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Le Fablier des écoles primaires, ou Choix de fables à la portée des enfants, par J. G. Étienne. Nouvelle édition...

144 pages
C. Fouraut et fils (Paris). 1872. In-18.
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LE FABLTER
DES ÉCOLES PRIMAIRES
EXTRAIT DD CATALOGUE
DE LA LIBRAIRIE I1E en. F01IRAVT, A PARIS
LECTURE
LECTURES MANUSCRITES, tirées des -considérations sur lût
oeuvres d*Di»n.di>0 C. Sturm, pnrTh. St;u ire Ouvrage autorisé
parle Conseil cUVInstruclinn publiqw. 1 vo! in-lî. cari. lfr. 05c.
LECTURES ( Nouvelles) MANUSCRITES, MORALES ET AMU-
SANTES, suivies d'un Jar-simileda l'écriture de H-.rnri IV; par
E. C. Louis. Ouvrntte autorisé par le Conseil de l'Instruction
publique. 1 vol. in-18, cartonné. 75 c.
MONSIEUR MARCEL, ou l'Ami de la jeunesse, liTre de lecture
approuvé par la Société de la morale chrétienne» etc. ; par MM. H.
Arnould et Humbert. Nouvelle édition, corrigée et modifiée 1vol.
in-lS de 328 pages, cartonné. \ tt. 25 o.
INTRODUCTION A LA I1IBI.E, ou Histoire du premier Age da
monde, racontée à l'enfance; livre de lecture en gros caractères,
par M" Guérard, auteur de plusieurs ouvrages classiques. 1 vol.
in-18, cartouné. 40 c.
!.SCIURES CATHOLIQUES DU PREMIER AGE, par M. l'abbe
D. Loizellier, 34' édition,augmentée de prières pondant la Messe.
Ouvrage approuvé par Mgr. le Cardinal Brique d'Arraa; Mgr.
l'Archevêque de Paris, et NN. SS. les Évoques de Versailles,
do Digue et d'Orléans. 1 vul. in-18. cari. 15 o.
PETITE CIVILITÉ DE LA JEUNESSE, on règles de la Poli-
, tesse et de la B enséance, par M. l'abbé D. Pioart; 2.5" édition,
approuvée par NN. SS. l'Archevêque d'Alby et les Évêqnes de
Beauvais et de Pamiers. 1 vol. in-18 de 108 pages, cart. 50 c.
GEOGRAPHIE
ÎÉOGR APHTE ( Éléments de la 1 HISTORIQUE DE LA FRANCE
et de ses COLONIES avec une notice sur la Géographie géné-
rale; par M. Delpierre. 1 vol. iti-18 de 180 pages, cartonné. 80c.
ARITHMETIQUE
1IWTIIMÉTIQUE DÉCIMALE (Nouveau Traité d') renfermant
100 problèmes, à l'usage des classes primaires, par J. Georges fil».
1 vol. in-18 de 180 pages, cartonné. 75 c.
-.ECUEIL DE PROBLÈMES NUMÉRIQUES, renfermantplusde
5000 Quesfons graduée» sur toutes les parties de l'Arithmétique,
ouvrage destiné aux élèves de toutes les Ecoles et rédigé pour
servir d'application k ton-- les traités d'Arithmétique. 1 vol.
in-12, cartonné. Partie de l'Elève. 1 fr. PO C
.< M±MS. Partie du Maître. 1 fr.60 e.
MRJE.— BMDÀRD BLOT ET FILS AÏNB, IMPRIMEURS, RBB BLBOB, 7.
LE FABLIER
DES ÉCOLES PRIMAIRES
" .\ 0 rj
■. * V '••'■♦.
CHOtX DE F4BLES A LA PORTÉE DES ENFAÏÏS
PAR J. G. ÊTIENXB
WOUVELLE ÉDITION, ItEVCE, MODIFIÉE ET AUGMENTÉE
PARIS ■-.».,
Librairie Ecclésiastique, Classique et Élémentaire
DE CH. FOUAACT ET FILS
471 &CHÏ »AI^T-ANDHE-DES-AUTS, £7
1872.
LECTURE
CHOIX GRADUÉS DE LECTCJÏIES MOIIALES et instructives i
l'usage des enfants, recueillies et mises en ordre par J. DITNÀND,
ancien Directeur d'Ecole Normale. 1 vol. in 18 de 180 pages,
cartonné, nouvelle édition. 70 c.
MA\LEL DES ENFANTS (la Croix de Jésus), lectures graauért
morales et instructives ; par M. de Saint-Surin. Approuvé par
Mgr l'Archevêque du Paris, couronné par l'Académie Française,
et autorisé par le Conseil de l'Instruction publique. 1 vol. in-18
Une gravure. Ortonné. 75 c.
LANGUE FRANÇAISE
OUVRAGE DE M. BESCHEHELLE AÎNÉ
DE LA BIBLIOTHÈQUE DU LOOVRE
Membre de la Société Grammaticale de Paris
GRAMMAIRE FRANÇAISE ELEMENTAIRE ET- PRATIQUK,
adoptée par la société des Méthodes, • te. 23e édition. 1 volume
iu-lî de 228 pages, cartonné. 1 fr. 20 c.
LE PETIT SECRÉTAIRE DES ÉCOLES, ou Modèles de Leltroi,
sur tous les sujets et pour totitei les circonstances de la vie;
précédés de quelques Observations sur le Cérémonial des Lettres,
suivis du Pétitionnaire et d'un Formulaire d'actes sous seing
privé. 1 vol. in-18, Jésus, broché. 1 fr. 95 c.
