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Le Bal champêtre au 5me étage, ou Rigolard chez lui, tableau-vaudeville en 1 acte, par M. Achille Grégoire [et Théaulon]. [Paris, Nouveautés, 23 janvier 1830.]

De
36 pages
P. Banès (Paris). 1830. In-8° , 34 p..
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LE BAL CHAMPÊTRE
AU CINQUIÈME ETAGE ,
TABLEAU-VA.DDEVILLE EÎI UK ACTE.
mam m màmm»
RÉGIE : durée de la pièce, une heure.
PERSONNAGES, CARACTÈRES, EMPLOIS ET COSTUMES.
Rigolard. (M._BOIJFPÉ.) Caractère : gai, amoureux de son art, bon et
serviable comme dans Jean (comique.) Costume : pantalon colant cou-
leur canelle, noué par bas avec des rubans, bas de soie gris chinés ;
en arrivant, des petites guêtres noires par dessus ; habit noir écourté ;
recouvert d'un petit manteau noir tombant aux cuisses seulement; sous
l'habit, une vest&à manches, en toile de coton, blanche, boutonnant
jusqu'au col ; perruque blanche à nattes plates, retroussées sur la nu-
que; chapeau gris. Dans toute la pièce, même pendant le bal, un bon-
net grec, rouge ,'tricoté.
Gustave. (M. DBRVAL.) Caractère : enjoué, inconstant, un peu fou, les
manières d'un commis-marchand de nouveautés mêlées à beaucoup de
prétention au bon genre (jeune premier, gai.) Costume : habit bronze,
gilet chamois, pantalon noir colant ; bas de soie noirs à jours sur blancs,
des guêtres noires par dessus en arrivant, des socques et un manteau,à
la mode ; chapeau-claque de bal ; de grands favoris ; des gants bleus
brodés blanc, et une large cravatte rouge noué sur la bouche.
Etienne. (M. AKMABD.) Caractère : bon, confiant, un peu simple, sans
niaiserie (deuxième amoureux. ) Costume : première entrée, veste de
chasse bleue, pantalon fantaisie, un tablier de garçon épicier , une
casquette à visière ; deuxième entrée, habit tête de nègre, pantalon cha-
mois foncé, gilet de fantaisie , bas gris bleu, chapeau ordinaire.
Adélaïde Chopin. (Mlle.DÉjAZET.) Caractère : décidé, gai et vo-
lontaire, comme dans Jean (soubrette et travestis.) Costume : robe cor-
sage à l'enfant, en mousseline à carreaux, tablier vert en soie, écharpc
verte, brodée orange; des coques en gaze cerise dans les cheveux.
Constance. (Mlle FÉLICIE.) Caractère : doux, sensible et raisonne (pre-
mière amoureuse). Costume : robe de soie flamme de punch, ceinture
de velours noir, une collerette ou fiorella en dentelle et tulle ; coiffée en
cheveux , sans ornemens. •
Rose. (Mme. DBSVREZ.) (Duègne.) Costume : un déshabillé oVindienne,
tablier blanc à poches, des manches vertes jusqu'aux coudes; un bonnet
rond ; un schall de mérinos frangé lors de sa première sortie.
Figurans et figurantes, élèves de la classe de Rigolard. Costumes à vo-
lonté. Négligés lors de la leçon de danse; toilette au au retour.
'DÉCORATION.
Une mansarde fermée de trois plans. Du premier plan au deuxième', à
droite, une porte ; au côté opposé, une autre porte, masquée par un
treillis de feuillages. Au fond,-dans le milieu, une porte à deux battans,
de chaque côté de laquelle est un quinquet à une branche ; des guirlan-
des et des festons de fleurs ornent cette porte, et un transparent se
trouve au-dessus, avec ces mots : Bal champaistre. Adroite, une table
couverte de verres, de caraffes et de plateaux ; à gauche, au premier
plan, un poêle carré, avec ses tuyaux ; des caisses, des pote de fleurs, no-
tamment six grands 'ifs, ornent cette salle ..Lorsque la porte du fond est
ouverte, on voit une seconde salle ornée def*fleurs et de verdure, ter-
minée par un orchestre de danse dans le fond.
ACCESSOIRES.
Pour Rigolard : première entrée,' une pochette. Dans le reste de la
pièce, un violon et son archet.
