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Le diable révolutionnaire, ou Histoire d'une possédée encore vivante / traduite de l'espagnol... par le comte Reinilom de Sneruab [abbé Théophile Baurens de Molinier]

De
142 pages
L. Hébrail, Durand et Delpuech (Toulouse). 1873. 1 vol. (X-133 p.) ; in-16.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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LE DIABLE
RKYOLl TIONNAIRE
LE
DIABLE
^—^RÉVOLUTIONNAIRE
ou
,"\ ',,' , ,
\HWOÎRÇ D'UNE POSSÉDÉE ENCORE VIVANTE
Traduite de l'espagnol,
AVEC
INTRODUCTION ET CONCLUSION
SUR LES ŒUVRES DIABOLIQUES EN GÉNÉRAI.
ET SUR LES ŒUVRES DIABOLIQUES .MODERNES EN PARTICULIER;
SUIVIE
D'UN RÉSUMÉ EN FORME D'ÉPILOGUE,
OU CATÉCHISME DE ^TAN SUR LES PRINCIPAUX DEVOIRS
ET LES PRINCIPALES VÉRITÉS
DU CHRISTIANISME.
Diabolus stet à dextris ejus.
Que le Diable se tienne debout à sa droite.
(Ps. 108, v. 5.)
PAR
Le Comte REINILOM DE SNERUAB.
TOULOUSE
L. HÉBRAIL, DURAND & DELPUECH, ÉDITEURS
5, RUE DE LA POMME, 5
ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES
1873
Propriété exclusive de l'auteur.
A SAINT JOSEPH
>
PÈRE NOURRICIER DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
Chaste époux de la sainte Vierge,
PROTECTEUR DE L'ÉGLISE UNIVERSELLE
HOéMéMMGE JILIQAL
AVIS AU LECTEUR
Xous n'avons pas la prétention de donner
an publie nu livre éerit et coordonné selon
les relies de la rhétorique. Xous avons vu
la possédée dont nous avons traduit l'his-
toire. 1) abord incrédules à ce qu'on nous
racontait de ses états extraordina i res, nous
avons modifié notre opinion après un exa-
men sérieux et attentif. Il est certain que
le démon a été, pendant près de quatre aiis,
le maître du corps de Carmette Trasfi.
dépendant quelques amis nous avaient de-
mandé de publier quelque chose sur ce fait
dans les journaux ; afin de ne pas nous en-
gager inconsidérément dans le récit d'évé-
nements inconnus ou l'llcertaills, on nous
suggéra l'idée de nous adresser, pour avoir
des renseignements précis, à M. le Curé de
Llivia, qui a exorcisé et gardé dans sa
maison pendant huit mois la pauvre vic-
time. Ce vénérable et sapant ecclésiastique a
- VIII -
eu la bonté de nous communiquer le'journch
qu'il avait écrit lui-même en espagnol sur
ces manifestations extraordinaires pour la
gloire de Dieu et de saint Joseph. Il nous a
donné avec une extrcme bienveillance toute
permission de traduii'e et d imprimer son
manuscrit. (Quelques personnes de Prades i
ont eu l'obligeance de nous transmettre
les derniers détails des actions surprenan-
tes de lénerguméne. l'on tes ces communi-
cations dépassaient de beaucoup les limites
d' un articl e à écrire dans une feuille pério-
dique. deux qui liront ces pages seront frap-
pés du caractère de véracité qu'on remarque
dans le style des historiens. Ou y verra des
puérilités, des cruautés et des choses sJr/cu-
ses. Sous les donnons telles quelles. Il ne
faut demander ni lflgique, ni lumière, ni
gravité à l'esprit d'erreur, de ténèbres el
de mensonge. Le démon est le premier et le
plus grand révolutionnai re connu, comme
aussi le plus grand menteur. On en pourra
juger par ses actes et ses paroles, C'est pour-
quoi nous avons ajouté à notre traduction
(i* Prades, chef -lien d'arrondissement (l'yrénees-
( )ricntales).
— lx -
quelques réflexions sur l'influence du diable
dans les affaires politiques et religieuses de
ce monde. Nous avons essayé de démontrer,
comment il a été l'âme de toutes les mau-
vaises révolutions et en particulier de la
révolution modenze. Les preuves en sont
palpables.
Saint Joseph voudra bien accepter la dédi-
cace de cet ouvrage. Elle lui est due. Car si
l'énergumene Carmette Trasfl est délivrée
de la possession du démon, c'est grâce à
l'intercession de ce grand patriarche et
protecteur des hommes. Nous osons affir-
mer que tous les méchants de la terre sont
obsédés par le diable, s'ils ne sont pas pos-
sédés. Ils troublent l'univers. Or Saint
Joseph qui a délivré cette jeune fille, obtien-
dra, nous l'espérons, la conversion des
suppôts de Satan. Il a gardé le Verbe de
Dieu, l'a nourri du fruit de ses sueurs, a
coyiservé la pureté de jfarie. Il est tout
puissant sur le cœur de l'Éternel ; il déli-
vrera et sauvera l'Eglise. Les nations
catholiques sont placées sous sa protection.
C'est avec bonheur que nous mettons entre
ses mains et déposons à ses pieds ce petit
- x-
opuscule, (pliant au fond, nous le soumettons
d'esprit et de cœur au jugement de l'Eglise.
Xous réprouvons tout ce qui, dans ce tra-
vail, pourrait être contraire à son enseigne-
ment. Puisse notre œuvre faire un peu de bien
à ceux qui auront la bonté de la parcourir.
L. C. A.
INTRODUCTION
Notre siècle s'est perdu par le scepticisme et
l'orgueil. Il doit se régénérer par la foi et l'hu-
milité. Pour avoir abusé de sa raison, il doit en
quelque sorte renoncer à la raison : c'est la grande
loi de l'ordre surnaturel. Les religions et les phi-
losophies antiques ont accepté cet argument; elles
se sont inclinées sous le joug de l'Evangile.
C'était l'argument de Dieu, contre lequel rien ne
résiste.
A notre époque, il y a un certain mélange bizarre
de christianisme, de paganisme et de philoso-
phisme. L'excès de la civilisati.on a corrompu
nos mœurs, a abaissé la grandeur des caractères.
Les succès des découvertes modernes ont fait
croire à certains bons esprits, imbus de préju-
gés antireligieux, ou travaillés par les passions,
qu'on pouvait se passer de Dieu. Des révolutions
inouïes, des guerres épouvantables sont venues
donner un terrible démenti à leurs vaines élu-
cubrations. L'abus du plaisir a engendré des
maladies inconnues à nos pères. Les couches
sociales, pour me servir d'une expression con-
- 2 -
sacrée, se sont agitées menaçantes, sauvages,
indépendantes, brutales. Nous marchons, nous
vivons, nous mangeons, nous dormons au bord
des abîmes, ou sur des cratères embrasés.
Où allons-nous? qu'allons-nous devenir? A
qui sera la dernière raison, le dernier argument?
Celui qui met un frein à la fureur des flots (i),
Peut aussi des méchants arrêter les complots.
A Dieu, à la religion, au catholicisme de nous
sauver. Ils nous sauveront, si nous savons cor-
respondre à leur appel. Il nous faudra croire.
Nous verrons des prodiges divins et des prodiges
diaboliques.
Et quel temps fut jamais plus fertile en miracles (2)!
Les prodiges divins, les arguments de Dieu
sont à Lourdes, à la Salette; à Pibrac, à Paray-
le-Monial, bientôt à Paris sur la colline Mont-
martre, dans tous les coins de la France et du
monde où l'on prie, où les catholiques ne rou-
gissent plus d'affirmer et de proclamer leurs
croyances. Tout cela paraît déraisonnable. C'est
une folie, mais une folie divine. Ainsi la folie
de Dieu confondra la sagesse humaine. Celle-ci
est la mère des grands crimes, des .tristes défail-
lances. L'autre engendre la vertu, les nobles cou-
rages, les mâles dévouements.
