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La Science. Dialogue entre l'âme et le corps. (Signé : F. Clerc.)

De
27 pages
impr. de Fleury-Lemaire (Saint-Omer). 1870. In-8° , 29 p..
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LA SCIENCE.
Toute la suite des hommes doit Être considérée
comme un seul homme, qui subsiste loujonrs ri
qui apprend continuellement.
P \5fi \L.
La science est mon nom... je suis la source, vive,
Où s'abreuve aujourd'hui la vieille humanité;
Et dans les flots sacrés, que ma main attentive
Déverse sans mesure à son avidité,
A longs traits, tour à tour, elle otanche et ravive
Son éternelle soif de curiosité.
Chaque fois qu'abordant une terre nouvelle,
Elle atteint l'inconnu qui fuyait devant elle ;
Chaque fois qu'en sa course elle vient à cueillir
Les fruits mystérieux qu'un dieu jaloux recèle ;
D'un légitime orgueil on l'entend tressaillir.
Mais à peine achevé, son labeur recommence :
Toute étape franchie en mon domaine immense
Lui dévoile plus loin des horizons nouveaux ;
Et telle est sa grandeur, et toile est sa misère,
Qu'elle va, dans sa marche entreprenante et fière,
Elargissant toujours le champ de ses travaux,
Sans espoir de toucher à la borne dernière.
Tel l'aiglon, prenant son essor,
Du nid s'élance avec audace,
Bat l'air, et montant dans l'espace,
Toujours plus haut s'élève .encor.
Aux jours de la naïve enfance,
L'homme, enclin à des visions,
Embellissait son ignorance
D'ingénieuses fictions.
Sa jeune et libre fantaisie
En folâtrant créait des dieux ;
Et colorait la poésie
Des nuances du merveilleux.
Dans chaque rayon de lumière,
Des lutins dansaient à ses yeux ;
Et des nymphes, dans la clairière,
En cachette il suivait les jeux.
Au soir, les hai'pes éoliennes
Des déités aériennes,
Comme un chant venu du lointain,
L'endormaient de leur doux murmure ;
Et sur sa couche de verdure
Le berçaient jusquesau matin.
— 5 —
De ces beaux rêves de l'enfance
L'âge mûr n'a plus souvenance,
Et hjur prestige est sans pouvoir ,
Pour sa virile intelligence,
Il faut à l'homme le savoir.
Aussi, quand pénétrant dans la retraite austère,
Où du monde réel je sonde le mystère,
L'homme eût franchi le seuil, sitôt qu'il m'entrevit —
Mon souffle l'enivra ; ma beauté le ravit.
Sans oser sur l'autel briser, l'ancienne idole,
Il se prit à douter des mythes d'autrefois ;
Et se disciplinant à ma sévère école,
Du monde et de lui-même il rechercha les lois.
0 vous, qui les premiers m'avez prise pour guide ,
De mon avènement précurseurs glorieux,
Disciples d'Archimède, et d'IIipparquc, et d'Euclidc,
Je vous dois, je vous garde un souvenir pieux.
Vous avez exploré maintes plages désertes ;
Mais le temps n'était pas des grandes découvertes.
Rien ne vient qu'à son heure; et pendant deux mille ans,
Mes rares écoliers marchèrent à pas lents.
Enfin Bacon parut : sa méthode féconde
Suscita ces savants, pléiade sans seconde ,
Boërhave, Linné, Galilée et Newton,
Qui, secouant aux vents la vieille scolastiquc,
Et par l'expérience éclairant la raison,
Ont montre le néant de la métaphysique.
— 6 —
Par-dessus la postérité,
Ainsi qu'un brillant météore,
Leur gloire resplendit encore ;
Et cette splendeur fut l'aurore
De ma naissante royauté.
Oui, je règne aujourd'hui ! mon ancienne rivale,
Sous des airs de grandeur, n'est plus qu'une vassale.
