Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Le Jugement dernier, poème en trois chants, imité d'Young par J.-L. Boucharlat

De
29 pages
impr. de Le Normant (Paris). 1806. In-8° , 31 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

LE
JUGEMENT DERNIER.
LE
JUGEMENT DERNIER,
POEME EN TROIS CHANTS
IMITÉ D'TOUNG.
PAR J.L BOUCHARLAT
A PARIS,
CHEZ LE KOMANT, RUE DES PRETRES SAINT-
GERMAIN-L'AUXERROIS, N°. 17.
Janvier. —1806.
LE
JUGEMENT DERNIER,
CHANT PREMIER.
Que le chantre inspiré, dans son brûlant délire
Fasse au loin retentir les accords de sa lyre
Pour immortaliser la gloire des héros ,
Qu'il peigne en traits de feu leurs combats, leurs travaux,
Les Empires croulant sous leurs chars de victoire ;
Ces monumens pompeux du temple de Mémoire
Ne peuvent arrêter mon vol audacieux.
Un spectacle plus grand se découvre à mes yeux.
Des siècles entassés j'ai franchi l'intervalle,
Et je veux entonner la trompette fatale
Dont les funèbres sons, au jour du Jugement,
Frapperont de terreur l'Univers expirant.
Je veux montrer la Mort brisant son sceptre horrible ,
Les abymes ouverts, la poussière insensible.
(6)
S'agitant dans la tombe, et d'affreux ossemens
Cherchant partout la vie et des lambeaux sanglans ,
Pour réformer ces corps qui doivent comparoître
Devant le Roi du monde et l'auteur de leur être.
DE ma témérité je frémis , et L'effroi,
De mes sens interdits, s'empare malgré moi.
Archanges radieux, à l'abri de vos ailes ,
Soutenez mes efforts ; vos harpes immortelles
Uniront à ma voix des sons mélodieux,
Pour chanter dignement le Souverain des Cieux.
ET toi, suprême Auteur de la nature entière ,
Dont je vois resplendir le trône de lumière
Sur les célestes choeurs des brillans Séraphins ,
S'ils sont l'oeuvre éclatant de tes augustes mains ,.
Si jadis les soleils soumis à ta puissance
Peuplèrent du Chaos la solitude immense ,
Ah ! manifeste encor ton pouvoir souverain;
Dans mon coeur agité souffle un rayon divin,
Inspire mon génie, et qu'un élan sublime,
M'entraînant sur tes pas, de ton esprit m'anime.
JETTE , foible mortel, les yeux sur l'Univers;
Vois cette immensité de prodiges divers ;
La terre ornant son sein d'une riche parure,
Ce tendre éclat des fleurs, ces tapis de verdure ,
(7)
Et des. jaunes épis les faisceaux inclinés.
Plus loin, vois l'Océan et ses flots déchaînés,
Briser avec fracas leur blanchissante écume,
Sur ces rians coteaux que le myrte parfume.
VERS le soleil couchant, regarde ces forêts
Couronnant de ces monts les bleuâtres sommets ;
C'est là que s'épanchant dans la pure atmosphère ,
Les nuages légers descendus sur la terre,
Déposent la rosée , et forment ce torrent
Qui, sur des rocs brisés tombant en murmurant,
Bientôt devient un fleuve orgueilleux de son onde,
Qui borne les Etats, les unit, les féconde.
LES Cieux t'offrent encore un spectacle imposant:
Dans l'immense horizon le tonnerre grondant,
L'arc divin d'alliance, et ces jets de lumière
Qui du nord au couchant étendent leur carrière.
HOMME , tous ces objets dont l'éclat t'éblouit
S'engloutiront un jour dans l'éternelle nuit !
Vous périrez aussi, flambeaux de la nature,
Astres resplendissans, et des Cieux la parure !
On vous verra tomber comme le foible grain
Que l'été dévorant dessèche en son déclin.
(8)
MAIS quel siècle verra ce jour épouvantable?