(i) Racine, Athalie.
(2) Racine, Athalie.
— 3 —
Comme au temps de Jésus-Christ et des Apô-
tres, le démon lui-même est venu apporter son
appoint de témoignages sur la nécessité d'avoir
recours à Dieu et à la religion. C'est ce que nous
enseignera dans ce livre la haine que l'esprit de
ténèbres a vouée aux prêtres et aux mystères de
l'Eglise catholique. « Si je le pouvais, disait-il, je
les anéantirais (i). Il
Parler de Dieu, à la bonne heure; mais parler
du diable, voilà de quoi exciter l'hilarité de tous
les esprits forts, de toutes les grandes têtes libres-
penseuses de l'univers. Eh bien! n'en déplaise à
messieurs les incrédules, à ceux qui rient de la
foi des bonnes femmes, le diable existe, il a une
puissance, il la manifeste par des faits incontes-
tables. Or rien n'est têtu comme un fait et il y
en a d'innombrables sur cette matière. Celui que
je donne dans ce livre n'a que le mérite d'être
plus récent. On pourra, si l'on veut, écrire aux
témoins, les consulter, voir la possédée elle-même.
C'est prodigieux, pourtant : le diable oser se
montrer, parler, agir, faire des miracles (sic)
en plein dix-neuvième siècle!. Qui l'aurait
pensé?. On verra que cet argument, en appa-
rence diabolique, est aussi un argument de Dieu.
On parlera contre ce fait de.supercherie sacer-
(i) Paroles de la possédée Carmette, à Prades.
-4-
dotale, de l'ignorance des peuples parmi lesquels
il s'est produit; mais nous avons la constatation
des médecins, les jugements civils et ecclésiasti-
ques provoqués par les adeptes de la libre-pen-
sée eux-mêmes, pour en garantir l'indiscutable
authenticité.
Instruits par la foi, nous savons qu'en dehors
des êtres corporels Dieu a créé des êtres spirituels.
Tout ce que l'on peut voir, toucher est corporel.
On ne peut ni voir, ni toucher les êtres spirituels.
Les êtres spirituels créés à côté ou au-dessus
du monde visible et tangible, nous les appelons
des anges. Tous furent créés bons. Quelques-uns
se rendirent mauvais par orgueil et par désobéis-
sance. Les anges fidèles portent simplement le
nom de bons anges. Les mauvais anges sont les
démons.
Que Dieu ait donné une certaine puissance à
tous les êtres qu'il a créés, c'est incontestable.
On ne peut pas être, sans être quelque force. Un
être sans puissance ou le néant serait la même
chose.
Il est vrai, Dieu seul est tout-puissant. Il a
l'être par essence; mais les créatures ont une
puissance de participation.
Quel degré de puissance Dieu a-t-il attribué
à ses créatures? quelles influences peuvent-elles
- 5 -
exercer sur les êtres qui les environnent ? com-
ment les esprits agissent-ils sur les corps, les
corps sur les esprits ?. Ici, nous n'avons que des
conjectures. Néanmoins il est probable que la
puissance a été distribuée aux êtres en raison de
leur importance, c'est-à-dire de la supériorité ou
de l'infériorité de la nature qui leur a été assi-
gnée. Leur influence doit découler évidemment
du même principe.
Nous connaissons Dieu par la beauté de ses
œuvres; elles manifestent sa puissance. Insensés,
ceux qui s'obstinent à ne pas vouloir lire son
nom sur la terre et les cieux, ouvrage de ses
mains !
L'ordre du monde est la manifestation ordi-
naire de la puissance de Dieu, sa manifestation
naturelle. Il n'intervient alors que pour la con-
servation des lois posées au commencement.
S'il met la mai n dans cet ordre pour nous ins-
truire et nous diriger directement, s'il parle ou
fait des miracles, nous appelons cette interven-
tion une manifestion extraordinaire ou surna-
turelle.
Nous sommes ici encore en désaccord avec les
partisans de la libre-pensée. Mais les faits incon-
testables, qu'on ne peut nier sans nier la raison,
sans révoquer en doute toute sorte de témoignage
et surtout le témoignage historique, comment
— 6 —
ces messieurs les expliquent-ils?. Ils en rient,
ils s'en moquent. Pitoyables raisons que cel-
les-là! ou plutôt, ils n'ont aucune raison, ils sont
déraisonnables.
Eh bien ! nous admettons les miracles, qui ne
sont pas contre la raison, mais au-dessus de la
raison. Qu'est-ce donc que le miracle? C'est une
dérogation aux lois ordinaires de la nature. Cette
dérogation peut être faite par Dieu lui-même, ou
par des êtres auxquels il en a donné le pouvoir.
Rien n'est impossible à Dieu.
Mais les êtres créés peuvent-ils faire des mira-
cles en vertu d'une puissance propre à leur na-
ture ? Oui, certainement, mais ce sont des miracles
relatifs. Ainsi, par exemple, les anges et les dé-
mons peuvent faire des actes naturels par rap-
port à eux, surnaturels par rapport à nous. Ils
ont un pouvoir bien au-dessus de la puissance
humaine.
Et les miracles angéliques et diaboliques sont
si vrais, que, parmi les hommes qui forment des
catégories intellectuelles très distinctes, on trouve
des cas semblables de miracles relatifs. Certains
individus, plus intelligents ou plus savants que
les autres, font des choses si extraordinaires, que
le vulgaire, qui ne comprend pas les moyens dont
ils se servent pour démontrer ou opérer leurs
prodiges, est souvent séduit par leur industrie.
— 7 —
Les démons et les anges, étant des esprits de leur
nature, peuvent faire des choses plus surprenantes
encore.
Dans l'antiquité religieuse, et même depuis la
fondation de l'Eglise, les anges ont accompli de
grandes œuvres. Les démons ont essayé de les
égaler et même de les dépasser. C'est par des
prodiges vraiment étonnants que le règne de
Satan s'est introduit dans le monde et que le pa-
ganisme s'est soutenu. L'Antechrist accomplira
des merveilles si grandes, qu'elles seraient ca-
pables de séduire, si cela était possible, les élus
eux-mêmes.
Mais il paraît étrange que le démon, ange
mauvais, ait autant de puissance que les bons
anges!. Qu'il ait autant de puissance que les
bons anges, nous n'en savons rien ; mais qu'il
ait une très grande puissance, cela est certain.
Enfin, pourquoi, après la chute. Dieu a-t-il laissé
tant de puissance aux esprits mauvais ? Mystère.
Nous ne savons pas pourquoi, mais nous savons
qu'il en est ainsi. D'ailleurs, on peut encore, dans
ce cas, raisonner pdtar les anges comme pour les
hommes. Plaçons devant nous deux hommes,
qui étant également saints, ont une égale force,
une égale intelligence. L'un d'eux perd la grâce
sanctifiante. Est-il privé de ses facultés ? Nulle-
ment. De méchants hommes sont souvent plus
— 8 —
riches, plus forts, plus instruits que les justes.
On ne reconnaît les uns et les autres qu'à leurs
fruits, d'erreur ou de vérité, de vice ou de vertu.
Dieu ne retire pas les dons qu'il a octroyés,
dès qu'il les a octroyés; or, s'il ne les retire
pas aux hommes, pourquoi les retirerait-il aux
anges ?.
Ainsi, les démons ont une puissance et une
grande puissance ; c'est incontestable.
Néanmoins, il est probable qu'ils ne peuvent
en user sans la permission de Dieu; quelquefois
même le consentement et l'évocation de l'homme
sont nécessaires.
Nous allons crayonner à grands traits l'histoire
des miracles diaboliques sur la terre.
Aux premiers jours du monde, dans le Paradis
terrestre, Satan se montre à Ève sous la figure
d'un serpent.
Les malheurs inouïs que souffre le. saint
homme Job sont l'œuvre du diable.
