire, toutefois, que le
salut de l'âme dépend des sacrifices du corps, en ce que celui-ci doit
souffrir dans cette vallée de misère pour gagner la vie étemelle où
vous espérez peut-être avoir encore les premières places.
Enfin, l'esprit de notre religion catholique, par exemple, qui n'a
rien de plus chrétien que de républicain, par conséquent, est celui
d'un métier comme un autre, comme tous les autres métiers (excepté
celui du producteur), un métier de spéculation. Ce que le saint sa-
cerdoce a d'ecclésiastiquement salutaire, comme' revenu et comme
produit, est le fruit des prières débitées à profusion pour la pros-
périté des marchands du temple et le repos de l'âme des victimes
de la guerre. Cet esprit est-il celui que donne le sens de la doctrine
du maître, le premier républicain du monde ?
Tant qu'il s'agira du métier de menteur, en principe, la liberté
d'aucuns de ceux que le vrai a pour raison ne sera point légitimée
et toujours celui de la guerre sera inévitable. Le métier du minis-
tère catholique a beau être celui de faire des prières et bénir les
armes du dieu Mars en invoquant le règne le plus absolu du faux
droit divin, jamais ce métier là, non plus, ne légitimera la raison
du vrai. De la malice spirituelle du catholicisme, l'humilité du mi-
nistère de son culte est le prétexte ; le motif, c'est l'asservissement
du corps aux lois de son Eglise pour le salut de l'âme en vertu du
suprême bonheur et des délices qu'elle doit goûter dans l'éternelle
existence d'un autre monde dont la stupidité de la perspective
nous fait endurer passivement les tourments de l'enfer d'ici-bas.
En disant que la religion catholique est de superstition, je menti-
rais moins qu'elle, parce que, n'étant pas vraie, la dévotion en est
donc, à l'égard du sens vrai du pur christianisme, la foi sans raison
du positif de mon sujet. D'ailleurs, étant fausse, elle ne peut être
vraie ; ce qui en prouve le rapport à cette vérité de La Palisse, c'est
l'inclination du sentiment religieux à ce mensonger droit divin pris
au rebours de son sens naturel, c'est-à-dire politiquement dans la
fausse raison de l'obéissance passive envers l'absolutisme asservis-
— 36 —
sant le genre humain à l'idolâtrie du dieu d'argent, et soumettant
servilement l'homme aux lois despotiques du maître dans son sem-
blable.
Mais quand l'esprit du catholicisme a parlé de la désobéissance
d'Adam, il a tout dit du péché originel, moins ce qui suppose la malice
« théologique » par laquelle se tresse la ficelle des mystères dogma-
tiques dont l'étoffe du voile doit conserver son épaisseur, afin que
l'obscurité laisse forcément le droit divin entre les mains de l'abso-
lutisme qui n'est pas du tout celui de la souveraineté purement
républicaine; moins le vrai principe de la loi morale, élément des-
tructeur du vice d'où résulte la principale cause des sept péchés
capitaux. Mais qu'importe, ai-je déjà dit, à l'égoïsme éhonté, sans
scrupules d'inhumanité, afin de satisfaire à ses appétits dévorants
d'encaissements et sa soif de sang humain abreuvant la proie que le
sacrifice de ce sang lui apporte, que lui importe qu'entre frères en
Jésus-Christ, comme on dit catholiquement (ce qui est de la vérité
du vrai, du reste, mais dit comme prétexte), on s'égorge pour
l'amour de Dieu et d'un prochain s'éloignant le plus possible de la
mise en oeuvre du sentiment de la charité chrétienne, pourvu que
l'action du progrès civilisateur ne vienne point altérer sa puissance
oppressive ; voilà à quoi tendent tous ses efforts.
Ce qu'on aurait lieu de trouver drôle, ce me semble, c'est d'avoir
inventé le moyen de prêter au plus grand réformateur des abus
monarchiques, au plus divin républicain de la plus pure comme de
la plus humble race plébéienne, le titre des seigneurs ; et bien plus,
celui de roi dont il aurait fait la déclaration dans son interrogatoire
— ce que j'aurais rudement de peine à croire, vu l'invraisemblance
ou l'incompatibilité de sa doctrine avec l'esprit monarchique ; ■— et
puis, comme étant d'ailleurs descendant du roi David, si je ne me
trompe. Le faux a tant besoin de mentir !... d'embellir l'apparence
pour sauver le fond !
