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Le Modèle des jeunes pensionnaires, ou Notice sur la vie et la mort d'Augustine P**, décédée à Paris, le 11 décembre 1831...

103 pages
L. Lefort (Lille). 1837. P**, Marie-Sophie-Véron.-Aug.. In-18.
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L. LEFORT , IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE ESQUERMOISE, 55.
27 RIS, CHEZ AD. LECLERE ET C ,
Imp.-Libraires, quai des Augustins , 35 .
LE MODELE
DES JEUNES PENSIONNAIRES.
LE MODÈLE
DES
NOTICE SUR LA VIE ET LA MORT D'AUGUSTINE P ,
DÉCÉDÉE A PARIS , LE 11 DÉCEMBRE 1831 ,
AGÉE DE 12 ANS ET 8 MOIS.
LILLE.
L . LEFORT , IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE ESQUERMOISE, 55,
1837,
pices. En retraçant ici la vie de
votre fidèle petite servante, je
n'ai d'autre dessein que celui de
procurer la gloire de votre divin
Fils. Tout indigne que je suis,
j'ose me réfugier dans son coeur
adorable ; et, sûre de sa protec-
tion , je compte que ce récit
de la vie d'Augustine sera un
motif d'encouragement à la vertu
pour toutes les jeunes personnes,
et surtout pour celles qui eurent
le bonheur de vivre avec une
compagne si digne de nos re-
grets communs. Elles y verront
les notes qu'elles-mêmes ont
fournies, et en se rappelant les
vertus dont elles furent témoins,
elles aimeront à répéter ces belles
et touchantes paroles des saintes
Ecritures : Oh ! que Dieu est
admirable dans ses Saints!....
Bienheureux ceux qui meurent
dans le Seigneur!
LE MODELE
DES
JEUNES PENSIONNAIRES
MARIE-SOPHIE -VÉRONIQUE -AUGUS-
TINE P.** naquit à Nesle, petite
ville du département de la Somme,
le 13 Avril 1819, de parents ver-
tueux et chrétiens. Son père était
un liomine recommandable par ses
talents et sa piété. Augustine n'eut
pas , le bonheur de le voir et de
10
recevoir long-temps ses leçons , elle
n'avait encore que quatre ans lors-
qu'il mourut. Restée veuve de bonne
heure, madame P.** ne négligea
rien pour inspirer à sa fille des
sentiments de piété. Retirée à la
campagne avec une belle-soeur aussi
vertueuse qu'elle, elle ne désirait
rien tant que de voir régner dans
son âme l'amour de Dieu et l'hor-
reur du vice. Elle se mettait à sa
portée, parlait son langage, ne
laissait échapper aucune occasion de
lui parler de Dieu et de sa bonté
pour les enfants qui l'aiment de
tout leur coeur. Des leçons aussi
sages , des leçons sorties de la bou-
che d'une mère chérie ne furent pas
inutiles ; telles qu'une bonne semence
jetée dans une bonne terre, elles
11
fructifièrent au centuple. Augustine
répondait de son mieux à des soins
aussi tendres , aussi affectueux ; elle
était pour sa mère une source de
consolations. « Oui, nous disait cette
» bonne mère, de tous mes enfants
» il n'en est aucun qui ait pour
» moi autant d'attention qu'Augus-
» tine, elle va au-devant de tous
» mes désirs et se fait un plaisir
» d'exécuter mes moindres volon-
» tés. »
Elle n'était pourtant point sans
défauts, niais ils étaient de ces dé-
fauts ordinaires à l'enfance et qui
plaisent quelquefois dans cet âge.
