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Le Citateur républicain, recueil de principes de liberté...

336 pages
1834. In-8°.
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LIBRAIRIE DE ROUANET, RUE VERDELET, N°4, A PARIS
Souscription à 40 centimes la livraison , publiée du 20 au 25 de
chaque mois.
LE
CITATEUR RÉPUBLICAIN
RECUEILLE LES PRINCIPES
Par des fragmens d'écrits et morceaux complets de Philosophie , extraits de
divers ouvrages et journaux démocrates.
NOUVEAU RECUEIL ET CORPS D' OUVRAGE
DIVISÉ
PAR LIVRAISONS.
Il parait de la publication du Citateur Républicain, commencé
en juin 1834, une livraison tous les mois (1).
Une livraison se compose toujours de matières terminées sur
40 pages d'impression in-8°, renfermée, piquée sous une couverture
imprimée.
CONDITIONS :
Le Citateur Républicain formera un à deux volumes in-8°, devant
se composer chacun de 12 livraisons, avec titres et table générale
des matières.
ON SOUSCRIT SANS RIEN PAYER D'AVANCE
AU PRIX DE 40 CENTIMES LA LIVRAISON.
Cependant le prix sera de 50 centimes , pour ceux qui n'auraient
pas souscrit pendant la publication des six premières livraisons.
(I) La quatrième livraison a paru en septembre 1834, date de l'impressison de
cette présente notice.
NOTICE DE LIBRAIRIE.
fr. c.
Du PEUPLE ET DES ROIS , par la Vicomterie ( 3me édition ),
vol. in-8° 1 »
PÉRIL DE LA SITUATION PRÉSENTE (14 octobre 1831), par
M. Cabet, in-8° 1 »
NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE ORGANISATION EUROPÉENNE, in-8°. » 25
RÉPONSE A BARTHÉLEMY, par Riberolle, in-8°. . . ...» 50
LE SIEGE DU PARADIS ( Infarnalico, Diabolico, etc), in-8°. . » 80
ACHILE ou LES RÉPUBLICAINS (drame), in-8° » 80
CONSPIRATIONS DES ROIS, DES MINISTRES, etc, 4 pages in-8°,
L'exemplaire. . . . . .. . . » 5
28 id. . . . . ... . .. . . . . .. . . » 78
80 id ... 1 80
100 id , 2 80
LES CRIMES DUS ROIS DE FRANCE , par la Vicomterie, auteur
du Peuple et des Rois, 1 vol. in-8°, figures (nouvelle édit.) 5 80
LES CHAÎNES DE L'ESCLAVAGE , par J. P. Marat, 1 vol. in-8°
avec portrait . . . . . . . . . 2 25
HISTOIRE PATRIOTIQUE des arbres de la liberté, par l'abbé
Grégoire, joli volume in-18. . . . 1 50
LES PAROLES D'UN CROYANT, par l'abbé de la Mennais, 1 vol.
in-18 . 1 28
MEMOIRE sur les évènemens de la rue Transnonain , dans les
journées des 13 et 14 avril 1834, par Ledru-Rollin, avocat,
in-8°. . . . . . . . . . . . . . . . . » 78
VINGT JOURS DE SECRET ou le Complot d'avril, par Armand
Marast, in-8°. . . . . . . . . . . . . 1 28
PARIS RÉVOLUTIONNAIRE, in-8°, la livraison. . . .. . . 1 80
CONSTITUTION RÉPUBLICAINE, par Ch. Teste, in-8° 1 80
DICTIONNAIRE PROGRESSIF des droits de l'homme, vol. in-18.. » 50
VIE POLITIQUE du marquis de la Fayette, par Gigault, in-8°. 1 »
HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION DE 1830, par M. Cabet, 2 vol.
in-12. . . . . . 1 75
OPINION de M, Cabet sur l'anniversaire du 21 janvier, in-8°. » 28
OPINIONS de deux membres de la Convention nationale (Cavai-
gnac et Noël Pointe), au procès de Louis XVI, in-8°... . » 20
CONFÉRENCE des 5 et 6 juin 1832, entre LOUIS-PHILIPPE et
MM. Lafitte, Odillot-Barrot et Arago , in-8° » 20
PHILIPPIQUE à la chambre, par Parfait, in-8°. . . . . . » 28
LE GOUVERNEMENT de Louis-Philippe, par un prêtre républi-
cain, in-8°. . . . .... . . . » 23
RÉFORME SOCIALE OU Catéchisme du Prolétaire, par Sauriac,
in-8°. . . . . . . . ..... . . . » 25
RECUEIL DE CHANSONS, par Victor Basière, in-8°. . . » 60
LA REVUE RÉPUBLICAINE (publiée par M. Marchais), in-8°,
le numéro. .............. 4 »
CHANSONS RÉPUBLICAINES SUR 4 PAGES IN-8°.
L'exemplaire » 5
Cent exemplaires. . . . . . . . . . ... 3 »
Le recueil. .. . . 2 28
Savoir :
La Marseillaise.— Chant civique. — Suite à la Marseillaise.—
Hymne aux républicains. — Chant du départ.— Chant du retour—
Chant de victoire.— Chant du 14 juillet.— Le Bonnet de la liberté.
— Pourquoi je suis républicain. — La Carmagnole.— Manifeste de
la liberté à tous les peuples de la terre. — Chanson grivoise.— Le
Divorce.— La Décade.— L'Inutilité des prêtres.— Le Triomphe
de la raison et de la vérité sur les abus des cultes.— La Versail-
laise.— Suite à la Versaillaise. — Le Bonnet de la république. — Les
Rois de France.— Hymne patriote.— Le Nouveau Dieu du peuple
français. — Hymne à la liberté et à l'égalité. — La Philosophie des
républicains.— Hymne aux Français.— Plantation de l'arbre de la li-
berté — Le Retour en France des cendres de Napoléon. — Le Vieux
Fifre du Régiment. — L'insurrection parisienne.— La Bataille des pla-
ces.— L'Indemnité.— Les Enfans de Paris. — La Varsovienne.— La
Prise de la Bastille. — Les Voyages du Bonnet rouge.— Le Soleil de
la république. — Le Serment du jeu de Paume. — Le Cri de mort
contre les Rois. — Une Pléhéïenne. — Le Canon. — Profession de foi
d'un républicain. — La Carmagnole de 1835.— Adresse de Mayeux
le républicain à la société des Droits de l'homme, etc., etc.
PROCÉDURE.
PROCÈS du journal la Tribune, devant la chambre non prosti-
tuée, in-8° 1 »
PROCÈS à l'HISTOIRE (tribune du 12 avril 1832), in-8°. . . » 80
Id. DES FUSILS GISQUET, in-8° .......... 1 »
Id. DES 22 DU CLOÎTRE SAINT-MERRY, in-8°. . ..... 1 50
Id. DE Prospert et Laporte, i'n-8 . ........ » 80
Id. DE Louis Ledieu ( 5 et 6 juin 1 832), in-8°.. . . . 1 50
Id. A LA POLOGNE MOURANTE ( Gaussuron-Depréaux et
Beaumont), in-8°. . . .......... » 50
Id. Du Droit D'ASSOCIATION (Amis du Peuple) » 50
Id. DE M. CABET, 6 brochures in-8°. ........ 2 50
Id. DES Républicains d'Aurillac et du journal le Patriote
du Puy-de-Dôme (à l'occasion des fêtes de juillet
en 1833), in-12. . » 50
Id. Du Patriote du Puy-de-Dôme (à L'OCCASION de la mort
de DULONG), in-12. » 50
Du Patriote du Puy-de-Dôme ( à L'OCCASION des ÉVÉ-
NEMENS de Lyon et de Paris dans le mois d'avril
1834), in-12 ...... » 18
LIVRES D'OCCASION.
ORGANISATION des Carbonari, vol. in-8°, figures 2 »
POUR et CONTRE la BIBLE, par Silvain Maréchal, vol. in-8°
en papier vélin (rare) 6 »
CHANDELLE D'ARRAS, par l'Abbé Dulaurens, vol. in-18. . . » 50
OEUVRES badines de Robbé, 2 vol. in-48. . . 1 »
FAC SIMILE de l'écriture de Voltaire et 6 portraits différens. . » 28
LIVRE DES POSTES pour voyager dans toute l'Europe, in-8° . . 1 80
CARTE ROUTIÈRE DE FRANCE idem.. » 50
Imprimerie de PETIT , rue Saint-Denis , N. 380.
LE
CITATEUR REPUBLICAIN.
Imprimerie de PETIT, rue Saint-Denis, 380.
LE
RÉPUBLICAIN,
RECUEIL
DE PRINCIPES, DE LIBERTE,
ou
CHOIX PRINCIPAUX DE TRAITÉS DE DÉMOCRATIE EXTRAITS DE DIVERS
ÉCRITS DE PHILOSOPHIE, ANCIENNE ET NOUVELLE.
NOUVEAU CORPS D'OUVRAGE
Paris,
ROUANET, LIBRAIRIE, RUE VERDELET, 4.
1834.
AVANT-PROPOS.
Sous l'absolutisme des Rois et des Prêtres, la philoso-
phie , souvent persécutée, ne cessa jamais de combattre les
tyrans par ses écrits, aux dépens de la superstition régnante
alors sur les esprits , pour tâcher de les éclairer et communi-
quer au peuple ses droits à l'émancipation intellectuelle.
C'est du produit de ses lumières, bientôt répandues parmi les
peuples qu'éclata en France la Révolution de 1789, dont le
cours populaire lui fit déployer toute sa pensée énergique au
renversement de la tyrannie Royale et Sacerdotale, en tra-
çant définitivement de sa plume démocrate les principes éter-
nels de liberté, dictés naturellement à l'humanité dans ce sen-
timent de la déclaration de ses droits, d'où sortit le principe de
la souveraineté du peuple.
Si plus tard la trahison fit une déception de l'extension de la
Vérité du principe de la Souveraineté du peuple, le sang du
peuple protesta contre la trahison.
Du champ-clos de la discussion, la lutte armée cessant un
instant sans vainqueur ni vaincu, l'esprit du Progrès restant
agité de l'avenir du peuple, continue l'entretien de son instruc-
tion sur les monumens écrits et oratoires de nos pères qui sou-
tinrent si bien le droit public, en ne cessant de confondre les
oppresseurs et ranimer le courage des oppressés.
C'est ainsi qu'en méditant sur ces pages de la philosophie de
nos pères et contemporains , dont les idées, toujours nouvelles,
entretiennent constamment l'espérance dans les coeurs libres,
que nous-mêmes, pénétrés du sentiment ressenti de liberté,
nous en avons suivi la trace progressive des vrais principes,
selon le besoin de l'époque, lors des lectures que nous faisions
de leurs différens écrits, tendant tous au soutien ou à sa récla-
mation , dont nous avons pris loisir à rassembler les principaux
traités de démocratie, lorsque plus tard nous vint l'idée de pu-
blier notre travail de recherches sous le titre du Citateur Répu-
blicain , offrant par ces matières recueillies la solution a toute
question palpitante d'intérêt démocratique, classée par mor-
ceaux ou articles séparés, formant l'ouvrage divisé par livrai-
sons, ne sortant que de mois en mois, et cela par l'effet exis-
tant de nos moyens
De ces deux mots d'avant-propos, nous faisons place à une
Esquisse de matières, précédant celle du Citateur Républicain.