En Egypte, les magiciens de Pharaon, par
leurs enchantements diaboliques, opèrent des^
prodiges presque aussi grands que ceux de Moïse.
Cependant, à la fin les prodiges divins triomphent.
Le doigt de Dieu est là !.
L'ombre de Samuël est évoquée devant Saül
par la puissance du démon.
— 9 —
C'est un mauvais démon qui tue les sept maris
de la fille de Raguel.
Les prêtres de Baal luttent contre les prophè-
tes. Ce sont toujours des miracles diaboliques du
côté des ennemis de Dieu.
Au temps de Notre-Seigneur, les possessions
sont très nombreuses dans la Judée. Ces pos-
sédés sont connus, tout le peuple les voit; ils sont
guéris publiquement ; leurs œuvres sont extraor-
dinaires ; ils prophétisent la divinité du Christ
et trahissent les secrets de Dieu.
Les Apôtres combattent le démon ; Simon le
Magicien l'invoque. Il séduit les foules.
Le paganisme ancien et moderne doit son
existence, son développement, le fanatisme de
ses adeptes aux miracles diaboliques
Dans les temples, et hors des temples, les prê-
tres et les statues des faux dieux rendaient des
oracles, accomplissaient des merveilles.
Les premiers siècles de l'Eglise, le moyen âge,
sont remplis de sorciers, magiciens, alchimis-
tes, dont les œuvres diaboliques passionnent les
multitudes.
Luther affirme dans ses ouvrages que le diable
lui apparaissait quelquefois. Il a argumenté toute
une nuit avec lui sur la présenee réelle. Mais le
sectaire ne voulut jamais se rendre aux raisons
du diable.
- JO-
Et que l'on ne croit pas que ces miracles dia-
boliques manquent d'authenticité ou soient le
fait de la supercherie et de l'ignorance. Ils ne
sont que trop vrais. Ils ont été opérés devant des
témoins innombrables. Ils nous sont racontés
soit par les auteurs profanes, soit par les Pères de
l'Eglise.
C'était en présence de l'élite de la Grèce que
se célébraient, à Cythère, les mystères de Vénus.
Le grand-prêtre de la déesse nouait la ceinture
sacrée aux flancs d'un navire monté par des jeu-
nes filles couronnées de fleurs, et aux applaudis-
sements de la multitude, le conduisait avec sa
main, d'un bout de port à l'autre, par ce léger
ruban de soie et d'or.
Balaam et les Sybilles ont prophétisé publi-
quement. On leur attribue des prophéties concer-
nant Notre-Seigneur. Les Sybilles se trouvent
sur les vitraux de nos anciennes cathédrales. On
les a peintes et sculptées dans les églises, à côté
des grands prophètes.
De nos jours, au Thibet, le grand Lama, tous
les ans, s'ouvre le ventre, devant une foule de
dévots ébahis ; il en sort les viscères, les dépose
sur une table et les remet à leur place, sans que
sa santé en soit nullement altérée.
Dans ce même Thibet, une lamazerie possède
un arbre merveilleux, unique dans son espèce.
- ri -
Son feuillage, à nul autre pareil, est l'objet d'un
culte particulier. Le mot lama est gravé sur
toutes ses feuilles qui s'ouvrent. La nature ne
peut pas présenter seule une si curieuse bizar-
rerie. D'ailleurs cet arbre ne peut se reproduire ni
par graines, ni par boutures.
En Chine, en Tartarie, parmi les peuplades
sauvages de l'Afrique et de l'Amérique, le démon
règne et gouverne.
En Chine et au Japon, quand on veut 'se dé-
barrasser de la vie, le diable, pour enlever les
horreurs du suicide, serre la corde de ceux qui
désirent mettre fin à leurs jours. Il suffit qu'ils
l'invoquent. *
La secte musulmane des Aïsagouas, "qui a
donné des représentations jusque dans Paris
même, pendant l'exposition de 1867, fait des pro-'
diges diaboliques, dont la seule pensée glace
d'horreur. Ces fanatiques avalent des serpents,
du verre, des clous, se font des incisions sur le
corps à coups de couteau, avalent du feu, se per-
cent le ventre avec des épées, sans qu'il reste
trace d'aucune blessure ou contusion après leur
scènes frénétiques.
Et n'avons-nous pas tous les jours, encore plus
près de nous sous nos yeux, les effets du spiri-
tisme et du magnétisme ? Les esprits frappent,
écrivent, apparaissent, font des prédictions, dé-
— 12 —
couvrent des choses cachées. C'est une religion ;
elle a son culte, sa littérature, ses cérémonies
avec de nombreux adeptes. Vainement on vou-
drait attribuer ces espèces de miracles à des
sciences ou des forces occultes. Ils ne sont certai-
nement pas autre chose que l'œuvre de l'esprit
de ténèbres.
Et, d'ailleurs, les œuvres diaboliques se distin-
guent parfaitement des œuvres divines ou natu-
relles dans leur but, dans leur cause, dans leurs
effets. Un produit scientifique est tel que la cause
est toujours proportionnée à l'effet. Les miracles
divins sont bons dans leurs causes et dans leurs
conséquences. Il n'en est pas ainsi des miracles
diaboliques. Ils n'ont, en général, aucune uti-
lité pratique. Ordinairement, ils sont puérils ou
mauvais. Paraîtraient-ils bons, parce qu'ils sont
mauvais en eux-mêmes, ils nuisent toujours aux
créatures.
Une observation sur l'histoire qu'on va lire.
Pourquoi Dieu permet-il que le Serpent infernal
possède des êtres innocents et inoffensifs? Il sem-
ble que ce monstre impur ne devrait habiter que
des corps impurs comme lui !. Le Seigneur a
ses vues sur l'humanité. Le lecteur en jugera par
l'exemple de possession que nous allons mettre
- 13 -
sous ses yeux, et celui si extraordinaire des
Utsulines de Loudun (i), dont l'étrangeté oc-
cupa, il y a plus de deux cents ans, l'univers
catholique. Il verra, sans en connaître les motifs,
que les justes et les saints peuvent être tourmentés
parle démon (2) aussi bien que les pécheurs et les
mécréants. Nous ne nous permettrons pas de con-
trôler la conduite de Dieu et de rechercher la cause
de ces mystères. Il nous suffira, en présence du
dix-neuvième siècle et de la libre-pensée, de cons-
tater l'existence du diable et son influence sur le
monde. La science de ce fait terrible, suite proba-
ble du péché originel, nous servira à mieux étu-
dier la vérité de la religion, la divinité de Jésus-
Christ, la nécessité du culte des Saints et des
images, la sainteté du sacerdoce catholique sans
cesse attaquées par l'esprit de ténèbres. Cette
étude ranimera notre foi et fera, je l'espère, tom-
ber de nombreux préjugés. Nous verrons l'ini-
quité protester contre l'iniquité, l'erreur contre
(1) Loudun, petite ville du département delà Vienne.
A la suite des faits mentionnés, le curé Urbain Grandier
fut condamné, sous Richelieu, à être brûlé vif pour magie
et maléfice. La sentence n'a jamais été exécutée.
(2) La sainte humanité de' Notre-Seigneur elle-même a
été, d'une certaine manière, en la puissance de Satan,
lorsque celui-ci, après l'avoir tenté dans le désert, le trans-
porta sur une haute montagne et ensuite sur le pinacle
du temple. -
- 14-
l'erreur. Les arguments diaboliques ne nous
paraîtront pas de trop à côté des arguments
divins, ces doctrines sont grosses du ciel et de
l'enfer.
1..
HISTOIRE
DE LA
POSSESSION DIABOLIQUE
EXTRAORDINAIRE
ou
SPIRITISME ÉNERGUMÉNIQUE
DE
CARMETTE TRASFI
Du ig juin 1868 au 20 mars 1869.