Pour Gustave . un parapluie à canne, il l'ouvre en arrivant pour le
faire sécher. Deux lettres, qui servent ensuite pour Adélaïde et Constance.
Pour Rose : un panier pour aller au marché. Un plateau et un verre de
hierre. Une grosse caisse avec sa banderolle. Un ccritoire, du papier et
des plumes sur la table à droite. (Extrait du Journal des Comédiens.)
LE
BAL CHAMPÊTRE
AU CINQUIÈME ÉTAGE,
OTJ
RIGOLARD 3HE5 L'JI,
TABLEAU-VAUDEVILLE EN UN ACTE,
PAU
M. ACHILLE GRÉGOIRE;
REPRÉSENTÉ, POUR I.A PREMIERE FOIS, $ï/%\ f
SUR LE THÉÂTRE SES NOUVEAUTES.,
LE 23 JANVIER l83o. ,&-■-'*'
PRIX, AVEC LA ËÏTHOGRAPHIE, 2 FR.
PARIS.
CHEZ PAUL BANÈS, EDITEUR,
Correspondant de Théâtres,
BOULEVARD MONTMARTRE , H° 8.
1880
PERSONNAGES.
ACTEURS.
RIGOLARD , maître de danse. M. BOTJFFÉ.
GUSTAVE, commis-marchand, fashiona-
ble, personnage ridicule. M. DERVAL.
ETIENNE , garçon épicier. M. ARMAND.
ADÉLAÏDE CHOPIN, nièce de Rigolard. MUe DÉJAZET.
CONSTANCE , pupille de Rigolard. M1,e FÉLICIE.
ROSE, vieille gouvernante de Rigolard. Mmo DESPREZ.
ELÈVES DE DANSE des deux sexes.
OUVRIERS.
la scène se passe à Paris, rue Saint-Martin, chez Rigolarde
IMPRIMERIE DE DAVID,
UdulerUrd Poissonnière, n. G.
LE BAL CHAMPÊTRE
AU CINQUIÈME' ETAGE ,
TABLEAU-VAUDEVILLE EH UN ACTE.
(Le théâtre représente une mansarde. Au-dessus de la porta du fpnd, un
transparent où on lit : Bal champaitre. A gauche de l'acteur, un poêle,
et la porte d'entrée; à droite, une table de jardin et la porte de la
chambre de Constance. De chaque côté de la porte du fond, sont trois
ifs encaissés.)
SCÈNE PREMIERE.
ETIENNE ET AUTRES ELEVES s'exercent sur le devant du
théâtre ; dans le fond, la porte ouverte laisse voir une,salle
de bal, que des OUVRIERS préparent et ornent de guir-
landes j vis-à-vis la porte est l'orchestre.
OUVRIERS , dans le fond.
AIR : Travaillons, (du Maçon.)
Décorons {Us.)
Cette salle de danse.
Préparons
' Et plaçons
'* Ces bosquets,
Ces quinquets.
Hâtons-rious; [bis.)
Déjà l'heure s'avance,
Car ce bal,
Sans égal,
Va s'ouvrir
Au plaisir.
ÉLÈVES, sur le devant. »
Répétons
•'i'^ Nos leçons
AjÉttpersévérance ;
•^Hf Nos progrès
^^^ Sont parfaits
Après quinze .cachets.
Quel bonheur,
Quel honneur,
* Lorsque notre élégance
Fera dire partout :
Quelle grâce, quel goût!
REPRISE ENSEMBLE.
ETIENNE.
Dites donc, vous autres, puisque M. Rigolard ne vient
pas, si nous jouions à quelque chose pour nous amuser?
PREMIÈRE. DEMOISELLE. '
Jouons à colin-maillard.
ETIENNE.
Non.... on risque de se casser le ccu.
- DEUXIÈME DEMOISELLE.
Eh bien!... à la. queue loup-loup !
' . ETIENNE.
Ah! oui... à la queue loup-loup ! Messieurs , mettez-vous
tous à la queue loup-loup... derrière moi.
T-ous.
Oui, oui.... à la queue loup-loup !... ' . -
( Ils se placent tous les uns derrière les autres.)
- ETIENNE.
Tiens !... quellebêtise ! si nous nous mettons tous comme
ça.... qui donc va faire la bête ?
SCÈNE II.
LES MÊMES , RIGOLARD , entrant et posant son chapeau
sur une chaise.