D'une vivacité extraordinaire , d'une
pétulance sans égale , la moindre
contrariété, le plus léger chagrin,
m
la mettaient hors d'elle-même; Son
caractère fut pour elle le principe
d'une infinité d'efforts, de combats
et de victoires. Le réformer fut dans
la suite sa seule pensée et son uni-
que occupation, et nous verrons
comment elle en sut profiter pour son
avancement dans la vertu. A cette
pétulance Augustine j oignait un grand
fonds de piété, et c'était là ce qui
étonnait; déjà elle était recueillie
dans ses prières, et se livrait au
travail avec ardeur. Elle avait deux
frères à peu près du même âge
qu'elle-, elle rivalisait avec eux de
zèle et de courage, et les exhortait
à bien travailler et à bien aimer le
bon Dieu. Sa mère, qui voyait se
développer en elle d'aussi heureuses
dispositions, un goût si prononcé
13
pour le ; travail et la piété, crut
que le moment de l'éloigner et de
la confier à des mains plus habiles
était arrivé. Il lui en coûtait beau-
coup de se séparer de sa chère Au-
gustine, mais c'était pour le bien
de l'enfant. Elle en fit donc le sa-
crifice. Elle connaissait un pen-
sionnat à Ham, dirigé par les Dames
de la congrégation de Notre-Dame.
Elle résolut de,l'y placer. Augustine
n'était encore qu'à sa huitième an-
née, lorsqu'elle arriva à Ham. Elle
n'eut point de peine à s'accoutumer
au train de la maison ; dès qu'elle
eut pris connaissance du règlement,
elle résolut généreusement de s'y
conformer, et on peut dire à sa
louange qu'il lui arriva rarement
d'y manquer, Elle était inconsolable
a
14
lorsque sa grande vivacité lui avait
fait commettre quelque faute, quel-
qu'étourderie, cependant bien par-
donnables à son âge ; elle s'empres-
sait de les réparer et prenait de
nouvelles résolutions; mais bientôt
oubliant ses promesses, Augustine
ne tardait point à laisser échapper
de nouvelles saillies de caractère ,
soit envers ses compagnes, soit en-
vers ses maîtresses : telle fut la
conduite d'Augustine dans ses deux
premières années. Sa maîtresse, qui
l'aimait avec beaucoup de tendresse,
était désolée de voir si peu d'amé-
lioration dans le caractère de son
élève. Après avoir épuisé en vain
tous les moyens de douceur, elle
appelle Augustine en secret, lui
peint doucement sa peine d'être
18
obligée d'employer une pénitence
sévère, n'ayant pu rien obtenir par
la bonté. Cette enfant alla trouver
la maîtresse chargée de lui infliger
la punition; celle-ci, en voyant la
soumission, l'humilité d'Augustine
(qui avait l'air de dire : oh! ma
mère ! punissez-moi, je l'ai bien
mérité ) , ne savait si elle devait en
venir à l'exécution ; mais enfin,
pensant que cela pourrait être utile
à l'enfant, elle le fit. Augustine
exécuta ce que l'on exigeait d'elle,
et loin d'éclater en sanglots, en
murmures, elle se rendit à la cha-
pelle , demanda pardon à Dieu, prit
la résolutipn de changer entière-
ment de conduite, pria pour la
maîtresse qui devait naturellement
lui paraître un peu sévère à son
16
égard; elle fit plus, elle alla la
remercier , puis revint prendre sa
place au pensionnat d'un air aussi
calme , aussi tranquille que s'il ne
lui était rien arrivé de désagréable.
Depuis cet instant, Augustine fut
tout autre ; la pensée d'avoir of-
fensé Dieu , affligé ses bonnes maî-
tresses, et non la punition qu'elle
avait reçue, l'avait attérée. Rien
résolue de ne plus leur causer le
moindre désagrément, on la vit
veiller constamment sur elle-même :
dès-lors, chez elle plus de ces étour-
deries si familières à son âge ; on
apercevait sur sa physionomie quel-
que chose de réfléchi et de doux
à la fois ; autant elle avait été vive ,
violente même, autant elle devint
calme et patiente. Un jour, une de
17
ses compagnes lui ayant dit quelque
chose de désobligeant, aussitôt elle
leva la main pour la frapper ; mais
rentrant aussitôt en elle-même, elle
baissa la main tout doucement;
puis, racontant ce petit trait à une
de ses amies, elle lui dit : Voyez,
Pauline, comme je suis méchante !