Traduite de l'espagnol (J),
Cette histoire a été écrite par le licencié Este-
ban Marti, curé de Llivia (2). Elle renferme, par
ordre chronologique, les actes surnaturels, singu-
(1) On sera indulgent pour le style de cette traduction.
On pourra y rencontrer des naïvetés et même des locu-
tions castillanes. Nous n'avons voulu presque rien chan-
ger au texte primitif, afin de ne pas enlever au récit son
caractère de véracité et son côté original.
(2) Llivia, ville espagnole, enclavée dans la Cerdagne
française depuis le traité des Pyrénées, en 1659.
— 16 —
liers, étranges, curieux et admirables de la pos-
sédée Maria del Carmen Trasfi y Sindren, sa
servante, jeune fille de seize ans, originaire de
Graixex, annexe de la paroisse et village d'Ail,
archiprêtré de, Cerdagne, province de Gérone.
PROLOGUE AU LECTEUR
La présente histoire se compose de deux par-
ties : d'abord des faits vus par l'historien qui a
été l'exorciste de cette pauvre créature, vus aussi
par ses domestiques et autres témoins dignes de
foi que nous citerons successivement; ensuite
elle contient les dires, assurances et paroles du dé-
mon ou des démons qui se sont emparés de l'éner-
gumène. L'auteur répond seulement de la vé-
rité des faits de la première partie, car ils ont été
vus et entendus par des personnes véridiques et
probes. Les seconds valent ce qu'ils valent, car
ils ne sont appuyés que sur le témoignage faux
ou incertain de l'esprit de mensonge.
Ces réserves faites, j'entre en matière.
- ly -
HISTOIRE
C'était le matin du 19 juin 1868 (1), je n'avais
pas d'aide service, et j'en avais besoin, surtout ce
jour-là. Je devais recevoir dans ma maison les
Sœurs de la Charité de ce bourg avec leur révé-
rende Mère, la Sœur Anne Géné, de l'hôpital
d'Urgel. J'allai célébrer la sainte messe, et au
memento je demandai au très glorieux patriarche
saint Joseph, époux de la sainte Vierge, notre
père en la Providence, de m'envoyer une ser-
vante. Je ne demandai pas un génie, mais au
moins une fille bonne et docile. Le saint entendit
la prière de son indigne serviteur. A onze heures
de ce même jour, dans la matinée, si j'ai bonne
mémoire, se présenta au bas de notre escalier,
semblable à une pauvre mendiante, Carmette
Trasfi, dont j'ai déjà parlé. Elle n'était connue
ni de moi ni des autres personnes de ma mai-
son. Elle demandait à être reçue au presbytère
en qualité de servante.
Au même moment une pensée traverse mon
esprit. Je crus entendre le saint patriarche me
(1) Carmette Trasfi a été en la possession du démon
quatre années consécutives, du mois d'août 1868 au mois
de novembre 1872.
— 18 -
dire : « Cette pauvre fille possède les qualités
« que tu désires ; mais il y a en elle des herbes
« mauvaises, très mauvaises, lIont tu dois la
« délivrer. »
Je la regardai, son visage me parut bon. Je
l'appelle et la présente à ma gouvernante et nièce,
Manuela Planas y Marti, à la supérieure des
Sœurs et à ses filles en religion ; nous la jugeâmes
pieuse et docile, et nous la reçûmes à notre service.
A la fin du même mois, je l'envoyai se con-
fesser et recevoir la sainte communion. Elle le fit
sans répugnance, au moins apparente. A la mi-
juillet, nous lui conseillâmes de prendre le saint
scapulaire du MÓnt-Carmel et. d'entrer dans la
confrérie établie dans notre église paroissiale. Elle
suivit notre conseil avec fidélité, très contente de
revêtir cette sainte livrée des enfants de Marie.
Mais, ô prodige ! là s'est encore montrée la
vertu du saint scapulaire!. Le démon était dans
le corps de cette malheureuse. Il ne put se cacher
davantage. Il se manifesta par une chute qu'il
causa à la possédée dans le bûcher du presby-
tère, deux ou trois jours après. Ma nièce la trouva
dans cet état de chute et d'évanouissement. Elle
se relève aussitôt, comme si jamais elle n'eût été
malade, et reprend son travail avec la plus grande
tranquillité.
— ig -
On nous avait dit qu'à la Tour-de-Carol, où
elle avait .été placée, elle s'enivrait. C'était faux.
Prévenus par ces bruits, que nous avions re-
cueillis, nous pensâmes d'abord que cet accident
pourrait être la suite de l'ivrognerie; nous sus-
pendîmes néanmoins notre jugement, car nous
n'avions pas observé en elle ce défaut.
Cette première chute fut suivie d'autres suc-
cessivement chaque six ou huit jours. Nous
observâmes qu'elles étaient plus violentes et con-
vulsives. Dans la ferme conviction que ce n'était
pas l'effet du vin, puisqu'elle n'en buvait que
très peu en notre présence, et qu'elle ne pouvait
pas en boire en cachette, puisqu'il était sous clé,
je qualifiai d'abord son état d'attaques de nerfs.
Plus tard nous observâmes encore que ces crises
prenaient d'étranges proportions. Elle se vautrait,
se roulait, écumaitet râlait. Je diagnostiquai que
c'était des attaques d'épilepsie ou mal de Saint-
Paul. Préoccupé de cette idée, j'appelle le médecin
don Domingo Barnola. Nous lui expliquâmes le
mal et tous ses symptômes. Il examina lui-même
avec soin et à plusieurs reprises la malade. Il
nous dit qu'il craignait bien que ce mal fût le
mal caduc ; mais que ce cas était si extraordi-
naire, qu'il passait la limite de ce mal; que la
médecine n'avait pas de remèdes et était impuis-
— 20 -
sante à guérir de pareilles maladies. Il nous con-
seilla de nous débarrasser d'une si grande charge
en renvoyant cette servante. Je refusai toujours
de suivre ce conseil, car il me semblait qu'en le
faisant, je manquerais à la charité chrétienne,
ainsi qu'à la vénération et au respect que je de-
vais au patriarche saint Joseph, convaincu qu'il
avait conduit cette fille dans ma maison. Je la fis
traiter pendant plusieurs jours comme épilepti-
que, mais sans le moindre résultat. Ses chutes
constantes étaient plus ou moins périodiques,
elles se manifestaient avec un redoublement
d'agitation et d'étrangeté toujours plus extraor-
dinaire.
Les choses en étaient lit, quand le huitième
jour de septembre, à huit heures de la nuit, au
moment où la patiente achevait de fermer la
porte de la rue à M. Fernando Martinez, mon
barbier, qui venait de me raser, heure à laquelle
j'ai coutume de réciter le rosaire avec mes do-
mestiques, voyant que celle-ci ne montait pas et
ne répondait pas à notre appel, nous descendîmes,
ma nièce, mon neveu et moi, à l'entrée de la
maison; mais quelle ne fùt pas notre surprise et
notre épouvante, quand nous la vîmes étendue
par terre, se roulant avec fureur, pliant son corps
comme un poisson qu'on vient de sortir de l'eau
- 21 —
et surtout donnant de forts coups de tête, de pieds
et de jambes contre les murs du vestibule. Je
confesse que cela nous effraya et nous affligea,
comme on ne peut l'exprimer. Cette horrible
scène dura deux heures. Pendant ce temps, je
suai, je me fatiguai, j'employai en vain toutes
mes forces physiques pour la retenir au milieu
des carreaux et l'empêcher au moins de se don-
ner des coups de tête sur les murailles. Elle était
muette : on ne pouvait rien lui dire, rien lui de-
mander, elle était privée de l'usage de ses puis-
sances intellectuelles. Au bout de deux, heures, si
je ne me trompe, sa fureur extérieure s'apaisa,
mais elle était encore gênée dans ses sens inté-
rieurs et n'avait pas de parole. Nous pûmes alors
lui faire monter l'escalier et l'asseoir sur une
chaise de la cuisine, penchée sur un coffre ou
escabeau. Or pendant qu'elle se reposait, nous
allâmes souper. Nous n'avions pas achevé, que
la malheureuse se lance de nouveau sur le pavé.