Du Temps dévastateur la main impitoyable
Des Empires vieillis aura brisé les noeuds,
Et dans l'ombre entassé cent peuples orgueilleux,
Quand le soleil mourant éteindra sa lumière.
Rois , peuples, écoutez ! Tremblez dans la poussière î
La nuit sombre et livide embrasse l'Univers ;
Les vents sifflent ; les monts se roulent dans les mers ;
Les cèdres des forêts couvrent de noirs abymes
Où viennent expirer des milliers de victimes ;
Les fleuves teints de sang, épanchés de leurs lits,
Traînent des flots impurs et de vastes débris ;
Tout meurt. D'un pôle à l'autre, un horrible tonnerre
De ses coups redoublés épouvante la terre.
La trompette a sonné ; ses sinistres accens
Pénètrent l'Univers jusqu'en ses fondemens.
Surpris d'un froid mortel, partout l'homme succombe ;
Les morts, à ses côtés, s'éveillent dans la tombe.
TRISTE scène d'horreur ! Moins terrible autrefois
Eut ce combat affreux, où, pour donner des lois
Au divin Créateur de la nature entière ,
L'orgueilleux Séraphin lui déclara la guerre,
Quand, frappé par la foudre , et du sommet des Cieux
Précipité mourant, l'Archange audacieux
(9)
Alla s'ensevelir dans d'éternelles flammes,
Avec les compagnons de ses honteuses trames ,
Respirant la vengeance, et par un cri d'horreur ,
De sa rage impuissante exhalant la fureur.
CES célestes esprits, du trône de la gloire,
Sont tombés dans l'abyme ; et tu pourrois te croire ,
Misérable mortel, plus formidable qu'eux ?
Hélas ! ne sais-tu pas que des tourmens affreux
Dévoreront un jour celui dont l'ame impie
Au joug des passions a pu livrer sa vie.
MAIS loin d'armer son coeur d'un courageux effort,
Dans des illusions l'homme foible s'endort.
Ah ! quand pour l'éblouir l'ambition fatale
Pare la volupté du luxe qu'elle étale,
Quand le vice, odieux le traîne sur ses bords ,
Si résonnoit soudain la trompette des morts ,
Et qu'élevant les bras du sein de la poussière
Des cadavres brisoient l'éternelle barrière , .
Du songe de la vie abhorrant les attraits ,
De cet infortuné quels seraient les regrets !
VIENS donc, céleste Muse ! O toi qui, triste et sombre,
Aimes sous les cyprès à te plonger dans l'ombre,
A te traîner pensive au milieu des tombeaux,
Sors de la nuit, et prends tes lugubres pinceaux ;
a
( 10 )
Peins les larmes, les cris, et la douleur profonde
Du coupable mortel au dernier jour du monde.
LE malheureux ! où fuir, où cacher ses forfaits !
L'arbitre des humains le signale à jamais.
Triste objet de pitié ! Dans cette fange impure,
Est-ce là le mortel, ce Roi de la nature ?
Son corps né du limon, sur la terre étendu ,
Avec le ver abject demeure confondu.
L'infortuné gémit ; dans la poudre il déteste
Ce front majestueux, cette taille céleste ,
Qui sembloient l'approcher de son divin auteur ;
Et le triste remords habite dans son coeur.
DIEU puissant, rien ne peut désarmer ta furie !
O toi qui de la mort combattis l'agonie ,
Qui sentis- par degrés son horrible douleur
Circuler dans ton sang et calciner ton coeur,
Qui d'elle seule appris le funeste mystère
De la terrible fin des enfans .de la terre,
Christ sauveur ! dans ce jour de douleur et d'effroi,
Quoi ! tu les livreras aux rigueurs de ta loi 1
LE traître qui dans l'ombre a vendu sa patrie ,
Voyant de ses complots la trame anéantie,
Et tremblant pour ses jours , épouvanté, s'enfuit.
