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Le salut national et la vie à bon marché... ou Colonies agricoles et manufacturières

98 pages
au comité d'initiative industrielle (Paris). 1872. France (1870-1940, 3e République). 1 vol. (103 p.) ; in-18.
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LE SALUT NATIONAL
LA VIE A BON MARCHÉ
ET
LES COLONIES AGRICOLES ET MANUFACTURIÈRES
TYPOGRAPHIE DE ROUGE, DUNON ET FRESNÉ,
RUE DU FOUR-SAINT-GERMAIN, 43.
LE
SALUT NATIONAL
ET
LA VIE A BON MARCHÉ
DANS L'APPROVISIONNEMENT DIRECT DES CONSOMMATEURS
CHEZ LES PRODUCTEURS ; DANS LE CRÉDIT DE LA PRODUCTION ;
DANS LE DÉVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION NATIONALE
ET DU COMMERCE EXTÉRIEUR; DANS LA CRÉATION DE GRANDS
CENTRES PRODUCTEURS
OU
COLONIES AGRICOLES ET MANUFACTURIÈRES
PARIS
AU COMITÉ D'INITIATIVE INDUSTRIELLE
Rue des Martyrs, 10.
1872
INTRODUCTION
Il est de toute évidence que plus un objet de
Consommation ou d'utilité quelconque est cher,
moins il s'écoule et plus sa Production se limite.
Toute cause d'enchérissement devient donc un
obstacle à la Consommation et à la Production.
Il n'est pas moins évident que ce qui constitue la
véritable richesse d'un pays, c'est l'abondance des
objets de consommation et d'utilité, et non ce qui
en est le signe représentatif ou le numéraire.
Tout ce qui fait obstacle à la Consommation et
à la Production devient donc une cause d'appau-
vrissement du pays, et d'empêchement au dévelop-
pement de sa richesse réelle.
Le calcul le plus élémentaire nous démontre que
plus les capitaux interviennent dans la fabrication et
les transactions, plus les prix de revient s'élèvent.
— 6 —
L'expérience nous apprend enfin que les articles
de vente doublent ou triplent souvent leur prix de
fabrique, en passant par la série des intermé-
diaires commerçants pour arriver jusqu'aux con-
sommateurs.
De ce simple exposé, il faut conclure que le capi-
tal et le commerce intérieur d'un pays, en tant qu'ils
arrêtent l'essor de la Production et de la Consom-
nation, sont fatalement contraires au développe-
ment de la richesse publique et par suite au bonheur
des peuples.
Ce sont là des vérités élémentaires, qui intéres-
sent au plus haut point notre malheureux pays, et
qu'il faut rappeler à tout le monde, dans leur sé-
vérité.
Nous ne voulons déclarer la guerre ni au capital ni
au commerce intérieur, mais c'est un devoir de mon-
trer l'abîme où ils entraînent la Nation, et de leur
tracer d'autres voies inexplorées qui leur ouvrent
de nouveaux champs de spéculation, en même temps
qu'elles nous font aborder au port du salut national.
Avec toute l'autorité de la science économique
des véritables intérêts du pays, nous disons au com-
merce intérieur de se transformer en agent pro-
ducteur. Et nous lui en apportons les moyens pra-
tiques dans la fondation des Colonies Agricoles et
Manufacturières, grands centres de Production Na-
— 7 —
tionale, et créateurs de la véritable richesse privée
et publique.
Au capital, nous venons dire de reporter ses
spéculations sur le Commerce Extérieur, qui trou-
vera de nouveaux et vastes aliments dans les
produits de la France devenue Puissance Produc-
tive sans rivale dans le monde entier, par suite
d'un bon marché inconnu et réuni à des qualités
supérieures, grâce aux applications économiques
des Colonies nouvelles.
La transformation du commerce intérieur en élé-
ment Producteur et le transport des capitaux sur
les affaires Extérieures, dans le commerce avec les
nations, sont les deux conditions nécessaires au
salut commun.
Le Crédit viendra remplacer les capitaux dans
les besoins intérieurs de la Production.
Et l'Approvisionnement direct des Consomma-
teurs chez les Producteurs, au moyen des Maga-
sins généraux et Comptoirs de détail, tiendra lieu
du commerce intérieur.
Le soulagement impérieux du peuple par la Vie
à Bon Marché et le salut du Pays agonisant sont
à ce prix.
Un devoir de patriotisme et d'humanité nous
impose cette grande Réforme économique, laquelle
trouvera son accomplissement dans la transforma-
1.
— 8 —
tion du Commerce intérieur en élément Produc-
teur national ;
Dans le report des capitaux sur le Commerce
Extérieur, dans la création des Magasins Géné-
raux et le Crédit de la Production;
Enfin, dans la fondation des Colonies Agricoles
et Manufacturières, ou Grands Centres Produc-
teurs.
L'objet de la présente Publication est d'ouvrir
les voies pratiques à la réalisation de ce vaste
Programme.
LE SALUT NATIONAL
LA VIE A BON MARCHÉ
Appel aux Consommateurs pour concourir à la
Vie à Bon Marché, par leur Entente avec les
Producteurs.
Il y a des maux dont la gravité commande un
prompt remède. Le mal dont souffre le peuple est de
ce nombre.
Les prix excessifs des denrées alimentaires et
objets usuels de la vie les rendent de plus en plus ina-
bordables à la classe la plus nombreuse des Consom-
mateurs, et nous portent forcément à les réformer.
Cette cherté qui nous menace de dépasser les li-
mites du possible pour payer les dettes de guerre
et autres, devient la plaie la plus profonde de nos
malheurs publics. Elle ne permet plus à un grand
nombre de Consommateurs de prendre la nourriture
qui leur est nécessaire, en face même d'une abon-
— 10 —
dance relative des productions du sol et des manufac-
tures.
D'où vient un si grand vice économique ?
Il vient du commerce et de l'agiotage. On ne sait
pas assez que c'est le jeu des finances et le commerce
intérieur d'un pays qui y causent la cherté excessive
des objets de Consommation, qui les grèvent, les em-
pêchent de circuler et d'arriver à ceux qui en ont
besoin pour vivre.
Les frais insensés d'établissement, les loyers rui-
neux des boutiques et magasins, le luxe improductif
de leur agencement, les sommes prodiguées à la pu-
blicité et à la vaine représentation, les lourds intérêts
des capitaux engagés et les dividendes qu'ils exigent,
chargent de prix écrasants les articles de vente qui
doivent couvrir tant de dépenses fatales à la Consom-
mation !
Ajoutez à ces causes d'enchérissement désastreux,
la totalisation des fortunes particulières, souvent im-
menses, acquises par les commerçants et les finan-
ciers, vous atteignez à une somme qui se chiffre an-
nuellement par milliards nombreux, et qui sont le
tribut stérile aveuglément payé par les consomma-
teurs à ces intermédiaires aussi ruineux qu'ils sont
inutiles.
Le commerce affame la consommation ; il n'est pas
moins funeste à la production en imposant les lourdes
charges du capital aux oeuvres du travail, qui les ren-
dent moins accessibles aux consommateurs.
— 11 —
La cause du mal étant connue, il devient possible
d'y remédier de suite avec succès, si les intéressés ont
le courage modeste de simplement s'entendre pour
se soustraire à cette cause de ruine et de malheurs,
qui naissent des abus du capital et du commerce in-
térieur.
Consommateurs, concourons à supprimer les inter-
médiaires commerçants et les agioteurs dans nos rap-
ports avec la Production, et nous aurons supprimé du
même coup la plaie qui ronge le peuple, et qui, sans
un prompt remède, menace de le faire mourir de
faim, en face même de l'abondance.
Entendons-nous simplement avec les Producteurs,
pour les aider à arriver directement jusqu'à nous.
A cet effet, exprimons formellement la résolution
de nous approvisionner, selon nos propres intérêts,
chez les Producteurs mêmes, qui établiront collective-
ment des Magasins et Comptoirs de vente partout à
notre portée, et nous aurons, par cette manifestation
pacifique, résolu le problème qui intéresse le plus la
tranquillité et le repos de la Nation. La Vie à Bon
Marché deviendra le prix de cette entente collective.
Les Magasins généraux d'approvisionnement, di-
rectement établis par les Producteurs et Fabricants, en
dehors des charges écrasantes du commerce, avec
interdiction absolue de toute spéculation personnelle
de la part des préposés à la vente, délivreront les ar-
ticles aux prix réels de fabrique, fixés par la fabrica-
tion en chiffres imprimés et authentiques. Nous ver-
— 12 —
rons les prix de fabrique se réduire considérablement
eux-mêmes, par suite du Crédit de la Production dont
il est question plus loin, et qui va résulter de l'exis-
tence des Magasins Généraux d'approvisionne-
ment.
Le grand but économique de l'Entente des Consom-
mateurs avec les Producteurs, porte en lui-même la
certitude d'être atteint par la Consommation immense
des produits qu'assure l'Élément Consommateur lui-
même.
L'entente voulue par la force des choses, réclamée
comme une nécessité de la situation, sera libre, mo-
rale, volontaire; elle se fonde tout entière sur le droit
commun et sur les grands principes de la liberté civile
et économique de l'intérêt particulier et général.
Ces adhésions à l'entente seront un voeu social,
profitable à tous, ne demandant à personne ni enga-
gement, ni sacrifice, mais à chacun une vivante ma-
nifestation des droits et des devoirs les plus impérieux
de l'humanité.
Ces droits et ces devoirs se résument, pour tout
Consommateur et tout Producteur, dans la conquête de
la Vie à Bon Marché, par les voies légales du pays.
— 13 —
BULLETIN D'ADHÉSION
BULLETIN D'ADHÉSION à l'entente générale des
Consommateurs et des Producteurs, en vue de parve-
nir à la Vie à Bon Marché.
J'adhère à l'entente des Consommateurs avec les
Producteurs, dans l'intention de concourir tout mora-
lement à faire baisser le prix des articles, de consom-
mation, afin d'arriver à la Vie à Bon Marché.
L'intérêt direct que je trouverai dans la réalisation
du programme, est une garantie que je me fournirai
dans les Magasins d'Approvisionnement et Comptoir
de détail des Consommateurs.
Il est entendu que cette adhésion est toute morale,
qu'elle ne me crée aucun engagement, et qu'elle me
tient en dehors de toute secte et de tout esprit de
parti.
Nom et adresse de l'Adhérent :
— 15 —
Les Adhésions des Consommateurs sont nécessaires
à la conquête de la Vie à Bon Marché.
Les Adhésions exprimées par les consommateurs
auront une grande portée dans la marche du problème
de la Vie à Bon Marché vers sa solution pratique.
Dans la filiation et la marche logique des faits, les
Adhésions en masse des Consommateurs détermineront
l'Alliance des Producteurs.
Les Magasins Généraux d'approvisionnement résul-
teront de l'Alliance des Producteurs.
Le Crédit de la Production se trouvera fondé par
l'existence des magasins généraux.
La Réduction des prix de fabrique sera la consé-
quence naturelle du crédit de la production.
La suppression des intermédiaires commerçants
s'effectuera inévitablement :
Par l'entente de la consommation et de la produc-
tion ;
Par l'alliance des producteurs ;
Par les magasins généraux d'approvisionnement ;
Par le crédit de la production.