NOUVEAUX COMPLIMENTS EN VERS pour le jour de l'an et
les fâles de famille, par M"*' Eugénie et Lattre Fiot 8' édition
augmenté vol. in-18, broc. 80 c.
FABLES NOUVELLES, par Mlles Eugénie et Laure Fiot,
6* édition,revue et augmentée. 1 vol. in-18 Jésus, cart.l fr.
LA COURONNE POÉTIQUE, Morceaux choisis à l'usage le \t
jeunesse ; par M. Doubot. 1 vol. in-18. cart. 1 fr. 10 c.
Tout exemplaire non revêtu de ma griffe sera réputé
contrefait.
LE FABLIER
DES ÉCOLES PRIMAIRES
LA RENONCULE ET L'OEILLET
La renoncule, un jour, dans un bouquet,
Avec l'oeillet se trouva réunie :
Elle eut, le lendemain, le parfum de l'oeillet...
On ne peut que gagner en bonne compagnie.
BÉRANGER.
LE VIOLON CASSÉ
Un jour, tombe et se brise un mauvais violon;
On le ramasse, on le recolle,
Et de mauvais il devient bon.
L'adversité souvent est une heureuse école.
THÉVENOTt
— 6 —
LE LÉZ.IBD ET LA TORTUE
— Pauvre tortue, hélas ! s'écriait le lézard :
— Pourquoi pauvre? — Oui, quelle misère 1
Sans porter ta maison tu ne vas nulle part
— Charge utile détient légère.
GUICIIARD.
L'HOMME, LE SINGE, LE VER ET LA POMME
— Elle est à moi, disait arrogamment un homme,
Qui de la main d'un singe arrachait une pomme.
Mais jugez, en l'ouvrant, combien il reste coi,
Lorsqu'il y trouve un ver, qui dit : — Elle est à moi I
LE BAILLY.
LE PASSEREAU ET LE LIEVRE
Dn lièvre est pris par l'aigle aux serres si cruelles :
— Qu'as-tu fait de tes pieds? lui crie un passereau.
Un milan passe, entend et ravit mon oiseau.
L'autre, vengé, répond : — Qu'as-tu fait de tes ailes 7
Mm* JOLIVEAU.
— 7 —
LA VIGNE ET L'ORMEAU
La vigne devenait stérile,
Dépérissant faute d'appui ;
Un ormeau lui servit d'asile.
— Si par moi, disait-il, je ne porte aucun fruit,
Je soutiendrai du moins une plante fertile.
LE BAILLY.
L'ENFANT MIS SUR UNE TABLE
Un enfant s'admirait, monté sur une table :
— Je suis grand, disait-il. Quelqu'un lui répondit i
— Descendez, vous serez petit.
Quel est Venfant de celù: fable ?
Le riche qui s'enorgueilli!.
BARBE.
LA VIPERE ET LA SANGSUE
— Nous piquons toutes deux, commère,
A la sangsue, un jour, disait une vipère;
Et l'homme cependant te recherche et me fuit.
D'où vient cela? — D'où vient? répliqua la sangsue;
C'est que ta piqûre le tue,
Et que la mienne le guérit.
LE BAII.LT.
LE VILLAGEOIS ET LE FROMAGE
Un rustre ' en son buffet avait mis un fromage,
Lorsque par une fente il aperçoit un rat;
Vite, il y fait entrer son chat
Afin d'empêcher le dommage;
Mais notre mitis, aux aguets,
Mange le rat d'abord et le fromage après.
LE BAILLT.
LES MOUCHES
Du miel en abondance était à découvert,
Et mouches de voler au miel qui les attire.
On fait un bon repas, sans compter le dessert ;
Mais veut-on s'en aller, c'est en vain : on soupire;
Le miel est une glu, dans le miel on expire.
Fol attrait du plaisir, ton charme ainsi nous perd.
GUICHARD.
1. Paysan grossier.
— 0 —
LE LIERRE ET LE ROSIER
Un lierre en serpentant au haut d'une muraille
Voit un petit rosier, et se rit de sa taille.
L'arbuste lui répond : — Apprends qu,e sans appui
J'ai su m'élever par moi-même;
Mais toi, dont l'orgueil est extrême,
Tu ramperais encor sans le secours d'autrui.
LE BAILLY.
L'IIOMME ET LA MARMOTTE
La marmotte venait de finir son long somme,
Sommeil de six mois seulement :
— N'as-tu pas honte, lui dit l'homme,
De dormir si profondément?
— Tu n'en parles que par envie,
Répondit la marmotte, et tu me fais pitié;
J'aimerais mieux dormir durant toute ma vie
Que d'en perdre au plaisir, comme toi, la moitié.
GUICHAKD.
LE PAPILLON ET LE LIS
— Admirez l'azur de mes ailes,
Disait au lis majestueux
— 10 —
Un papillon présomptueux ;
Vit-on jamais couleurs plus vives et plus belles!
Le lis lui répondit : — Insecte vil et fier,
D'où te vient cet orgueil étrange?
As-tu donc oublié qu'hier,
Reptile obscur encor, tu rampais dans la fange?
LE BAILLY.
L'ENFANT ET L'ORANGE
Un jeune enfant mordait dans une orange ;
— Oh ! s'écria-t-il en courroux,
Le maudit fruit! se peut-il qu'on en mange!
