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LE PEUPLE
POÈME,
PARIS, — IMPRIMERIE DE HENRI DIIPUY,
ÎIUF V'. I.A MONNAIE, K. 1t.
LE
PEUPLE
(EN 1830);
|Jo«me
PAR L. FOY.
PRIX : 8 FR.
PARIS
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1837
Au peuple, moins d'humilité,
Aux grands, moins d'orgueil.
Peuple tu es loul, lu peux tout ; connais la
puissance, sens la dignité, sois fier : l'or-
gueil t'affranchira,
l'humilité l'asservil.
PREFACE.
Lorsqu'on sent dans son coeur quelque chaleur civique,
On doit entretenir le feu patriotique.
Des Hercules, n'ayant point la conscience de leur force, se
laissent enchaîner par d'astucieux Pygmées; un ami leur crie :
Vous êtes tout, vous pouvez tout, etc. S'adressant aux. hommes
qui ont besoin de philosophie et parfois d'enthousiasme; quant
à ceux qui savent discerner le bien du mal, et participent à ce
dernier, vouloir les corriger par des écrits, c'est une chimère :
chez eux , le vice a pris racine; il n'y a plus que les coups ou
la crainte pour en empêcher le débordement.
Sur cela, laissant à démêler mon but, je m'abandonne à l'hu-
meur des médians, aux encouragemens des justes et à la garde
de celui qui veille sur eux.
DEVOIR DU POÈTE.
Ne croyez pas l'homme de génie, lorsqu'après avoir varié entre
le peuple et la tyrannie, il en accuse l'erreur : le génie
ne commet pas d'erreurs si grossières.
DEVOIR.
Ceux qui font le plus pour les peuples sont
nommés téméraires par les égoïstes.
II est au Mont-Sacré mille talens divers
Qui, richement dotés par le démon des vers,
Par des accords empreints de mollesse et de grâce,
Des poètes de cours suivent la douce trace,
Chantent le vice heureux , et, sans nul déshonneur,
D'un art noble et divin font un art suborneur.
Bien que de ces écrits j'admire une partie,
Pour leurs auteurs mon coeur n'a point de sympathie.
Et je n'apprendrai d'eux qu'à mieux polir mes vers ,
A rendre harmonieux mes sarcasmes amers.
Rien de plus. Car du peuple, où je me tiens sans cesse,
Ma parole âpre et sombre a toute la rudesse :
Tel est mon rhylhme, à moi. D'ailleurs, en mes loisirs,
Je ne goûtai jamais ce qu'on nomme plaisir ;
Ma voix pour les chanter manquerait d'harmonie :
Mais les douleurs du peuple appellent mon génie,
Il a tout mon amour , je n'écris que pour lui,
C'est le seul Apollon que j'invoque aujourd'hui.
Pour cela, me disais-je, il faut des sacrifices ,
Bien peser ses penchans, ses passions, ses vices,
Et toutes ses vertus ; pour ne point déserter
Le sublime étendard que l'on veut adopter ,
Il faut savoir braver la misère importune,
Et sentir que son bras dompterait l'infortune;
Se conlenter de peu ; tôt ou tard du courroux
Des méchans qu'on flagelle on doit sentir les coups ,
Sans vertu, des tyrans devenant satellites,
Dans l'erreur avec soi jetant ses prosélytes,
On écoute plus tard d'insidieux discours.
Car « ils sont bien heureux les poètes de cours,,
» Nous dit-on. Au pouvoir épargnant la satire,
» D'or et de diamans on peut orner sa lyre.
» Ceux qui de l'art des vers ont mérité le prix ,
» Pour approcher des rois, n'ont pas eu nos mépris.
» Voyez le grand Shekspire au royal ossuaire,
» Camoëns enterré sans un drap mortuaire,
» Le Dante errant partout, Corneille allant pieds nus ,
» Et tant d'autres talens décimés inconnus :
— 6 —
» Jugez , d'après leur sort, s'il faut heurter sa tête
» Contre les potentats qui portent la tempête.
» Avouez que c'est là de la témérité.
» Soyez sage, passez des jours de volupté. »
Mais comment, dites-nous, étouffer les pensées
Que viennent inspirer des nations froissées?
En obtenant des rois les gracieux souris,
Chantez les conquérans, les femmes et les ris,
Versez le feu sacré de votre ardent génie
Dans les salons musqués, sur la verte prairie ,
Embaumez votre muse ; et prairie et salon
S'enivreront du bruit de son doux aquilon.
Fermez l'oreille aux cris que pousse la tourmente ,
Fuyez loin des cités quand la tempête augmente ;
Si ses flots débordés couvrent les champs , fuyez ;
Fuyez, si les autans se roulent à vos pieds :
Car pour chanter au sein d'une telle ruine,
Il faut qu'ils soient d'airain, le luth et la poitrine.
Oui ; mais ils sont passés ces temps où, dieux des cours,
On jetait son estime aux galans troubadours.
La terre est en travail. On veut que le poète
Ait un louable but, ou sa gloire est muette.
Et lorsqu'on peut laisser un noble souvenir,
Ou quelque exemple utile aux siècles à venir,
Ecouter une voix qui lâchement convie
A redouter la mort pour quarante ans de vie,
Est d'une ame vulgaire, et non de l'homme fort
Qui devant le devoir ne voit jamais la mort.
Oui, noble Camoëns, Juvénal, sombre Dante,
Quand bouillait le génie en votre tête ardente,
Quand de vos coeurs de feu s'échappaient vos accens,
Le malheur vous serrait entre ses bras puissans ,
Toute fleur se fanait où reposaient vos têtes ;
Mais vous dormiez sans honte au milieu des tempêtes.
Comme votre génie en face des tyrans,
En face du malheur vos coeurs sont restés grands ;
Tandis qu'aux pieds des rois se traînaient les Horace ,
Vous erriez loin des champs qu'habitait votre race,
Et lorsqu'ils se vautraient dans la servilité,
Vous dévoriez le pain de la mendicité.
Mais qu'ils étaient petits dans leur grandeur altière,
El que vous étiez grands même dans la poussière!...
— 9 —
Ah ! combien vos manteaux, mutilés par le temps,
Auraient enveloppé de ces faibles titans !
Car leurs fronts, étoiles des largesses du trône,
N'auraient pu du martyr supporter la couronne.
Ils ont rempli leur tâche. Oui, la divinité
Veut que le vertueux soit partout cahoté.
Hommes, quittez enfin la frivole manie
D'honorer ceux de vous qui n'ont que du génie.
Alors, vous les verrez, voués aux nations ,
Prendre pour but le coeur des générations.
L'amour le plus louable est celui de la gloire,
Mais une gloire utile et digne de l'histoire.
Sans vertu le génie est un don des enfers ;
Il enchaîne le peuple, et l'autre rompt ses fers.
— 10 —
Or, laissez donc vos chants à la faible cohorte ;
Car pour parler aux rois il faut une voix forte ;
Lorsqu'on veut leur lancer de redoutables traits ,
On rencontre en champ-clos les gardes du palais ,
El peut-être ma voix est si faible, qu'à peine
Suis-je le moucheron bourdonnant dans l'arène.
Mais si dansjmon cerveau le génie eut germé,
Si j'étais comme vous dans son cercle enfermé,
Barde d'un peuple fort au tournoi populaire,
Je jetterais le gant aux tyrans en colère,
En frappant de tels coups sur l'or et les joyaux,
Qu'ils pourraient voir mon front parmi leurs fronts royaux.
ANNIVERSAIRE.
Tin peuple froid aux chants nationaux n'est pas éloigné
de la servitude.
L'ANNIVERSAIRE.
Quand des feux de Juillet les vives étincelles
Du globe, en nos climats, réchauffaient les mamelles,
On voyait les soldats en rouges échelons,
Parés du baudrier en croix sur leurs poitrines,
Du ruban de l'honneur, d'aigrettes purpurines ,
Et de leurs plus riches galons ;
— 14 —
Le cavalier fougueux à la noire crinière,
Le svelle lancier agitant sa bannière,
L'artilleur accoudé sur son brutal ami ;
Trinité d'homme fort, qu'aux jours de la tempête
On trouve le coeur gai comme en un jour de fête,
Ferme et terrible à l'ennemi.
Du bastion de Henri la flamme toujours neuve,
Se livrant aux baisers de la brisé du fleuve,
Semblait vouloir monter vers le trône éternel ;
L'airain retentissant, de sa voix éclatante,
Réveillant les échos d'une ville riante,
Jetait son timbre solennel.
Et le peuple courait sur la pelouse verte,
Les vieillards se rangeaient aux fenêtres ouvertes,
Le jeune enfant montait la borne de granit.
Oh ! quel enivrement, oh ! quel jour, quelle fête !
Celte patrie , hélas ! que trois jours nous ont faite,
Semblait s'envoler au zénith.
Tous coeurs étaient contens, toutes bouches riantes,
Toutes voix célébraient, en mille variantes,
Le grand anniversaire objet de notre amour ;
Du bois Elyséen la terre satisfaite
Nous semblait revêtir sa parure de fête.
Qu'elle était coquette en ce jour !...
Et la nuit revêtant ses habits de lumière,
Comme le globe alors de son aube première
Lorsque la main de Dieu l'arracha de la nuit,
La ville des grands cris riait de l'incendie,
16 —
Chantait, quand par ces feux elle était envahie,
Dans l'attente d'un plus grand bruit.
Cent jets de flamme et d'or s'élançaient dans l'espace,
En averses de feu tombaient sur la surface ;
Jaillissant, à la fois, par milliers dans les airs ,
Etoiles el soleils que le salpêtre embrase ;
Opales, diamans, jaspes, béryls, topaze,
Ont moins de couleurs , moins d'éclairs.
Mais la ville aujourd'hui pleine de rêverie,
Morne, n'entonne plus, comme une ode inouie,
Son chant d'amour sans borne au vol magique et prompt,
Et qui se reflétait brillant sur chaque front.
Aux fantassins émus d'une joie indiscrète,
Une voix, se jouant dans les crins de l'aigrette,
— 17 —
Disait :« Ils sont tombés ceux qui jetaient à flot
Devant nous les lueurs de leur royal complot,
Qui moissonnaient nos fils , et désolaient nos villes
En lançant le flambeau des discordes civiles.»
Cette voix ne dit plus : Secouons nos douleurs ;
Babylone a senti couler de nouveaux pleurs.
Descendez, troupes immortelles;
Et, sur les ailes de l'éclair,
Faites gémir vos blanches ailes
Parmi les atomes de l'air.
Semez de suaves couronnes
Sur le sépulcre des martyrs.
Ornez de la splendeur des trônes
Ces lieux d'où partent nos soupirs.
— 18 —
Mais, de la bruyante trompette,
Que n'éclatent plus les accords ;
Ces bruits, annonçant une fête,
Réveillent le courroux des morts.
AUX
PATRIOTES PURS.
Parler patrie, el ne rien faire pour elle, c'est profaner
l'auguste nom de patriotisme.
AUX PATRIOTES.
A vous, nobles amis !... à qui le grand tableau
Offre aux jours solennels un spectacle nouveau,
A vous l'accent du coeur!
A vous ma raillerie,
Hommes pour qui Juillet n'est qu'une vieillerie !
Oui; dès que d'un martyr s'est ouvert le cercueuil,
L'oubli de ces coeurs froids est un épais linceul
— 22 —
Qui le dérobe aux yeux de l'ignorant vulgaire ;
C'est au génie heureux à prendre le rosaire.
Qui périt pour le bien est au rang des martyrs ;
On doit orner de fleurs d'aussi grands souvenirs.
Vous, égoïstes froids , si, de votre mémoire,
Un seul lustre a suffi pour rayer tant de gloire,
Où le second commence, il faut vous rappeler
Que l'on a vu pour vous un noble sang couler.
TACHE.
On peut chanter le nom que jettent mille échos.
Que faut-il pour chanter un peuple de héros ?
Un peuple révolté contre ses oppresseurs,
Un roi courbé par lui jusque dans la poussière,
Un noble enthousiasme embrasant tous les coeurs,
Les ténèbres que chasse une douce lumière,
— 23 —
Les combats, les hauts faits du peuple souverain
Qui reprend en trois jours sa liberté première,
A travers tous les bruits du fer et de l'airain ;
Ainsi qu'un forgeron , tirant de la fournaise
L'étincelant métal d'une impassible main :
Voilà quel est le poids qui sur ma tête pèse,
Voilà ce que tu dois, poète, dans tes vers,
Poser, comme un fanal, aux yeux de l'univers.
LIBERTE.
La liberté n'est pas de donner un libre cours à
son humeur, mais de ne voir de digue qu'à l'in-
justice.
Lorsque la Liberté, celle déesse forte ,
Que proscrivent des rois loin du seuil de leur porte.
— 24 —
Est lasse de gémir sous les coups des bourreaux,
Dans les cachots obscurs encadrés de barreaux ;
De voir les nations sanglantes et meurtries
Courber leur dos nerveux et leurs faces flétries,
Criant les poings crispés d'un affreux désespoir,
Vers l'engourdissement que ramène le soir ,
Alors elle se lève, et ses fortes épaules
Renversant ses prisons, ébranlent les coupoles.
