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Le bon sens François, ou L'apologie des vrais nobles, dédiée aux Jacobins ([Reprod.]) / [Marie Olympe de Gouges]

De
56 pages
[s.n.]. 1792. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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A
NOBLES,
D D N
L E4toi 4ç Suéde eft aflaflîni,* llnfurreÔion
conduire ^ce
grand mouvement ftippcr iU fois les ?<>
teotats de l'univers tous les peuples Ce fou-
lèvertt ty yiirts frémiffez
Peuples reoonnoiffez vos droits, mais n'en
jibufez pas ménagez vos forces, le ciel voua
prêt^ fon fecours* répondez à fa bienfaifance!
fipignez^de vos feins fimrigue & la corrup-
tion^ & ypus Pragois, qui ayez les pre-
miers, arboré la
que vos douces lobe fe répandent
vers & foient 1» boulevard de la félicité uni*
.i'iJi:
/teWn fetls
prononcée; quelquefois craintive & variante
comme l'efprit françois j je me fais quelquefois
égarée de mon but il. eu tems de l'évitera mais
puis-j e répondre qu'il ne m'entamé malgré moij
mais non il eft trop irrité, j'ai fu le braver,
& j'entends oreilles le
Èatif des nalveiilans qui ne peuvent foutenir
l'approche de la réfurredion des vertus.
Plaire à la maffe de la foible elpèce humaine,
feroit avoir fait plus que Dieu, car chacun lui
reproche fon fort ou fon exigence ( tous les
hommes prétendent le définir aucun' ne le
comprend). Que pourrois-je faire, moi 9 faible
6Y chétif A.uteur pour les mettre d'accord?
Les imiter, c'eft mon lot, chercher à amé-
liorer ce paflage court & rapide d'une vie ora-
geufe, voilà ce que rite dicte le bon féna que je
n'ai pas encore trop faifi; j'avoue même que j'ai
eu bien de la peine à le découvrir il paroît
étranger eh France, il femble cependant vou-
loir fe fàmiliarifer au langage de fes habitans fl
s'eft préfenté à moi, apièsun long traxail de
recherches, comme un ange tutélaue qu'un
Dieu feinble avoir placé dans les mains dp
"û. fiatuté pour veiller fur le patrimoine des
hommes & leur dillribuer indiilindement fe^s
Il ne m'a fallu que dix minutes pour trou-
tiJ
Al
ver remplit François, deux heures pour le livret
la prefle mais à peine eil-il répandu que
les détracteurs de ces principes en ont tra-
refti les bonnes vues; j'ai attaqué de front
l'hydre du defpotifme, j'ai attaqué les vices du
nouveau régime, j'ai fait appercévoir le dan-
ger, j'ai propofé le bien, je n'ai pas encore
réufïï, je ne !au rois me décourager, ( j'ai fervi
ma patrie ingrate, je la défendrai injure ).
Je vais traiter du bon fens. Le bon feris,
me difent certains importans quel eft donc
cet animal? Ma foi Mefieurs j^e ne le cori-
ïloispas plus que vous; mais je vous avoue
du moins que je cherche depuis long-tems à
faire fa connohTance on me fait une pirouette,
& je vais plus loin je cours chez les céliba·
t^res chez les anciens dodeurs en Sôrboniie
-Chez les parlementaires, chez les favans', chez
la ci-devant noblefle en un mot, chez les
journàliftes; je retrouve par-tout l'èfprit fran-
<5ois qui me reproche mon audace.
Hélas je vous demande pardon
lui dis-je? de vous avoir cru fauteur &toù.1
nos maux j vous étés le plus
fort, que voua approuvez mille partis iffé-
rens, je reconnôïs^ à propos^
,que vous €te* le Menhir des François le
W^tre de Un Ciel & de la Tette.