Comme il est aigre ! on le prétend si doux!
— Faux jugement, lui répondit son père :
Otez cette écorce légère,
Vous reviendrez de votre erreur.
Ne jugeons pas toujours sur un dehors trompeur.
GAUDY.
L'ARAIGNÉE ET LE VER A SOIE
L'araignée en ces mots raillait le ver à soie :
— Bon Dieu ! que de lenteur dans tout ce que tu fais !
— 11 —
Vois combien peu de temps j'emploie
A tapisser un mur d'innombrables lilets.
— Soit, répondit le ver; mais ta toile est fragile;
Et puis, à quoi sert-elle? à rien.
Du moins mon travail est utile :
Si je fais peu, je le fais bien.
LE BAILLT.
LE RENARD ET LES RAISINS
Certain renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
Des raisins mûrs apparemment,
Et couverts d'une peau vermeille.
Le galant en eût fait volontiers un repas;
Mais comme il n'y pouvait atteindre :
— Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
Fit-il pas mieux que de se plaindre?
LA FONTAINE.
LA DOULEUR ET L'ENNUI
Mourant de faim, un pauvre se plaignait;
Rassasié de tout, un riche s'ennuyait ;
— 12 -
Qui des deux souffrait davantage?
Écoutez sur ce point la maxime du sage :
De la douleur et de l'ennui
Connaissez bien la différence ;
L'ennui ne laisse plus de désirs après lui,
Mais la douleur près d'elle a toujours l'espérance.
HOi'I'MANH.
LE PAPILLON ET L'ENFANT
— Papillon, joli papillon,
Venez vite sur cette rose ;
Pour vous, avec ce frais bouton,
Je l'ai cueillie à peine érloso.
Ainsi chantait un jeune enfant,
Et le voilà qui se dispose
A saisir l'insecte brillant,
Pour peu que sur elle il se po?c
L'insecte était malin ; il répond : — Serviteur!
J'ai vu le piège, ami, je ne vois plus la fleur.
LE FILLEUL DES GUERHOTS.
L'ENFANT ET LE CHAT
Tout en se promenant, un bambin déjeunait;
De la galette qu'il tenait
— 13 —
Attiré par l'odeur, un chat vient, le caresse,
Fait le gros dos, tourne et vers lui se dresse;
— Oh ! le joli minet ! et le marmot .charmé
Partage avec celui dont il se croit aimé.
Mais le flatteur h peine obtient ce qu'il désire,
Qu'au loin il se retire.
— Ah ! ah ! ce n'est pas moi, dit l'enfant consterné,
Que tu suivais, c'était mon déjeuné.
GUICHAM).
L'APPUI FRAGILE
Sur un roseau sans consistance,
Un jour, un enfant s'appuya;
Soudain le roseau se brisa,
Et punit sa folle imprudence.
Son maître, qui le regardait,
Voulant qu'au petit marmouset
Cette leçon devînt utile :
— Apprends, lui dit-il, mon ami,
Qu'il caut mieux être sans appui
Que d'en avoir un trop fragile.
— 14 —
L'KWAPfrr ET SA MÈRE
— Où va le volume d'eau
Que roule ainsi ce ruisseau?
Dit un enfant à sa mère ;
Sur cette rive si chère
D'où nous la voyons partir,
La verrons-nous revenir?
— Non, mon fils : loin de sa source
Ce ruisseau fuit pour toujours;
Et cette onde, dans sa course,
Est l'image de nos jours.
IMBERT.
LES DEUX LIQUEURS
Dans le verre le plus grossier,
Entouré d'un informe osier,
Reposait humblement une liqueur si fine,
Qu'on aurait pu la présenter aux dieux.
On n'en goûta que tard : on juge sur la mine.
Un beau cristal, taillé d'un art industrieux,
Prévenait pour une autre : on la croyait exquise;
On se jeta dessus, et l'on vit la méprise.
C'est l'âme qui de l'homme établit la valeur;
Le corps n'est que le vase, et l'âme est la liqueur.
GUICHARD.
— 15 —
LA DILIGENCE
Clic ! clac! clic ! holà! gare! garel
La foule se rangeait,
Et chacun s'écriait :
— Peste! quel tintamarre!
Quelle poussière 1 ali ! c'est un grand seigneur!
—C'est un prince du sang!—C'est un ambassadeur.
La voilure s'arrête; on accourt, on s'avance :
C'était... la diligence,
El... personne dedans.
Du bruit, du vide, amis, voilà, je pnnse,
Le portrait de beaucoup de gens.
GAUDY.
L'ENFANT ET LES NOISETTES
Un jeune enfant, je le tiens d'Épictètc,
Moitié gourmand et moitié sot,
Mit, un jour, sa main dans un pot
Où logeait mainte figue avec mainte noisette.
) Il en emplit sa main tant qu'elle en peut tenir,
j Puis veut la retirer; mais l'ouverture étroite
Ne la laisse point revenir.
- 16 —
Il ne sait que pleurer, en plainte il se consomme ;
Il voulait tout avoir et ne le pouvait pas.
Quelqu'un lui dit (et je le dis h l'homme) :
—N'en prends que la moitié, mon enfant,' tu l'auras.
T.AMftTTR.
LE PINSON ET LA PIE
— Apprends-moi donc une chanson,
Demandait la bavarde pie
A l'agréable et gai pinson,
Qui chantait le printemps sur l'épine fleurie.
—Allez, vous vous moquez, ma mie;
A gens de votre espèce, ah ! je gagerais bien
Que jamais on n'apprendra rien.
— Eh quoi ! la raison, je te prie?
—Maisc'est que pour s'instruire et savoir bien chanter,
Il faudrait savoir écouter,
Et babillard n'écouta de sa vie.
Mm 8 DE LA FÉRAUDIÉRB.
LE CHEVAL ET LE TAUREAU
Un cheval vigoureux, monté par un enfant,
Semblait s'en amuser au milieu de la plaine;
— 17 —
Tantôt effleurant l'herbe à peine,"
Tantôt sautant, caracolant.
— Quoi 1 lui dit un taureau, mugissant de colère,
Un écuycr pareil te gouverne à son gré !
Comment n'en être pas outré !
Va, fais-lui mordre la poussière.
— Moi ! répond le noble coursier,
Ce serait là vraiment un bel exploit de guerre !
Aurais-jc à me glorifier
De jeter un enfant par terre?
LE BAILLY.
LE COUP DE PIED DE L'ANE
Le lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans, et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le cheval, s'approchant, luidonneuncoupdepied ;
Le loup, un coup de dent; le boeuf, un coup de corne.
Le malheureux lion, languissant, triste et morne,
Peut à peine rugir, par l'âge estropié ;
Il attend son destin sans faire aucunes plaintes,
— 18 —
Quand voyant l'âne même à son antre accourir,
— Ah 1 c'est.trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir,
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.
LA FONTAINE.
LES DEUX ÉPIS
Dans les beaux jours où l'on s'apprCte
A moissonner les blés qui dorent les sillons.
Au-dessus de ses compagnons
Un jeune épi dressait la tète.
C'était un pauvre sot, ridiculement vain
D'un avantage imaginaire ;
Il ne parlait qu'avec dédain '
Aux autres courbés vers la terre.
— Je plains cette hauteur dont tu t'enorgueillis,
Lui dit un vieil épi caché presque sous l'herbe ;
Si ton front comme nous était chargé de fruits,
Tu descendrais plus bas et serais moins superbe.
isAINT-SuRIN.
LA FOULE AUX OEUFS D'OR
L'avarice perd tout pour vouloir tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
— 19 —
Que celui dont la poule, à -ce que dit la fable,
Pondait chaque jour un oeuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor;
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les oeufs ne lui rapportaient rien,.
S'étant lui-même ôlê le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches I
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au malin sont pauvres devenus,
Pour vouloir trop tôt être riclies I
LA FONTAINE.
LE PÊCHEUR ET LES RROCHETS
Depuis le lever de l'aurore
Jusqu'au déclin du jour, un malheureux pêcheur
Dans ses filets n'avait pu prendre encore
Aucun poisson ; jugez de sa douleur !
Il allait détester cette place maudite,
Et de l'eau tirait ses filets,
Quand tout à coup s'y précipite
Une foule de gros brochets.
— Voilà bien de tes tours, ô volage Fortune !
Dit le pêcheur : tu mets à bout
— 20 —
Celui-là qui t'adresse une plainte importune ;
N'attendons-nous plus rien, tu nous accordes tout
LE BAILLY.
L'ENFANT ET LE PETIT ECU
Possesseur d'un petit écu,
Un enfant se croyait le plus riche du monde;
Le voilà qui fait voir ce trésor à la ronde,
En criant gaîment: — J'ai bien lui
— A merveille, lui dit un sage :
C'est le prix du savoir que vous avez reçu,
Du savoir tel qu'on peut le montrer à votre âge ;
Mais voulez-vous encore être heureux davantage ?
Aspirez, mon enfant, au prix de la vertu.
L'enfant entendit ce langage ;
L'écu, d'après son coeur et sensible et bien né,
A rapporter le double est soudain destiné :
Avec le pauvre il le p. triage.
AUBERT.
LA GUENON, LE SINGE ET LA NOIX
Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
— 21 —
Elle y porte la dent, fait la grimace : — Ah ! certes,
Dit-elle, ma mère mentit,
Lorsqu'elle m'assura que les noix étaient bonnes;
Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes
Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit!
Elle jette la noix ; un singe la ramasse,
Vite entre deux cailloux la casse,
L'épluche, la mange et lui dit :
— Votre mère eut raison, ma mie;
Les noix ont fort bon goût ; mais il faut les ouvrir.
Souvenez-vous que, dans la vie.
Sans un peu de travail on n'a point de plaisir.
FLORIAN.
PAROLE DE SOCRATE
Socrate un jour faisant bâtir,
Chacun censurait son ouvrage :
L'on trouvait les dedans, pour ne lui point mentir,
Indignes d'un tel personnage ;
L'autre blâmait la face, et tous étaient d'avis
Que les appartements en étaient trop petits.
Quelle maison pour lui I on y tournait à peine.
— Plût au ciel que de vrais amis
— 22 —
Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine f
Le bon Socrate avait raison
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
Chacun se dit ami; mais fou qui s'y repose :
Rien n'est plus commun que le rwm,
Rien n'est plus rare que la chose.
LA FONTAINE.
LA RONDONNIÈRE
A la discrétion de ses petits enfants,
Sur la table une bonne mère
Avait laissé sa bonbonnière.
Doit-on ainsi tenter les gens?
L'un d'eux y puise sans scrupule;
Mais que prend-il? une pilule.
