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Le cri de la vérité, aux députés de 1824

22 pages
J.-G. Dentu (Paris). 1824. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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LE
CRI DE LA VÉRITÉ,
AUX DÉPUTÉS DE 1824.
A PARIS,
CHEZ J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
rue des Petite-Augustins, n° 5 ( ancien hôtel de Persan ).
MDCCCXXIV.
LE
CRI DE LA VÉRITÉ,
AUX DÉPUTÉS DE 1524.
UNE révolution étouffée au moment où l'efferves-
cence des passions était à son comble ; l'Espagne
rendue à l'antique puissance de ses Rois; nos jeunes
guerriers couverts d'une gloire immortelle ; la France
redevenue grande et redoutable ; le crédit public par-
venu à un degré d'élévation dont on n'osait conce-
voir l'idée : ce qui, jadis, aurait exigé des siècles, a
été l'oeuvre de quelques mois : le ministère triomphe.
Après avoir fait tant de grandes choses , il sem-
blait n'avoir plus qu'à jouir du fruit de ses travaux ;
mais une pensée l'occupe, le travaille, le domine.
C'est peu d'avoir préservé le trône des Rois des at-
teintes des fureurs populaires ; c'est peu d'avoir fait
connaître à l'Europe étonnée, et la valeur de notre
jeune armée, et le Prince digne des temps héroïques
qui doit un jour nous gouverner ; c'est peu d'avoir
relevé l'antique éclat des lys, et secondant la pensée
du plus sage des monarques, d'avoir rendu la France
plus riche, plus brillante qu'aux diverses époques de
sa splendeur : il faut assurer pour jamais la jouis-
sance de son repos, de son bonheur ; un grand coup
reste à frapper.
( 4 )
Que fera le ministère ? Dans la crainte d'un ave-
nir incertain, n'osera-t-il lever le bras ? S'endormira-
t-il dans les délices d'une première victoire? Non ;
encouragé par ses succès, il marche d'un pas ferme
et rapide vers le but marqué par ses désirs : la Cham-
bre des députés est dissoute.
A ce coup imprévu, les cris du désespoir s'élèvent
dans les airs : il me semble entendre encore ces mots
qui lui sont adressés : « Insensé! qu'espères-tu
d'une élection nouvelle? Trouveras-tu jamais une
Chambre plus dévouée au gouvernement, une Cham-
bre plus éminemment royaliste? Elle a tout fait pour
toi, cette Chambre, et tu la sacrifies! Ah! re-
doute les choix que feront les électeurs... » Ces me-
naces ne l'intimident pas. « La France, se dit-il,
« appréciera les motifs de la dissolution. Elle sait
« que l'amour du bien nous anime. Ce que nous avons
« fait pour elle lui fera connaître ce que nous vou-
« lons faire encore. Son repos, son bonheur, voilà
« à quoi, tendent tous nos efforts. Et comment par-
« venir à les lui assurer avec une Chambre qui ren-
« fermait dans son sein tant d'élémens qui les ren-
« daient impossibles ! Une opposition est nécessaire.
« Loin de la redouter, nous désirons qu'elle se forme
« des plus riches talens ; mais nous désirons que ces
« talens tournent au profit du bien général, au lieu
« d'être employés à flatter les passions. Ce n'est point
« en caressant l'esprit révolutionnaire qu'une oppo-
« sition concourt à la prospérité de la chose publi-
« que. Là où fermentent sans cesse les levains des
« discordes civiles, le bien n'est que passager, le
« bonheur éphémère. »
Mais si, d'un autre côté, une opposition mal en-
tendue, mal conseillée, mal dirigée, empêchait le
gouvernement d'assurer à la France une longue suite
(5)
de jours paisibles et heureux; d'un autre côté , qu'at-
tendre des personnes dont les prétentions toujours
nouvelles, toujours croissantes, ne faisaient qu'ins-
pirer des craintes sur l'avenir, en remettant chaque
jour en doute la fixité de nos institutions? Ces elé-
mens divers, qui s'opposaient au bonheur public, le
ministère devait penser, avec juste raison , qu'ils
étaient connus de la France entière ; et faisant un ap-
pel aux colléges électoraux, c'était leur dire : " Nous
espérons qu'instruits par le passé , vous ne députerez
vers nous que des hommes qui connaîtront vos vé-
ritables intérêts. Qu'ils arrivent; qu'ils joignent aux
nôtres leurs efforts, et le royaume verra commencer
une ère de félicité jusqu'alors inconnue.. »
Telles furent, je crois, les secrètes pensées des
ministres en dissolvant la Chambre des députés, et en
en convoquant une nouvelle. Un enfant sans raison ,
jaloux de montrer le pouvoir qu'on lui laisse, peut
faire un acte d'autorité sans autre motif que sa volonté ;
mais quand' un ministère a donné d'aussi grandes
preuves de talent et de sagesse que le ministère actuel,
il serait dérisoire de supposer que ses actes n'ont d'au-
tre objet que celui de manifester sa puissance. Le
résultat des élections vient à l'appui de ce raisonne-
ment. Là France a compris les ministres : l'ancienne
opposition n'a eu que quelques membres de renom-
més ; l'extrême droite de la Chambre des députés n'a
guère été plus heureuse : la Chambre nouvelle ne
présente qu'une masse de citoyens à peu près tous
également dévoués à leur Roi et à la cause publique.