C*î
peu fatisfaite da n'avoir pas trouva ce que
le cherchois, & plus occupée ma découverte
que les maniaques qui courent après la pierre
philofophaie depuis tant de Cèdes, je com-
mençois à me fatiguer d'attendre ce bon fens,
dont je n'avois jufqu'à préfent, connu. que le
nom, lorfqu'on me remit, en teins'.11
deux lettres que je n'attendois pas, de la part
de deux homme à qui je connoiflbis beaucoup
de mérite, mais pas la vertu d'applaudir à une
critique utile fur-tout lorsqu'ils fe trouvoient
compris dans cette critique; il eu donc en-
core des hommes.
Diogènes n'en cherchoit qieun moi*
femme dans ce bouleverfement de toutes
chofes & dans ces tems où règne l'efprit dp
parti, j'en ai donc trouve deux; je vais donc
eux, & avec le bon fens qui
règne dans leurs lettres.
Ces lettres, quoiqu'écrues fans prétention,
peuvent" (upporter le grand jour, & donner
maûère 4 méditer fur Fimmênfe», étendue dès
ten-
ni s'y trompe
m
A3
Paris, 18 Mari 179t.
ci Je fuis trés-ïenfible Madame, à l'renvoi
n que vous avez bien voulu me faite. J'ai lu
votre brochure avec attention elle eft écrite
» avec chaleur, avec énergie, il en-' des par-
» fages qui m'ont fait grand plaifîr, le mor-
ceau de la page qui commence par ces
» mots a les hommes neferont-ils donc ja-
» mais affez fages &c, » eft d'un beau genre
» & d'une faine philofophie.
Je ne puis être en tout de votre avis, &
je pénfe que vous n'envifagez pas toujours
» notre pofition fous fon vrai oint de vue
» vous paroiflfez croire que la\machine ne
» peut pas marcher que les rouages en font
» mal difpofés, & fe gênent dans leur jeu
cette opinion, quoique très-généralement
répandue, eft, fi je ne me trompe une
» erreur les hommes ne fe façonnent que
trop aifément à tous-les genres de gouver-
nement. Il ne faut qu'ouvrir les yeux fur
t> les gouvernement fans nombre qui dilpofent
du fort des pauvres'humains leur diverfite
eft un beau & grand fûjet de méditation
il en en de fi bifarres de fi ab/urdeèyde
•à fi contraires à tous les principes de la na-
» jure & de la raifon qu'on ne conçoit pas
0 comment Hachent,
16 J
-Cependant les hommes s'y habituent
» que dis je, ils en deviennent idolâtres ïcr
» pinion & les préjuges les conservent & Ie«
» foutiennent: fi la conftituiion éprouve- des
difficultés des embarras dans fon a&ion, ce
» n'efl nullement dans l'ouvrage en lui-même
» qu'il en faut chercher la. caufe. Je fuis avec
» les fentimens que l'on doit à un auteur et
timable votre concitoyen »9
Signé, Potion.
MUNICIPALITÉ DE PARIS..
PROCUREUR DE LA Commune,
« Un Procureur de la Commune n'a plus
» de momens à donner, ni aux grâces, n;
» aux mufes, mais il en doit à une bonne c|-
» toyenne qui a fervi la Patrie de [on efprit
» & de fon cœur.
Madame de Gouges ne voit pas la révo-
» lution tout à fait comme les patriotes; maia.
» fes intention? font les mêmes. Il eft plu»
» fieurs chemins qui conduifént à la liberté'
» elle en auroit voulu un qui ne fût femé que
de fleurs c'eft le goût de fon (exe qui les
d fait naître.
Madame de Gouge» a voulu auiTi can*
r.?}
A4
» Courir à la rédemption des noirs, elle pourri
» trouver des efclaves qui ne voudront pas
» de leur liberté.