Mais ua arrêt vengeur sans cesse le poursuit;
( 11)
Et près d'abandonner le pays de ses pères,
Il tombe dans les mains des cohortes guerrières ;
Et sous le poids des fers, triste jouet du sort,
Il va porter sa-tête au glaive de la mort.
Ai N SI les malheureux reflueront dans leur course,
De l'Aurore au Couchant, du Midi jusqu'à l'Ourse,
Implorant la pitié du Dieu qu'ils ont trahi.
Mais leur Dieu courroucé sera sourd à leur cri.
« Eh bien ! gouffres des mers, effroyables abymes,
» Ouvrez-vous sous nos pas, et prenez vos victimes ;
» Rochers, écrasez-nous ; sortez, feux des enfers ;
» Venez nous consumer ! » s'écrieront ces pervers.
Vain espoir. Les Enfers , les roches menaçantes,
Les mers rejetteront leurs prières ardentes.
Dans les noires prisons des antres ténébreux
Ils attendront l'instant de leur supplice affreux.
O faste des grandeurs que ta main me présente ,
Des trésors de l'Indus la pompe éblouissante,
Humble vigne , offre-moi ton précieux nectar ;
A tes charmes puissans, beauté , réunis l'art ;
Rien ne peut me séduire , et mon ame inquiète
De plus riches trésors médite la conquête ;
Rayonnante d'espoir, elle s'élance aux Cieux,
Comme Elie autrefois sur un char radieux,
( 12) ■
Et verroit, sans gémir, une argile grossière
Tout mon corps par débris tomber dans la poussière.
De la Religion, ô triomphe éclatant,
Seule, elle me suffit, et le reste est néant.
AME de la nature, immuable sagesse,
Deviens l'unique objet de mes chants d'alégresse l
Dans ce vaste Univers tout fléchit sous tes loix ;
Les corps inanimés , dociles à ta voix ,
Rendent un pur hommage à ta grandeur sublime,
Soit qu'ils suivent le cours que ta main leur imprime ,
Soit que par un miracle , à nos yeux éblouis ,
De la chaîne éternelle ils semblent affranchis.
Ainsi, pour t'obéir , la flamme dévorante
De ses feux éloigna la douleur déchirante ;
L'humide sein des flots en rocher se durcit,
Et le monstre des mers soudain se radoucit.
O prodige ! on a vu la baleine pesante ,
Moins vorace, oublier la faim qui la tourmente,
Et dérober aux coups de la féroce mort
Le mortel, dans ses bras, luttant avec effort.
J'o s E t'en attester, Jonas, divin Prophète ,
Toi qui bravant l'orage élevé sur ta tête ,
( 13)
Te vis précipiter dans les flots mutinés,
Comment Dieu sauva-t-il tes jours infortunés ?
L'AIR se trouble et mugit; la foudre dans la nue ,
Traçant de longs sillons, gronde et se perpétue ;
Les vents avec fureur, déchaînés sur les mers,
En bruyans tourbillons lancent les flots amers ;
Et tout le ciel en feu s'écroule sur le monde.
L'abyme voit le jour ; les noirs torrens de l'onde
Roulent couverts d'écume , et soudain repoussés ,
Des voûtes de l'Ether retombent courroucés.
TOUT périt, se confond ; mais du divin Prophète
La barque oppose encor ses flancs à la tempête.
Immobiles d'effroi, les pâles matelots
Voient s'avancer la mort qui plane sur les flots.
Le désespoir affreux, la douleur, l'épouvante,
Sur un temps qui n'est plus fixent leur vue errante.
Dieux ! le remords cruel s'allume dans leurs seins ;
Ils élèvent au ciel de suppliantes mains ,
Poussent des cris perçans , et dans l'onde ennemie
Jettent de leurs trésors la dépouille chérie ;
Trop fortunés encor de pouvoir, à ce prix,
De leur vaisseau fragile alléger les débris.
Inutiles efforts ; rien n'apaise l'orage,
Et partout sous leurs pas l'onde s'ouvre un passage.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin