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Le secret de M. Bignon, trouvé dans les lettres de Mme **** à un exilé. (8 juillet.)

43 pages
Mongie aîné (Paris). 1819. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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LE SECRET
DE
M. BIGNON.
LE SECRET
DE
M. BIGNON,
TROUVÉ
Il n'est point de secret que le temps ne révèle.
(RACINE)
PARIS,
CHEZ-
MONGIE, aîné, Libraire, boulevard Poissonnière,
n°. 18.
DELAUNAY, Libraire, au Palais-Royal.
1819.
DÉCLARATION
DE
L'ÉDITEUR.
JE n'ai jamais parlé à M. Bignon , et j'af-
firme, qu'en publiant des lettres qui con-
tiennent son secret ( si tel est en effet le se-
cret de M. Bignon), je ne commets aucune
indiscrétion : ces lettres m'appartiennent.
Je me garderais bien cependant de les
publier, si je pouvais Supposer que cela fût
prématuré et nuisible à quelqu'un; mais
je ne crois point qu'il convienne d'attendre
davantage : je suis d'un avis tout contraire,
et c'est dans l'intérêt des bannis que je mets
cette correspondance au jour. Qui peut
prévoir le moment où cette grande ques-
tion sera enfin décidée légalement? Plus ce
moment paraît reculé , plus il doit être
utile de révéler l'argument terrible ( si tel
est en effet l'argument de M. Bignon) ;
c'est engager le gouvernement à ne pas
souffrir que la tribune retentisse de nou-
velles plaintes que ne justifierait que trop
le triste résultat des premières ; c'est l'en-
gager a faire , de son propre mouvement,
un acte de justice et d'humanité : et un tel
acte, on ne doit l'ajourner jamais.
LE SECRET
DE M. BIGNON.
TROUVÉ
PREMIÈRE LETTRE.
Paris, le 31 mai 1819.
JE ne vous pardonnerais pas, mon cher ami,
d'être aussi injuste, si vous n'étiez aussi mal-
henreux. A peine le discours de M. Bignon est-
il imprimé , que , déjà, vous me reprochez de
Vous avoir laissé ignorer l'argument terrible;
qu'il dit posséder ; croyez-vous donc qu'il soit
si facile dé deviner son secret ? car il faut bien
le "deviner, s'il ne veut le faire connaître à per-
sonne. Pensez-vous que je sois restée indiffé-
rente à un semblable avertissement? Si vous
(6)
saviez tout ce que j'ai fait pour pouvoir vous
instruire! mais impossible : jamais, dit-on,
M. Bignon n'a été aussi réservé qu'il l'est en ce
moment.
Dorlis, dont vous connaissez la perspicacité,
Dorlis, lui-même, n'a pu rien découvrir ; je l'ai
mis en campagne, dès le premier jour ; il a vu
tous les ministres et leurs amis, sans eu pou-
voir rien tirer. Si l'on ne connaissait la bonne
foi de M. Bignon , on croirait, au silence que
chacun garde sur son secret, ou plutôt à l'igno-
rance de tout le monde, que c'est une mystifi-
cation. Jamais rien ne ressembla tant à un pois-
son d'avril; les intimes de M. Bignon vous
répondent : Je ne sais pas.
Lorsque Dorlis alla chez M. Decazes, il le
trouva au milieu de tous ses adeptes (1) : la
conversation roulait, comme partout, sur la
dernière phrase du discours de M. Bignon.
Au premier coup- d'oeil, on eût pu croire que
M. Decazes prenait la chose en riant ; mais il
était aisé de s'apercevoir, en y regardant de
plus près, que le ministre en était plus préoc-
cupé qu'il ne le voulait paraître. — Savez-vous
( 1 ) On présume qu'il est ici question de MM. Villernain,
Loison , Salvandy , etc., etc., jeunes et profonds politiques
initiés aux doctrines ministérielles.
(7)
le secret, disait-il à chacun , savez-vous le se-
cret? Quoi! vous ne le savez pas! —Non, Mon-
seigneur. — Eh bien, ni moi non plus , disait-
il en caressantses ongles , qu'on dit fort beaux ;
puis il s'adressait à un autre.
Quant au ministre des affaires étrangères ,
on eût dit que cela ne le regardait pas. A la
figure que faisait M. Dessoles , lorsqu'on lui
parlait de l'argument terrible, il n'est personne
qui n'eût pensé que ce premier ministre s'en
rapportait à M. Decazes et à M. Deserre pour
la solution du problême. Si quelqu'un lui fai-
sait part d'une conjecture, il répondait : cela
pourrait être; si d'autres lui exprimaient une
proposition contraire, il disait : cela n'est pas
impossible Cependant M. Dessoles n'est
pas normand.
Mais c'est à M. Deserre qu'il fallait s'adresser
pour être mis sur la voie; ce ministre a l'habi-
tude de commencer ses discours, soit à la tri-
bune, soit dans son salon , par une déclaration
de principes , que tous ceux qui l'ont entendu
saveut par coeur, dès la troisième visite. « De
la bonne foi , dit-il, de la bonne foi , et la
plus grande question est résolue; c'est la seule
manière de traiter les affaires. » M. le Garde
des Sceaux avait surtout en vue de prouver que
(8)
le secret de M. Bignon n'était rien; « et cela
est évident, disait-il, car M. Bignon n'est point
assez maladroit pour n'avoir pas profité de la
séance du 17 mai, la seule occasion qu'il ait pu
saisir. Or, il ne l'a pas fait, ajoutait M. Deserre:
donc il n'avait rien à dire». Comme vous voyez,
M. le Garde des Sceaux oublie que les députés
du côté gauche ont demandé la parole, et qu'ils
n'ont pul'obtenir : tant le discours de Sa Gran-
deur avait convaincu les dignes et loyaux dé-
putés du centre.
Je ne vous mande pas ce que répondaient
les ministres des finances et de la marine aux
questions des curieux. D'abord, M. Portai est
trop honnête homme pour rien savoir en di-
plomatie, et, quant a M. Louis, il est trop
occupé de la question du Budget, dans laquelle
M. Deserre répond sans cesse pour lui.
Nulle part on n'a laissé entrevoir seu-
lement la couleur de l'argument de M. Bi-
gnon; ceux des nôtres qui ont accès au pavillon
Marsan n'ont pu eux-mêmes rien m'appren-
dre. Tout ce que je sais , c'est que les
Ultra sont furieux de ce qu'ils appellent
les menaces de M. Bignon; ils se proposent de
le pousser à bout, et de le provoquer le plus
vivement qu'ils pourront dans leurs feuilles
(9)
monarchiques : reste à savoir si M. Bignon y
sera sensible.
Quoiqu'il en soit, comptez sur mon zèle ac-
coutumé ; je vous réponds que si quelqu'un
apprend le secret de M. Bignon, ce sera moi.
Bien que je ne voie jamais ce député, j'ai cer-
tains amis qui sont des plus précoces en fait de
nouvelles, et qui m'ont promis leurs soins dans
cette grande et singulière occasion.
Adieu, mon cher ami , prenez patience et
aimez-moi.
( 10 )
SECONDE LETTRE.
Paris, le 12 juin 1819.
EN attendant que je puisse vous dire le se-
cret de M. Bignon, vous voulez, mon ami, que
je vous parle de l'effet qu'a produit son opi-
nion, ou plutôt le passage de son opinion qui
annonce l'argument terrible. Cet effet n'est pas
chez les Ultra, le même que chez les libéraux ;
ceux-ci n'y voient qu'une chose dont la publi-
cité peut leur être utile, les autres n'y voient
qu'une menace faite a la monarchie par le parti
qu'ils appellent Jacobin. Quant aux gens du
parti ministériel, si c'est un parti, comme ils
ne sont que les échos de leurs Excellences ,
vous savez déjà à quoi vous en tenir sur leur
manière de voir le grand sujet de toutes les
conversations. Ils défient M. Bignon : selon
eux il est impossible qu'il ne parle pas ; il s'est
trop avancé, disent-ils, pour qu'il lui soit pos-
( 11 )
sible de reculer. Ils veulent absolument que
M. Bignon publie son secret, et la meilleure
raison qu'ils en donnent, c'est qu'il a déclaré
qu'il ne pouvoit pas le dire, du moins en ce
moment.
Les Ultrà, toujours fort irrités contre tout
ce qui n'est pas pur, ont saisi avec avidité cette
nouvelle occasion d'injurier les libéraux; ils
font même cause commune avec le ministère
dans les provocations outrageantes qu'il adresse
chaque jour a M. Bignon. Le motif n'est ce-
pendant pas le même : le ministère, si le se-
cret le touche vivement, comme on le croit,
ne demanderait pas mieux que de le voir à
jamais enseveli dans le porte-feuille de celui
qui le possède; les Monarchiques, au con-
traire, seraient charmés d'une telle publica-
tion , s'il en devait résulter un grand coup porté
aux ministres. Mais ils sont réunis parce que
le ministère espère, et c'est avec raison, je
crois, que M. Bignon résistera même aux in-
sultes des écrivains salariés , et qu'il ne sacri-
fiera pas , au plaisir de les confondre, l'intérêt
des bannis dont la position exige peut-être de
grands ménagemens; le ministère aura donc le
mérite d'avoir provoqué, mais sans se compro-
( 12 )
mettre, les révélations de M. Bignon, espérant
prouver ainsi qu'il ne les craint pas.
Toutefois, je ne pense pas qu'il en soit ainsi. En
général on ne doute point de l'existence de l'ar-
gument; il suffit que M. Bignon l'ait annoncé :
la bonne opinion qu'on a de ce député, fait
recevoir avec beaucoup de défiance les asser-
tions qui lui sont contraires. Personne ne veut
croire qu'il ait voulu se donner de l'impor-
tance. On désire vivement qu'il fasse connaître
son secret ; mais on attendra, parce que M. Bi-
gnon a dit qu'il fallait attendre. D'ailleurs quel
motif aurait-il de parler aujourd'hui? Il faut
bien ou que de nouvelles pétitions soient pré-
sentées, ou qu'une proposition soit faite à l'é-
gard des bannis. Ce serait perdre son temps que
de plaider leur cause en ce moment, puisqu'on
ne s'occupe point d'eux; ce serait atténuer le
grand moyen de défense annoncé par M. Bi-
gnon, que de le mettre au jour avant que le
prorès des bannis ne soit de nouveau appelé
à la chambre. Je vous avoue que je trouve là
des raisons si fortes pour garder le silence, que
je ne puis m'empêcher d'y souscrire; cepen-
dant, mon tendre ami, vous savez si je désire
la fin de l'exil !
On se perd ici en conjectures. Je n'oserais
( 13 ),
vous rapporter tout ce qu'on débite sur le se-
cret de M. Bignon. C'est , dit-on, un papier
de la plus haute importance, qui intéresse
l'existence même de personnages très-considé-
rables, et qui serait tombé dans les mains de
M. Bignon lorsqu'il était dans la diplomatie.
A côté de ce bruit ridicule, on en fait courir
un autre, mais qui aurait à-peu-près le même
effet : il s'agirait d'une mission secrète dont
M. Bignon aurait été chargé sous l'empereur,
et dont il aurait également la, preuve en porte-
feuille. De là des conclusions à perte de vue:
jamais les politiques de salon n'ont été mis à
plus rude épreuve; ils pâlissent sur l'argument
terrible. Tantôt ils supposent qu'il se rapporte
aune époque déjà reculée, tantôt ils le rap-
prochent jusqu'à la restauration. Une fois il
s'agit de la Russie, une autre fois il s'agit de
l'Angleterre. Bref, il n'est sorte de contes bleus
qu'on ne fasse, et la chose la plus claire, lors-
qu'on s'est bien creusé le cerveau, c'est que
tout ce qu'on a dit là-dessus est étranger aux
bannis...
Cependant il existe ce secret; M. Bignon le
possède. Un député n'aurait pas voulu se jouer
du Gouvernement et du public dans une cir-
constance aussi sérieuse. Oui, il existe, j'en
(14 )
suis sûre. Mais enfin quel est-il ? Oh! que j'aurais
de plaisir à le deviner! comme je vous l'en-
verrais promptement! vous devez avoir tant
d'impatience ! mais j'ai beau rêver, je ne trouve
rien. Une seule pensée me reste, et elle doit
rester à tout le monde, c'est qu'il s'agit en ef-
fet de quelque négociation diplomatique , à
laquelle M. Bignon aura pris part; et je m'ar-
rête d'autant plus volontiers à celte idée, qu'elle
me confirme dans la croyance de l'argument.
Les anciennes fonctions de M. Bignon sont en
effet une nouvelle raison de croire qu'il pos-
sède un secret; il y en a tant en diplomatie!
Je ne le connais pas ce M. Bignon , et quand
je le connaîtrais, je n'en serais pas plutôt ins-
truite; il me semble impossible de l'interro-
ger sur un pareil fait. Mais je voudrais bien
pourtant le rencontrer; je tâcherais de lire
dans ses yeux le secret qu'il nous cache, et je
crois que j'y réussirais.... Allons, je m'aper-
çois que je déraisonne à mon tour. Il faut se
résigner; il faut attendre.... jusques à quand?
voilà ce qu'on ne sait pas davantage. En vérité
c'est un supplice ! Il m'est bien cruel, mon
pauvre ami, de ne pouvoir vous envoyer que
des espérances; mais enfin vous connaissez mon
( 15)
zèle et ma tendresse, comptez sur moi et, en-
core une fois , tâchez de prendre quelque pa-
tience en disant avec Narcisse :
« Il n'est point de secret que le temps ne révèle. »
Adieu.
(16)
BILLET.
Paris, 19 juin au matin-
Mon bon ami, écoutez-moi bien : demain
je vous écrirai le secret de M. Bignon. Enten-
dez-vous? demain , oui , pas plus tard. Que
je suis heureuse de pouvoir ainsi mettre un
terme à votre anxiété! Je suis bien certaine de
ce que je vous dis-là. C'est Dorlis.... Mais à
demain, a demain.