Elle se roulait et s'agitait comme auparavant.
Elle suit toute la cuisine battant horriblement
des pieds, des mains et de la tête sur les mu-
railles. Nous eûmes à soutenir une autre lutte
pour l'assujétir et l'empêcher de se donner des
coups atroces. Enfin, à minuit, voyant qu'elle
s'apaisait, il nous fut possible de la faire monter
dans sa chambre. Elle s'aidait un peu et elle était
— 22 -
appuyée sur ma nièce. Nous la mîmes dans son
lit et elle reposa cette nuit. Quant à moi, je -ne
pus dormir ; je réfléchissais à ce que pouvait être
cette maladie si étrange et si épouvanlable. Je
pensais que ma servante pourrait bien être pos-
sédée du démon énergumène. Ses accès, ses agi-
tations extraordinaires me le faisaient supposer.
Je fus dominé par cette idée toute la nuit et je ne
pouvais m'en défendre.
Le lendemain, 6, de grand matin, l'aurore
avait à peine brillé, qu'elle saute du lit avec
grand fracas. Nous accourons, vêtus à la hâte.
Nous la voyons se rouler par terre, rapide et fu-
rieuse. Elle était toujours muette. Elle avait l'air
de vouloir briser sa tête contre les murailles et
tous les objets qu'elle rencontrait. Quand nous
voulions l'assujétir, elle formait des pieds à la
tête, avec son ventre, un arc d'une grande con-
sistance et qui résistait à la pression la plus forte.
Les craintes que j'avais sur l'état de cette fille
me revinrent. J'essayai de l'exorciser en pronon-
çant quelques paroles sacrées (ce n'était pas selon
la forme et rites de la sainte Eglise) ; aussitôt
elle me lance une émanation fétide accompagnée
d'odeur de soufre. Cela me fit ressouvenir d'une
odeur pareille que j'avais sentie, il y a bien des
années, en traitant et exorcisant deux autres
— 23 -
obsédées. Je fus confirmé dans ma crainte. elle
n'était que trop fondée. La malheureuse que
nous avions entre nos mains était possédée. Je
me déterminai à lui lire l'évangile prescrit dans
le Rituel romain, pour la visite et le soin des
infirmes. Il me sembla que, par ce moyen, la
maladie se caractériserait mieux et que je verrais
si réellement la malade était en la possession de
quelque habitant de l'enfer.
Depuis ce jour jusqu'au 26 du même mois de
septembre, nous eûmes beaucoup de peine et de
travail le jour et la nuit. Il y avait cependant des
intervalles de tranquillité avec des alternatives
épouvantables de chutes, grincements de dents,
suffocations, agitations, coups de tête et de corps
sur les murailles. Il n'en résultait néanmoins,
pour la patiente, aucun mal, ni lésion, ni con-
tusion. Tout ceci n'est-ce pas d'abord une preuve
caractéristique de possession ?. N'en pouvant
plus de fatigue, les Sœurs des écoles de la ville
vinrent nous aider à supporter le travail que nous
donnait cette pauvre créature.
Sur ces entrefaites, j'écrivis à Mgr l'Evêque
d'Urgel, et lui exposai la nécessité de me per-
mettre d'exorciser, dans les formes rituelles pres-
crites par la sainte Eglise, cette malheureuse fille,
dans laquelle je voyais les marques et les indices
— 24 -
d'un. vraie possession. Cela me fut accordé sans
difficulté ni restriction.
Enfin, le soir du samedi 26 septembre, à sept
heures, mon barbier achevait de me raser, lorsque
la patiente renouvela ses accès de fureur, se roula
par terre, était fortement agitée et donnait dès
coups de tête contre les murs. Le barbier et moi,
épuisés de forces, ne pouvions la tenir. Mais le
démon monta à la tête de la malheureuse et parla
pour la première fois en ces termes : a Je suis
« dans le corps de cette créature. » Je le conjurai
de me dire son nom, le jour, l'heure et le signe
de sa sortie. « D'ici à un mois, dit-il, je serai
« chassé de ce corps. » Mais je ne me souviens
pas si ce fut ce jour-là ou dans un autre
exorcisme qu'il nous dit que son nom était
Alforgas.
Ainsi je lui demandai, en latin, dans le lan-
gage et la forme prescrits par l'Eglise, son nom,
le jour et l'heure de sa sortie. Il répondit à mon
interrogation, ce qui fut pour moi une nouvelle
preuve que je me trouvais en présence d'une
vraie possédée. Aussitôt je lui fis faire une con-
fession générale et l'admis à la communion quo-
tidienne. Je suivis en cela les conseils des auteurs
de théologie morale. Ils disent que, par expé-
rience, cette pratique est le meilleur remède pour
— 25 -
expulser les malins esprits des énergumènes bap-
tisés et assurer leur complète délivrance.
Depuis la manifestation de l'immonde Alfor-
gas, tant en dehors que dans l'acte des exorcis-
mes, la triste série de violentes agitations, con-
torsions et coups de la pauvre possédée, étaient
entremêlés de quelques scènes assez comiques.
Son visage féroce roulait des yeux tantôt pleins
de feu, tantôt entièrement blancs. Elle dansait,
ricanait, se moquait des uns et des autres, ac-
compagnant ses horribles gestes de paroles calom-
nieuses que je réprimais. Pendant l'exorcisme,
c'était des chutes et rapides agitations de tête.
Ses cheveux se dénouaient, se hérissaient, traî-
naient jusqu'à terre, s'attachaient aux tables et
aux chaises, qu'elle faisait suivre et se mouvoir.
Dans ses courses frénétiques à travers la maison,
elle se tordait comme un affreux reptile. Elle
descendait les escaliers avec une grande rapidité,
la tête en avant, et se frappait avec force contre
la porte fermée, sans ressentir aucun mal ni con-
tusion.
A partir du jour indiqué, je récitai tous les
jours sur elle, dans l'oratoire privé du presby-
tère, les saintes prières des exorcismes. Devant
moi passaient ou s'agitaient quelqu'un ou quel-
ques-uns des compagnons ou sbires infernaux,
soldatesque du capitaine Alforgas. Mais voilà
— 26 —
que le 11 octobre, vers midi, à la fin de la grand'-
messe, où se trouvait la patiente, le démon lui
monte à la tête. Elle quitte la chapelle du
Christ, où elle était, traverse la foule à genoux, et,
très vite, arrive au maître autel et gravit les de-
grés des stalles, se lève et dit : « Celui d'en haut
« (Dieu) (i), m'ordonne de vous prouver ac-
« tuellement ma présence. » Je demeurai stupé-
fait ; mais la première surprise passée, je me
précipite vers lui, et devant tout le monde, je le
conjure de dire le jour, l'heure et le signe de sa
sortie. Incontinent, à haute et intelligible voix,
de sorte que tous ceux qui étaient autour l'en-
tendirent, Alforgas dit : « Je sortirai d'ici dans
« quinze jours- (ce devait être évidemment un
« dimanche), et le signe que je donnerai, sera
« que la créature tombera morte à quatre heures
« du soir et restera ainsi jusqu'à huit heures de la
«, nuit. »
Ces quinze jours se passèrent dans la peine et
les travaux accoutumés; mais la malheureuse
fille n'abandonna pas un seul jour la commu-
nion et je continuai les exorcismes.
Un de ces quinze jours, le jour de sainte Thé-
(i) Ordinairement, dans ses crises, la possédée, ou
plutôt le démon parlant par sa bouche, ne prononçait pas
le nom de Dieu, ni des saints, ni de l'Eglise, ni des
prêtres.