Elle brise des tours les créneaux oppresseurs,
Fait craquer les anneaux de ses fers agresseurs,
Ranime ses enfans, et, pantelant génie,
Les jette grands et forts devant la tyrannie.
Préparés dès long-temps à de terribles jeux,
Ils font jaillir l'éclair de leur front orageux ;
De longs drames de sang épouvantant les villes,
Aux sinistres lueurs de leurs torches civiles,
— 25 —
Ils inondent de cris, comme un fleuve en passant,
La rue aux pavés noirs teinte encor de leur sang ;
Bondissent en lions ; lambeau vivant d'armée,
Traversent en tous sens une ville alarmée ;
Ouragan animé, renversent dans ce vol
Les tyrans parsemés sur tous les points du sol ;
Promenant l'oeil en feu de grandes destinées,
Nivèlent à leur front les têtes couronnées,
Et de leur bras de fer ébranlant le beffroi,
Font rouler à leurs pieds une tête de roi.
DES CAUSES
DE LA.
RÉVOLUTION DE JUILLET.
Les capacités, qui furent souvent le lot
des esclaves, font la force; il faut donc qu'elles arrivent à tout; ou elles
renverseront tout, pour s'élever sur les débris d'un monument vicieux,
qu'elles reconstruiront inaltérable.
DES CAUSES
DE LA
RÉVOLUTION DE JUILLET.
O nations ! écoutez-moi ;
A mes accens prêtez l'oreille.
Je vais raconter la merveille
Qui mit les peuples en émoi.
— 30 —
Mais avant, des temps moins prospères,
Rappelons, en malheureux pères,
A nos descendans attristés,
Les jours de tempête et d'orage,
Où la tyrannie en sa rage
Frappait leurs aïeux révoltés.
QUATRE-VINGT-NEUF.
C'est ici qu'on le vit, reprenant son pouvoir,
Contre un faible monarque élever son front noir,
Et secouer enfin ses poudreuses sandales
Sur le gothique seuil de ses tours féodales.
QUATRE-VINGT-NEUF.
Quand la vague en fureur, aux longs flancs de la côte,
S'apprête à secouer l'esquif du vieux pilote ,
D'abord la grande mer, sous le vent qui rugit,
Pousse des flots houleux, se balance et mugit ;
Le tonnerre roulant part, et brise un nuage,
Dont les flancs entrouverts nous vomissent l'orage ,
5
— 34
Broyant, déchiqueté par les torrens amers ,
Tout esquif tournoyant sur la tête des mers :
Ainsi le peuple grand, ensanglanté se lève!...
Emportant dans ses mains et ses lois et son glaive,
Broyant un monde vieux sous un monde nouveau,
Froissant la tyrannie aux cris aigus : bravo !
Tonnant, criant /couvrant de ses réseaux de laves
Les somptueux carbets, réceptacles d'esclaves ;
Fesanl ployer le fort sous son bras courageux ,
Fesant trembler le faible au fracas de ses yeux ;
Et le front rayonnant d'un sublime baptême,
Jetant aux grands ces mots : Analhême! anathême!.
Le peuple, mitraillé dans lé douze juillet,
De sa longue agonie enfin se réveillait.
— 35 —
« Non, nous ne ploîrons pas dans l'égoût de la honte;
» Non, tandis qu'à nos fronts l'indignation monte
» D'avoir un joug dé"fer, un cilice d'airain,
» Et la serre d'acier de l'autour utérin ,
» Il faut enfin montrer, nous, enfans de la France ,
» Un courage invincible au sein de la souffrance ;
» La haine des tyrans, et la témérité
» Qui fait craquer les fers et rend la liberté. »
A ces pensers le coeur de la cité pétille.
Elle sent sur sou front le pied de la Bastille.
Cette reine au front noir, au porl majestueux ,
Au sourire éloignant, dont le coeur ténébreux
A/sous un voile épais, caché tant de grands crimes,
Tant d'hommes innocens, tant d'augustes victimes ,
Que les rois sans remords entassaient en monceaux,
Comme un ramas impur qui coule des ruisseaux.
— 36 —
On donne le signal, el la vieille Bastille
Tombe avant qu'un cadran tourne trois fois l'aiguille ;
Et la chute du fort, par un peuple irrité,
Jusqu'en ses fondemens trouble la royauté.
Le jour où Valasé, dans son ardeur civique ',
Vint enseigner à tous la morale pratique,
On voyait opprimer le faible par le fort,
Partout les rois trônes sur des monceaux de morts.
Détruire ces abus , ce fut la tâche ardue
Qu'entreprenait alors la liberté rendue.
Le volcan souverain, de la patrie en deuil,
Exhuma les saints droits enfouis au cercueil ;
Gronda long-temps au sein de la cité chérie,
Afin de la sauver, désolant la patrie.
Lameth et Mirabeau, Vergniaud etBarnave,
Implacables rivaux, brûlaient tout de leur lave.
QUATRE-VINGT-TREIZE.
Le temple de la liberté est construit avec du sang
et des têtes de martyrs.
QUATRE-VINGT-TREIZE.
Sombre quatre-vingt treize ! ô jours de pleurs, de cris !
Immense catafalque à nos regards surpris,
Grand fanal d'Océan où le peuple s'éclaire,
Grand écueil où des rois vient sombrer la colère,
Brise qui rafraîchit un peuple en ses neveux,
Aquilon qui des grands fait dresser les cheveux!
— 40 —
Les rois !... ce fut en vain que voulut leur colère,
De ce creuset bouillant refouler le cratère.
Le vase les saisit, et dans ses flancs d'airain
Fit dissoudre leur sceptre et leur front souverain ;
Puis, éclatant bientôt ainsi qu'une chaudière,
Couvrit de leur venin le sable el la poussière.
REFLEXIONS.
On a reproché à quelques penseurs d'avoir pri
leurs portraits dans les guerres civiles. Où tombe»
les masques, si ce n'est où fermentent les passions.
C'est là que le coeur de l'homme est à jour pou
l'observateur.
Qu'un peuple que déchaîne un cri de liberté,
Jette aux siècles futurs une large clarté !
Aux rois quelles leçons, au peuple quel exemple,
Et quel sujet de pleurs pour celui qui contemple i
Tout fuit, toutmeurt, touttombe,ôdouleursdesdouleurs!
Le sang coule partout dans ces momens de pleurs.
Jéhovah! ton courroux, dans les jours de colère
Où tu broyais tes fils comme l'épi sur l'aire,
Fit-il couler de sang des fleuves plus épais
Que notre politique en ces temps de regrets?
Non, jours affreux! le sang coule partout; la terre
Est un champ désolé , qu'un spectre solitaire,
Armé d'un large acier, rase de tous côtés,
Comme un faucheur son champ de ses coups répétés.
La liberté n'est plus qu'un rouge météore,
Qui luit un jour, s'éteint, renaît, puis meurt encore;
Dont les rayons, touchant le front des nations,
Font rentrer au néant les générations,
Comme de l'ouragan la course impétueuse
Fait tomber le nocher sous la lame écumeuse.
-- A-i
Enfans, restez unis; contenez votre élan.
Ne faites point ainsi que l'ardent pélican ,
Qui pour nourrir ses fils, dans le flanc des murailles,
Par lambeaux palpitans déchire ses entrailles.
Restez sourds aux pervers, et sachez que le sang ,
Quand il coule inutile , est un germe impuissant.
Vous atteindrez bientôt le terrible apogée
Des débris tout sanglans de la France égorgée.
Où souffle la tempête, où vous voyez l'écueil,
Dont le vent du pouvoir précipite au cercueil,
N'allez point vous courber, enfans ; votre souffrance,
Au jour dit par le sort, veillera sur la France.
Restez ferme et debout dans ces momens d'efforts ;
Le docteur coupe un bras, pour sauver voire corps.
Cette cause est sacrée, et ce martyrologe,
Des tyrans qui s'en vont, est la sanglante horloge.
LE
GÉNÉRAL RÉPUBLICAIN.
Il est des génies dont il ne faudrait pas que la
postérité s'entretînt.
LE
GENERAL REPURLICALN.
Mais quel est ce fanal qui domine le globe,
Que les peuples béants contemplent plein d'effroi,
Ce géant, nous montrant dans les plis de sa robe
L'étoffe de plus de vingt rois?
— 46 —
Cet Homme-Dieu qui, planant sur la France.
Prête son bras puissant à notre liberté ?... •
De Charybde en Scylla bientôt, par sa puissance,
Un peuple sera rejeté.
ELLE PART.
La liberté est le premier des biens, le plusdifli-
cile, le plus cher à acquérir ; et pourtant celui qup
l'on perd avec le plus d'indifférence.
Quand tu quittas la céleste demeure,
El que tu vins visiter les mortels,
Tu consolas notre peuple qui pleure :
El le Français t'a dressé des autels.
L'ambition va renverser ton culte,
Souiller ton front de ses baisers affreux.