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LA "VESTALE.
POEME
■EN IV CHANTS,'
Les outrages dramatiques de l'auteur sont, la
Théâtromanie ; l'Enthousiaste; le Café de Rouen;
la Physicienne ; Papelard, ou le Tartuffe philo-
sophe et politique , comédies en vers ;' le Faux
Hermite, comédie en prose, non imprimée ; Ara-
belle et Altamont, tragédie.
Un recueil de Poésies diverses , Paris, 1789,
qui renferme le poëme de la Lévite conquise, pu-
blié en 1783.
Des Ouvrages de divers genres, traduits de
l'anglais avec notes et préfaces de l'auteur, et plu-
sieurs morceaux de poésie et de prose , imprimés
séparément ou insérés dans les journaux de Paris
et de Bordeaux.
L'auteur désavoue tous les ouvrages qui ne
sont pas signés de son prénom, ou en rappelant
quelqu'un de ses ouvrages.
LA VESTALE.
POÈME
EN QUATRE CHANTS.
CHANT PREMIER.
«J N soir d'été, les rayons des étoiles -
De la nuit: sombre éclaircissant les -voiles,
Aux pieds d'un roc dont le front sourcilleux
Semble un pilier delà voûte des cieux,
L'Amour jouoit avec les Néréides
Et voltigeoit sur les plaines humides
Où de Circé le palais éclatant
Est réfléchi par un miroir, flottant.
Le petit Dieu, dans ses courses badines,
En folâtrant, de ses mains enfantines
Laisse tomber ce flambeau créateur
Dont tout ressent la féconde chaleur,
Qui, du plaisir éclairant la carrière,
Au plus aveugle y montre la lumière.
Pour le r'avoir l'Amour plonge et l'atteint;
Mais le flambeau dans Fonde s'est éteint. '
I
LA VESTALE.
Si dans les flots dont Tétbys l'environne
L'astre du jour fait briller sa couronne,
Les feux divins de l'enfant de Cypris
Au fond des mers ne sont point affoiblis.
Vous, dont la peau d'or et d'azur s'émaille.
Le trait brûlant pénètre votre écaille ;
Sous l'équateur et les pôles glacés ,
Egalement vous en êtes percés ;
Mais au brandon cette flamme si forte
Ne peut tenir, si l'Amour ne le porte,
Et, de sa main lorsqu'il échappera,
Loin de briller, bientôt il fumera.
Ne croyez pas que, sans autre mystère,
On le ralume avec un feu vulgaire ;
Sur un autel un brasier flamboyant
Pour cet effet est seul assez puissant.
Déjà l'Amour de ses aîles dorées
A sillonné les plaines étliérées ,
En secouant dans les airs ténébreux
Sa torche humide ainsi que ses cheveux.
Il voit bientôt les campagnes fertiles
Où, promenant ses flots purs et tranquilles ,
Parmi des champs couverts de peupliers,
De blonds épis, de vignes , d'oliviers,
Le dieu du Tibre, en son cours taciturne,
Porte à la mer le tribut de son urne.
Vers l'Orient Rome commence enfin
X présenter ses murs dans le lointain.
, CHANT 1."' â
Sur ce rocher voilà le Capitale.
De l'univers la vaste métropole ,
A Cupidon par ses temples nombreux.
Offre l'espoir de ranimer ses feux.
Il aperçoit l'antique Périptère
Où de Vesta la flamme tutélaire
Semble aux romains un gage Solennel,
Symbole heureux d'un empire éternel.
Une clarté toujours étincelante
Brille à travers la fumée ondoyante.
• Tel un volcan dans les airs obscurcis
Vomit en paix ses foudres amortis.
Vers les rayons du fanal qui le guide
L'Amour joyeux tourne son vole rapide;
Ainsi qu'un trait que lance un arc tendu,
Et dans le temple est déjà descendu.
Sous les regards d'une jeune Vestale
Le feu sacré brûle sans intervalle ;
L'enfant malin s'approche , et son flambeau
Soudain reluit comme un astre nouveau.
Près du foyer, voyant le téméraire ,
C'est vainement qu'au fond du sanctuaire
D'un sceptre d'or Ve sta l'a menacé;
L'Amour se rit de son air courroucé,
Et va porter sous la voûte azurée
De son flambeau la lumière pourprée.
Tel, dans la nuit, un astre aux longs cheveux
Près d'Andromède épouvante nos yeux,
LA VESTALE.
Et, présageant,ou la guerre ou la peste ,
Hougit le ciel de sa lueur funeste.
Mais, ô Vesta, pour venger ce larcin
Quelle fureur s'allume dans ton sein ?
Quoi ! sous tes yeux le fils de Cythérée
De ta demeure ose franchir l'entrée !
Il fera naître un désir criminel
Avec ce feu qui luit sur ton autel !
Peut-être encor de la chaste prêtresse
Qui te voua la fleur de sa jeunesse,
Ses yeux lascifs ont blessé la pudeur ,
Et de ce lis altéré la blancheur,
ïl est bien teins enfin que l'on punisse
D'un séducteur l'audace et l'artifice,
Et ce méchant doit être corrigé
Par le suplice à l'enfance infligé.
Mais cependant il faut que Vénus même
À ce décret donne sa voix suprême.
La déité, tutrice des Romains,
Va dans l'instant franchir les Apennins.
Quatre lions des déserts de l'Afrique,
En rugissant, traînent un char antique.
D'un cercle d'or où le ciseau des arts
Sut imiter des tours et des remparts
Vesta paroît la tète environnée;
Dans ce voyage elle est accompagnée
Par le vieux chef de ses prêtres errans,
Qui d'une mître orne ses cheveux blancs.
CHANT I.cr
Le char qui vole , en sa course rapide,
Semble aspirer aux palmes de l'Elide.
Déjà l'on voit les rayons du soleil
Peindre les flots d'azur et de vermeil.
D'or et d'albâtre UTI palais magnifique
Fait admirer son superbe portique.
Le char s'arrête aux portes du séjour
Où de Vénus est le temple et la cour.
Le front paré des roses de Cy thère ;
Les trois beautés qu'à Paphos on révère,
Qui savent l'art de plaire à tous les yeux,
Vont rendre hommage à la mère des Dieux»
Vénus accueille avec un doux sourire
La déité qui vient dans son empire ;
Tout s'embellit par ce souris divin ;
L'onde est plus calme et le ciel plus serein.
Vesta s'assied sur la pourpre éclatante
Où l'or tissu par une main savante ,
Brillant Protée, offre aux regards séduits
Et des oiseaux et des fleurs et des fruits*
D'un air sévère ensuite et d'un ton grave
Elle se plaint de l'enfant qui Ta brave,.
Dont, ceite nuit, l'aspect contagieux
D'une Vestale a profané les yeux,
Qui dans le sein d'un feu pur et céleste
A rallumé son flambeau si funeste ;.
Elle conclut enfin qu'en ce moment.
L'Amour subisse un juste châtiment.
6 LA VESTALE.
Dieux ! quel arrêt pour le coeur d'une mëre !'
Mais pour ton fils , Vénus, que peux-tu faire ?'
Chacun se plaint de ses perfides tours ;
Il t'en fait même un nouveau tous les jours.
Combien de fois par les ruses du traître
Un jeune amant de ton coeur fut le maître?
Si de Vesta l'affront n'est pas vengé,
De l'univers le sort sera changé;
Pour te punir, bientôt cette immortelle
De tes Romains va laisser la tutelle.
Un jour, hélas ! le Tibre avec horreur
Verra de Rome expirer la grandeur,
Et dans la mer où ses flots vont se rendre ?
Ne portera que débris et que cendre.