— 27 -
2
rèse, si je ne me trompe, le malin esprit s'empara
de sa tête dès le matin. Il nous avait dit qu'un
de ses sbires sortirait cette nuit à sept heures,
heure à laquelle je l'exorcisais tous les jours dans
mon oratoire. MM. Bonaventura Arro et Jose
Fort, prêtres habitués de ma paroisse, vinrent à
quatre heures me chercher pour aller à la pro-
menade. Je leur dis : « Si vous voulez bien, nous
« n'irons pas promener, il vaut mieux nous oc-
« cuper à donner une bonne attaque d'exor-
« cisme au démon possesseur de notre pauvre
cc patiente. » Nous le fîmes, en effet, dans le
salon du presbytère. Or voilà qu'au milieu de
ses agitations, il nous dit que nous avions anti-
cipé sa sortie de deux heures. Réellement, à
cinq heures précises, l'habitant de l'enfer sortit
en lançant les souliers de la possédée. Mais
nous fûmes étonnés que, sans remuer la pen-
dule à caisse du salon, sans toucher l'aiguille,
il lui fît marquer sept heures. Les messieurs
dont j'ai parlé, ma nièce et moi l'avions vue,
il n'y avait qu'un moment, sur les cinq heu-
res. Cela s'opéra sans mouvement de la son-
nerie et de l'aiguille des minutes. Sans doute
que le superbe esprit infernal nous joua ce tour,
pour montrer qu'il n'était réellement sorti qu'à
sept heures, comme il l'avait annoncé.
— 28 -
Le 16, j'admis aux exorcismes du soir avec
Jose Balaguez, oncle de la possédée et la mère de
celui-ci, un enfant de six ans appartenant aux
métayers de la famille Pédrals, de Puycerda. Ce
petit garçon a été visité et traité par beaucoup de
médecins. Ils n'ont pu définir son étrange ma-
ladie. Il n'est pas muet, et il paraît avoir l'esprit
muet. Au dire du démon de ma servante, il est
réellement possédé. Ce qui est certain, c'est qu'au
sortir des exorcismes, le démon la possédant tou-
jours, elle tend la main à ce pauvre petit en lui
disant : «'Touche là. » Et celui-ci gracieusemefit,
tandis que nous sommes étonnés, lui tend la
sienne. Ils se la serrèrent avec la plus grande
cordialité. Elle souffle sur lui, et lui souffle sur
elle. Mais ma servante était toujours muette.
J'eus beaucoup de peine à lui rendre la parole.
Je n'y suis parvenu qu'à force de coups sur la
gorge et en lui faisant boire une grande quantité
d'eau bénite.
Pendant les exorcismes d'un de ces jours, j'or-
donnai au pervers Alforgas de me révéler depuis
quel temps, lui et son infernale canaille, occu-
paient le corps de cette malheureuse, et pour
quel motif? Après une grande résistance, il
avoua qu'il y avait plus de deux ans et demi
qu'ils l'habitaient, non à cause des péchés de
cette fille, ni de ceux de ses parents, mais à cause
— 2g —
d'une mauvaise bouchée qu'elle avait induement
absorbée (i). Ce fut tout ce que j'en tirai. Ni
lui, ni ses successeurs n'ont jamais voulu révé-
ler autre chose sur la domination et occupation
tyrannique de cette innocente victime. Mais j'ai
conclu de cette parole que, puisque ma servante
avait habité trois ans la Tour-de-Carol, avec des
oncles qui la prirent pour les aider et leur tenir
compagnie, car elle était orpheline de père et de
(i) Cette allégation n'est probablement pas vraie. C'est
un mensonge du démon qui ne pouvait pas ou ne vou-
lait pas dire le motif réel de la possession. D'après les
renseignements que nous avons pris, il est probable que
de mauvaises gens avaient donné et livré la pauvre Car-
mette, dès sa plustcndre enfance, à l'esprit du mal. Nous
trouvons dans l'histoire des exemples analogues. Saint
Augustin rapporte dans ses Œuvres qu'une mère poussée
par un démon à figure humaine, qu'elle rencontra au coin
d'une rue, alla maudire ses sept enfants à cause d'une
injure qu'elle avait reçue de l'aîné. Cette malédiction ne
fut que trop écoutée. Tous ces enfants furent atteints
d'une maladie étrange, surnaturelle, qu'aucun remède ne
put guérir. Cependant, grâce à la vertu des reliques de
saint Etienne, deux de ces jeunes infortunés retrouvèrent
la santé en présence du saint évêque d'Hippone, auquel
nous empruntons ce récit. De même la maladie de Car-
mette, venue probablement à la suite de quelque pacte ou"
évocation diabolique, a résisté à toutes les prières et à
tous les remèdes. Dieu, sans doute, dans ses décrets éter-
nels, avait décidé que cette guérison montrerait la puis-
sance du grand patriarche saint Joseph. Au reste nos
appréciations sur le fait en question ne sont que des con-
jectures. Il serait téméraire de vouloir pénétrer des secrets
et des mystères impénétrables.
- jo-
mère, les malins esprits s'en emparèrent peu de
temps après son arrivée dans cette population.
Elle devait avoir à peu près quinze ans, et c'était
avant sa première communion.
Le 25 octobre, quinze jours après que l'infernal
Alforgas se fut manifesté dans l'église et eut
annoncé, comme signe de sa sortie, qu'il laisserait
ce même jour la patiente morte pendant quatre
heures, vers les huit heures de la nuit, le public
avait en quelque sorte acquis le droit de voir ce
qui se passerait. C'est pourquoi je me déterminai
à l'exorciser devant tout le monde, dans la même
église, après les vêpres et le rosaire. Donc en
présence de M. Fernando Ribez, mon vicaire, et
MM. Arro et Fort, prêtres de cette ville, je com-
mençai les prières. La jeune fille était à la cha-
pelle du Christ. Du haut de la stalle du maître-
autel, je lui criai : « Exurgat creatura et flexis
« genibus veniat, que la créature se lève et arrive
« ici à genoux. » Elle entend parfaitement mes
ordres et obéit de suite. Elle vient jusqu'au milieu
de l'église la tête en bas, et de là à genoux jus-
qu'aux degrés des stalles. Nous l'attendions pour
lui faire les conjurations. Arrivée en cet endroit,
elle s'inclina profondément devant le Saint-
Sacrement et les images de la sainte Vierge, des
saints Anges et de saint Joseph, qui sont au-
— 3i —
dessus du tabernacle. Alors elle se lève, tourne
son visage colère, épouvantable, féroce vers le
peuple, arrive jusqu'au milieu de l'église, et,
d'une voix forte et intelligible, prêche contre le
peu de foi de nos temps, l'incrédulité, le péché,
en un mot, et spécialement contre le luxe et ses
tristes conséquences; car, de même, dit le dé-
mon, que de vraies aiguilles tourmentent et
traversent le corps de cette jeune fille, comme on
peut en voir sur son corps les marques exté-
rieures, ainsi des douleurs aiguës tourmentent
et tourmenteront les incrédules et les réprouvés
par le ministère des esprits infernaux dans le
fond des noirs abîmes. Elle revint de nouveau
aux degrés de l'autel et toujours elle tournait le
dos au Saint-Sacrement, quand je lui donnai
l'ordre suivant : « Convertas, immonde, conver-
« tas vultum tunm ante sanctissimum sacra-
« mentum : Esprit immonde, tourne, tourne ton
« visage vers le très Saint-Sacrement, ou bien,
« vertas faciem tuam ad altare, tourne ta face
oc vers l'autel. » Je lui parlais latin, elle faisait
ce que je lui disais et obéissait promptement.
Ceci est une autre preuve surnaturelle et con-
vaincante de possession, car cette pauvre jeune
fille n'avait pas la moindre instruction et ne con-
naissait pas une seule lettre.
Le temps marchait, quatre heures avaient
— 32 -
sonné. L'énergumène passe devant les stalles et
va tomber comme morte sur le palier du maître-
autel.
Quant à ces morts apparentes, si souvent sur-
venues, comme on le verra dans le cours de ce
récit, avec plus ou moins de durée, puisqu'elles
se sont prolongées dix heures de suite (notons
qu'il y avait quelquefois une légère interruption,
je les observais comme exorciste), j'ai. pensé
qu'on pouvait les comparer au moins à cette
infirmité appelée attaques de catalepsie. Si la
mort n'était pas complète, elle en approchait le
plus possible. Elle était privée de mouvements
volontaires. Ses sens étaient suspendus. Ses mus-
cles gardaient la même position ou prenaient
celle qu'on leur communiquait. Nous avons fait
des expériences, nous l'avons piquée entre chair
et ongle ou sur la main avec une aiguille; elle le
sentait peu ou point.
Les quatre heures annoncées étant passées, elle
ressuscita. A huit heures, elle lança ses deux
souliers. C'était le signe de la sortie, comme
l'avait annoncé l'esprit malin. Rendue à ses fa-
cultés, elle se lève, remet sa chaussure, traverse
calme et sereine la multitude qui entourait les
stalles et se dirige vers la maison, accompagnée
de ses deux frères qui étaient venus la visiter,
— 33 -
Le 26 du même mois, vers le soir, un autre
chef se présenta pour gouverner le château de
cette âme. Exorcisé, il prétendit se nommer Bar-
rabas. Pendant ses huit jours de domination, il
ne le céda en rien à son prédécesseur par ses
courses dans la maison, ses férocités de visage,
ses chutes, ses mouvements saccadés; il le sur-
passa même en cruauté, car, durant ces huit jours,
soit pendant, soit après les exorcismes, tandis que
l'infortunée jeune fille était sereine, il lui mon-
trait des têtes de démon, ou autres monstres hor-
ribles; il le faisait surtout quand la pauvre mal-
heureuse était dans des lieux retirés ou obscurs.
Elle avait des peurs telles, qu'elle fuyait, trem-
blante et effrayée, courant vers nous, comme
pour nous dire de la protéger. Il était encore un
tyran plus cruel, lorsque, dans le paroxisme de la
frénésie, il faisait avaler à la pauvre Carmette des
quantités d'aiguilles, épingles, pointes de Paris,
des clous et quelques-uns longs d'une demi-
palme, des verres de toute forme, brisés ou non,
quelques-uns larges de 5 centimètres et longs de 8,
des noix entières, des morceaux de pierre ou de
marbre. Il montrait ainsi sa grande cruauté.
Mais la pauvre innocente, à force de boire de
l'eau bénite et de recevoir des coups de cordes
aussi bénites sur la gorge et l'estomac, rendait
tous ces objets avec une peine mortelle. Son état
- 34 -
se compliquait souvent d'asphyxie. Persuadée
qu'elle allait mourir, elle nous tendait la main, et
sans prononcer une parole, car elle ne pouvait
parler que par signes, elle nous donnait à enten-
dre qu'elle prenait congé de nous pour l'éternité.
Certainement notre cœur souffrait jusqu'aux
larmes de voir les tortures de cette jeune enfant.
Ses angoisses, ses tourments si atrocès, ses luttes
avec la mort étaient affreuses. On voyait entrer
dans son estomac et en sortir toutes ces matières
hétérogènes, indigestes, vénéneuses , pouvant
donner la mort. Cela s'est passé en présence de
témoins sans nombre, tant ecclésiastiques que
laïques. Je citerai parmi les ecclésiastiques mon
vicaire, M. Fernando Ribez, MM. Jose Fort et
Bonaventura Arro, prêtres, habitants de cette
ville, M. Andrea Cirici, curé d'Ail, et M. Joachin
Puig, économe d'Urtq, dans la Cerdagne espa-
gnole. Les laïques sont MM. Francisco Fort y
Guillo, don Pedro Conill, instituteur, Fernando
Martinez, barbier, Jose Balagnez, adjoint au
maire, mes domestiques et parents, ma nièce
Manuela Planas y Marti, Bonaventura et Inez
Bertran, mes sacristines, et beaucoup d'autres
qu'il serait trop long de nommer, ont vu tou-
tes ces matières sortir de ce pauvre estomac.
MM. Jacinto Gran et Isidoro Fort y Puig et beau-
coup d'autres personnes les y avaient vues entrer.
— 35 -
2.
Ici, je m'arrêterai pour interpeller les incrédu-
les qui ne veulent pas croire ces faits. Ils aiment
mieux calomnier que croire. Tout cela, disent-
ils, est une ruse de la jeune fille. Elle suit les
enseignements et les ordres du curé. C'est de
la magie, du somnambulisme, du magnétisme ou
autres folies de ce genre. Ce qui est plus absurde
encore, d'autres appellent cela du naturalisme.
Je demanderai aux premiers si de pareils faits
peuvent être de la fiction, de la ruse; si l'on peut
les enseigner, les commander ou les conseiller?.
Aux-seconds, je demanderai si les faits si horri-
bles, si épouvantables que j'ai rapportés peuvent
être placés dans l'ordre des maladies naturelles;
et s'ils sont naturels, qu'ils nous expliquent com-
ment on peut les guérir par la simple adminis-
tration de l'eau bénite ou de quelques coups sur
l'estomac?. Les maladies naturelles se guéris-
sent-elles de la sorte? A-t-on jamais vu arracher
ainsi des entrailles des matières nuisibles, mor-
telles, vénéneuses? Risum teneatis, amici. On
ne peut que rire d'un tel propos. Nons devons
conclure que ce fait est un autre signe surnaturel
du mal de l'énergumène.
Cependant reprenons le fil de notre histoire,
ou plutôt celle de l'impie Barrabas, habitant
infernal de l'infortunée jeune fille. C'était le soir
du ier novembre. Quoique ce fût un grand jour
— 36 -
de fête, le malin esprit en fit un grand jour de
peine et de torture. Il s'en donna de tourmentet
la patiente. Nous l'avions laissé enfermée à la
maison afin qu'elle ne nous dérangeât pas à
l'église ; mais tandis que la foule sortait de vê-
pres, du rosaire et de l'absoute, plusieurs la
virent, et entre autres MM. Isidoro Fort et Ja-
cinto Gran, perchée sur les fenêtres du presby-
tère, arracher avec une frénésie diaboliqye les
clous des murs, les liteaux des contrevents et les
avaler comme les autres matériaux, morceaux ou
éclats de bois assez longs et je ne sais plus quoi.
Le même jour, le cruel esprit poussé à bout
déclare qu'il sortira le lendemain à six heures du
soir. Il en fut ainsi, grâces à Dieu! mais com-
ment?. Nous allons le voir.
Le 2 novembre, sur les huit heures du matin,
après être sorti de l'église et avoir célébré mes trois
messes (i), ma nièce et moi sommes montés à la
chambre de la possédée pour la faire lever et la
presser d'aller recevoir la sainte communion.
Quel fut notre étonnement, quand nous ne la
trouvâmes ni dessus, ni dessous le lit, ni dans
(t) En Espagne, tous les prêtres ont le privilège de cé-
lébrer trois messes le jour de la fête de la Commémo-
raison des morts.
- 37-
aucune partie de la chambre. A la fin, nous la
rencontrâmes dans une alcôve à côté, vêtue, po-
sée et étendue sur des malles, comme morte et
sans aucun signe de vie. Elle portait ses deux
foulards, l'un retenait son menton et l'autre la
tête. Son cadavre figuré était couvert d'un drap
de lit et sur le drap de lit on voyait le crucifix de
cette même chambre. Le malin Barrabas avait
dit, la veille, que le signal de sa sortie serait de
laisser morte, dix heures durant, la victime de sa
fureur. Voilà sans doute pourquoi ce grand co-
médien l'avit mise dans cet état. « C'est bien,
« dis-je, au pervers, puisqu'elle est morte, je vais
a lui faire les funérailles à coups de cordes béni-
te tes. » Je le fais. Il résiste de toutes ses forces,
l'espace de huit minutes. Cependant, j'obtiens la
résurrection, qui commence par des mouvements
presque imperceptibles. Le maudit confesse qu'il
l'avait tenue cinq heures dans cette mort appa-
rente. Aussitôt que la malheureuse eut recouvré
ses sens et son intelligence, je l'envoyai recevoir
la sainte communion. Un quart d'heure après,
l'infâme Barrabas, comme son prédécesseur
Alforgas, tombe et rend hommage à saint Jo-
seph. Il tombe aussi devant Notre-Dame du
Carmel, patronne de la jeune fille, et la laisse
comme morte le long du palier de son autel.
C'était onze heures environ de la matinée. Elle
— 38 -
demeura en cet endroit, morte ou comme morte,
jusqu'à midi. Alors elle se lève, vient au presby-
tère pour dîner et dîne bien. A deux heures, sans
que personne lui dise rien et vienne à son aide,
elle tombe de nouveau devant l'image de Notre-
Dame du Mont-Carmel, dans mon oratoire privé.
Elle reste là, comme un cadavre, jusqu'à six heu-
res de la nuit. En ce moment, elle lance sa chaus-
sure avec fureur. Je la recois sur ma poitrine,
dont je souffre depuis lors par intervalles. Le
maudit la laisse enfin; il l'avait tenue dans cette
mort apparente pendant dix heures : c'était le
signal annoncé de sa sortie.
Le 3 novembre, un autre chef infernal, qui a
dit se nommer Roca, est venu prendre posses-
sion de son château. Il a été aussi cruel que son
prédécesseur, a causé à la patiente de vives dou-
leurs , et particulièrement le vomissement des
matières dont j'ai parlé. Il ne resta pas maître
plus de cinq jours ; mais un de ces jours il fit
une farce plus extraordinaire qu'aucun de ses
compagnons. Il suspendit la pauvre malheu-
reuse les pieds en l'air, la tête en bas, les bords
de la robe parfaitement attachés avec décence
autour des jambes, seulement sa tête légèrement
appuyée sur le bord de la fenêtre du salon qui
regarde le cimetière. Comment expliquer un pa-
- 39-
reil fait?. Or, j'affirme que nous la vîmes, ma
nièce, les chapelains dont j'ai parlé et moi, dans
cette position, le soir d'un jour qu'ils venaient
m'aider à l'exorciser dans ce même salon. Durant
l'exorcisme il lui faisait se donner, comme
l'avaient fait ses prédécesseurs, de violents coups
de tête, etc. Enfin arriva le jour où il devait
quitter le corps de la patiente. C'était le 8 no-
vembre, fête du Patronage de Notre-Dame. Sans
doute qu'il voulait lui faire hommage de sa sor-
tie; mais comment? Que fit-il d'abord ?. Il
imita son devancier, causa une mort apparente
à la jeune fille, lui fit des funérailles identiques;
mais ce qu'il y ajouta, ainsi que nous l'avons
constaté dans la matinée, lorsque nous allâmes
la faire lever, c'est que la prétendue défunte avait
deux cierges allumés autour de son corps, l'un à
la tête, l'autre aux pieds du cercueil ou malle sur
laquelle elle était étendue.
Nous devons noter ici que les bouts de bougie
et la boîte d'allumettes qui étaient en haut en ce
moment, ma nièce les tenait en bas dans un
coin de son alcôve ou chambre à côté du salon.
Cette nuit elle avait entendu autour d'elle un
mouvement de corps qui lui donna un grand
effroi. Elle pensa alors que le démon avait en-
levé la boîte d'allumettes et les bougies de l'en-
droit où elle les tenait. Or le maudit avoua qu'il
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avait exécuté ce coup et fait passer ces objets par
un petit trou de quatre centimètres qui se trouve
au plancher du salon, communiquant avec la
chambre de la possédée. (Nous dirons sur ces
faits la vérité en son lieu, à présent nous nous
contentons de rapporter les paroles de l'esprit de
mensonge)
Enfin la morte simulée ressuscita peu à peu.
Elle revint de cette profonde léthargie, pendant
laquelle on ne percevait pas même le mouvement.
de la respiration. Mais par les mêmes moyens
que la première fois, à force de coups de fouets
bénits que je lui administrai assez longtemps sur
la tête, elle recouvra ses facultés intellectuelles;
après cela elle reçut la sainte communion.
Le soir de ce jour, 8, la patiente étant reprise
après dîner, le démon dit : « Je sortirai aujour-
« d'hui. Le signal que je donnerai, c'est qu'ayant
« laissé la jeune fille morte dans la matinée avant
« le jour, je devancerai ma sortie. Elle ne res-
« tera morte que six heures. » En effet, à une
heure précise, elle demande la clé de la sacristie,
y va, tombe morte devant le grand crucifix qui
s'y trouve, et demeure en cet endroit jusqu'à six
heures de la nuit. Il y avait en ce moment beau-
coup de monde qui la regardait. Elle lance ses
deux souliers. Il en partit un même avec le bas
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dedans. Le maudit Roca s'en alla avec lui et la
patiente se leva sereine et délivrée.
Le 9 du même mois, elle reçut le matin la
sainte communion ; mais peu de temps après la
sortie de Roca, qui ne s'était effectuée que la nuit
précédente, il se présente un autre esprit im-
monde. Je l'exorcise, je le conjure de dire son
nom, le jour, l'heure et le signal de sa sortie. Il
me répondit qu'il se nommait Sacas. Je lui dis :
« J'en suis fâché ; mais puisque tu t'appelles
a Sacas, je te chasserai facilement. » Cela se
passait avant la communion. Quand la possédée
eut communié et fait un peu d'action de grâces,
le malin lui monta à la tête dans l'église; elle se
dirige sans autre signe vers la chapelle ou l'autel
de Saint-Jean, et là, tombe morte ou comme
morte devant l'image de Notre-Dame del Pilar,
qui est au côté gauche de cet autel. J'accours, je
le conjure de donner quelque signal de sa sortie.
Il sortira, et sa sortie, nous le comprenons à ses
signes, sera en l'honneur de la Vierge que nous
avons nommée; mais la jeune fille restera trois
heures morte en cet endroit. Il n'indique pas
autre chose. J'essayai alors sur l'énergumène une
des preuves les plus convaincantes de la présence
du diable, celle de l'obéissance à une parole
mentale. Je commandai à Satan, dans mon
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esprit, de lancer, en signe de sa sortie, les souliers
de la patiente avec les bas; ensuite je priai
Mme Anna Laguarda, en présence de MM. Fran-
cisco Boca et Francisco Gallarda, tous deux ses
voisins, de reconnaître si la patiente étendue de-
vant elle avait ses deux bas bien attachés avec
ses jarretières et de les attacher fortement, ce
qu'elle fit. Or les trois heures annoncées étant
écoulées, juste à onze heures et quart la pos-
sédée rapidement, et d'un seul mouvement, lance
ses souliers et ses bas simultanément. C'était la
fin de la domination de seize heures du faible
Sacas.
Le soir du même jour, à neuf heures, un autre
esprit malin se présenta pour gouverner le châ-
teau. Il lui monte à la tête et je l'exorcice en ces
termes : « Dicas, miles, nomen tuum, diem et
« horam exitus tui, cum aliquo signo exitus
« tui. Soldat, dis-moi ton nom, l'heure et le signe
« de ta sortie. Il C'est la formule du Rituel ro-
main. Il a dit que son nom était Botas. Cet
esprit immonde a commencé par faire vomir à la
patiente quelques bouchées, un litre environ de
pétrole.
La patiente nous a dit elle-même dans ses bons
moments, qu'elle craignait d'avoir bu cette
liqueur il y a plus d'un an, lorsqu'elle était à la
Tour-de-Carol, placée chez des fabricants. Ses