ESQUISSE
« Dans le corps politique comme dans le corps humain, il
faut un certain degré de fermentation pour y entretenir le mou-
vement et la vie. L'indifférence pour la gloire et la vérité pro-
duit stagnation dans les âmes et les esprits (1)... »
« Un tyran ne voit rien au-delà de ses passions actuelles ou de
ses fantaisies passagères; il ne doit récompenser que les com-
plices dont il a besoin pour les satisfaire ; il doit se liguer avec
eux pour aveugler un peuple que la vérité ne ferait que révolter
contre son joug. Il lui faut des prêtres qui trompent et qui sé-
duisent, des soldats qui répandent la terreur, des visirs impi-
toyables (2). »
« C'est une maxime adoptée par le despotisme, que, non-seu-
lement ses ordres ne doivent jamais trouver de résistance, mais
encore que l'autorité ne doit jamais reculer
. . . »
» Quelque reculées que soient les limites d'un état despoti-
que, quelque nombreuses que soient ses cohortes, quelque
soient ses trésors et la fertilité de son sol, l'expérience de tous les
temps prouve que tous ces avantages sont rendus inutiles par le
délire de l'administration; ses succès momentanés ne sont que
(I) Helvétius, de l' homme et de son éducation.
(2) Dumarsais, Essai sur les préjugés.
VI ESQUISSE.
des météores passagers , et le despote finit par échouer. . . .
»
« Il ne peut y avoir de Patrie sous les volontés d'un Despote.
Un tel maître est fait pour étouffer l'énergie, la grandeur d'âme,
la passion pour la vraie gloire, l'amour du bien public. Les
coeurs des Peuples asservis ne sont point susceptibles de ce beau
feu qui embrâse le Citoyen généreux. Quel intérêt peut animer
les sujets du Despotisme ? Combattront-ils pour leurs posses-
sions? Rien n'est à eux, tout appartient au maître. Défendront-
ils leur bonheur ? En est-il sous la Tyrannie ? La gloire sera-t-
elle leur mobile? Il n'en est point pour des esclaves. S'arme-
ront-ils pour leur sûreté ? il n'en est point sous des Tyrans. . .
»
« Peut-il y avoir quelque avantage , quelque prérogative , quel-
que rang dans une nation où le sultan est tout, et où les sujets
ne sont que ce qu'il lui plaît ; il n'existe de grandeur que pour
ceux que le despote élève. Il n'est de prérogative que pour les
âmes basses qu'il favorise, il n'est de protection que pour ceux
qui consentent à ramper et à s'avilir
. . »
« Quelle justice peut-on attendre d'un pouvoir fondé lui-
même sur l'injustice , la violence et la déraison! Les lois sont
sans cesse, ou éludées par adresses, ou violées ouvertement :
elles sont obscures, pour que la fantaisie puisse toujours les in-
terpréter : elles sont contradictoires et multipliées , parce que
chaque caprice du maître, ou de ses puissans ministres, chaque
intérêt en fait naître de nouvelles. Ces lois inventées par la pas-
sion d'un seul, ou du petit nombre, sont communément des-
ESQUISSE. VII
tructives pour la nation, contraires à la nature, elles multi-
plient les infracteurs » »
« Le Despotisme est une conspiration contre les Peuples, tra-
mée par le souverain avec une partie de ses sujets pour en-
chaîner tons les autres
«
Toute liberté de penser fait horreur au Despotisme qui l'é-
touffe avec fureur
« Sous un Despote , les sciences, les arts, l'industrie , les
talens , enfans de la liberté, uniquement tournés vers des ob-
jets frivoles s'énervent et se dégradent ; ils ne prêtent leurs
secours qu'aux monumens méprisables de l'orgueil du Maître,
de la vanité de ses favoris , et au Luxe insolent de quelques
hommes engraissés de la substance des Peuples (1) »
« Le tyran d'un empire a la folie de croire que lui seul fait
tout l'Etat, que le Peuple n'est destiné qu'à servir ses fantaisies
et ses caprices. Comme son Usurpation ne peut se maintenir
qu'à l'aide de gens sans moeurs et sans probité , en proie à
l'intérêt le plus sordide. Il n'accorde les honneurs et les récom-
penses qu'à des Brigands subalternes qui partagent avec Lui la
dépouille de la Classe indigente et laborieuse. Les hommes
épars ne présentent d'un côté que des tyrans cruels , et de
l'autre que des bêtes de somme qui supportent seules le far-
deau de leur existence en même temps que celui de leur maître.
La distance énorme qu'il y a entre les classes renverse toutes
idées de morale, de justice et de prospérité. Un monarque se
(I) D'Holbach, Politique naturelle.
VIII ESQUISSE.
croit Grand Lorsqu'il peut commettre impunément les plus
grands crimes. Les uns placent la gloire à devenir les instru-
mens serviles de Ses iniquités, et Ceux qui sont les plus habiles
dans l'art d'écraser les Peuples, obtiennent les dignités, les
honneurs et les récompenses ; ils n'accordent à leur tour, leur
bienveillance qu'à des hommes de leur Caractère ; ils craignent
le mérite qui les ferait Rougir. Il faut renoncer à la Probité pour
parvenir à la Fortune, et suivre le torrent Général qui entraîne
vers le Crime. Le Tyran n'a besoin ni de Talens, ni de Vertus ,
il ne lui faut que des Soldats, des Fers , des Prisons et des
Bourreaux. Tel est l'aspect hideux du Despotisme, par la disso-
lution du contrat social. Là, je cherche le peuple et ne le trouve
pas, je ne vois que des individus et pas un citoyen. ....
»
« Il n'y point de Citoyens sous le Despotisme. .
La Patrie n'est pour les individus qu'une immense Prison gar-
dée par des Satellites, sous les Ordres d'un Geôlier inexorable
(1) »
(1) Cherhal-Mont-Réal, Gouvernement des hommes libres.
Le Citateur républicain.
Le Citateur Républicain
RECUEILLE LES PRINCIPES.
Réflexions générales sur la soumission que le citoyen doit au
gouvernement sous lequel il vit.
Que faites-vous à Paris, Monsieur, tandis qu'on vous désire
ici ? et quoi! toujours des affaires? que cette chaîne doit vous
paraître pesante ! puisque vous ne pouvez la rompre, je veux
du moins essayer de vous consoler, en vous rendant compte de
quelques entretiens que j'ai avec milord Stanhope; nous le
possédons depuis deux jours dans cette retraite délicieuse, où
la liberté et la philosophie se sont réunies. Vous savez quelle est ma ré-
putation dans la connaissance dés jardins de Marly. ainsi j'ai été
chargé d'en faire les honneurs à milord, et ce que je regardais
d'abord comme une corvée, je le regarde à présent comme une
faveur singulière de la fortune, je croyais m'étre aperçu que
milord Stanhope est peu jaloux de nos grâces françaises , et je
1re LIVRAISON. 1.
2 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
lui savais mauvais gré de ne pas faire le moindre effort pour
tâcher de nous copier, sa politesse est noble et vraie; n'importe,
je ne manque pas de la prendre pour de l'orgueil anglais. Me
voilà donc érigé , par dépit, en champion de la nation , pour
nous venger, je veux obliger Milord à tout admirer en France ;
et pour dégrader le parc Saint-James et les jardins de Windsor ,
dont je le crois fort occupé, je me fais un plaisir malin de lui
faire remarquer en détail toutes les beautés du petit parc de
Marly.
Convenez, Milord, lui dis-je , en nous trouvant sur la terrasse
de l'abreuvoir, après avoir parcouru lentement les bosquets,
qu'il n'est point au monde de décoration plus riante que celle
que présentent ces jardins, les grands artistes savent quelquefois
réaliser les idées fantastiques des conteurs de féeries , que d'art
il a fallu pour découper ces montagnes , qui forment de tous
côtés un vaste amphithéâtre, où l'oeil se repose avec volupté !
l'eau de ces bassins et de ces cascades est puisée dans la Seine,
qui coule à soixante toises au-dessous de nos pieds, que de ri-
chesses prodiguées , et cependant employées avec assez d'élé-
gance pour ne point fatiguer par leur profusion; je ne crois
pas que dans le reste de l'univers il y ait quelque habitation
royale qui vaille cette simple guinguette du roi. Vous avez
raison me répondit Milord en souriant, je vous réponds de
l'Angleterre : nos pères un peu grossiers y ont mis bon ordre,
mais je crains bien, continua-t-il, en prenant un air plus sérieux
que notre corruption n'élève enfin à nos princes des palais aussi
agréables et plus superbes que les vôtres.
Honteux, à ces mots, de ma petite vanité , je commençais,
Monsieur, à me douter que je pourrais bien avoir tort, et j'en
fus bientôt pleinement convaincu. En traversant vos provinces,
me dit Milord, j'ai deviné tout ce que je trouverais ici, dans un
pays naturellement fertile , habité par des hommes actifs et in-
dustrieux, j'ai vu des terres en friche, des paysans pâles, tristes
et à moitié nus, et des cabanes à peine couvertes de chaume :
que pouvais-je en conclure? que je verrais ailleurs un luxe scan-
RECUEILLE LES PRINCIPES. 3
daleux et des guinguettes plus riches que ne doit l'être le palais d'un
roi juste et père de ses peuples; si les choses en elles-mêmes les
plus simples, poursuivit-il, n'étaient pas souvent une énigme
pour des étrangers toujours peu instruits , je croirais entre-
voir quelque sorte de contradictions entre les plaintes que vous
arrachait hier au soir la situation facheuse de vos finances et
du peuple et les éloges que vous prodiguiez ce matin aux dépen-
ses inutiles, et peut-être pernicieuses, de votre gouvernement.
Milord lui répondis-je avec un embarras dont je me sais gré,
vous n'avez sans doute que trop raison ; et ce que vous venez
de me dire est un trait de lumière qui dissipe en un moment tout
mes préjugés ; au lieu d'éloges , je devais vous faire des excuses
pour les merveilles que je vous montre , la gloire que vous tirez
de l'abondance où vit votre peuple, est aussi raisonnable que
notre vanité est ridicule à nous complaire dans une magnificence
superflue, dont nous payons les frais de notre nécessaire, je me le
tiens pour dit : je serai désormais plus circonspect ; ma philoso-
phie va jusqu'à savoir que des lois qui tempèrent l'autorité du
prince , pour laisser aux sujets la jouissance de leur fortune et
de leur travail, sont préférables à de beaux jardins , jouissez
d'un bonheur qui n'est pas fait pour nous, et que nous admi-
rons sans l'envier, tandis que vous vous tourmentez pour con-
server votre liberté, n'y a t-il pas une sorte de sagesse à s'é-
tourdir sur sa situation quand on ne peut pas la changer ? nous
autres Français, nous avons été libres comme vous l'êtes aujour-
d'hui en Angleterre, nous avions des états, qui n'ont jamais fait
aucun bien ; la mode en est passée avec celle des vertugadins
et des collets montés; nos pères ont vendu, donné, et laissé dé-
truire leur liberté ; à force de la regretter nous ne la rappelle-
rions pas; le monde se conduit par des révolutions continuelles,
nous sommes parvenus au point d'obéissance où vous parvien-
drez à votre tour. Nous nous laissons aller tout bonnement à la fa-
talité qui gouverne les choses humaines ; que nous servirait de
regimber contre le joug ? nous en sentirions davantage le
poids ; en effarouchant notre maître nous rendrions son gouver-
4 LE CITATEUR REPUBLICAIN
nement plus dur. Peut être que la bonne philosophie consiste
moins à raisonner sur les inconvéniens de sa situation , qu'à s'y
accoutumer; il faut s'étourdir, tâcher de trouver tout bon,
s'exercer à la patience, qui rend enfin tout supportable, et tous
les états de la vie à peu près égaux .
