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Le Retour à la religion, poëme suivi du Sacre de Charles X, par M. Baour-Lormian,...

De
55 pages
P. Dottin (Paris). 1825. In-8° , IV-63 p..
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LE RETOUR
A LA RELIGION,
SUIVI
DU SACRE DE CHARLES X.
PARIS. —DE L'IMPRIMERIE DE RIGNOUX,
RUE DES JFRAKCS-BOURGEOIS-S.-MICHEt, H° 8.
LE RETOUR
A LA RELIGION,
POEME,
SUIVI DU
8AQUR BB (G5H&1IL]ES S,
PAR M. BAOUR-LORMIAN,
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE.
PARIS,
Chez M. PAUL DOTTIN, éditeur , rue de l'Échiquier, nos 30 et 22 -r
M. AIMÉ ANDRÉ, libraire, quai des Augustins, n° 59;
M. LEROND, libraire, rue Castiglione, a0 4.
M DCCC XXV.
Srt itetinur
A LA RELIGION,
£rown&.
CINQ ans déjà passés, muette et suspendue,
Ma lyre à des cyprès languissait détendue ;
Mais de Jérusalem les concerts renaissans
D'un sommeil léthargique éveillent ses accens.
Par un chantre immortel si ta voix inspirée
■Célébra de Bouillon.la conquête sacrée,
O ma lyre ! en ce jour retrouve les accords
Qui du Jourdain esclave affranchirent les bords.
i
(O
Le méchant avaifcdit : « Dieu n'est point : un vain songe
De son pouvoir suprême enfanta le mensonge.
« Le hasard seul fait tout : ses caprices divers
« Font mouvoir les ressorts de l'immense univers.
« Grâce à lui, tout se meut, respire et se colore;
« S'il existe ce Dieu que la faiblesse implore,
« Qu'il vienne, armé d'éclairs, de foudresmenaçans,
« Nous imposer des lois et forcer notre encens. »
C'est ainsi qu'il parlait dans son délire extrême,
Que sa bouche, exhalant l'outrage et le blasphènie,
Infectait de son souffle un peuple infortuné.
Mais lorsque, dans son coeur au crime abandonné,
De ses voeux au Très-Haut il refusait l'hommage,
Devait-il ici-bas respecter son image? »
Non : le monde, frappé de stupeur et d'effroi,
A l'échafaud sanglant le vit traîner un Roi.
(3)
Et quel Roi! Des mortels le plus sage peut-être ;
Qui, dans le rang suprême où le ciel le fit naître,
Appui des malheureux, comme un second Titus,
Sur le trône compta ses jours par ses vertus.
Teint de ce noble sang, est-il une barrière
Qui puisse des forfaits lui fermer la carrière?
« Quoi ! de vils imposteurs sous la bure cachés,
« Au joug de leur idole à regret attachés,
« Du sein de la retraite où languit leur paresse,
K Viendront incessamment fronder notre allégresse,
« Et, d'un voile hypocrite entourant leurs désirs,
« Des vengeances du ciel effrayer nos plaisirs !
« Ah ! c'en est trop ; pour eux plus de paix, plus de trêve :
« Le Peuple souverain les dévoue à son glaive...
m
« Qu'ils meurent! » Et, surpris dans ses solennités,
Bieu livre à leur fureur ses temples dévastés.
Le pain miraculeux, les vases symboliques,
Les urnes des parfums, trésors des basiliques,
(4)
Sur un vil quadrupède, au milieu de Paris,
Promenés en triomphe, indignement flétris,
Provoquent des brigands l'insulte et la risée ;
Et, pour mieux avilir leur pompe méprisée,
Des femmes, les cheveux horriblement épars, •
De lâches histrions, rebut de ces remparts,
Chargent les ornemens et de pourpre et de soie
Qu'aux fêtes du Seigneur le pontife déploie,
Et dans l'or profané du calice divin
S'abreuvent tour à tour d'hydromel et de vin.
Comme ce noir Esprit à son auteur rebelle,
Immortel dévoré d'une flamme immortelle,
Des tourmens de la terre enchante sa douleur,
Des fidèles ainsi conspirant le malheur,
L'impie ose encor plus, et sa haine profonde
( 5)
Veut dans tous ses élus frapper le Dieu du monde.
Ces hommes vertueux qui du pied des autels
Envoyaient la Prière au secours des mortels,
Dont les austérités, les jeûnes, les cilices,
D'un monde corrupteur expiaient les délices ;
Ceux qui dans le désert fécondé par leurs mains,
Solitaires, fuyaient les regards des humains,
if
Le cénobite errant, le simple anachorète
Qui le soir recueillait au sein de sa retraite
Tantôt le pèlerin revenant les pieds nus
De visiter des lieux à sa ferveur connus,
Tantôt le voyageur que parmi les fougères
Égarait le phosphore aux lueurs mensongères,
A leur béatitude, à leurs travaux pieux,
Arrachés en tumulte et bannis des saints lieux,
S'enfoncent à travers les bois et les vallées,
Sous le rempart poudreux des roches isolées *
Se cachent l'oeil en pleurs, et, dans leur abandon,
(6)
De leurs bourreaux au Ciel demandent le pardon.
Le Silence et le Deuil, fantômes des ruines,
Habitèrent dès lors les retraites divines;
L'orfraie y prolongea ses lamentables cris;
La ronce y serpenta le long de ces pourpris ;
Et si le voyageur, battu par la tempête
Qu'un nébuleux Couchant déployait sur sa tête, >
Se frayait un passage au sein de ces vieux murs
Ecroulés à demi, comme la tombe obscurs,
Il entendait des bruits mystérieux, terribles, -,
Et des toits ébranlés les craquemens horribles.
Aux lueurs de l'éclair parfois il croyait voir,
Se rendant tour à tour aux prières du soir,
Des hommes au front grave, à la démarche austère,
Traverser lentement le cloître solitaire.
Parfois il lui semblait que des spectres hideux
Flamboyaient dans la nuit répandue autour d'eux ;
Et, de ces visions accueillant l'imposture,
(7)'
Il frissonnait; ses pieds errans à l'aventure,
Des ronces dégagés après de longs efforts,
Heurtaient la pierre antique où reposaient les morts.
Les morts !... Mais en ces j ours qu'a-t-on fait de leur cendre?
On vit dans leurs tombeaux l'Impiété descendre;
Au fond des souterrains, noir séjour du trépas,
On la vit l'oeil en feu précipiter ses pas;
Renverser, en hurlant, de leurs trônes funèbres
Des sages, des héros, des monarques célèbres;
Et»dans tous leurs débris profaner à nos yeux
Onze siècles de gloire exhumés avec eux.
O toi ! de tes sujets le vainqueur et le père,
Que la France bénit, que le monde révère,
Ce n'était point assez qu'un poignard assassin
Au milieu de ton peuple eût déchiré ton sein,
La haine te poursuit dans ton dernier domaine :
Une femme, ou plutôt un monstre à forme htftnaina
Osa, dans les transports d'un courroux insensé,
( IO)
Fuyant bien jeune encore un monde suborneur,
Et voué par son choix au culte du Seigneur,
A ses devoirs sacrés Théodore fidèle
De ses pareils long-temps se montra le modèle.
Mais d'un peuple égaré lorsque les oppresseurs,
De l'autel en totis lieux chassant les défenseurs,
De larmes et de sang eurent baigné la France,
Désormais sans appui comme sans espérance,
Et toujours dans sa foi Théodore affermi
Vint se réfugier sous le toit d'un ami : ,
Car il s'est rencontré, dans ces jours d'épouvante,
Des coeurs où l'amitié régnait pure et fervente.
Éloigné de sa mère, hélas! depuis dix ans,
De peur de la livrer aux soupçons des brigands,
Il ne s'informe point de ses justes alarmes.
Pauvre mère, en secret qu'il te donne de larmes!
Toutefois, dans l'asile ouvert à sa vertu,
Il songe au digne emploi dont il est revêtu,
( » )
Et sitôt que la nuit enveloppe les plaines,
Des chrétiens gémissans il vient flatter les peines,
Au nom d'un Dieu sauveur vient les entretenir,
Relever leur espoir, les plaindre et les bénir.
Sous les déguisemens que sa ferveur emploie,
Artisan ou soldat, dans la publique voie
Il marche librement, calme, et sa charité
Du jour révélateur affronte la clarté;
Et lorsque d'un ami la prudence inquiète
Lui reproche une ardeur quelquefois indiscrète :
« Ah! cessez, répond-il, de veiller sur nies jours;
« De mes premiers sermens il me souvient toujours;
« Je ne suis plus à moi; j'appartiens à mes frères;
« Et que puissent mes soins adoucir leurs misères !
Un jour des inconnus pénètrent jusqu'à lui,
( i» )
De son zèle à l'instant sollicitent l'appui
En faveur d'une femme étrangère et mourante ,.
Arrivée en ces murs des bords de la Charente.
La Charente ! à ce nom Théodore agité
Songe au toit maternel depuis dix ans quitté ;
Mais, déguisant son trouble, à partir il s'apprête,.
Du bonnet factieux enveloppe sa tête,
Emprunte les lambeaux d'un habit indigent,
S'arme d'un lourd bâton, et d'un pas diligent
Suit ses deux conducteurs, dont l'audace alarmée
De périls renaissans voit leur route semée.
Ici des malheureux ravis à leurs foyers,
Citoyens, magistrats, pontifes et guerriers,
Marchent pouf s'engloutir sous des voûtes prochaines
Où les attend l'horreur de la faim et des chaînes.
Là... de quel bruit affreux résonne l'air tremblant!
C'est le char de la Mort sur le pavé roulant,
Traînant à l'échafaud des vieillards et des femmes.
( i3)
Entourés d'assassins et de sbires infâmes.
Par la foule long-temps leurs pas sont retenus ;
Mais sans obstacle enfin les voilà parvenus
Jusqu'à l'humble réduit où, sans voix, sans haleine,
Une femme étendue et ne vivant qu'à peine
Attendait les secours du ministre des cieux.
Ils entrent : Théodore, arrivé dans ces lieux,
Et déjà frémissant d'un trouble involontaire,
Revêt les attributs de son grand ministère ;
Vers la couche s'avance et regarde... O terreur!
Se peut-il? Ses cheveux se hérissent d'horreur.
Il voit, il reconnaît sa mère bien-aimée,
La pâleur de la mort sur ses traits imprimée.
A l'aspect de ce front vénérable et chéri,
Il frissonne, il exhale un lamentable cri.
La mourante à ce cri soulève sa paupière
Languissante, et du jour retrouve la lumière.
Reconnaît-elle un fils, hélas! en ce moment?
( i4)
Peut-être : si du moins un faible mouvement
Peut mêler cet espoir à de trop justes craintes;
Mais nul mot n'est sorti de ses lèvres éteintes,
Qu'un imparfait sourire ouvre et ferme soudain.
Théodore à genoux et saisissant sa main
Par le froid de la mort déjà toute glacée,
La porte avec respect à sa bouche oppressée,
La couvre de baisers, de sanglots et de pleurs.
Tout à coup surmontant ces terrestres douleurs,
Le fils a disparu; le prêtre le remplace.
Apôtre d'indulgence, et de paix, et de grâce,
Il implore le Dieu des vivans et des morts ;
De sa miséricorde épanche les trésors
Sur la couche d'angoisse où l'Agonie horrible
Veille comme un fantôme immobile et terrible ;
Et déjà sur ce front taciturne, voilé,
Sur ses pieds défaillans l'huile sainte a coulé.
Soudain mille clameurs au dehors retentissent;
(i5)
Les brigands, sous ces murs qu'enfouie ils investissent,
Hurlent ces mots:« Allons... un prêtre... un imposteur...
« Il est ici; courons! » O Dieu libérateur,
Permets-tu?... Mais bientôt, par la hache brisée,
La porte tombe et roule en éclats divisée.
O spectacle à la fois touchant et solennel !
Ce prêtre dont les mains lèvent de l'Éternel
L'image sur la croix saintement figurée ;
Cette femme expirante et de voeux entourée,
Découvrant aux regards un sein pâle d'où sort
Le râle convulsif, précurseur de la mort ;
Ces fidèles en deuil prononçant la prière
Que l'Église consacre à notre heure dernière...
Mais qui pourrait fléchir des monstres odieux ?
A ce bruit la mourante ouvre un instant les yeux ;
Une sorte de vie anime son visage ;
De ses sens, de sa voix elle a repris l'usage,
Et dit : Mon Théodore... Elle n'achève pas,
( i6)
Et pour jamais se perd dans la nuit du trépas.
Théodore, entraîné par la horde en furie,
Lance un regard céleste à cette ombre chérie,
Et lui jette ces mots : « Je vous bénis, ma soeur;
« Allez d'un nouveau sort respirer la douceur. »
On l'emmène à travers la vile populace,
Qui de clameurs l'assiège et de près le menace.
L'apôtre sans effroi poursuivit son chemin ;
Un cachot le reçut, et dès le lendemain
Affranchi pour jamais d'une tristesse amère,
Dans les cieux Théodore avait rejoint sa mère.
Tout succombait : enfin le Dieu fort et puissant
Laissa monter vers lui la voix de l'innocent ;
Il étendit son bras, et ce bras tutélaire
Retira ces fléaux, ces gages de colère
( i7)
Qui pesaient sur un peuple au désespoir livré,
Par des songes de gloire un moment enivré.
Dieu voit son repentir et pardonne à ses larmes ;
D'un avenir plus doux il lui montre les charmes,
Et de ses Rois long-temps exilés de nos bords
L'ineffable retour console ses remords.
Les voilà parmi nous ces princes magnanimes !
L'Impiété, tremblante, au fond des noirs abîmes
Devant eux se replonge, et quitte pour jamais
Des lieux à la vertu reconquis désormais.
Oui, trente ans d'infortune ont épuré nos âmes;
Le saint amour du ciel y rallume ses flammes.
Gloire éternelle au Dieu qui finit nos malheurs !
Voyez-vous ces chrétiens de palmes et de fleurs
Ceindre le tabernacle et l'arche d'alliance?
Voyez-vous ces prélats, ces pasteurs de la France?
Sur le front la tiare, à la mainJIencensoir,
Sous le dais symboliquerife retiennent s asseoir;
( i9)
Reprend son doux sourire aussi pur que le jour;
Apaise tous les maux, et tour à tour déploie
Ses pompes de douleur et ses pompes de joie.
Eh! fut-elle jamais plus sublime à nos yeux
Que le jour où ce Roi, l'honneur de ses aïeux,
Terrassé par la mort, et fermant sa paupière,
Alla se réunir aux esprits de lumière?
Elle commande alors les funèbres apprêts ;
Les palmes à sa voix se changent en cyprès ;
La vieille basilique à Denis consacrée,
Comme une veuve en pleurs de crêpes entourée,
Aux clartés du soleil dérobe ses arceaux,
Ses portiques chargés d'emblèmes, de faisceaux,
Ses colonnes où l'or sur des voiles superbes
Éclate en lis brillans ou se dessine en gerbes;
Mille et mille flambeaux d'un océan de feux
Inondent ces parvis et ce dôme pompeux
Où s'élève un cercueil, asile triste et sombre,
(ao)
Qui d'un Roi si puissant ne renferme que l'ombre.
Sa couronne, frappant nos regards attristés,
Mêle à tous ces rayons ses dernières clartés ;
Comme un astre en son cours éclipsé par l'orage,
Verse un reste d'éclat à travers le nuage.
Entendez sous la nef retentir sourdement
Des peuples du Cathai le lugubre instrument !
Il prélude aux accords d'une sainte harmonie ;
Elle implore de Dieu la clémence infinie.
Ici de tant de voix le concert solennel ;
Et là sous ce linceul le silence éternel !
Mais Louis ici-bas ne perd qu'un diadème ;
C'est la Mort qui l'élève à la grandeur suprême.
Salut, paix à ton ombre, ô prince aimé des cieux!
Accepte à ton départ nos funèbres adieux.
Fidèle au Créateur, tu marchas dans sa voie,
Mais le caveau béant réclame enfin sa proie.
Superbe et souveraine encore elle y descend
(2f )
Au milieu des sanglots d'un peuple gémissant.
Sous cette voûte en deuil que nos pleurs environnent,
De trois Princes martyrs les dépouilles frissonnent,
Et semblent recevoir avec un saint transport
Ce royal compagnon que leur donne la Mort.
FIN DU RETOUR A LA RELIGION.