Ses fidèles en vain, hautains et menaçants,
Convoquent tous leurs bans pour la lutte dernière ;
Contre la jeune année arborant ma bannière,
Que peuvent désormais des vieillards impuissants '?
A mon tour, je rends des oracles ;
El sur tout l'univers promenant mon compas.
Je fais parler le sphinx, je sème des miracles ;
Aveugle, qui ne "les voit pas !
Ainsi qu'il est écrit, ce monde est mon royaume ;
Des trésors de l'Eden je le veux embellir :
Je veux le féconder jusqu'au plus humble atome ;
Et ce.travail sans fin, je saurai l'accomplir.
Disserte qui voudra des sphères idéales,
De l'essence première et des causes finales !
Mon oeuvre est d'observer, dans l'espace et le temps,
Les étals variés qu'affecte la matière,
Les germes renfermés dans un grain de poussière ,
Le jeu de l'organisme et ses effets latents.
Pour vaincre la nature, à regret asservie,
Pour en extraire au jour les semences de vie,
— Pareille à l'oiseleur qui va tendre ses rets, —
Je la cerne et lui prends ses merveilleux secrets.
Parfois j'y réussis ; souvent je me fourvoie,
Et m'égare à poursuivre une vaine lueur ;
Mais ces tâtonnements me découvrent ma voie ■
J'atteins la certitude en passant par l'erreur.
C'est que la vérité, péniblement conquise,
Ne veut appartenir qu'aux forts, qu'aux violcnjs
Il faut, pour arriver à la terre promise,
Traverser le désert et ses sables brûlants.
Mais que dis-je ? Il n'est plus de ces déserts stériles.
Du chemin aplani les abords sont faciles,
Depuis que Gutemberg, l'ouvrier inspiré,
De la presse empruntant le secours mécanique,
S'avisa d'imprimer le signe alphabétique
Sur un mince lambeau de chiffon triture.
Magique invention ! L'Italie et la Grèce,
Fantômes radieux, sortiront du tombeau ;
Et le front rayonnant de grâce et de jeunesse,
La docte antiquité ralluma son flambeau.
Au souffle généreux de celte renaissance,
L'esprit humain bondit, frissonnant, éperdu :
Un besoin d'inconnu poussait l'intelligence, •
Et je repris mon vol trop longtemps suspendu. '
Un jour, vers l'occident cinglant à l'aventure,
Je voulus de ce globe arpenter le contour.
Je revins par l'Asie ; et je pus au retour
De l'équateur terrestre assigner la mesure.
Par-delà le zénith qu'aperçoivent les yeux,
Un verre grossissant me rapprocha des eieux;
El dans ces profondeurs, abîme sans limites,
_. 8 ~
Des astres vagabonds j'ai décrit les orbites.
Sous le cercle apparent de leur disque vermeil,
Malgré l'éloignement qui nous la dissimule,
J'ai calculé leur masse : une simple formule
Me suffit, et je sais ce que pèse un soleil.
Dans le fond d'un oreuset, comme pâte légère,
Je pétris à mon gré le métal réfractaire.
Moderne magicienne, en mes enchantements,
Je transforme les corps, je les volatilise ;
Et de ces composés épuisant l'analyse,
J'isole et me soumets leurs subtils éléments.
C'est peu de sublimer la pesante matière : •
Mon art maîtrise aussi l'impalpable lumière ;
Et saisissant au vol ses atomes •mouvants,
Sur des pages d'album les expose vivants.
Comme un monstre marin, d'une espèce inconnue,
Sous la vague je plonge et j'explore la mer.
Plus haut que le condor, dans les plaines de l'air,
Je m'élève, je plane, et du sein de la nue,
Ce n'est pour moi qu'un jeu de soutirer l'éclair.
Dans les noirs souterrains, sous les couches profondes,-,
Où gisent les débris pêle-mêle entassés
Des êtres primitifs et des siècles passés,
J'ai classé le chaos et reconstruit les mondes.
