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La Vaccine, poème, par Anthelme Peysson,... lu le 15 août 1820...

De
29 pages
Delaunay (Paris). 1820. In-8° , 23 p..
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LA VACCINE
POEME.
Imprimerie de A. F. HUREZ, à CAMBRAI. (Nord).

li
LA VACCINE
POËME
Par ANTHELME PEYSSON,
MÉDECIN DE L'HÔPITAL MILITAIRE DE CAMBRAI, MEMBRE DE LA SoCtÉTt
D'EMULATION DE LA MÊME VILLE,
Lu le 15 août 1820, a la Séance publique de
cette Société.
Si l'espèce humaine peut être perfec-
tionnée , c'est dans la médecine qu'il
faut en chercher les moyens.
CABANIS.
A PARIS,
Chez DELAUNAY, LaJraire, Palais Royal, Galerie
de bois.
Novembre 1 820.
A
JOSEPH PEYSSON,
DOCTEUR EN MÉDECINE
DE L1 UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER,
MÉDECIN A SEYSSEL, DÉP.1 DE L'AIN,
MON PÈRE ET MON MAITRE;
A
ANNE MONTAGNIER DE GENISSIAZ,
LA PLUS TENDRE DES MÈRES ;
COMME UN HOMMAGE QUI LEUR EST DU, POUR
L'EMPRESSEMENT QU'ILS ONT MIS A ME FAIRE
RECEVOIR LES BIENFAITS DE LA VACCINE.
A. PEYSSON.
A4
AVANT-PROPOS.
En fesant du Dieu des beaux arts le Dieu de
la médecine, les anciens ont sans doute voulu
montrer combien l'éloquence peut être utile aux
médecins : Hippocrate lui-même avait senti la
nécessité de la cultiver, pour faire triompher la
vérité. J'ai donc cru, sans sortir du domaine de-
l'art de guérir, pouvoir seconder les vues phi-
lantropiques du gouvernement, en célébrant les
bienfaits de la Vaccine, et en combattant les
erreurs et les préjugés qui s'opposent à sa pro-
pagation : les préjugés et les erreurs ne sont-ils
pas en effet des maladies de l'ame aussi funestes
que celles du corps ? Semblables aux maladies
contagieuses, ils tendent sans cesse à se pro-
pager davantage, et plus ils sont dangereux, plus
ils semblent difficiles à déraciner : tel est sur-
tout le caractère de ceux qui règnent en médecine :
ils franchissent les siècles et servent d'instrumens
à la cupidité. Il n'est donc pas étonnant que la
merveilleuse découverte de Jenner ait rencontré
et rencontre encore des obstacles , et que notre
belle patrie ne soit pas entièrement affranchie de
la petite vérole , malgré la protection spéciale
que le ministère de l'intérieur accorde à la
Vaccine. Peut-on se défendre d'un sentiment
d'indignation envers l'espèce humaine, quand
on la voit dévorée par ce fléau à côté de
son préservatif? Plusieurs villes ou villages du
royaume, dans ce moment même, sont en proie
à cette cruelle maladie : comment s'en rendre
raison, sans admettre que la découverte de
Jenner a encore des ennemis cachés qui cherchent
a paralyser les vues paternelles de l'administra-
tion , et le zèle infatigable des hommes de l'art?
mais je crois désormais inutiles les efforts de
ces fiers détracteurs ; outre tous les amis de
l'humanité , ils ont à vaincre l'évidence, et,
de plus, l'amour-propre qui est invincible : les
femmes, qui font toujours ce qu'elles veulent
faire , ne consentiront jamais à perdre l'empire
de la heauté; la Vaccine triomphera donc de
l'ignorance et du charlatanisme.
LA VACCINE
PO Ë M E.
QU'UN autre , remontant au berceau des états ,
Saisisse la trompette et chante les combats ;
Qu'il déroule à nos yeux les fastes de l'histoire ,
Et nous montre un vainqueur au faîte de la gloire :
Ma muse, n'aspirant qu'à d'utiles travaux ,
Redira les bienfaits d'un paisible héros
Qui, loin d'armer son bras pour ravager le monde ,
En silence occupé d'une étude profonde ,
Et servant les desseins de la Divinité ,
D'un antique fléau sauva l'humanité (i).
Dans ses effets divers que la nature est belle !
A sa marche sublime elle est toujours fidèle :
Fait-elle naître une hydre, un lion furieux?
Elle enfante aussitôt un Hercule avec eux :
Ainsi, c'est dans ces temps où nos guerres civiles (2)
D'un voile ensanglanté couvraient toutes nos villes ;
Dans ces temps orageux où nos braves guerriers,
A travers mille morts , se couvraient de lauriers,
( 2 )
Qu'un mortel, remplissant sa haute destinée,
Vint offrir la Vaccine à la terre étonnée.
Reine de nos troupeaux, ô toi, dont les aïeux,
Sur les rives du Nil, comptaient parmi les Dieux!
Toi qui fus, en tout temps , le trésor des montagnes,
La nourrice du peuple et l'honneur des campagnes !
C'était peu que d'offrir à ton maître inhumain
Cet aliment si doux exprimé de ton sein ,
