Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

LE COLON
PLAN, ORGANISATION ET DÉPART
D'UNE COLONIE.
A IL ASSEMBLEE NATIONALE.
Par A. RÉDIER,
Maire de Castries (Hérault), ex-directeur de Mandirac (compagnie des
Rizières), introducteur de la culture de la garance dans le
département de l'Aude.
La propriété c'est la vie.
IMPRIMERIE DE A.LAGOUR,
Rue St-Hyacinthe-St-Michel, 33, et r. Neuve-Soufflot, 11.
1848
DÉFRICHEMENTS
DES
TERRAI! INCULTES DE LU FRANCE
ET DE L'ALGERIE,
Considérations sur l'esprit des habitants des campagnes dn
midi de la France pour servir à l'exécution du projet de
défrichement général par des compagnies agricoles.
La propriété c'est la vie.
Le travail d'un homme pendant 478 jours peut aisé-
ment suffire pour mettre un hectare de terrain en cul-
ture, et y bâtir une maison de quatre petites pièces.
Or je suppose une société de mille individus enga-
gés pour cinq ans qui cultiveraient dans cet espace de
temps 2,000 hectares de terrain, bâtiraient mille mai-
sons et fourniraient annuellement quatre-vingts
hommes au service actif, et plus s'il le fallait. Il res-
terait encore en dégrèvement de dépenses un nombre
de journées de travail suffisant pour parer aux frais
de culture, administration, traitements de curé, ins-
tituteur, médecin, etc.
Ces hommes, payés de la manière suivante : (1 fr.
pour la nourriture, 50 c. pour l'habillement et cen-
times de poche), dépenseraient la première année :
1°Frais d'entretien 582,952
2° Matériel et dépenses de toute na-
ture, construction de maisons et outils, 426,400
Total. .... 1,009.332
— 4 —
Ils mettraient en culture 400 hectares et bâtiraient
400 maisons qui vaudraient, dans beaucoup de loca-
lités, 4 et 5,000 fr., jamais moins de 3,000,
soit ........... 1,200,0.00
Dès la deuxième année les dépenses seraient bien
moindres ou la recette plus considérable, car il fau-
drait y joindre le produit des terrains défrichés dans
une progression croissante d'année en année.
Au fur et à mesure que des établissements seraient
prêts, on pourrait y placer, comme propriétaires, les
ouvriers les plus méritants à titre de récompense;
sans qu'ils fussent pour cela déliés de leur engagement
avant l'époque de leur libération. Nous verrions
bientôt et comme par enchantement se dévelop-
per chez tous ces hommes les connaissances prati-
ques et l'amour de l'agriculture, alors que chacun
d'eux aurait l'espoir d'avoir sa maison et son champ
pour ses vieux jours, alors aussi que chacun d'eux au-
rait été soumis pendant cinq ans à un régime qui
enseigne l'amour de l'ordre et de l'exactitude, si
utiles et malheureusement si négligés dans la plu-
part de nos exploitations agricoles.
Un point non moins important, c'est que nous
triompherons plus aisément de la routine à laquelle
est asservi le paysan, en cultivant mieux que lui, et
auprès de lui, qu'en lui donnant les meilleurs livres",
de plus, en multipliant ces sociétés de travailleurs,
nous préparerons la nation à accepter le bienfait des
écoles professionnelles pour l'agriculture; enfin nous
parviendrons, par l'amélioration des races, à produire
— 5 —
des chevaux et de la viande aussi bons et à aussi bon
marché que nos voisins. C'est ici, qu'au point de
vue tant militaire que financier, s'offrirait la question
des remontes pour la cavalerie.
Quand je propose de bâtir une maison sur le pé-
rymètre de chaque hectare, c'estque, cultivateur moi-
même, je connais l'esprit du cultivateur et ses désirs. Il
aime plus que personne le chacun chez soi, il s'iden-
tifie avec la propriété, il comprend que c'est par elle
qu'il est ce qu'il est, il perd plus volontiers- et plus
utilement un moment du jour à caresser l'arbre qu'il
regarde comme son enfant qu'à aller flâner chez son
voisin ; en un mot, sa propriété c'est sa vie.
Une observation de ce genre s'applique surtout aux
femmes qui, savent se rendre si utiles dans les fermes,
par les soins assidus qu'elles donnent soit à leur mé-
nage, soit aux bestiaux, tandis que dans les villages,
parce qu'elles sont moins isolées, elles contractent
souvent des habitudes d'oisiveté, d'autant plus fu-
nestes qu'il s'en suit sans cesse des querelles dans
lesquelles elles engagent leurs maris.
Les habitants des fermes, au contraire, qui ne vi-
sitent leurs amis que rarement, se maintiennent tou-
jours dans de très bonnes relations avec leurs voisins,
et sont en général plus prêts à s'obliger réciproque-
ment.
Les enfants des fermes et des hameaux, qui ont
deux ou trois kilomètres à faire malin et soir pour se
rendre à l'école du village, sont aussi généralement
plus moraux en même temps qu'ils sont plus vigou-
reux.
Une question non moins importante découle de
cette méthode d'isolement. L'expérience démontre
que dans toute ferme le champ le plus fertile est celui
qui avoisine l'habitation, lors même que la composi-
tion de celui-ci est moins propice à l'agriculture.
Toutes ces questions, essentiellement pratiques.,
demandent à être résolues par des hommes éminem-
ment pratiques si l'on veut qu'ils puissent se sous-
traire à l'entraînement des théories généralement
inapplicables , ou qu'ils ne soient point circonvenus
par l'astuce de certains paysans dont les ruses sont
plus insidieuses qu'on ne pense, et dans le coeur des-
quels la jalousie joue un rôle trop souvent désas-
treux. Le contraire a lieu parmi ces mêmes hommes
quand une fois ils ont confiance en celui qui doit
les diriger. Je puis dire, par expérience, qu'ils sont
justes quand ils le savent juste appréciateur du mérite,
et sévère dans la répression de leurs fautes.
