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La Vérité à tout le monde, par M. Rouch,...

De
38 pages
Mongie aîné (Paris). 1815. In-8° , 35 p..
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LA VÉRITÉ
A TOUT LE MONDE.
DE L'IMPRIMERIE DE FAIN, PLAGE DE L'ODÉON, N°.4.
LA VÉRITÉ
A TOUT LE MONDE ;
PAR M. ROUCH, D. M.
Amiens Plato, sed magis arnica veritas.
PARIS,
MONGIE aîné, Libraire, Boulevart Montmartre, n°. 7.
DELAUNAY, Libraire, Palais-Royal, galerie de Bois, n°. 243.
SEPTEMBRE I8I5.
LA VÉRITÉ
A TOUT LE MONDE.
Amicus Plato, sed magis arnica veritas.
CELUI qui a dit que, si la vertu était bannie
du milieu des hommes, elle devrait se retrou-
ver dans le coeur des rois, a exprimé un voeu
vraiment philanthropique. La paix, la tranquil-
lité, le bonheur du genre humain, naîtraient
de son accomplissement. Mais loin de pouvoir
espérer qu'il se réalise, une longue expérience
nous apprend que nous le formerons toujours
inutilement. Les fastes de l'histoire déposent
de cette triste vérité; ils offrent cent Nérôns
pour un Titus. Et comment cela serait-il au-
trement? Dès qu'un prince ouvre les yeux à
la lumière, tous les objets qui les frappent
portent dans son âme des impressions vicieuses ;
le premier sentiment qu'ils lui font éprouver
est celui de l'orgueil; les premières idées qu'ils
lui font naître sont des idées de domination ;
ainsi ses facultés intellectuelles s'altèrent à me-
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sure qu'elles se développent, et l'éducation
qu'il reçoit achève de les dépraver.
On met tous les soins à l'élever dans la hau-
teur et la fausse gloire. Au lieu de lui apprendre
qu'il est homme avant d'être roi, on l'entre-
tient plutôt des prérogatives royales que des
droits de l'humanité ; on l'accoutume à ne voir
dans ses semblables que des êtres nés pour être
soumis à sa volonté ; on lui parle de la noblesse
de sa naissance, comme s'il était d'une nature
supérieure à celle du reste des hommes; on lui
persuade qu'il tient son autorité de Dieu (*) ,
dont il est l'image sur la terre, et qu'il ne doit
compte qu'à lui seul de l'usage qu'il en fait.
Par quel privilège les rois, nourris dans des
maximes aussi erronées, élevés dans des senti-
mens aussi contraires à ceux qu'on leur devrait
inspirer, par quel privilège, dis-je, seraient-
ils doués d'un sens droit et d'un coeur bon? Au
lieu d'être surpris d'en voir un si petit nombre
capables de gouverner, il faut s'étonner, au
contraire, qu'il s'en trouve un seul digne de
régner. Eh! comment porteraient-ils sur le
trône les vertus et les lumières qui en rehaussent
(*) Voyez le discours du chancelier à la chambre des
députés , dans la séance du 4 juin 1814.
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l'éclat, lorsqu'on fait tout pour les étouffer
en naissant ?
Après avoir obscurci par les illusions de
l'orgueil les principes qui dérivent des pre-
mières lumières de la raison, tout se ligue
autour d'eux pour en arrêter les progrès.
En vain elle nous crie que la nature a fait
les hommes égaux (*) ; que l'état social n'a pas
détruit cette égalité, mais substitué seulement
une égalité morale et légitime à ce que la na-
ture avait pu mettre d'inégalité physique entré
eux (**) ; que les chefs des sociétés n'en étaient
pas de droit les premiers, mais bien par la vo-
lonté de leurs membres ; qu'ils ne les élèvent
au-dessus d'eux que pour se donner un protec-
teur et non pas un maître (***); en un mot,
que tout pouvoir humain vient des hommes ,
qui, l'ayant créé pour leur plus grand bonheur ;
(*) L'auteur de l'Histoire du 18 brumaire regarde
l'égalité naturelle des hommes comme une chimère.
Comme il n'appuie son opinion d'aucune raison , il suf-
fit, pour le réfuter, de lui opposer l'autorité de J.-J.
Rousseau et de Montesquieu.
(**) Voyez le Contrat social de Rousseau, chap. 9.
(***) Si nous avons un prince, disait Pline à Trajan ,
c'est afin qu'il nous préserve d'avoir un maître.
4
peuvent le détruire lorsqu'il tourne à leur pré-
judice (*). En vain ces principes découlent
des premières notions de la nature du corps
politique , l'intérêt et la vanité luttent contre
leur évidence et s'efforcent de leur substituer
d'absurdes préjugés.
Dans les siècles de barbarie, où la force
faisait le droit, où l'ignorance favorisait toutes
les usurpations, il n'est pas étonnant qu'on ait
érigé des abus en lois. Il était facile alors de
faire adopter à des esprits grossiers des erreurs
qu'on avait intérêt à accréditer. Ce qui doit
surprendre, c'est qu'après le siècle des Voltaire,
des Montesquieu, des J.-J. Rousseau, on ose
encore les opposer aux principes éternels de la
justice et de la raison. Mais que peuvent de
vains raisonnemens contre les droits de la vé-
rité? Des esprits serviles ont beau vouloir les
rendre problématiques, leurs sophismes inté-
ressés choquent trop le bon sens pour persua-
der personne. Le temps n'est plus où l'on
pouvait dire : Si veut le roi, si veut la loi. Ces
maximes surannées ont fait place aux saines
(*) L'inviolabilité du monarque rend illusoires les in-
convéniens que les partisans de la monarchie absolue vou-
draient faire dériver de ce principe.
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idées de la législation; elles sont nées du pro-
grès des lumières. Les grands changemens qu'il
aproduits dans les opinions des hommes doivent
en amener nécessairement dans les choses.
Quelques efforts qu'on fasse pour en arrêter le
cours, il finira par vaincre toutes les résistances.
La science de la législation a, comme toutes
les autres sciences, des bases fixes sur lesquelles
l'art du gouvernement, qui en- émane, doit
nécessairement être fondé, pour avoir des prin-
cipes certains. Or c'est du droit naturel que
dérivent les vérités sur lesquelles les institu-
tions sociales doivent s'appuyer, et nullement
du droit positif des gouvernemens qui ont
existé; car les droits de l'humanité sont anté-
rieurs aux conventions politiques. Le soin de
la conservation de la vie et de la liberté fut le
motif, sans doute, qui porta les hommes à
s'unir par des sociétés civiles, et la mesure
dont les gouvernemens se sont éloignés de ce
but peut être regardée comme celle du chemin
qu'ils ont fait vers leur corruption.
D'après ces considérations, quel besoin avons-
nous d'interroger les générations passées, pour
apprendre d'elles comment nous devons nous
gouverner?. Leurs lois peuvent-elles être obli-
gatoires pour nous? Non, assurément. Si elles
6
nous sont parfaitement étrangères, comment
pourraient-elles limiter ou détruire le droit
que nous avons de faire les nôtres?
Il suit de là que l'exemple de Louis-le-Gros,
de saint Louis et de Philippe-le-Bel ne peut
autoriser leurs descendans à marcher sur leurs
traces. Abus ne fait pas droit, et une usur-
pation ne saurait en légitimer une autre. D'ail-
leurs, autre temps, autres moeurs. Que; dirait
aujourd'hui le roi de France, si un soldat ne
lui permettait pas de distraire un vase du butin
qu'ils auraient fait ■(*)? Si le laps du temps peut
imprimer un caractère légal aux usages, le
champ de mai, qui fut le berceau de la monar-
chie, anéantit toute prétention contraire à son
rétablissement; ainsi en remontant, soit à l'ori-
gine de notre monarchie, soit aux vrais prin-
cipes de l'ordre social, on arrive toujours à
la même conclusion, savoir, que la nation a
le droit de faire les lois qui doivent la régir,
et de nommer son chef.
(*)...... Les lots du butin fait sur l'ennemi se
tiraient au sort, même celui du prince. Clovis témoigne
qu'un vase lui ferait plaisir. Un soldat décharge un coup
de francisque sur ce vase , en s'écriant que le roi n'aurait
rien que ce que le sort lui donnerait. (Histoire de France,
par le P. G. Daniel ).
7
Louis XVIII ne pourrait, méconnaître Ce
droit, sans renoncer à son titre le plus réel à
la couronne; car s'il la revendiquait comme
l'héritage exclusif de sa famille, on pourrait
lui dire. ..... Mais il a des droits plus incon-
testables ; ils sont consacrés par le pacte social
de 1791 (*), le seul qui soit l'expression libre
de la volonté du peuple. Il n'y aurait que des
factieux qui pourraient opposer à cette charte
authentique de prétendues constitutions fabri-
quées par les partis qui ont dominé tour à tour,
et auxquelles le peuple n'a jamais donné sa
sanction.
Ceux - là seraient aussi les ennemis de
Louis XVIII, qui voudraient lui persuader
qu'il est le maître de la loi, et non pas le
ministre , comme si les peuples appartenaient
aux rois, et non pas les rois aux peuples. Cette
prétention serait trop absurde, pour croire
qu'elle puisse être sérieusement élevée ;.et pour-
quoi l'orgueil se complairait-il dans cette illu-
sion ? Serait-il plus flatteur de tenir l'autorité
du hasard que du choix? Non, sans doute, et
le prince qui penserait autrement ferait juger
(*) On sait qu'elle rend le trône héréditaire dans la
dynastie régnante.
8
qu'il se sent indigne de la confiance pu-
blique.
Vous êtes né, Louis, pour vous la conci-
lier ; la droiture connue de vos intentions vous
l'a déjà acquise. Pour ramener tous les coeurs à
vous, il ne faut que suivre la pente du vôtre.