Je croyais avoir dit des merveilles , monsieur , mais point du
tout, milord Stanhope fut très-mécontent de ma philosophie ; à
travers toutes les enveloppes de politesse sous lesquelles il se
cachait à moitié, je découvris sans peine que cette sagesse, dont
je lui faisais l'éloge, n'était qu'une lâche et paresseuse pusillanimité
que quelque voluptueux avaient tournée en système, que les sots
avaient adoptée par sottise , les fripons par friponnerie pardon-
nez-moi, me dit Milord, la vivacité avec laquelle je m'exprime ;
les mots de liberté et d'esclavage ne me laissent jamais de sang froid,
quand je n'aurais aucune idée des liens qui unissent tous les peu-
ples, quand je ne saurais pas que je dois leur vouloir du bien à tous
je désirerais, par amour pour ma patrie, qu'ils fussent heureux, car
leur bonheur donnerait sans doute à mes compatriotes une ému-
lation utile, comme nous adoptons les vices étrangers, nous
adopterions sans doute aussi quelques vertus par une suite du
commerce, qui unit et lie aujourd'hui tous les peuples, les vices
d'une nation doivent infecter ses voisins. Pourrais-je donc voir
sans émotion les progrès du despotisme, qui fait presque oublier
dans toute l'Europe le principe, l'objet et la fin de la société?
quand l'homme ignorant, qui a des droits et des devoirs en
qualité de cytoyen, se dégrade jusqu'à chercher des raisons pour se
prouver qu'il doit être esclave et qu'il doit chérir ses fers, je crains
que cet exemple contagieux ne prépare mon pays à la servitu-
de, je crains qu'avec les richesses des étrangers, leurs passions
molles ne viennent avilir notre caractère , et je croirais alors
faire un crime que de cacher ou simplement de déguiser la
vérité.
J'en suis avide, Milord, lui répondis-je, et pardonnez notre
inconsidération française qui nous fait dire, et ce que nous
pensons et ce que nous ne pensons pas, sans trop nous rendre
RECUEILLE LES PRINCIPES. 5
compte de ce que nous disons, quoiqu'il en soit, peut-être suis-
je digne que vous me montriez cette vérité ; mais je vous l'avoue-
rai , vous venez de parler des droits et des devoirs du citoyen,
d'une manière qui me fait soupçonner, ou que je ne comprends
pas bien les idées que vous attachez à ces mots ou que je suis
bien éloigné d'y attacher les mêmes idées, permettez-moi de
vous faire juge de mes pensées ou de mes visions, les voici :
Je crois que les hommes sont sortis des mains de la nature
parfaitement égaux, par conséquent sans droits les uns sur
les autres, et parfaitement libres. Elle n'a point créé des rois,
des magistrats, des sujets, des esclaves, cela est évident;
et elle ne nous a dicté qu'une seule loi, c'est de travailler à
nous rendre heureux; tant queles hommes restèrent dans cette si-
tuation, leurs droits étaient aussi étendus que leurs devoirs étaient
bornés, tout appartenait à chacun d'eux; tout homme était une
espèce de monarque qui avait droit à la monarchie universelle;
à l'égard des devoirs, j'imagine que personne ne pouvait être
coupable, puisque chaque homme ne devait rien encore qu'à
lui-même , et qu'il était impossible qu'il n'obéit pas à la loi
imposée par la nature, de se rendre heureux.
La naissance de la société produisit une révolution singulière :
l'homme devenu citoyen , convint avec ses pareils de ne plus
chercher son bonheur que suivant de certaines règles, et
qu'avec de certaines modifications, on se fit mille sacrifices de
part et d'autres en s'obligeant de respecter en autrui les droits
qu'il voulait faire respecter en soi; le citoyen a mis sans doute
des bornes étroites au pouvoir illimité qu'il avait comme homme,
mais ces conventions ne suffisaient pas pour affermir les fonde-
mens de la société naissante ; le nouvel édifice devait s'écrou-
ler si les lois n'étaient pas exécutées; il fallut donc créer des
magistrats, entre les mains de qui le citoyen renonça à son in-
dépendance ; dès ce moment, Milord, l'homme ne me parut
plus qu'un roi détrôné; il a en quelque sorte changé de na-
ture ; et pour juger de ses nouveaux devoirs dans cette nouvelle
situation, il serait nécessaire de connaître les pactes qu'il a faits
6 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
avec ces concitoyens, et surtout d'examiner les lois constituti-
ves du gouvernement ; et c'est ce dernier rapport du citoyen
à l'ordre public, qui mérite une attention particulière.
Ici, le peuple est lui-même son propre législateur; là, un
sénat et des familles privilégiées possèdent la souveraineté, qui
est ailleurs confiée tout entière à un seul homme. Le code des
nations offre le tableau le plus fidèle de la bizarrerie et des ca-
prices de l'esprit humain ; chaque contrée a sa morale , sa po-
litique et ses lois différentes. Au milieu de ce cahos ténébreux,
comment trouver des droits et des devoirs qui appartiennent ef-
fectivement à l'humanité ? En vérité, milord, un Anglais a rai-
son en Angleterre, un Français en France, et un Allemand en
Allemagne. J'ai parcouru Grotius, Hobbes, Wolf, Puffendorf :
ils me disent tous qu'un citoyen se trouve lié par les lois de la
société dont il est membre, et je le crois sans peine. Dire que
ces lois ne sont pas la mesure des droits et des devoirs du ci-
toyen, ce serait ruiner la société, pour laquelle tous nos be-
soins , toutes nos passions et notre raison nous apprennent éga-
lement que nous sommes faits, et sans laquelle il n'y a point de
bonheur à espérer pour les hommes.
Milord m'avait écouté, monsieur, avec plus d'attention que je
n'en méritais, et je m'en aperçus à la manière dont il me répon-
dit. Souffrez, me dit-il, que je ne sois pas tout-à-fait de votre
avis. On se persuade trop aisément que les droits de l'homme
fussent sans bornes avant l'établissement des sociétés, ou qu'il
n'eut alors aucun devoir à remplir. Cette doctrine pourrait être
vraie pour les premiers momens de la naissance du genre hu-
main, en supposant que les premiers hommes, semblables à
l'enfant qui vient de naître, fussent d'abord occupés à essayer
de développer, étudier et perfectionner l'usage de leurs sens,
d'où devaient naître leurs idées. N'étant pour ainsi dire encore
que dans la classe des brutes, puisque leur raison ne les éclai-
rait pas, ils obéissaient machinalement au sentiment du plaisir
et de la douleur. Il n'y avait alors ni droits ni devoirs, la morale
n'était pas née pour ces automates , comme elle n'est point née
RECUEILLE LES PRINCIPES. 7
pour les sauvages qui broutent dans les forêts, ou pour l'enfant
qui se joue dans les bras de sa nourrice , que nous importe cette
situation? elle n'est pas la nôtre, et n'a peut-être jamais existé.
Mais dès que le sentiment répété du plaisir et de la douleur a
gravé un certain nombre d'idées dans la mémoire; quand les
hommes, avec le secours dé l'expérience, commencèrent à
apercevoir des rapports entre les objets qui les environnent;
quand ils purent réfléchir, comparer et raisonner, est-il vrai que
leurs droits fussent sans bornes, et qu'ils ne connussent aucun
devoir? pourquoi cette raison naissante ne devrait-elle exercer
aucune autorité sur des êtres qui commençaient à être raison-
nables? Ce que nous appelons le juste et l'injuste, l'honnête et
le déshonnête, le bon et le mauvais , tout cela avait-il besoin du
secours des lois politiques pour leur paraître égal et arbitraire ?
Avant toutes les conventions civiles, la bonne foi était distinguée
de la perfidie, et la cruauté de la bienfaisance, puisque l'homme
était fait de manière qu'il devait éprouver un sentiment de plai-
sir et de douleur par les actions bienfaisantes ou cruelles de ses
pareils , et par là doit se développer cet instinct moral qui ho-
nore notre nature.
Faites attention , ajouta milord , que l'idée du bien et du mal
a nécessairement précédé l'établissement de la société ; sans ce
secours, comment les hommes auraient-ils imaginé de faire des
lois? comment auraient-ils su ce qu'il fallait défendre ou ordon-
ner? Votre philosophie vous conduirait à reconnaître des effets
qui n'auraient point de cause. Si les hommes connaissaient le mal
dans l'état de nature , ils ne pouvaient donc pas tout faire ; leur
raison était leur loi et leurs magistrats, leurs droits étaient donc
bornés, s'ils connaissaient le bien , ils avaient donc des devoirs
à remplir. Convenez, poursuivit milord, en souriant, que , loin
de dégrader notre nature, l'établissement de la société l'a, au
contraire, perfectionnée. Les lois et toute la machine du gouver-
nement politique n'ont été imaginées que pour venir au secours
de notre raison, presque toujours impuissante contre nos passions.
De ce principe , que je crois incontestable , je dois conclure.
8 LE CITATEUR REPUBLICAIN
si je ne me trompe, que le citoyen est en droit d'exiger que la so-
ciété rende sa situation plus avantageuse. Je conviens que les lois ,
les traités ou les conventions que les hommes font en se réunis-
sant en société, sont en général les règles de leurs droits et de
leurs devoirs; le citoyen doit y obéir tant qu,'il ne connaît rien
de plus sage ; mais dès que sa raison l'éclaire et le perfectionne ,
est-elle condamnée à se sacrifier à l'erreur ? Si des citoyens ont
fait des conventions absurdes ; s'ils ont établi un gouvernement
incapable de protéger les lois, si en cherchant la route du bon-
heur, ils ont pris un chemin opposé; si malheureusement ils se sont
laissés égarer par des conducteurs perfides et ignorans , les con-
damnerez-vous inhumamement à être les victimes éternelles d'une
erreur ou d'une distraction ? La qualité de citoyen doit-elle détruire
la dignitéde l'homme? Les lois faites pour aider la raison et soutenir
notre liberté, doivent-elles nous avilir et nous rendre esclaves ? La
société destinée à soulager les besoins des hommes, doit-elle les
rendre malheureux ? Ce désir immense que nous avons d'être
heureux, réclame continuellement contre la surprise ou la vio-
lence qui nous ont été faites. Pourquoi n'aurais-je aucun droit à
faire valoir contre les lois incapables de produire l'effet que la so-
ciété en attend? Ma raison me dit-elle alors que je n'ai aucun
devoir à remplir ni pour moi, ni pour la société dont je suis membre?
Les écrivains que vous avez lus , continua milord, sont certai-
nement des hommes d'un mérite très-distingué; mais, avant eux,
on n'avait pas encore appliqué la philosophie à l'étude du droit
naturel et de la politique. Quand ils ont écrit, le gouvernement
monarchique était établi presque partout, il succédait à la police
absurde des fiefs qui avait inondé l'Europe des préjugés les plus
grossiers ; et les rois, ou plutôt leurs ministres, abusaient de leur
nom et de leur autorité, tenaient déjà la vérité aussi captive que les
peuples. Grotius était plus érudit que philosophe ; on sent cepen-
dant que ce génie profond était fait pour trouver la vérité, mais il
se défiait de ses forces. Une vérité hardie l'étonnait, et il man-
quait du courage nécessaire pour attaquer et détruire des er-
reurs révérées. Il était né dans une république nouvelle, où
RECUEILLE LES PRINCIPES. 9
l' on connaissait le prix de la liberté ; mais la fortune, en l'exi-
lant , l'avait attaché au service de la reine Christine, quand il
composa son droit de la paix et de la guerre, et il avait la fan-
taisie de le publier sous les auspices de votre Louis XIII. Puf-
fendorf, né dans un pays où il n'y a de liberté que pour les op-
presseurs de leur nation, me paraît quelquefois assez philosophe,
pour que je le soupçonne de déguiser ailleurs la vérité qu'il
connaissait et à laquelle il ne voulait pas sacrifier les bienfaits de
quelques princes qui le protégeaient. Wolf a presque toutes les
erreurs de ces deux savans, et son ouvrage fatiguant, que per-
sonne n'a la patience de lire, n'a pu instruire ni tromper per-
sonne. Hobbes aurait pu ravir à Locke la gloire de vous faire
connaître les principes fondamentaux de la société ; mais atta-
ché par une suite des événemens, ou par intérêt, à un parti
malheureux, il a employé toutes les ressources d'un génie puis-
sant pour établir un système funeste à, l'humanité, et qu'il au-
rait condamné, si, au lieu des désordres de l'anarchie, il eut
éprouvé les inconvéniens du despotisme.