« Veut-elle bien agréer les hommages &
» les remercîmens 4e P. MANUEL
A la Maifon Commune, ce t8 Mars l'an 4e,
M. Manuel vous m'avez écrit en philo-
fophe François; Cette teinte de galanterie ne
peut nuire à la furveiliance publique & aux
effets falutaires de la révolution; mais, parlons,
parlons entièrement d'elle & lanTons de côté
les prérogatives de mon fexe que j'ai aban-
données depuis longtems pour une f belle caufe
mon coeur & mon âmey font dévoués entière,
ment; & fi, de même que fauteur de l'augufte
Contrat-focial, rai defiré que la révolution s'opé»
rât fans effufion de fang, c'eft que j'ai craint
comme lui qu'une goutte épanchée n'en fît
verfer des torrens & vous conviendrez avec
moi que ce n'en pas le fang qui peut cimen-
ter la révolution, car je fuis entièrement per-
fuadée que les François marcheroient d'infur-
Tedions en insurrections comme les Anglois,
qui, après yo ans de guerre inteiline n'ont
pas encore dé conflitution. La Pologne qui
à notre exemple, s'eft régénérée nous offre
à fon tour un modèle de fageffe & de pru-,
( 8)
«îence qui feroit le guide de toua les peuples,
fi chacun n'avoit pas un efprit de gouverne-
ment différent. Cette révolution pacifique n'elt
pas, ;e le fais, au gré de tout le monde,
elle me déplaît à moi-même fous quelques rap-
ports car l'extenfion'des abfurdes principes
féodaux bleffe ma raifon.
Nous. avons en France à combattre ces
préjugés & de plus grands intérêts. Nous
avons non-feulement à rapprocher des opi-
nions infenfées mais encore des partis for-
midables qui fement la difcorde & qui, tous,
fous différens rapports, tendent à rétablir l'op-
preffion. La France, devenue la mère de tous
les peuples, doit détruire tous les tyrans de
la terre, fi elle fait ménager les moyens qui
lui reftent pour cette entreprife mais R elle
prodigue ces moyens elle expofe fes plus
chers intérêts, & replonge l'Univers dans l'et
clavage.
Quel donc a été mon but, en attaquant les
écarts de refprit françois ? vous l'avez atteint
fans peine, M. Manuel, j'ai voulu faire en-
trevoir à tous mes concitoyens qu'il-étoit fe«
cile, au degré de lumière où les François font
parvenus de faire une conïlitutiôh digne de
tous les hommes fi tous étoient raifonnable»
vertueux; mais s'il faut qu'elle marche avec
t9Ï
^incapacité de? uns, & les vices des autres,
cette conflitution fera toujours comme je l'ai
écrit depuis longtems d'une exécution très-
difficile.
J'avoue que nous fommes dans un état de
convalescence & qu'après ce changement
total de régime & de principes, il n'appar-
tient qu'au tems d'affeoir les chofes à leur
place; mais fi tous les citoyens, par leur
union, ne l'aident pas, fi la loi ne fe fait
entendre fi elle ne prend un carat9ère im-
pofant,fi les Départemens ne font pas d'ac-
cord avec les Municipalités fur la jufte inter.
prétation des loix, & qu'elle ne ferve à tous de
bouffole je frémis de prononcer Le fruit
de cette révolution fera une fource de difcordes
& laruine totale du royaume voilà mes craintes,
elles font d'autant plus juftes, qu'elles font ap-
puyées par des autorités reconnues, & tout ci-
toyen doit s'en pénétrer pour parer à la tempête
*33cu3ui snou mb
Que nous importe les efforts impuiflans de
rhydre ultramontaine que nous importe la
crédulité de quelques hommes égarés par les
cris défefpérés d'une prêtraille réprouvée par
la raifon la nature l'Etre fuprême fatigué à
la fin des crimes dont on fouilloit les autels;
femble avoir guidé la révolution pour con-
fondre liiypocrifie & épurer le culte. Que
nous importe les lâches complots de quel-
ques Municipalités empoifonnées d'ariitocra-
ne il faut les cafter & en former de nou-
velles, il faut faire marcher la conftitution
entourée de canons, de bayonnettes & même
de piques, fi une nécetlité abfolue le com-
mande c'eft ce que je vais exprimer à M..
Pétion.
