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La sagesse profonde et l'infaillibilité des prédictions de la révolution qui nous menace ou Le memento des rois , démontrées par l'accomplissement littéral des nombreuses prédictions de la révolution qui nous est arrivée

De
151 pages
Ponthieu (Paris). 1828. VIII-140 p. ; in-8.
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LA
SAGESSE PROFONDE
ET L'INFAILLIBILITÉ
DES
PRÉDICTIONS DE LA RÉVOLUTION
QUI NOUS MENACE.
OUVRAGES NOUVEAUX.
Code Ecclésiastique français; 1 vol. in-8.
Mémoires de mademoiselle d'Aumale , pour servir à l'histoire
de Louis XIV et de madame de Maintenon; mis en ordre
par M. de Monmerqué; in-8.
Bibliothèque des familles chrétiennes, collection d'ouvrages
inédits, ou publiés avec des augmentations; format
in-18.
Le Spectateur Français au dix-neuvième siècle, ou Variétés
religieuses, morales, politiques, scientifiques et litté-
raires, 1 vol. in-8. 6 fr.
Herméneutique sacrée, ou Introduction aux livres sacrés de
l'Ancien et du Nouveau-Testament., par M. Hermann
Janssens; traduite du latin par M. J.-J. Pacaud; 2 vol.
in-8. 14 fr.
Lettres inédites de madame de Sévigné, publiées par M. de
Monmerqué. Trois livraisons in-8, ornées de six gravures
et de deux fac-simile. Prix de chaque livraison. 6 fr.
Les Sermons de l'abbé Gérard, auteur du Comte de Valmont;
seconde édition, 5 volumes in-12. 12 fr. 5o c.
Voyage pittoresque de la Grèce, par M. le comte de Choi-
seul-Gouffier. Trois vol. gr. in-folio, ornés de plus de
300 belles gravures, cartes et vues.
Rédemption du genre humain, annoncée par les traditions et
les croyances religieuses ; 1 vol. in-8. 5 fr.
OEuvres complètes de saint François de Sales; 17 vol. in-8,
102 fr-
Vie de saint Bruno, ou Collection complète de vingt-deux
tableaux peints par Lesueur. 120 fr.
Vies des Saints, ou Abrégé de l'Histoire des Pères, des
Martyrs et autres Saints; 2 vol. in-4, ornés de 572
planches.
Histoire de l'Ancien et du Nouveau-Testament, par le Maître
de Sacy ( sieur de Royaumont ); 1 vol. in-4- 27 fr
LA SAGESSE PROFONDE
ET
L'INFAILLIBILITÉ DES PRÉDICTIONS
DE LA RÉVOLUTION
QUI NOUS MENACE ,
DÉMONTRÉES PAR L'ACCOMPLISSEMENT LITTERAL DES NOM-
BREUSES PREDICTIONS DE LA RÉVOLUTION QUI NOUS EST
ARRIVÉE;
OU
LE MEMENTO DES ROIS.
Tous les sages le prédisaient, dit Bossuet,
mais dans ces temps d'emportement et de
décadence, ne se rit-on pas de leurs pro-
phéties?
(Manusc. inéd. de M. de Boulogne.)
PARIS ,
J.-J. BLAISE, LIBRAIRE, RUE FÉROU, N. 24;
ET PONTHIEU, LIBRAIRE AU PALAIS ROYAL.
1828.
Supplément à la page 53.
FREDERIC, ROI DE PRUSSE.
(Lettre à Voltaire.)
« Voilà pourtant un nouvel avantage que nous venons
d'emporter en Espagne ; les jésuites sont chassés de ce
royaume. De plus, les cours de Versailles, de Vienne et
de Madrid, ont demandé au Pape la suppression d'un
nombre considérable de couvens......... CRUELLE RÉVOLU-
TION ! à quoi ne doit pas s'attendre le siècle qui suivra
le nôtre ? La cognée est mise à la racine de l'arbre
Cet édifice, sappé par ses fondemens, va s'écrouler, et
les nations transcriront dans leurs annales, que VOL-
TAIRE FUT L'AUTEUR DE CETTE RÉVOLUTION qui Se fit au
dix-neuvième siècle dans l'esprit humain. »
ERRATA.
A l'épigraphe de la page IV de l'Avant-Propos, lisez : Joël au lieu
de Job.
PARIS, IMPRIMERIE DE BETHUNE,
rue Palatine, n, 5.
AVANT-PROPOS.
LA première révolution française a été effroyable.
« C'est la puissance la plus monstrueuse qui ait
jamais existé sur la terre.... Les révolutionnaires
répandaient le sang des hommes pour leur sûreté,
comme on répand le sang: des animaux pour sa
subsistance... C'est un monstre auquel il fallait des
troubles et du sang... Elle était privilégiée du
meurtre.... Elle fut allaitée par une louve, etc.,
etc. » (1). M. de Montlosier lui-même nous à dit
cent fois qu'il n'avait pas de mot pour rendre la
révolution de 1789.
Eh bien ! elle ne serait rien, comparée à celle
à laquelle tend sans relâche, sous le nom d'ordre
légal, le libéralisme nouveau.
C'est la rechute qui, de son invariable nature,
est cent fois pire que là chute première.
(1) Voyez l'étonnante Apologie du clergé, des jésuites, et
de toutes leurs doctrines, par M. de Montlosier, recueillie
mot à mot des OEuvres complètes de cet écrivain, etc.,
seconde édition.
( II )
Il y avait une hostie contre la révolution du
XVIIIe siècle ; il n'y en aurait plus contre la révo-
lution du nôtre (1).
Telle est notre opinion, notre conviction per-
sonnelles.
Nous ne croyons rien, au monde, davantage.
Mais nous nous adressons à la ville comme à la
cour, aux provinces comme à la capitale, à toutes
les autres nations de la chrétienté comme à la
France.
Et nous n'avons point d'autorité personnelle.
Il nous eût été facile, il nous eût été surtout
agréable, de parler toujours notre propre langage
et de présenter notre pensée propre. Nous nous
sommes fait un devoir de faire parler les autres,
et de faire parler nos adversaires, lors surtout que
les vérités que nous voulions proclamer étaient
plus importantes.
Nous avons sacrifié l'amour-propre à l'utilité.
La société y gagnera, et par conséquent nous
aussi.
Il en est des livres comme des actions : les
plus impressifs sont ceux où l'auteur se montre le
( 1) « Hostia non reliquitur. » Voyez les beaux textes de
l'Esprit saint, dans saint Jean, ch. 5,14 ; dans saint Pierre,
II, ch. 2, 20 ; et surtout dans saint Paul aux Hébreux, ch. 6,
ch. 10, 38.
( III )
moins. L'orgueil détruit, l'humilité seule édifie
le monde.
Les sentimens, comme on verra, sont una-
nimes. Le sens, à certains égards, en fait de
grandes vérités, est commun, et l'autorité est
universelle.
Cet argument, qui dans le fonds est le plus
petit de tous , est devenu , grâce à nos progrès
dans la logique, le plus sûr, et même le seul décisif.
Nous avons dû le préférer.
On trouve la vérité sur la cause des révolutions
dans les livres profanes. Il est à croire qu'on la
trouve aussi dans les livres saints, et que Dieu
lui-même l'a dite avant que les hommes aient pu
la dire.
Elle se trouve à toutes les pages de la Bible.
—«Si vous dédaignez de suivre mes lois, dit le
Seigneur, et que vous méprisiez mes ordonnances ;
si vous ne faites point ce que je vous ai prescrit,
et que vous rendiez mon alliance vaine et inutile...»
(Lévitique , chap. XXVI, § II, V. 15).
« Je briserai la dureté de votre orgueil. Je
ferai que le ciel sera pour vous comme de fer et
la terre comme d'airain » (V. 19).
— « C'est principalement de ces lois fonda-
mentales qu'il est écrit : « qu'en les violant, ON
ÉBRANLE TOUS LES FONDEMENS DE LA TERRE : APRÈS
QUOI IL NE RESTE PLUS QUE LA CHUTE DES EMPIRES. »
Psaumes 81, 5. (Politique sainte de Bossuet).
Les impies seront frappés d'aveuglement; les fidèles, au
contraire, auront l'intelligence.
(Daniel, ch. 12.)
Après cela, dit le Seigneur, je répandrai mon esprit
sur toute chair; vos fils et vos filles prophétiseront ;
vos vieillards seront instruits par des songes, et vos
jeunes gens auront des visions. Je répandrai aussi
alors mon esprit sur mes serviteurs et mes servantes. Je
ferai ensuite paraître DES PRODIGES DANS LE CIEL (1) et
sur la terre. (Job. ch. II, v. 28 et suiv.)
Les royalistes n'ont été la dupe de rien ; ils ont tout vu,
tout annoncé, TOUT PRÉDIT; ils ont fait plus, ils ont
été généreux, ils ont averti les ministres.
(M- de Chateaubriand.)
(1) Voyez la Croix de Migné notamment.
( V )
INTRODUCTION.
DES CAUSES ET DE LA CERTITUDE DE LA PRÉVOYANCE
DES GRANDS ÉVÈNEMENS.
L'AVENIR se raconte aussi bien que le passé : il
n'est que son écho.
Cela doit étonner les hommes matériels qui,
ne connaissant nullement le monde moral, ne.
voient rien du jeu, pourtant si visible et si admi-
rable, des causes et des conséquences, des prin-
cipes et des résultats.
Les hommes intelligens n'en sont pas surpris.