Enfin la Vie à Bon Marché sera le fruit de la réduc-
tion des prix de fabrique, et de la suppression des in-
termédiaires commerçants.
— 16 —
Bureau du Recueil des Adhésions à l'Entente de la Con-
sommation et de la Production pour la Vie à Bon
Marché.
Les Consommateurs sont invités à détacher le
Bulletin d'Adhésion de la page 13, à inscrire au bas
leurs noms et adresse, à titre d'adhérent de la Vie à
Bon Marché, et à l'envoyer au BUREAU DU RECUEIL DES
ADHÉSIONS, rue des Martyrs, n° 10,
Un service spécial du Recueil des Adhésions à do-
micile est établi par le Comité d'Initiative industrielle.
Pour ce service, comme pour plusieurs autres, des
emplois rétribués sont à la disposition des personnes
des deux sexes qui se font inscrire comme Aspirants
aux Colonies, et qui offrent les qualités requises.
Magasins Généraux d'approvisionnement.
Le premier pas vers la conquête de la Vie à Bon
Marché est l'Entente de la Consommation avec la Pro-
duction, formellement exprimée par les adhésions des
Consommateurs.
Les fabricants et producteurs ayant la certitude
d'un écoulement rapide et considérable de leurs pro-
duits, dans cette vivante manifestation des intérêts du
Consommateur mis en éveil, seront poussés par l'in-
térêt, à s'entendre à leur tour et à établir collective-
ment des Magasins généraux d'approvisionnement,
_ 17 —
des Marchés et Comptoirs de vente dans les centres
de population, à la portée des Consommateurs.
Ces Magasins, Comptoirs et Marchés établis hors des
conditions ruineuses du Commerce, dans des locaux
peu coûteux, avec des agencements de la plus grande
simplicité et sans recours aux gros capitaux, ne vont
pas seulement affranchir les Consommateurs du prix
exorbitant des denrées, mais délivrer du même coup
les Producteurs eux-mêmes de la tyrannie des hauts
commerçants qui achètent leurs produits trop souvent
à perte, quand ils les savent dans un besoin pressant
d'argent. En effet, le Crédit de la Production allant se
trouver créé par le fait de l'existence des Magasins
Généraux, comme il est ailleurs expliqué, procure
gratuitement des ressources au Producteur autrement
que dans la vente forcée de ses articles.
Ainsi, l'Entente générale de la Consommation et de
la production n'aura pas seulement pour effet d'é-
chapper à la rançon des milliards, annuellement
dévorés par le commerçant parasite au préjudice du
Consommateur, mais encore de faire baisser les prix
actuels de revient des produits par le Crédit de la Pro-
duction qui va la féconder et l'affranchir d'une forte
partie des charges accablantes du capital.
Si l'on objecte que cette grande réforme économique
va laisser le commerce vacant et une partie de son
capital sans emploi, nous répondrons ceci :
Que les commerçants, grands et petits, se retour-
nent du côté de l'Industrie Productive, qu'ils se fas-
- 18 —
sent Producteurs, Fabricants ; au lieu de tarir la source
de la richesse, au lieu de causer la ruine générale, ils
feront la fortune du Pays; car le Travail Producteur
crée seul la véritable richesse.
Qu'ils profitent eux-mêmes du jeune Crédit de la
production. Avec peu de capitaux, ils produiront beau-
coup. Une conséquence nouvelle et nécessaire sera
un bon marché sans précédent des produits, et d'au-
tant plus inattendu qu'on aura mis en oeuvre moins
de capitaux pour travailler.
Le commerce intérieur transformé en industrie pro-
ductrice, agricole et manufacturière et adonné au tra-
vail délivré des excès du capital, au moment de l'acte
créateur de ses oeuvres, c'est la Nation entière créant
la richesse pour tous et élevant le niveau de toutes les
fortunes.
En faisant baisser de moitié le prix actuel des arti-
cles de consommation, nous prouverons expérimen-
talement que cela est facile, la réforme double le bud-
get du Consommateur. L'employé ou le petit rentier
de deux mille francs se trouve, par le fait, avoir désor-
mais un revenu de quatre mille francs.
La valeur du numéraire lui-même se trouve dou-
blée. Le capitaliste peut-il s'en plaindre?
La suppression du commerce intérieur et le Crédit _
de la Production existant en fait, enrichissent tout le
monde depuis l'ouvrier jusqu'au millionnaire, et
doublent d'un coup la fortune privée et publique en
France.
- 19 -
Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. La logique
des faits, la force des choses nous poussent plus loin
dans de nouvelles voies de prospérité et de revanche
nationale.
Le pays travaillant presque sans recours au capital
onéreux, produira des richesses immenses, dont le bon
marché leur assurera la suprématie sur tous les mar-
chés étrangers.
La partie du capital rendue libre par son retrait du
commerce intérieur et de la misérable spéculation
locale, qui livre les enfants d'une même nation aux
déchirements d'une lutte insensée pour l'enfantement
des misères du peuple et l'enrichissement de quelques
habiles ; cette partie du capital trouvera un emploi
sur un théâtre plus grand, en se reportant sur le Com-
merce Extérieur qui lui sera ouvert sans rivalité d'aucun
peuple par l'abondance et le bas prix sans pareil des
produits français.
Devenue la première puissance productrice du
monde, la France alors aura fièrement refait sa fortune
avec les éléments mêmes de sa ruine; car pour se re-
lever dignement, il faut prendre pour appui le point
même sur lequel on est tombé, sans rien demander à
ses voisins.
Alors notre Nation, que nous savons impérissable
par l'idée qu'elle porte, aura trouvé une revanche
digne de ses hautes destinées. Car notre Esprit natio-
nal survivra à la Frénésie sociale qui fait tomber
l'ancien monde dans l'abîme de sa propre destruction.