Comment s'y prennent ces écrivains pour dépouiller le ci-
toyen de ses droits les plus légitimes? Jamais ils ne vous présen-
teront un objet sous toutes ses faces : tantôt ils décomposent
trop subtilement une question, tantôt ils la chargent d'acces-
soires qui lui sont inutiles. Ils entassent sophismes sur sophis-
mes. Parlent-ils du respect profond qui est dû. aux lois , ils se
garderont bien de faire remarquer au lecteur que, s'il y a des
lois justes, c'est-à-dire conformes et proportionnées à notre na-
ture , il y en a d'injustes auxquelles, on ne peut obéir sans humi-
lier l'humanité, et préparer la décadence et la ruine de l'état. Ils
affectent de ne connaître ni les hommes, ni les ressorts propres
à les émouvoir. Parce que telle administration diamétralement
opposée à l'institution et à la fin de la société, produit par ha-
sard un bien passager ou faux , ils vous diront hardiment que
c'est une police merveilleuse dont il faut craindre de déranger
l'harmonie. Ils vous prouveront qu'il faut obéir aveuglément à la
loi, en étalant avec éloquence, ou simplement avec longueur,
10 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
les prétendus dangers de l'examen. Laissez-les faire : ils vous
démontreront que l'auteur de la nature a eu tort de vous donner
une raison, et qu'elle se doit taire devant celle du magistrat qui
vous domine, et qui ne prendra pas la peine de penser. Ils
triomphent quand ils viennent à parler de troubles , d'anarchie et de
guerres civiles ; l'imagination est alarmée ; on a peur, et on les croit
trop légèrement sur leur parole.
Si je vous faisais voir à mon tour quelle semence féconde de
maux une seule loi injuste est capable de jeter dans un état; si
je vous démontrais que les vices les plus énormes de la plupart
des gouvernemens, ne doivent leur origine qu'à une erreur,
même légère, qui tendait à dégrader la dignité des hommes; si
je vous faisais envisager les suites funestes de cette obéissance aveugle
et servile qui, au mépris de notre raison et de la nature qui nous
en a doués, nous transforme en automate : que sais-je! quand
l'amour de l'ordre et du repos n'est pas éclairé, si je vous prou-
vais qu'il nous précipite rapidement au-devant de tous les maux que
nous voulons éviter ; si je vous découvrais que le despotisme avec
ses prisons, ses gibets, ses pillages, ses dévastations sourdes, et
ses imbéciles et cruelles inepties, est le terme inévitable des prin-
cipes de vos jurisconsultes , ne vous deviendraient-ils pas suspects ?
Monsieur, ajouta milord, d'un ton ferme , jamais on ne s'é-
cartera impunément de l'ordre que nous prescrit la nature ; il est
juste que nous soyons punis quand nous voudrons être plus sage
qu'elle, ou heureux sans la consulter : que de choses j'aurais à
vous dire, mais c'est assez de vous avoir proposé quelques dou-
tes : ce serait profaner ces jardins agréables, dit milord, en sou-
riant, que de parler plus long-temps droit naturel et politique.
Non, non, lui répartis-je avec vivacité : vous voulez en vain
changer de conversation; vous m'avez ouvert les yeux, milord :
n'est-ce que pour me montrer que je suis dans l'erreur ! Sans
votre secours, je n'en sortirai jamais. Vous m'avez fait l'honheur
de me dire : Cacher la vérité, c'est un crime : Voulez-vous de
gaîté de coeur vous rendre criminel ! je mets mon ignorance,
mes préjugés et leurs suites sur votre conscience.
RECUEILLE LES PRINCIPES. 11
Je ne saurais vous dire, monsieur, quelle foule d'idées se pré-
sentaient confusément à moi; tout ce que j'avais pensé jus-
qu'alors me paraissait tomber en ruine : mon esprit, qui cher-
chait une vérité à laquelle il put s'attacher, se portait rapide-
ment à-la-fois de mille côtés différens. Nous nous levâmes pour
continuer notre promenade; milord, à son tour, voulut me faire
admirer quelques statues, et je ne voulais que raisonner et
m'instruire.
Votre magnificence, me dit-il, me paraît trop magnifique :
en exposant aux injures de l'air cet Apollon, ces enfans qui
jouent avec un bouc, cette Cléopâtre que nous avons admirée ,
et ces lutteurs qui devraient orner un cabinet, il semble que
vous n'en connaissiez pas le prix. A la bonne heure, milord, lui
répondis-je; je me soucie peu de ces petits torts depuis que vous
m'avez appris la morale et la politique. Vous m'avez trouvé d'a-
bord trop sévère, reprit milord, et à présent c'est à moi à vous
humaniser, puisque les rois sont du moins bons à faire de belles
promenades. Un Français peut en jouir sans scrupule : elles sont
faites à ses dépens ; et un Anglais peut les voir avec quelque plai-
sir : c'est à cette magnificence que nous devons peut-être l'em-
pire que vous nous laissez sur mer.
Milord avait beau s'écarter; monsieur; j'étais trop occupé de
ces droits et de ces devoirs que je ne connaissais pas encore, pour
ne pas l'y ramener sans cesse. C'est votre faute, lui dis-je, si je
vous persécute; pourquoi m'avez-vous parlé de la partie de la
morale la plus intéressante pour les hommes ? il n'est pas encore
temps de rentrer, et ces statues que vous voyez d'ici, ne sont
que quelques statues antiques, médiocres et assez mal réparées.
L'homme, Milord, est bien plus digne de votre attention que les
arts qu'il a inventés.
Vous le voulez-donc absolument? eh bien raisonnons ; j'y
consens; mais dans la crainte de nous tromper , gardons-nous ,
me dit-il de nous trop hâter; marchons méthodiquement; et
pour nous faire quelques règles certaines dans la recherche des
droits et des devoirs du citoyen , examinons avec soin la nature
12 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
de l'homme : si nous trouvons qu'il y ait des choses qui lui
appartiennent si essentiellement qu'on ne puisse l'en séparer
sans le dégrader , nous en conclurons que la société et le gou-
vernement faits pour ennoblir l'humanité, ne sont point en droit
d'en priver les citoyens.
Notre attribut le plus essentiel et le plus noble, c'est la raison;
elle est l'organe par lequel Dieu nous instruit de nos devoirs ,
et le seul guide qui puisse nous conduire au bonheur. C'est
cette loi éternelle et immuable dont le sénat ni le peuple, dit
Cicéron, ne peuvent nous dispenser; elle est la même à Athènes
et à Rome; elle subsistera dans tous les temps , et ne pas s'y
conformer, c'est cesser d'être homme, si le gouvernement sous
lequel je vis me laissait l'usage libre et entier de ma raison ;
s'il ne servait qu'à m'affermir dans la pratique des devoirs que
je crois essentiels, je sens à merveille que je dois le respecter ;
le magistrat remplit les devoirs de l'humanité, le mien est de lui
obéir et de voler à son secours quand quelques passions vou-
dront déranger l'harmonie de la société. Mais vous ajouta Milord,
en me serrant la main , si par hasard vous vous trouviez dans
un pays où l'Etat fut sacrifié aux passions du magistrat; si le
despotisme ennemi de la nature et jaloux des droits qu'elle nous
a donnés, vous conduisait vous et vos concitoyens esclaves ,
comme mon fermier conduit les troupeaux de sa ferme, votre
raison vous dirait-elle que c'est là la fia merveilleuse que les
hommes se sont proposée, quand renonçant à leur indépen-
dance naturelle, ils ont formé des gouvernemens et des lois ?
quand Dieu vous ordonne d'être homme, n'avez-vous aucun
droit à faire valoir contre un despote qui vous ordonne d'être brute ;
et votre devoir consiste-t-il à seconder son injustice ?
Remarquons poursuivit Milord, que la liberté est un secondattri-
but de l'humanité, qu'elle nous est aussi essentielle que la raison,
et qu'elle en est même inséparable, à quoi nous servirait que
la nature nous eût doués de la faculté de penser, de réfléchir
et de raisonner ; si faute de liberté, nous étions condamnés à ne
pas faire usage de notre raison ? Si Dieu avait voulu que la volon-
RECUEILLE LES PRINCIPES. 15
té d'un magistrat m'en tint lieu , il aurait sans doute créé une
espèce particulière d'êtres pour remplir cette auguste fonction,
il ne l'a point fait; je dois donc être libre dans la société, les lois,
le gouvernement, les magistrats ne doivent donc exercer dans
le corps entier de la société que le même pouvoir que la raison
doit exercer dans chaque homme. Ma raison m'a été donnée
pour diriger , régler et tempérer mes passions , m'avertir de
leurs erreurs et les prévenir. Voilà quel est aussi le devoir du
gouvernement-; car les hommes n'ont fait des lois et des magis-
trats, et ne les ont armé de la force publique que pour prêter
un nouveau secours à la raison particulière de chaque individu,
affermir son empire chancelant sur les passions , et par une
espèce de prodige , les rendre aussi utile qu'elles pourraient
être pernicieuses.
Après ces réflexions de la nature de l'homme, et dont je ne
vous offre que l'ébauche, m'est-il possible de jeter les yeux
sur les folies que nous honorons du beau nom de police et de
gouvernement, et de m'aveugler jusqu'au point de croire que
les devoirs du citoyen soient de s'abandonner au torrent de l'er-
reur, et que son seul droit soit de souffrir patiemment des in-
justices? Que veulent dire ces flatteurs des cours quand ils recom-
mandent un respect aveugle pour le gouvernement, auquel on est
soumis? je suppose que les premiers hommes, encore sans ex-
périence, et par conséquent peu éclairés, se méprirent dans
l'arrangement de leurs lois et de leurs gouvernemens ; ils devaient
donc se regarder comme irréprochablement assujettis à la pre-
mière police politique qu'ils avaient établie. Il me semble que
ce serait imposer une loi bien insensée à des êtres que la nature
a doués d'une raison lente à se former, sujette à l'erreur, et qui
n'a que le secours de l'expérience pour se développer et se
conduire avec sagesse. Je demande à ces partisans de tout gou-
vernement actuel, s'ils refuseront impitoyablement aux Iroquois
le droit de réparer leurs sottises et de se policer quand ils com-
menceront à rougir de leur barbarie. Si un Américain a droit
de réformer le gouvernement de ses compatriotes, pourquoi un
14 LE CITATEUR REPUBLICAIN
Européen n'aurait-il pas aujourd'hui le même privilége, si ses
concitoyens croupissent encore dans leur première, ignorance,
ou qu'après avoir connu les vrais principes de la société, le temps
et les passions qui altèrent tout, les leur aient fait oublier? S'est-
on avisé de traiter Licurgue de brouillon et de séditieux, parce
que sans avoir commission de faire des lois il réforma le gou-
vernement du Sparte, et fit de ses compatriotes le peuple le
plus vertueux et le plus heureux de la Grèce ?
Cette doctrine , me dit Milord, a besoin d'un long et très-
long commentaire; mais il est trop tard pour l'entreprendre au-
jourd'hui songeons à rentrer , et demain, puisque vous le vou-
lez , nous recommencerons nos promenades philosophiques.
Marquez-moi, monsieur, ce que vous pensez de la doctrine et
des réflexions de milord Stanhope : personne n'est plus capable
que vous d'en juger, que sa manière de procéder dans l'étude
du droit naturel et du droit politique ne m'a-t-elle été connue
plutôt! qu'elle m'aurait épargné d'erreurs avec lesquelles je
suis familiarisé, et dont j'aurai peut-être beaucoup de peine à
me débarrasser! il me semble que nous allons traiter les matières
les plus importantes de la société, et je continuerai à vous
rendre compte de nos entretiens, si vous le désirez. Adieu ,
Monsieur : je vous embrasse de tout mon coeur.