Dites actuellement, homme incorruptible,,
que Mmc de Gouges auroit voulu voir la Ré-
volution femée de fleurs oui, je l'au rois,
defiré, je le voudrois encore je ne m'en dé-*
fends pas, et je fais des vœux bienfincèrea
pour que les Partis destructeurs fe rendent ¡
la raifon et puiffent reconnoître que leurs
vrais intérêts confiftent dans la réunion de tous
les efprits, pour le falut des Citoyens et la
profpérité de la Patrie..
Légiflateur fans reproche Magiftrat fans
tache, ami du Peuple foutien des Loix, je
vous dois ma juftification je vous dois plus
un aveu fincère peu commun & peut-être
très-utile dans cette circonftance fi chacun
à mon exemple, n'avait d'autre ambition que
la gloire de fon pays.
Ladiverfité des Gouvernemens est, comme
vous le dites un beau & grand fuj,et de mé-
[ Il 1-
ditation pourquoi, avant de traiter la pôlïtw
que, n'ai-je pas.confidéré philosophiquement
ce bizarre affemblage ces unaximes d'Etat
qui s'entrechoquent, ces préjugés qui bleffent
la raifon & la nature, qui, cependant, affer-
vnTent les hommes, & rendent leur crédulité
précieufe ?
Si ces erreurs font abfurdes nuifibles à la
marche d'un Gouvernement fage que pour-
roit donc produire par les fuites, ce mé-
lange monftrueux d'opinions exaltées de ceux
qui ne voient dans le bien public que la
haine la vengeance le crimes la révolte y
la violation des Loix, l'approbation de la. dé-
fobéiffance, & qui voudroient laiffer à nos
neveux les lambeaux difperfés d'un Gouver-
nement neuf, fondé fur des bafes immuables?
Ce n'eft donc pas l'ouvrage lui-même que
j'ai entendu attaquer; qui fait mieux que vous,
M. que mes Ecrits ont retenti des éloges de
cet augufte Contrat focial f j'en ai cru la
marche difficile c'eft que j'ai craint l'ineptie
des uns ,'égoifme des autres et fur-tout, la
malverfation des Conduâeurs qui fourds à
la Loi, ne prêtent l'oreille qu'aux inûigateurs
des projets de Cour, et aux caprices popu-
laires du jour.
Mais, pour m'expliquer avec plus de clarté,
tes deux partis, divifés d'intérêts, ne tendent
ils pas également à la deftrudion des Pouvoirs
conftitués & à arriver au même but par des
chemins oppofés? L'un travaille à reproduire
le maffacre de la Saint-Barthelemi l'autre à
relever le théâtre de Cromwel; c'eh au milieu
de ces deux fadions que la marche de la,
Conftitution fe trouve arrêtée, & la Patrie au
bord du précipice être au moment de s'en-
or gloutir pour la fauver il ne refte peut-être
que les efforts impuiffans de ceux qui n'ont
jamais eu d'autres intérêts que les fiens. Qui
font les citoyens défîntérefles qui donnent
de la force à ces deux partis Ce font certains
Journaliiles dont la fortune s'eft accrue aux
dépens des réputations et de l'ordre social.
Qui égare les efprits, exalte les têtes? Ce font
encore ces Journaliftes. Qui eft-ce qui viole les
Loix ? Qui eft-ce qui parle de guerre, d'auto-
rités illégales? Ce font encore ces Journalifles.
Je les blâme tous en général, pour n'en atta-
quer aucuns particulièrement, & cette géné-
ralité ne les mettra-t-elle pas d'accord pour
m'attaquer moi-même L'efprit de corps pro-
duit de grands phénomênes. Ciel préferve-*
moi de la foudre qui me menace; mais j'offre
de faire une amende honorable de ma diatribe
contre eux; s'ils font affez grands pour faire
1 i3 3
le facrince eh laveur de la Patrie du produit
de leurs, invedives mutuelles alors je dirai,
Meffieurs votre pur civifme m'édifie et
m'apprend que, loin de propager les effets
nuifibles à la Révolution, pour augmenter le
nombre de vos abonnés, & fomenter le dé-
fordre dans tout le royaume vous vous êtes
divifés au profit de la patrie vous avez cher-
ché à rapprocher, par vos propres querelles 9
les efprits que vous avez donné de la force
à l'opinion publique et concouru à la liqui-
dation des dettes de l'Etat alors je dirai bien
plus, mais je ne veux nommer personne, ni
défigner ceux qu'un intérêt fordide a fait dé-
générer dans une bigarure épouvantable de
droits & de prétentions.
Que chacun dife comme moi, je me fuis
ruinée pour mon pays & je leur permets de
faire ma critique; mais aucun ne me répondra,
ou leur répb.nfe fera frappée au coin de l'im-
poilure,& de la calomnie je n'en veux flatter
aucuns; puüté-je feulement leur infpirer quel-
ques- bonnes réflexions & leur faire préférer
le bien général à l'intérêt particulier! que chat-
cun defcende dans le fond de fa confcience,
& qu'il frémûTe des maux qu'il a préparés
fon paye. i i
jyi ne nje refloit plus qu'à attaquer cette
tm
.telle que je compare à celle des médecins;
toutes les deux coopèrent à la deftruétioiTphy-
fique & morale de la mallieureufe efpèce hu«
maine; je fuis convaincue que s'il n'y avoit ni
médecins ni journaliftes? les hommes fe-
roientplus robuftes, & moins extravagans; les
médecins épuifent le corps les journaliftes
aliènent l'efprit..
Ces réflexions dépouillées de métaphyfî-
que, ne font que trop démontrées par une ex-
périence de tous les tems, & fur-tout par
celle des révolutions. Il faut convenir que la-
fede d*Efculape.n'a pas autant d'empire dans
les époques révolutionnaires, que celles des
folliculaires; on n'a pas le tems d'être malade,
quand le corps et l'efprit font en aâivité'j je
voudrois donc qu'elle s'occupât en ce moment
de la gucrifon de fa collègue, & qu'elle tra-
vaillât à la découverte d'une quantité fuffifante
d'ellébore, pour ne pas. manquer cette «tare
mais je m'éloigne du texte de cette nouvelle
production; c'eft le bon fens français, ou
l'anblogie des vrais. nobles que je vouloir
traiter & parfois lfefprit français J'emffôrte
malgré moi fur mes réfolutions.- Je reprend»
donc le fil que j'ai perdu c*eft toujours' à
M, Pétion que je parle y & je âdi bien
.certaine de cetxôuyei la bon fens avec iuV
Quelque foit refprit du gouvernement que
les Français adopteront, pourvu qu'il foit fage
& avantageux pour tous les citoyens, je l'ap-
prouve d'avance fût-il un gouvernement ré-
publicain mais il efl tems de forîir de cette
cruelle indécifion de cette pofition pénible
où nous nous femmes enferrés; il eft tems de
donner un mouvement à la Coniütution que
je confidère comme un fuperbe vaiffeau que
d'habiles artiftes ont conflriùt pour réfifler à
la tempête & lutter contre les écueils les plus
dangereux enfin lancé au port il n'attend
plus que le beau tems pour déployer fes voiles
& voguer fur le vafte océan; le ciel eft ferein,
la mer eft calme, les voyageurs impatiens font
lever fancre; mais une rixe s'élève entre les
pilotes & les matelots fur la diredion du na-
vire les uns parlent de mettre à la voile, les
autres de mettre un embargo la difpute s'en-
gage, elle devient férieufe, le vaiffeau languit,
& la cargaifon la plus précieufe -dépérit. Les
uns veulent le diriger vers l'occident,, les au-
tres vers l'orient; le tenu s'écoule en vaines
difcuflîons, l'horifoh fe couvre de nuages, la
tempête rle,s éclairs, les tonnerre grondent de
toutes parts, les Sou s'agitent, & le vaiffeau
le Plus, foliçfe eff prêt à faire naufrage au
( 16)
Voilà le portrait le plus fidèle de la Cons-
titution.