Est-ce que je parlerais faux en disant que jusqu'ici, à l'époque où
nous en sommes de l'ère soi-disant chrétienne, la vérité évangé-
lique même a été le meilleur prétexte pour servir le vrai motif de
la cause pharisienne ?
Au fait, si j'osais, je dirais qu'au spirituel comme au temporel,
c'est au résumé la même rouerie d'esprit politique aboutissant aux
mêmes fins, c'est-à-dire qui constitue de part et d'autre la raison
spéculative de même puissance de domination et d'oppression. C'est
l'arlequinade de madame la marquise Fortune, de différentes cou-
leurs jouant différents rôles pour en arriver à la réalisation du sujet
— 37 -
principal : celui de tromper d'abord, exploiter et dépouiller ensuite
la trop plébéienne pauvreté. Encore une fois, qu'importe à l'égoïsme
de prendre tel ou tel affublement, tel ou tel masque pour en impo-
ser au vulgaire idolâtre, comme a dit La Fontaine, afin que de
chaque couleur de notre mascarade le charlatanisme enrichisse les
adeptes et les favoris privilégiés de cette noble dame Fortune. En
tout cas, si ce n'était point, à proprement dire, par esprit de malice
que l'on exploite ainsi comme prétexte la vérité du vrai évangé-
lique, la haute sagesse du maître serait bien mal interprétée et
partant bien mal observée.
Si vous me dites, spirituels et saints ministres de Jésus-Christ, que
je suis un hérétique, un apostat ; si de ce que je dis de « l'utopie »
de votre royaume spirituel, à vous, de votre paradis de l'autre monde,
c'est-à-dire des morts, d'une vie éternelle pour laquelle il faut faire
le sacrifice de l'existence de celle-ci, (je ne dis pas pour vous !...
pas si botes !)
Enfin de ce que je dis de l'invention si ingénieuse du stratagême
montrant le paradis aux uns, le purgatoire et l'enfer aux autres, le
tout par l'exercice des pratiques soi-disant religieuses, de quoi se
déterminent les causes de l'enfer de ce monde duquel vous partagez
les maux, les souffrances, Dieu sait comment... et moi aussi; si en
raison de mon irreligieuse extravagance, mon défaut de piété envers
les lois de l'Eglise romaine ne méritant rien moins que votre
excommunication, vous me parlez de l'immortalité de l'âme, je vous
dirai, moi, qu'il est bien plus logique, plus vraisemblable de s'ima-
giner que l'âme, étant en raison de l'oeuvre de création, dans la
cause humaine, la raison de vertu vivifiante et sanctifiante de pure
essence divine, le principe de la vie et de la lumière, elle est insé-
parable du foyer de l'intelligence pour faire ce qu'il est, et en ce
monde seulement, le génie conservateur de la loi divine perfection-
nant, sous la loi du temps, la raison humaine.
Le progrès civilisateur n'est autre chose que le perfectionnement
de la cause humaine par la succession des mortels sous l'influence
de l'âme, ou plutôt, sous l'empire de la divine et suprême loi im-
perfectible comme Dieu môme, puisqu'elle est le souverain ou
le tout-puissant élément de la perfection. Or, de même que et de
par la divinité créatrice et conservatrice, voilà ce que j'entends par
l'immortalité de l'âme, puisqu'elle est cette divinité même où la
raison du principe de vie a sa source. Et, pour moi, ce ne serait
pas pour le salut de l'âme que le corps aurait quelque chose à faire,
surtout à souffrir, mais bien des divines lumières de l'âme que le
— 38 —
corps tiendrait le sien. Pourrait-on dire que pour le salut de l'hu-
manité le vrai de la République serait l'âme du corps social ?...
En définitive et en tout cas, préoccupons-nous donc de nos inté-
rêts positifs dont le réalisable est à nos pieds, et non de ce qui ne
nous regarde pas dans l'inconcevable de l'inconnu d'où notre bien-
être est trop loin de dépendre. C'est ici-bas qu'il s'agit de la vie
éternelle et non dans la stupidité de l'imaginaire qui n'est point
du tout de la philosophie ni de la théologie du grand Maître.
Nous disons que Dieu est partout. S'il s'agit du Dieu créateur,
premier et souverain principe de toute chose, le Dieu de la vérité
du vrai, enfin, pourtant, par notre spiritualité de principe de divi-
sion, de dissolution, de destruction au lieu de l'esprit ramenant les
choses humaines à son unité, à sa divinité, pourtant, nous le cher-
chons, ce Dieu créateur et conservateur de l'humanité, mais où ?