A Marly, ce 12 août 1758.
L'ABBÉ MABLY.
( Extrait de ses oeuvres, édition de 1794 à 1795. Droits et
devoirs du citoyen, lettre première. )
RECUEILLE LES PRINCIPES. 15
DES MOUCHARDS.
Là où sont les tyrans, sont les mouchards; là où sont les
mouchards , sont les tyrans ; là où sont les tyrans et les mou-
chards, sont les oubliettes; feuilletez l'histoire, vous trouverez
la preuve de l'inséparabilité de ce triple fléau. TIBÈRE avait des
délateurs et le saut de Caprée; Denis avait la fameuse oreille (1)
et les carrières ; ALEXANDRE VI et BORGIA avaient leurs espions et
la cantarella ; Louis XI institua en France les mouchards et la
poste pour avoir plutôt de leurs nouvelles, et il avait l'ami
Tristan; ce Tristan était comme qui dirait Sartines, Lenoir ou
de Launai (2). Le CARDINAL DE RICHELIEU et ses successeurs ont
perfectionné les mouchards et plus habiles que PHALARIS , qui
n'avait qu'un taureau ou machine à rotir les citoyens, ils avaient
cinquante à soixante enfers , où ils jettaient ceux qui n'avaient
pas le bonheur de leur plaire, pour y être tourmentés sans
relâche, et très-souvent à tout jamais, par des démons incar-
nés , c'est-à-dire, par des gouverneurs abominables, ou par des
moines, ce qui était encore pis.
Tout prince, tout ministre, tout magistrat, tout citoyen même
qui se sert de mouchards est un méchant homme. C'est une
dérision que d'ajouter foi à la vertu d'un tel être ; nous adju-
rons ici toute âme honnête, de nous déclarer s'il lui serait pos-
ble de lier un commerce de coeur et d'amitié avec celui qu'il
saurait s'aboucher avec des mouchards , et leur ouvrir sa con-
(1) Denis LE TYRAN avait fait faire une chambre dans son palais, ap-
pelée l'OREIILE, parce qu'elle était faite avec tant d'artifice, que place'
dans celte chambre on entendait très-distinctement ce qui se disait dans
le palais.
(2). Préfet de police et gouverneur de prison d'état.
16 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
fiance. Celui qui se sert de mouchards est un mouchard lui-
même; il est le cloaque, l'égoût où viennent aboutir ces ruis-
seaux boueux; il est la grosse pièce de cette monnaie infâme,
point de distinction ici entre les agens et le moteur , entre les
brigands et le receleur, est-il plus exécrable commerce que de
trafiquer de l'âme et de la pensée des citoyens? d'ouvrir, de-
tenir ce détestable bureau, ou la plus vile canaille vient enre-
gistrer la vie secrète, les pensées et les soins domestiques des
citoyens, entre les mains et sous la plume d'un homme public,
d'un magistrat qui ne peut être qu'un lâche par cela seul qu'il
veut savoir ce que la foi publique doit couvrir d'un voile reli-
gieux.
Pourquoi de toutes les tyrannies, celle des prêtres a-t-elle
été la plus longue et la plus affreuse ? parce que la confession
auriculaire était l'espionnage de l'église. Pourquoi les jésuites
étaient-ils venus à bout d'être les maîtres de l'Europe et maîtres
exécrables; c'est que la base de leur politique était la révélation
de la confession à leurs supérieurs; lorsqu'on pense que chaque
jésuite matador, initié à l'épouvantable théocratie de ces moines,
savait la pensée et les affaires de chaque famille chrétienne
du monde entier, il y a de quoi frémir d'horreur et reculer d'é-
pouvante. Eh bien, si rien ne semble pouvoir égaler l'effroi
qu'inspire une telle réflexion, que sera-ce si l'on s'arrête à
l'idée qui doit résulter de l'agence des mouchards ? car enfin
les jésuites ne savaient que la vérité ; ce n'était pas l'imposture
et la calomnie que les âmes timorées venaient vomir au tribu-
nal de la pénitence ; sans doute, les malheurs, les désastres , la
confusion, qui résultaient de ce trafic jésuitique et des avoeux
des péchés des fidèles , étaient grands et incalculables , mais
lorsque vous venez à penser que des hommes constitués en
puissance font sonder votre vertu par les plus infâmes
scélérats du globe, que votre conscience est la proie de
ce qu'il y a de plus infect parmi les méchans, qu'elle est calcu-
lée par celle de ces coquins, que vos intentions passent par une
telle filière, que ces traîtres que l'on a spécialement attachés sur
RECUEILLE LES PRINCIPES. 17
vos pas, ne trouvant en vous que l'honnêteté qui les passe,
peuvent vous imputer les vices qu'ils vous désirent, et vous les
imputent parce qu'ils les ont. Lorsqu'on vient à penser que
leurs bénéfices , leur salaire , leur existence, leur avancement,
leur importance , dépendent de la multiplicité des crimes qu'ils
cherchent, et que , pour ne pas mourir de faim sur les trousses
des anges, ils commettraient eux-mêmes ces crimes pour les
imputer, et ne pas rentrer le soir sans répertoire dans leur in-
fernal dépôt... Ah ! certes , à de telles réflexions le désespoir
vous saisit, la pensée s'égare , et sa première lueur renaissante
se porte dans le fond des forêts, où vous êtes tentés d'aller loin
des hommes passer le reste de vos jours.
Qu'ils sont misérables ces sophistes pervers , qui osent nous
dire que les mouchards sont un mal nécessaire , que pour
avoir une bonne police, il faut des mouchards , que sans cette
vile et abominable canaille, on ne pourrait pas quelquefois
trouver le coupable que l'on cherche! Comme s'il ne valait pas
mieux que cent voleurs fussent pendus plus tard et même jamais,
que d'entourer les foyers des honnêtes gens d'une ceinture
de bandits, que de glisser dans les familles ces reptiles impurs,
que d'empoisonner la confiance publique; et lorsqu'une cité,
une nation ne devraient être qu'une famille de frères et d'amis,
d'intercaler la terreur et les soupçons éternels entre les coeurs
nés pour s'aimer et se consoler, entre le frère et la soeur,
l'épouse et l'époux, le fils et le père! eh! qu'on ne vienne pas
nous dire que ces craintes sont exagérées. A Montpellier, un
apothicaire fit annoncer qu'une vipère s'était échappée de sa
caisse : à cette nouvelle, vous eussiez vu tout le quartier, et
bientôt toute la ville en crainte ; chacun, dans chaque foyer,
visitait les coins de ses appartemens, les valets n'y promenaient
leurs balais qu'avec précaution, la servante n'osait plus aller à
la cave sans compagnie et sans lumière , chacun ne heurtait
pas de son pied le moindre fétu qu'il ne crût fouler le reptile ;
une seule vipère causa cette frayeur qui ne finit que le jour où
l'on retrouva la venimeuse bête. O citoyens ! que n'avez-vous
1re LIVRAISON. 2.
18 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
pu voir avec quelle rage elle fut immolée ! effet juste et terrible
de la perte de la confiance ! effet naturel de l'instant qui la ra-
mène , tant l'homme en société ne peut exister sans elle ! la
vipère fut écrasée et mille fois écrasée, ses tronçons roulés de
proche en proche allèrent attester la disparution d'un fléau; si
dans une assez grande cité une seule vipère apporta tant de mé-
fiance, que pensez-vous qu'il doit être de Paris, où tant de milliers
de reptiles s'insinuent parmi nous? hommes méchans ! hommes
détestables et corrompus qui vous déclarez partisans des mou-
chards , qui vous en servez , qui osez les aborder, qui nous
exposez au venin de ces immondes créatures, ayez la bonne foi
de DECROSNE qui leur voulait mettre un uniforme ; sans doute
il avait entendu parler des serpens à sonnettes.
Et vous citoyens! souffrirez-vous cette dégradation de la na-
ture, et ce renversement des principes de la Constitution? vous
fouettez vos enfans quand ils sont rapporteurs, vous chassez vos
valets quand ils jasent, vous jetez vos bassins sur les écouteurs
aux portes, et vous souffririez les mouchards? Quand vous con-
quîtes votre liberté, ils se tapirent dans leurs repaires, d'où
vient que vous les en laissez sortir?
Nous voudrions que tout homme arrêté eut le droit de de-
mander sur quels renseignemens il a pu l'être, et qu'il fut libre
de droit sur-le-champ, s'il se trouvait que ce ne fut que par
espionnage qu'il aurait été arrêté.
Mais loin de nous perdre en recherches sur des remèdes
toujours impuissans, allons aux représentans de la nation,
allons-y tous, ne jetons qu'un cri, et demandons une loi qui
défende les mouchards; que cette loi voue à l'exécration
publique et les moteurs et les agens de ce trafic infâme, autant
qu'impolitique. Le législateur n'est-il pas témoin du serment
de notre fraternité nationale. Ce serment est la sauve-garde de
la patrie, comment pourrait-il souffrir, le législateur , que cette
fraternité fut ainsi empoisonnée dès le premier serrement de
main? qu'il nous donne cette loi que nous demandons. Ceux qui
s'y opposeraient ne peuvent être que des traîtres corrompus, ou
RECUEILLE LES PRINCIPES. 19
des méchans ambitieux. Or, si la vertu, la justice et les moeurs
président à l'assemblée nationale, nous aurons cette loi. Que
les magistrats qui n'auraient de talens et le don d'administrer
qu'au moyen de l'espionnage, que ces indignes magistrats
quittent l'écharpe, qu'ils cèdent la place à l'homme droit,
ferme et intègre , qui , gouvernant en toute bonne foi, ne sait
ce que c'est que de corrompre ou de rendre douteuse celle
d'autrui.
Mais nos papiers sont pleins des preuves d'une caverne de
mouchards revêtus de l'habit national, armés du glaive patriote;
il ne se peut que l'assemblée nationale ignore les bruits et la
réalité de ce brigandage ; il est certes bien étonnant que pas un
des membres de l'assemblée n'ait dénoncé cette monstrueuse
institution, cette pépinière secrète de brigands : l'inviolabilité
des législateurs les rend-elle si tranquilles sur leur sûreté per-
sonnelle, qu'ils s'imaginent n'avoir rien à redouter de ces ser-
pens de la société? Mais quand ils descendront du siège na-
tional , qui leur a dit que ce ne sera pas à un mouchard que
l'on s'en remettra de la vengeance que l'on voudrait tirer de leurs
travaux ? Que savent-ils , si leurs plus ardens ennemis ne sont
pas les instituteurs, les payeurs, les protecteurs, les instructeurs
de ces exploiteurs de conscience? qu'ils y prennent garde ! Il ne
faut pas remonter bien haut pour trembler; nous le répétons
donc , c'est une loi dont la confiance publique a besoin, que la
paix des familles exige, que les moeurs nationales commandent;
que cette loi anéantisse ces reptiles engendrés de la pourriture
des cadavres de l'ancien régime, alors s'ils ne disparaissent pas,
que les citoyens leur donnent la chasse, comme on fait aux
crapauds, comme on fait aux crocodiles, comme on fait aux
serpens , et à tous les animaux que les hommes ont en horreur.
(R. de P. ... P. PRUDHOMME.)
20 LE CITATEUR REPUBDICAIN
DEPRAVATION DES MOEURS.
Peuple français ! la liberté vous a mis au rang des premières
nations du monde. Vous devez à cette liberté et votre grandeur
et une constitution nouvelle. Que vous reste-t-il à faire pour con-
server la première et consolider la seconde? Le voici. C'est
l'épurement de vos moeurs.