Bientôt un petit mal au coeur...
Le larcin est clair... tout l'annonce.
Le lit, la diète, la semonce '
Vont punir le petit voleur.
La friandise est souvent corrigée ;
Gardons-nous de l'esprit malin :
1. Réprimande.
— 23 —
Il nous présente la dragée,
El nous donne du chicotinl.
DUTREMBLAY.
LE LION ET LE RAT
II faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde;
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
Entre les pattes d'un lion
Un rat sortit de terre, assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu :
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un lion d'un rat eût affaire?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts,
Ce lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne purent le défaire.
Sire rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force nique rage.
LA FONTAWB.
i. Plante amère.
— 24 -
LE CHEVAL ET L'ANE
En ce monde, il se faut l'un l'autre secourir.
Si ton voisin vient à mourir,
C'est sur toi que le fardeau tombe.
Un âne accompagnait un cheval peu courtois ;
Celui-ci ne portant que son simple harnois,
Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe.
Il pria le cheval de l'aider quelque peu :
Autrement, il mourrait devant qu'être à la ville;
— La prière, dit-il, n'en est pas incivile;
Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu.
Lu cheval refusa, fit une pétarade,
Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade.
Il reconnut qu'il avait tort;
Du baudet, en celle aventure,
On lui fit porter la voilure,
Et la peau par-dessus encor.
LA bONTAINE.
LE LOUP ET LA CIGOGNE
Les loups mangent gloutonnement;
Un loup, donc, étant de frairie,
— 25 -
Se pressa, dit-on, tellement
Qu'il en pensa perdre la vie :
Un os lui demeura bien avant au gosier.
De bonheur pour ce loup, qui ne pouvait crier. ,
Près de là passe une cigogne;
Il lui fait un signe, elle accourt
Voilà l'opératrice aussitôt en besogne.
Elle retire l'os; puis, pour un si bon tour
Elle demande son salaire.
— Votre salaire ! dit le loup ;
Vous riez, ma bonne commère ;
Quoi ! ce n'est pas encor beaucoup
D'avoir de mon gosier retiré votre cou !
Allez, vous êtes une ingrate ;
Ne tombez jamais sous ma patte.
LA FONTAINE.
L'ENFANT ET LE JARDINIER
Un marmot découvrit, au pied d'un vieux prunier,
Un gros ver blanc, et le tua bien vite,
En accusant cette engeancel maudite
De mille maux. Le jardinier
1. Race.
— 20 —
D'applaudir ; puis mon drôle
Grimpe sur l'arbre, attrape un hanneton ;
Vite du fil, ensuite la chanson :
* Danneton, vole, vole, vole... »
Le jardinier laisse faire l'enfant,
Et lui dit : — Mon ami, quelle idée est la vôtre?
Vous tuez l'un, vous jouez avec l'autre,
Les deux ne font qu'un cependant :
Ver blanc, il ronge la racine,
Et hanneton, il dévore le fruit;
Sous une forme il est voleur de nuit,
Et sous une autre il assassine.
Quand on le juge sur la mine,
Voilà comme un fripon séduit.
VlTAI-lS,
LE LAEOUREUR ET SES ENFANTS
Travailla, prenez de la peine,
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur, sentant sa fin prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
— Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que vous ont laissé vos parents :
— 27 —
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais plus l'endroit, mais un peu de courage
Vous le fera trouver ; vous en viendrez à bout
Remuez votre champ, dès qu'on aura faii l'oût ' ;
Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
De çà, de là, partout; si bien qu'au bout de l'an,
Il en rapporta davantage.
D'argent point de caché ; mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor.
LA FONTAINE.
LES DEUX VOYAGEURS
Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine;
Il l'empoche aussitôt. Lubin, d'un air content,
Lui dit : — Pour nous la bonne aubaine!
1. Ou l'août, la moisson.
- 28 —
— Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n'est pas bien dit ; pour moi, c'est différent.
Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant et non sans cause,
Dit:—Nous sommes perdus 1—Non,lui répond Lubin,
Nous n'est pas le vrai mot; mais toi, c'est autre chose.
Cela dit, il s'échappe à travers le taillis.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris.
Il tire sa bourse et la donne.
Qui ne songe qu'à soi quand sa fortune est bonne,
Dans le mallieur n'a point d'amis,
FLORIAN.
LE CORBEAU ET LE RENARD
Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait dans son bec un fromage.
Maître renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
— Hé! bonjour, monsieur du corbeau,
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
• Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
— 29 —
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.
A ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie,
Et, pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie;
Le renard s'en saisit et dit:—Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute?
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
LA FONTAINE.
L'ABEILLE ET LE LIMAÇON
Un limaçon disait l'autre jour à l'abeille :
— Dès le matin,
Sur ce jasmin
Ou bien sur la rose vermeille,
Tu voltiges gaîment, puis tu viens t'y poser,
Et seule jusqu'au soir tu parais t'amuser.
Que ton sort est digne d'envie !
Hélas! malheureux limaçon,
Dans un jardin, dans la prairie,
0;i dans une étroite maison,
2.
— 30 —
Ltiver, l'été, bref, en chaque saison,
Partout je bâille et je m'ennuie
Apprends-moi donc, dès aujourd'hui,
Comment tu fais pour éviter l'ennui :
Dis-moi ton secret, je te prie.
— Oh ! je vais te le confier;
A retenir il n'est pas difficile :
h travaille, et toujours je sais me rendre utile :
Voilà le vrai moyen de ne pas s'ennuyer.
M"" DE LA FÉRACD1ÈRE.
LES IiEUX MULETS
Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle;
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette ;
Quand l'ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l'argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l'arrête.
Le mulet, en se défendant.
Se Sent percé fle coup» ; il gémit, il soupire.
— Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis î
Ce mulet qui me suit du danger se retire,
Et moi, j'y tombe et je péris.
—Ami, lui dit son camarade:
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi i
Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade.
LA FONTAINE.
LA ROSE ET LE CHARDON
—Mon Dieu I de vos attraits vantez donc moins l'éclat,
Disait le chardon à la rose;
Vous flattez, j'en conviens, les yeux et l'odorat,
Mais vos admirateurs, en vers ainsi qu'en prose,
Tous les jours ne disent-il pas
Qu'aux rayons du matin éclose,
Vous perdez, dès le soir, vos fragiles appas?
Moi, dont la tête est bigarrée
De mille diverses couleurs,
Je ne craignis jamais le souffle de Borée,
Et de l'hiver enfin je brave les rigueurs.
— Je ne vous porte point envie,
— 32 —
Répond la fille du printemps ;
N'est-ce pas sur l'emploi du temps
Que se mesure notre vie?
Vous bravez, dites-vous, l'hiver et les autans;
Fcut-on s'enorgueillir d'un si faible avantage?
As-tu bien vécu? dit le sage;
11 ne demande pas : As-tu vécu longtemps?
LE BAILLY.
LA BP.EBI5 ET LE CIlIiîN
La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient, un jour, leur vie infortunée.
— Ah ! disait la brebis, je pleure et je frémis,
Quand je songe au malheur de notre destinée.
Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups et souvent le trépas.
Moi, qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait et qui fume leurs champs,
Je vois, chaque matin, quelqu'un de ma famille
Assassiné par ces méchants;
Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains,
— 33 —
Travailler pour eux seuls et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste.
— Il est vrai, dil le chien ; mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère ?
Va, ma soeur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.
FLORIAN.
LA MORT ET LE BUCHERON
\
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans,
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'efforts et de douleur,
Il met bas son fagot et songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire.
- 34 -
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
PLUTÔT SOUFFRIR QUE MOURIR.,
C'est la devise des hommes.
LA FONTAINE.
LA CIGALE ET LA FOURMI
La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue;
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelques grains, pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
— Je vous paierai, lui dit-clie,
En août, foi d'animal,
Intérêt et principal
- 35 —
La fourmi n'est pas prêteuse,
C'est là son moindre défaut :
— Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à celte emprunteuse.
— Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez, j'en suis fort aise;
Eh bien, dansez maintenant
LA FONTAINE.
L'ÉCOLIER, L'ABEILLE ET L'ABSINTHE
— Que fais-tu donc sur cette plante?
Disait un écolier paresseux ei mutin
A l'ouvrière diligente,
Qui butinait de grand matin.
— Du mieL—Y penses-tu ! Quoi ! du miel de l'absinthe ?
— Sans doute. •—Ah ! pour le coup, c'est se moquer de moi
De ton rare talent, à te parler sans feinte,
Tu fais, ma chère, un sot emploi
.— Ainsi, l'âge de l'ignorance
Toujours juge à lort, à travers.
Quand mon utile prévoyance
De cette plante aux sucs amers
— <m —
Tire un miel aussi doue que celui de la rose,
Du travail, mon ami, c'est la métamorphose.
Mets à profit, crois-moi, la leçon d'aujourd'hui.
Pour la trop paresseuse enfance,
L'absinthe est la peinr et l'ennui
Qu'un long travail trahr après lui;
Le miel, c'est le doux fruit que proiln.il la science.
NAUDET.
LE PIGEON ET LE MOINEAU
Pour un moineau dans l'indigence
Qn recherchait quelques secours;
Tous les autres oiseaux furent d'intelligence
A le secourir en discours.
Dans cette triste conjoncture,
Un pigeon fut le seul, quoique assez malaisé,
Qui donna le couvert et quelque nourriture
Au moineau pauvre et méprisé.
Des oiseaux spectateurs la surprise est extrême;
C'est un phénomène pour eux
Qu'un pigeon, si pauvre lui-même,
Veuille assister un malheureux.
— Et c'est ce qui me rend encor plus accessible,
— 3T -
Répondit le pigeon : un destin rigoureux
Prépare à la pitié le coeur le moins sensible ;
Quand on jouit d'un sort tranquille et gracieux,
Imagine-t-on, sous les cieux,
Quelqu'un dans un état si différent du nôtre?
Non, on mesure tout sur sa prospérité;
Mais, au sein de l'adversité,
Le mallwureux sent mieux qu'un autre
Le poids de l'infortune et de la pauvreté.
PESSELIER.
LE ROI DE PERSE ET LE COURTISAN
Possesseur d'un trésor immense,
Mais plus riche encore en vertus,
Un monarque persan, émule de Titus.
Signalait chaque jour son auguste puissance
Par mille traits de bienfaisance.
Instruit, dans son conseil, qu'un ma! contagieux
De ses États alors ravageait la frontière,
Il y vole soudain, veut tout voir par ses yeux;
Sa première visite est. pour l'humble chaumière ;
Combien d'infortunés il arrache au trépas !
Soulager le malheur est son unique affaire ;
3
— SS-
II croit n'avoir rien fait tant qu'il lui reste à faire.
Aussi, comme on bénit la trace de ses pas !
Au milieu de la nuit, le roi veillait encore :
— Reposez-vous enfin, seigneur, il en est temps,
Lui dit un de ses courtisans ;
Demain, au lever de l'aurore,
Vous reviendrez... —Non pas, répond le souverain :
A'e différons jamais d'obliger le prochain,
Car on n'a pas toujours occasion pareille.
Le bien que l'on a fait la veille
Fait le bonheur du lendemain.
LE BAILLY.
LE RENARD ET LE LION
Un renard poursuivi, faute d'un autre asile.
S'était sauvé dans l'antre d'un lion.
Le chasseur l'y laissa sans plus d'ambition :
Violer la franchise eût été difficile ;
Mais le renard épouvanté
Ne compta guère alors sur l'hospitalité.
— Çà, dit le monarque farouche,
Sois le bien-arrivé, tu seras pour ma bouche ;
A quelle sauce es-tu meilleur, dis-moi?
— 39 —
— Je n'en sais rien, dit le renard au roi ;
Mais, sire, ce discours et ce regard sévère
Me rappellent mon pauvre père;
J'en pleure encor quand je pense à sa fin.
Un lapin fugitif lui demandait asile ;
Mais mon père trouva la prière incivile,
Et, poussé par le diable, il mangea le lapin.
Le lapin, en mourant, réclama la colère
De Jupiter hospitalier,
Et sur-le-champ, mon pauvre père
Fut enfumé dans son terrier.
Le lion s'en émut, et, soit crainte, soit honte,
Soit pitié du renard, sa faim se ralentit :
— Va-t'en, dit-il, avec ton conte
Tu m'as fait passer l'appétit.
LAHOTTE.
LE CERF 8E VOYANT DANS L'EAU
Dans le cristal d'une fontaine,
Un cerf, se mirant autrefois,
Louait la beauté de son bois,
Et ne pouvait qu'avecque peine
Souffrir ses jambes de fuseaux,
- 40 —
Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux.
— Quelle disproportion de mes pieds à ma tête !
Disait-il, en voyant leur ombre avec douleur :
Des taillis les plus hauts mon front atteint le faîte;
Mes pieds ne me font point d'honneur.
Tout en parlant de la sorte,
Un limier le fait partir.
Il tâche à se faire garantir :
Dans les forêts il. s'emporte;
Son bois, dommageable ornement,
L'arrêtant à chaque moment,
Nuit à l'office que lui rendent
Ses pieds, de qui ses jours dépendent.
Il se dédit alors, et maudit les présents
Que le ciel lui fait tous les ans.
Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile,
Et le beau souvent nous détruit.
Ce cerf blâme ses pieds, qui le. rendent agile;
Il estime un bois qui lui nuit.
LA FONTAINE.
L'ENFANT ET LE MIROIR
Un enfant, élevé dans un pauvre village,
Revint chez ses parents, et fut surpris d'y voir
- il -
Un miroir.
D'abord, il aima son image ;
Et puis, par un travers bien digne d'un enfant,
Et même d'un être plus grand,
Il veut outrager ce qu'il aime,
Lui fait une grimace, et le miroir la rend ;
Alors, son dépit est extrême ;
Il lui montre un poing menaçant,
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s'en vient, en frémissant,
Battre cette image insolente ;
il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente;
Et, furieux, au désespoir,
Le voilà, devant ce miroir,
Criant, pleurant, frappant la glace.
La mère qui survient, le console, l'embrasse,
Tarit ses pleurs, et doucement lui dit :
— N'as-tu pas commencé par faire la grimace
A ce méchant enfant qui cause ton dépit?
— Oui. — Regarde à présent : tu souris, il sourit;
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même;
Tu n'es plus en colère, il ne se fâche plus.
De la société tu vois ici l'emblème ;
Le bien, le mal nous sont rendus.
FLORIAN.
— 42
LES DEUX POULAINS
Tous jeux de mains sont dangereux ;
De s'en abstenir c'est prudence :
Ce n'est que ris quand on commence;
Après suivent les pleurs, et la fin de ces jeux
Est qu'il survient souvent des accidents fâcheux.
Deux poulains de très-bonne race,
Grands, bien faits, marchant avec grâce,
En folâtrant ensemble dans un pré,
Après avoir bien pâturé,
Des crins flottants de leur queue ondoyante
Prenaient plaisir à se donner des coups.
C'était d'abord une guerre innocente ;
Mais un coup malheureux, excitant leur courroux,
En un combat changea la fête.
Ce coup élait tombé sans dessein sur la tête
De l'un de nos poulains ; son oeil fut offensé.
L'animal, se sentant blessé,
Vous lâche à l'autre une ruade,
Et l'agresseur sortit le plus malade.
Enfants, que ce malheur vous serve de leçon:
De vos jeux, c'est ici l'image :
- 43 -
Entre vous, par des pleurs finit le badinage.
Des plaisirs innocents que permet la raison,
Et que l'on accorde à votre âge,
Sachez faire un meilleur usage.
GROSSELLIER.
LE LIEVRE ET LA PERDRIX
H ne se faut jamais moquer des misér/ibles;
Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux?
Le sage Ésope, dans ses fables,
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces vers je propose
Et les siens, ce sont même chose.
Le lièvre et la perdrix, concitoyens d'un champ,
Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille,
Quand une meute, s'approchant,
Oblige le premier à chercher un asile ;
Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,
Sans même en excepter Brifaut.
