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Le Gouvernement légitime de Louis XVIII peut seul sauver la France et l'Europe (par B.-S.-L. Debauve)

De
321 pages
Gueffier jeune, Belin et Delaunay (Paris). 1816. In-8° , 319 p..
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LE
GOUVERNEMENT LÉGITIME
DE LOUIS XVIII
PEUT SEUL SAUVER LA FRANCE
ET L'EUROPE.
Imprimerie de LE NORMANT, rue de Seine, n°. 8.
LE
GOUVERNEMENT LEGITIME
DE LOUIS XVIII
PEUT SEUL SAUVER LA FRANCE
ET L'EUROPE.
Le malheur porte les hommes à réfléchir. Les Français sentent plus
que jamais le besoin, la nécessité de se rallier autour du trône de
Louis XVIII, dont la chute livreroit la France aux horreurs de la
guerre civile et d'une guerre étrangère qui seroit le tombeau de la
France, et qui pourroit creuser celui de l'Europe elle-même. C'est
par l'union que le peuple français saura déjouer les complots téné—
reux du machiavélisme, qui n'a de force que par la division. La
cause de Louis XVIII est celle de tous les souverains, de tous les
trônes. Les puissances, en replaçant une seconde fois la couronne sur
la tête de Louis XVIII, ont manifesté qu'elles vouloient faire
triompher la légitimité. Qui veut la fin veut les moyens. La remise
ou une réduction de la taxe de guerre imposée aux Français atteindroit
sûrement le but que se proposent les potentats. Cette mesure servi-
roit les véritables intérêts des souverains, tout en paroissant les
centrarier.
PARIS.
Chez
GUEFFIER jeune , relieur, Marché Neuf, n° 43 ;
BELIN, libraire, au Cabinet de lecture, rue Neuve-
Saint-Roch ;
DELAUNAY, libraire, Palais-Royal, galerie de
Bois.
1816.
INTRODUCTION.
COMME la France n'a jamais été dans la
position où elle est, comme nous avons vu
en vingt-cinq ans ce qu'on n'a pas vu de-
puis que le monde est monde , c'est-à-dire
depuis six mille ans, il doit être permis à
tout bon Français d'émettre son opinion, de
rendre public tout ce qu'il croit utile au bon-
heur de sa patrie, de ses concitoyens, au
risque de dire avec Régulus : Il faut savoir
mourir pour sa patrie, quand on ne peut
plus vivre pour elle.
Prétendez-vous, dira-t-on peut-être, gou-
verner l'Etat ? Loin de moi cette prétention.
Je n'ai d'autre ambition que celle de voir le
I
(2)
gouvernement de Louis XVIII s'affermir, et
mon pays heureux.
Que chacun se mêle de ses affaires, disent
les hommes irréfléchis, qui ne se donnent
pas la peine de penser que les affaires parti-
culières sont liées aux. affaires publiques ,
comme l'intérêt particulier est lié à l'intérêt
général.
Rousseau , dont je ne partage pas les er-
reurs et les paradoxes, fait une juste ré-
flexion à ce sujet : « Sitôt que quelqu'un dit
des affaires de l'Etat, peu m'importe, l'Etat
est perdu. »
Nous sommes tous embarqués dans le vais-
seau de l'Etat ; chaque passager a le droit
d'indiquer au pilote les écueils qu'il croit
apercevoir ; le salut du pilote, de l'équipage
en impose l'obligation, en fait un devoir.
Les ignorans , les hommes malintention-
nés , les esprits faux, ont fait le mal ; les
hommes qui ont de bonnes intentions, les
(3)
hommes éclairés et courageux peuvent seuls
le réparer, ou indiquer les moyens de le
faire.
Le bon La Fontaine a dit :
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
Mieux vaudroit un sage ennemi.
La pusillanimité dans les circonstances ac-
tuelles , le silence quand on croit devoir
communiquer ses idées, seroit un crime de
lèse-patrie, de lèse-humanité, quoiqu'il n'y
ait rien à gagner à se vouer à cette périlleuse
fonction, à défendre les droits de l'une et de
l'autre.
Quelle que soit la grandeur du mal, il n'est
cependant pas sans remède, du moment où
le gouvernement semble adopter pour prin-
cipe celui de Boileau :
Ecoutez tout le monde, assidu consultant ;
Un fat ouvre souvent un avis important.
(4)
Je laisse à d'autres le soin de perfec-
tionner ce que je n'ai fait qu'ébaucher.
Il seroit à désirer qu'on ne considérât les
premières éditions des livres que comme des
essais informes que ceux qui en sont auteurs
proposent aux personnes de lettres pour en
apprendre leurs sentimens; et qu'ensuite ,
d'après les différentes vues que leur donne-
roient ces différentes personnes, ils y tra-
vaillassent tout de nouveau pour mettre leurs
ouvrages dans la perfection où ils sont ca-
pables de les porter. ( Logique de Port-
Royal. )
LE
GOUVERNEMENT LEGITIME
DE LOUIS XVIII
PEUT SEUL SAUVER LA FRANCE
ET L'EUROPE.
LA liberté de la presse qui règne, fait hon-
neur au premier ministre.
Richelieu affermit Louis XIII sur le trône ;
fit triompher la France de ses ennemis, coupa
la dernière tête à l'hydre des factions, fut le
(6)
protecteur des lettres, des sciences et des
arts. On voit revivre les talens, l'amour dé
la patrie du grand Richelieu , dans son au-
guste descendant qui ambitionne l'honneur
d'être le sauveur de la France, et qui le
sera.
Quelle gloire pour le premier ministre,'
d'avoir affermi Louis XVIII sur le trône ,
dans des circonstances bien plus critiques
que celles où se trouvoit la monarchie sous
le règne de Louis XIII ; d'avoir trouvé le
secret de rapprocher, de concilier tous les
partis; d'avoir fait un seul peuple, une seule
nation de deux, de trois peuples , de trois
nations , que représentoit la France à son
avènement au ministère ; d'avoir su triom-
pher d'obstacles qui paroissoient insurmon-
tables ; d'avoir fait renaître la France
comme le phénix de ses cendres ; d'avoir
rendu aux Français la considération qu'elle
ne pouvoit plus devoir qu'au génie d'un
grand homme !
Comme le premier ministre ne dédaigne
pas de chercher des perlés jusque dans le
fumier d'Ennius , il me sera permis de pré-
senter au gouvernement, à la société, quelques
(7)
observations sur la révolution , sur la divi-
sion qu'on a cherché depuis long-temps à
établir parmi nous , en multipliant les partis
à l'infini, en les armant les uns contre les
autres, en armant les hommes publics contre
l'autorité, l'autorité contre les hommes pu-
blics.
Rendre tour à tour les gouvernans et les
gouvernés jouets , instrumens et victimes,
telle a été la tactique de la main invisible
qui a fait, qui a conduit la révolution , et
qui voudroit encore la conduire.
La révolution française , il faut le dire ,
est l'art de subjuguer un peuple par lui-
même , la mystification de la France et de
l'Europe qui commence à ouvrir les yeux
trop long-temps fascinés. On ne dira bientôt
plus des Français et des Européens : Oculos
habent et non videbunt, ils ont des yeux et
ne verront pas, etc.
La France, instruite à l'école du malheur,
n'est plus le pays des aveugles.
Les Français ont l'expérience du passé,
la prévoyance de l'avenir. Il ne sera plus
aussi aisé qu'il l'a été de faire jouer la bas-
cule, l'escarpolette politique ( expression
(8)
dont on se servoit lorsqu'on vouloit renver-
ser un gouvernement ).
La France, lasse de révolutions, veut
aujourd'hui la paix , la tranquillité ; car il
faut que la révolution finisse, ou que nous
finissions. Les Français, après avoir essayé
de tous les gouvernemens possibles, qui ont
causé leur malheur, leur ruine, ont été obli-
gés de revenir à celui du souverain légitime,
qui a fait pendant tant de siècles le bon-
heur de leurs ancêtres.
La France , qui ne veut pas devenir la
fable, la risée des nations , ne leur donnera
plus le scandale de la subversion de son
gouvernement.
La France et l'Europe ont le plus grand
intérêt à le maintenir.
Cet opuscule a pour objet de le démon-
trer.
Je ne sais si l'exécution répondra au des-
sein ; mais le plan est neuf. Il auroit fallu ,
je le sais , des talens , une plume plus exer-
cée que la mienne pour écrire sur les grands
intérêts de la société , sur la politique à
laquelle sont intimement liés l'honneur, l'in-
dépendance , la conservation, la prospérité
(9)
des Etats, et des hommes qui les composent.
L'utilité publique : voilà ma justification.
Si l'on me demandoit, comme le ministre
le demanda à Mably : Qui êtes-vous pour
écrire sur les intérêts de l'Europe ? êtes-vous
ministre ou ambassadeur ?
Si l'on me demandoit, comme on le de-
manda à J. J. : Etes-vous prince ou législa-
teur, pour écrire sur la politique ?
Je ne répondrois pas comme Rousseau :
Si j'étois prince ou législateur, je ne perdrois
pas mon temps à dire ce qu'il faut faire, je
le ferois, ou je me tairois.
Pour moi, je répondrois : L'intérêt que tout
Français doit prendre à la conservation du
gouvernement légitime, au salut de la patrie,
l'amour de l'humanité ( parce que , comme
le dit Térence : Homo sum, humani nil a me
alienum puto, je suis homme , tout ce qui
intéresse l'humanité m'intéresse ) , m'ont fait
un devoir de lever le voile dont on pourroit
couvrir l'abîme que l'on voudroit de nou-
veau creuser sous le trône.
Je pourrois dire affirmativement que l'on
creuse, puisqu'il résulte des correspondances
trouvées par le gouvernement, et rendues
( 10 )
publiques par les Anglais sir Robert Wilson,
Bruce , Hutchinson, que si l'on se propose
de renverser l'ordre de choses actuel, le feu
devroit être toujours entretenu et toujours
visible, comme un rayon d'alarme, en France
et dans l'étranger. Il y est encore dit : Il règne
dans les provinces une tranquillité qui peut
dégénérer en une adhésion positive aux voeux
du souverain ( pag. 17 de l'imprimé portant
pour titre : Interrogatoire de sir Robert
Wilson ).
Il vaut mieux ne rien tenter : car à moins
que la grande masse du peuple ne se mette
en avant, tout en définitive deviendrait de nul
Le cri général est toujours : Ils seront ren-
versés ( pag. 19 ).
Il y est encore dit que tout annonçait l'ap-
proche d'une crise : le coup qui éclatera se
fera ressentir ici d'une manière terrible , et
j'espère que les peuples de l'Europe ne se-
ront pas sourds à l'appel qui leur sera fait
( pag. 20 ).
Sir Wilson dit : Le rétablissement du Roi
étoit notre propre ouvrage ( quoiqu'il ait été
celui de tous les souverains ).
( 11 )
Il blâme son gouvernement de sa crainte
de compromettre la cause des Bourbons , et
celle de la légitimité en général; et dans un
passage plus bas il parle d'un de ses amis
qui lui fait perdre patience , parce que,
dit-il, il est devenu un maniaque légitime;
les affaires prennent un cours tout-à-fait
contre-révolutionnaire ( pag. 24 ).
Le mot, a-t-il répondu , contre-révolu-
tionnaire dont je me suis servi ne s'appli-
quait pas à la légitimité, mais seulement au
changement qui devait s'opérer suivant son
opinion fondée sur ses nouvelles, et partagée
par la presque totalité de l'Angleterre même
dans ce moment (pag. 25 ).
Il arrivera des scènes sanglantes avant
que la révolution puisse être consommée ;
mais le point est arrêté, et l'impulsion don-
née ( pag. 27 ).
D'après les complots qui se trament, on
ne traitera pas d'alarmistes de visionnaires
qui grossissent les dangers pour se rendre
intéressans, les Français qui répondront aux
véritables alarmistes.
Puisque les Anglais ont donné de la pu-
blicité à leurs correspondances, publicité qui
( 12 )
avoit pour but de perdre notre gouvernement
dans l'opinion, de jeter la terreur dans l'âme
des Français qui, dormiroient au milieu des
tempêtes , après en avoir tant essuyé, de
faire regarder comme fous, comme ma-
niaques les partisans de la légitimité, de nous
instruire que leur opinion relative au chan-
gement qui devoit s'opérer, est partagée par
la presque totalité de l'Angleterre, puisque
les conspirations qu'on voit éclore chaque
jour, puisque les tentatives réitérées qu'on
fait pour renverser le gouvernement, puisque
l'explosion des magasins à poudre, de l'in-
cendie des forêts, des villages, semblent être
les avant - coureurs du feu qui doit être
toujours entretenu comme un rayon d'alarme
en France et dans l'étranger, sont des scènes
sanglantes annoncées , qui doivent précéder
la révolution , il doit être permis à tout
Français de donner de la publicité à son
opinion, lorsqu'elle a pour objet de défendre
le gouvernement légitime, la dernière planche
des Français après le naufrage.
Parleroit-on de ménagemens, de conve-
nances ? mais les a-ton observées envers
notre gouvernement ? La première de toutes
( 13 )
les convenances, consacrée par tous les pû-
blicistes, c'est le salut de la patrie, du peuple :
salus populi, suprema lex esto. Le gouver-
nement voudroit-il garder des mezzo termine,
qui perdroient tout ? mais il ne sera pas sans
remarquer que l'opinion est fortement pronon-
cée contre les ennemis du trône et de la pa-
trie , qui ne craignent pas de dire, en parlant
des membres d'une auguste famille qui fait
son espérance : le cri général est toujours :
Ils seront renversés. Ceux qui le désirent,
prennent leurs espérances pour des réalités.
Ils ont trahi la vérité, parce que le voeu, le
cri général est : Ils seront conservés. Les ma-
niaques , partisans de la légitimité, le garant
de la tranquillité, du bonheur des peuples, de
la sûreté des souverains, seront inébranlables
dans leurs résolutions , et ne laisseront plus
renverser le trône à qui ils serviront de rem-
part, en dépit du feu toujours entretenu,
toujours visible, comme un rayon d'alarme,
en France et dans l'étranger , pour faire
trembler la France et l'étranger, qui ren-
dront, l'une et l'autre, terreur pour terreur
aux terroristes. S'ils ont l'audace du crime,
le genre humain aura le courage de la vertu.
( 14 )
La totalité de la France trompera l'attente
de la presque totalité de l'Angleterre, qui ne
verra pas s'opérer le changement désiré.
Les malveillans ne réussiront pas à troubler
la tranquillité de nos provinces, qui peut,
disent-ils, dégénérer en une adhésion posi-
tive aux vues du souverain, et qui dégénère
réellement et vraiment en une adhésion aux
volontés du souverain.
La réponse de sir Wilson à ce sujet inté-
resse tous les souverains. Il n'est point dit,
fait-il observer, aux vues du souverain, mais
des souverains ; ce qui produit un sens en-
tièrement différent. Je ne suis pas forcé de
défendre mon frère ; il est capable et tout
prêt à défendre sa propre cause : mais mon
frère étant ennemi du système des puissances
coalisées, qu'il croit calculé pour faire le
malheur, et pas le bonheur de sa patrie, a
exprimé ses craintes que le système actuel
se consolidât; et, pour arriver à son but, il
voudrait voir les peuples de toute l'Europe
s'intéresser à leurs propres affaires, et rega-
gner ce qu'il appelle leur souveraineté, ce
qui base la constitution anglaise. (pag. 17 de
l'imprimé précité. )
( 15 )
Voilà donc le mot de l'énigme ! Les sou-
verains doivent l'entendre. Tel est le motif
pour lequel on veut mettre la grande masse
du peuple en avant ; le coup qui éclatera se
fera ressentir d'une manière terrible, et l'on
espère que tous les peuples ne seront pas
sourds à l'appel qui leur sera fait. Tout an-
nonce l'approche d'une crise; le point est
arrêté et l'impulsion donnée. L'on paroît
avoir pris les mesures nécessaires pour
mettre tout en combustion. Les souverains
et les peuples, je le demande, peuvent-
ils être tranquilles ? L'Europe et la France
marchent donc sur des volcans, et l'on peut
dire de l'une et de l'autre avec Horace :
Incedis per ignes
Suppositos cineri doloso.
Tous les soins, tous les efforts ne doivent-
ils pas être consacrés à donner une impulsion
contraire, à prévenir la crise qu'on dit
approcher, et l'incendie dont on veut em-
braser l'univers ?
Pourroit-on faire un crime à l'ami de l'hu-
manité de donner l'éveil à la France , à
l'Europe? S'il en étoit ainsi, je me sens la
force de l'expier, parce que mes vues sont
( 16)
pures. « La conscience vaut mille témoins ,
dit Quintilien. Conscientia mille testes. » Mais
non, les ennemis du gouvernement, qui
craignent les réverbères, ne trouveront pas
le secret de les éteindre, d'empêcher les
Français de se plaindre, de se défendre, de
défendre le gouvernement, le seul rempart
qui leur reste. Ne seroit-ce pas insulter à nos
majeurs que de nous dire, avec le bourreau
qui étrangloit Don Carlos : « Paix ! paix !
ne criez pas; tout ce qu'on fait là, c'est pour
Votre bien. »
Le temps est passé où les assassins de la
patrie étoient comblés d'honneurs et de biens;
le gouvernement accorde aujourd'hui appui
et protection aux amis du trône et de la
patrie.
Les antagonistes de l'autorité légitime ,
dont le plan est d'établir l'anarchie univer-
selle , sous prétexte de liberté, de souve-
raineté, comme l'ont fait les proclamateurs
des droits de l'homme en France , seront dans
l'impuissance de nuire, d'exécuter leurs pro-
jets nationicides, parce que
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des médians arrêter les complots.
( 17 )
Je chercherai à approfondir quelle est la
cause de notre révolution ; car il n'est pas
d'effet sans cause.
Il est important pour le genre humain
de connoître le foyer de l'éternelle conspi-
ration , l'auteur de la tragédie appelée révo-
lution française, qui a coûté la vie (on ne
peut le dire sans frémir d'horreur) à quarante
millions d'hommes. Cette révolution, la plus
extraordinaire qui ait jamais existé, et qui,
d'après ce qui se trame, peut être regardée
comme une conjuration contre l'Europe ,
pour ne pas dire contre le genre humain ,
n'est pas l'effet du hasard ; elle me paroît le
résultat de calculs , de combinaisons, profon-
dément médités, et, depuis long-temps,
d'un plan qui ne sauroit avoir les succès que
l'on s'en promet ; car le génie ne consiste pas
dans l'invention, mais dans les moyens d'exé-
cution.
Je présenterai aux lecteurs les raisons sur
lesquelles je me fonde pour le croire :
Felix, qui potuit rerum cognoscere causas.
Celui qui connoît les causes des événemens
2
( 18 )
peut être heureux ; mais il n'en est pas toujours
ainsi de celui qui les fait connoître, qui met au
jour la vérité, qui coûte souvent la liberté ou la
vie à l'homme qui la dit. Toute vérité, selon
le proverbe, n'est pas bonne à dire. Que si-
gnifie ce mot bonne ? A entendre Helvétius, il
est le synonyme de sûre. « Qui dit la vérité s'ex-
pose sans doute à la persécution. C'est un im-
prudent , je le veux. L'imprudent est donc l'es-
pèce d'hommes la plus utile. Il sème à ses frais
des vérités, dont ses concitoyens recueilleront
les fruits. Le mal est pour lui, et le profit
pour eux. Aussi fut-il toujours respecté des
vrais amis de l'humanité. C'est Curtius qui
saute pour eux dans le gouffre. »
Je me sens le courage de l'imiter, parce
que le courage , comme la foi, est un pré-
sent du ciel, dont la Divinité a bien voulu
me gratifier. D'ailleurs, que peux-je perdre ?
la vie? Peut-elle avoir du prix quand on a
reçu de l'auteur de la nature un coeur, quand
on voit tant de malheureux , quand on est dans
l'impuissance de les secourir, quand le spec-
tacle de leurs souffrances tourmente et afflige ?
Dans les circonstances actuelles : mori lu-
crum , mourir est un gain.
( 19 )
Le présent n'est pas beau , l'avenir seroit
affreux , si nos alliés ne prenoient en consi-
dération nos malheurs, ne faisoient tout pour
maintenir Louis XVIII sur le trône , ne con-
sentaient à faire une remise , ou au moins
une forte réduction des taxes de guerre , ce
qui faciliteroit au roi le moyen de faire le
bonheur de son peuple, ce qui affermiroit
la couronne sur sa tête , et charmeroit l'exis-
tence d'un roi qui n'attache de prix à la
puissance , qu'autant qu'elle lui ménageroit
la douce jouissance de faire des heureux.
Si les alliés étoient sourds aux doléances
des Français, ils graveroient sur les portes
de la France ce que le Dante a gravé sur les
portes de l'Enfer : L'espérance n'entre pas
ici. Alors les Français ressembleroient aux
compagnons d'Ulysse , enfermés dans l'antre
du Cyclope , qui attendoient leur tour pour
être dévorés. Celui qui le seroit le premier
auroit l'avantage sur les autres.
Voilà où nous ont conduits les philoso-
phistes du dix-huitième siècle , les Voltaire ,
les Diderot, les d'Alembert, les Rousseau, etc.
etc. etc. , dans les ouvrages desquels les têtes
couronnées briguoient l'honneur d'occuper
( 20 )
une place , lorsque ces beaux esprits sa-
poient leurs trônes par le fondement.
Ces philosophistes trouvèrent dans le clergé,
dans la noblesse, vingt mille souscripteurs pour
l'Encyclopédie : quel délire ! les prêtres , les
nobles payèrent d'avance et de leur vivant
les frais de leur enterrement.
Voltaire, le père de la révolution fran-
çaise , le patriarche du philosophisme , que
Mercier appeloit le précurseur des Hébert
et des Chaumette , dont Mirabeau a dit :
Personne ne mérita plus que Voltaire l'admi-
ration et le mépris de ses semblables ; Vol-
taire , tout grand génie qu'il étoit ( on ne
peut en disconvenir ) , est bien coupable en-
vers la société dont il a renversé l'appui en
conspirant contre la religion ; il terminoit ses
lettres par ces mots : écrasez l'infâme; car il ne
cache pas tout ce qu'il a fait pour la détruire.
Il faut l'entendre dire :
J'ai fait plus en mon temps que Luther et Calvin.
Voltaire a mis le feu aux quatre coins du
Monde : qui sait quand il s'éteindra ?
Voltaire a fait ce que disoit Mirabeau : Si
vous voulez révolutionner la France, il faut
la décatholiciser.
( 21 )
Voltaire est d'autant plus coupable qu'il a
démoralisé tous les hommes en les affranchis-
sant du joug sacré de la religion, le plus beau
présent , selon Montesquieu, que Dieu ait
pu faire aux hommes , puisqu'elle fait notre
bonheur dans ce monde et dans l'autre, que
Voltaire sentoit lui-même le besoin , la né-
cessité de la religion pour le maintien (a) de
la société.
Voltaire (1) partageoit à cet égard l'opi-
nion des grands hommes de l'antiquité, qui
l'avoient précédé. Entendons Plutarque dire :
On bâtiroit plutôt une ville en l'air, qu'on ne
maintiendrait une cité sans religion.
Croyez-vous, disoit Cicéron, que l'homme
sans religion en soit meilleur et plus heu-
reux ? Hé bien, moi, je vous le dis : Point de
religion, point de bonne foi, point de jus-
tice , point de société.
No bishop, no king, point d'évêque ,
point de roi, disoit un roi d'Angleterre. Il
connoissoit cette pensée sublime : Où Dieu
n'a pas d'autel, les rois n'ont pas de trône ;
(a) Je renvoie les notes à la fin de l'ouvrage pour mettre
plus d'ordre et de suite dans mes idées.
( 22 )
la cause de Dieu est celle des rois. Voltaire
ne se bornoit pas à regarder la religion comme
le soutien de la société. Il croyoit à la reli-
gion : son esprit étoit incrédule ; son coeur
étoit chrétien. Peut-on croire ensuite que
Voltaire ait prostitué ses talens, qu'il ait passé
toute sa vie à vouloir renverser la religion
dont il démontrait toute l'importance dans
ses ouvrages, qu'il ait sacrifié la société à son
amour-propre, après avoir dit dans son traité
sur la tolérance : « Partout où il y aura une so-
ciété établie , une religion sera nécessaire.
Les lois veillent sur les crimes publics ; la
religion sur les crimes secrets. » Après avoir
dédié son Mahomet au Pape , comme chef
de la véritable religion ; après s'être pros-
terné à ses pieds pour en recevoir la béné-
diction ; après avoir peint dans sa Henriade,
de la manière la plus sublime, la transubs-
tantiation, la présence réelle de Jésus-Christ
dans l'Eucharistie, après avoir reconnu qu 'il
n'est pas au pouvoir des hommes de renver-
ser l'Eglise (2), car c'est avec ses propres
armes que je veux combattre le coryphée des
philosophes du dix-huitième siècle.
Voltaire, qui faisoit le fanfaron lorsqu'il
(23)
étoit en santé , ressembloit à Epicure qui
disoit : Il y a deux choses au monde qu'il
ne faut pas craindre , les Dieux et la mort ;
et personne ne craignoit plus qu'Epicure les
Dieux et la mort.
Voltaire, dans plusieurs maladies, et no-
tamment avant de mourir , fit, pour me ser-
vir du langage des soi-disant esprits forts, le
Capucin , appela un prêtre (3) aux portes
du tombeau.
Condorcet dit que d'Alembert , dans ses
derniers instans, vouloit avoir un prêtre. Il
étoit temps, dit Condorcet, que j'arrivasse,
sans moi il alloit faire le plongeon. Pour
l'honneur du philosopbisme , dont d'Alem-
bert étoit une des colonnes , Condorcet s'op-
posa à ses volontés. Tous ces beaux esprits
ont été ébranlés par cet argument irrésis-
tible auquel aucun esprit fort n'a jamais pu
et ne pourra jamais répondre : La religion
est fausse ou vraie ; fausse , vous ne courez
aucun risque; vraie, comme elle l'est, puis-
qu'elle a passé à travers dix-huit siècles
puisqu'elle a survécu à toutes les révolutions,
vous courez tous les risques, et dans le doute,
ils prennent le parti le plus sûr, se jettent dans
( 24 )
les bras de la religion , parce qu'ils voient le
temps des illusions s'évanouir, le gouffre de
l'éternité s'entr'ouvrir pour les engloutir.;
Alors les esprits forts chercheut dans la reli-
gion les consolations dont ils ont la barbarie
de priver ceux qui ont la folie de les croire;
car la religion possède un secret que n'aura
jamais la philosophie, c'est de triompher de
la nature, c'est de changer les peines en
plaisirs, comme l'a dit un souverain qui en
connoissoit tout le pouvoir.
Nos esprits forts, en mourant, suivent le
conseil d'un homme d'esprit et de bon sens,
qui disoit : Nous avons besoin d'une sage-
femme pour venir au monde ; nous avons
besoin d'un homme plus sage pour en sortir.
Voltaire , qui savoit bien distinguer la re-
ligion du fanatisme (4), qui prêchoit la tolé-
rance , étoit intolérant, ne vouloit pas sup-
porter la religion de son pays, celle de ses
pères dans laquelle il étoit né.
Voltaire (5) fit le poëme de la Pucelle
d'Orléans, qui avoit servi son roi et sa patrie.
Ce poëme est un chef-d'oeuvre d'ordure et
d'impiété : le bon Français! le grand homme!
Le génie (6) de Voltaire , qui tenoit le
( 25 )
sceptre de l'opinion , le talent tout particu-
lier avec lequel il manioit l'arme du ridicule,
arme toute-puissante auprès d'un peuple léger
et frivole comme le Français, parut propre
à préparer la révolution. Dieu sait le parti
qu'on a tiré de ses talens : Voltaire a secondé
les vues des ennemis de la France , en ren-
versant la religion , le frein de l'humanité ,
le premier ressort de la civilisation , en alté-
rant les moeurs constitutives de la France ,
en changeant son caractère , en dénaturant
les idées nationales , en accélérant la chute
de toutes les institutions politiques, civiles et
religieuses qui avoient fait pendant si long-
temps notre bonheur.
Les dogmes d'Epicure qui corrompirent et
renversèrent tous les Etats de la Grèce, cau-
sèrent la ruine de la république romaine, de-
voient produire le même résultat en France,
devoient corrompre les moeurs, rendre les
âmes vénales et mercenaires.
On est bientôt maître d'une place , disoit
Philippe, pourvu qu'il y ait une brèche assez
grande pour y faire passer un mulet chargé
d'or. Il y a beaucoup de brèches en France,
et depuis long-temps : nos ennemis le savent
( 26 )
bien, et ne cachoient pas les sommes énormes
consacrées aux dépenses secrètes, c'est-à-dire
à acheter, à corrompre ; c'est cette corrup-
tion, cette vénalité qui a mis la France à
deux doigts de sa perte.
Je vais rapporter ce que dit à ce sujet Sou-
lavie.
« C'est par Dubois , dit-il, que l'Angle-
terre commença à s'ingérer dans nos affaires,
approfondit les plus secrètes, fit démolir les
travaux de Mardick et de Dunkerque ( comme
elle nous a fait depuis abandonner les cônes
de Cherbourg , qu'elle appeloit plaisamment
les nouvelles pyramides d'Egypte. ) C'est par
Dubois qu'elle brouilla la France avec l'Es-
pagne, devenue notre amie naturelle ....
terrassa un à un les amis les plus notables du
feu roi Louis XIV, pour régner en France
sans opposition : tel est le plan des subver-
sions que l'abbé Dubois, ambassadeur du
Régent, reçut à Londres. Il a voit une si ché-
tive opinion de ses services, qu'il ne porta
leur valeur qu'à une pension annuelle de
960,006 fr. Soulavie, pour preuve de ce
qu'il avance, cite ce que dit Anquetil,
( 27)
tom. 4, pag. 87 , entre les revenus dont jouis-
soit à sa mort le cardinal Dubois ( et qui se
montaient à 1,500,000 liv. en archevêchés ,
abbayes et emplois ) ; on trouve une pension
de 40,000 liv. sterling, évaluée à 960,000 liv.
que lui faisoient les Anglais.
A la mort de Dubois , Mme de Prie, maî-
tresse de M. le duc, premier ministre après
la régence du duc d'Orléans , continua de
recevoir de l'Angleterre la même pension ;
et depuis l'institution de ce subside, la Grande-
Bretagne n'a pas cessé de la payer à une ou
plusieurs têtes. Il s'est même élevé peu de
Français aux premières places de la cour,
sans que l'Angleterre n'y ait eu plus ou moins
de part. Il n'y a presque pas eu de grande
réputation bien ou mal acquise dans la répu-
blique des lettres en France, à laquelle l'An-
gleterre n'ait influé ; et il y a eu peu d'hommes
très-distingués qui, pour l'obtenir, n'aient été
obligés de sacrifier à la nation britannique
les opinions les plus utiles, ou les plus chères
à la patrie. L'Angleterre a constamment ac-
cordé ses faveurs pendant tout le dix-hui-
tième siècle à tout homme de lettres qu'elle
a trouvé utile à la marche destructive de nos
institutions.
( 28 )
J'ai vu l'époque où ses écrivains et ses
agens trafiquoient, en France , en Allemagne,
à Londres et à Philadelphie, de la réputa-
tion des Français qui avoient une patrie ; et
parce que le patriotisme devenoit à Londres
un des principes de prospérité et de force,
ils insultaient en France à tout ce qui étoit
hors leur ligne de destruction. Ils anéantis-
soient ou ils neutralisoient, quand ils le pou-
voient, des hommes d'Etat, des écrivains,
s'ils n'étaient anglomanes.
L'abbé Dubois, nommé ambassadeur du
régent à Londres, apprenoit à devenir en
France le premier commis des ministres de
Georges Ier; il apprenoit des Anglais les
principes de leur diplomatie, pour les exé-
cuter un jour, dans le cabinet de Versailles,
à leur profit. (Histoire de la Décadence de la
Monarchie Française, par Soulavie , im-
primée en 1803, 2e vol., pag. 50, 51, 52,
53, 54.) ( Ab uno disce omnes.)
Si le patriotisme, qui est une vertu à
Londres, continuoit de devenir un crime
en France, comme sous les précédens gou-
vernemens, alors la patrie continueroit d'être
livrée à d'éternelles révolutions, et le gou-
( 29 )
vernement qui n'encourageroit pas le pa-
triotisme seroit, comme tant d'autres , vic-
time de la corruption, qu'on ne sauroit trop
démasquer pour empêcher les corrupteurs
de corrompre, et leurs agens de se laisser
corrompre et de se vendre.
Comme le moment de déchirer le voile,
de faire entendre les mâles accens de la vé-
rité est arrivé, je ne dirai pas comme le
faisoit un philosophe moderne : « Si je tenois
toutes les vérités dans ma main, je me gar-
derais bien de l'ouvrir devant les hommes. »
Pour moi je ne saurois retenir plus long-
temps la vérité captive. L'éloignement des
temps, le crédit des personnes, la puissance
des nations, ont moins de force que la vérité.
L'honneur national, qu'il faut venger, me fait
un devoir de la mettre au jour ; car je suis
las de voir ma nation traînée dans la boue.
Les battus ne doivent pas toujours payer l'a-
mende. Je vais donc dire une grande vérité :
les actions héroïques sont des Français, les
crimes sont de l'étranger et de ses agens :
en effet, dans la révolution on a vu figurer
une foule d'étrangers, Necker, Marat, Cla-
vières, Duroveray-Proly , Pereyra, Anacharsis
(30)
Clootz, Thomas Payne, et quantité d'autres.
Je vais prouver ce que j'ai avancé.
Le discours de M. Fox , prononcé à
Londres, à la chambre des communes, le
3 février, lave la nation française des re-
proches qu'on ne cesse de lui faire ; fait
retomber l'odieux des crimes sur ceux qui les
ont provoqués.
« M. Fox fait alors la peinture la plus ani-
mée des horreurs et des meurtres commis à
Naples, que l'on prétendoit délivrée. S'il avoit
été bien informé, dans cette ville malheu-
reuse la chair même des victimes fut dévorée
par les amis de l'ordre social et moral, et la
capitulation n'avoit été observée sous aucun
rapport. Comme on dit que ce traité a été
signé et garanti par un officier anglais, il
espère que ce fait sera recherché, et que cette
tache honteuse sera effacée du nom anglais. »
« Nous-mêmes sommes-nous exempts de
reproches ? n'avons-nous pas commandé à
Fitzgerald d'engager les Suisses à se départir
de leur neutralité? Si la lettre de lord Hervey
au grand-duc de Toscane n'a point existé....
mettre sa montre sur la table du grand-duc,
lui demander péremptoirement que, dans un
(31 )
certain nombre de minutes, le ministre fran-
çais, et ceux de sa nation, soient renvoyés,
sont des faits qui paroissent fondés. Lord
Hervey a été rappelé ; mais cet esprit de
conduite a-t-il été rappelé ? n'avons-nous pas
ainsi entraîné cet Etat dans une guerre invo-
lontaire? La conduite de M. Drake, à Gènes,
a été la même. On regarde la perfidie des
Français envers Venise comme atroce !
mais mon honorable ami a demandé, avec
raison , qui étoit le plus coupable de celui qui
vole, ou de celui qui reçoit. Les crimes de la
France ont élevé l'Europe contre elle ! Votre
argent et vos séditions n'y ont-ils pas parti-
cipé ? Le magnanime Paul Ier s'est-il mis en
campagne pour la religion et l'ordre social,
ou à raison de quelque outrage personnel?
Dans le même discours M, Fox dit : « On a
parlé de la restauration de la maison de Bour-
bon : j'avoue que, comme Anglais, je ne peux
désirer le rétablissement de cette famille, non
que je veuille aggraver le poids de l'infortune
sur ces malheureux princes, mais je ne puis
en même temps me ressouvenir de l'histoire
de ce pays et désirer leur retour au pouvoir. »
(Moniteur, 24 pluviose an VIII, n°. 144. )
(32)
Le discours de M. Shéridan, prononcé au
Whig, club, extrait du Morning-Post-Gazet-
ter, 5 février (16 pluviose), rapporté dans
le Moniteur du 26 pluviose an VIII, article
Angleterre, est également intéressant. M. Shé-
ridan exprima son adhésion aux sentimens
et aux principes de M. Fox. Il dit, en parlant
de l'esprit public : « Il reparaîtra dans toute
sa force lorsque le peuple sera convaincu que
son sang et son argent ne sont prodigués que
pour le rétablissement des Bourbons. Ah !
quel seroit l'étonnement de cet homme ,
dont la société a consacré la mémoire (Guil-
laume III ), s'il pouvoit nous voir combattant
pour les droits imprescriptibles des Bourbons !
pour cette famille à qui nous avons l'obliga-
tion de notre dette nationale, dont une partie
fut contractée pour détruire les Bourbons,
et la seconde pour les rétablir. »
Voilà donc la masse de la nation française
justifiée par ces orateurs aux yeux de la gé-
nération présente et de la postérité.
Les Anglais ont laissé tomber le masque ;
de leur propre aveu ils ont concouru à l'abo-
lition de la royauté en France, d'après les
discours dont je viens de parler.
( 33 )
Le gouvernement est et doit être sur ses
gardes, puisqu'il lui est démontré jusqu'à
l'évidence qu'on a profité , depuis long-temps
des brèches en France pour se procurer le
tarif des consciences. Il fut très-aisé de le faire
quand l'absence de tout principe porta la
corruption à son comble ; quand on ne recon-
nut plus d'autre patrie que le coffre-fort,
quand tout se fit par l'or et pour l'or.
L'on vit alors se justifier la réflexion pro-
fonde de Montesquieu, dans ses Lettres Per-
sonnes : « J'ai vu naître soudain dans tous
les coeurs une soif insatiable de richesses, se
former en un moment une détestable conju-
ration de s'enrichir, non par un honnête tra-
vail et une industrie généreuse, mais par la
ruine du prince, de l'Etat, et de ses, conci-
toyens. »
La cupidité conduisoit les uns, la nécessité
entraînoit les autres; car on avoit trouvé le
secret de placer quantité de Français entre
la conscience et l'estomac (7). De là toutes
les horreurs dont nous avons été témoins et
victimes. Il ne faut pas s'étonner ensuite si
l'on voit tant de caméléons , de protées,
tant d'hommes à cheval sur une girouette
3
(34 )
ou en croupe derrière le mieux monté. On
ne voit plus que des masques, et pas de
visages.
La révolution, il faut le dire, est un bal
où bien des hommes sont en dominos; ils en
changent au gré des circonstances, parce
qu'il y a beaucoup d'hommes du moment et
de circonstances, très-peu d'hommes à prin-
cipes et à caractères.
La mobilité du caractère des Français les
a rendus tour à tour catholiques, athées, ma-
térialistes , déistes , théophilantropes , puis
catholiques. N'a-t-on pas vu graver sur la
porte des cimetières : La mort est un sommeil
éternel (8); prêcher publiquement l'a-
théisme (9); graver ensuite sur la porte des
temples : Le Peuple Français reconnoît
l'Etre Suprême ? N'a-t-on pas vu les théo-
philantropes consacrer les temples à la Rai-
son ? Les femmes en étaient les déesses.
Comme il n'y avoit plus que des fous pour
les desservir, ils ont été obligés de rappeler
les anciens ministres : Dicentes enim se esse
sapientes stultifacti sunt.
On vit planer sur la France le génie de la
destruction : les monumens des arts qu'on
(35)
avoit élevés sur les places publiques, qui
faisoient l'ornement de la capitale, l'admi-
ration de l'étranger , furent renversés.
Que de malheurs l'on vit alors fondre sur
la France dans ces temps de terreur ! Le dé-
biteur dénonçoit son créancier; le fils son
père, la femme son époux, le domestique
son maître ; personne n'étoit assuré de cou-
cher dans son lit, d'avoir sa tête sur ses
épaules le lendemain; on ne voyoit que guil-
lotiner, fusiller, noyer, mitrailler ; les fleuves,
les rivières rouloient les cadavres ensan-
glantés de nos malheureux concitoyens ; les
grandes villes, Lyon, Toulon, Marseille,
Bordeaux, Paris, devoient être détruites
au gré de nos ennemis, qui voyoient d'un
oeil de jalousie prospérer nos fabriques , nos
manufactures, notre population; le talent, la
vertu , étoient des motifs de proscription ; on
avoit adopté le principe de la démocratie
éphésienne : Si quelqu'un excelle parmi nous,
qu'il aille exceller ailleurs. Roberspierre ne
vouloit qu'un homme d'esprit en France. Le
savant Lavoisier demande aux juges qui ve-
noient de le condamner à mort de lui conserver
la vie pendant quinze jours, pour perfectionner
3.
(36)
une découverte utile à l'humanité : « Nous n'a-
vons plus besoin de chimistes, » répondirent-ils.
Les législateurs s'envoyoient tour à tour à
la mort, et se punissoient d'avoir déchaîné
toutes les passions. « Laissez-les faire, disoit
un de nos ennemis, ils se tueront les uns
après les autres. »
Le divorce fut consacré par les lois. On
faisoit du mariage un trafic : on a vu des
hommes avoir trois, quatre femmes en un an.
Les mânes des morts, que les Sauvages res-
pectent, furent troublés jusque dans leurs
tombeaux.
L'ingratitude, que Cicéron regarde comme
le plus grand de tous les vices, si ingratum
dicas dicis omnia , étoit une vertu de la ré-
publique.
Les représentans, après avoir juré de
mourir pour le peuple, prétendirent que
c'était à lui de mourir pour eux ; disposèrent
à leur gré de la liberté, de la fortune , de la
vie de leurs concitoyens ; firent une banque-
route de quarante milliards en assignats.
Le serment devint un jeu. On vit les hommes
jurer fidélité au gouvernement royal, au
gouvernement républicain , directorial, con-
( 37 )
sulaire, impérial et royal. Tels sont les fruits de
l'irréligion, de la violation de tous les princi-
pes : tous ces malheurs sont l'ouvrage des phi-
losophistes qui croient qu'il leur suffit d'être
singuliers pour avoir des lumières et de la rai-
son. Chacun des philosophistes semble dire :
Moi seul j'ai plus d'esprit que n'en ont tous les autres :
Respectez des talens qui foudroiront les vôtres.
Ils ont adopté pour principe :
Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis.
Les philosophistes osent se dire philo-
sophes (10) ; ce titre ne se donnoit chez les
anciens qu'à des gens qui s'étaient acquis ,
par leurs vertus ou par leur science , l'ap-
probation de leurs concitoyens. Chez les
Grecs , le terme de philosophe et celui de
sage étoient devenus synonymes. En France ,
philosophe et fou sembloient emporter la
même idée.
Les prétendus philosophes du dix - huitième
siècle , qui se sont servis du mot magique
de souveraineté pour s'emparer de l'autorité ,
pour substituer la licence à la liberté, ont-ils
(38)
fait preuve de sagesse , en voulant faire du
peuple un peuple de philosophes ? Telle étoit
la prétention des philosophistes; on en peut ju-
ger par ce que dit Condorcet, une des colonnes
du philosophisme ; il nous révèle quelle étoit
la sagesse de sa doctrine , comment il traite
les anciennes institutions enseignantes dans
son esquisse des progrès de l'esprit humain.
Il se forma eu Europe une classe d'hommes,
dit-il, qui se dévouant à poursuivre les pré-
jugés dans les asiles où le clergé , les écoles,
les gouvernemens, les corporations anciennes
les avoient recueillis et protégés , mirent
leur gloire à détruire les erreurs populaires.
En Angleterre , Collins et Bolingbroke ;
en France , Bayle , Fontanelle , Voltaire,
Montesquieu, et leurs écoles, combattirent
en faveur de la vérité , employant tour à
tour toutes les armes que l'érudition , la
philosophie , l'esprit , le talent d'écrire ,
peuvent fournir à la raison ; prenant tous
les tours, employant toutes les formes depuis
la plaisanterie jusqu'au pathétique, depuis la
compilation la plus savante et la plus vaste ,
jusqu'au roman et au pamphlet du jour ; cou-
vrant la vérité d'un voile qui ménageoit les
(39)
yeux trop foibles, et laissoit le plaisir de la
deviner; caressant les préjugés avec adresse,
pour leur porter des coups plus certains,
n'en menaçant presque jamais , ni plusieurs
à la fois, ni même un seul tout entier ; con-
solant quelquefois les ennemis de la raison,
en paraissant ne vouloir dans la religion
qu'une demi - tolérance , dans la politique
qu'une demi-liberté, ménageant le despo-
tisme quand il combattait les absurdités re-
ligieuses , et le culte quand ils s'élevoient
contre la tyrannie, attaquant ces deux fléaux
dans leur principe ; quand même ils parois-
soient n'en vouloir qu'à des abus révoltans
ou ridicules , et frappant ces arbres funestes
dans leurs racines , quand ils sembloient se
borner à en élaguer quelques branches éga-
rées ; tantôt apprenant aux amis de la liberté
que la superstition qui couvre le despotisme
d'un bouclier impénétrable , est la première
victime qu'ils doivent immoler, la première
chaîne qu'ils doivent briser; tantôt au con-
traire le dénonçant aux despotes comme la
véritable ennemie de leur pouvoir, et les ef-
frayant du tableau de ses hypocrites com-
plots et de ses fureurs sanguinaires, mais ne
( 40 )
se lassant jamais de réclamer l'indépendance
de la raison, la liberté d'écrire, comme le
droit, comme le salut du genre humain ;
s'élevant avec une infatigable énergie contre
tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie;
poursuivant dans la religion, dans l'adminis-
tration , dans les moeurs, dans les lois, tout
ce qui portait le caractère de l'oppression ,
de la dureté , de la barbarie, ordonnant ,
au nom de la nature, aux rois, aux guerriers,
aux magistrats , aux prêtres, de respecter le
sang des hommes ; leur reprochant avec une
énergique sévérité celui que leur politique
ou leur indifférence prodiguoit encore dans
les combats ou dans les supplices; prenant
enfin pour cri de guerre , raison, tolérance ,
humanité.
Telle fut cette philosophie nouvelle, objet
de la haine commune de ces classes nom-
breuses qui n'existent que par les préjugés,
ne vivent que d'erreurs, ne sont puissantes
que par la crédulité , presque partout ac-
cueillie , mais persécutée, ayant des rois
des prêtres, des grands, des magistrats pour
disciples et pour ennemis. Ses chefs eurent
presque toujours l'art d'échapper à la ven-
(41 )
geance , en s'exposant à la haine ; de se ca-
cher à la persécution , en se montrant assez
pour ne rien perdre de leur gloire. Souvent
un gouvernement les récompensoit d'une
main, en payant de l'autre leurs calomnia-
teurs, les proscrivoit, et s'honoroit que le sort
eût placé leur naissance sur son territoire, les
punissoit de leurs opinions , et auroit été hu-
milié de ne pas les partager.
Ces opinions devoient donc devenir bientôt
celles de tous les hommes éclairés, avouées
par les uns, dissimulées par les autres, avec
une hypocrisie plus ou moins transparente ,
suivant que leur caractère étoit plus ou moins
timide , et qu'ils cédoient aux intérêts op-
posés de leur profession , ou de leur vanité ;
mais déjà celui-ci étoit assez puissant, pour
qu'au lieu de cette dissimulation profonde
des âges précédens, on se contentât pour
soi-même, et souvent pour les autres, d'une
réserve prudente.
C'est avec de pareilles opinions que la phi-
losophie moderne, c'est-à-dire le philoso-
phisme , ruinoit la puissance publique et les
institutions sociales.
L'abbé de Beauvais, nommé evêque de
(40
Senez par Louis XV, prêchant devant la cour
en 1774 , prédit ce qui devoit arriver à la
France, c'est ainsi qu'il s'exprima :
« Siècle dix-huitième, si fier de vos lumières,
et qui vous glorifiez entre tous les autres du
titre de siècle philosophe , quelle époque fa-
tale vous allez faire dans l'histoire de l'esprit
et des moeurs des nations! Nous ne vous con-
testons pas les progrès de vos connoissances ;
mais la foible et superbe raison ne pouvoit-
elle donc s'arrêter au degré de maturité ?
Après avoir réformé quelques anciennes er-
reurs , falloit-il attaquer la vérité ? Il n'y
aura donc plus de superstition, parce qu'il
n'y aura plus de religion ; plus de faux hé-
roïsme, parce qu'il n'y aura plus d'honneur;
plus de préjugés , parce qu'il n'y aura plus
de principes ; plus d'hypocrisie , parce qu'il
n'y aura plus de vertu. Esprits téméraires ,
voyez les ravages de vos systèmes , frémissez
de vos succès et d'une révolution plus fu-
neste encore que les hérésies qui ont changé
autour de nous la face de plusieurs Etats :
elles y ont du moins laissé subsister un culte
et des moeurs , et nos neveux malheureux
n'auraient plus un jour ni culte ni Dieu.
(43 )
O sainte Eglise gallicane, ô royaume très-chré-
tien, Dieu de nos pères, ayez pitié de la
postérité ! »
Nous avons vu cette prédiction s'accom-
plir : la religion passoit pour fanatisme, pour
superstition.
Platon disoit des philosophistes : « Ces hom-
mes nés sans élévation, éblouis par les titres dis-
tingués, qui distinguent les vrais philosophes,
quittent une profession obscure où leurs petits
talens auraient brillé peut-être avec quelque
succès , et se jettent entre les bras de la phi-
losophie : semblables aux criminels échappés
de leurs prisons, qui vont se réfugier dans
des temples ; à les voir , ne diriez vous pas
un esclave chauve et de petite taille, qui a
amassé quelque argent, et qui, après s'être
nettoyé au bain, et s'être revêtu d'un habit
neuf, va épouser la fille de son maître ? quels
enfans naîtront d'un pareil mariage ! Sans
doute des enfans contrefaits et d'un mauvais
naturel : ce sont ces enfans bâtards (11) qui
donnent lieu de décrier la philosophie , qui
font dire avec raison que beaucoup de ses
sectateurs sont des hommes pervers. »
Les philosophistes sont encore jugés par
( 44 )
un de leurs pairs : « Je voudrois voir, dit
Jean-Jacques , la philosophie sur le trône ,
( c'est-à-dire la moderne ) , si elle pratique-
rait l'humanité qu'elle prêche, tant la plume
à la main. »
« Que contiennent, dit-il autre part, les
écrits des philosophes? quelles sont les leçons
de ces amis de la sagesse ? A les entendre ,
on les prendroit pour une troupe de charla-
tans, criant chacun de son côté sur une place
publique : Venez à moi; c'est moi seul qui
ne trompe pas ; l'autre prétend qu'il n'y a
pas de corps, que tout est représentation,
que la nature n'a pas d'autre Dieu que le
Monde. Celui-ci avance qu'il n'y a ni vertus
ni vices, que le bien et le mal moral sont
des chimères ; celui-là, que les hommes sont
des loups , qu'ils peuvent se dévorer en toute
sûreté de conscience. Grands philosophes !
que ne réservez-vous pour vos amis et vos
enfans ces leçons profitables ? vous en rece-
vriez bientôt le prix, et nous ne craindrions
pas de trouver dans les nôtres quelqu'un de
vos sectateurs. »
Dans un mouvement d'indignation , J. J,
Rousseau dit « : Si pour être philosophe , il
( 45 )
faut noircir la réputation de mes semblables,
publier aux yeux de l'Univers des choses qui
devroient rester ensevelies dans un éternel
silence, tramer et conduire de sourds com-
plots , y présider ; en un mot, si, pour être
philosophe , il faut renoncer à l'humanité, à
la justice, à la bonne foi, je renonce à la phi-
losophie, et à la dénomination de philosophe ;
j'en laisse le titre à tant de fourbes dignes
de le porter. »
Palissot avoit aussi bien jugé la philoso-
phie moderne , lorsqu'il dit : « C'est une phi-
losophie à qui rien n'est sacré, et qui ne cesse
de signaler son fanatisme par de nouveaux
excès ; une philosophie contre laquelle tous
les Etats de l'Europe , les ministres des lois,
sont forcés de s'élever, enfin une philosophie
séditieuse et meurtrière, qui sape à la fois
les fondemens de tous les autels, de tous les
trônes, et dont les maximes pernicieuses,
malheureusement répandues, feroient de la
société un repaire de brigands et de crimes.
Palissot, dans sa comédie des Philosophes,
dit encore :
Je ne sais, mais enfin, dussé-je vous déplaire ,
Ce mot d'humanité ne m'en impose guère,
(46)
Ils ont quelque intérêt à le mettre à la mode.
C'est un voile à la fois honorable et commode,
Qui de leurs sentimens masque la nullité ,
Et prête un beau dehors à leur aridité.
J'ai peu vu de ces gens qui le prônent sans cesse,
Pour les infortunés avoir plus de tendresse ,
Se montrer, au besoin, des amis plus fervens ,
Etre plus généreux, ou plus compalissans ,
Attacher aux bienfaits un peu moins d'importance ,
Pour les défauts d'autrui marquer plus d'indulgence,
Consoler le mérite , en chercher les moyens ,
Devenir, en un mot, de meilleurs citoyens ;
Et pour en parler vrai, ma foi, je les soupçonne
D'aimer le genre humain , mais pour n'aimer personne.
Leibnitz avoit porté à peu près un pareil ju-
gement sur les philosophes du dix-huitième
siècle, de l'horreur qu'inspireroit leur affreuse
philosophie aux siècles futurs.
« Les disciples d'Epicure et de Spinosa,
dit-il, se croient déchargés de la crainte
importune d'une Providence surveillante et
d'un avenir menaçant ; ils lâchent la bride
à leurs passions brutales, et tournent leur es-
prit à séduire et à corrompre les autres;
s'ils sont ambitieux et d'un caractère un peu
dur, ils seront capables, pour leurs plaisirs,
de mettre le feu aux quatre coins de la terre. »
( 47 )
J'en ai connu de cette trempe, que la mort
a enlevés. Je trouve même que des opinions
approchantes s'insinuent peu à peu dans l'es-
prit des hommes du grand monde, qui règlent
les autres , et dont dépendent les affaires ; se
glissent dans les livres à la mode , disposent
toute chose à la révolution générale dont
l'Europe est menacée. On tourne en ridicule
ceux qui prennent soin du public ; et quand
quelque homme bien intentionné parle de la
postérité, on répond, alors comme alors. Mais
il pourra arriver à ces personnes d'éprouver
elles-mêmes les maux qu'elles croient des-
tinés à d'autres. Si on ne se corrige de cette
maladie d'esprit épidémique, dont les effets
commencent à être visibles ; si elle va crois-
sant, la Providence corrigera les hommes
par la révolution même qui en doit naître.
Les folies, les excès des philosophistes ont
fait dire à Frédéric : « Si j'avois une ville on
une province à punir, je la donnerais à gou-
verner à des philosophes, bien persuadé
qu'ils mettroient tout sens dessus dessous.
Ils apprendraient, par leur expérience, qu'ils
sont des ignorans. Il faudrait envoyer les
maîtres et les disciples aux Petites-Maisons,