Aucune considération ne doit vous en détour-
ner, parce que rien ne doit balancer dans votre
âme le désir du bien public. L'état actuel des
choses ne peut être comparé à aucun autre ;
ainsi il ne faut pas chercher dans le passé des
règles de conduite pour le présent : elles sont
toutes dans la juste appréciation des obligations
qu'il vous impose.
La plus importante est d'établir le gouver-
nement sur des lois libérales : lors même
qu'elles ne seraient pas les meilleures, elles sont
aujourd'hui les plus convenables aux Français ;
elles seules peuvent les ramener sous leur joug
et rétablir le calme parmi eux; elles seules
peuvent aussi affermir votre pouvoir et vous
faire trouver de la douceur dans son exercice ;
elles vous feront régner sur nous par l'amour
et la reconnaissance ; quel empire plus flatteur!
Il n'en est pas aussi de plus puissant que celui
qui ne s'exerce pas moins sur la volonté que
sur les actions. Le pouvoir absolu ne fait que
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des esclaves, et vous commanderez à des hommes
libres. L'obéissance servile aurait-elle plus de
charmes à vos yeux?
Ce n'est pas, je le sais, le langage qu'on vous
tiendra; mais je sais aussi que c'est celui de
la raison, et vous méritez de l'entendre. Puis-
siez-vous sentir la nécessité de l'écouter, et de
fermer l'oreille à celui des flatteurs qui vou-
draient vous en dissuader ! Quelle confiance
pourraient-ils vous inspirer? Leurs intérêts
n'ont rien de commun avec les vôtres, qui ne
doivent pas être séparés de ceux du peuple. Le
malheur des rois est d'être entourés de gens
intéressés à leur persuader le contraire. A peine
vous, avez pris les rênes du gouvernement, que
vous, en avez fait une funeste expérience.
O Louis ! les rois les plus éclairés sont encore
hommes, et par conséquent sujets à tomber
dans des fautes. Il n'appartient qu'aux plus sages
de les réparer, et il est digne de vous de le
faire. Quelque grands que soient les maux
qu'elles nous ont causés, ils ne sont pas au-
dessus de notre dévouement à votre personne.
Puisse-t-il devenir un motif pour vous de dé-
truire des abus qui les aigriraient sans ajouter
à votre félicité !
Ils tirent leur origine des préjugés nés de
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l'ignorance et accrédités par l'intérêt et l'or-
gueil. Pourraient-ils conserver encore quelque
empire sur votre esprit, formé pour s'élever
à la hauteur de votre siècle? N'étant pas en
votre pouvoir de le faire rétrograder, la sa-
gesse vous fait une loi démarcher avec lui.
Alors seulement la restauration de la France
peut devenir l'époque de son retour à la paix
et au bonheur, que la persévérance dans un
système politique qui n'a plus de rapport avec
nos moeurs, éloignerait de plus en plus.
Ces vérités, pour être triviales, n'en sont pas
moins des vérités; et la conduite des gouver-
nemens est telle, qu'il est permis de croire
qu'ils les ignorent. Les derniers événemens
sont d'une nature à donner quelque probabi-
lité à cette assertion. Personne ne doute que l'im-
péritie des ministres n'en soit la principale cause.
Ils n'ont pu se persuader que les peuples d'un âge
ne sont pas les peuples d'un autre âge, et que le
même régime ne puisse pas convenir à tous. Ils
ont voulu transporter les idées du 13e siècle au
19e, et faire comme si les hommes étaient tou-
jours lesmêmes, quoique l'âme et les passions hu-
maines ; s'altérant insensiblement, changent
pour ainsi dire de nature.
II
Dans l'art difficile du gouvernement, ils ont
apporté de la présomption au lieu de talent,
des préjugés au lieu de principes, et des pas-
sions au lieu de connaissances. Ils ont cru sup-
pléer à leur insuffisance par l'abus du pouvoir.
Ils se sont crus habiles parce qu'ils étaient des-
potes; et comme si nous devions recevoir ce
qu'ils nous laissaient de nos droits comme
une faveur, on les a vus mettre l'autorité royale
en opposition avec elle-même pour reculer les
bornes qu'elle avait mises à son pouvoir.
Une conduite si contraire à ce que la sagesse
et les bonnes intentions du roi semblaient en
promettre, en a fait rejaillir l'odieux sur lui.
Le mécontentement général a succédé à la joie
que son retour avait excité, et ceux même qui
lavaient partagée le plus vivement, n'ont pu
s'empêcher de voir d'un oeil différent une ré-
volution qui trompait toutes les espérances
qu'elle avait fait naître.
Telle était la disposition des esprits lorsque
Buonaparte est arrivé en France.Elle lui offrait
une trop belle occasion de ressaisir un sceptre
qui lui était échappé par sa faute, pour ne pas
en profiter. Ce projet souriait d'autant plus à
son ambition, que l'appui de l'armée sur lequel

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