Enfin, il se trahit lui-même
Par les esprits sortant de son corps échauffé.
Mirant, sur leur odeur ayant philosophé,
Conclut que c'est son lièvre, et d'une ardeur extrême
- 44 -
Il le pousse; et Hustaut, qui n'a jamais menti,
Dit que le lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.
La perdrix le raille et lui dit :
— Tu te vantais d'être si vite!
Qu'as-tu fait de tes pieds ? Au moment qu'elle rit,
Son tour vient, on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité;
Mais la pauvrette avait compté
_ Sans l'autour aux serres cruelles.
LA FONTAINE.
L'ENFANT ET LA SAItlGUE '
— Maman, disait un jour à la plus tendre mère
Un enfant péruvien, sur ses genoux assis,
Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,
Se promène avec ses petits ?
Il ressemble au renard. — Mon fils, répondit-elle :
Du sarigue c'est la femelle ;
Nulle mère pour ses enfants
N'eut jamais plus d'amour, plus dt -<Hns vigilants.
La nature a voulu seconder sa tendresse,
1. Espèce de renard du Pérou. (Buflon, But. nat.)
— 45 -
Et lui fit, près de l'estomac,
Une poche profonde, une espèce de sac,
Où ses petits, quand un danger les presse,
Vont mettre à couvert leur faiblesse ;
Fais du bruit, tu verras ce qu'ils vont devenir.
L'enfant frappe des mains; la sarigue attentive
Se dresse, et, d'une voix plaintive,
Jette un cri ; les petits aussitôt d'accourir
Et de s'élancer vers la mère,
En cherchant dans son sein la retraite ordinaire.
La poche s'ouvre; les petits
En un moment y sont blottis :
Ils disparaissent tous ; la mère avec vitesse
S'enfuit emportant sa richesse.
La Péruvienne alors dit à l'enfant surpris ;
Si jamais le sort t'est contraire,
Souviens-toi du sarigue;imite-le, mon fils:
L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
FLORIAN.
LES DEUX MAINS
Un jour, dans sa mauvaise humeur,
La main droite, en ces mots, grondait sa pauvre soeur :
3.
_ 46 -
—Iî n'est rien que pourvous tous les jours je ne fasse;
Mais de travailler seule à la fin je me lasse.
Vous ne savez rien toucher, rien tenir;
Tant pis ! et si, pour vous, ma soeur, tout est de verre,
Je n'en peux mais ; d'un repos salutaire,
A mon tour, je prétends jouir,
Et désormais je ne veux plus rien faire.
D'un reproche aussi dur avec quelque raison
La pauvre main gauche s'offense;
Mais sur son éducation
Elle rejette en vain son ignorance :
L'excuse alors n'était plus de saison,
Et, sans différer davantage,
Il fallut se mettre à l'ouvrage.
Elle essaya d'abord des travaux du ménage;
Devenus plus laborieux,
Ses doigts devinrent plus agiles;
Elle fit mal un jour, un autre jour fit mieux ;
Puis, défiant les plus habiles,
A la honte des paresseux,
Les travaux les plus difficiles
Pour elle enfin ne furent que des jeux.
Vous, qui de ne rien faire avez pris l'habitude,
Retenez cette fable, et rappelez-vous bien
- 47 —
Qu'en fait de savoir, il n'est rien
Dont ne viennent à bout le travail et l'étude.
NAUDET.
LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT
Ésope conte qu'un manant,
Charitable autant que peu sage,
Un jour d'hiver se promenant
A l'entour de son héritage,
Aperçut un serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile, rendu,
N'ayant pas à vivre un quart d'heure.
Le villageois le prend, remporte en sa demeure,
Et, sans considérer quel sera le loyer
D'une action de ce mérite,
Il l'étend le long du foyer,
Le réchauffe, le ressuscite.
L'animal engourdi sent à peine le chaud,
Que l'âme lui revient avecque la colère.
Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt,
Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut
Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.
— Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire !
— 48 —
Tu mourras 1 A ces mots, plein d'un juste courroux,
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête;
Il fait trois serpents de deux coups :
Un tronçon, la queue et la tête.
Le serpent, sautillant, cherche à se réunir,
Mais il ne peut y parvenir.
7/ est bon d'être charitable ;
Hais envers qui ? c'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point
Qui ne meure enfin misérable.
LA FONTAINE.
LE RENARD ET LA CIGOGNE
Compère le renard se mit un jour en frais,
Ft retint à dîner commère la cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts.
Le galant, pour toute besogne,
Avait un brouet clair; il vivait chichement
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette ;
La cigogne au long bec n'en put attraper miette.
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la cigogne le prie.
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— Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis
Je ne fais pas cérémonie.
A l'heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse,
Loua très-fort sa politesse,
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit, surtout ; renards n'en manquent point
Il se réjouissait, à l'odeur de la viande
Mise en petits morceaux, et qu'il croyait friande.
On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure;
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer,
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris;
Attendez-vous à la pareille.
LA FONTAINE.
LE LOUP ET L'AGNEAU
La raison du plus fort est toujours la meilleure;
Nous Valions montrer tout à l'heure.
— SO —
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure ;
Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
— Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité !
— Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère;
Mais plutôt, qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'elle,
Et que, par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
— Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né?
Reprit l'agneau ; je tette cncor ma mère.
— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
— Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit ; il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts