//img.uscri.be/pth/75f410769ef279141380410c303db4407f26bd48
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Le Bon temps. [Signé : C. (N. Fontaines de Cramayel.)]

De
13 pages
bureau de la "Décade philosophique" (Paris). 1801. In-12, 12 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

L E
BON TEMS.
A P^^f S ,
Au BUREAU DE LA DÉCADE PHILOSOPHIQUE,
rue de Grenelle Germain, N° 32r, en face
de la rue des Pères.
A N X.
LE
BON TELS,
V^/UEL desespoir nouveau me poursuit et m'oppresse?
Je n'entends en tous-lieux que des chants d'allégresse.
De tous côtés un peuple ivre de son bonheur
Fait retentir des mots qui me glacent d'horreur.
Faut-il la croire enfin cette affreuse nouvelle ?
J'entends crier la paix ! la paix universelle.!
La paix ! qui de ces tems si ehers à mon amour,
Va peut-être à jamais éloigner le retour.
C'en est fait ; plus d'espoir de vous voir reparaître
Beaux jours , tems fortunés , où le Ciel me fit naître;
Où voyant tout aller en dépit du bon sens ,
Quand chacun se plaignait nous étions tous contens ;
Où certaine déjà de sa chute voisine ,
La France si gaiment courait à sa ruine ;
Où tous les intérêts se balançaient si bien,
Que les uns ayant tout, les autres n'avaient rien.
Que voit-on succéder à des tems si prospères?
Quels malheureux enfans remplacent d'heureux pères,
Pour produire à leur tour des fils plus malheureux !
Et comment en effet élever nos neveux ?
Qui pourra les instruire? Il n'est plus de collèges ;
Plus d'universités à si beaux privilèges.
Vos dortoirs sont déserts, ô savantes maisons !
A d'innocens captifs odieuses prisons,
Séjour du long silence.et des mornes ténèbres,
Où vingt pédans plus noirs que leurs robes funèbres ,
Avec un front sévère armés d'un coeur d'airain ;
La menace à la bouche, et la verge à la main ,
Par les tourmens , les pleurs, et l'ennui le plus rude ,
Formaient l'aimable enfance à l'amour de l'étude;
Et pour mieux du travail donner la passion ,
Faisaient du travail même une punition.
Là sans cesse de mots la mémoire obsédée
Ne pouvait plus s'ouvrir pour une seule idée ;
Et dix ans de malheur se terminaient enfin
Par savoir bien ou mal quelques mots de latin.
Eh bien! du sein poudreux de ces sales écoles
Soi. t sortis les auteurs aujourd'hui nos idoles.
Car en vain l'on médit du système passé;
Tous nos gens de génie out-ainsi commencé ;
Et toujours il faudra, malgré les vains scrupules,
Pour former des héros le fouet et des férules.
C'est à force de coups qu'on rend les gens/meilleurs;
Les mauvais traitemens font toujours les bons coeurs.
Des principes si vrais ne sont plus à la mode ;
On veut tout adoucir jusques à la méthode.
L'écolier, du bon sens dédaignant le secours,
Sans réfléchir jamais étudiait toujours,
Et pourvu qu'il sût bien ce qu'il fallait apprendre,
Il était dispensé de pouvoir le comprendre.
Aujourd'hui l'an s'attache à tout simplifier ,
Et c'est en raisonnant qu'on fait étudier.
Tous ces grands raisonneurs ont gâté la grammaire.
Qu'est-ce que Condillac près de Jean Despeautère ?
Celui qui fit l'Essai sur notre entendement
Jamais comme Tricot n'eût fait un rudiment.
Sicard montre par fois assez d'intelligence ;
Mais à moins d'être sourd et muet de naissance,
De former sa raison l'on peut se dispenser ;
Et l'on ne voit que gens qui parlent sans penser.
En raffinant sur tout, tout se gâte et s'altère :
Qu'est devenu chez nous ce grand art de la guerre ?
Nous en avons perdu les premiers élémens.
Paraît-il chaque jour de nouveaux réglernens
Sur tant de graves riens , vétilles importantes ?
Voit-on ces campemens et ces marches savantes,
Où nos chefs à loisir déployaient leur talent,
Et cherchant l'ennemi, qu'ils trouvaient rarement}
Pesans dans la victoire, agiles dans la fuite,
Avançaient lentement et reculaient bien vite ?
Un général d'armée était un vrai valet,
Et le ministre, assis au fond d'un cabinet,
Dirigeant sur la carte et sièges'et batailles ,
La campagne du Rhin se faisait à Versailles.
Quel accord dans les chefs lorsque chacun d'entr'eus
De son supérieur émule généreux, ' •.
Afin que de sa place il se montrât indigne,
Lui laissait'à dessein faire une faute insigne;
Et pour perdre un rival qu'il voulait remplacer
Revenait bien content de s'être fait'rosser !