Elle faisait tout ce qui dépendait
d'elle pour contenter ses compa-
gnes et leur faire plaisir ; elle se
prêtait volontiers à tout ce qu'elles
exigeaient d'elle, les aidait dans
leurs petits ouvrages avec une grâce
qui ne laissait apercevoir que du
plaisir dans tous les services qu'elle
leur rendait ; elle était de tous leurs
jeux et de toutes leurs récréations,
2*
18
son humeur enjouée leur plaisait
beaucoup, et toutes aimaient à se
trouver dans sa société.
Celles de ses compagnes qu'Au-
gustine affectionnait davantage , c'é-
taient les plus jeunes ; elle exerçait
à leur égard une espèce d'apostolat :
par ses manières prévenantes, elle
tâchait de s'insinuer dans leur coeur
et de gagner leur confiance ; comme
elle ne manquait pas d'adresse, elle
réussisait toujours. Lorsqu'elles ar-
rivaient , elle les mettait au cou-
rant de la maison, s'empressait de
dissiper l'ennui qu'elles pouvaient
éprouver d'avoir quitté leurs pa-
rents : tous les jours elle prenait
quelques instants sur sa récréation
pour se trouver avec elles ; elle en
19
avait obtenu la permission ; elle pro-
fitait de ce temps pour leur parler
de choses pieuses et édifiantes, les
engager à bien faire leurs devoirs
et à bien aimer le bon Dieu ; elle
leur recommandait surtout de ne
jamais manquer de lui offrir toutes
leurs actions. « Un jour, (c'est
» une de ses compagnes qui parle)
» elle me demanda si j'avais eu
» soin d'offrir ma récréation à Dieu;
« comme je l'aimais beaucoup, je
» lui répondis naïvement que je n'y
» avais pas pensé. — Comment,
» vous n'y avez pas pensé ! me
» dit-elle alors; mais si vous n'of-
» frez pas vos actions à Dieu,
» comment pouvez-vous prétendre
» en obtenir la récompense ? — Je
» les lui offre en général le matin,
20
» lui dis-je alors. —Je sais bien,
» me répondit - elle à son tour,
» qu'on offre à Dieu toutes ses
» actions le matin en général ; mais
» ce n'est pas assez , c'est la mar-
» que d'un esprit léger de ne pas
» les lui offrir plus souvent. » Pour
ne pas me décourager , elle ajouta :
« Ne soyez donc pas si légère ;
» vous savez bien que la récréation
» est aussi agréable au bon Dieu
» que les autres actions, quand
» on la prend pour lui plaire.
Ainsi, déjà à cet âge, Augus-
tine avait fait de grands progrès
dans la voie de la perfection ; elle
était parvenue à un point que bien
d'autres n'atteignent qu'après un
grand nombre d'années, qu'après
21
bien des efforts et des sacrifices.
Elle avait toujours Dieu présent ;
tout le lui rappelait ; elle le voyait
dans ses supérieurs et leur obéissait
comme à Dieu même : voici un
exemple qui montre jusqu'où elle
portait la perfection de l'obéissance.
Ses petites compagnes qui ne trou-
vaient de bonheur que dans les
entretiens d'Augustine, demandaient
souvent avec instance à la maîtresse
de récréation qu'Augustine leur dit
quelques mots d'édification : « Oui,
» dit la maîtresse, cinq mots. »
Augustine, en les voyant accourir
près d'elle , leur dit ce6 cinq
mots : « Jésus, Marie, Joseph ,
» imitez-les. » Une autre fois la
même demande fut renouvelée, la
maltresse dit : « Oui, deux mots
22
» seulement. » Augustine ne dit
que ces deux mots : « Jésus, Ma-
» rie. » Puis, animant ses petites
amies au jeu, la récréation se pas-
sait d'une manière bien joyeuse et
toujours innocente.