Les yeux en pleurs Vénus comnrme enfin
L'arrêt qu'Amour doit subir ce matin.
Pour épargner à son ame sensible
Du châtiment le spectacle terrible,
Pour éloigner son oreille des cris,
Des cris perçans de son malheureux fils ,
Elle se cache en un lieu solitaire
Asile obscur de l'amoureux mystère.
Dans ce réduit, les trois charmantes soeurs
De leurs baisers vont essuyer ses pleurs.
Près d'accomplir sa vengeance cruelle,
Dans son projet Vesta d'abord chancelle.
Eh! sans un coeur muni d'un triple airain
Sur un enfant peut-on porter sa main ?
CHANT I.er 7
Mais le pontife , aussi dur que l'agate
Ou le rubis qui sur sa mitre éclate,
Veut que la loi, frappant le criminel,
Venge l'honneur du temple et de l'autel,
Et de son bras qu'un zèle austère anime
S'offre lui-même à saisir la victime.
Dans une alcôve où règne un demi-jour
Un lit de fleurs est dressé pour l'Amour;
Là sur l'oeillet, la jonquille et la rose
L'enfant aîlé tranquillement repose,
Et, sous un dais de myrte et de jasmin ,
Sans doute il rêve à quelque tour malin.
Le coloris de sa bouche vermeille
Par son éclat pourroit tromper l'abeille ;
Tel le bouton d'un arbuste épineux
S!ouvre aux baisers du zéphir amoureux.
Un souris fin légèrement dessine
Le doux contour de sa lèvre enfantine;
Il dort ; mais ceux qu'il blessa de ses traits,
Dans leurs tourmens , ne sommeillent jamais;
Jamais aussi ne s'endort la vengeance.
D'un pas léger que guide le silence ,
Comme un licteur, les verges à la main ,
Vesta s'approche et son prêtre inhumain,
Qui pour l'Amour n'a que des sens rebelles,
Saisit l'enfant par ses brillantes ailes,
Et sans pitié, l'étend sur ses genoux;
Vesta le frappe et redouble ses coups;
LA VESTALE.
De Cupidon les cris se font entendre;
Aucun n'accourt, hélas , pour le défendre;
Du châtiment contemplant la rigueur
Tous les Amours sont saisis de terreur,
Et du palais' fuyant d'un vol agile ,
Cherchent des bois l'obscurité tranquille.
On voit rougir ces demi-globes nus
Si doucement caressés par Vénus.
Quand le soleil vient visiter Astx-ce
Par ses rayons la pêche colorée,
S'ehveloppant d'un duvet doux et fin,
Etale ainsi sa pourpre et son carmin.
Lorsqu'elle voit l'offense bien punie ,
Vesta reprend le chemin d'Ausonie;
L'Amour demeure interdit, affligé;
Mais soyons sûrs qu'Amour sera vengé,
CHANT II.
Aux bords du Tibre et près du Capitole,
Ce Mont fameux d'où Faigle qui s'envole ,
D'or, de rapine, et de sang altéré
Et déjà fier d'un triomphe assuré ,
Pour asservir les nations lointaines
Guide les pas des cohortes romaines,
S'élève un temple où la clarté du jour
D'un marbre blanc fait briller le contour.
Ce temple auguste est d'une forme ronde ,
Mystique emblème, image de ce monde;
Et le portique offre avec majesté
L'ordi'e élégant à Corinthe inventé.
D'un grand palais la noble architecture
Du lieu sacré compose la clôture.
Là sont formés par de sévères lois
Les jeunes coeurs dont Cybele a fait choix.
Les peupliers , qui bordent le rivage ,
Près de ses murs répandent leur ombrage.
Si dans le temple on promène ses yeux,
On voit comment d'un art industrieux ,
Sous le ciseau, par-tout des mains savantes
Ont su créer des figures vivantes.
ÏO LA VESTALE.