RIGOLARD. ■*
Me voilà, mes enfans ! me voilà...". Je vous demande par-
don de vous avoir fait attendre... cane m'arrive pas sou-
vent, vous le savez...Cyprien Rigolard est cite' pour son exac-
titude Il est toujours en "mesure, Cyprien Rigolard ! mais,
aujourd'hui... j'ai eu tant de courses à faire pour l'ouverture
de mon bal champêtre !... Oh ! mes pauvres amis, tout n'est
pas roses dans ma noble profession que de fausses dé-
marches il faut'fisquer.i. et souvent que de pas perdus !..,
mais , c'est égal, je me console avec la gloire et 1 amitié—
( Tl bat un entrechat. ) Vive la gaîté franjàâife' ! Procédons à
à notre leçon : monsieur Etienne V ÉHÉ*
ETIENNE. ' ij/m
Présent!
RIGOLARD. •
Mettons-nous à la première: position... tenons les bras
à. la hauteur de la tète... bien' !'.\. [Aux-autres.) C'est une
belle chose que la danse,, nj.è's' ërifans!.,. et, je ne saurais
trop vous le répéter , ne négligez'jamais cette partie si es-
sentielle de l'éducation. Par la danse, voyez-vous, on arrive
—s—
à tout... et, sans aller chercher un exemple bien loin, sans
vous parler de moi, qui ai fait joliment mon,chemin , je
vous citerai mon neveu , Jean Durand, que vous connais-
siez tous... Ce jeune homme, malgré ses excellentes dispo-
sitions Jt »
ETIENNE, toujours en position.
Quand vous mwdxez, monsieur Rigolard? C'est fatigant
en diable la première position. , ■
RIGOLARD. *^b
Reste, reste, mon garçon... il faut te briser. '. '•'**
' v<V ÉTIFNNE. Ï5W*
Briser... cl$|lf?le mot... ça me disloque toutes les membres.
V RIGOLARD.
Ne bouge pas... je t'observe ! ( Aux autres. ) Jean Durand,
dis-je, mes enfans.... malgré ses excellentes dispositions,
avait long-temps refusé de les mettre à profit... il sacrifiait
tout à ses plaisirs, toujours au café, au spectacle au
billard... il ne mettait presque jamais le pied dans mon
école... Eulalie ! {Elle approche. ) A la première position...
et les bra'swà la hauteur de la tête.
ETIENNE. - ' ' •
Mais, monsieur Rigolard
RIGOLARD.
Immobiles , mes enfans !... comme des conscrit. Pour en
revenir àlJean , il mena, jusqu'à vingt ans , une vie que j'ap-
pellerai misérable... mais il ouvrit enfin les yeux à la lumière,
il apprit à danser... et vous savez quelles furent pour lui les
conséquences de ce changement de conduite... mariage ho-
norable... maison de ville et de campagne... femme char-
mante et cabriolet. {A Germain. ) Monsieur Germain.;."à la
première position... comme monsieur Etienne ! ..
(L'élève olséit.)
.ETIENNE, fatigué.
Monsieur Rigolard !...
<■' RIGOLARD.
Va toujours !.:.||fetoujours !
IH« ETIENNE.
Et dire que ça coûte cinq sous le cachet, cette position -là...
RIGOLARD.
Marion... Justin... Finette... la même position... (lisse
placent tous.) Bien, mes enfans !'bien , cela!... et mainte-
nant... attention tout Ici monde.... levez les pieds en même
temps^ et restez en l'air... rien de plus facile...
■—c—
ETIENNE.
Lever les deux pieds en même temps, et rester en l'air...
c'est facile...
RIGOLARD.
Je vous demande , mes enfans, si j'ai dit cette bêtise-là,
comme lui ? v "**
** TOUS. i
,Non!... "%'
A ETIENNE.
C'est'que vous l'avez tournée autrement....
%^ RIGOLARD. î>'_
Je le répète, levez tous le pied en même tenïpsjt. et restez en
l'air. Sur le second temps... attention!... une, âeux... partez.
(Il joue de la pochette, et tous, levant le pied en même temps,
se donnent mutuellement des coups.)
TOUS.
Oh! là, là...
RIGOLARD.
Recommençons ça.
ETIENNE.
Comment recommencer...je suis sûr que j'ai la jambe ccor-
chée...
RIGOLARD.