Voici encore un exemple de sa
soumission. Une de ses compagnes
la pressait d'accepter un petit objet
qui ne pouvait lui être que très-
agréable. « J'accepterais très-volon-
» tiers ce que vous avez la bonté
» de m'offrir, mademoiselle , mais
» auparavant, il faut que j'en de-
» mande la permission à ma mère. »
Elle était si bonne pour ses com-
pagnes, que, si elles avaient commis
quelque faute, elle les excusait au-
25
près de leur maîtresse. Plus d'Une
fois même, on l'a vue se laisser
punir pour ses compagnes. Quand,
après avoir reconnu son innocence,
on lui demandait pourquoi elle s'était
laissé punir sans l'avoir mérité : « Ma
» mère, répondait-elle avec vivacité,
» j'ai tant d'amour-propre que je
» suis bien-aise de le mortifier un
» peu. »
Elle avait pris la résolution d'ob-
server exactement le règlement du
pensionnat, aussi n'avait-elle rien
tarit à coeur que de remplir les de-
voirs qu'il lui prescrivait. Dès qu'on
avait donné le signal du lever, elle
se hâtait de faire le signe de la croix,
d'offrir son coeur à Dieu et de lui
consacrer ainsi les prémices de la
24
journée ; elle s'habillait avec modestie
et en silence, et s'empressait de se
rendre à la classe pour y commencer
ses exercices. D'une ardeur incroyable
pour le travail , aucune difficulté
ne ia rebutait ; jamais elle ne se
plaignait d'en avoir trop ; elle rem-
plissait sa tâche avec joie et avec
gaieté. Douée d'une excellente mé-
moire , elle aurait cru se rendre
coupable d'une très-grande faute, s'il
lui était arrivé de ne pas savoir ses
leçons. Jamais la moindre saillie de
mauvaise humeur, ni cet air chagrin
que prennent si volontiers les enfants
lorsqu'on leur impose quelque devoir
qui ne leur convient pas ; elle avait
surtout un attrait particulier pour
les connaissances seules nécessaires,
je veux dire la doctrine, chrétienne ;
25
son étude était tout son bonheur,
elle faisait exactement le résumé des
instructions et des catéchismes.
Comme je l'ai déjà dit, Augustine
avait un grand fonds de piété, sa
bonne mère n'avait pas négligé de la
lui inspirer, et tous les jours encore
elle avait sous les yeux des exem-
ples bien touchants de la part de
ses maîtresses et de ses compagnes;
elle sut bien en profiter. Il n'y avait
rien de plus édifiant que de la voir
prier : alors elle semblait ne plus
tenir à la terre, les yeux modes-
tement baissés -, les mains jointes,
son recueillement était si profond,
que rien n'eût été capable de la dis-
traire. C'était un vrai plaisir pour
elle de s'entretenir avec Dieu, elle
3
26
puisait dans ses entretiens une force
particubère pour se corriger de ses
moindres défauts et pour l'accom-
plissement de ses devoirs. Elle aimait
tant à prier, que, lorsque les jours
de sortie, quelques-unes de ses com-
pagnes rentraient après la prière du
soir, aussitôt elle volait auprès de
sa maîtresse pour lui demander la
permission de faire la prière avec
elles. « Je suis si heureuse, disait-
elle, lorsque je puis faire ma prière
une seconde fois. »
Elle aurait passé des journées
entières à la chapelle; elle s'y
rendait toujours avec modestie et
et en silence ; elle ne pouvait souf-
frir que ses compagnes se laissassent
aller à la dissipation, ni qu'elles
27
fissent du bruit dans son voisinage.
Tous les jours elle faisait sa visite
au Saint - Sacrement. Pendant la
récréation, elle engageait ses com-
pagnes à dem ander à leur maîtresse
la permission d'en faire autant ;
elle les envoyait l'une après l'autre,
et établissait ainsi une adoration
perpétuelle. Sa foi vive lui faisait
voir Notre-Seigneur résidant dans
le Tabernacle, assis sur un trône
d'amour. Lorsqu'elle ne pouvait se
rendre aux pieds de son bon Maître,
parce que son devoir l'appelait ail-
leurs , elle s'y transportait en esprit,
ou elle priait son bon ange de
vouloir bien aller à la chapelle à
sa place, et de suppléer, par ses
hommages et ses adorations, à ce
qu'elle ne pouvait pas faire elle-
28
même. Elle donnait le même conseil
à une novice qui paraissait avoir
de la peine de ne pouvoir pas faire
sa visite au Saint-Sacrement — « Ma
» soeur, pourquoi donc vous tour-
» menter de ce que vous êtes privée
» d'aller à la chapelle ? Il y a
» moyen de vous dédommager : priez
» votre bon ange d'y aller à votre
» place, c'est ce que je fais en
» pareil cas. »
La fête de l'Annonciation fut
pour elle une fête bien précieuse ;
ce fut en ce jour que plusieurs de
ses compagnes qui avaient eu le
bonheur de faire leur première
communion, et qui avaient formé
comme une association de piété,
l'admirent parmi elles, La vertu se
29
recherche toujours ; ces jeunes per-
sonnes, frappées de celle d'Augustine,
ne pouvaient trop admirer sa mo-
destie , son recueillement et sa
solide piété; elles s'empressèrent
donc de la faire entrer dans leur
association. Notre jeune élève, qui
ne s'attendait pas à cette faveur,
fut au comble de la joie. Servir
Marie d'une manière toute particu-
lière, engager ses jeunes compagnes
à la servir aussi, tel était le but
qu'elles se proposaient et qu'Augus-
tine remplissait parfaitement. Elle
avait une dévotion tendre envers
la très-sainte Vierge qu'elle aimait
à appeler ça bonne mère. Dès ce
moment jusqu'à celui où elle nous
quitta, elle ne passa jamais un
jour sans payer son tribut à cette
50
mère de bonté, par la récitation
du chapelet et de la couronne de la
sainte Vierge, qu'elle faisait réciter
tous les soirs à ses petites voisines
du dortoir ; elle leur répétait sou-
vent : « Aimez bien Marie, et après
» cela tout ira bien. »
Chaque semaine elle s'imposait
quelques privations le mercredi et
le samedi, en l'honneur de la très-
sainte Vierge. Elle fut fidèle à cette
pratique jusqu'à la fin de sa vie.
Elle avait. aussi une dévotion sin-
gulière à saint Louis de Gonzague,
qu'elle avait choisi pour son pa-
tron , elle s'efforçait d'imiter sa
modestie, particulièrement à la
chapelle.
Tous les instants, depuis la fête
de l'Annonciation jusqu'à l'époque
de sa première communion, furent
uniquement employés par Augus-
tine à se disposer à cette grande
action. On la vit redoubler de
ferveur; ses visites au Saint-Sacre-
ment étaient plus fréquentes ;
chaque jour elle lisait un chapitre
de l'imitation de Jésus-Christ. Tous
ses entretiens roulaient sur le
bonheur de bien faire sa première
communion. On ne pouvait lui en
parler sans s'apercevoir du plaisir
qu'elle ressentait dans son âme :
alors ses yeux s'animaient, la joie
éclatait sur son visage. On la voyait
entièrement occupée du désir de
communier. Dès la fête de Noël,
en voyant ses compagnes appro-
52
cher de la sainte table, elle s'écria:
« Ah ! que ces demoiselles sont
» heureuses ! que ne puis-j e avoir
» le même bonheur ! du moins,
» ajouta-t-elle, l'année prochaine
» je pourrai m'en dédommager! »
Elle calculait les mois, les jours,
les heures. « Que le temps me
» paraît long ! disait-elle, quand
» donc aurai-je le bonheur de faire
» ma première communion ? »
Toutefois, quelqu'ardent, quel-
que vif que fût son désir, quelque
confiance qu'elle eût dans la bonté
de Notre-Seigneur, elle se croyait
indigne d'une pareille faveur. D'une
délicatesse de conscience étonnante ,
son imagination grossissait à ses yeux
les petites fautes que son âge et
sa grande vivacité lui avaient fait
commettre. Elle avait un frère plus
jeune qu'elle ; elle était désolée
de ne pouvoir réparer auprès de
lui les scandales que, disait-elle,
elle lui avait donnés. On eut bien
de la peine à la calmer là-dessus ;
on n'y réussit qu'en lui faisant
espérer qu'elle le ferait un peu
plus tard , et qu'elle réparerait alors
tout le mal dont elle se croyait
coupable.