Avec quelques engins, chefs-d'oeuvre merveilleux,
Je refais des géants les travaux fabuleux.
Dans ce lourd tube, au son strident et métallique,
Entendez-vous hennir mon coursier dynamique?
— 9 —
La puissante vapeur que jettent ses poumons,
Perce à ma volonté les isthmes et les monts.
Plus rapide qu'un cerf, qu'une meute pourchasse,
Il entraîne cent chars sur leurs essieux bruyants ;
Et mon jeune hippogriffe, aux naseaux flamboyants,
Jamais ne se repose et jamais ne se lasse.
Quand siffle la tempête et mugissent les flots,
Alors que pâlissaient les anciens matelots,
On voit mon pyroscaphe, empanaché de flamme,
Courir contre le vent et dominer la lame.
En butte aux éléments, fier de les surmonter.
Ainsi guidé par moi l'homme apprend à lutter.
Tout obstacle à franchir provoque sa vaillance,
Comme un défi qu'en face on ose lui porter.
La nature domptée atteste sa puissance ;
Et pour charger un monde au bout de son levier,
Que lui faudrait-il ? rien,.,. qu'un point pour l'appuyer.
Partout sous mon niveau les frontières s'abaissent ;
Les préjugés haineux ont perdu leurs ferments ;
Et des sociétés qui penchent et s'affaissent,
En sous-oeuvre ma main reprend les fondements.
Voyez ! de toutes parts le vieil ordre chancelle :
Les signes précurseurs de quelque ère nouvelle
Se révèlent aux yeux, chaque jour plus distincts.
L'horizon s'illumine ; et sur mes pas j'entraîne
Les hardis pionniers de la famille humaine
Vers des cieux inconnus, vers de meilleurs destins.
Des deux bords opposés, l'Europe et l'Amérique
Echangent des propos par-dessus l'Atlantique.
L'invisible courant de l'électricité
Rejoint les continents : à travers les espaces,
— 10 -
Avec un brin de fer je rapproche les races ;
Et du globe déjà je prévois l'unité.
C'est moi qui fonderai la nouvelle alliance ;
La paix et le travail verseront l'abondance ;
Et les peuples unis dans un commun hymen,
Du pôle à l'équaleur, se donneront la main.
:E\ OIJEB,O.
DIALOGUE
ENTRE E'AME ET l£ CORP£,
LK COKl'S.
De vos façons d'agir à la fin je me.lasse,
Et j'ai depuis longtemps à vous parler en face.
Vos mépris arrogants, vos orgueilleux dédains,
Les brocards que sur moi votre morgue distille,
Et.vos prétentions, et vos airs si hautains,
Et tous vos procédés me soulèvent la bile.
J'enrage de me voir à ce point insulter ;
La colère m'emporte, et je veux éclater.
\%
I.'-UIK.
Vil esclave ! ton insolence
Pour m'atteindre part de trop bas :
Mais ton audace est une offense ;
Et, sans descendre à ces débats,
Je châtirai ton impudence.
Ver de terre ! animal abjet !
Amas de boue et de poussière !
Ta, va, créature grossière,
Croupir dans ton limon infect !
LE cours.
De vos dénigrements voilà bien le langage !
Mais pensez-vous m'atteindre avec un tel outrage ?
Il passe sur ma tète et manque son effet.
Si mon individu vous choque et vous déplaît,
Est-ce ma faute, à moi ? suis-je mon propre ouvrage ?
Adressez vos griefs à celui qui m'avait.
Sur quel Ion de mépris et d'arrogance altière
11 vous plaît d'opposer l'esprit à la matière !
Et d'établir entre eux une distinction
Où puisse se baser votre prétention !
A vos yeux, l'être humain n'est rien qu'une guenille,
Dont vous êtes l'essence, et moi la souquenille.
Je ne suis qu'un tissu de muscles et de chairs,
Que déforment les ans, que mangeront les vers,