Eh! ouï... recommençons... allons, écartons-nous les uns
des autres... (Il joue de la pochette, et les élèves exécutent un
si-sol. ) Bien, très-bien , mes enfans ! je suis content de ça...
allez toujours... encore, encore.
(Il joue toujours.)
ETIENNE, harassé, tombe sur la banquette.
Ouf, oh! en voilà assez... pour un dimanche... et puis,
nous avons un bal tantôt... il faut ménager nos jai-rets.
"i RIGOLARD.
Il a ma foi raison , il faut ménager nos jarrets... Eh bien !
mes enfans, à ce soir... J'espère que vous nous ferez hon-
neur en montrant vos talens aux étrangers qui doivent nous
honorer de leur présence... et surtout n'oubliez pas que l'art
de la danse n'est, à proprement parler ffine l'art de marcher
à la fortune. , -Wn>
ETIENNE.
Vous voulez dire... de sauter à la fortune ?
RIGOLARD.
Marcher... sauter... voler, si tu veux, mon garçou... Nous
ne sommes pas ici pour disputer sur les termes. Allons , en-
fans... partez...
—7—
AIR : On m'appelle.
Flic, flac, (lis.) •
Vive la cadence !
Depuis le Pérou
Jusqu'à Moscou
Partout on danse.
Flic, flac, (bis.)
Vive la cadence!
Le monde est un bal
Où chacun danse
Bien ou mal.
Au bruit des tamtams sauvages,
Chez nous on vit autrefois
Danser des princes osages,
Valser un. prince iroquois !
Flic, flac, etc.
(Les élèves sortent,)
SCÈNE' III.
RIGOLARD, ETIENNE.
'%*
Eh bien!.), tu ne les suis pas, Etienne... toi qui avais-
l'air si pressé?
ETIENNE. .
Paudon, monsieur Rigolard... c'est que j'ai deux choses à
vous demander en particulier. ,
RIGOLARD.
Voyons... la première ?...
ETIENNE.'
Je voudrais savoir... si je suis assez fort pour risquer la
contredanse? ».
" RIGOLARD.
Mais, oui, mon garçon; tu le peux... Tu es d'une jolie
force à présent... Je ne te dirai pas que tu danses comme
Miio. Taglioni... Vous n'avez pas le même genre ; mais , en
t'observant bien , tu peux te lancer... Et la seconde chose
que tu as à me dire?., je suis pressé.
.ETIENNE.
Pardon, excuse, monsieur Rigolard , si je vous, demande
ça... mais je voudrais savoir si mademoiselle Adélaïde Cho-
pin, votre nièce , viendra au bal ce soir? • i-
RIGOLARD.
Je voudrais bien voir qu'elle y manquât; elle sait trop
qu'elle est l'âme...Que dis-je l'âme...la Therpsicore de mon
bal champêtre... C'est elle qui met tout le monde en train.
—8—
ETIENNE.
Oh ! pour ce qui est de ça, je m'en suis bien aperçu.
RIGOLARD.
Ah ! ah ! monsieur Etienne, 'est-ce que par hasard vous
, auriez des projets sur ma nièce Adélaïde?... prenez garde à
vous, je vous en avertis... Je ne ne plaisante pas avec les
choses sérieuses.
ETIENNE.
Ni moi, monsieur Rigolard.
RIGOLARD.
Et vous faites bien, monsieur-; car, sur ce point, voyez-
vous... ( Il fait unplojé. ) Rigolard ne ployera jamais.
ETIENNE.
Adieu, monsieur Rigolard.
. V RIGOLARD.
A ce soir, mon garçon!... et surtout tâche d'avoir un peu
d'oreille. '
ETIENNE.
Oh!., ce n'est pas ce qui me manque; mais je me soigne-
rai , car j'ai des intentions. (Ilsort en faisant unMic-flac.)
( Il sort en faisant un fÛfFflac.)
~ f, . SCÈNE IV.
RIGOLARD, seul.
Je les connais tes intentions ,• mon pauvre bonhomme—ce
n'est pas moi qu'on peut espérer de tromper... et tii fais les
yeux doux à ma nièce,'à,cette superbe Adélaïde, que mon
filleul a si cruellement délaissée... Cette pauvre enfant va
faire une jolie chute, de mon filleul Jean Durand à ce cour-
taud de boutique ; mais comme elle dit fort bien., elle le for-
mera., et puis c'est un mari, et c'est'quelque chose pour une
demoiselle bien née !
„••■ SCÈNE. V, !
RIGOLARD y ROSE, avec^npanier de marché.
àr:,.i_! RpSE, '$'la cantonnade.
Taisez-fous, manfzell<?l:taisez-vous ; vous êtes une co-
quette!.. ' <
Allons, Rose ! te voilà déjà à crier contre Constance ?
ROSE.
Ca vous étonne ?
RIGOLARD.
Non, car c'est tous les jours la même chose.... Relève
la têtej, ma pauvre Rose , et fais-moi le plaisir d'arrondir un
peu ton bras... tu n'as pas plus l'air de servir un maître de
danse... on dirait plutôt que tu sers un maçon ou un char-
pentier.
ROSE.
Il y a pourtant trente ans pour mes péchés que je vous sers.
* RIGOLARD.
Pour tes péchés !... Ah! Rose , Rose , tu ne dis pas ce que
tu penses... Détache un peu tes coudes de ton corps.
ROSE. ,«*tafe.
Eh! laissez-moi tranquille... qu'est^refque ça me fait?
RIGOLARD. Z
Mais ça méfait beaucoup, à moi !.. Tu disais donc...
- 8 ROSE.
Je disais que mam'zelle Constance est une coquette, qui
ne pense qu à sa parure, qui n'a pas d'ordre, pas d'économie,
et qui oublie qu'elle doit tout à votre générosité.
RIGOLARD.
Tant mieux, morbleu! tant mieux!., c'est la preuve que
je ne le lui fais pas sentir Il serait beau vraiment qu'un
maître de danse oubliât sa générosité naturelle pour reprocher
à une orpheline ; une jeunesse de vingt-cinq ans... ah ! Rose,
tu méconnais le coeur de ton maître !
ROSE.
Oh ! je sais bien que vous trouvez toujours moyen de l'ex-
cuser... Adieu, monsieur, je m'en vais faire mes provisions
pour notre bal champêtre de ce soir.
RIGOLARD.
A propos de notre bal champêtre ! n'oublie pas de mettre
un quinquet au quatrième étage ; il y a de quoi se casser les
jambes, et ça dérangerait mes écoliers.
ROSE. .
Soyez en repos, j'ai songé à tout.
% RIGOLARD.
C'est bien, Rose I va, va, ma bonne fille , et ne te presse
pas trop, surtout fais en sorte que les échaudés soient plus
tendres que la dernière fois: il en tomba un par'.terre, et je
fis deux entrechats dessus sans pouvoir parvenir à l'écraser.
ROSE.
Qu'est-ce que ça prouve?
—10—
RIGOLARD.
Ça prouve qu'il était dur!
ROSE.
Du tout.. ça prouve que vous êtes léger.
RIGOLARD.
Méchante... c'est possible, Rose! c'est très-pôssible... j'ai
encore toute mon élasticité, ma fille ; regarde plutôt... une ,
deux., enlevé. (Il saute et tombe lourdement.) Un vrai zéphir ,
quoi ! va, Rose, va, et surtout ne marche pas trop vite , en-
tends-tu, carié pavé est mauvais., il fait glissant en diable.,
moi-même, c'est tout au plus si je peux garder mon aplomb ;
pourtant j'en ai diablement. (Rose va pour sortir.) Rose! Rose!
* ROSE , s'arrêtant.
Monsieur.
"^^PPI RIGOLARD.
Les pieds en dehorS'fje t'en supplie.
ROSE.
C'est bon ! c'est bon !.. chacun a sa manière de marcher. r
(Elle sort.) *
SCÈNE VI.'
RIGOLARD, seul.
La voilà partie ! J'espère qu'elle ne rentrera pas de sitôt,
e-t que j'aurai le temps d'exécuter mon projet. Je ne sais
pourquoi, mais mon pauvre coeur fait en ce moment un ba-
lancé qui lui était inconnu.. Il faut pourtant en finir, le mo-
ment de chasser les huit est arrivé... Allons, voyons, un peu
d'assurance ! (// appelle.) Constance ! Constance !
SCÈNE VII.
RIGOLARD, CONSTANCE.
RIGOLARD.
Te voilà, mon enfant.(Il l'embrasse. —A pari.)Tous les ma-
tins je la trouve encore plus jolie. (Haut.) Je crois avoir en-
tendu Rose te gronder tout-à-l'heure. A,
CONSTANCE".