Le désir de posséder anime le travailleur des cam-
pagnes et fait profiter son travail de manière à étendre
la production ; je n'en citerai qu'un exemple :
Depuis quelques années des compagnies, sous le
nom de bandes noires, s'étaient formées dans le dé-
partement de l'Hérault et les départements circon-
voisins, pour opérer l'achat en gros et la revente en
détail de propriétés rurales. Elles vendaient par lots
aux paysans, en leur accordant dix et douze ans de
termes; ceux-ci n'ont pas craint d'acquérir deux et
trois hectares de terrain au prix exorbitant de cinq et
six mille francs l'hectare quand.ils n'avaient pas même
le premier sou en avances. Ce qu'il y a de plus éton-
nant, c'est que la plupart ont trouvé le moyen de se
liquider avant le délai fixé par le vendeur. Qu'est-ce
qui explique ce prodige ? L'ardeur qu'ils portaient à
cultiver cette nouvelle terre qui devenait la leur. Après
le gain de leur journée, employée à travailler pour
autrui, ils prenaient leur récréation à travailler géné-
reusement pour eux-mêmes.
Une autre raison qui fait que la propriété du tra-
vailleur produit généralement davantage, c'est qu'il
est plus porté à améliorer son champ, avec lequel il
ne compte pas, que le riche propriétaire obligé de
compter avec le travailleur pour la moindre répara-
tion à faire.
En résumé : 1° je crois que l'amélioration agricole,
pour qu'elle se fasse rapidement sentir, doit être en
première ligne confiée à une sorte de milice pacifique
régulièrement organisée, et répartie sur tout le sol en
autant de sociétés que possible, et dont le chef aurait
à s'entendre avec des comités spéciaux formés dans
chaque département.
2° Je suis persuadé que la France, sous tous les rap-
ports, gagnerait considérablement à faire défricher les
5,000,000 d'hectares défrichables sur la masse des
10,000,000 d'hectares sans culture qu'elle possède
dans son sein.
3° Je pense qu'avant l'époque même où ces grands
travaux pourraient être terminés la nation serait et
plus intelligente, et plus apte à répandre dans toutes
ses colonies des associations pleines de vie, qui se dé-
placeraient, comme un seul homme, aussi facilement
— 8 —
du moins que l'on déplace un régiment de train d'ar-
tillerie.
Objections présentées par la société algérienne pour l'exé-
cution du plan. — Réponses de l'auteur.
Dans sa séance du 17 août, la société algérienne a
examiné le plan proposé. Un membre pense d'abord
que les routes y sont trop multipliées, que la créa-
tion et l'entretien de celles-ci sera très dispendieux,
et qu'en outre il se trouvera beaucoup de terrain
perdu pour la culture.
1° L'auteur fait observer que dans toutes les com-
munes de France les terrains sont généralement cou-
pés par lopins de un quart ou un cinquième d'hectare,
et souvent moins encore, bordés de routes et fossés,
appartenant à divers propriétaires, tandis que son
plan établit des lots de 4 hectares contigues; et il pense
par cet exemple prouver suffisamment qu'il propose
moins d'étendue de chemins qu'il ne parait d'abord.
2° Les 73,000 journées consacrées à la création des
routes pendant le courant des 5 années suffisent et
au-delà pour l'achèvement de ce travail ; quant à l'en-
tretien, il coûtera bien peu de chose, puisqu'il sera à
la charge de chaque riverain propriétaire des arbres
qui les bordent.
2e Objection. Certains membres craignent de voir
intervenir le gouvernement du sabre dans le plan
proposé. L'auteur observe que l'autorité militaire
n'intervient que d'une manière indirecte, et que son
effet est entièrement nul dans l'administration; mais
qu'il la croit utile, 1° pour donner plus de vie à la co-
— 9 —
lonnie, et lui imprimer cet esprit de généreuse fra-
ternité qui se rencontre plus généralement dans l'ar-
mée que partout ailleurs; 2° pour apprendre aux
colons l'ordre, la précision et l'observation d'une
parole donnée, qualités essentiellement militaires et
qui ne sont pas moins utiles pour le maintien de l'har-
monie, d'une association agricole; mais, du reste,
Paris et toutes les villes de France n'ont-elles pas
leur garde nationale?
L'auteur n'en fait une question indispensable que
tout autant que l'on voudrait pousser activement au
défrichement des terrains incultes, soit de la France
soit de l'Algérie, en y employant les jeunes gens fai-
sant partie des classes.
Il proposerait alors la suppression des remplace-
ments militaires, et tel qui ne voudrait pas servir serait
tenu de verser 1,000francs au trésor ; l'état se créérait
ainsi des ressources immenses qui lui permettraient
d'allouer 600 francs de retraite au vieux soldat de
l'armée active, et une maison et un champ au jeune
laboureur à l'âge de 25 ans. Il proposerait aussi
comme conséquence la création d'un ordre agricole
donnant droit à une pension de retraite pour le tra-
vailleur, et il pense que ce serait un des plus puis-
sants encouragements à donner à l'agriculture pour
attirer à elle les jeunes intelligences qui la désertent
de plus en plus.
3° Objection relative au nombre de 1,000 hommes
que le plan propose pour la formation de la colonie.
Les uns veulent un nombre de 250, les autres
300 hommes qui, mariés pour la plupart, forme-