— 20 —
Les abus accrédités, les préjugés et l'ignorance
constitutionnelle de la société caduque, ne vont-ils
pas opposer une résistance d'inertie à la réforme
souveraine de la Vie à Bon Marché, résistance d'iner-
tie et de routine ; car le corps social est si malade
qu'il ne peut plus, pour ainsi dire, se mouvoir.
Mais', sans rien demander au grand malade et sans
avoir à craindre ses paroxysmes de fièvre, nous pou-
vons résoudre le problème posé, par la puissante séve
de vie des Colonies Agricoles et Manufacturières, dont
il commence à être un peu question dans la suite de
celte petite publication.
A défaut du concours actif ou malgré les résistances
de la société malade, les Colonies de Production Natio-
nale prendront l'initiative de la Vie à Bon Marché par
la création des Magasins généraux d'approvisionne-
ment, pour le soulagement des peuples,
L'Alliance des Producteurs fondant le Crédit
de la Production.
L'Alliance des Producteurs consacre l'Entente de la
Consommation et de la Production à l'effet d'arriver
à la Vie à Bon Marché.
Le Crédit de la Production se trouve fondé par le
fait de l'existence des Magasins Généraux d'approvi-
sionnement.
Ceux-ci sont un résultat de l'Alliance des Produc-
— 21 —
teurs, dont chacun reçoit des Certificats de Crédit de la
valeur des produits qu'il entrepose dans les Magasins
Généraux.
Ces Certificats de Crédit sont des Bons de Circula-
tion, remplaçant le numéraire entre tous les membres
de l'Alliance, et affranchissant le Travailleur des char-
ges écrasantes du capital ombrageux, ce qui permet
de ramener la Production aux dernières limites du
Bon Marché.
Rôle Économique et Social du Crédit
de la Production.
Nous avons vu le Crédit de la Production se fonder
par l'Alliance des Producteurs, au moyen des Maga-
sins Généraux.
Tous les Producteurs agricoles, les Fabricants, Ou-
vriers et Manufacturiers sans exception, soit à titre
individuel, soit à titre collectif, toute Société de Tra-
vailleurs, tous les Centres de Production, en un mot,
entrés dans l'Alliance, se trouvent crédités de leurs
produits respectifs du sol et des fabriques, à mesure
qu'ils les mettent dans les Magasins généraux d'appro-
visionnement, pour y trouver leur écoulement naturel.
Ce Crédit qui ne coûte rien, remplace le roulement
onéreux des capitaux, et affranchit le Producteur de
l'avidité des marchands. La source de la Production,
exonérée et maîtresse d'elle-même, abonde en oeuvres
_ 22 —
de toutes sortes qui enrichissent le pays et dont le
consommateur ne se trouve plus privé, grâce à un
bon marché jadis impossible avec les charges acca-
blantes du despotisme financier.
Sous le régime du Crédit de la Production, les ma-
tières premières comme les ouvrages de main-d'oeu-
vre n'ont plus à supporter ni intérêt à payer au ban-
quier, ni dividende à répartir aux commanditaires, ni
profit à réaliser par les intermédiaires commerçants,
ni frais écrasants d'agencement et de luxe absorbés
par les boutiquiers.
Dans son principe, le Crédit de la Production repose
sur la valeur réelle des produits existant dans les Ma-
gasins Généraux, et non pas sur les fictions d'une
confiance toute personnelle soumise aux éventualités
de la réussite.
Les Certificats de Crédit délivrés par les Magasins
Généraux, sont assujettis aux règles qui entourent de
toutes les garanties désirables les transactions aux-
quelles ils donnent lieu.
Dans ses conséquences pratiques le Crédit de la
Production est appelé à jouer un rôle immense. Ses
premiers effets sont la suppression des servitudes du
Capital et l'émancipation des travailleurs de la dépen-
dance des marchands.
Il ne sera pas seulement la source de la richesse du
pays, en devenant le contre-poids du despotisme finan-
cier, en supprimant les intermédiaires commerciaux
et l'agiotage entre nos concitoyens, mais il forcera les
— 23 -
capitaux à se replier, à se retirer du Commerce Inté-
rieur pour se reporter sur le Commerce Extérieur, où il
pourra continuer les rigueurs de sa loi dévorante.
En cela, le capital légal suivra son cours naturel
comme la bête cède à ses appétits instinctifs.
Par sa loi désagrégeante de toute société, le capital
après avoir divisé l'être collectif national, jusqu'à sa
perte de tout véritable sentiment patriotique ; après
avoir retourné ses membres les uns contre les autres,
par l'appât d'une fortune rapide, poursuivie dans la
fièvre de l'agiotage, des spéculations et de la concur-
rence effrénées ; après avoir ruiné en masse ces fréné-
tiques adorateurs du million pour l'enrichissement
scandaleux de quelques privilégiés ; après avoir livré
le peuple travailleur à la faim et à toutes les misères;
en un mot, après avoir dévoré notre Pays, n'ayant
plus rien à y faire, le Capital inconscient va le délais-
ser sans regret et sans remords, pour aller chercher
sur un autre théâtre une proie nouvelle.
Cette nouvelle proie, c'est la spéculation sur les
peuples, comme elle s'est faite sur les individus.
C'est dans le commerce extérieur que se trouve
pour le Capital un nouvel aliment à consommer.
La vie commerciale de peuple à peuple est devenue
si nécessaire, qu'à son défaut l'ancien régime social
se trouverait fatalement arrivé au terme suprême de
son cycle. Tout pour lui serait consommé.
Pour avoir une existence, il faut au principe de la
civilisation moderne, un être social à dévorer, comme
2
_ 24 —
au sabre pour régner il faut du sang à répandre!
Le Sabre et le Capital sont la condition fatale de
ce monde inférieur, ayant leur raison d'être dans la
force des choses, pour l'accomplissement de la vie
universelle au service de laquelle notre existence ter-
restre remplit encore un rôle tout négatif. Ne faut-il
pas à la loi physiologique du corps humain des dents
pour broyer les aliments, et un estomac nauséabond
pour les dissoudre et les préparer à l'assimilation de
la vie du sang et des nerfs ?
Habitants de ce monde, qui avez tant à souffrir des
pouvoirs dissolvants du Sabre et du Capital, vous
vous délivrerez de ces pouvoirs cruels, à mesure que
vous vous rapprocherez d'une vie meilleure, en vous
en rendant dignes par la force morale ou les, vertus
sociales.
Le Crédit de la Production vient vous, délivrer d'une
forte partie des servitudes du Capital, par sa dériva-
tion sur le commerce extérieur, où il va se trouver
appelé par son propre développement au moyen de la
Production Nationale.
C'est pourquoi la grande lutte commerciale et fi-
nancière s'engagera entre les peuples de l'univers,
comme elle s'est engagée entre les individus de notre
nation.
En travaillant à nous soustraire aux dures lois du
Capital, et à nous établir sous le régime plus doux du
Crédit, nous ne pouvons prétendre de supprimer le
Capital lui-même, dont nous avons reconnu la cruelle
- 25 —
nécessité dans les sociétés inférieures, mortes au
sentiment moral de la Solidarité et de l'Humanité vé-
ritable .
En nous élevant, par le Crédit de la Production, au-
dessus du despotisme financier, nous ne le détruisons
pas; notre but n'est pas de détruire le mal qu'il faut
laisser se détruire lui-même par ses propres excès,
mais de créer le bien social. Loin de détruire le
despotisme financier, nous lui fournissons, sans le re-
chercher pour lui, un aliment nouveau et plus abon-
dant, l'aliment des peuples fatalement condamnés à
être dévorés par ce pouvoir désagrégeant, comme
sont déjà dévorés par lui dans les États, les personnes,
les Institutions, la famille, la propriété, la justice.
Ainsi le veut la Loi suprême de la Vie éternelle.
Producteurs, sources jaillissantes de toute véritable
richesse, moins nous allons désormais recourir aux
capitaux, plus nous nous appuierons sur la valeur
réelle de nos oeuvres, plus nous produirons à bon
marché et avec abondance, et plus nous nous élève-
rons dans la réalité à une existence meilleure.
Par les grands Centres Producteurs que nous al-
lons fonder sur l'institution du Crédit, sous le nom
de Colonies Agricoles et Industrielles ou Manufactu-
rières, nous transformerons la France en première
Puissance productive du Monde, qui inondera tous
les marchés étrangers, à des prix défiant toute concur-
rence avec ceux d'aucun autre peuple.
On voit que le Crédit do la Production et nos pro-
— 26 —
chains grands Centres Producteurs, non seulement
ne sont pas une croisade entreprise contre le pouvoir
financier, puisqu'ils étendent et fécondent son do-
maine de spéculation en créant le vrai Commerce Ex-
térieur, la vraie Marine Marchande, les grandes
Affaires de l'Exportation et de l'Importation encore à
naître, mais encore qu'ils révèlent à la Nation fran-
çaise le secret de son salut dans son épuisement même
de capitaux, que nous vaut aujourd'hui cet autre Pou-
voir du Sabre.
Le Crédit de la Production, issu de la suppres-
sion des intermédiaires ruineux entre Consommateurs
et Producteurs de notre Pays, et donnant l'essor de sa
transformation en Puissance productive nationale de
premier ordre, devient le signal du Commerce Univer-
sel pour la France.
Loin donc d'être une menace contre l'ancien ré-
gime social, le Crédit de la Production vient ouvrir et
faire parcourir une nouvelle étape à cette société
agonisante, qui est sur le point d'expirer sous l'op-
pression du Capital et sous les rigueurs excessives
de sa loi, à laquelle il faut, dans nos temps de crise
suprême, le modérateur et le tempérant du Crédit
émancipateur du Travail, si elle veut prolonger son
existence.
On a déjà compris que le Crédit, en développant la
Production et la Richesse Nationales, et en laissant les
Capitaux libres dans l'intérieur du Pays, allait permettre
à ces derniers de donner au Commerce Extérieur
— 27 —
tous les moyens financiers de sa puissance d'exten-
sion.
Ainsi l'intelligence du Crédit fait servir la force brute
et aveugle du Capital à la revanche ou au salut de la
Nation française, en la plaçant à la tête des peuples
dans les voies du Travail, suprême souverain de l'ave-
nir. Le Monde entier devient tributaire de la France,
glorieusement transformée en Reine de l'Industrie.
Contre-balancé par le Crédit et le Travail, le Capital
est donc appelé à remplir un rôle utile au Pays.
Mais, s'il reste livré sans contre-poids aux rigueurs
de sa loi, il désorganise la Société dans ses plus pro-
fondes entrailles. Il ne détruit pas moins la propriété,
la justice et le sens moral, que le Travail Producteur.
Dans son despotisme barbare, le Capjtal ne connaît
ni personne, ni famille, ni patrie, ni humanité. Il est
la négation de ces principes sacrés de la véritable vie
sociale.
Le Crédit protège enfin le Travailleur contre l'aveu-
glement et la dureté du Capital, qui ne se borne pas
à choisir souvent ses privilégiés parmi les gens les
plus stériles, mais que nous voyons acharné à oppri-
mer les travailleurs les plus féconds, les plus infati-
gables, Créateurs des véritables richesses privées et
publiques, accablés de misères, abreuvés de hontes
dans la conception et l'enfantement de leurs oeuvres
vivifiantes de la société ingrate.
Étant établi que le Travail Producteur est l'unique
source de la richesse, que le Capital, le Commerce
2.
— 28 -
intérieur, la Banque et l'Agiotage stérilisent la Pro-
duction en arrêtant l'essor de la Consommation, il ré-
sulte que plus le Numéraire ou ses signes représentatifs
deviennent abondants, que plus la puissance finan-
cière se déploie, que plus le commerce étale de luxe,
que plus l'agiotage se livre à ses trafics, moins la Pro-
duction et la Consommation se développent dans la
mesure des besoins réels, moins le pays s'enrichit en
réalité et plus la misère générale s'accroît.
Dans le mouvement fantastique des milliards au jeu
de bourse, il se fait bien des apparences de grandes
affaires, affaires spéculatives, profitables seulement
aux privilégiés de la fortune, et toujours préjudicia-
bles aux Travailleurs honnêtes, aux Producteurs et
aux Consommateurs, toujours ruineuses pour le sa-
larié comme pour le petit et modeste propriétaire de
l'épargne.
Tel est le secret des éternelles privations de l'ouvrier
et de l'employé, sous les apparences de la plus grande
prospérité commerciale d'un pays. Car les augmenta-
tions d'appointements et de salaire n'arrivent jamais
qu'après de longues attentes et de cruelles souffrances
et humiliations, à recevoir un semblant d'équilibre
avec l'abondance du numéraire circulant. En réalité,
la prospérité n'est que pour l'opulent capitaliste et le
riche commerçant, et toujours la misère pour le peu-
ple travailleur et créateur de la richesse!
Toute cette prétendue prospérité tant vantée par
les gouvernants, offre à la surface l'opulence, au fond,
— 29 —
la misère : la fortune souriante à un petit nombre de
privilégiés, la ruine et les privations pour le grand
nombre.
Les époques les plus florissantes de ce régime dont
nous donnons une narration impartiale, ses spéculations
les plus ardentes et les plus heureuses, sont une fièvre
du corps social, un mouvement morbide, une acti-
vité dévorante de la société qui marche fatalement à
sa propre consommation par le jeu de ses rouages
économiques, sous la loi désagrégeante du Capital.
Plus les milliards de la spéculation tournoient dans
l'abîme de leur circulation fictive, plus l'ordre social,
établi sur leur principe désorganisateur, marche vite
à la ruine privée et publique et à sa propre des-
truction.
Le pouvoir financier est un feu qui dévore : la civi-
lisation actuelle du monde est le combustible qui ali-
mente ce feu.
L'homme de la finance est comme l'homme du
sabre. La fortune du spéculateur enrichi est comme
la gloire du conquérant, acquise sur les champs de
bataille, dans la destruction, le pillage, la ruine et le
sang.
De même que le soldat aime la guerre pour parve-
nir plus vite aux galons, ainsi, le spéculateur aime
les heures ardentes de l'agio pour arriver plus rapide-
ment à la fortune.
Une fortune acquise dans le commerce ou la spécu-
lation, rappelle toujours des victimes et des ruines
— 30 -
faites par la concurrence sans merci, comme la gloire
du soldat rappelle toujours du sang répandu.
Comme le Sabre, le Capital détruit les Sociétés en
les servant, et les dévore après les avoir enfantées.
C'est en narrateur impartial que nous parlons du
régime despotique de la finance, dont nous reconnais-
sons la fatale nécessité, comme effet inévitable de la
perte du sens moral et des vertus de l'humanité.
L'homme ne s'arrête qu'à ce qu'il mérite d'avoir. Le
despotisme du capital vous convient, nous n'avons
pas à critiquer votre choix, mais nous n'en voulons
pas, pour nous, dans ces conditions absolues.
Nous n'en voudrions même plus du tout, mais nous
savons que c'est impossible; l'état inférieur de la na-
ture humaine nous y condamne.
Nous voulons seulement, dans les limites du pos-
sible, nous affranchir des servitudes et nous soustraire
à l'action destructive du capital en le faisant servir
à nos vues.
Ceci dit en passant, reprenons notre sujet :
L'abondance du numéraire ruine un État, comme
une armée nombreuse en permanence.
Faire circuler les milliards et surtout les milliards
fictifs de l'agiotage dans une nation, c'est y stériliser
la Production et affamer la Consommation, c'est en-
richir dans des proportions scandaleuses quelques
particuliers habiles, rusés et souvent fripons, c'est
consommer la ruine des masses travailleuses et finale-
ment de cette nation.
— 31 —
Mais si, au lieu d'entraver le Travail producteur et
d'arrêter l'essor de la Consommation par la pléthore
financière, les capitaux cèdent la place au Crédit, s'ils
quittent les spéculations intérieures pour se reporter
sur les transactions internationales ; en s'éloignant ils
deviennent un élément de prospérité pour les parti-
culiers soustraits aux luttes de la concurrence intes-
tine, qui se déplace et se transforme, pour renaître
entre les peuples du monde entier, comme elle existait
entre les citoyens d'une même nation.
Les peuples enx-mêmes, dans le parcours de leur
cycle de vie, ne vont pas moins gagner que les indi-
vidus à cette grande et pacifique révolution. Isolés,
repliés sur eux-mêmes, ils s'étiolent sous la compres-
sion stagnante des Capitaux. Mis en relations directes
et permanentes par le Commerce extérieur, ils retrou-
vent une séve et une vie nouvelles.
Les Capitaux, qui faisaient périr un peuple de plé-
thore financière, le font renaître dès qu'ils circulent
chez un autre peuple.
Il s'agit aujourd'hui de faire parcourir une nouvelle
étape à l'existence des peuples et des individus, s'ils
ne veulent s'éteindre prématurément et disparaître
bientôt sous les cendres de la civilisation du monde,
consumé par l'égoïsme sauvage du capital.
Le secret de cet attermoiement est dans la modéra-
tion du Capital par le Crédit de la Production.
- 33 —
CRÉATION DES COLONIES AGRICOLES
ET MANUFACTURIÈRES
CONSIDÉRÉES COMME GRANDS CENTRES PRODUCTEURS
SOUS LE RÈGNE DU TRAVAIL.
Il faut regarder la fondation de nos Colonies Agri-
coles et Manufacturières comme une grande opération
de sauvetage. Nous nous bornerons ici à les montrer
comme Centres Producteurs, capables de rallier et
d'organiser toutes les forces actives, libres et intelli-
gentes du pays, pour créer la richesse nationale, ren-
dre la France la première puissance productive du
monde et la plus, riche des nations par son industrie
et par un commerce extérieur immense.
Sans le Travail organisé sur ses véritables princi-
pes, toute tentative de salut serait vaine.
L'Organisation du Travail est inhérente à l'exis-
tence des Colonies de la Production Agricole et Ma-
nufacturière.
- 34 -
LE RÈGNE DU TRAVAIL DANS LES COLONIES
AGRICOLES ET MANUFACTURIÈRES.
Avertissement aux Travailleurs de l'Avenir.
Le jour est venu pour nous de surmonter l'abîme de
ténèbres et de servitudes, qui se creuse plus profond
que jamais sous le monde en détresse, ou de nous y
laisser engloutir pour un nouveau cycle d'existences
fatales, avec les rebuts de la science et de la liberté.
Gens de coeur et d'intelligence, élevons-nous, sans
plus tarder, à la hauteur de la plus formidable situa-
tion, et prenons des résolutions viriles.
L'heure sonne pour nous de planer sur le naufrage
du monde, par le caractère et la raison. Que les lu-
mières de nos coeurs et de nos esprits, réveillés au
sens moral des principes de l'humanité, soient le flam-
beau qui nous éclaire au milieu des ténèbres de ces
temps de crise suprême.
Que la liberté, la raison et la justice, rendues à la
loi souveraine du Travail, soient le levier qui nous sou-
- 35 -
tienne au-dessus de l'abîme, et qu'elles forment le
signal de notre délivrance.
Travailleurs infatigables, toujours à la peine et
toujours pauvres, n'avons-nous pas assez souffert de
privations dans le vain et stérile épuisement de nos
sueurs, de notre sang et de notre vie ! Des privations
plus humiliantes et plus cruelles encore nous attendent
sous les serres du despotisme protéique et dévorant,
si, par des efforts suprêmes de volonté, nous ne créons
nous-mêmes notre salut dans l'accomplissement de la
loi du Travail, c'est-à-dire dans l'organisation libre,
rationnelle et féconde pour tous de l'activité humaine.
C'est par le Travail librement, rationnellement et
productivement organisé, que nos femmes et nos
enfants ne connaîtront plus la misère.
Mais le monde n'est pas constitué pour recevoir
l'Organisation Libre, Rationnelle et Équitable du Tra-
vail.
La constitution vicieuse et morbifique du corps so-
cial ne pourrait supporter le remède héroïque du Tra-
vail établi sur la grande Loi morale de l'Humanité.
C'est pourquoi, il n'y a pas de salut pour les ancien-
nes sociétés : il n'y a qu'un apaisement possible aux
souffrances et à la faim des peuples, par la réforme
économique de la vie à bon marché, telle qu'elle est
proposée dans la première partie de ce programme.
Pour trouver son salut, il faut que le travailleur in-
telligent et libre sorte du monde, et se crée une société
morale sur les grands principes de l'humanité.
3
— 36 —
Le Travail libérateur ne peut être organisé sur sa
loi que dans une société entièrement nouvelle, com-
posée de gens d'élite, qui formeront des Colonies agri-
coles et manufacturières en dehors de tout parti et de
toute politique, dans un sentiment de concorde uni-
verselle, et avec la pensée bienfaisante, essentielle-
ment humanitaire, de secourir la société ancienne avec
l'abondance inépuisable de ses oeuvres.
Travailleurs, précurseurs de l'avenir, laissons le
monde à sa caducité. Sortons de son sein comme l'ar-
bre vivant sort de la terre inerte.
Ne cherchons pas vainement à nous faire compren-
dre des partis qui divisent le monde. Ils ne pourraient
pas plus nous comprendre que la fraction ne peut
comprendre l'unité, ou la partie contenir le tout
L'humanité est l'unité universelle et le tout absolu.
Laissons donc les partis fatalement livrés à leurs
erreurs, auxquelles le monde, qui n'est qu'une agglo-
mération incohérente de partis, est fatalement livré
jusqu'à sa consommation.
Parvenus à la conquête des grands principes moraux
de l'Humanité, seuls absolument vrais et indiscuta-
bles, fruit incomparable du sacrifice de la France et
de l'holocauste de Paris, formons un Esprit National
nouveau et véritablement français, c'est-à-dire Libre,
Juste et Universel ; car nation française signifie étymo-
logiquement nation libre, justice universelle et consé-
quemment Humanité, dont la France était grosse de-
— 37 —
puis des siècles, et dont l'enfantement vient d'avoir
lieu dans les douleurs de notre mère-patrie.
Cet Esprit National nouveau, Esprit Créateur univer-
sel de la vie et du bien-être général et particulier,
c'est l'âme de l'Humanité naissante sur la terre, au sein
d'une fécondité inépuisable en oeuvres de paix et de
prospérité pour tous.
Notre loi nouvelle, la Loi Morale de l'Humanité, con-
damne absolument tout recours à la force et à la vio-
lence. Que notre premier commandement soit le res-
pect absolu de cette Loi divine.
Gardons-nous de nous commettre jamais avec les
agresseurs de la force ou de la guerre. La force triom-
phe de la matière, jamais de l'Esprit. Soyons l'Esprit
invincible de la grande Nation régénérée, et nous
sommes certains d'arriver au Règne effectif du droit
et de la justice de l'Humanité.
Simplement, avec les moyens à notre disposition,
commençons à préparer les voies d'une régénération
sociale sur les devoirs et les droits de la propriété et
de la famille issue de la nature et de l'humanité. Loin
des violences de la réaction affolée et des démolis-
seurs révolutionnaires, — étrangers aux stériles dis-
cussions et aux luttes barbares du dehors, établissons
chez nous le Travail pacifique dans sa loi rédemptrice
et souveraine.
Travaillons, travaillons toujours. Là est notre salut,
la Genèse d'un monde nouveau et supérieur, par les
oeuvres de l'Esprit nouveau de la Nation française.
- 38 -
Artisans de l'OEuvre de Vie, ouvriers du salut, prou-
vons aux ennemis intérieurs et extérieurs de notre
patrie qu'elle ne faillit point à ses divines et immor-
telles destinées, et que, trahie et livrée, elle marche
encore à la tête des nations, dans les voies nouvelles
de l'humanité ouvertes par le travail.
Travailleurs éclairés de toute condition, qui voyez
percer l'avenir de l'Humanité Triomphante à travers la
tempête, mettez-vous à l'oeuvre sans retard. Si vous
perdez une heure, une heure irréparable, ce beau ciel
d'espérance se ferme pour vous, et le gouffre d'une
civilisation morte, entièrement morte à la conscience
du droit, de la justice et de la morale de l'humanité
s'entr'ouvre pour vous engloutir dans les eaux impures
de la décomposition sociale.
La planche de salut vous est tendue.
Si vous ne la saisissez vite, vous coulez à fond dans
le puits de l'abîme.
Vous êtes avertis.
Gens de coeur, entendez !
Les temps sont suprêmes.
L'Organisation du Travail sur les principes
de sa Loi.
Artisans, Ouvriers et Travailleurs de toute classe,
capables de reconnaître vos véritables intérêts et de
— 39 —
prendre des résolutions viriles, écoutez la voix qui
vous crie :
Seul le Travail de vos mains et de votre esprit, pra-
tiqué dans sa loi souveraine, vous sortira de l'abîme
des temps ; seul il vous conduira à la conquête pacifi-
que de l'Humanité, dans la gloire du Franc-Travail-
leur.
Le Travail deviendra votre Libérateur à la condition
de respecter les trois grands principes de sa Loi : la
Liberté du Travailleur, la saine Raison, et le Confortable
pour tous.
Apprenez donc à être libres,
A raisonner sainement,
A produire des oeuvres pour les besoins de tous ; et
vous accomplirez la loi du Travail dans la vie glorieuse
du Franc-Travailleur.
I
Le Travail Libre.
Le Travail Libre, c'est avant tout l'affranchisse-
ment des servitudes personnelles de l'ouvrier, incapa-
ble de se conduire lui-même.
Il faut surtout au Travail libre des travailleurs mûrs
pour la liberté, c'est-à-dire assez intelligents pour
comprendre leurs véritables intérêts, et assez forts
de caractère pour se tracer une ligne de conduite et
se soumettre à la discipline de la raison.
Travailleurs, qui trouvez trop amère la coupe des
— 40 —
servitudes du passé, et qui voulez boire à la coupe
de la liberté, apprenez-en les charges et Les devoirs
virils.
La première condition d'un libre ou franc-travail-
leur, c'est d'émanciper lui-même le Travail par ses
propres vertus, par son intelligence et par sa con-
duite.
Ouvriers qui voulez franchir la ligne du salariat, si
vous ne prenez l'initiative de vos actes, et si vous ne
faites votre devoir de toutes les conséquences qui
peuvent en résulter, vous n'êtes pas mûrs pour le Tra-
vail libre ; vous êtes encore mineurs de l'esprit et de
l'âme, vous êtes incapables des lourdes charges de la
liberté; restez les serviteurs du maître, qui peut adou-
cir en vous la condition fatale de la faiblesse morale
et de l'ignorance.
Toutes les amertumes de cette âpre et sauvage con-
dition continueront fatalement de vous abreuver jus-
qu'au jour de votre réveil au noble et fier sentiment
de la liberté morale, qui sera celui de votre délivrance
dans d'autres temps.
Au sens moral supérieur de la liberté que veut la loi
du travail, il faut joindre l'intelligence à tous les points
de vue, pour le féconder et produire l'abondance des
oeuvres profitables à tous.
- 41 -
II
Le Travail Rationnel ou son Organisation en
Unités Travailleuses.
La multiplicité et la variété immense des travaux
compris dans le cadre des Colonies Agricoles et Manu-
facturières, ne pourraient jamais être pratiquement
embrassées par le mécanisme administratif d'une cen-
tralisation despotique.
Nous avons trouvé dans l'Organisme fonctionnel
Vivant toutes les conditions et garanties du Travail,
quelque multiple ou varié qu'il s'offre à l'activité hu-
maine.
Au lieu d'un moteur unique, mécanisant et abru-
tissant, tel qu'il existe dans un chef administratif, et de
commis, instruments serviles et ignorants qui reçoi-
vent fatalement l'impulsion donnée et la transmettent
de même, comme les rouages d'une machine, nous
avons des agents libres, intelligents et intéressés,
créant dans tous les points d'exécution du travail, au-
tant de centres de forces initiales et de volontés actives
et raisonnées qui se commandent elles-mêmes, et qui
se multiplient à l'infini par leur rencontre dans un vi-
vant concert.
Nous allons donner un aperçu de l'organisation du
Travail sur le principe des Unités Travailleuses, pre-

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