D'engendrer ces taureaux, dont le travail immense
Dans nos champs cultivés fait naitre l'abondance ,
Et qui, ne pouvant plus enrichir nos guérets ,
Tombent sous le couteau, pour prix de leurs bienfaits !
Il te fallait encore, ô génisse féconde ,
Du plus grand des fléaux désinfecter le monde !
Bergers du Glocester, c'est vous qui, les premiers,
Vous vites à l'abri de ses coups meurtriers!
Il attaquait en vain vos paisibles villages ,
Votre front n'avait. point à craindre ses outrages;
En trayant vos troupeaux, .vos doigts avaient touché ,
Dans la source d'un bien, un plus grand bien caché (3) :
C'était, entre vos mains, le trésor de l'avare ;
Quand l'immortel Jenner tout à coup s'en empare,
Et, de l'expérience allumant le flambeau ,
Se proclame vainqueur de l'immonde fléau.
(3)
Ainsi de nos forêts la plante vénéneuse ,
Dans les mains du génie , est souvent précieuse.
Muse , raconte-nous , en vers harmonieux,
Les malheurs que prévient un don si précieux !
Des êtres animés, peuplant les hémisphères ,
L'homme, le plus superbe, a le plus de misères :
Sans dire tous les maux qui n'accablent que lui ;
Sans peindre , dans lui seul, le noir chagrin, l'ennui,
Ce mal américain qui , par fois, le dévore ,
Et la fièvre brûlante et mille autres encore :
Un poison , dès long-temps répandu dans les airs,
Sur les ailes des vents, parcourait l'univers ;
Il vint de l'Arabie ; et la Parque cruelle (4)
N'eut jamais à ses lois ministre plus fidèle :
L'art combattait en vain ce ferment destructeur ;
Montaigu n'avait pu qu'appaiser sa fureur (5);
Il décimait encor les peuples de la terre (6),
Jenner seul de sa rage affranchit l'Angleterre.
Jamais l'horrible Peste, au souffle empoisonné,
Ni la blême Famine , au long corps décharné,
Ni la Guerre, engendrant la Famine et la Pesie,"
Ne firent tant de maux que ce poison funeste.
Ces fléaux en effet , dans leur cours orageux,
Ne promènent la mort que sur un peuple ou deux ;
(4)
On ne les vit jamais, sur la nature entière.,
Laisser tomber le poids de leur faulx meurtrière;
Le monstre d'Arabie inspirait plus d'horreur
Que la lèpre hideuse ou le cancer rongeur :
Tantôt, nous saisissant avec ses dents impures ,
Il creusait dans nos traits d'inégales blessures ;
Tantôt il ne laissait que des jours languissans, *
Un esprit sans vigueur , ou des sens impuissans ;
Son haleine subtile, infectant l'atmosphère,
Entrait dans le palais comme dans la chaumière ;
Dans le Louvre étonné, n'osa-t-il pas jadis
Flétrir de son venin la majesté des lis ?
Ni d'immenses trésors, ni le pouvoir suprême
N'en purent garantir le monarque lui-même.
Comme on voit trop souvent, sur nos riches coteaux,
De l'arbre de Bacchus les plus faibles rameaux
Succomber les premiers aux fureurs des orages;
De même, tous les ans, le plus faible des âges,
Du monstre sur lui seul attirant le courroux,
S'il ne restait flétri, succombait à ses coups.
Si quelque heureux mortel , dans cet âge timide,
Echappait -au cachet de sa dent homicide ,
Malheur à lui plus tard ! Nul n'était respecté (7) ,
Ainsi que la laideur, il frappait la beauté ;
(5)
Que de femmes en vain redemandaient leurs charmes
Au miroir trop fidèle, inondé de leurs larmes !
Que d'amans fortunés, au printemps de leurs jours ,
Enlevés tout à coup à de tendres amours !
Non loin de ces rochers d'une vaste étendue,
Où le Rhône soudain disparaît à la vue
Pour engloutir ses eaux dans des gouffres affreux,
Sous le paisible toit qui couvrait leurs aïeux ,
Duberval et Chasey , les soutiens d'un village,
Pour deux enfans chéris, vivaient dans le veuvage ;
Duberval , occupé de rustiques travaux ,
A de vieux préjugés en joignait de nouveaux;
Chasey, plein de savoir, charmait sa solitude
En donnant ses loisirs aux douceurs de l'étude;
De l'amitié pourtant ils chérissaient les nœuds :
Leurs jeunes héritiers s'aimaient encor plus qu'eux :
Non moins intéressans que Paul et Virginie ,
Grandissaient l'un pour l'autre Eudore et Mélanie ;
Ils n'avaient tous les deux que les mêmes désirs ;
Leurs chagrins partagés devenaient des plaisirs ;
Jamais le noir souci ne troublait leur enfance :
Heureux, cent fois heureux cet âge d'innocence!
Mais ils touchent bientôt à l'époque où le cœur,
Las de la liberté, se choisit un vainqueur ;

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