Quel spectacle rassurant pour la nation (1), conso-
lant pour son Roi , imposant pour l'étranger, satis-
(1) Quoique la révolution ait abusé des mots de nation et de ci-
toyen , je crois pouvoir m'en servir ici, persuadé que les gens de
bien les prendront dans leur véritable acception.
(6)
faisant pour les ministres ! Ah ! qu'ils peuvent faire
le bien avec assurance ! qu'ils peuvent préparer aux
Français un délicieux avenir]...
Ministres du Roi, et vous surtout , vous, noble
pair, dont le génie sans égal veille à l'étranger sur les
destinées du royaume; vous, illustre président, dont
l'administration a révélé à la France un des plus
grands hommes d'Etat qu'elle ait eus, le peuple vous
contemple dans l'attente et l'admiration. Plus vous
avez fait pour lui, et plus il a droit d'exiger de vous
pour assurer son bonheur. Hâtez-vous d'accomplir
les voeux du monarque qui a mis en vous sa con-
fiance. Là où les ministres précédens ont échoué,
c'est à vous qu'il était réservé de triompher. Les idées
révolutionnaires, d'abord comprimées, par vos suc-
cès, s'évanouissent chaque jour devant les bienfaits
de votre gouvernement. Fortes avec un ministère in-
capable, elles grandissaient d'une manière effrayante,
et bientôt elles eussent tout envahi, tout renversé ;
mais à l'aspect du talent, elles s'abaissent ; à la voix
de l'énergie, elles reculent; qu'un génie puissant leur
commande, elles roulent, enchaînées à son char.
Avant que le discours de la couronne eut été pro-
noncé, je me serais gardé de toucher aux moyens.
qui peuvent amener l'accomplissement de la grande
oeuvre politique qui se prépare ; mais le père du peu-
ple a parlé : ses paroles, inspirées par la plus haute
sagesse, après avoir peint les bienfaits, que la divine
Providence a répandus sur nous , ont indiqué nos
besoins et tracé le devoir que les Chambres ont à
remplir, pour nous préparer cet avenir de paix et
le bonheur que l'imagination nous représente avec
tant de charmes.
Ce n'est plus une question de savoir s'il faudra
bucher au pacte par lequel le trône à bien voulu se
lier envers la nation (1) ; la bouche auguste du mo-
narque en a annoncé la nécessité. Que les Chambres
ne se laissent donc point effrayer par les sinistres
augures d'une faction. Puisque l'auteur de la Charte
a jugé nécessaire de modifier une disposition de ce
monument de sagesse, c'est que cette modification
est indispensable au bonheur public.
Députés de la France, on vous contestera peut-
être le droit d'y consentir. Répondez alors que le Roi
ne vous l'eût point proposé, s'il ne vous avait re-
connu ce droit. Au reste, s'il fallait discuter cette ques-
tion, elle ne pourrait souffrir aucune controverse. Nul
doute que toutes parties contractantes aient le droit
de modifier, de déroger, d'annuler même, d'un com-
mun accord, les conventions qu'elles ont précédem-
ment consentier : c'est un principe de tous les siè-
cles, de tous les pays. Or, ici quelles sont les parties
contractantes ? C'est le Roi d'un côté ; c'est le peuple
de l'autre ; et quand je dis le Roi, qu'on ne se trompe
pas sur la signification de ce moi de même que
par le peuple on n'entend pas seulement les citoyens
qui le composaient lorsque la Charte fut concédée,
mais ceux, qui le composeront en tout temsp ; de
même que par le Roi je n'entends pas seulement
S. M. Louis XVIII, comme auteur de la Charte,
mais tout prince qui aura succédé à ses droits et pré-
rogatives. La seule difficulté qui pourrait être élevée
aurait pour objet de déterminer de quelle manière
la nation ou le peuple pourrait intervenir dans une
modification, dans un changement à faire subir au
pacte social. Mais d'abord il faut remarquer que l'ac-
ceptation que le peuple fit de la Charte me fut que ta-
(1) Cette dénomination convient principalement a un peuple qui
jouit d'un gouvernement représentatif; cependant j'emploierai in-
différemment le mot peuple, en parlant des Français.