« Comme le jour de ma première
» communion approche, disait-elle
» quelquefois, je le désire beaucoup,
» mais .je suis effrayée en pensant
» que je suis si peu disposée! »
Chaque jour elle s'imposait quel-
que sacrifice, quelqu'acte de mor-
54
tification, dans la vue de se mieux
préparer: elle s'appliquait surtout
à déraciner en elle son défaut
dominant, qu'elle savait être l'amour-
propre.
Un jour, M. L** faisant une
instruction aux élèves, leur adressa
à chacune quelques avis particuliers
sur certains défauts. Arrivé près
d'Augustine , il lui dit qu'elle était
orgueilleuse. Cette apostrophe ne fut
guère du goût de ces demoiselles,
et elles ne manquèrent pas d'en dire
leur sentiment à Augustine. Celle-ci
leur répondit en souriant : « Ah !
» mesdemoiselles, c'est que M. L**
» me connaît bien. » Oui, cette belle
âme était parfaitement connue du
digne pasteur qui la dirigeait. On
55
ne peut dire jusqu'où allait sa véné-
ration pour les ministres de Jésus-
Christ , volontiers elle se fût pros-
ternée sous leurs pas. Plusieurs fois
on l'a vue baiser respectueusement
les objets qui étaient à leur usage.
Le temps de la retraite fut pour
Augustine un temps bien précieux ;
elle le passa dans une ferveur extra-
ordinaire. Débarrassée de tout autre
soin, elle se livra entièrement à la
grande affaire qui l'occupait ; elle
ne laissait pas échapper le plus petit
instant. Toute remplie de l'idée de
la grande action quelle allait faire,
bien convaincue de son importance,
de ses effets, et de son influence sur
le reste de la vie, elle ne négli-
geait aucun moyen pour se mettre
56
en état de la bien faire. Elle se
préparait à sa confession générale;
la vie sainte qu'elle menait depuis
long-temps, l'habitude où elle était
de se confesser souvent, son exac-
titude à s'examiner tous les soirs
avant de se coucher, étaient sans
doute la meilleure préparation
qu'elle pût apporter, néanmoins elle
employa une grande partie de la
retraite à la recherche de ses fau-
tes; elle exhortait ses compagnes à
apporter à cet examen le même
soin et la même attention. « Nous
» n'avons pas de temps à perdre,
» mesdemoiselles, examinons-nous
» avec la plus scrupuleuse attention ;
» tout dépend des préparatifs : plus
» on nettoie un vase, plus il est pro-
» pre à contenir la liqueur qu'on
57
» veut y renfermer. Faisons donc
» tous nos efforts pour nous bien
» préparer. »
Son exemple faisait un bien mer-
veilleux parmi ses jeunes com-
pagnes ; elles étaient toutes d'un
recueillement et d'une ferveur an-
géliques, et depuis long-temps on
n'avait vu dans la maison tant de
piété et d'aussi heureuses disposi-
tions.
Dans tous les temps, les instruc-
tions de l'ecclésiastique chargé du
pensionnat avaient fait beaucoup d'im-
pression sur son esprit et sur son
coeur, quel bien ne devaient-elles
pas produire dans ces jours de grâces
et de salut ! Elle les écoutait avec la
Le Modèle des jeunes pensionnaires, 4
58
plus grande attention, elle ne laissait
pas échapper une êeule parole sans
se l'appliquer à elle-même ; tout la
pénétrait vivement et s'imprimait
fortement dans son âme ; mais,
chose singulière, il y avait une
pensée qui ne sortait pas de son
esprit, c'était celle que sa fin était
prochaine. Elle ne cachait pas ce
qu'elle ressentait, et en parlait à ses
compagnes sans trop s'en inquiéter.