Cette tâche n'est point impossible ; elle n'est pas même dif-
ficile. Les moeurs déroulent de l'opinion; quand l'opinion est
bonne, les moeurs se rectifient. Or, l'opinion chez un peuple
libre est à coup sûr meilleure que chez un peuple esclave.
Ayez donc de bonnes moeurs, non-seulement vous en serez
plus heureux, mais encore ce sera le coup le plus terrible que
vous puissiez porter à l'aristocratie.
Peuple ! le code des moeurs ne s'écrit point. Malheur à la
nation où l'on a besoin de les dicter. Les lois sont faites pour
les venger et non pour les prescrire. Cherchez-les donc dans
votre coeur; voilà le grand livre, portez les yeux sur le tableau
des droits de l'homme , voilà l'explication , et fiers alors de la
majesté de votre être, levez-vous et marchez.
Les ennemis de la révolution qui connaissent mieux que vous
le coeur humain, parce qu'ils sont méchans, redoutent bien plus
le pouvoir des moeurs que le pouvoir législatif. Ils savent qu'on
peut interpréter les lois, mais qu'on n'interprête pas les moeurs,
ils seraient moins acharnés contre la révolution, s'ils ne pré-
voyaient pas que la révolution vous rendra meilleurs.
Jugez-en par leur conduite. Est-ce la perte des moeurs qu'ils
prévoient, qu'ils redoutent ou qu'ils regrettent, qui sert d'ali-
mens à leur perverse opiniâtreté? Non, ils feignent de déplorer
l' avilissement du trône, mais ce qu'ils détestent, c'est la lu-
RECUEILLE LES PRINCIPES. 21
mière qui l'entoure; cette lumière qui ne leur permet plus de
cacher à l'ombre de ce trône leur vice et leur barbarie. Ils dé-
fendent les ministres; est-ce par amour pour eux? Non! c'est
qu'on peut tromper, séduire, aveugler, voler un seul homme
plus facilement qu'une nation. Ils défendent le clergé; est-ce la
religion ou les prêtres qui les intéressent? Non. C'est le mas-
que de l'une et la dépravation des autres , si commode pour
sanctifier leurs forfaits. Ils plaignentla noblesse , est-ce par res-
pect pour elle! Non. C'est la perte des compagnons de leur
oppression dont ils soupirent. Ils voudraient voir enfin renaître
l'ancien régime. Pourquoi? c'est qu'ils ont besoin de l'autorité
du crime; et quand ce besoin se fait sentir, c'est que l'on frémit,
non de l'autorité des lois, mais de l'autorité des moeurs.
Peuple ! vos ennemis ont d'abord eu recours à la force; ce
moyen est illusoire, mais c'est le premier qui s'offre aux mé-
chans. Les conjurations, en se reproduisant sans cesse, se sont
énervées, elles ne sont plus aujourd'hui que de méprisables
fantômes. La finesse va succéder à la force : prenez-y garde, c'est
surtout à étouffer vos moeurs au berceau qu'elle va s'attacher,
d'autant plus dangereuse qu'elle sera plus couverte. C'est l'in-
secte qui se gorge de sang, et dont on ne sent point la mor-
sure. Comment agira cette finesse? Le voici.
Vous sortez, peuple français ! d'un long sommeil, où tous
les restes de la volupté salissaient votre imagination. La France
entière n'était que le palais de Sardanapale, et le spectacle des
honteux plaisirs de vos tyrans engourdissait vos sens, gangre-
nait votre coeur et putréfiait votre âme ; à votre réveil vous avez
franchi le seuil de ce palais du crime : mais on compte peut-
être beaucoup sur les souvenirs qui vous en restent. Ce sont les
passions que l'on va charger de. la cause de l'aristocratie; et
tandis qu'au dehors les gouffres du jeu et les temples de la dé-
bauche seront ouverts et protégés, que les théâtres ne vous of-
friront que la molesse, au-dedans de vos asiles on fera re-
fouler un torrent de livres corrupteurs, d'ouvrages libertins, de
22 LE CITATEUR REPUBLICAIN
gravures licencieuses (1), qui déjà commence à se déborder.
Si vous mordez à cet appât, si vous n'y reconnaissez pas le be-
soin que l'on a de votre dépravation, c'en est fait de votre li-
berté, paralysé par le poison d'une lecture pestiférée, sentirez-
vous alors la nécessité d'entendre les austères écrivains qui com-
battent pour votre liberté? Votre âme débile ne pourra plus
digérer la crudité de leurs préceptes; dans l'oubli de vous-
mêmes, vous ne vous souviendrez plus de la patrie, et vous serez
tombé dans l'épouvantable opprobre d'être indifférent même à
la joie de vos ennemis.
Voilà cependant leur espoir ! voilà ce qu'ils attendent du
temps, leur unique idole! et c'est par une contre-révolution
morale qu'ils se flattent de consommer par degré une contre-
révolution physique. Quel est, ô peuple français! le préservatif
d'un grand malheur? il est entre vos mains, ce sont les bonnes
moeurs, ces filles antiques de la liberté qui, cachées dans les fo-
rêts du Scythe, vainquirent Darius, dont le bras avait vaincu le
monde. Peuple français! vous voilà prévenu. Laissez mainte-
nant vos ennemis s'entacher à leur aise, aux yeux de la pos-
térité, de la plus insigne mauvaise foi par celte foule de
libelle anti-nationaux qui, pour venger l'humanité, seront im-
mortels comme la bible de Jacques Clément. Laissez-les se vau-
trer dans la fange impure de leurs sales compositions. Passez
auprès d'elle comme le bloc de glace passe sans se fondre à
côté du feu que les enfans allument sur la rive; mais gardez-
vous de vous plaindre de leurs écrits, et voyez que c'est de leur
part un attentat oblique contre la liberté de là presse, et c'est
pour arriver jusqu'à elle qu'ils chercheront à corrompre vos
(I). C'est la multiplicité effrayante de ces ouvrages licencieux qui se
vendent au Palais-Royal, qui rend cet article aussi important que néces-
saire (*).
(*) Il eut été nécessaire qu'il fut réimprimé en 1830 , car cette même
vente de mauvais livres avait lieu dans le même endroit et sous les yeux du
la nouvelle autorité, sortie des trois jours de juillet, qui n'arrêta ce scan-
dale que sur le mépris qu'en fit le peuple.
RECUEILLE LES PRINCIPES. 23
moeurs: ils savent que, où règne la liberté de la presse, la liberté
de la nation est" toujours vierge; voilà pourquoi ils voudraient la
détruire; mais ils savent aussi que la pureté des moeurs, unique
conservatrice de la liberté de la presse, assigne à chaque ou-
vrage la place qu'il lui convient, et voilà pourquoi les moeurs se-
ront les premiers objets de leur attaque. En effet, chez une na-
tion libre et vertueuse, quel homme oserait écrire ce que le
dernier citoyen rougirait de faire? où les moeurs exercent la
censure, il n'est bientôt plus de livres dangereux. Quand l'opi-
nion publique a la vertu pour base, laissez sans crainte au per-
vers le droit d'écrire ce qu'il voudra; cette impunité est la plus
grande des punitions. Nul homme n'a le droit d'empêcher un
autre homme d'écrire, de publier ce qu'il lui plaît; mais tout
homme a le droit d'être ferme dans les principes du bien, et
si tous s'accordent dans la sévérité de leur pratique, que devient
l'ouvrage licencieux? Les livres n'ont de droit sur les moeurs
que celui que l'homme leur concède; mais les moeurs ont un
droit sur les livres qu'ils ne peuvent éviter.
Ainsi, dans une république où tout se meut en bien, la liberté
d'écrire en mal n'est plus qu'une chimère. De là, par la pureté
des moeurs, ô peuple français! vous vous conserverez la liberté
de la presse, ce rempart de votre liberté nationale ; et, sans
qu'ils s'en doutent, vous l'ôterez à vos ennemis : cela vaut la
peine d'y penser.
Les devoirs envers la patrie , voilà, peuple français, le pre-
mier chapitre des moeurs : le premier de ces devoirs est de lui
consacrer votre temps, vos forces, votre génie. Toutes les portes
de son service vous sont ouvertes ; mais la théorie même de ce
service vous est nouvelle. Où en retrouveriez-vous la trace,
vous, peuple , qui ne trouveriez pas dans l'histoire une révolu-
tion aussi auguste que la vôtre (1), croyez-vous qu'une autre
(I) Elle s'est renouvelée dans la sublimité de la révolution de
juillet 1800.
24 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
étude vous soit maintenant permise ? Ce vaste amas de lois , d'er-
reurs, de préjugés que quatre mille siècles amassèrent avec or-
gueil, s'est évanoui devant vous. Le 14 juillet fut pour vous le
jour de la création du monde (1). Etudiez donc la propriété des
semences qui doivent fertiliser ce monde nouveau. L'ignorance
des ressorts de l'administration, cette ignorance dont l'heureux
partage garantissait jadis l'artisan modeste, le laboureur timide,
de la douleur d'apprécier les manoeuvres perfides des satrapes
de la France, cette ignorance aujourd'hui serait un crime pour
eux. Un jour, le salut d'une famille infortunée, d'une cité, d'un
canton de l'empire peut-être dépendra d'eux; et se trouve-
rait-il maintenant un Français assez vil pour apporter dans les
places une ineptie capable de rappeler à l'esprit le temps odieux
de la vénalité des charges? Votre constitution, voilà, peuple
français, l'unique science que vous devez approfondir. On sait
tout quand on sait répondre à toutes les demandes que la patrie
peut nous faire. Cette science amènera , ennoblira vos délasse-
mens ; c'est par elle que vous connaîtrez tous les charmes de la
fraternité, tout l'enthousiasme des dévoûmens, et surtout la
douceur de former aux vertus cette génération naissante, dont
la félicité vous a coûté tant de travaux, et que vous devez rendre
assez grande pour sentir vos bienfaits; et puisqu'il existe encore
des hommes en France amoureux des distinctions, mettez entre
leurs moeurs et les vôtres une si grande distance , qu'on les re-
connaisse au premier coup d'oeil, et qu'on ne les confonde ja-
mais avec le peuple français.
1790. (R. de P... par PRUDHOMME).
(I) Cette création nous a été constamment disputée malgré nos efforts
des trois jours-
RECUEILLE LES PRINCIPES. 25
PAROLES D'UN CROYANT, 1833.
XIX.
Ne vous laissez pas tromper par de vaines paroles : plusieurs
chercheront à vous persuader que vous êtes vraiment libres ,
parce qu'ils auront écrit sur une feuille de papier le mot de
liberté et l'auront affiché à tous les carrefours.
La liberté n'est pas un placard qu'on lit au coin de la rue ,
elle est une puissance vivante qu'on sent en soi et autour de
soi, le germe protecteur du foyer domestique, la garantie des
droits sociaux, et le premier de ces droits.
L'oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des op-
presseurs , il joint le mensonge à la tyrannie, et l'injustice à
la profanation; car le nom de la liberté est saint.
Gardez-vous donc de ceux qui disent: liberté, liberté, et
qui la détruisent par leurs oeuvres.
Est-ce vous qui choisissez ceux qui vous gouvernent, qui
vous commandent de faire ceci et de ne pas faire cela, qui im-
posent vos biens, votre industrie , votre travail? et si ce n'est
pas vous, comment êtes vous libres?
Pouvez-vous disposer de vos enfans comme vous l'entendez,
confier à qui vous plaît le soin de les instruire et de former
leurs moeurs? et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous
libres ?
Les oiseaux du ciel et les insectes mêmes s'assemblent pour
faire en commun ce qu'aucun d'eux ne pourrait faire seul,
pouvez-vous vous assembler pour traiter ensemble de vos inté-
26 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
rets, pour défendre vos droits, pour obtenir quelque soulage-
ment à vos maux? et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-
vous libres ?
Pouvez-vous aller d'un heu à un autre si on ne vous le per-
met, user des fruits de la terre et des productions de votre tra-
vail , tremper votre doigt dans l'eau de la mer et en laisser
tomber une goutte dans le pauvre vase de terre où cuisent vos
alimens, sans vous exposer à payer l'amende et à être traînés en
prison? et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres?
Pouvez-vous en vous couchant le soir, répondre qu'on
ne viendra point, durant votre sommeil, fouiller les lieux les
plus secrets de votre maison, vous arracher du sein de votre
famille et vous jeter au fond d'un cachot, parce que le pouvoir
dans sa peur, se sera défié de vous ? et si vous ne le pouvez
pas, comment êtes-vous libres?
La liberté luira sur vous, quand, à force de courage et de per-
sévérance, vous serez affranchis de toutes ces servitudes.
La liberté luira sur vous , quand vous aurez dit au fond de
votre âme : nous voulons être libres ; quand pour le devenir,
vous serez prêts à sacrifier tout et à tout souffrir.
La liberté luira sur vous , lorsqu'au pied de la croix sur la-
quelle le Christ mourut pour vous, vous aurez juré de mourir
pour les autres
XXXIV.
Si les oppresseurs des nations étaient abandonnés à eux-
mêmes, sans appui, sans secours étranger , que pourraient-ils
contre elle ?
Si, pour les tenir en servitude, ils n'avaient d'aide que l'aide
de ceux à qui la servitude profite, que serait-ce que ce petit
nombre contre des peuples entiers.
RECUEILLE LES PRINCIPES. 27
Et c'est la sagesse de Dieu qui à ainsi disposé les choses ,
afin que les hommes puissent toujours résister à la tyrannie ; et
la tyrannie serait impossible, si les hommes comprenaient la
sagesse de Dieu.
Mais ayant tourné leur coeur à d'autres pensées, les domi-
nateurs du monde ont opposé à la sagesse de Dieu, que les
hommes ne comprenaient plus, la sagesse du prince de ce
monde de Satan.
Or, Satan, qui est le roi des oppresseurs des nations, leur
suggéra, pour affermir leur tyrannie , une ruse infernale.
Il leur dit : Voici ce qu'il faut faire. Prenez dans chaque fa-
mille les enfans les plus robustes, et donnez-leur des armes, et
exercez-les à les manier, et ils combattront pour vous contre
leurs pères et leurs frères ; car je leur persuaderai que c'est une
action glorieuse. — Je leur ferai deux idoles, qui s'appelleront
honneur et fidélité, et une loi qui s'appellera obéissance passive.
Et ils adoreront ces idoles, et ils se soumettront à cette loi
aveuglément, parce que je séduirai leur esprit, et vous n'aurez
plus rien à craindre.
Et les oppresseurs des nations firent ce que Satan leur avait
dit, et Satan aussi accomplit ce qu'il avait promis aux oppres-
seurs des nations.
Et l'on vit les enfans du peuple lever le bras contre le peuple,
égorger leurs frères, enchaîner leurs pères, et oublier jus-
qu'aux entrailles qui les avaient portés.
Quand on leur disait : Au nom de tout ce qui est sacré , pen-
sez à l'injustice, à l'atrocité de ce qu'on vous ordonne, ils ré-
pondaient : Nous ne pensons point, nous obéissons.
Et quand on leur disait : N'y a-t-il plus en vous aucun amour
pour vos pères, vos mères , vos frères et vos soeurs ? Ils vous
répondaient : Nous n'aimons point, nous obéissons.
Et quand on leur montrait les autels du dieu qui a créé
l'homme et du Christ qui l'a sauvé, ils s'écriaient : Ce sont là
les dieux de la patrie; nos dieux, à nous, sont les dieux de ses
maîtres, la fidélité et l'honneur.
28 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
Je vous le dis en vérité, depuis la séduction de la première
femme par le serpent, il n'y a point eu de séduction plus ef-
frayante que celle là.
Mais elle touche à sa fin. Lorsque l'esprit mauvais fascine des
âmes droites , ce n'est que pour un temps : elles passent comme
à travers un rêve affreux, et au réveil, elles bénissent Dieu qui
les a délivrées de ce tourment.
Encore quelques jours, et ceux qui combattaient pour les op-
presseurs combattront pour les opprimés; ceux qui combat-
taient pour retenir dans les fers leurs pères , leurs mères , leurs
frères et leurs soeurs , combattront pour les affranchir.
Et Satan fuira dans sa caverne avec les dominateurs des nations.
XXXV.
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour Dieu et les autels de la patrie.
Que tes armes soient bénies , jeune soldat!
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour la justice, pour la sainte cause des
peuples, pour les droits sacrés du genre humain.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour délivrer mes frères de l'oppression ,
pour briser leurs chaînes et les chaînes du monde.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre contre les hommes iniques, pour ceux qu'ils
renversent et foulent aux pieds, contre les maîtres, pour les
esclaves, contre les tyrans, pour la liberté
Que tes armes soient bénies jeunes soldat !
Jeune soldat ou vas-tu?
Je vais combattre pour que tous ne soient plus la proie de
quelques-uns, pour relever les têtes courbées et soutenir les
genoux qui fléchissent.
RECUEILLE LES PRINCIPES. 29
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat où vas-tu ?
Je vais combattre pour que les pères ne maudissent plus le
jour où il leur fut dit : un fils vous est né, ni les mères celui
où elles le serrèrent pour la première fois sur leur sein.
Que tes armes soient bénies , jeune soldat !
Jeune soldat où vas-tu ?
Je vais combattre pour que le frère ne s'attriste plus en
voyant sa soeur se faner comme l'herbe que la terre refuse de
nourrir ; pour que la soeur ne regarde plus en pleurant son
frère qui part et ne reviendra point.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat où vas-tu?
vais combattre pour que chacun mange en paix le fruit de
son l'avail; pour sécher les larmes des petits enfans qui de-
mandent du pain, et on leur répond : il n'y a plus de pain, on
nous a pris ce qui en restait.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat où vas-tu ?
Je vais combattre pour le pauvre , pour qu'il ne soit pas à
jamais dépouillé de sa part dans l'héritage commun.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat où vas-tu ?
Je vais combattre pour chasser la faim des chaumières, pour
ramener dans les familles l'abondance, la sécurité et la joie.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat?
Jeune soldat où vas-tu?
Je vais combattre pour rendre à ceux que les oppresseurs
ont jetés au fond des cachots , l'air qui manque à leur poitrine,
et la lumière que cherche leurs yeux.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat où vas-tu ?
Je vais combattre pour renverser les barrières qui séparent
les peuples, et les empêchent de s'embrasser comme les fils du
même père, destinés à vivre unis dans un même amour.
50 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat où vas-tu ?
Je vais combattre pour affranchir de la tyrannie de l'homme
la pensée, la parole, la conscience.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat où vas-tu?
Je vais combattre pour les lois éternelles descendues d'en
haut, pour la justice qui protége les droits , pour la charité qui
adoucit les maux inévitables.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat où vas-tu?
Je vais combattre pour que tous aient au ciel un Dieu, et
une patrie sur la terre.
Que tes armes soient bénies, sept fois bénies, jeune soldat!
XXXVII.
Vous avez besoin de beaucoup de patience et d'un courage
qui ne se lasse point : car vous ne vaincrez pas en un jour.
La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la
sueur de leur front.
Plusieurs commencent avec ardeur, et puis ils se rebutent
avant d'être arrivés au temps de la moisson.
Ils ressemblent aux hommes mous et lâches qui, ne pouvant
supporter le travail d'arracher de leurs champs les mauvaises
herbes à mesure qu'elles croissent, sèment et ne recueillent
point, parce qu'ils ont laissé étouffer la bonne semence.
Je vous le dis, il y a toujours une grande famine dans ce
pays-là.
Ils ressemblent encore aux hommes insensés qui, ayant élevé
jusqu'au toit une maison pour s'y loger, négligent de la couvrir,
parce qu'ils craignent un peu de fatigue de plus.
RECUEILLE LES PRINCIPES. 31
Les vents et les pluies viennent, et la maison s'écroule, et
ceux qui l'avaient bâtie sont tout-à-coup ensevelis sous ses
ruines.
Quand même vos espérances auraient été trompées, non-
seulement sept fois, mais septante fois, ne perdez jamais l'espé-
rance.
Lorsqu'on a foi en elle, la cause juste triomphe toujours, et
celui-là se sauve qui persévère jusqu'à la fin.
Ne dites pas : c'est souffrir beaucoup pour des biens qui ne
viendront que tard.
Si ces biens viennent tard, si vous n'en jouissez que peu de
temps, ou même il ne vous soit pas donné d'en jouir du tout,
vos enfans en jouiront, et les enfans de vos enfans.
Ils n'auront que ce que vous leur laisserez : voyez donc si
vous voulez leur laisser des fers et des verges , et la faim pour
héritage.
Celui qui se demande ce que vaut la justice, profane en sou
coeur la justice ; et celui qui suppute ce que coûte la liberté,
renonce en son coeur à la liberté.
La liberté et la justice vous pèseront dans la même balance
où vous les aurez pesées; apprenez donc à en connaître le prix.
Il y a des peuples qui ne l'ont point connu, et jamais misère
n'égala leur misère.
S'il est sur la terre quelque chose de grand, c'est la résolu-
tion ferme d'un peuple qui marche sous l'oeil de Dieu , sans se
lasser un moment, à la conquête des droits qu'il tient de lui ;
qui ne compte ni ses blessures , ni les jours sans repos , ni les
nuits sans sommeil, et qui se dit : qu'est-ce que cela? la justice
et la liberté sont dignes de bien d'autres travaux.
Il pourra éprouver des infortunes , des revers, des trahisons,
être vendu par quelque Juda , que rien ne le décourage.
Car je vous le dis en vérité, quand il descendrait comme le
Christ dans le tombeau, comme le Christ il en sortirait le troi-
sième jour, vainqueur de la mort et du prince de ce monde , et
des ministres du prince de ce monde.
52 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
XXXVIII.
Le laboureur porte le poids du jour, s'expose à la pluie, au
soleil, aux vents pour préparer par son travail la moisson qui
remplira ses greniers à l'automne.
La justice est la moisson des peuples.
L'artisan se lève avant l'aube, allume sa petite lampe, et se
fatigue sans relâche pour gagner un peu de pain qui le nourrisse
lui et ses enfans.
La justice est le pain des peuples.
Le marchand ne refuse aucun labeur, ne se plaint d'aucune
peine, il use son corps et oublie le sommeil, afin d'amasser des
richesses.
La liberté est la richesse des peuples.
Le matelot traverse les mers, se livre aux flots et aux tem-
pêtes, se hasarde entre les écueils, souffre le froid et le chaud,
afin de s'assurer quelques repos dans ses vieux ans.
La liberté est le repos des peuples.
Le soldat se soumet aux plus dures privations, il veille
et combat, donne son sang , pour ce qu'il appelle la gloire.
La liberté est la gloire des peuples.
S'il est un peuple qui estime moins la justice et la liberté,
que le laboureur sa moisson, l'artisan un peu de pain, le mar-
chand les richesses, le matelot le repos et le soldat la gloire;
élevez autour de ce peuple une haute muraille , afin que son
haleine n'infecte pas le reste de la terre.
Quand viendra le grand jour du jugement des peuples il lui
sera dit : Qu'as-tu fait de ton âme ? on n'en a vu ni signe, ni
trace; les jouissances de la brute ont été tout pour toi; tu as
aimé la boue, vas pourrir dans la boue.
Et le peuple, au contraire, qui au-dessus des biens maté-
riels aura placé dans son coeur les vrais biens, qui pour les
RECUEILLE LES PRINCIPES 35
conquérir n'aura épargné aucun travail, aucune fatigue, aucun
sacrifice, entendra cette parole.
A ceux qui ont une âme, la récompense des âmes, parce que
tu as aimé plus que toutes choses, la liberté et la justice,
viens et possède à jamais la justice et la liberté.
Croyez-vous que le cheval qu'on selle et qu'on bride, et qui
a toujours abondamment du foin dans le ratelier, jouisse d'un
sort préférable à celui de l'étalon qui, délivré de toute entrave,
hennit et bondit dans la plaine ?
Croyez-vous que le boeuf qu'on nourrit à l'étable pour l'atteler
au joug, et qu'on engraisse pour la boucherie, soit plus à envier
que le taureau qui cherche libre sa nourriture dans les forêts.
Croyez-vous que le chapon à qui l'on jette du grain dans la
basse-cour, soit plus heureux que le ramier qui le matin ne sait
pas où il trouvera sa pâture de la journée ?
Croyez-vous que celui qui se promène tranquille dans un de
ces parcs qu'on appelle royaumes, ait une vie plus douce que
le fugitif qui, de bois en bois et de rocher en rocher, s'en va le
coeur plein de l'espérance de se créer une patrie?
Croyez-vous que celui qui dort, la corde au cou, sur la li-
tière que lui a jetée son maître, ait un meilleur sommeil que
celui qui, après avoir combattu pendant le jour pour ne dé-
pendre d'aucun maître, se repose quelques heures, la nuit, sur
la terre au coin d'un champ ?
Croyez-vous que le lâche, qui traîne en tout lieu la chaîne
de l'esclavage, soit moins chargé que l'homme de courage qui
porte les fers des prisonniers?
Croyez-vous que l'homme timide qui expire dans son lit,
étouffé par l'air infect qui environne la tyrannie, ait une
mort plus désirable que l'homme ferme qui, sur l'échafaud,
rend à Dieu son âme libre comme il l'a reçue de lui?
Le travail est partout et la souffrance partout; seulement il y
a des travaux stériles et des travaux féconds, des souffrances
infâmes et des souffrances glorieuses.
(L'ABBÉ DE LA MENNAIS.)
1re LIVRAISON. 3.
54 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
Le titre, en tête de ces citations qui viennent de suivre, est
le même, que l'auteur, M. l'abbé de la Mennais à donne à sou
ouvrage, paru tout récemment avec un succès de plusieurs édi-
tions ; la première ne porte pas à son titre le nom de l'auteur,
il n'est révélé que par une simple étiquette collée au dos du
volume broché sur une couverture imprimée ; nous ne faisons
cette dernière remarque que sous le rapport bibliographique ,
car du reste c'est sur cette première édition, quasi-anonyme ,
que ce livre a causé les plus vives sensations parmi les idées
politiques ; les unes s'y sont vues foudroyées, les autres consolées
dans leurs martyrs de la foi républicaine faisant le fond du livre,
sous ses formes évangéliques, pour y prêcher la liberté, l'égalité,
la fraternité des peuples , principes que les dernières ne cessent
de proclamer dans sa philosophie au milieu de ses souffrances,
pour l'intérêt d'une cause aussi juste que généreuse.
M. G. F. R.
FRAGMENT.
Par la victoire des Trois Jours, le généreux artisan a mérité
de rentrer dans ses droits, droits que ses vils oppresseurs osent
lui disputer encore ; il a acquis le titre de citoyen , c'est-à-dire
le pouvoir d'élire et d'être élu à toutes les places. Ce pouvoir
dont veut s'emparer une nouvelle aristocratie , qui n'ayant point
assez de mérite et de talent à mettre dans la balance, les rem-
placent par l'or au poids duquel, ainsi que les âges barbares,
elle voudrait que tout soit pesé. Mais qu'il tremble, celui qui
s'empare des trophées de la victoire des enfans de la France,
le dieu inconnu qui gouverne le monde, long-temps suspend les
fléaux qu'accumulent sur leur tête cette multitude de despotes
et d'imposteurs qui veulent encore nous asservir sous leurs lois.
Sa voix, sans cesser d'appeler au repentir, cesse d'être en-
tendue , et le méchant disparaît sous les fléaux que lui-même à
évoqués de l'abîme.
1831. (La nouvelle génération, par Louis MURELATOUR).
RECUEILLE LES PRINCIPES. 35
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE,
LE JURY.
La plus hideuse de toutes les violences est celle qui s'adresse
à la pensée. Les persécutions physiques se bornent à celui ou à
ceux qui en sont l'objet, mais les persécutions dirigées contre
les convictions frappent la société tout entière dans son principe
de vie et de progrès. Rien de si cher à l'homme que sa pensée
rien ne devrait être plus respectable pour toute société que la
circulation libre et lumineuse du produit de l'intelligence.
Toute violence de l'homme contre l'homme est le plus souvent
un crime et toujours une grande calamité , mais au moins a-t-on
pour justification ou pour excuse, dans un grand nombre de cas,
l'état de légitime défense, une grande passion qui bouleverse
l'âme, une femme déshonorée, ou bien l'envahissement du terri-
toire et les nécessités de la guerre.. ..— Mais requérir la prison et
l'amende contre la pensée , mais prononcer des peines corpo-
relles contre l'action de l'âme , c'est à la fois un crime et une
lâcheté; c'est plus encore, c'est une monstrueuse impiété.
L'homme tient plus à son esprit qu'à son corps , c'est là ce
qui fait toute sa dignité. Tourmentez les consciences, vous ne
ferez que fortifier et multiplier les convictions ; vous aurez des
martyrs et par eux une plus rapide propagation de leur foi.
L'histoire, quelque sévère qu'elle soit, absout ou excuse bien
des violences, mais elle est inexorable pour celles qui s'adressent
à l'âme. Voyez comme elle voue l'inquisition et ses fureurs à
une exécration plus profonde que tous les autres genres de
tyrannie.
Louis XVIII et Charles X étaient odieux à la France , parce
56 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
qu'ils étaient revenus à la suite des Cosaques; mais ce qui a
précipité Charles X de son trône c'est le rétablissement de la
censure, c'est la colère de ce roi stupide contre l'esprit. Ceux
qui ont profité de la victoire populaire le savaient bien, car ils
se sont hâtés de dire que la pensée serait libre. Ils ont soustrai
la presse au jugement des tribunaux ordinaires, et l'une des pre-
mières paroles du roi bourgeois fut « qu'il n'y aurait plus de
» procès de presse. »
Il n'y en aurait plus, en effet, si la révolution suivait son
cours , si la nation de 89 et de 1830 n'était tourmentée dans sa
volonté, si les obstacles qu'elle rencontre ne l'irritaient, si le
progrès s'avançait librement et à plein lit comme un fleuve ma-
jestueux qui répand la fécondité sur son passage au lieu de
bondir comme un torrent qui brise bien ses barrages, mais non
sans répandre plus d'une fois la désolation sur ses rives.
La presse est violente, parce que la pensée publique est
amère, parce que tous les coeurs sont pleins de chagrin et que
l'air est chargé de malédictions.
Si la France est glorieuse et prospère comme elle devait l'être
après 1830, la presse a tort, mais alors il n'est pas besoin de
condamner ses organes à la prison, car leurs calomnies seraient
impuissantes contre la voix publique et se perdraient comme
un faible souffle au milieu des immenses acclamations du peuple.
— Que si au contraire la France souffre , si elle est humiliée ,
si les meilleurs citoyens ne s'abordent que le front sombre et
en se disant que la nation a été trahie, s'il est vrai que depuis
le jour où le peuple affranchi avait donné le signal d'une nou-
velle ère de bonheur et de liberté , aucun événement heureux,
aucune gloire ne nous ait consolés de toutes les rigueurs qui se
sont exercées, de toutes les dissensions civiles qui ont agité
notre pays, du sang qui a coulé chez nous et des grandes ca-
lamités qui ont épouvanté l'Europe... oh! alors qu'on nous
laisse donc crier, car c'est nous qui disons vrai, qu'on n'essaie
pas de faire taire les gardes du camp , car alors que devien-
drait le camp ?
RECUEILLE LES PRINCIPES. 37
Si ceux qui tiennent la hache eu frappent à coups redoublés
la liberté des peuples, quand nous les livrons à tous les regards,
que serait-ce donc s'ils pouvaient poursuivre mystérieusement
leur oeuvre de destruction?
Est-ce que leur audace n'est pas assez grande, qu'il faille
encore caresser leurs appétits de vengeance ? N'entendez-vous
pas tous les jours parler de leurs prérogatives là où il ne de-
vrait être question que des droits du peuple ?
Alors que la corruption et la servilité sont partout, il ne vous
reste de ressource que la publicité. Anéantissez-la, mutilez-la,
vous êtes perdus, perdus sans retour.
C'est la presse libre qui veille clé ses mille regards sur toutes
les iniquités de la tyrannie, c'est elle qui observe l'emploi qu'on
fait de l'argent du peuple, c'est elle qui surveille les marches
onéreux, qui déjoue les accusations injustes, qui devine et dé-
nonce le rétablissement de nouvelles bastilles, qui jette, si haut
que ce soit, des paroles de blâme et de condamnation sur tous
les genres de crime; c'est l'oeil du corps social qu'on martyrise.
Si vous l'en privez, ou si vous rendez cet oeil moins perçant,
que deviendra donc le pauvre martyr?
C'est pour obéir à la loi du progrès qui est la loi de Dieu que
la révolution, avant qu'elle fût bâillonnée, a livré la presse à
la probité du jury. La presse et le jury, voilà ce qui nous reste
de tant de glorieux efforts. C'est assez pour ressaisir le tout et
pour arracher notre précieuse conquête aux harpies qui nous
l'ont dérobée; mais encore faut-il que chacun fasse son devoir,
et que, tandis que la presse répand ses torrens de lumière sur
les souffrances publiques pour en montrer le remède, le jury
ne manque pas à sa tache, et qu'il n'oublie ni sa noble origine
ni sa haute mission. Issu de la révolution, institution de liberté,
il doit faire tête à la contre-révolution et veiller au salut de la
liberté.
1834. (Journal le Patriote du Puy-de-Dôme,— Rédaction Trélat.)
58 LE CITATEUR RÉPUBLICAIN
ALLIANCE.
ALLIANCE, confédération de deux ou de plusieurs puissances,
pour se défendre mutuellement contre leurs ennemis.
C'est aux peuples; et non aux rois, qu'appartient le droit de
contracter des alliances; une nation qui n'a point été consultée
sur un traité avec une autre nation, ne peut être obligée d'en
remplir les conditions , parce qu'elle ne s'y est point engagée ,
et que personne n'a pu l'engager contre sa volonté et souvent
contre son intérêt. Ce principe annule tous les traités, alliances,
pactes , etc., contractés par les rois de France sans le consen-
tement de la nation, et qui subsistent encore; ils ont besoin
pour être exécutés d'être examinés et approuvés par les repré-
sentans du peuple, qui ne doivent ratifier que ceux qui sont
avantageux à la nation. C'est d'après ce principe que l'assem-
blée nationale nomma, le 29 juillet 1790, un comité chargé de.
prendre connaissance des traités existans entre la France et les
puissances étrangères, pour lui en rendre compte.
Dans la constitution française, où les droits du peuple sont
la base de toutes les lois, la nation a délégué au roi le pouvoir,
de proposer les traités d'alliance , de paix ou de commerce entre
le peuple français et les puissances étrangères ; mais ces alliances
ne peuvent être conclues que lorsque le corps-législatif a donné
son consentement. Ainsi, c'est toujours la nation qui contracte
elle-même l'alliance ou le traité, le roi n'est que son agent.
Une alliance entre deux nations, ne doit jamais avoir pour
objet de porter la guerre chez une autre qui ne les a point atta-
quée ; deux peuples qui s'allient pour troubler la paix d'un troi-
sième, et deux brigands qui s'assemblent pour dépouiller un
autre homme, commettent le même crime; aucune raison poli-
tique ne peut excuser ce forfait,