Assurément, c'est où n'est pas celui-là. Est-il celui qui gouverne
l'empire du diable? N'est-il pas celui du vrai dont la vérité a fait
dire que « celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ? » Est-ce
que là n'est pas la seule condition de toute sa loi pour le servir
complétement, absolument, en tout ce qu'il exige de nous. Mais la
question du travail, qu'est-ce? c'est servir l'humanité, et en nous
servant nous-même, c'est servir Dieu et obéir à la loi de sa reli-
gion.
Pourquoi commettre la faute du péché originel en ne coopérant
pas chacun pour son propre compte, c'est-à-dire chacun selon ses
facultés, à la somme du travail commun ? Pourquoi de la raison du
travail utile, c'est-à-dire productif, n'en point faire une loi de soli-
darité entre la cause humaine et la cause divine ? Pourquoi faire le
contraire ? Est-ce le contraire ou non qui a lieu quand il s'agit de
voleurs ? Quand il s'agit de la cause de guerre entre la richesse et
la pauvreté, provenant de ce que l'oisif, pour être riche et opulent,
dépouille le pauvre du produit de son travail, nous demande-t-il,
ce Dieu d'équité, autre chose que d'être justes et équitables
comme lui? Même, pour obéir aux lois de sa religion, nous de-
mande-t-il des prières pour notre salut? Ne sait-il pas mieux que
nous ce que nous avons besoin pour les nécessités de la vie ma-
térielle et morale? N'est-il pas vrai que si, la prière que chacun
pourrait faire était exaucée à souhait, il en résulterait bientôt la
perte du genre humain? Rendons lui un culte en actions de grâces,
soit, mais travailler c'est prier.
N'est-il déjà pas trop évident, sachons-y bien réfléchir, qu'au fond
c'est à ce métier de cagotisme, d'hypocrisie, au point de vue du tra-
— 39 —
vail productif, le seul salutaire, qu'est dûe la principale cause de la
si déplorable situation sociale ? Sur quel motif d'irréligion le « mi-
nistère religieux » établit-il son prétexte soi-disant spirituel?... Le
pharisaïsme n'a-t-il pas pour raison palpable d'existence de vivre en
parasite ? de s'engraisser d'un travail pareil ou tout au moins favo-
rable à celui de la pièce de cent sous rentière ? Enfin, toujours est-il
qu'en principe et en résumé, le martyre du patient, du persécuté
oppressivement, de l'endure-tout ou du souffre-douleurs, doit être
pour le salut de l'âme le sacrifice du corps en travaillant passive-
ment pour ceux qui ne font rien, si ce n'est à rendre la peine du tra-
vail de l'engraissement.
Eu somme, qu'est-ce que la monarchie sous son point de vue de
puissance de guerre ? C'est la somme produite des chiffres partiels
résultant de cet esprit de force matérielle duquel la raison est d'aller
écrasant ce qui nous vient d'en bas des ressources morales. C'est
l'effet produit de ce sentiment de domination voulant arbitrairement
subordonner la puissance morale aux lois de la puissance maté-
rielle. De là conflit, pour ainsi dire, d'irréligion entre la cause hu-
maine et la cause divine ; de là, collision de l'esprit de discorde des
membres de l'unité sociale entre eux, en raison de la nature et du
caractère d'hostilité de ce sentiment de vouloir être maître en vertu
de l'élévation qui rabaisse la dignité' vers l'humiliation, au lieu de
l'abaissement de l'humble élevant la noblesse du véritable orgueil
vers la dignité du sublime.
C'est cette puissance dominante de l'esprit de brute nature dont
le genre humain n'a encore point su se dépouiller ; — ce sentiment
d'antipathie encore opposé à celui de la fraternité si naturelle dont
nous ne savons encore point établir le règne en vertu de sa loi de
solidarité. C'est en général le produit en particulier de ce caractère
de nature anti-humaine où prennent naissance les actes d'hostilités
commençant de la part de la prétention du plus fort par le droit
d'insolence dont la résistance des parties adverses, quand il y a lieu,
va se gendarmant jusqu'à l'extrémité de la guerre à outrance ou la
consommation du crime.
Quand ce n'est que dans l'autorité de l'esprit d'insolence qu'on
s'imagine être la raison du plus fort, c'est rudement ignorer ce que
c'est que la force réelle de la raison et de la loi morales ; mais
l'aveugle présomption des malins les tient encore trop loin de l'es-
prit droit de la conception de sagesse inviolable pour savoir com-
prendre ce que c'est que la bassesse d'où leur vient le droit d'inso-
lence. N'être fort que de la force qui écrase pour se faire écraser à