Il arriva à M. L** de parler de la
mort dans une de ses instructions.
« Mes enfants, leur disait-il, le mo-
» ment de la mort est incertain, on
» meurt à tout âge ; vous êtes bien
» jeunes, qui peut vous assurer que
» la mort n'enlèvera personne parmi
» vous ? Dans six mois peut-être on
59
» dira : une telle est morte ; mais
» qui sera-t-elle, celle-là? Dieu le
» sait. » — « Ce sera moi, repartit
« vivement Augustine ; vous verrez
» que je mourrai dans l'année de
» ma première communion. »
Hélas ! l'événement ne tarda pas
à vérifier cette triste prophétie. Ce
fut donc avec ce pressentiment qu'elle
se prépara à sa première commu-
nion, et à la mort.... Mais n'anti-
cipons point.
Comme elle avait bien profité de
la retraite, qu'elle en avait employé
les moments à s'examiner, à recher-
cher dans sa conscience les fautes
dont elle s'était rendue coupable, et
à en demander pardon à Dieu, il
40
ne lui fut pas difficile de se bien
confesser. Elle reçut le bienfait de
l'absolution avec cette joie, cette paix
que donne la bonne conscience.
Enfin le jour de sa première com-
munion , ce jour depuis si long-
temps désiré, ce jour dont elle avait
tant de fois salué l'aurore, était
arrivé. Qui pourrait dire avec quelle
modestie, avec quel recueillement,
avec quelle ferveur elle s'approcha
de la sainte table ? Qui pourrait
rendre compte de ce qui se passait
alors dans son âme ? Qui pourrait
décrire sa joie, ses transports, son
bonheur ? Lorsque son divin Sauveur
eut pris possession de son âme,
quelles délices ne goùta-t-elle pas
dans cet heureux instant ! Son divin
41
Maître se donnait entièrement à elle,
il la comblait d'ineffables douceurs;
elle voulut, autant qu'il était en
elle, le payer de retour et recon-
naître un aussi grand bienfait. Elle
le supplia donc de recevoir l'offrande
qu'elle lui faisait de tout elle-même ;
elle lui offrait son esprit avec toutes
ses pensées, son coeur avec toutes
ses affections et tous ses bons senti-
ments. Elle savait que Notre-Seigneur
est jaloux de notre coeur, qu'il veut le
posséder uniquement, et qu'il ne peut
souffrir de rapine dans l'holocauste.
Elle lui jura un amour éternel, et
promit de ne vivre désormais que
pour l'aimer et le servir avec fidélité.
Le plaisir qu'Augustine ressentait
était visible, la paix dont son âme
4*
42
jouissait, paraissait sur son visage.
Toute la journée elle fut d'une
gaieté extraordinaire, toutefois sans
dissipation. On voyait, même dans
le moment de la récréation, qu'elle
avait toujours présente à son esprit
la grande action qu'elle avait faite
le matin. Elle ne cessait de parler
de son bonheur, c'était le sujet de
toutes ses conversations. Elle en
parlait à ses compagnes avec une
expression vraiment touchante , ad-
mirable même dans une enfant de
son âge. C'était sans doute la ré-
compense des efforts qu'elle avait
faits pour se bien préparer à sa
première communion. Dieu se plaît
à combler de ses grâces et de ses
faveurs les plus précieuses les âmes
les plus humbles et les plus inno-
centes. Voilà pourquoi Augustine
goûtait tant de consolations dans ce
saint jour, qu'elle aimait tant à en
parler. « J'ai fait ma première com-
» munion, disait-elle, oh! que je
» suis heureuse! C'est maintenant
» que je ne crains plus de mourir,
» c'est maintenant que je mourrai
» en paix! »
Une nouvelle grâce vint mettre
le comble à son bonheur : depuis
long-temps elle désirait recevoir le
saint scapùlaire. M. L** n'hésita
point à la revêtir des livrées de
Marie, persuadé qu'elles seraient
conservées dans une parfaite inno-
cence.
Au moment de recevoir les ca-