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LE PASSE
COMPARES ENSEMBLE.
ou
LE TOUR EN UN COUP-D'OEIL.
PAR J. BOCOUS.
PARIS,
LE NORMANT, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
1814.
A
MONSIEUR,
CE n'est que la crainte de blesser votre modestie
qui m'empêche d'honorer ces pages de votre nom ;
mais je serois trop heureux si vous daigniez les rece-
voir comme un tribut de mon respect et de ma recon-
noissance.
Vous qui, par la noblesse de vos sentimens , par la
sagesse de vos principes, par votre attachement invio-
lable à vos Rois légitimes, soutenez tout l'éclat de
votre illustre famille; de cette famille si féconde en
grands hommes, qui ont été en tous temps les sou-
tiens du trône et ses plus fidèles sujets; vous, dont la
bonté est une des premières vertus, veuillez excuser
la foiblesse du pinceau qui a osé tracer de si grandes
(2)
images, et ne regarder dans cet ouvrage que le vif
désir de vous prouver, en quelque manière, l'estime
et la profonde considération avec lesquelles j'ai l'hon-
neur d'être,
MONSIEUR,.
Votre très-humble et très-obéissant :
serviteur,
J. BOCOUS.
PRÉFACE.
CE petit ouvrage aurait paru il y a
un mois, sans plusieurs raisons qui
m'en ont empêché jusqu'à ce mo-
ment. Certainement,. je ne donne pas
du nouveau; mais, je crois, cepen-
dant, qu'on peut encore s'arrêter
quelques instans sur une crise aussi
subite qu'imprévue et extraordinaire,
qui, pour ainsi dire , a régénéré
l' univers.
Le Nord éploré, l'Allemagne dé-
solée, l'Espagne en deuil, l'Italie
gémissante , la France accablée par
la plus odieuse tyrannie, excitaient
les plaintes continuelles des victimes
qui souffroient, les justes regrets
des partisans de l'ordre , de la jus-
tice , et des amis de l'humanité. Ces
plaintes, que tant d'années de mal-
heurs ont rendues si légitimes, se
sont changées tout à coup en trans-
ports de joie. Elle est trop vive, trop
juste, et le court espace de deux mois
ne sauroit l'affoiblir, ni empêcher
qu'elle n'éclate encore.
En effet, pourroit-on s'occuper
ij
assez de son bonheur? Pourroit-on
le bien sentir, sans se rappeler les
peines qui l'ont précédé ? L'Europe
entière se lasseroit - elle de répéter
mille fois : « Voilà la révolution, lé
» tyran et la guerre ! voilà les libéra-
» teurs, les Bourbons et la paix ! »
Au reste, mon intention a été d'of-
frir, sous un coup d'oeil, les événe-
mens les plus remarquables qui ont
eu lieu depuis 1792 jusqu'au mois de
mars passé. La marche que je me
suis imposée ne m'a point permis
de m'arrêter sur chacun des événe-
mens. Ce n'est pas une histoire, mais
un tableau que je présente , partagé
en trois époques réunies sous un
même point de vue. Dans ce tableau,
c'est l'homme vivement frappé qui
communique ses idées ; c'est un
coeur extrêmement ému qui se sou-
lage, en faisant part aux autres des
sentimens divers dont il est comme
accablé.
Je m'estimerai heureux si le lec-
teur, en parcourant ces pages, et en
n'y considérant que les sentimens
qui m'animent, peut me juger digne
de son indulgence.
LE PASSÉ
ET LE PRÉSENT,
COMPARÉS ENSEMBLE.
QUE de sensations, à-la-fois douces et pénibles,'
viennent s'emparer de mon âme ! Au milieu de
mille souvenirs qui l'entraînent, mon esprit incer-
tain et confus ne sait s'arrêter sur aucun objet.
D'un vol rapide il franchit les distances et les
temps; il les rapproche, les compare ; il parcourt
successivement le passé, le présent.... il cherche
même à percer dans l'avenir, et, passant de sur-
prise en surprise, je gémis, je tressaille et d'hor-
reur et de joie. Dans un court espace d'années,
que de forfaits! que de prodiges! que de vertu
et d'héroïsme! Aux jours les plus tranquilles
succède l'ouragan dévastateur des tempêtes. Tout
est bouleversé. La foudre frappe indistinctement
le juste et le coupable; le palais des rois, et
I.
(4)
l'humble chaumière.. Sur une terre semée de
ruines on aperçoit une longue trace de sang qui
sans cesse se renouvelle. Le glaive des tyrans
soumet, détruit tout, moissonne les plus belles
vies. Le fléau terrible de la guerre répand par-
tout le pillage, le meurtre et l'incendie. Une
noble nation est accablée par le plus dur escla-
vage : marchant de malheur en malheur, elle va
encore gémir sous de nouvelles chaînes; elle va
cesser d'exister, et il ne restera plus d'elle que le
souvenir de ses erreurs et de ses larmes. Le fatal
arrêt est prononcé!.... Lorsque, tout-à-coup, les
ténèbres se dissipent : une perspective plus, riante
promet encore des jours de bonheur; les ruines
se changent en triomphes de paix, le génie du
mal est anéanti, son idole renversée, et les autels
ne fument plus d'un encens sacrilége..... Quel
spectacle ravissant! mais cependant, forcés d'en
détourner pour un moment les yeux, osons envi-
sager le passé, suivons la chaîne des événemens,
remontons jusqu'aux premiers anneaux, auxquels
se rattachent des époques aussi cruelles que mé-
morables.
La plus ancienne monarchie de l'Europe,
cimentée par huit siècles de triomphes (I),
(I) En fixant la fondation de la monarchie française en 448.
(5)
illustrés par soixante-cinq rois (I) dont plusieurs
furent ornés du diadème des Césars (2), est sur
le point de disparaître de la surface du globe.
Une nation généreuse et guerrière, dont les
princes avoient conquis, fondé, donné des
royaumes(3), brillante de richesses et de gloire,
va méconnoître ses rois légitimes. Elle oublie
les noms augustes des monarques qui l'avoient
rendue si long-temps heureuse, et choisit pour
sa victime un de leurs descendans, le petit-fils
d'Henri- IV. S'il n'étoit pas doué des qualités
brillantes qui avoient distingué plusieurs de
ses ancêtres, le ciel lui en avoit accordé de plus
utiles'et solides. Livré tout entier aux soins de
sa couronne, jamais le tumulte des passions , ni
le désir immodéré des conquêtes n'avoient péné-'
tré dans le coeur de Louis XVI. Sincèrement
attaché au Dieu de ses ancêtres, simple, affable,
de moeurs irréprochables et pures, généreux sans
faste, instruit sans vanité, fidèle époux, tendre
père, sacrifiant toujours son repos au bien de ses
(1) Depuis Mérovee jusqu'à Louis XVI.
(2) Charlemagne, et ses successeurs, jusqu'à Gharles-Ie-
Simple.
(3) Les conquêtes de Guillaume , duc de Normandie ; celles
de René d'Anjou, de Robert de Bourgogne, etc., sont déjà,
trop connues pour être répétées de nouveau.
(6)
sujets, doux, aimant, prêt en tout temps à sou-
lager l'infortune, lent à punir, toujours prêt à
pardonner, sans posséder les vertus guerrières du
grand Henri, il en a voit la bonté ainsi que le
courage.
La richesse, l'abondance, la paix régnoient
dans ses Etats; idole de ses peuples, il en étoit
moins le roi que le père. Quelle cruelle récom-
pense devoient obtenir tant de vertus! La rébel-
lion et l'impiété, cachées sous le manteau d'une
fausse philosophie, prêchent partout le désordre
et le scandale. Des hommes que l'iniquité sou-,
doyoit, inventent des prétextes frivoles, des noms
séduisans pour rassembler les méchans et cher-
cher à tromper les plus crédules. Ils offrent l'as-
pect flatteur d'un avenir imaginaire; ils donnent,
ils promettent, ils corrompent les coeurs, en-
flamment les esprits, et parviennent enfin à égarer
le peuple le plus doux et le plus fidèle à ses rois.
Bientôt l'ordre est renversé; un nombre d'in-
dividus sans titre, sans droit, s'érigent en des-
potes ; orgueilleux d'un dangereux savoir, ils
usurpent l'autorité, et du haut d'un tribunal de
rapine et de sang , ils proclament des lois incen-
diaires. Nés dans la fange, ils anéantissent les
noms les plus illustres; nourris dans une abjecte
misère , ils envahissent les propriétés les plus
(7)
sacrées. L'homme juste gémit dans l'obscurité sur
les malheurs de sa patrie.. Ses plaintes qu'il
cherche à étouffer sont un crime. Bientôt ar-
raché à ses foyers, il est conduit à l'échafaud au
milieu des cris d'une joie barbare.
Des partis rivaux s'élèvent, ils se persécutent,
s'entr'égorgent réciproquement. Les proscriptions
les assassinats se succèdent. Des hordes de Bac-
chantes excitent, par leurs chants, au meurtre,
à la licence. Des bandes de Cannibales vont,
de province en province, porter l'épouvante et la
mort. Frappée d'une terreur subite , la nation en-
tière devient par surprise ; la proie de quelques
milliers de scélérats, qui, livrés aux passions
les plus criminelles, osent proclamer la vertu, et
les mains teintes de sang, promettent la liberté
et le bonheur.
Pour sauver une triste existence , les premiers
de l'Etat doivent devenir des rebelles; les ministres
de l'autel, des apostats ou des parjures. Il n'y a
pour eux à choisir, que l'exil ou la mort. Les pas-
teurs des chrétiens sont obligés d'abandonner les
brebis qui leur sont restées, fidèles ; les Rohan ,
les. La Trimouille , les Montmorency , etc.,
dépouillés des anciens domaines de leurs aïeux,
chassés, poursuivis, vont cacher, chez l'étranger,
leurs malheurs et leurs noms illustres,
(8)
Le trône chanceloit, la vigueur étoit néces-
saire ; mais le bon Louis ne peut écouter que
son coeur. Il veut ramener , par la douceur, ses
enfans égarés , hélas ! il fut prodigue de son
sang, croyant leur épargner une seule larme.
Mais la douceur ne servit qu'à enorgueillir de
plus en plus les médians, et à propager le dé-
sordre et la licence. Quels jours terribles ! quelles
scènes sanglantes , en s'offrant à ma mémoire,
viennent me saisir d'horreur! Mois de juillet,
d'octobre, de juin , d'août, Champs de Mars,.....
Vendée ! Détournons , éloignons nos yeux
de ces effroyables spectacles, de ces atroces orgies
qui font frémir l'humanité. Livrons à l'infamie
ces dignes émules des Scylla et des Néron ;
puissent-ils, leurs noms exécrables; être en hor-
reur aux races futures! Puisse-t-on ne les pro-
noncer que pour les combler des malédictions
les plus justes !
Au milieu des dangers qui le menacent , le
bon Louis ne pense qu'à la sûreté de ses au-
gustes parens. Ils sont contraints d'obéir à ses
ordres, et de quitter le royaume. Lui-même,
enfin, cédant aux larmes de ceux qui lui étoient
chers , consent à se soustraire à la fureur de
ses ennemis. Il est découvert; on l'arrête. La force
pouvoit le défendre , maison auroit répandu
(9)
du sang. Cette idée le fait frémir. II fit donc
le sacrifice de sa liberté, de sa vie, pour,sau-
ver celle de quelques uns de ses sujets. Us
étoien-t ingrats , mais il les aimoit encore....
Ciel! un roi dont l'âme étoit si belle, si ma-
gnanime , de.voit-il périr sous le glaive des bour-
reaux ?.
L'autorité des rois méconnue , tout respect
fut oublié. Des troupes d'assassins viennent pour
la seconde fois, la braver jusques dans son
propre sanctuaire. Ils ne parlent que de ven-
geance et de mort. Le tumulte augmente ,
le fer est levé, le grand attentat va s'accomplir...
Le roi se présente ; son intrépidité, la majesté
qui rayonne sur son visage , étonne , disperse
cette foule sacrilége, et le crime reconnoît en-
core une fois l'ascendant de la vertu.
Mais dehors le sang ruisseloit de toutes
parts. Ce qui restoit de guerriers fidèles périt
victime de son dévouement héroïque, et le
Monarque cédant à un conseil perfide va
chercher sort refuge au milieu des usurpa-
teurs de ses droits. L'amour d'époux et de père
l'aveugle sur le danger de celte demarche. Il
se livre à ses ennemis ; et, pour la sauver, il
leur livre en même temps son auguste famille.
Peu de temps après, sous de, misérables pré-
(10)
textes ( I ) il est entraîné dans ces lieux ,
jadis réservés aux coupables. Le fils, l'épouse,
la fille , les rejetons de tant de rois , la vertu,
la beauté , l'innocence , vont gémir dans l'hor-
reur des cachots. Là , asservis à la surveillance
fyrannique de ce que l'espèce humaine à pro-
duit de plus vil ; les actions les plus pures , les
paroles, les regards même tout est empoi-
sonné par le souffle impur de la méchanceté
et de la calomnie. On insulte au malheur non
mérité d'un infortuné monarque. On sourit à
ses peines , on s'abreuve de sa douleur. Le plus
puissant des rois , afin de pourvoir aux besoins
de sa famille, est contraint de réclamer la géné-
rosité d'aufrui. Celui qui dispensoit ses trésors , se
trouve réduit à l'indigence (2).
Pour comble d'horreur, son fils, l'héritier
de sa couronne , celui dont les caresses in-
nocentes versoient une douce consolation dans
son coeur, lui est enlevé. Ce coeur vraiment
paternel manqua se briser à cette séparation
(1) Il étoit question de loger la famille royale dans le palais
du Luxembourg Le conseil de la commune représenta qu'il
ne pouvoit pas répondre de sa sûreté dans un palais où les issues
étoient si multipliées. Mais comme si, dans Paris, il n'y eût pas
d'autre lieu pour ta placer plus dignement, elle fut transférée,
le 13 août 1792 , dans les prisons du Temple.
(2) Il fut obligé d'emprunter une somme de quelques louis.
(11)
cruelle ! Mais la résignation', cette première qua-
lité du vrai chrétien, le soutint contre ces ter-
ribles épreuves, et luttant contre le crime et le
malheur, sa vertu ne parut que plus sublime
et plus pure.
Cependant on avoit déjà décrété le grand
crime. On alloit donner un grand exemple
d'ingratitude et de perversité. Par un trait de
la plus atroce barbarie , on vouloit surpasser
les scélérats les plus fameux. Des monstres d'une
espèce nouvelle alloient faire frémir la terre,
honteuse de les avoir enfantés.
Après plusieurs mois passés dans les angoisses
de la mort, et en butte à ce que peut inventer
de plus cruel l'industrie là plus féroce, le jour
à jamais mémorable arrive; jour que l'uni-
vers a consacré par ses larmes. Le monarque
fut jugé par ses sujets; l'homme juste fut op-
primé; le bon père fut égorgé par ses enfans....
ses enfans ? non, ils n'étoient plus tels. Ils avoient
renoncé à ce titre , à leur patrie. La nature
même les avoit désavoués; ils n'étoient plus au
rang des hommes.
Au milieu de ses bourreaux, Louis , supé-
rieur à ses maux, exemple sublime d'un cou-
rage et d'une bonté inépuisables , sembloit
s'élever au-dessus des mortels. La divinité l'en-
vironnoit , et si son corps gémissoit encore sur
( 12 )
la terre , son esprit dégagé de ses liens fragiles,
planoit déjà triomphant dans le ciel.
Cependant le moment terrible approche ,
on donne le signal lugubre ; le dernier mot est
prononcé , et les bourreaux s'emparent de sa
victime : qui pourroit peindre ces tristes adieux ?
qui sauroit concevoir cette scène déchirante
de douleur et de larmes ? qui sauroit digne-
ment rendre l'affliction d'une épouse et d'une
soeur? Mais quels cris se font entendre!
c'est vous, jeune et aimable princesse! prête
à succomber à l'excès de tant de malheurs ;
vos gémissemens font retentir les voûtes de ces
sombres demeures : vos forces vous abandon-
nent ; vous tombez sur le sol, privée de sentiment
et presque de vie.... Vos yeux se rouvrent à la
lumière ; ils cherchent encore un père.... hélas !
il n'est déjà plus !
Ayant épuisé tout le calice de l'amertume,
et pardonné à ses assassins , le juste avoit
expiré. Un morne silence règne dans toute la
ville : le deuil est dans tous les coeurs des bons,
la terreur peinte sur tous les visages : on craint
la foudre du ciel en courroux ; mais le grand
sacrifice est déjà consommé , et il ne reste plus
que la mémoire d'un grand forfait.
Abreuvés du sang de leur maître, ces monstres
(13)
ne devoient pas respecter celui de l'épouse et,
de la soeur.
Cette mère tendre pleuroit encore là perte
du meilleur , du plus chéri des époux , lorsque
des satellites inhumains viennent arracher de
ses bras le fruit de ses entrailles. Les larmes
de la beauté suppliante, ses prières, ses cris,
son désespoir ne purent fléchir ces âmes fa-
rouches. Le fils des rois est livré à des mains
sacriléges: il est condamné à l'infamie, à l'op-
probre , à gémir sous la froide cruauté d'un
barbare... Que son nom ne souille pas les pages!
qu'il rentre dans l'oubli, clans le néant d'où
il tira son abjecte existence, Malheureux prince!
les grâces de l'innocence ne purent te sauver.
Après avoir subi les plus cruelles tortures, tu
péris enfin de misère et de douleur !
Reine infortunée, en le précédant au tom-
beau , tu pus ignorer cette catastrophé horrible!
Le tribunal de l'iniquité, après avoir dé-
chiré le coeur d'une épouse et d'une mère ,
a prononcé son dernier arrêt,... Que d'inter-
rogatoires perfides ! que de calomnies atroces
l'accompagnenl! .... Aux yeux des méchans, tu
n'avois que deux grands crimes : ta naissance
et la vertu. Elle subit son sort avec cette fer-
meté sublime qui en impose même aux bout-
(15)
secours que dans la providence du ciel?.. (I)
Oui, le ciel la conservera pour cette nation
égarée et malheureuse qu'elle chérit encore, et
dont un jour elle doit faire le bonheur. La pitié
étant méconnue, la politique détourne de sa tête
le glaive encore fumant du sang des siens. Elle
va porter dans d'autres climats ses malheurs et
ses charmes. C'est là, où, élevant un tombeau
à la mémoire de son père ; elle va déposer
tous les jours , près de celte urne sacrée, ses
regrets et ses larmes. Louis en reçoit l'hom-
mage dans le ciel ; il écoute tes voeux ; il les
exauce. Tu reverras ta patrie, et, au milieu de
mille cris de joie, tu mêleras tes larmes à
celles que ta présence fera répandre. Tu verras
se relever ce trône qu'une main invisible pro-
tégera contre ses ennemis.
Mais, quel espace horrible nous sépare de
ce jour de paix et de bonheur ! La mesure de
l'iniquité ne sera-t-elle pas comblée? non, il
n'y a pas de mesure pour les méchans. Ils pro-
fanent les temples , ils abattent l'autel, troublent
(I) On a cru ne devoir pas priver le lecteur de quelques vers
composés par une âme sensible sur le sort malheureux de cette
auguste princesse, lors de sa détention au Temple. On les
trouvera à la fin de l'ouvrage.
(14)
reaux. Sa tête charmante , où toutes les grâces
régnoient à l'envi, tomba sur le même glaive
qui l'avoit privée d'un époux.
Et toi, digne fille de saint Louis (I) di-
vine Elisabeth , quel fut ton crime ? Douce ,
bienfaisante, tendre soeur, bonne amie, tes
vertus furent telles , que la malignité même
n'osa pas les attaquer. Hélas! tu péris! mais
Je coup qui priva de la vie trois êtres nés
pour donner un rare exemple de patience et
de malheur, va les réunir dans la demeure
des justes. C'est là, où, loin, de la perversité
des hommes , ils jouiront à jamais de la ré-
compense éternelle , que tant de souffrances
leur ont méritée.
Après tant de victimes, la dernière ne sera-
t-elle pas épargnée? cette tendre fleur qui s'ou-
vre à peine tombera-belle flétrie sous le fier
du scélérat ? ne respectera-t-on pas un coeur
innocent et sensible, qui a passé par toutes les
transes de la douleur ; qui a vu successivement
arracher de ses bras , un père , une mère, un
frère, et une tante chérie ; qui seule, orpheline,
n'a d'autre consolation que ses larmes, d'autre
(I) Du côté de Robert, le plus jeune des fils de saint Louis.
Ce Robert épousa Béatrix, héritière d'Agnès de Bourbon,
seigneur de Bourbon.
(16)
les cendres des morts, insultent les restes du
plus grand des monarques Détournons les
yeux de ce tableau funeste : fixons-les sur un
autre moins effroyable... Ciel que vois-je? en-
core de nouveaux crimes !
Quel monstre, sorti des rochers de la Corse,
vient verser sur la France toutes les espèces de
malheurs ? Rebelle au roi qui l'accueillit dans
sa jeunesse , déserteur des drapeaux qu'il avoit
juré de défendre; audacieux, entreprenant,
il sait se faire remarquer parmi les défenseurs
de l'anarchie (I). Le massacre des Parisiens est
son second exploit ; et il s'ouvre par là un
chemin à la fortune. Chef des armées, il soumet
une nation qui, rassasiée de bonheur, deman-
doit à grands cris des chaînes (2). Aventurier
hardi, il traverse les mers , et là, dans les terres
que féconde le Nil , oubliant son honneur et
son Dieu , à l'aide d'une lâche apostasie, il veut
(1) Ce fut à l'occasion où Toulon fut attaqué par les escadres
combinées anglaise, espagnole et napolitaine. Il paroît qu'une
batterie que Napoléon établit incommoda beaucoup les alliés. •
(2) Les noms vagues de LIBERTÉ, ESALITÉ , etc. s'étoient fait
beaucoup de prosélytes en Italie. Plusieurs provinces reçurent
les républicains comme leurs libérateurs, et avec dès transports
de joie. Bientôt après, ces transports se changèrent en repro-
ches et en plaintes.

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