La doctrine de l'esprit prophétique est plausible
et la mieux soutenue par la tradition la plus uni-
verselle qui fût jamais ; l'éternelle maladie de
l'homme est de pénétrer l'avenir: c'est une preuve
qu'il y a moyen de l'atteindre. La pesante érudi-
tion de Van-Dale et les jolies phrases de Fontenelle
furent employées en vain contre une vérité aussi
certaine que l'évidence , contre une opinion aussi
ancienne que la philosophie.
( Vl )
C'est un fait aussi, qu'il n'est jamais arrivé dans
le monde un événement considérable (1), qui n'ait
été prédit très-long-temps à l'avance, et de la
façon la moins équivoque.
Tous les hommes éclairés peuvent dire ce que
le garde-des-sceaux du Vair disait dans son Tes-
tament: «Je ne sache pas, depuis que j'ai été en
âge d'homme, être arrivé rien d'important ni à
l'État ni à l'Église, que je ne l'aie prévu. » Pour-
quoi cela ? c'est que « Dieu n'a pas voulu que les
hommes pussent accorder un principe, et retenir
ce qui en découle naturellement. » (Fiév. s. 1817.)
Il n'est pas plus certain que le fleuve dont
on rompt les digues débordera dans les campa-
gnes , que la pierre laissée en l'air retombera par
(1) Et à plus forte raison les petits.
Saint Villibrord, baptisant Pepin le Bref, annonça qu'il
surpasserait en gloire tous ses ancêtres. Albert le Grand,
entendant appeler saint Thomas d'Acquin le Boeuf muet,
dit qu'il mugirait un jour si haut qu'il serait entendu de tout
l'univers.
Le P. Lejay de Louis-le-Grand, connaissant le coeur de
Voltaire, lui prédit qu'il serait en France le coryphée du
déisme; et un professeur de l'école militaire de Bonaparte,
dit de lui, dans les notes sur ses élèves : «C'est un Corse
de caractère et de nation ; ce jeune homme ira loin s'il est
favorisé par les circonstances. »
( VII )
son propre poids, que le fea qu'on n'éteint pas
gagnera les combles de l'édifice, qu'il n'est cer-
tain que la société, qui, rejetant la religion , re-
jette en même-temps la source du pouvoir et la
règle des devoirs , et ôte ainsi aux passions tout
frein et toute retenue aux désirs, sera tôt ou tard,
mais toujours trop tôt pour son malheur, livrée
à tous les désordres qui naissent de la lutte des
pouvoirs et de l'oubli des vertus , à des désor-
dres tels que nous en avons vu en 93 , tels que
nous en verrions encore ; et la révolution la plus
sanglante n'est, comme un tremblement de
terre, ou l'apparition d'une comète , que la suite
et l'accomplissement d'une loi générale.
L'Ancien Testament et le Nouveau sont autant
une prophétie perpétuelle qu'une perpétuelle his-
toire universelle, dont il ne reste plus à accom-
plir que l'Apocalypse,
Le peuple de Dieu était plein de prophètes.
Les autres peuples avaient aussi les leurs.
Platon , et par conséquent Socrate , son maître,
ont décrit l'incarnation , la venue, la vie , et
jusqu'au supplice de la croix du Sauveur des
hommes ; tant il est vrai, l'inspiration surnatu-
relle à part (1) , que les mystères eux-mêmes ,
(1) C'est à ce caractère qu'il faut signaler 1° les trois Li-
vres de Révélations de sainte Hildegarde, abbesse de Saint-
( VIII )
non-seulement ne sont pas contre la raison , mais
ne sont pas même au-delà : « C'est ainsi que l'on
voit, dit M. le duc de Lévis dans ses Pensées, sans
pouvoir assigner le moment précis de leur chute,
que des fruits mûrs tomberont à la première se-
cousse. »
A la naissance de Jésus-Christ, une voix de
l'Orient s'écria : « L'Orient est sur le point de
triompher.... un divin enfant nous est donné, il ra-
menera l'âge d'or... » Vous savez le reste... Le plus
grand poète latin revêtit ces idées des couleurs les
plus brillantes dans son Pollion, qui fut depuis
traduit en vers grecs et lu au Concile de Nicée, et
qui, selon Pope , pourrait passer pour une version
d'Isaïe.
Rupert, près Binghen; 2° la prophétie du vénérable Bar-
thélémy Holzhauser, curé de Binghen , près Mayence,
mort en réputation de sainteté en 1658; prophétie écrite
en vingt-deux vers élégiaques latins ; 3° les récits de la
soeur de la Nativité, compatriote de M. de Chateaubriand;
4° les déclarations célèbres du maréchal de Salon, dont
l'histoire est digne de la plus haute attention ; 5° celles
de Martin de Gallardon, etc. Les plus incrédules peuvent
être étonnés à la lecture de tout cela.
L'INFAILLIBILITÉ
DES
PRÉDICTIONS DE LA RÉVOLUTION
QUI NOUS MENACE.
PREMIÈRE PARTIE.
Prédictions du Protestantisme.
UNE fois donné, dans l'individu, l'esprit d'indépen-
dance de l'autorité, c'est-à-dire la cause du mal donnée ,
son effet, c'est-à-dire la destruction de l'homme et la ré-
volution de la société sont données aussi; et pour ne pas
faire remonter le protestantisme au-delà du temps qu'on
est convenu de lui assigner (1), nous pouvons dire
comme M. le comte de Maître, et avec les mêmes paroles
que lui :
« Nous n'avons cessé de dire aux protestans : Vous
(1) On lit dans les Annales d'Irlande de l'an 558 , par
Varrens, archevêque de Dublin : « Il y aura une grande
fraternité qui s'élèvera dans un grand empire Ils devien-
dront semblables à l'insensé qui dit dans son coeur : il n'y
a point de Dieu, et il n'y aura point aussi de loi sur la terre.
Ils prendront le prétexte de travailler à la liberté et au
bonheur des peuples.... Société de gens qui ne cherchent
qu'à s'élever sur les ruines de ceux qu'ils diront favoriser. »
( 2 )
ne pouvez vous arrêter sur les flancs d'un précipice ra-
pide; vous roulerez jusqu'au fond. Les prédictions se
trouvent aujourd'hui parfaitement accomplies. »
Les plus éclairés des protestans, c'est-à-dire ceux qui
étaient le moins protestans, comme Mélanchton, pré-
voyaient eux-mêmes leur décadence :
« Plût à Dieu, s'écriait-il, que je pusse rétablir la do-
mination des évêques! car je vois quelle Église nous
allons avoir, si nous renversons la police ecclésiastique.
Je vois que la tyrannie sera plus insupportable que ja-
mais. »
Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs le
Système théologique de Leibnitz.
Cet ouvrage est le dernier coup porté par les réformés
à la réforme. Leibnitz chercha alors à réunir les protes-
tans entre eux; il ne tarda pas à s'apercevoir combien
Grotius avait eu raison quand il disait: « Ceux qui me
connaissent savaient bien que j'ai toujours désiré voir les
chrétiens réunis en un même corps. J'ai pensé dans un
temps que la chose pouvait commencer par une union
des protestans entre eux mêmes; mais depuis, je me suis
aperçu que la chose est absolument impossible, non pas
seulement parce que l'esprit de la plupart des calvinistes
est très-opposé à toute espèce de conciliation, mais en-
core parce que les protestans ne sont liés entre eux par
aucune forme de gouvernement ecclésiastique ; qu'ils ne
peuvent conséquemment faire un seul corps, et qu'ILS
DOIVENT MÊME SE DIVISER EN D'AUTRES SECTES NOUVELLES.
Ainsi, je vois aujourd'hui très-clairement, et beaucoup
d'autres le voient comme moi, que cette union des protes-
tans ne peut avoir lieu, à moins qu'ils ne se réunissent
( 5 )
en même temps à ceux qui adhèrent au siége de Rome ,
sans lequel siége il ne peut exister de gouvernement com-
mun dans l'Église. C'est ce qui me fait désirer que la
séparation qui s'est faite cesse avec les causes qui l'ont ac-
compagnée. Mais on ne peut pas mettre au rang de ces
causes la primauté du pape réglée par les cauons, de
l'aveu même de Mélanchton, qui croit de plus que cette
primauté est nécessaire pour maintenir et conserver l'u-
nité ; et cela n'est point soumettre l'Église aux caprices
de l'évêque de Rome, mais rétablir un ordre qui avait
été sagement établi. » Les aveux de Leibnitz sont encore
plus décisifs; nous y renvoyons.
DEUXIÈME PARTIE.
Prédictions des révolutions proprement dites en géné-
ral, et principalement de la révolution française.
Mais c'est ce que nous appelons les révolutions d'An-
gleterre (1), de Pologne (2), et surtout celle de France,
qui furent toujours le plus et le mieux annoncées à l'a-
vance. La révolution française a été annoncée plus pré-
(1) Fitzherbert, célèbre jurisconsulte anglais, mort en
1538, prédit les longs malheurs du schisme, et défendit à
ses enfans d'acheter les biens qu'on devait vendre en con-
séquence.— Voltaire écrivait, en 1775, que le Christ serait
hautement honni à Londres. — Cela est déjà arrivé , et cela
arrivera mieux encore.
(2) Casimir V, en 1668, conseillant à ses sujets d'élire
un roi durant sa vie, leur prédit que, sans cela, la Pologne
serait, comme elle l'a été en effet, démembrée par la Russie
et l'Autriche.Le duc de Lorraine et de Bar, Stanislas Ier, le
prévoyait un demi siècle avant, dans la Voix libre d'un citoyen.
(4)
cisément un siècle avant sa venue ; elle l'a sans cesse été
depuis, avec plus ou moins de circonstances, par les
plus habiles ou les indiscrets de ceux qui la préparaient;
elle l'a été par le peuple, par les hommes éclairés et sur-
tout par le clergé (1).
Jean de Muller, en 1476.
Dès le 15e siècle, le célèbre astronome Jean Muller
prophétisoit en quatre distiques latins la révolution d'Eu-
rope qu'il appelait le mal de l'univers, et la nôtre en
particulier, qu'il assignait à l'année 1788.
« Post mille expletos à partu Virginis annos
Et septingentos rursus abire datos
Octuagesimus octavus, mirabilis annus,
Ingruet et secum tristia fata feret.
Si non hoc anno totus malus occidet orbis
Si non in nihilum terra fretumque ruet,
Cuncta tamen mundi sursum ibunt atque deorsum
Imperia et luctus undique grandis erit. »
(1) En France, les savans ouvrages de Berthier, de
Guénard, de Griffet, de Desfontaines, de Lefebvre, de
Champion de Nilon, de Barruel; ceux de M. de Choiseul,
évêque de Comminges, et de M. de Pompignan, évêque
du Puy; ceux de Guenée, de Bergier, de Bullet, de Gau-
chat, de Trales; les écrits de la Berthonie, de Lamy, de
Jamin, de Richard, de Sinsart, de St.-Cyr, de Bremont,
de Pey, de Regnier, de Lignac, de Crillon, de Clémence,
de Hayer, de la Chambre, etc. En Italie, les ouvrages ou
les sermons de Gerdil, de Vitelleschi, de Muzarelly ; en
Angleterre ceux de Challonner et Milner; à Genève, ceux
de Charles Bonnet; en Suisse, ceux du père de M. de
Haller; tous ces ouvrages sont unanimes sur l'annonce
ou la supposition des causes et des résultats de la Révo-
lution européenne.
( 5 )
L'abbé de Marandé, en 1654
L'abbé de Marandé, aumônier de Louis XIII et de
Louis XIV, prédisait, en 1654, à la fois le bouleversement
de la religion et celui de l'État, dans un livre devenu
fort rare, intitulé : Inconvéniens d'Etat procédans du
Jansénisme.
Bossuet.
«Je prévois, disoit Bossuet, que les libertins et les
esprits forts pourront être décrédités, mais non par au-
cune horreur de leurs sentimens, mais parce qu'on tien-
dra tout dans l'indifférence, excepté les plaisirs et les
affaires. »
Leibnitz, en 1716.
« On a raison de prendre des précautions contre les
mauvaises doctrines, qui ont de l'influence dans les moeurs
et dans l'exercice de la piété.........
» Je sais que d'excellens hommes, et bien intentionnés,
soutiennent que ces opinions théoriques ont bien moins
d'influence dans la pratique qu'on ne le pense; et je sais
aussi qu'il y a des personnes d'un excellent naturel, à
qui ces opinions ne feront jamais rien faire d'indigne
d'elles. D'ailleurs ceux qui sont venus à ces erreurs parla
spéculation, ont continué d'être naturellement plus éloi-
gnés des vices dont le commun des hommes est suscep-
tible, outre qu'ils ont soin de la dignité de la secte dont
ils sont comme les chefs; et l'on peut dire qu'Épicure et
Spinosa, par exemple, ont mené une vie tout-à-fait exem-
plaire. Mais ces raisons cessent le plus souvent dans leurs
disciples ou leurs imitateurs, qui, se croyant déchargés
de l'importune crainte d'une providence surveillante et
d'un avenir menaçant, lâchent la bride à leurs passions
(6)
brutales, et tournent leur esprit à séduire et à corrompre
les autres; et, s'ils sont ambitieux et d'un caractère un
peu dur, ils seront capables, pour leur plaisir ou pour
leur avancement, de mettre le feu aux quatre coins de
la terre; et j'en ai connu de cette trempe que la mort a en-
levés.
» Ces opinions achèvent de détruire ce qui reste dans
le monde des sentimens généreux des anciens Grecs et
Romains, qui préféraient l'amour du bien public et le
soin de la postérité à la fortune et même à la vie. Ces
publici spirits, comme les Anglais les appellent, dimi-
nuent extrêmement, et ne sont plus à la mode, et ils
cesseront davantage de l'être quand ils cesseront d'être
soutenus par la bonne morale et la vraie religion que la
raison naturelle nous enseigne.Mais il pourra arriver à ces
personnes d'éprouver elles-mêmes les maux qu'elles croient
réservés à d'autres. Si l'on se corrige encore de cette
maladie d'esprit épidémique, dont les mauvais effets
commencent à être visibles, ces maux seront peut-
être prévenus; mais si elle va en croissant, la Providence
corrigera les hommes par la révolution même qui en
doit naître : car, quoi qu'il puisse arriver, tout tournera
toujours pour le mieux en général ; au bout du compte ,
quoique cela ne doive et ne puisse pas arriver sans le châ-
timent de ceux qui ont contribué même au bien par leurs
actions mauvaises. »
L'abbé du Bos, en 1719.
La prévoyance de Leibnitz qui est si étonnante ne l'est
pas encore autant que celle de M. l'abbé du Bos, quoi-
que postérieure de trois années seulement. Elle se trouve
(7 )
dans celui de ses savans et ingénieux ouvrages où
l'on n'irait pas la chercher, dans ses Réflexions sur la
Poésie et la Peinture : c'est le propre des grands hommes
de rapprocher tout et de tout unir. « L'esprit philoso-
phique fera bientôt d'une grande partie de l'Europe ce
qu'en faisaient autrefois les Goths et les Vandales, supposé
qu'il continue à faire les mêmes progrès qu'il a faits depuis
soixante-dix ans. »
Le P. Lafiteau, en 1734.
Un historien estimé de tous les partis, Lafiteau, après
avoir montré la connexion intime du jansénisme et du
protestantisme, ne fait pas difficulté de dire, en 1734,
« C'est ce qui paraîtra encore mieux dans une de ces
occasions critiques que Dieu veuille détourner, où il s'a-
girait de troubler tout pour établir une entière liberté
de conscience. Pour lors il est indubitable qu'on ver-
rait les jansénistes s'associer ouvertement aux protestans
pour ne plus faire qu'un même corps, comme ils ne font
déjà qu'une même âme avec eux ».
Le P. Neuville, en 1736.
«O religion sainte, s'écrie le père Neuville dans le
Panégyrique de saint Augustin, ô trône de nos rois ! ô
France! ô patrie! ô pudeur! ô bienséance! Ne fut-ce
que comme chrétien , je gémirais comme citoyen ; je ne
cesserais pas de pleurer les outrages par lesquels on ose
vous: insulter, et la triste destinée qu'on vous prépare.
Qu'ils continuent de s'étendre, de s'affermir, ces af-
freux systèmes, leur poison dévorant ne tardera pas à
consumer les principes, l'appui, le soutien nécessaire et
( 8 )
essentiel de l'État Amour du prince et de la patrie, liens
de famille et de société, désir de l'estime et de la répu-
tation publique, soldats intrépides , magistrats désinté-
ressés, amis généreux, épouses fidèles, enfans respec-
tueux , riches bienfaisans, ne les attendez, ne les espérez
point d'un peuple dont le plaisir et l'intérêt fait l'unique
Dieu, l'unique loi, l'unique vertu, l'unique honneur.
Dès lors, dans le plus florissant empire, il faudra que
tout croule, quetout s'affaisse, que tout s'anéantisse; pour
le détruire, il ne sera pas besoin que Dieu déploie sa
foudre et son tonnerre ; le ciel pourra se reposer sur la
terre du soin de le venger , et de la punir. Entraîné par
le vertige et le délire de la nation, l'état tombera et se
précipitera dans un abîme d'anarchie, de confusion, de
sommeil, d'inaction, de décadence et de dépérisse-
ment ».
Le P. Querk, en 1743.
Vers ce temps, le P. Querk, jésuite de Vienne, mort
en 1743 à 84 ans, avait coutume de dire au noviciat:
« Advenient tempora magnoe tribulationis, quibus abs-
que solidâ virtute succumbetis. Gaudebitis, si quis cobis
micas de mensâ suppeditaverit, sanguis à capitibus ves-
tris defluet ».
M. Dav. Hartley, en 1749.
En 1749 le savant anglais Dav. Hartlay écrivait ses
méditations sur l'homme, qu'on a traduites en allemand
en 1772, dans lesquelles il montre par des raisons plau-
sibles, « qu'il était très-vraisemblable,que les gouverne-
mens seraient bouleversés, et que la constitution du
gouvernement ecclésiastique serait détruite. »
( 9 )
L'abbé de Caveirac, en 1756.
Environ trente ans avant la révolution, l'abbé de Ca-
Veirac écrivait : «La révolution dont je parle a déjà fait de
grands progrès, et je prie le lecteur d'y faire attention.
On n'a qu'à jeter les yeux sur la France, et l'on verra que
la religion s'y cache, et lorsqu'elle devrait jeter des
hauts crits, à peine ose-t-elle se plaindre. Un déluge
d'écrits contre la religion inonde le royaume sans qu'on
y oppose une digue. L'ennemi est déjà à nos portes, et
personne ne l'aperçoit. Il a des intelligences dans la
place, et tout le monde est endormi. Evêques et magis-
trats , quel sera votre étonnement lorsqu'en vous réveil-
lant VOUS VERREZ LA RÉVOLUTION TOUTE FAITE ? »
La Sorbonne de Paris, en 1762.
(Censure de l'Emile de Rousseau.)
« Et si les sentimens naturels aux coeurs français ne
sont pas ceux de son coeur étranger, qu'il lui suffise de
présager follement la ruine de la monarchie et d'en
taire malignement la cause, et que , voulant hâter par
ses leçons détestables ce qu'il a rêvé devoir bientôt arriver,
IL N'ALLUME PAS DANS CE ROYAUME DES FLAMBEAUX PLUS
DANGEREUX mille fois que ne le furent à la république ro-
maine ceux que les Catilina et les Néron y allumèrent.
Et comment un état peut-il être en sûreté, quand la re-
ligion est en péril ? Qui foule aux pieds les droits de la
divine majesté, ne connaît plus les droits de la majesté
royale. »
( 10 )
L'abbé Labbat, en 1763.
L'abbé Labbat disait aussi en 1763, dans un sermon
qu'il a prêché à Paris, « que , par les progrès toujours
croissans de la philosophie et par les grandes protections
dont elle jouissait, la religion opprimée sourdement et
persécutée de la part du gouvernement, et le peuple
dupe d'une tolérance accréditée, dont d'adroits politiques
étaient les moteurs , une révolution devait nécessaire-
ment éclater tôt ou tard, et quelle n'était pas éloi-
gnée. »
Le Clergé, en 1765.
Le clergé, dans son assemblée de 1765, disait en con-
damnant plusieurs mauvais livres.... «Le mal est assez
pressant pour alarmer les deux puissances.... La Majesté
de l'Etre-Suprême , et celle des rois sont outragées
L'esprit du siècle semble nous menacer d'une révolu-
tion qui annonce de toutes parts une ruine et une des-
truction générale»,
( Condamnation des livres in-4° page 5.)
Coger, Recteur de l'Université , en 1766.
Il proposa, l'année de son rectorat, pour sujet du prix
d'éloquence latine cette question ? Nùm magis Deo
quàm regibus infensa sit ista. quod Vocatur hodiè phi-
losophia ?»
Le mot magis forme un équivoque que Voltaire à
saisi pour faire rire aux dépens du recteur , traduisant le
texte par cette phrase :
Cette qu'on nomme aujourd'hui philosophie n'est
(11)
pas plus ennemie de Dieu que des rois; il composa sur
ce principe un discours sous le nom de l'avocat Belle-
guier, qui, loin d'affaiblir la vérité du Recteur, ne fit que
la prouver davantage.
Champion de Pontalier, en 1767.
Nous trouvons dans les Variétés d'un philosophe
provincial publiées en 1767 la révolution prédite avec
une vérité, une énergie, des formes et un talent du
premier ordre (1). Tantôt on la présente sous une allé-
gorie ingénieuse, et tantôt avec une admirable nudité.
« Au milieu d'un vaste globe ,représentant l'univers ,
s'élève une colonne , sur le faîte de laquelle on lit ces
grands mots : Omnis potestas à Deo. Au bas de la co-
lonne, à l'orient, est un autel en marbre blanc, sur lequel
il y a trois encensoirs d'or fumans. A l'occident est
un trône de bronze, où l'on remarque une épée et un
sceptre d'acier en sautoir; aux volutes du chapiteau, du
côté de l'autel, sont suspendus des mitres, des tiares ,
des bandelettes, les unes blanches , les autres rouges :
du côté du trône , des couronnes, des cordons et des
diadèmes étincelant de pierreries ; une figure gigantes-
que et aveugle représente la Sophimanie, foulant d'un
pied le trône, et de l'autre l'autel; serrant d'un bras la
colonne, et levant l'autre pour enlever les glorieux sym-
boles attachés au chapiteau ; mais les mouvemens de sa
main dans l'air semblent ébranler une nuée grosse de
(1) C'est, à nos yeux, le plus beau livre, et le chef-
d'oeuvre peut-être du 18e siècle, le plus rare et le moins
connu. O justice humaine, que vous êtes injuste !
( 18 )
foudres , qui repose au-dessus de la colonne et menace
d'éclater. Vers la base, le luxe et l'avarice excitent une
troupe de nains informes à creuser indifféremment sous
le trône et sous l'autel, avec des instrumens d'agriculture
et de divers métiers, pour découvrir une mine d'argent,
dans laquelle on les voit s'enterrer tout vifs, et sur le
point d'être engloutis par un gouffre de feu qui termine
la gravure; à droite et à gauche, plusieurs groupes de
spectateurs paraissent s'agiter beaucoup, et attendre tous
un grand événement »
» Les hétérodoxes et les schismatiques ne sauraient
faire tort à la croyance catholique , soit qu'ils en adop-
tent une partie, soit qu'ils en rejettent une autre. On
connaît assez le principe et l'époque de leur révolte. La
plus sainte hiérarchie peut couver encore de nouveaux
monstres, et L'ÉVÉNEMENT QUI DOIT LES FAIRE ÉCLORE
APPROCHE SANS QU'ON LE VOIE. A ceux-ci il en succédera
d'autres, jusqu'au moment où l'esprit de mensonge n'aura
plus la funeste liberté de se promener sur la terre en
soufflant parmi nous de subtiles fureurs »
» Vous êtes trop sévère, croyez-moi: laissez faire le
luxe, qui égalise toutes les conditions, et ruine celles qui
dépassent le niveau ; l'ambition, qui, en augmentant la
foule des aspirans, confondra nécessairement la noblesse
et la roture : la faveur, qui avilira les titres en les pro-
diguant ; l'avariée , qui mettra le tarif aux distinctions,
et vendra la gloire ou l'opulence, qui achètera de la
valeur et des services ; la volupté qui desséchera la source
du meilleur sang; la paresse et son inséparable compagne,
la pauvreté, qui feront contraster si ridiculement l'état
et la naissance , et réduiront en chimères le sang et ses
( 13 )
augustes prétentions; avec le temps, sans doute, il y aura
tant de noblesse , et une noblesse si lamentable,
que »
« Toutes les idées sont si renversées aujourd'hui ; on
est si loin des notions les plus claires ; les vérités, qu'on
a toujours regardées comme le rudiment des moeurs et
la source de l'honnêteté publique, ont tellement dégé-
néré en problèmes et en paradoxes ; on a tellement oublié
les maximes fondamentales du patriotisme même et de
la saine politique , qu'avant trente ans , supposé que
cela continue, on n'entendra raison sur rien : le brouil-
lard gagne et s'étend sur toute l'Europe, au point qu'on
n'y verraplus en plein midi.
" Je conseillerai donc à tous ceux qui espèrent vivre
et à qui le délire épidémique n'a pas encore fait tourner
la tête, de recueillir bien précisement les lumières de
leur bon sens , et d'écrire comme quelque chose de fort
rare ce que du premier coup d'oeil leur esprit décidera,
juste et convenable; surtout qu'ils prennent garde de se
rebuter, par la raison que cela leur paraîtrait trop évi-
dent. EN 1797 ou 98 AU PLUS TARD, il sera temps de faire
imprimer le recueil ; alors on trouvera neuf ce qu'il y a
de plus simple ; et je craindrais même, vu les progrès de
la déraison, que ce livre ne parût encore trop extraordi-
naire. Cependant je pense que peu à peu on s'y accou-
tumera : ainsi un malheureux tout à coup sorti d'un
noir cachot où il languissait depuis bien des années, souf-
fre de la première vue du soleil ; mais il ne tarde pas à
s'y faire .... »
( 14 ).
Le Clergé, en 1770.
« Nous ne cherchons point. Sire, disent les évêques,
en 1770, nous ne cherchons point, comme une fausse
politique aime à nous le reprocher, à comprimer l'essor
du génie, à l'arrêter dans sa marche, ni à condamner
vos peuples à l'ignorance et à la superstition. La religion,
ne craint pas la lumière, elle ne craint que les égare-
mens de la raison, et non ses efforts. Elle ne s'oppose
point à la perfection des sciences humaines. Mais pour
ne pas arrêter les progrès heureux de l'esprit humain ,
faut-il donc lui permettre de tout détruire ? et ne POURRA-
T-IL ÊTRE libre que lorsqu'il n'y aura rien de sacré pour
lui. Cette liberté effrénée de rendre publics les délires
d'une imagination égarée, loin d'être nécessaire au dé-
veloppement de l'esprit humain, ne peut que le retarder
par les égaremens où elle le jette, par les folles illusions
dont elle l'enivre, et par les troubles divers dont elle
REMPLIT les Etats. »
Et après, avoir averti le monarque que l'impiété
ne sera satisfaite que lorsqu'elle aura ANÉANTI toute
puissance divine et humaine, « Ce ne sont pas des lois
cruelles, mais réprimantes que nous sollicitons, ajoutent
les prélats ; nous ne demandons pas que l'impie périsse,
mais qu'il soit contenu. La vigilance est le premier
des freins, et c'est surtout celui que l'irréligion re-
doute. »
Le clergé de France s'assembla à Paris par permission
du Roi, et publia un Avertissement aux fidèles du
( 15 )
royaume, où les dangers des nouvelles opinions étaient
signalés.
" C'est par les soins des assemblées du clergé, disaient
alors les évêques, que les erreurs de la prétendue ré-
forme ont été entièrement proscrites, l'obéissance aux
jugemens de l'Église maintenue, les illusions des faux
mystiques dissipées, les égaremens d'une morale relâchée
arrêtés et confondus; et, depuis plus de deux cents ans
que leur forme actuelle a été déterminée, l'erreur n'a
pu tenter aucune entreprise qu'elles ne l'aient fortement
réprimée, soit par des censures, des déclarations, des
expositions qui règlent et assurent la croyance; soit par
des instructions, des avis, des avertissemens qui en dé-
veloppent les principes et les motifs.
» Ce ne sont plus seulement quelques dogmes parti-
culiers qui sont attaqués. L'impiété cherché à nous en-
lever le dépôt entier de nos saintes vérités; affranchie
de tout respect, elle ne met plus de borne à ses pro-
jets de destruction. Des écrivains téméraires réunis
semblent vouloir, par leurs productions criminelles,
exterminer jusqu'au nom du Très-Haut de dessus la
terre.
»La connaissance de la vérité est le plus grand avan-
tage qu'on puisse procurer à l'homme. Si l'homme ne
connaît pas ce qu'il doit penser de Dieu, de la nature de
son âme, des devoirs qui lui sont prescrits, de la fin à
laquelle il doit tendre, comment pourra-t-il régler sa
conduite et ses actions? La multitude surtout ne peut
être abandonnée à elle-même sans instruction. Lorsqu'elle
ignore la vérité, elle invente ou elle adopte des fables et
( 16 )
des mensonges; et si elle ne sait pas la route qu'elle doit
tenir, il faut qu'elle s'égare.
» Si sur ces vérités l'homme ne peut rester dans l'in-
décision, pourquoi la plupart des écrivains, uniquement
occupés à détruire, ne daignent-ils rien substituer à l'é-
difice qu'ils veulent renverser ? Croient-ils donc que,
pour répandre la lumière, il suffise de proposer des
doutes et des objections ? Les vérités les plus lumineuses
ne trouvent-elles pas souvent des adversaires adroits qui
ont l'art funeste de les obscurcir?
» Quand ces écrivains cherchent à noircir la religion
et à la décrier aux yeux des peuples, quels sont leurs
projets et leurs espérances ? Le plus hardi d'entre eux
convient qu'il est impossible de faire oublier à tout un
peuple, ses opinions religieuses, et les idées qu'il a sur la
divinité. Mais si la multitude ne peut être sans religion,
est-ce donc la préserver de la superstition que d'affaiblir
en elle la croyance de l'Évangile ? Plus le peuple est in-
certain , plus il est superstitieux.
» Les absurdités du paganisme ont succédé aux notions
de la divinité, affaiblies par les hommes. C'est la religion
chrétienne qui a détrompé l'univers; c'est elle encore
qui nous garantit des écarts et des délires de la supersti-
tion. Les craintes du peuple, ses désirs, son impatiente,
sont prêts à chaque instant à échapper au zèle des pas-
teurs. La vérité seule préserve de l'erreur, et, pour éviter,
un culte superstitieux, il faut commencer par rendre à Dieu
celui qu'il prescrit.
»S'il est impossible que le peuple n'ait aucun principe de
religion, quel malheur pour lui que ceux qui gouvernent
vinssent à n'en pas avoir. Si leur âme est naturellement
( 17 )
violente; s'ils sont emportés par leur passion; si l'avarice
les domine, qui pourra retenir ceux que les lois humaines ne
peuvent réprimer? Le prince qui n'a point de religion, a
dit Montesquieu, est un lion terrible qui ne sent sa liberté
que lorsqu'il déchire et qu'il dévore. Ainsi l'incrédulité
favorise les deux fléaux qu'elle semble le plus redou-
ter , la superstition et le despotisme, et sa doctrine ne
convient ni aux souverains ni aux nations.
» Des peuples superstitieux, des sujets indociles, des
rois tyrans, des citoyens infidèles, des lois impuissantes;
nulle crainte pour le crime, nul espoir pour la vertu,
nulles consolations pour le malheur; des lumières faibles,
incertaines et insuffisantes, plus capables d'égarer que
de conduire : voilà donc les fruits que l'irréligion prépare
aux hommes. Ecoutez donc ce que disait autrefois Dieu
à son peuple : «Je vous ai donné une terre d'espérance et
de promission ; vous avez toujours été mon peuple chéri
et l'objet de mes complaisances; si vous êtes fidèles à ma
voix, je continuerai à vous combler de mes bienfaits;
mais si vous vous écartez de ma loi, si vous me mécon-
naissez , moi qui n'ai point de commencement et qui n'au-
rai jamais de fin, j'armerai contre vous tous les fléaux
de ma vengeance ; je répandrai partout le trouble et la
confusion; je romprai tous les liens qui vous unissent;
le père et le fils ne connaîtront plus les droits du sang,
les citoyens ceux de la patrie, les sujets ceux de l'auto-
rite; mes bienfaits tourneront contre vous; vos lois seront
sans vigueur; votre puissance ne servira qu'à vous séduire,
les sciences dont vous vous glorifiez, qu'à vous perdre et à
vous égarer. »
( 18 )
« Eh quoi ! s'écriaient toujours les évêqués de France,
pour ne pas arrêter les progrès heureux de l'esprit humain,
faut-il donc lui permettre de tout détruire? Ne pourra-t-il
être libre que lorsqu'il n'y aura plus rien de sacré pour lui ?
Cette liberté effrénée de rendre publics les délires d'une
imagination égarée, loin d'être nécessaire au développe-
ment de l'esprit humain, ne peut que le retarder par les
écarts où elle les jette, par les illusions dont elle l'enivre,
et par les troubles divers dont elle remplit les États.
C'est cette fatale liberté qui a introduit chez les insulaires,
nos voisins, cette multitude confuse de sectes, d'opinions
et de partis, cet esprit d'indépendance et de rébéllion qui
y a tant de fois ébranlé ou ensanglanté le trône. CETTE
LIBERTÉ PRODUIRAIT PEUT-ÊTRE PARMI NOUS DES EFFETS
ENCORE PLUS FUNESTES ; elle trouverait dans l'inconstance
de la nation, dans son activité, dans son amour pour les
nouveautés, dans son ardeur impétueuse et inconsidérée,
des moyens de plus pour y faire naître LES PLUS ÉTRANGES
RÉVOLUTIONS et la précipiter dans TOUTES LES HORREURS,
DE L'ANARCHIE. »
M. Séguier, en 1770.
« Il n'est plus possible de se le dissimuler, une espèce
de confédération réunît une foule d'écrivains contre la
religion et le gouvernement. Cette ligue criminelle a trahi
elle-même son secret. Son but principal est de détruire
l'harmonie établie entre tous les ordres de l'État et main-
tenue par la relation intime qui a toujonrs subsisté entre
la doctrine de l'Église et les lois politiques.
"Il s'est élevé au milieu de nous une secte impie et
(19)
audacieuse ; ses partisans se sont élevés en précepteurs
du genre humain, D'une main, ils ont tenté d'ébranler le
trône y de l'autre, ils ont voulu renverser les autels. Leur
objet était d'éteindre la croyance, de faire prendre un
autre cours aux esprits sur les institutions religieuses et
civiles.
« C'est à la religion surtout que ces novateurs ont cher-
ché à porter les coups les plus funestes ; ils se sont achar-
nés à déraciner la foi.
» Cette secte dangereuse a employé toutes les ressources,
et, pour étendre la corruption, elle a empoisonné, pour
ainsi dire, les sources publiques. Éloquence; poésie, his-
toire, romans, jusqu'aux dictionnaires, tout a été infecté;
et nos théâtres eux-mêmes ont renforcé ces maximes
pernicieuses : et le gouvernement doit trembler de tolérer
dans son sein une secte ardente d'incrédules, qui semble
ne chercher qu'à soulever les peuples sous prétexte de
les éclairer.
» Son génie inquiet, entreprenant et ennemi de toute
dépendance, aspire à bouleverser toutes les constitutions
politiques ; et ses voeux ne seront remplis que lorsqu'elle
aura mis la puissance exécutrice et législative entre les
mains de la multitude ; lorsqu'elle aura détruit cette iné-
galité nécessaire des rangs et des conditions ; lorsqu'elle
aura avili la majesté des rois, rendu leur autorité pré-
caire et subordonnée aux caprices d'une foule aveugle ;
et lorsqu'enfm, à la faveur de ces étranges changemens,
elle aura précipité le monde entier dans l'anarchie et
dans tous les maux qui en sont inséparables, peut-être
même dans le trouble et la confusion où ils auraient jeté
les nations, ces prétendus philosophes, ces esprits indé-
(20)
pendans se proposent-ils de s'élever au-dessus du vulgaire,
et de dire aux, peuples que ceux qui ont su les éclairer
sont seuls en état de les gouverner.
La Sorbonne, en 1773.
En 1773, 1a Sorbonne afficha sa célèbre thèse qui criait :
Malheur aux Rois !!!.... (Mém. de Barruel., t.1.)
M. de Beauvais, en 1773, etc.
« L'impiété est arrivée au moment d'une RÉVOLUTION
GÉNÉRALE qui ne laissera plus un jour ni culte, ni moeurs,
ni Dieu. »
Le célèbre prédicateur, prêchant sur la Cène le jeudi-
saint, en 1773 , faisant allusion à ces mots : Encore
quarante jours, et Ninive sera détruite, il prédit une
mort que rien ne pouvait faire croire proche.
Dans l'Oraison funèbre de Louis XV, il prédit la ré-
volution : « Il n'y aura donc plus de superstition parce
qu'il n'y aura plus de religion, plus de faux héroïsme
parce qu'il n'y aura plus d'honneur, plus de préjugés
parce qu'il n'y aura plus de principes, plus d'hypocrisie
parce qu'il n'y aura plus de vertus ! Esprits téméraires,
voyez les ravagesde vos systèmes, et frémissez de vos suc-
cès. Révolution plus funeste encore que les hérésies qui
ont changé autour de nous la face de plusieurs États !
Elles y ont du moins laissé un culte et des moeurs; et
nos neveux malheureux n'auraient plus ni culte ni Dieu!
O sainte Église gallicane!... ô Roi très-chrétien!... Dieu,
de nos pères, ayez pitié de la postérité! »
( 21 )
M. Tavenot, en 1773.
« Une fausse philosophie née de l'indépendance et
de la présomption élève aujourd'hui un front audacieux,
s'arme de mille traits empoisonnés qu'elle ose lancer
contre la religion ; elle la poursuit avec une fureur
qui n'a point d'exemple. C'est tantôt par des attaques
à découvert, tantôt par des sombres marches , d'autant
plus dangereuses qu'elles sont moins aperçues. On ne
peut se dissimuler les rapides progrès qu'elle fait jour-
nellement. Nous touchons presque au temps d'une cor-
ruption générale, suite funeste de l'extinction des ver-
tus et des moeurs si pures dont la religion est une source
intarissable, et qui ont fait la gloire de nos ancêtres
Ce qui touche jusqu'aux larmes, ce sont les périls aux-
quels notre jeunesse est exposée. Que déviendra l'espoir
de la nation, lorsque ses enfans, livrés de bonne heure à
l'incrédulité et à la licence, abjureront, du moins dans
leurs coeurs, la foi et les vertus de leurs pères, et qu'ils
n'auront désormais pour la servir d'autre motif et d'au-
tre aiguillon qu'un intérêt bassement personnel, aussi
éloigné du citoyen que du héros? »
M. Le Franc de Pompignan ( vers ce temps ).
Un homme de lettres , qui fut le plus vertueux et
peut-être le plus poète des poètes du dix-huitième siècle,
Le franc de Pompignan lut courageusement à une assemblée
surprise de l'entendre (car c'était lui faire une leçon
cruelle ), à l'Académie française, une Epître sur la
Décadence des lettres et des moeurs, où la poésie est
élevée à la hauteur de la théologie.
( 22 )
Le Clergé, en 1775.
a Si Dieu seul peut commander à la pensée de l'hom-
me , la loi doit commander à ses productions. Et que de-
viendrait la société sans cette police active qui, veillant
à la tranquillité des esprits comme à la conservation des
citoyens, ne permet pas que le poison soit offert à la
simplicité et à l'imprudence, et que les plantes véné-
neuses croissent à côté des plantes salutaires. »
M. Delille , en 1775.
Un officier, M. Delille, composa à Chanteloup , en
1775, une chanson qu'on ne saurait trop reproduire, où
les principaux actes de la révolution sont mis à l'usage
des peuples qui devaient la faire ou la souffrir.
Vivent tous nos bons amis,
Encyclopédistes,
Du bonheur français épris,
Grands économistes ;
Par leurs soins au temps d'Adam,
Nous reviendrons, c'est leur plan :
Momus les assiste,
O gué!
Momus les assiste.
Ce n'est pas de nos bouquins
Que vient leur science ;
En eux ces fiers Paladins
Ont la sapience;
Les Colbert et les Sully
Nous paraissent grands, mais fil
( 20 )
Ce n'est qu'ignorance,
O gué!
Ce n'est qu'ignorance.
On verra tous les États
Entre eux se confondre,
Les pauvres sur leurs grabats
Ne plus se morfondre;
Des biens on fera des lots
Qui rendront les gens égaux :
Le bel oeuf à pondre,
O gué!
Le bel oeuf à pondre.
Du même pas marcheront
Noblesse et roture ;
Les Français retourneront
Au droit de nature.
Adieu parlemens et lois,
Ducs et Princes et Rois.
La bonne aventure,
O gué!
La bonne aventure.
Puis devenus vertueux,
Par philosophie ;
Les Français auront des dieux
A leur fantaisie :
Nous reverrons un oignon
Au Sauveur damer le pion :
Ah ! quelle harmonie,
O gué!
Ah ! quelle harmonie.
Alors d'amour sûreté,
Entre soeurs et frères,
Sacremens et parenté ,
( 24 )
Seront des chimères ;
Chaque père imitera
Noé quand il s'enivra :
Liberté plénière,
O gué!
Liberté plénière.
Plus de moines langoureux ,
De plaintives nonnes ;
Au lieu d'adresser aux cieux
Matines et Nones ;
On verra ces malheureux
Danser, abjurant leurs voeux,
Galante Chaconne,
O gué!
Galante Chaconne.
Partisans des novations
La fine sequelle!
La France des nations
Sera le modèle :
Et cet honneur nous devrons .
A Turgot et compagnons,
Besogne immortelle,
O gué!
Besogne immortelle.
A qui devrons-nous le plus?
C'est à notre maître
Qui se croyant un abus
Ne voudra plus l'être.
Ah ! qu'il faut aimer le bien
Pour de roi n'être plus rien ;
J'enverrais tout paître,
O gué !
J'enverrais tout paître.
( 25 )
L'abbé Fiard, de Dijon, en 1775.
C'était la même année qu'un simple prêtre de Dijon,
l'abbé Fiard, écrivait à l'assemblée du clergé « qu'un
déluge de maux était prêt à fondre sur la nation, si on
ne surveillait pas les sociétés secrètes... »
Le P. Beauregard, en 1776.
En 1776, le P. Beauregard, dont le nom lui-même
semble empreint de prophétie, couroit dans les églises
de Paris, prophétisant la révolution.
« Mais vous n'avez pas encore vu les effets de la co-
lère de Dieu : attendez, vos pères ont vu; et PLUT A
DIEU QUE vous NE VISSIEZ PAS DE vos PROPRES YEUX DES
MALHEURS PUBLICS, la famine, c'est-à-dire des enfans
demandant du pain à une mère affamée ; les hommes,
au défaut des animaux, fouillant dans la terre pour y
trouver des ossemens ; les mères égorgeant le fruit
de leurs entrailles, et dérobant à leurs maris la part d'un
festin si barbare !... Attendez, vos pères ont vu, et plût
à Dieu que vous ne vissiez pas de vos propres yeux
un fléau, la peste, c'est-à-dire, etc ; attendez,...,
un fléau plus terrible, parce qu'il occasione plus de
crimes; la guerre et ses horreurs, c'est-à-dire... le temps
où Dieu met dans les mains de l'ange exterminateur le
glaive du grand carnage, etc! Mais pourquoi de-
mander aux siècles futurs?.... etc. »
« La hache et le marteau, disait-il une autre fois,
sont dans les mains des philosophes; ils n'attendent que
le moment favorable pour renverser le trône et l'autel.»
3
( 26 )
« Oui, Seigneur, disait-il, vos temples seront dé-
pouillés et détruits, vos fêtes abolies, votre nom blas-
phémé, votre culte proscrit. Mais qu'entends-je? grand
Dieu! que vois-je? aux saints cantiques qui faisoient
retentir les voûtes sacrées en votre honneur, succèdent
des chants lubriques et profanes ! Et toi, divinité infâme
du paganisme, impudique Vénus, tu viens ici même
prendre audacieusement la place du Dieu vivant, t'as-
seoir sur le trône du Saint des saints, et recevoir l'en-
cens coupable de tes nouveaux adorateurs ! » Ces derniers
traits sont évidemment inspirés : c'est le culte rendu à
la volupté, que l'orateur prédisait au lieu même où il
devait être rendu, dans l'église de Notre-Dame. A Ver-
sailles, prêchant devant le Roi le dimanche de la Passion,
en 1789, le hardi prédicateur s'arrêta tout à coup au
milieu de son discours, et reprenant ensuite avec un
ton de prophète, il jeta ces étonnantes paroles dans
l'assemblée tout émue : « France, France, France!
ton heure approche, tu seras bouleversée, confondue. »
Ce prêtre évidemment était fou; et ne sait-on pas au-
jourd'hui qu'il voyait des fantômes, et que son imagina-
tion l'emportait dans les excès d'un vrai délire?
M. Moreau, en 1778.
Un historien de France, que les philosophes ont
cherché à déconsidérer, et que les sages estimeront
toujours, M. Moreau, disait dans un de ses Discours sur
l'histoire : « Souverains de la terre, que deviendra votre
pouvoir, si ce n'est plus la conscience qui nous prescrit
le devoir d'obéir? que deviendra la liberté des peuples ?...
Je suis effrayé de le prévoir, et je n'ose l'annoncer ; mais
(27.)
nous verrons, sous les règnes suivans, quelle est la
force la plus à craindre, ou de celle de la souveraineté
qu'on abandonne, ou de la multitude qui ne veut plus
être soumise Malheur aux rois! malheur aux peu-
ples ! malheur à l'État, lorsque la religion n'est plus
regardée comme le rempart du trône !»
M. de Boulogne, en 1779, etc.
Un orateur long-temps célèbre, et qui prolongea jus-
qu'à nos jours sa brillante carrière d'apostolat et d'élo-
quence, M. de Boulogne, présagea, dès 1779, dans
l'Eloge du Dauphin (1), les désastres qui alloient peser
sur sa famille.
« Il avait encore senti que de toutes les épidémies,
celle de raisonner sans fin est la. plus vaine et la plus
triste ; que tout est perdu, si le peuple s'abandonne ja-
mais à l'intempérance de sa curiosité, si jamais il parvient
à subtiliser sur ses devoirs ; qu'il n'agira plus s'il discute ;
qu'il tient bien plus à la vertu par le sentiment que par
la raison, cette froide raison qui arrive si rarement
quand on l'appelle, qui conseille si faiblement quand
elle répond : qu'à ce sentiment qui le dirige succédera
bientôt une inquiétude qui ne fera que l'agiter; qu'il
deviendra atroce, si on le rend penseur; que ce peuple
(1) M. l'abbé Proyart, qui depuis a fait un beau livre dont
le titre seul est fort beau , Louis XVI détrôné avant d'être
roi, a fait aussi la même année un Eloge du Dauphin, où
l'esprit prophétique est aussi bien que dans celui de M. de
Boulogne.
( 38 )
a besoin, non sans doute d'être trompé, mais d'être do-
miné par une force invincible et secrète, sur laquelle il
ne doit point avoir de prise ; qu'on la lui rend suspecte
par l'esprit de doute, esprit funeste qui ne peut servir
qu'à lui apprendre à se méfier de la conscience; qu'en
ce point même tous les hommes sont peuple , que pour
eux, il n'y a plus de règles, dès qu'il n'y a plus de bar-
rière sacrée; qu'à force de leur dire de s'affranchir des
préjugés, on les invite à ne plus respecter de principes,
en nourrissant en eux ce penchant secret qui les porte à
l'indépendance ; que, ne pouvant jamais connaître par
eux-mêmes le terme où il faut s'arrêter, ce point si déli-
cat où la liberté devient licence, où le doute cesse d'être
sagesse, où l'examen dégénère en audace, leur vague
incertitude doit porter à jamais dans les moeurs l'anarchie,
dans la raison un délire sans frein, dans toutes les facultés
de l'âme l'engourdissement et la mort.
»Une triste expérience lui confirmait ces vérités. Il voyait
se préparer la fatale révolution; l'invasion des impies
plus redoutable encore que celle des barbares, et à sa
suite l'esprit de la nation qui s'altère et qui baisse; la
France languissant dans une consomption interne, dont
peut-être elle ne se relèvera plus; un assemblage mons-
trueux de luxe extrême et d'extrême misère, de graves
bagatelles et de frivolités profondes ; un mélange inouï de
toutes les horreurs avec toutes les grâces, de tous les
crimes avec tous les agrémens ; tous les excès commis au
nom de la raison, tous les écarts au nom du génie; la
dégradation des âmes entraînant celle des esprits; des
talens sans élévation, des caractères sans énergie ; plus
rien de sûr dans les principes, plus rien de grand dans
( 29 )
les passions ; des systèmes à la place des vertus, des pro-
blèmes au lieu de devoirs, de grands mouvemens pour
de petits objets, de grandes récompenses pour de petits
travaux, de grandes réputations pour de petits succès ; et
plus que tout cela encore, l'oubli de toute vérité, mille
fois plus funeste que l'irréligion déclarée, et la fatale in-
différence qui, mettant fin à toutes les disputes, mettra
bientôt le comble à toutes les erreurs. »
L'orateur renouvela ses prophéties dans tous ses ser-
mons , et plus particulièrement dans celui sur la Vérité,
du carême de 1783, au point d'effrayer ses auditeurs.
«Ici, mes Frères, quel spectacle s'offre à mes yeux?
quelle guerre s'allume? quelle ligue se forme, et qu'est-ce
donc que ce frémissement des nations et des peuples?
Quare fremuerunt gentes? ( Ps. n, 1. ) Que signifient,
et ces partis, et ces cabales, et ces systèmes entassés sans
fin ? Pourquoi toute cette effervescence de la raison, cette
vague inquiétude de nos vaines pensées qui se poussent,
se heurtent et s'agitent comme les flots soulevés par l'o-
rage ? Quoi ! ces temps annoncés par l'Évangile seraient-
ils arrivés? Toucherions-nous à cette heure fatale où le
choc des opinions doit précéder le choc des élémens ?
Erunt proelia et opiniones ? (S. Math, XXIV, 6. ) La foi
aurait-elle perdu ses droits à nos hommages ? Non, sans
doute ; mais elle alarme les passions, et les passions ne
veulent plus de frein ; mais elle humilie la raison, et la
raison ne veut plus souffrir de maître. De là cette fierté
séditieuse qui se communique de proche en proche ; de
là cette anarchie des esprits, ce fanatisme d'impiété qui
les emporte tous; de là ces attentats d'une secte nouvelle
qui ose en appeler de la soumission de dix-huit siècles,
( 3o )
qui consacre l'indépendance sous le nom de liberté, et
confond tristement le désir de connaître avec la hardiesse
de penser, l'examen de l'ancienne croyance avec le goût
des nouveautés profanes, et les droits légitimes de la
raison avec la licence effrénée des systèmes. »
Le Clergé, en 1780.
Le clergé de France disait, en 1780 : « Encore quel-
ques années... de silence, et l'ébranlement, devenu
général, ne laissera plus apercevoir que des ruines. »
La Sarbonne de Paris, en 1781.
(Censure de l' Histoire philosophique et politique, etc.,
où l'auteur qui depuis a fait une amende honorable
célèbre, invitait, dit la Sorbonne, les peuples à mas-
sacrer leurs rois.)
« A la vue des attaques qu'on livre AVEC FUREUR à
notre sainte religion, et des efforts que font les impies
pour y substituer ces délires d'une philosophie insensée,
ne sommes-nous pas en droit de faire entendre de sem-
blables gémissemens ? Ce n'est plus un seul homme qui
ose élever la voix contre le Seigneur et son temple ; C'EST
UNE CONJURATION FORMÉE, C'EST UNE LIGUE NOMBREUSE,
qui emploie ses efforts sacriléges pour frustrer l'Être-
suprême du tribut d'hommages et d'adoration qui lui
est dû. Y eut-il jamais un plus juste sujet de s'écrier :
Voici un temps d'affliction, d'insulte et de blasphème !
» Combien, en effet, s'est multiplié de nos jours le
nombre de ces hommes audacieux dont la bouche s'ouvre
insolemment contre le ciel? Quelle foule d'écrits impies
( 51 )
ne voyons-nous pas inonder le monde chrétien? FUT-IL
JAMAIS DE PROJET PLUS CRIMINEL que celui que forment
les coupables auteurs qui enfantent et qui répandent ces
écrits? Ils voudraient détruire sur la surface de la terre
toute espèce de religion ; ils représentent tous les cultes
indistinctement, comme imaginés par des imposteurs,
adoptés par les princes pour affermir leur domination, et
commander arbitrairement aux nommes, etc.»
Le Clergé, en 1782,
" Déjà le poison coule à grands flots dans les diffé-
rentes parties du royaume. Les barrières les plus fortes
contre le choc des passions humaines s'ébranlent, et
tombent successivement : on ne craint plus de faire re-
tentir aux oreilles mêmes des peuples le dogme, non
moins faux que destructeur, de l'indépendance de toute
autorité. »
L'évêque de Lescar, en 1783.
« Je les vois, s'écriait M. l'évêque de Lesear, en 1788,
je les vois (les novateurs) porter une main sacrilége sur
les ornemens du sanctuaire, se charger avidement de ses
dépouilles, fermer les portes de la maison de Dieu, ou
en changer la destination, renverser nos temples, et en
arracher les prêtres occupés du sacrifice, poursuivre
au-dehors leur victoire impie, et, dans leurs triomphes
et leurs festins, insulter à nos douleurs, et, par des liba-
tions impures, profaner les vases consacrés par la cé-
lébration de nos mystères les plus redoutables.... Et vous
demandez encore des signes et des présages de la
RÉVOLUTION que le Saint-Esprit veut vous faire craindre !
( 32 )
en faut-il davantage que LA RÉVOLUTION ELLE-MÊME qui,
préparée de loin, S'AVANCE A GRANDS PAS, ET SE CONSOMME
SOUS VOS YEUX. »
Le P. Elisée, en 1783.
« O vous, qui donnez les bornes à l'immensité de la
mer, et qui domptez l'orgueil des flots ! réprimez la li-
cence des esprits, et arrêtez ce torrent de l'impiété qui
menace de ravager la terre. Hélas ! peut-être touchons-
nous à ces jours désastreux, où les yeux des élus, con-
traints de gémir sur les malheurs de la sainte Jérusalem,
se changeront en des sources de larmes! les progrès ra-
pides de l'incrédulité, le mépris des choses saintes,
l'indifférence pour les dogmes, la prévention des esprits-
forts contre le merveilleux, et leurs efforts pour décou-
vrir,, dans les forces de la nature, la cause de tous les
prodiges ; le Dieu du ciel, presque oublié dans les ar-
rangemens humains, comme s'il n'était pas le Dieu des
armées et des empires; les voeux que les Moïses lui
adressent sur la montagne, regardés comme indifférens
aux succès des combats; les travaux du ministère, les
sacrifices des vierges, les larmes des pénitens, méprisés
comme des inutilités pieuses; enfin la facilité des esprits
à recevoir ces funestes impressions,doivent nous faire
craindre UNE RÉVOLUTION DANS LA FOI. Éloignez, grand
Dieu ! ce funeste présage : conservez ce dépôt sacré dans
ce royaume, que la piété de ses rois, le zèle éclairé des
pontifes, l'attachement du peuple au culte de ses pères ,
rendent encore une portion florissante de votre héritage.
Augmentez, dans tous les fidèles, l'amour de la religion :
faites gémir l'impie sur ses excès, et que tous les coeurs,
(33 )
réunis par la foi dans le sein de votre Eglise, aspirent
aux récompenses promises aux vrais adorateurs! »
Le P. Lenfant, depuis cette époque jusqu'en. 1790.