Elle avait raison, Rose!... ma toilette a été un peu plus
longue qu'à l'ordinaire... C'est aujourd'hui dimanche, et je
n'ai pu l'aider dans les occupations du matin.
RIGOLARD , à part.
Charmant petit caractère ! (Haut.) C'est pourtant à mes
—11-^-
leçons, Constance, que tu dois en grande partie toutes tes
perfections.
CONSTANCE.
Oh ! oui... c'est à votre générosité que je dois tout. .
RIGOLARD.
Veux-tu bien ne point parler de cela... Tu étais la fille
d'un ancien confrère qui t'a laissée, en mourant, sans appui,
sans fortune; en te prenant chez moi, je n'ai fait que remplir
un devoir sacré.
CONSTANCE.
Vous avez eu pour moi toute la tendresse d'an père.
RIGOLARD.
D'un père !.. Ecoute donc, Constance , c'est un peu vieux ,
un père.... le temps n'a pas encore appesanti sa main de
plomb sur mes jarrets ; si je ne bats plus facilement un huit
comme autrefois, je ne suis pas tout-à-fait réduit aux terre-
à-terre.
CONSTANCE.
Je ne dis pas cela. , -
RIGOLARD.
Et puis, réfléchis donc, moi, père d'un enfant de vingt-
cinq ans , d'un enfant en âge d'être marié ! car il faudra bien-
tôt songer sérieusement au mariage.
CONSTANCE.
Je suis trop bien auprès de vous pour y.penser maintenant.
RIGOLARD.
Cependant.j'aurais bien du plaisir à te voir à la tète d'un
bon établissement, d'une école de danse , par exemple.
CONSTANCE.
Oh! non , pas d'une école de danse, j'aimerais mieux être
dans un comptoir.
RIGOLARD.
Dans un comptoir! pourquoi cela?
CONSTANCE.
C'est que M. Gustave est marchand.
RIGOLARD.
Gustave !... quel est donc ce monsieur Gustave ?
CONSTANCE.-
Un de vos meilleurs élèves au cachet.
RIGOLARD.
Ah! ah! oui, j'y suis! Gustave Ducroisé, le premier com-
mis de la Fille mal gardée...ce superbe magasin de la rue de
la Monnaie ?.. Eh bien! est-ce qu'il voudrait te conter fleu-
rette , ce petit monsieur!... Constance, crois-en mon expé-
rience... ce n'est pas ce qui te convient, du tout, du tout...
—12—
il te faudrait un homme comme moi... et, pour te dire fran-
chement la vérité ... je crois que tu ne pourrais pas mieux
choisir... que Cyprien Rigolard.
CONSTANCE
Vous?
RrGOLARD.
Moi !... regarde cette tournure, mon enfant... les hommes
de ma trempé sont rares... Je ne te parle pas de mon talent ;
la modestie!... d'ailleurs, tu le sais, j'en ai beaucoup...
— De plus je suis un homme exellent... Si tu as de la rai-
son et pas d'inclination... une, deux.... te voilà madame
Rigolard... Qu'en dis-tu, Constance?
CONSTANCE.
Monsieur Rigolard... cette proposition me flatte, mais...
RIGOLARD.
Mais, voyons... explique-toi.
AIR de la p^ieille.
Pourquoi donc garder le silence ?
Il faut tout dire franchement ;
Parle donc, ma chère Constance.
CONSTANCE.
Je vous aime bien tendrement,
Mais une pareille alliance
Doit m'effrayer.
RIGOLARD.
Dis, mon enfant,
Que me trouves-tu d'effrayant ?
J'ai cinquante ans, je le confesse ;
Mais, vois, Constance, ma souplesse;
("Il danse.)
Vois mon aplomb, vois ma prestesse ;
Je puis dire ma gentillesse.
Tous mes hivers doivent être oubliés,
Car le printemps est encor dans mes pieds.
(Il fait un entrechat, et tombe aux pieds de Constance.)
CONSTANCE.
Que faites-vous?
RIGOLARD.
Constance , je suis Zéphir aux genoux de Flore...
SCÈNE VIII.
LES MÊMES , GUSTAVE ; il a un claque à la mode.
GUSTAVE.
Fort bien... monsieur Rigolard.
CONSTANCE, avec un cri.
Ah I ( Elle se sauve.)