( 8)
cité et manifestée par l'usage des droits qu'elle lui con-
cédait. Or, pourrait-on nier que toute modification,
que tout changement qui serait opéré par le Roi seul
ne fût valable, s'il était accepté de la même manière,
c'est-à-dire tacitement ? Non , sans doute. A plus forte
raison ces modifications , ces changemens, seraient-
ils donc valables, s'ils étaient acceptés expressément.
Mais comment cette acceptation expresse pour-
rait-elle être donnée ? Faudrai-il convoquer tout le
peuple, ou seulement une partie? Par cela même
que la convocation et la réunion de tous les Fran-
çais ne pourraient avoir lieu, il suffirait nécessaire-
ment qu'une partie fût convoquée. Quelle serait donc
cette partie ? Dequelle base partirait-on pour la déter-
miner? Ces questions sont résolues par la Charte et
par la loi sur lies élections. En effet, les députés
nommés d'après la Charte et cette loi, étant pris
dans les classes de citoyens les plus indépendans et
les plus riches en propriétés ou en industrie, ils sont
les plus intéressés au maintien de la liberté indivi-
duelle, au respect de la propriété, à la conservation
de l'industrie. Puisqu'ils y sont les plus intéressés, il
n'est donc point à craindre qu'ils démembrent où qu'ils
aliènent ces droits sans que le salut de l'État le de-
mande. Si l'on ne saurait avoir une pareille crainte,
ce qu'ils feraient pour eux, le peuple ne pourrait le
désavouer pour lui-même. Ils sont donc les seuls ci-
toyens dignes de le représenter; et puisqu'ils le re-
présentent légitimement pour consentir les impôts,
déterminer le mode de recrutement, concourir à la
formation des lois qui régissent les personnes et les
biens, à quel titre oserait-on leur contester le droit
de le représenter dans les changemens à opérer au
pacte social ? En quoi cette représentation diffère-
t-elle réellement de l'autre? Et si l'objet est le même,
(9)
pourquoi les modes seraient-ils différens? Au reste,
d'après quelle basé voudrait-on établir cette repré-
sentation? Il faudrait un nouveau pacte entré le Roi
et son peuple pour en convenir : supposition déri-
soire , et qui ne peut soutenir un examen sérieux.
La Chambre des députés est donc naturellement
munie de tous les pouvoirs nécessaires pour consen-
tir aux modifications et changemens dont la Charte
peut avoir besoin. C'est au gouvernement à les pro-
poser lorsqu'il juge dans sa sagesse qu'ils sont récla-
més par le bien public; c'est aux Chambres à y
adhérer ou à les proscrire, suivant qu'ils lui parais-
sent plus ou moins utiles ou opportuns.
Que le gouvernement, pénétré des inconvéniens
que présente le renouvellement annuel et par cin-
quième de la Chambre des députés, cherche à y re-
médier, on doit reconnaître en cela cette tendre sol-
licitude d'un père toujours à l'affût de ce qui peut
faire le bien-être de ses enfans. Pour y parvenir, le
gouvernement pouvair demander, soit que le renou-
vellement intégral eût lieu tous les cinq ans, soit qu'il
eût lieu à une période de temps plus ou moins lon-
gue. Dans le premier cas, il restait dans les termes
de la Charte ; il ne faisait que rectifier le vice de ré-
daction de l'article 37, et son incohérence avec l'ar-
ticle 50. Le principe posé par l'article 37 est que les
députes seront élus pour cinq ans. Or, la Chambre
étant renouvelée chaque année par cinquième, le
principe! était violé ; il n'y avait que les députés com-
posant le dernier cinquième qui fussent élus pour
cinq ans ; les autres ne l'étaient que pour une, deux,
trois où quatre années. Ce vice était réel; il était
grave ; il ne pouvait être excusé sous le prétexte
qu'une fois les quatre premières années écoulées, il
ne se représentait plus. Il aurait fallu pour cela que

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