« De nos jours, au milieu des éclatantes lumières qu'a
répandues le christianisme, et jusque dans son sein, je
vois l'effort de quelques hommes tristement fameux qui
s'éloignent des bannières de la foi, tâcher de déraciner,
avec les dogmes, toutes les vertus ; mettre toutes les pas-
sions du coeur en liberté; vouloir affranchir l'esprit de
tout esclavage; ne donner à la raison rien qui la con-
tente; permettre aux penchans tout ce qui les satisfait;
s'appliquer, avec acharnement, à ébranler tous les bons
principes, que de leur part rien ne remplace; renverser
tout sans rien savoir construire; ravager tout dans
l'univers, sous prétexte de le réformer, pour le laisser
ensuite au milieu de ses débris et de ses ruines » (1).
L'abbé de Feller, en 1788, etc.
Un homme qui commence à être très-apprécié, et qui
(1) Partout où l'on savait que le père Lenfant devait prê-
cher, la foule se pressait autour de la chaire. Les philoso-
phes eux-mêmes ne dédaignaient pas de venir l'entendre.
On a vu J.-J. Rousseau se mêler parmi ses auditeurs, et
confesser ensuite que la Religion ne pouvait rencontrer de
plus habile défenseur, ni la nouvelle philosophie de plus
redoutable adversaire. Diderot et d'Alembert allèrent aussi
l'entendre prêcher à Saint-Sulpice pendant un carême, et
c'est à la suite du sermon sur la foi, que le premier dit à
l'autre, en présence de M. Tersan, curé de cette paroisse :
« Après un sermon semblable, il devient difficile de rester
incrédule.»
( 34 )
ne l'est pas encore assez, l'un des plus savans hommes et
l'un des hommes les plus remarquables de la fin du XVIIIe
siècle, Feller, disait, dès 1783 : «La postérité, ayant
sous les yeux les événemens qui lui sont réservés, ju-
gera peut-être mieux que nous si le projet formé à
Bourg-Fontaine par les jansénistes a existé ou non : »
Et en 1784 : « Cent mille paysans anglais prirent les
armes au temps de Wicleff, en 1379, au nom de liberté.
RÉVOLUTION effrayante, que les maximes des philoso-
phes modernes tendent à reproduire. »
MM. Albert de Haller et Wiéland, en 1783.
En Allemagne, Albert de Haller, l'aïeul de M. Louis
de Haller, qui depuis s'est montré et se montre encore
l'un des plus habiles défenseurs de la religion et de la
monarchie au milieu de nous, ne cessa de présager, dans
la Gazette de Gottingue, les malheurs qui menaçaient
l'Europe; et Wiéland avertissait l'Allemagne dès 1783.
L'abbé François, en 1788.
Lorsque l'Eclair de 1787 est apparu, la Foudre ne
devait pas long-temps se faire attendre, et tous les sages
la prédirent alors à l'unanimité.
On trouve dans l'Oraison funèbre de madame Louise,
fille de Louis XV, un tableau aussi vrai que pathétique
de la révolution qui allait éclater :
« Saint Paul, dans Athènes, sentait son coeur frémir
et ses entrailles se déchirer à la vue de ce peuple, le plus
poli et le plus aimable de tous les peuples, plongé dans
les ténèbres de l'idolâtrie. Avec quel déchirement plus
(55)
cruel encore, Thérèse-de-Saint-Augustin ne voyoit-elle
pas la foi de ses pères se refroidir et s'obscurcir dans un
royaume où elle avait répandu autrefois Un si grand
éclat? Les temples presque déserts, les autels abandon-
nés , le culte négligé, le refroidissement du zèle parmi
les ministres de la religion,le sel de la terre affadi, le feu
de la ferveur éteint dans les asiles élevés pour sa con-
servation! Avec quelle tristesse et quelle douleur elle
voyait encore la corruption des moeurs étendre ses rava-
ges; la philosophie audacieuse menacer de tout envahir;
la débauche sans honte, la licence sans frein, et l'indif-
férence apathique, le dernier de tous les excès, parce
qu'elle ne laisse presque plus aucune espérance, ni de
retour, ni de remède ! Aussi Thérèse-de-Saint-Augustïn
ne coule plus ses jours que dans l'abattement et dans la
langueur : c'est Héli, qui ne peut plus survivre à la prise
de l'arche; c'est Éléazar, qui s'immole de peur d'être
témoin, de la désolation qui menace son peuple. O
France! ô nation jusqu'ici favorisée des cieux! apprends
que ce sont tes abominations qui précipitent le cours
d'une vie si précieuse, et que la fille de tes rois n'expire
que de l'excès de tes maux; mais apprends en même
temps à profiter des derniers momens qui terminèrent
une si sainte carrière. »
M. de Sancy, en 1788.
M. de Saney fit pour madame Louise, fille de
Louis XV, l'épigraphe suivante, où les désirs ardens de
la piété s'unissaient aux craintes de la raison :
« Là, près de saint Louis, de son auguste frère,
Elle unira ses voeux aux pieds du Tout-Puissant,
( 36 )
Pour écarter des yeux d'un prince bienfaisant
L'horrible Impiété, les désordres, là guerre ,
Ces fléaux destructeurs d'un État florissant. »
M. Cazotte, de Dijon, en 1788,
C'est à la même époque que se fit, chez un académi-
cien sous les formes d'un drame effrayant, le tableau le
plus prophétique', et cependant le mieux constaté de la
révolution française, dans ses circonstances les plus re-
marquables et les plus étonnantes ( 1).
C'est un académicien célèbre qui parle :
« Il me semble que c'était hier, et c'était cependant
au commencement de 1788. Nous étions à table chez un
de nos confrères à l'Académie, grand seigneur et
homme d'esprit) la compagnie était nombreuse et de
tout état, gens de cour, gens de robe, gens de lettres,
académiciens, etc. On avait fait grande chère comme de
coutume. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Cons-
tance ajoutaient à la gaieté de bonne compagie cette
sorte de liberté qui n'en gardait pas toujours le ton ; on
en était venu alors dans le monde au point où tout est
permis pour faire rire. Chamfort nous avait lu de ces
contes impies et libertins, et les grandes dames avaient
écouté, sans avoir même recours à l'éventail. De là un
(1) On peut voir quelques autres prédictions de la révo-
lution dans un recueil intitulé : Triomphe de la philosophie,
et dans un Recueil de Prédictions intéressantes , depuis 1733
jusqu'en 1792 ( deux in-12 sans nom d'imprimeur); seule-
ment il faut se défier un peu de celles-ci, car elles sont em-
preintes de l'esprit de secte.
(37 )
déluge de plaisanteries sur la religion : l'un c'était une
tirade de la Pucelle; l'autre rappelait ces vers philoso-
phiques de Diderot ;
Et des boyaux du dernier prêtre
Serrez le cou du dernier roi.
Et d'applaudir. Un troisième se lève, et tenant son verre
plein: « Oui, messieurs, s'écrie-t-il, je suis aussi sûr
qu'il n'y a pas de Dieu, que je suis sûr qu'Homère est
un sot ; » et en effet il était sûr de l'un comme de l'autre ;
et l'on avait parlé d'Homère et de Dieu; et il y avait
là des convives qui avaient dit du bien de l'un et de
l'autre.
La conversation devient plus sérieuse ; on se répand
en admiration sur la révolution qu'avait faite Voltaire j
et l'on convient que c'est là le premier titre de sa gloire.
« Il a donné le ton à son siècle, et s'est fait lire dans
l'antichambre comme dans le salon. » Un des convives
nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui
avait dit, tout en le poudrant : Voyez-vous, Monsieur,
quoique je ne sois qu'un misérable carabin, je n'ai
pas plus de religion qu'un autre. On conclut que la ré-
volution ne tardera pas à se consommer ; qu'il faut
absolument que la superstition et le fanatisme fassent
place à la philosophie, et l'on en est à calculer la pro-
babilité de l'époque, et quels seront ceux de la société
qui verront le règne de la raison. Les plus vieux se
plaignent de ne pouvoir s'en flatter ; les jeunes se réjouis-
sent d'en avoir une espérance très-vraisemblable; et
l'on félicitait surtout l'Académie d'avoir préparé le
grand oeuvre, et d'avoir été le chef lieu, le centre, le
mobile de la liberté depenser.
( 58 )
Un seul des convives n'avait point pris de part à
toute la joie dé cette conversation, et avait même laissé
tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre
bel enthousiasme; c'était Cazotte, homme aimable et
original, mais malheureusement infatué des rêveries des
illuminés. Son héroïsme l'a depuis rendu à jamais illustre.
Il prend la parole, et du ton le plus sérieux : « Mes-
sieurs, dit-il, soyez satisfaits; vous verrez tous cette
grande et sublime révolution que vous désirez tant.
Vous savez que je suis un peu prophète; je vous répète,
vous le verrez. » On lui répond par le refrein connu,
Faut pas être grand sorcier pour ça. « Soit, mais peut-
être faut-il l'être un peu plus pour ce qui me reste à
vous dire. Savez-vous ce qui arrivera de cette révolution,
ce qui en arrivera pour vous, tant que vous êtes ici, et
ce qui en sera la suite immédiate, l'effet bien prouvé,
la conséquence bien reconnue ?—Ah ! voyons ( dit Con-
dorcet avec son air sournois et niais) ; un philosophe n'est
pas fâché de rencontrer un prophète. — Vous, M. de
Condorcet, vous expirerez étendu sur le pavé d'un
cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris,
pour vous dérober au bourreau ; du poison que le bon-
heur de ce temps - là vous forcera de porter toujours sur
vous. »
Grand étonnement d'abord ; mais on se rappelle que
le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l'on rit de
plus belle : «M. Cazotte, le conte que vous nous faites
ici n'est pas si plaisant que votre Diable amoureux;
mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce
poison et ces bourreaux? Qu'est-ce que tout cela peut
avoir de commun avec la philosophie et le règne de la