Isis, tenant Horus sur ses genoux,
Paroit assise auprès de son époux ,
Et d'une main porte un symbole antique ,
Signe puissant, caractère magique.
Ici Numa, dans un antre secret,
Semble écouter d'un air grave et discret
•Les entretiens de la nymphe Egérie.
Là, Métellus sauve de l'ineendie
Un simulacre à tous les yeux caché,
Où des Romains le sort est attaché.
Hélas, jamais , depuis ce jour funeste,
Il ne verra la lumière céleste !
Rome permet, pour acquitter l'Etat,.
Que dans un char il se rende au Sénat :
Insigne honneur, prérogative auguste,
Et récompense aussi noble que juste.
Que vois-je ? ô dieux ! ô présage cruel !
Le feu sacré s'est éteint sur l'autel y
Mais Emilie, invoquant la déesse,
Par un miracle a prouvé sa sagesse;
Son. voile saint, sur les cendres jeté ,
Montre aussitôt le feu ressuscité.
Rendant hommage à la vertu flétrie,
Ici le peuple accompagne Tuccie ,
Qui dans un crible, ô spectacle étonnant,
Tient renfermé le liquide élément.
Sur un vaisseau quelle est cette statue ?
Est-ce Yesta qui-s'offre à notre vue ?.
CHA.NT II. IÏ
Grande déesse, oui, des bords Phrygiens
Tu viens en pompe aux champs Laviniens'j
Les habitans de l'antique Àusonie
Sont prosternés devant ton effigie;
Quand tout-à-coup le Tibre, avec effort,
"Veut éloigner ton navire du port.
Au bras tendu la rame obéissante
Se plonge en vain dans cette onde pesante ;
D'une Vestale on soupçonne l'honneur;
Mais un prodige en sera le vengeur;
Et le vaisseau, qu'une ceinture enchaîne,
Suit Claudia qui marche et qui l'entraîne.
Mais le soleil de son dernier rayon
A peine encor fait rougir l'horizon;
Il va remplir une sphère nouvelle
Des feux dorés dont son disque étincelîej
Et déjà l'ombre, envelopantces murs,
Semble fermer ces portiques obscurs.
Des vases d'or, où le feu sacré brûle,
L'éclat se mêle au sombre crépuscule;
De ce brasier les mobiles reflets
Vont tour-à-tour éclairer les objets.
Pour que la flamme, en tout tems agissante,
Fasse briller une clarté constante,
Et pour nourrir sa dévorante ardeur
De l'aliment qui produit sa splendeur,
Baissant les yeux, la modeste Aurélie
Vient remplacer sa campagne Ophélie,
1a LA VESTALE.
Du verd printems les ornemens si frais
Ont moins d'éclat que ces jeunes attraits;
La rose ainsi, quand elle vient d'éclore,
Reçoit le sceptre et l'empire de Flore.
Que de ce front l'albâtre est vif et pur !
Dans ces beaux yeux, ah ! quel céleste azur !
A la fraîcheur des lis de son visage,
Aucun amant ne fit jamais outrage
Et n'effleura sa bouche de corail,
Où de ses dents on admire l'émail.
D.e blonds cheveux dont le zéphir se joue
En boucles d'or serpentent sur sa joue.
Un cou charmant que l'Amour arrondit
Offre sa neige aux yeux qu'elle éblouît.
Une tunique aussi blanche que fine,
Par les contoars du sein qu'elle dessine,
Indique assez quels trésors précieux
Aux loix d'hymen ont enlevés les Dieux.
C'est de Aresta la plus belle prêtresse,
Celle surtout que chérit la déesse;
Et que d'un voeu le pacte solennel
Lui consacra dans le sein maternel.
Comment saisir par une touche heureuse
L'expression tendre et voluptueuse
De ses regards, de sa voix , de ses traits ?
Lorsqu'elle court aux célestes banquets ,
L'urne à la main , remplir son ministère,
Woilk d'Jiébé la démarche légère ;
' Mais

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