Ce n'eft donc pas cet édifice rnajeflueux, je.
le répète que j'ai attaqué mais bien ceux
auxquels on en a confié la direction, ceux
qui par des menées fourdes des inf nuations
perverfes et artificieufes cherchent à fapper
fes fondemens encore mal affurés c'efè ainfi
que j'envifage l'état aâuel des chofes il ne
faut,pas nous le diflhnuler elles ne peuvent
relier en cet état; la gangrenne gagne tout le
Royaume; l'opération peut-être sera terrible.
Il s'offre à mon imagination un moyen que
moi je trouve infaillible, et que d'autres pour-
ront trouver insensé; mais qu'on le confidère
au moins comme un remède de bonne femme,
qui n'a d'autre intention, en le donnant, que
d'arrêter les progrès du mal & de fervir l'hu-
manité.
Ces fortes de remèdes, comme on le sait,
«'ils ne font du bien, au moins ne font pas
puiubles, mais avant de les propofer j'ai
befoin de préparer la plaie, pour recevoir ce
bizarre tropique.
Revenons aux opinions & aux préjugés des
hommes, qui forment & détruîfent alternati-
vement, les Empires; l'habituder de ces pré-
jugés & de ces opinions en perpétue la durée,
Il
même quand ils h'exiftent plus il y a quarante
ans, & peut-être plus, que la révolution étoit
faite dans les coeurs & dans les efprits; & fans
le comble de la tyrannie fans, doute, cette
habitude l'aurait encore reculée.
L'ancien régime étoit comme une habile
coquette qui cachoit avec art les ravages dit
tems; elle voyoit l'Univers à tes pieds, & fe
flattoit de ne jamais vieillir injùfte defpote
& pleine de vices fes adorateurs ne lui en
étoient que plus fournis. Ninon, à quatre-vingt
âns, faîfou encore des conquêtes, on fe rap-
Jjelloit qu'elle avoit été jolie & on ne prou-
voit oublier qu'elle ne fût toujours aimable.
Mais quelle différence de la coquette de
l'ancien régime avec la philofophe Ninon de
t'Enclos l'une a régné réellement fur des
hommes, jufqu'à fon dernier foupir, & l'autre
n'a régné que fur des préjugés.
Née Françoife les préjugés pour nos Rbig
fn'ont long-tems fubjuguée, je ne m'en dé-
fends pas; & quel eifi le François qui pourra
s'en défendre; ils ont étouffe en moi ces dit-
pofztions républicaines, qui caraétérifent toutes
mes allions, & par fois mes écrits, mais je ma
fuis bien gardée de les manifefter ouvertement;;
je les ai Cru cUngereùfes pour mon paye il
eit poffiW^Sif/je- me trompe» Les fceptre|
t 18
'tombent comme les républiques, tout faÏÏ*e;
ce :te (impie réflexion fuffiroit pour convaincre
les infenfés,<ju'il n'eft pas fi aifé de remaîtrifer
les hommes lorsqu'une fois ils ont fecoué le
joug; & 1 ar cette même conséquence, qu'il
eft donc difficile de déraciner ces préjugés de
de noblefle & de fanatisme quelques foient
les efioits i (' a l'aine philofophie
Les étendus nobles & les réfradaires ne
manqu ront pas de fe récrier contre ces ob-
fervat;ons & fur-tout contre mon infuffifance
pour traiter la politique, je conviens que je
ne r ai jamais étudiée que je fai traitée ma-
chinalement, & même avec dégoût, que
mon pur patriotifine m'a transportée au-deiius
de mes moyens, & de» ma répugnance fur
cette matière mains, f je n'y ai pas- réufîi
comme je l'aurois défiré moi-même, & qu'on
auroif pu l'exiger, du moins j'ai eu des in-
tentions pures & louables, du moins j'ai donné
des projets avantageux, & je fuis bien dédom-
magée de l'échec que j'ai fait à ma réputation
dramatique fyue j'ai abandonnée pour une fi
belle caufe c'elt ce que les critiques ne peu-
vent désapprouver même les -radieux de
divers partis, enfin j'ai'rempli ma tâche, je
me fuis rendue utile puinai-je faire encore
plus, devenir néceuaire
t Ip]
A a
Un diamant trouvé dans un défert3 efi-il
moins précieux moins cher ?
Remède de la bonne femme.
Il s'agit de rendre à Céfar ce qui appar-
tient à Céfar je vais prouver géométrique-
ment que les vrais nobles font ceux que la
noblefle appelle roturiers l'homme qui a
dérogé à fon origine, eft fans-doute le vilain
de la fociété tout eft fagot dans ce bas
monde, je veux effayer d'en faire d'une efpèce
nouvelle.
Le noble cultivateur qui a vu croître fa for-
tune, en nourriffant les hommes eft fans
doute plus noble, plus grand que le fils
qui a fuccédé & qui s'eft avili en perdant la
tradition de fon état, & les vertus de fes an-
cêtres, pour briller dans l'oifiveté & n'avoir
d'autre jouiffance que de s'entendre nommer
comte ou marquis. Les defcendans de cet
anti-philofophe calculent, avec avidité, l'é-
poque qui les éloigne de leurs ayeux; nature,
raifon tout eft- méconnu dans cette atroce
féodalité, à peiné le dernier neveu d'un vi-
lain ofo-t-il citer le premier qui l'anoblit; auffi
rarement, a-t-on vu les prétendus gentils-hom-
mes datej depuis l'auteur de leurs extravagances.
Si je ne me trompe, il mefemble que la vé-
t 20 J
Stable nobleffe eft celle qdi n'a jaiais-dérogé-
à la raifon, à la nature, à l'intérêt focial, que
les familles les plus anciennes, que les tra-
vaux augures font remonter jufqu'au premier
homme font celles des nobles laboureurs
voilà il me femble la bonne & véritable
nobleue que l'on devroit établir, & s'il étoit
poiïible de détruire la p réfomption d'un pou-1
voir ufurpé fans faire couler le fang des
citoyens, je propoferois de mettre fur le trône
la plus ancienne famille de laboureurs qui dé-»
riveroit de la première origine de l'homme.
On peut m'objeâer ces vers de Mérope
s Je mettrois en vos mains fa mère & fon état,
Et le bandeau des rois fur le front d'un foldat
Le premier qui fut roi, fut un foldatheureux
Ces maximes nous montrent feulement que
ce n'eft pas la jultice & les moeurs qui ont
fondé les empires; mais bien le bonheur,
Padrefle ou le crime. Les peuples ont voulu
s'affujettir fous le joug des tyrans, fouverains
maîtres de retirer un pouvoir confié & mal
adminiflrc ils peuvent à leur gré en difpofer
fous de meilleurs aufpices voilà ce que dé-
montre le bon fens.
Ainfi que deviendtoit la nobleffe les po-
[
Bj
tentats de l'Europe fi les hommes vouloient
fuivre cette morale, fi la majeure partie dé-
cidoit entièrement de leur fort, s'ils vouloient
fans fureur faire triompher la raifon & la juf-
tice, fi enfin reconnoiiTant que les pauvres
humains fertiles en inventions en change-
mens, ont befoin encore des préjugés qui les'
dirigent; mais du moins lesfiècies de lumières
doivent les rendre moins abfurdes, les réflexions
font le préambule du remède que je crois in»
difperifable dans la circonfiance;
Pour décider des rois & des peuples il
faut un voeu général, ou' des partis combat-
tus par la railôn ou par là voie des armes:
fi la France e(t l'aréopage qui doit prononcer
fur cette importante queftion;, elle doit donner
à l'Univers l'exemple de l'impartialité & du
libre cours à l'opinion pour que l'on puilfe
délibérer, à la pluralité des voix fur le fort
des rois.
Tout citoyen eft maître de fa volonté &
ce n'eft que la volonté du plus grand -nombre
qui doit aneoirles loix cette loi eft, indiquée
par-tout, & nul ne peut la contefler, Qu'il
/erok beau d'y ypir tous les hommes fouf-.
crire %is la voie des armes & par la force
feule de la raifon. • ma patrie, ô mes con-
citoyens, que ne puis-je yous pénétrer de